Études historiques et biographiques - Tome II

Études historiques et biographiques - Tome II

-

Français
1 page

Description

1828.

HISTOIRE, du grec Iσρτα, Iσoρεω, s’enquérir, s’informer, rechercher, transmettre à la mémoire.

L’histoire, dans son acception la plus générale, est le récit des faits. Elle doit donc varier dans son caractère et dans son aspect, selon les faits racontés, et selon celui qui les raconte. Elle enseigne les temps écoulés, non pas seulement en rapportant les événements, mais encore, et surtout lorsqu’elle a été écrite par les contemporains, elle représente l’esprit, la vie morale de chaque époque.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 17 juillet 2017
Nombre de lectures 0
EAN13 9782346134861
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème
À propos deCollection XIX
Collection XIX est liothèque nationaleéditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bib de France. Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigi eux fonds de la BnF, Collection XIXsiques et moins a pour ambition de faire découvrir des textes clas classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…
Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces e fonds publiés au XIX , les ebooks deCollection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.
Prosper Barante
Études historiques et biographiques
Tome II
NOTICE SUR M. LE COMTE DE PONTÉCOULANT
Louis-Gustave le Doulcet, comte de Ponlécoulant, na quit à Caen le 9 novembre 1764. Sa famille est ancienne et considérable en No rmandie. Dans une liste authentique, écrite par ordre de Louis XI, Guillaum e le Doulcet de Pontécoulant est porté comme gentilhomme d’ancienne noblesse. — Au s eizième siècle, Robert de Pontécoulant était capitaine de cinquante hommes d’ armes, gentilhomme de la chambre du Roi et chevalier de ses ordres. — Thomas de Pontécoulant fut fait, pour ses services signalés, maréchal de camp en 1653. — Le marquis de Pontécoulant se distingua par des actions d’éclat dans la guerre de sept ans ; il fut maréchal de camp et major général des gardes du corps. — Son fils Lo uis-Gustave entra dès l’âge de quinze ans dans les gardes du corps ; puis devint c apitaine de carabiniers et passa ensuite comme officier dans les gardes du corps. On était alors en pleine paix, et l’état militaire laissait beaucoup de loisir aux officiers , surtout lorsqu’ils appartenaient à la maison du Roi ; Gustave de Pontécoulant en profita pour voyager. Ayant pour compagnon le marquis, depuis duc de Lévis, qui fut son ami pendant toute sa vie, il assista, en 1784, aux grandes manœuvres de Frédéric II ; ils furent présentés à cet illustre souverain qui les accueillit avec une grac ieuse bienveillance. Continuant leurs voyages, ils saluèrent aussi l’empereur Joseph et l ’impératrice Catherine. La révolution de 1789 trouva M. de Pontécoulant dis posé aux opinions libérales ; il était persuadé que de grandes réformes étaient néce ssaires, et que des garanties devaient être données, afin de prévenir les abus et les désordres d’administration, puisque le pouvoir royal, tout absolu qu’il était, et peut-être parce qu’il était absolu, ne pouvait ni les empêcher, ni les réprimer ; il n’aurait voulu rien de plus. Lorsque furent établies les administrations départe mentales, il fut élu administrateur du Calvados. En 1792, il fut député à la Convention . Dans les premiers jours de cette Assemblée, il demanda le renouvellement de toutes l es administrations et s’opposa à ce que l’Assemblée maintint, par voie d’invitation, Roland et Servan dans les ministères de l’intérieur et de la guerre ; bientôt après il fut au nombre des commissaires que la Convention envoya à l’armée du Nord. A ce moment Lille soutenait un siége, qui honora le courage de la garnison et la constance des habitants. Les commissaires s’occupèr ent surtout à diriger des convois de vivres et de munitions dans la ville, qui n’étai t pas entièrement investie, et à favoriser de tout leur pouvoir les mouvements de l’ armée que commandait le général Labourdonnaie, de manière à déterminer la levée du siége. Peu de jours après leur arrivée Lille fut en effet délivré. M. de Pontécoulant passa encore quelque temps à l’a rmée. Lorsqu’il revint prendre sa place dans la Convention le procès du Roi était commencé, et déjà la lutte entre les Girondins et la Montagne agitait les séances. Depui s que la guerre était déclarée et le trône renversé, il n’avait pas une autre préoccupat ion que la défense du territoire contre les armées de la coalition et contre l’inter vention des puissances étrangères dans le gouvernement intérieur de la France. Pendan t quelque temps il se flatta peut-être qu’un pouvoir énergique parviendrait à rétabli r, puis à maintenir l’ordre public, et qu’il triompherait des ennemis extérieurs et intéri eurs. Dans cette pensée, il se montra parfois opposé aux Girondins qui, animés par un esp rit de parti et des intérêts d’ambition, affaiblissaient l’autorité de la Conven tion. Mais il restait invariable dans son amour et son respect pour la justice et l’humanité ; il publia un écrit où il maudissait les massacres de septembre et leurs odieux instigateurs .
