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Histoire de la Géorgie

De
352 pages
Située au pied du Caucase, sur le rivage oriental de la mer Noire, à la limite de l'Europe et de l'Asie, la Géorgie est un pays de cinq millions et demi d'habitants qui a de grandes traditions culturelles. Le présent ouvrage a pour objet de familiariser le lecteur français avec l'idée de continuité de l'histoire géorgienne, par-delà les ruptures et les conflits, depuis l'Antiquité jusqu'en 1921, année où la Russie soviétique annexait le territoire de la République démocratique de la Géorgie.
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~

HISTOIRE DE LA GEORGIE

1997 ISBN: 2-7384-6186-7

@ L'Harmattan,

Nodar Assatiani Alexandre Bendianachvili

;

HISTOIRE DE LA GEORGIE

Éditions L'Harmattan $-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

PRÉFACE
Le 26 novembre 1995, au cours de son discours d'investiture, le président de la République géorgienne Edouard-Guiorgui Chévardnadzé insista, depuis la tribune du Palais du gouvernement, à Tbilissi, devant un public nombreux de citoyens et d'invités étrangers venus l'écouter, et dans l'après-midi du jour même, depuis la chaire de la grande Cathédrale de Svétitskhovéli, à Mtskhéta, sur ce fil ininterrompu des temps qui fait le lien entre 1'histoire contemporaine des Géorgiens et leur grand passé: Cette cérémonie, déclara le Président, marque le jour de l'entrée en vigueur de la constitution, marque aussi l'affirmation de l'Etat. géorgien, marque toute sa souveraineté comme son indépendance, la démocratie, la liberté recouvrée. Ce jour n'est pas seulement un jour de liesse populaire qui appartiendrait à une Géorgie qui nous serait seulement contemporaine, c'est encore un jour qui nous engage à nous reméJnorer Pharnavaz, Vakhtang Gorgassal, Bagrat III, David le Constructeur, Thamar, Guiorgui le Brillant, Eréklé Il. Car, s'il est bien vrai que les cours des âges a été parfois interrompu par l'une ou par l'autre des orientations des politiques, il est non moins vrai aussi que le cours des âges demeure ininterrompu en tant qu 'Histoire de la Nation. Il appartient à la science historique d'étudier l'évolution de ce processus d'engendrement des événements historiques et la discontinuité. Cette étude est destinée à mettre en lumière ce qu'il y a, au fond, de permanent dans toute œuvre historique, elle-même inscrite dans le développement social. Ce faisant, elle voudrait porter au jour le lien intime qui réunit le présent au passé et préside à I'histoire en train de se faire. La Géorgie a toujours eu sa propre voie de développement. Il y eut des époques d'apogée, il y eut aussi des époques de décadence. Tout envahisseur venu d'Orient eut à brandir son glaive contre la Géorgie. Et, à chaque fois, le peuple géorgien défendit avec la plus grande abnégation son identité et sa souveraineté en tant que Nation. Se trouvant au pont de jonction entre l'Europe et l'Asie, la Géorgie. a défendu non seulement son indépendance propre, mais aussi constitua un rempart de l'Europe contre les barbares non1adisants venus d'Asie. En France, tout con1ffieen Europe occidentale, l'histoire si riche et colorée de la Géorgie demeure maleureusement encore fort peu connue, bien que ce soit le XIXe siècle, ce n1érite lui revenant, qui nous ait apporté l'étude positive de l'histoire 5