Lorsqu’il arriva de l’armée, la Convention avait dé jà résolu que le Roi serait mis en accusation et jugé par elle. Dans le premier appel nominal sur la question de culpabilité, il développa son opinion sur les trois questions qui devaient être successivement posées et discutées. — « Je pense, d it-il, que nommés juges par la Convention, et législateurs par le peuple, nous dev ons prendre les mesures les plus utiles pour assurer l’abolition de la royauté et l’ établissement de la république. » — En ce sens, il vota pour le bannissement à perpétuité de Louis et de sa famille. A ces mots des murmures s’élevèrent ; ceux qui avaient ré solu la mort du Roi s’efforçaient d’obtenir la majorité, en intimidant leurs collègue s qui se refusaient à cette funeste iniquité. — « Les murmures que j’entends, dit-il, m ’affligent pour ceux qui s’en rendent coupables, mais ne m’arrêtent pas. Je vais répéter mon vote. » — Il y ajouta que le décret rendu par la Convention devrait être soumis à la ratification du peuple souverain, qui prononcerait aussi sur l’abolition d e la royauté. Il écrivit et signa son opinion pour qu’elle fût insérée au procès-verbal. Au second appel nominal, sur l’appel au peuple, il ne vota point. Déjà il avait exprimé son opinion sur cette question ; comme il l ui semblait que ce scrutin était une manœuvre pratiquée par les Girondins dans une toute autre intention que de sauver le Roi, il ne voulut pas y prendre part. Dans le scrutin sur la peine, il répéta que le Roi devait être banni ; enfin il vota pour le sursis. Dès lors Pontécoulant fut classé, par les Montagnar ds et la commune de Paris, parmi les ennemis de la République et les contre-ré volutionnaires ; il fut placé sur leur liste de proscription avec les Girondins, dont il n ’était ni l’ami ni le partisan. Dans la séance du 15 avril 1793, une députation de la Commune vint « proférer un cri de vengeance contre les perfides mandataires du peuple, er dénoncer leurs crimes. » Pontécoulant était du nombre des vingt-de ux. En ce moment la majorité de la Convention résistait encore aux volontés et aux menaces de la faction qui devait établir le règne de la Terreur. Le 19 mai, Pontécou lant pouvait encore dire : — « Je dénoncerai, au nom de mes commettants, la commune e t la municipalité de Paris. » — Pendant la séance du 31 mai, il proclama it du haut de la tribune que la Convention n’était plus libre. Le 3 juin, lorsque Danton et Henriot eurent accompl i le coup d’État, la Convention mit en état d’arrestation dans leur domicile vingt et un représentants ; M. de Pontécoulant était de ce nombre. Pendant les premiers moments qui suivirent cette ré volution, le parti qui avait remporté une victoire, facile à Paris et dans la Co nvention, n’était point assuré contre les insurrections, qui éclataient dans presque tout e la France en faveur du parti vaincu et contre la violation de la représentation nationa le. Ainsi il usa d’abord du pouvoir absolu qu’il avait conquis avec une sorte de timidi té et d’hésitation. Parmi les députés décrétés d’arrestation, par une minorité peu nombre use restée dans la salle, les uns s’étaient éloignés de Paris, les autres s’étaient s oumis docilement au décret ; quelques-uns n’en avaient pas tenu compte. Pontécou lant était de ceux-là. A la séance du 6 juin, il demanda que la Convention prît connaissance des lettres par lesquelles les détenus réclamaient que justice leur fût faite et que la Convention se prononçât sur leur culpabilité. — « La commune de P aris ne peut fournir aucune preuve de ses imputations ; ce n’est pas une raison , dit-il, pour que nous refusions de prononcer sur le sort de nos collègues ; je veux cr oire que dans cette discussion on n’étouffera point la voix de ceux qui veulent justi fier les dénoncés et accuser les dénonciateurs. »