de la Géorgie. Nos plus grands prédécesseurs, en France, ont été ces immenses historiens de la célèbre Société Asiatique de Paris, en particulier, Marie-Félicité Brosset (1802-1880). L'historiographie européenne, telle qu'elle se présente à nous aujourd'hui, n'offre malheureusement presque plus de place à l'étude de la Géorgie. Deux grands ouvrages, cependant, écrits au XXe siècle dans l'émigration, font connaître la Géorgie aux Français: celui de A. Manvélichvili Histoire de Géorgie (1951) et celui de K. Salia Histoire de la Nation géorgienne (1980). L'ouvrage de K. Salia fut couronné par l'Académie française. Il n'en reste pas moins que cet ouvrage ne reflète pas sufisamment, semble-t-il, les acquis de l'historiographie géorgienne récente. De nombreux faits et événements y exigeraient plus de précision et aussi davantage d'acuité dans l'analyse. De 1957 à 1984, à Paris, sous la direction de KalistratSalia et son épouse Nino, parut la Revue de kartvelologie qui publiait différents articles sur l'histoire et la culture de Géorgie. L'œuvre entreprise par K. et N. Salia fut poursuivie par Georges Char~chidzé qui, en 1985, fit paraître le premier numéro de la Revue des Etudes Géorgiennes et Caucasiennes. Elle s'ouvrait largement aux chercheurs de tous les pays pour ne publier que des documents inédits et des études originales portant- sur la Géorgie, sa culture, sa civilisation, mais aussi sur les langues et les cultures du Caucase Septentrional. A notre plus grand regret, ces dernières années, la revue a cessé de paraître. Le présent ouvrage a été rédigé sur la base des études les plus récentes.des historiens géorgiens. Il a pour objet de familiariser le lecteur français avec l'idée de continuité de I'histoire géorgietme, par delà les nlptures et les conflits, depuis l'Antiquité jusqu'en 1921, année, où la Russie soviétique atmexait le territoire de la République Démocratique de la Géorgie. Les 75 années de pouvoir soviétique en Géorgie demandent, quant à elles, une analyse radicalen1ent nouvelle et en profondeur, étant donné que cette longue période de temps historique a été présentée de manière bien peu objective et intrinsèquement tendancieuse. Le pouvoir totalitaire exerça une violence institutiotmelle extrêl11esur les études historiques, au pont de les annihiler et d'admettre leur falsification. L'examen des événements qui se rapportent à la période soviétique, de même qu'une analyse critique qui lui serait corrélative, exigent un peu de tel11ps.C'est pourquoi, l'ouvrage qui fera suite et qui portera sur la période con1prise entre 1921 et 1996, devra paraître à une date ultérieure. Le présent ouvrage est constitué de 3 parties. L'introduction et les deux
premières parties

- Origine

et ascention

de la Géorgie et Décadence

- ont

pour

auteur Nodar Assatiani, docteur ès sciences historiques, professeur à l'Université d'Etat I. Djavakhichvili de Tbilissi et chargé de chaire de l'histoire de Géorgie à l'Institut d'Etat I. Tchavtchavadzé des langues et cultures occidentales de Tbilissi. La troisième partie qui a pour titre Abolition et rétablissenlent de l'Etat géorgien, a été rédigée par Alexandre Bendianachvili, docteur ès sciences historiques, 6

professeur, chef de la section de l'histoire moderne à l'Institut I. Djavakhichvili de l'Histoire de l'Académie des Sciences de Géorgie. Nous remercions l'équipe de la chaire de français de l'Institut d'Etat I. Tchavtchavadzé des langues et cultures occidentales de Tbilissi qui s'est chargée, sous la direction du professeur Mzaro Dokhtourichvili, de la traduction du présent ouvrage en français. Nos remerciements vont également à Manana Chékiladzé qui a bien voulu préparer les cartes mises en annexe à l'ouvrage. Nous remercions Thamaz Baramidzé qui s'est chargé de l'iconographie. Nous remercions également la Société géorgienne des relations culturelles avec les compatriotes résidant à l'étranger, et tout particulièrement son président Alexandre Nonechvili, ainsi que la Société Créative Parfums Internationale, son président Pierre Crevaux, d'avoir bien voulu aider financièrement à la réalisation de cet ouvrage. Les auteurs tiennent aussi à remercier tout particulièrement Michel Malherbe qui s'est êhargé de la révision et de la correction des textes qui composent cet ouvrage.
Nodar Assatiani Alexsandre Bendianachvili