Il était encore en liberté, lorsque Charlotte Corda y fut traduite au tribunal révolutionnaire ; elle demanda d’abord Pontécoulant pour défenseur ; elle ne le connaissait pas ; elle ne savait pas même quelle ét ait son opinion politique ; mais il était son compatriote, de la même province ; où il avait une honorable réputation. Comme il ne voulait pas courir la chance d’être arr êté, il avait quitté son domicile et changeait sans cesse de logement. La lettre que lui écrivit Charlotte Corday ne lui fut pas remise. « On n’a point trouvé son adresse, » di t à l’audience l’accusateur public, qui s’était chargé de la faire parvenir. Charlotte Corday supposa injurieusement qu’il avait refusé de se charger de sa défense. Cependant l’insurrection du Calvados avait été faci lement dissipée ; Bordeaux s’était soumis sans résistance et Marseille peu apr ès ; Lyon allait succomber. Les dominateurs de la Convention pouvaient en sécurité se livrer à leurs haines et à leur cruauté. La reine était traduite devant le tribunal révolutionnaire. Le 3 octobre 1793, après avoir entendu un rapport de son comité de sûr eté générale, la Convention rendit un décret, qui « accusait quarante de ses membres d e conspiration contre l’unité et l’indivisibilité de la République, contre la libert é et la sûreté du peuple français. » Aucune discussion ne s’éleva dans l’Assemblée. L’ac te d’accusation présente par Amar, inspiré par une haine féroce, portait sur des allégations vagues et mensongères que pas un des conventionnels présents n’eût le cou rage de contester. On imputait à Pontécoulant de s’être rendu à Caen avec Barbaroux et Buzot, tandis que notoirement il n’avait pas quitté Paris. Il savait quel sort l’attendait au tribunal révolut ionnaire, et se tint caché ; il fut mis hors la loi, et quelque temps après, il parvint à s e réfugier en Suisse, déguisé en roulier. Il n’avait nul moyen d’existence et entra comme apprenti chez un menuisier à Zurich. Pendant son séjour en Suisse, il rencontra M. le duc d’Orléans qui, lui aussi, avait été réduit à prendre une profession pour vivr e et pour se cacher. Le professeur de mathématiques et le menuisier se furent l’un à l ’autre compagnons intimes d’infortune. Longtemps après, le roi Louis-Philippe se plaisait à rappeler ce souvenir à M. de Pontécoulant. Le 17 décembre 1794, cinq mois après le 9 thermidor , les comités de salut public, de sûreté générale et de législation, cédant à l’op inion publique, qui pressait la Convention et la contraignait à réagir de jour en j our davantage contre les actes d’iniquité et de tyrannie du régime de la Terreur, proposèrent que les députés mis hors la loi fussent rendus à leurs droits de citoyen, ma is non pas rétablis comme représentants du peuple. Ce n’était pas donner suff isante satisfaction au sentiment et à la voix publics ; mais la majorité de la Conventi on ne se résignait pas encore à obéir à l’opinion du pays. Après une séance orageuse à la quelle assistait Pontécoulant, au grand scandale des Montagnards, l’Assemblée adopta le décret. Il fallut encore quatre mois pour que la Convention en vint à désavouer pleinement le 31 mai et la condamnation des Girondins. Le décr et, qui rappela les proscrits dans l’Assemblée, fut cette fois accueilli avec une fave ur passionnée et adopté aux cris de « Vive l’Assemblée ! vive la République ! » Un seul représentant se leva pour témoigner son refus : c’était Goujon, celui qui bie ntôt après devait périr comme un des er promoteurs de l’insurrection du 1 prairial. M. de Pontécoulant ne se livra point à la réaction ; par caractère et par expérience, il était contraire aux opinions exagérées et encore pl us aux persécutions qu’elles suscitent ; il voulait la justice et la liberté : i l ne désespérait pas de la République et croyait encore qu’un gouvernement fort était nécess aire pour défendre la France contre la coalition et pour maintenir l’ordre intérieur.