INTRODUCTION

La Géorgie, située à l'extrémité sud-est de l'Europe, est aujourd'hui un Etat indépendant. Au nord elle est litnitée par les chaînes du Grand Caucase, les plus hautes d'Europe; à l'ouest par la mer Noire, que les Grecs de l'Antiquité appelaient Pont Euxin (mer hospitalière), à l'est par la plaine Mtkvari-Araxe et au sud par le Petit Caucase ou les montagnes de la Géorgie méridionale. Ce pays, que les Géorgiens appellent Sakarthvélo, est connu dans la plupart des pays occidentaux, sous le nom de Géorgie (en angl. Georgia, en allem. Georgien, etc.), et, pour la différer de l'un des Etats des Etats-Unis qui porte le même nom, on dit que c'est la Géorgie du Caucase. La Géorgie (Sakarthvélo) signifie le pays des Géorgiens. Le Géorgien Karthvéli - vient du mot Karthli. C'était le nom antique d'un des anciens royaumes formé sur le territoire de la Géorgie et du royaun1e qui se trouvait aux alentours de l'actuelle Mtskhéta. Plus tard, seule la région centrale a conservé cette dénomination. Les Grecs de l'Antiquité ont désigné ce royaun1e sous le nom d'Ibérie, et la Géorgie occidentale sous le non1de Colchide. Dès le XIIIe siècle, le nOlnde Géorgie est utilisé dans les sources historiques européennes pour désigner la Géorgie unifiée. Jacques de Vitry, évêque de SaintJean d'Acre (1216-1228) est le prelnier à mentionner les Géorgiens sous la dénomination Georgiani dans son œuvre Historia Hierosolitana abbreviata écrite en latin, où on lit: "Il y a en outre, en Orient, un autre peuple de chrétiens extrêmement belliqueux, vifs aux con1bats, robustes COl11n1e chênes et puissants d'une innon1brable multitude de guerriers; ils terrifient fort les Sarrasins et, fréquemment, en des expéditions oÙ ils furent très ravageurs, ils surpassèrent les Perses, les Mèdes et les Assyriens aux confins des territoires desquels ils demeurent, ainsi que les peuples infidèles dont ils sont cernés de toutes parts. Ces hommes sont appelés Géorgiens (Georgiani) parce qu'ils révèrent avec un immence respect, adorent et honorent, plus que les autres saints, Saint-Georges qu'ils tiennent pour défenseur et patron dans leurs combats contre les incroyants à l'instar d'une enseigne". En effet, les Géorgiens rendent un culte spécial à Saint-Georges. En Géorgie, les églises construites en son honneur sont beaucoup plus nOlnbreuses que celles consacrées aux autres saints. Le célèbre historien géorgien I. Djavakl1ichvili 9

estime que pour les Géorgiens de l'époque du paganisme, la lune était la divinité principale, à laquelle on attribuait l'image d'un guerrier. Après la propagation du christianisme (IV), cette divinité a été assimilée à Saint-Georges, dont le peuple géorgien .a fait l'objet de sa vénération. Certains auteurs européens (par ex. F.F.Troilo, XVIIIe s.) considèrent que la dénomination des Géorgiens est liée au mot grec georgos, 'qui signifie l'agriculteur. C'est le nom donné aux Géorgiens pour leur capacité de s'occuper d'agriculture. C'était aussi l'avis du célèbre historien géorgien du XVIIIe s. Vakhouchti Bagrationi. Mais, en réalité, les deux auteurs se trompaient. Ce n'est qu'une coïncidence fortuite des noms. La dénomination européenne Géorgien vient respectivement des formes persan et arabe Gourdj
(gourgu)