Le discours qu’il prononça, le 26 avril 1795, pour appuyer la restitution des biens des condamnés est le plus remarquable de ceux qui f urent entendus dans cette grande discussion. Il traita la question, non-seule ment sous le rapport des circonstances, mais dans toute sa généralité. Pour les hommes qui ne voyaient pas sans chagrin et sans effroi qu’on revint sur un act e révolutionnaire quelconque, restituer les biens aux condamnés, c’était prononce r que leur sentence était une iniquité, qu’ils avaient été non pas jugés mais ass assinés. Ainsi ils résistèrent longtemps et vivement. Pontécoulant allait plus loin, il voulait que la co nfiscation fût à jamais abolie en principe, et n’eût point place dans la liste des pe ines légales. Ses adversaires prétendaient que ce serait compromettre la sûreté d e la République et laisser à ses ennemis des moyens de vengeance et de conspiration. Malgré le très-grand succès du discours de Pontécoulant, il ne put obtenir l’ab olition complète de la confiscation ; il a toujours tenu à honneur de l’avoir proposée. La C onvention déclara qu’elle serait maintenue à l’égard des émigrés, des conspirateurs, de leurs complices, et de la famille des Bourbons. Il était réservé à la Charte de leur restauration d’en prononcer la suppression définitive et absolue. Pendant qu’il combattait les principes et les œuvre s des hommes de la Terreur, il s’opposait à la réaction qui les poursuivait, et pe nsait qu’en n’admettant pas l’excuse des circonstances, on perpétuerait les haines polit iques et les discordes de parti. D’ailleurs on courait le risque d’imiter ceux qu’on voulait punir et de considérer les opinions et les discours comme des crimes punissabl es. Ce fut dans cette pensée qu’il prit la défense de Prieur de la Marne et de R obert Lindet. Son importance avait grandi dans l’Assemblée ; le 4 mai 1795, il fut nommé membre du comité de salut public. Dans ce gouvernement col lectif, son tour étant venu de tenir la correspondance du département de la guerre, il n e se crut ni assez instruit, ni assez expérimenté pour diriger les opérations militaires et les mouvements des armées ; il ne voulait cependant pas se borner à signer des dép êches que lui présenterait le bureau de la guerre, qui pourtant avait été composé par Carnot d’hommes très-distingués. A ce moment un jeune général, complétement inconnu ailleurs qu’à l’armée d’Italie, car il avait, n’étant que chef de bataillon, dirigé le siège de Toulon et donné ensuite à tous ceux qui avaient fait la guerre avec lui une h aute idée de sa capacité, était à Paris, réclamant pour que son grade ne lui fût pas ôté. Il avait trouvé peu d’accès auprès du comité militaire de la Convention. Repous sé et méconnu, sans argent et sans protection, il assiégeait les membres des comi tés de gouvernement et les hommes importants qui pouvaient lui être utiles ; i l exposait ses plans pour les armées, et spécialement pour l’armée d’Italie, s’an imait en expliquant ses idées et les produisait avec un ton d’autorité et de certitude. La plupart de ceux qui l’écoutaient, voyant ce jeune homme de peu de mine et d’une tourn ure étrange qui pensait en savoir plus que tous les généraux, et qui rêvait de s victoires et des conquêtes, étaient fort tentés de lui croire l’esprit un peu troublé e t de le prendre pour un de ces faiseurs de projets qui les racontent à tout venant. C’était Napoléon Bonaparte. M. de Pontécoulant en jugea autrement ; sans devine r un si grand génie, il lui parut que cet officier disgracié disait des choses très-r aisonnables, qu’il montrait un esprit remarquable, et qu’il pouvait bien être un habile g énéral. Il se promit de ne rien décider et de ne rien écrire sans avoir pris les avis du je une officier d’artillerie. Napoléon fut touché de cette confiance, dont il a toujours été reconnaissant. Ce fut par suite de ses rapports avec M. de Pontéco ulant qu’il fut attaché au bureau