- Gourdjistan

et Djourzan-Djourzani

désignant

les Géorgiens

et la

Géorgie. Ces formes proviennent du mot parthe et persan moyen Wanlcan qui signifue le pays des loups et désigne la Géorgie. Selon la tradition iranienne, ce nom totémique de loup désignait la Géorgie. Comme nous l'avons déjà noté, dans l'Antiquité, la Géorgie était mentionnée sous: deux noms: la Colchide désignait le territoire de la Géorgie occidentale et l'Ibérie celui de la Géorgie orientale. Cette dernière dénomination a suscité un vif intérêt des anciens historiens européens qui l'ont reliée aux Ibères préindo-européens dont la péninsule pyrénéenne (Ibérienne) a conservé le nom. La coïncidence de ces dénominations ayant suscité de nombreuses hypothèses, on a procédé à des recherches linguistiques et historiques approfondies pour en chercher l'étymologie. Actuellement, nous possédons une vaste littérature sur ce problème,l dont l'étude nous mènera très loin et qui ne présente pas beaucoup d'intérêt pour ce livre. La Géorgie du Caucase (Sakarthvélo), un des plus anciens Etats du monde, qui compte plus de trois mille ans d'organisation étatique, a survécu aux péripéties de l'histoire; aujourd'hui c'est un Etat qui a retrouvé son indépendance et tente, à travers toutes les difficultés, d'obtenir sa place dans le monde actuel.

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Situation géographique et conditions naturelles. - La Géorgie occupe le territoire aux confins de deux continents: l'Asie et l'Europe, l'istrune du Caucase entre la mer Noire et la Caspienne. La chaîne du Grand Caucase, la plus haute d'Europe, avec ses glaciers couvert de neiges éten1elles (culn1inant à l'Elbrous 5633 m et au Kazbeck 5047 m), fonne la frontière naturelle au nord de la Géorgie. Au sud, sur un vaste territoire, s'étend la chaîne du Petit Caucase ou les montagnes de la Géorgie méridionale. Plusieurs crêtes de la chaîne du Grand Caucase s'abaissent graduellement vers le sud. Une de ces crêtes, non1111é ik11i,divise la Géorgie en L deux parties: l'est et l'ouest.

1 On a publié

récenunent un récueil:La ternlinologieétrangère et géorgiennedésignant la Géorgie

et les Géorgiens (en géorgien, ci-joint des résull1és en nlsse et en anglais, Tbilissi, 1993), dans lequel on trouve de nonlbreuses recherches de différents auteurs sur ce problèll1e. 10

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Dans les hautes montagnes de la zone alpine, il y a de magnifiques pâturages d'été; au-dessous, les versants sont couverts de forêts touffues. Des reliefs montagnards on passe successivement aux plateaux et aux plaines. Les massifs montagneux du nord et du sud encadrent la plaine géorgienne. A l'ouest de la Géorgie s'étend la plaine triangulaire de Colchide dont la base est dirigée vers la mer Noire. Jadis, la partie la plus basse de la plaine de Colchide la dépression de Colchide était marécageuse. Vers les montagnes, la plaine se relève et forme des plateaux. Ces emplacements se prêtaient bien à l'établissement de la population et à la culture. La plaine de la Géorgie orinetale comprend trois parties. Ce sont les plaines de Kvémo Karthlie (Karthlie inférieure), Chida Karthlie (Karthlie intérieure) et de Kakhéthie, qui se relèvent graduellement fonnant des plateaux et des montagnes. Ici le climat est plus sec qu'en Géorgie occidentale, ce qui rend nécessaire l'irrigation. Le climat de la Géorgie, comme son relief, est très varié. Dans le massifs montagneux, le cliInat est rigoureux, mais dans les plaines, il s'adoucit. Sur les plateapx et dans les plaines, le climat est telnpéré, mais la différence clin1atique est très brutale dans certaines régions. Le littoral de la mer Noire est caractérisé par un climat subtropical humide, tandis que dans la plaine de la Géorgie orientale, le climat est tempéré (doux et sec), mais au sud-est de la region soufflent des vents chauds du désert. La Géorgie est parcourue par de nombreux fleuves, grands ou petits. Ils prennent leur source dans les chaînes du Grand Caucase, ainsi que dans les montagnes du sud. Les fleuves de Géorgie, fonnant des dizaines de ravins, se jettent dans d'autres fleuves ou dans la mer. Le plus grand fleuve de Géorgie est le Mtkvari (la Koura) qui prend sa source en Turquie actuelle, traverse la partie sud-ouest et la région centrale de la Géorgie, parcourt le territoire de l'Azerbaïdjan et se jette dans la mer Caspienne. Ses principaux affluents du nord sont: Liakhvi, Ksani, Aragvi, lori, Alazani. Ses affluents du sud sont: AIguéthie, Khran1i. Les plus grands fleuves se jettent dans la mer Noire; ce sont (du sud au nord): Tchorokl1i (avec Atcharistskali), Rioni (avec ses non1breux affluents), appelé Phasis par les Grecs de l'Antiquité, Ingouri, Kodori, Bzibi etc. Autrefois le Mtkvari et le Rioni étaient abondants en eau et on les utilisait pour la navigation. La Géorgie est riche en ressources 111inérales:minerais, c0111bustibles, matériaux de construction. Elle est particulièrement riche en gisements de cuivre et de fer qui ont joué un grand rôle dans la naissance et le développen1ent de la métallurgie sur ce territoire dès l'aube de I'histoire humaine. Pour présenter les événements historiques tels qu'ils sont, il faut faire connaissance des provinces historico-géographiques de la Géorgie. La partie centrale de la Géorgie est la Karthlie, bordée à l'ouest par la crête de Likhi et à l'est par la rivière Aragvi. A l'est, elle est confinée par la Kakl1éthie eQglobant les bassins de l'lori et de l'Alazani. Aux alentours des sources de ces rivières et, partiellen1ent , au-delà de la crête du Caucase, se trouvent la Touchéthie,