militaire du comité de salut public, où Barras, qui l’avait connu au siége de Toulon, le retrouva pour lui confier la défense de la Conventi on et le combat du 13 vendémiaire contre les sections de Paris. Du 4 mai au 4 septembre, M. de Pontécoulant, occupé des affaires militaires, ne prit point part aux discussions de l’Assemblée : il la p résida pendant la première quinzaine du mois de juillet. Le 3 septembre il proposa, au n om des comités de gouvernement, l’abrogation du décret, rendu trois ans auparavant, qui avait destitué le général Montesquiou au moment où il venait d’envahir toute la Savoie. M. de Montesquiou s’était dérobé à l’échafaud et réfugié en Suisse. L e rapport de Pontécoulant le justifiait pleinement et faisait valoir ses talents et ses ser vices ; il fut rappelé en France et rayé de la liste des émigrés. Après le 13 vendémiaire, M. de Pontécoulant était p lacé dans les rangs opposés aux représentants, qui voulaient profiter de cette victoire pour ajourner la constitution, pour continuer le gouvernement absolu de la Convention et lui rendre son caractère de tyrannie révolutionnaire. Dans ce moment les agents royalistes, à qui le mouv ement de l’opinion publique contre tout ce qui avait pris part au règne de la T erreur, faisait illusion, se croyaient assurés d’avance de la coopération des députés oppo sés au parti terroriste. Leurs correspondances témoignaient de cette frivole espér ance. Dans les papiers d’un nommé Lemaire, qui fut arrêté, puis condamné à mort , le nom de Doulcet (c’était le nom que portait alors M. de Pontécoulant), se trouv a compris dans une liste de représentants, sur lesquels l’agent disait que les royalistes pouvaient compter. Ce renseignement était encore plus absurde, quant à M. de Pontécoulant, que quant à ses collègues. Il y avait eu confusion de noms ; c’était d’un avocat nommé Doucet que l’agent royaliste avait voulu parler. M. de Pon técoulant n’avait pas même pensé à se justifier. Tallien, Letourneur et d’autres conve ntionnels du parti révolutionnaire s’empressèrent de parler de l’activité et des soins qu’il avait manifestés pendant que les affaires militaires avaient été sous sa directi on. Les élections témoignèrent quelle honorable popular ité M. de Pontécoulant s’était acquise par sa conduite, par ses discours, par son dévouement à la justice, à la modération et aux vrais intérêts de la nation. Un d écret de la Convention avait ordonné que les deux tiers du nouveau corps législatif sera ient choisis par les colléges électoraux parmi les membres de la Convention. M. d e Pontécoulant fut élu par trente-trois départements. Il siégea au conseil des Cinq-Cents. Pendant les vi ngt mois, qui s’écoulèrent entre l’établissement de la constitution de l’an III et l e 18 fructidor, il prit une part active aux travaux de cette Assemblée, toujours étranger à l’e sprit de parti qui lui était antipathique ; toujours ami de l’ordre et de la jus tice ; toujours disposé à contrôler avec indépendance les actes du pouvoir, sans chercher à l’affaiblir. C’en était assez pour être classé parmi les ennemis du Directoire. Prévoy ant l’attentat projeté contre le corps législatif, il parla et vota pour les mesures impuissantes qui furent proposées dans l’espoir de s’en garantir. Aussi fut-il placé sur la liste des députés destinés à la déportation, qui fut présentée au conseil des Cinq-Cents. Il était si notoirement éloigné de tout sentiment hostile, de toute opposition syst ématique au gouvernement, que des réclamations s’élevèrent et que son nom fut effacé. Il protesta contre ce coup d’État, contre cette rui ne de la constitution et renonça à siéger désormais dans une assemblée, qui avait été militairement envahie et décimée en violation des lois et de la justice. Retiré dans sa province, il se fit élire assesseur du juge de paix de son canton, pensant que ce pourrait être une sauvegarde contre la