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12

le Pchavi et la Khevsouréthie, des régions montagneuses. Autrefois, la partie orientale de Kakhéthie s'appelait la Héréthie. Une partie de la Géorgie actuelle qui se trouve à l'ouest de la crête de Likhi, s'appelle l' Iméréthie. Comme nous l'avons déjà noté, les Grecs de l'Antiquité la désignaient sous le nom de Colchide ou Lazica, tendis que les anciens Géorgiens ont
donné à cette région le nom d'Egrissi. Aux Xe

-XIe ss. l'Abkhazéthie

(Abkhazie)

était la dénomination de la Géorgie occidentale entière, mais à la fin du Moyen Age, seule la région située à l'extrémité nord-ouest de la Géorgie, se trouvant entre la mer Noire et la crête du Caucase, a conservé ce nom. A droite du Rioni, à l'ouest du Tskhénistskali, se trouvait le Samégrélo (Mégréli) ou l'Odichi; au sud du Rioni, jusqu'aux montagnes d'Adjara-Meskhéthie, s'étendait la Gouria. La Meskhéthie et l'Adjara occupaient la partie sud-ouest de la Géorgie englobant la partie supérieure du Mtkvari et le bassin du Tchorokhi. A l'ouest de ces régions, sur le littoral sud de la mer Noire, se trouvait la Tchanéthie. Les côtes sud du Caucase, les alentours des parties supérieures de I'Ingouri, du Tskhénistskali et du Kodori et leurs sources sont occupés par une région de hautes montagnes appelée le Svanéthi; à l'est du Svanéthi, sur la partie supérieure du Rioni, se trouvait le Ratcha qui, avec le Letchkhoumi, fonnaient autrefois une région portant le nom de Takvéri. Dans la partie centrale du Caucase, les frontières nord de la Géorgie s'étendent bien au-delà de la crête principale. Ici se trouvaient le Dvaléthi, le Khévi et le Mthiouléthi. Ici mêlne sont situés les passages principaux du Caucase du Nord: le col de Djvari (2379 m) qui, par la gorge de Dariali (la rivière Thergui), relie la Transcaucasie au Caucase du Nord. Il y a d'autres cols (Roki
2995 m, Zékari

- 3184

nl, Manlissoni

- 2820

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m), mais le col de Djvari et la gorge de

Dariali sont les plus commodes. Historiquement, le territoire de la Géorgie a subi des changements constants. Malheureusement, une partie considérable des territoires de la Géorgie se trouve maintenant hors de ses frontières. De mênle une partie de la population géorgienne, à cause des cataclysnles historiques, a souvent été expulsée de sa patrie ou déportée dans des pays éloignés. A l'heure actuelle, la Géorgie occupe une superficie de 69 700 km2. D'après le denlier recenselnent (1989), la Géorgie compte 5,4 millions d'habitants (Géorgiens 70,1 %, Anlléniens 8,1 %, Russes 6,3 %, Azerbaïdjanais - 5,7 %, Ossètes 3,0 %, Grecs 1,8 %, Abkhazes - 1,8 %).

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PREMIÈRE PARTIE

ORIGINE ET ASCENSION DE LA GÉORGIE

CHAPITRE I

PREMIERS HABITANTS DU TERRITOIRE DE LA GÉORGIE

Age de la pierre. Les traces des premiers habitants de la Géorgie remontent à 1,5 million d'années environ. C'est une découverte très importante des recherches archéologiques récentes. En 1991, en Géorgie méridionale, sur le territoire des vestiges de la ville de Dmanissi, une expédition archéologique gennano-géorgienne a découvert les restes (une machoire inférieure avec des dents) d'un homo erectus et des outils primitifs, les plus anciens panni ceux qui ont été trouvés en Eurasie. Les sites du paléolithique inférieur sont nombreux en Géorgie. On en a découvert environ 280 d'une période dite des troupeaux prin1itifs, où les hommes ainsi que les animaux vivaient en troupeau, chassant et se protégeant en commun contre les carnassiers. Au paléolithique supérieur, que les savants font remonter approximativement à 35 000 ans, les outils fabriqués en pierre, en bois, en os et en corne sont plus variés et an1éliorés. Déjà, l'honm1e utilise une lance à lame de pierre ou d'os et un peu plus tard la flèche, ce qui le rend plus fort dans sa lutte pour la

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survie. En conséquence, on trouve à cette période des habitats de plus longue durée. Sur le territoire de la Géorgie, les archéologues ont découvert et étudié de nombreux grottes et abris sous roche naturels servant d'habitat aux honll11es prÏ1llitifs. En Géorgie occidentale on trouve des grottes à Devis K11vréli, Sakajia, Sagvardjilé, etc. Beaucoup de grottes de la vallée de la rivière Djroutchoula, sont déjà étudiées. Sur la berge de l'Ingouri, on a découvert les restes de huttes et d'habitats construits par des hommes paléolithiques. Au paléolithique supérieur se fonllent des groupes stables d'homn1es primitifs unis par les liens fan1iliaux des clans. COI11ffieà cette époque la fel11ffie jouait le rôle prépondérant dans le n1énage, d'après la conception des hommes paléolithiques, la parenté ne pouvait être déten11inée que par la lignée maternelle. La femme était honorée de tout le clan conl111e fondatrice et COl1lllle créatrice. La fondatrice était chef et dirigeant des occupations des 111en1bresdu clan matriarcal. Le paléolithique supérieur a dOlmé naissance aux tribus. Les clans de taille accrue se sont divisés en nouveaux clans sans cesser de conl111uniquer entre eux. Les

clans ainsi apparentés fonnaient une conununauté. Selon l'usage et à cause des conditions géographiques particulières, chaque communauté habitant le territoire de la Géorgie, occupait une vallée. L'unification de deux communautés foOllait une tribu. Les communautés réunies en tribu avaient les mêmes mœurs, les mêmes notions religieuses et le même parler. En Géorgie, le mésolithique ou l'Age de la Pierre moyen a débuté il y a environ 14 mille ans et a duré 4 mille ans. A cette époque, les conditions naturelles s'étaient visiblement améliorées. Le climat chaud, mais tempéré était favorable pour qu'un grand nombre de population s'y établisse. On trouve des sites de l'homme de l'époque mésolithique non seulen1entdans des grottes ou des cavernes, mais en plein air, principalement dans des vallées de rivières. A Trialéti, dans la vallée de la rivière Patara Khrami, on a découvert des pétroglyphes - des dessins peints sur la roche représentant des scènes de chasse avec différents anÎluaux. Le néolithique, qui a débuté en Géorgie approxin1ativen1ent il y a 10 mille ans, plarque le commencement de la production (Révolution néolithique), l'élevage