persécution des agents du Directoire. Il n’était pas à Paris lorsque le général Bonaparte , à la grande et universelle satisfaction de la France, détruisit le gouvernemen t directorial et devint, par une constitution nouvelle, maître absolu du pouvoir. Il n’avait pas oublié son ancien protecteur, celui qui, par un heureux hasard, avait facilité son premier pas sur la route par où il devait arriver au faite de la gloire et d e la puissance. M. de Pontécoulant n’avait point d’ambition ; il so uhaitait une position convenable à son rang social et à ses antécédents politiques ; s on goût ne le portait pas aux affaires, et il n’aimait pas la responsabilité. Le Premier Consul l’aurait volontiers placé au Sénat, mais il était âgé de trente-six ans et le s sénateurs devaient avoir quarante ans ; il fut nommé à l’importante préfecture de Bru xelles. Il fit jouir d’une administration juste, douce et i ntelligente un pays qui jusqu’alors avait été traité en pays conquis, après avoir éprou vé toutes les calamités du théâtre de la guerre. Il fit cesser les persécutions, rappe la les émigrés, leva le séquestre établi sur leurs biens, appela aux fonctions publiques les grands propriétaires, fit revenir les prêtres déportés, rétablit les fondations pieuses e t charitables. Telle fut, à cette époque, la mission des préfets ; mais ces bienfaits étaient encore mieux sentis dans une province qui avait tant, souffert des désordres de la Révolution et de la guerre. En 1805, dès que M. de Pontécoulant eut atteint l’â ge légal, il fut nommé sénateur. L’année suivante, le goût des voyages, qu’il avait conservé, lui fit désirer de se rendre, sans fonction ni titre, à Constantinople av ec le général Sébastiani, qui venait d’être choisi pour cette importante ambassade. L’Em pereur l’encouragea dans ce projet. Il assista et s’employa activement à la glo rieuse défense de Constantinople contre l’escadre anglaise, qui avait passé les Dard anelles. Le Grand Seigneur lui donna l’ordre du Croissant. L’Empereur le chargea ensuite d’une mission auprès du grand-visir, qui commandait l’armée turque sur le Danube, et il passa plusieurs mois à son état-major. Il revint en France à la fin de 1807. Deux fois il fut envoyé par mission extraordinaire en Normandie : pour aviser aux précautions qui deva ient défendre la côte contre les attaques des Anglais ; puis, en 1813, pour presser la formation des cohortes de garde nationale. Un plus difficile et plus triste devoir lui fut imposé à la fin de 1813 : l’Empereur l’envoya en Belgique au moment où elle a llait être envahie par les armées alliées. Le général Maison arrêta pendant quelque t emps cette invasion avec une petite armée, et le commissaire extraordinaire, sec ondé par des préfets qui, comme lui, avaient su gagner la confiance et l’affection des habitants, parvint à maintenir l’ordre et la fidélité dans ces provinces, jusqu’au moment où les armées étrangères les occupèrent entièrement. er Il revint au Sénat ; peu après, Paris tomba au pouv oir des alliés. Le 1 avril 1814, le Sénat fut convoqué, vota la formation d’un gouverne ment provisoire, et déclara eu même temps quels devaient être les principes et les dispositions générales d’une nouvelle constitution. M. de Pontécoulant se trouva à cette séance et la déclaration du Sénat porte sa signature ; elle ne se trouve point à l’acte du Sénat. daté du 3 avril, qui prononce la déchéance de l’empereur Napoléon. Le 4 juin 1814, le jour où la Charte fut promulguée , la Chambre des pairs fut formée ; tous les sénateurs, hormis ceux qui n’étai ent pas Français, et les conventionnels qui avaient voté la mort de Louis XV I, furent appelés par le Roi à en faire partie. A son retour de l’île d’Elbe, Napoléon changea les constitutions de l’Empire ; cédant à l’opinion publique encore émue des calamités que le pouvoir absolu avait appelées
sur la France, il institua, par un acte additionnel , un gouvernement représentatif ; une Chambre des pairs héréditaire était un des grands p ouvoirs de l’État ; M. de Pontécoulant en fit partie. Elle ne s’assembla que pour assister à la seconde r uine de la fortune et de la puissance de Napoléon. Dans cette triste session, a u milieu de circonstances menaçantes, M. de Pontécoulant eut plusieurs fois à prendre la parole. Il soutint qu’en un tel moment, lorsque les chambres étaient le seul pouvoir encore subsistant, le salut du pays tenait à leur permanence. — « Quiconque ten terait de les dissoudre, disait-il, doit être déclaré traître à la patrie, et je me porte, dès à présent, son dénonciateur. » Dans la séance du 22 juin, il prit vivement la défe nse de son beau-frère, le général Grouchy, dont le maréchal Ney avait blâmé la condui te. Dans cette même séance du 22 juin, lorsque le prince Lucien Bonaparte insista pour que le fils de l’Empereur fût explicitement reconnu comme son successeur, M. de P ontécoulant parla en ces termes : — « Je vais dire ce que je ne dirais pas s i Napoléon était encore au faite de la puissance : je lui suis entièrement dévoué du plus profond de mon cœur ; je l’ai servi fidèlement ; je lui serai fidèle jusqu’au dernier s oupir ; je lui dois tout ; il a été pour moi le bienfaiteur le plus généreux. Mais aussi je me d ois à la patrie. Que nous propose-t-on ? une chose contraire aux usages de toutes les a ssemblées délibérantes : de prendre la plus grave détermination sans délibérer. Et quel est celui qui vient nous parler de minorité factieuse et qui veut imposer un souverain aux Français ? Je reconnais les droits qu’il s’est acquis à l’estime générale par ses talents, son beau caractère, et par ce qu’il a fait pour la liberté. Mais ses titres, pour parler ainsi qu’il vient de le faire, ne me sont pas connus. Aucun acte n’atteste qu’il soit Français ; nous ne le connaissons que comme prince romain. Le princ e Lucien nous propose une chose que vous ne pouvez accorder, sans une mûre dé libération. « L’Empereur demande, par sa proclamation, que son fils soit reconnu comme son successeur. Quelle que soit ma reconnaissance pour Napoléon, je ne puis regarder comme mon souverain un individu, qui n’est pas en F rance ; je ne puis regarder comme régente une princesse qui est en Autriche ; s ont-ils étrangers ? sont-ils captifs ? veut-on vous amener à reconnaître une rég ence ? Si l’on prend ce parti, on allume les flambeaux de la guerre civile. » Quelle que fut l’insistance passionnée d’un grand n ombre de pairs, il leur fallut se contenter d’affirmer, sans être contredits, que le droit de Napoléon Il était implicitement reconnu. Mais un gouvernement provisoire, qui n’éta it point un conseil de régence, et dont les actes ne devaient point porter le nom de N apoléon Il, fut élu par les deux chambres. Ce gouvernement, qui était composé du duc d’Otrante, de Carnot, du duc de Vicence, du général Grenier et de M. Quinette, résolut d’envoyer des commissaires au quartier général des alliés, afin d’y tenter une négociation. Ces. commissaires furent M. de La Fayette, M. d’Argenson, le général Sébastiani, M. de Pontécoulant et M. de La Forest. Lorsque M. de Pontécoulant annonça la commission qu i venait de lui être donnée et demanda le congé de la Chambre des pairs, M. d’Arju zon se rendit l’organe des sentiments de la Chambre : « C’est avec regret que nous voyons M. de Pontécoulant s’absenter de la Chambre où ses lumières sont d’une si grande utilité. La connaissance que nous avons de ses principes et de sa sagesse, nous donne l’espérance que cette mission aura un résultat heureux. » C’était se faire une étrange illusion. Les commissa ires se rendirent à Haguenau ; ils ne furent pas admis auprès des souverains. S’il y a vait eu possibilité de négocier, c’eût été avec les généraux étrangers, qui assiégea ient Paris. Il n’y eut à Haguenau