et l':agriculture primitifs apparaissent et se développent. Il faut signaler que la
Transcaucasie est considérée cOlume le foyer originel de la culture de beaucoup de plantes cultivées. On ne trouve nulle part ailleurs au monde tant d'espèces sauvages de blé qu'en Transcaucasie actuelle. En Géorgie, il y a encore des espèces très anciennes de blé telles que makha et zandouri. Ce sont les espèces de transition entre le blé sauvage et le blé cultivé. Cela indique que la culture du blé et l'agriculture ont leur origine sur le territoire de la Géorgie et sur les territoires avoisinants. En Géorgie occidentale on cultivait le mil qui a servi de principal végétal alin1entaire jusqu'à la fin du Moyen Age. La fin du néolithique n1arque la fonuation des villages d'agriculteurs en habitat fixe; la population de la Géorgie de cette période s'occupait essentiellement d'agriculture et d'élevage. La découverte d'une grande quantité d'outils en pierre, en os et en corne sont la preuve visible du développement de l'agriculture en Géorgie. Dans les sites du néolithique, on a trouvé des n1acrolithes (des instruments en pierre de grande taille) en forn1e de pioche de houe et de soc, auxquels on pouvait fixer des luanches en bois. Sur les n1êluesites on a découvert des couteaux et des faucilles, l'outillage à petite lame servant à tailler la pierre (des microlithes). On a trouvé aussi des meules à grains en pierre. L 'hoITlluedu néolithique crée et développe la poterie et le tissage; il tresse des paniers. La production de la poterie ou de la céramique est une acquisition. importante de I'hoITl111e prÎluitif. En Géorgie néolithique, la céralnique cuite atteint un très haut niveau; elle .possède une omen1entation simple et des appliques en reiief. La Géorgie occidentale est particulièren1ent riche en sites du néolithique. Les habitats de cette période occupent essentiellen1ent des territoires élevés, les terrasses des rivières, des collines naturelles, des plateaux ou des coteaux au pied des montagnes. Les sites du néolithique ont été découverts en Adjarie (Koutsoubani, 18

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Kobouléti), en Gouria (Gourianta), en Samégrélo (Odichi, Zougdidi), en Iméréthi (Darkvéthi), en Abkhazéthie (Kistriki), etc. Début de l'utilisation du métal. Enéolithique et Bronze ancien en Géorgie. En Géorgie, l'utilisation du métal en l'occurence du cuivre, dans la fabrication de l'outillage, est constatée dès le VIe milénaire avo J.-C. la Géorgie possède de nombreux gisements de cuivre natif qui affleurent souvent à la surface du sol. Les ancêtres des Géorgiens ont un certain mérite dans le commencement de l'élaboration et le développement de la métallurgie. Ici on trouve aussi de l' or naturel. Ce métal, ainsi que le cuivre, se soumet facilement au traitement, mais il est trop mou et beaucoup plus rare. Appréciant la beauté exquise et la splendeur de ce métal, dès l'époque ancienne, l'honwe a commencé d'en fabriquer des bijoux et différents objets. Au début du travail du cuivre, les outils principaux étaient encore en pierre, en os et en bois. L'industrie lithique atteint un très haut niveau à cette époque; les outils en pierre restent les moyens principaux de production. Cette période est connue sous le nom d'énéolithique ou chalcolithique (l'Age du Cuivre-Pierre). Il marque un certain perfectionnen1ent de l'industrie. Dans l'agriculture, on commence à employer l'irrigation. On laboure la terre avec des outils primitifs (par ex. fabriqués en bois de cerf). Ces innovations rendent l'industrie plus lucrative. A l'énéolithique, l'accroissen1ent naturel de la population impose le changen1ent des lieux d'habitation et des cabanes construites par l'homme de cette époque se substituent aux grottes. Les habitats de l'énéolithique sont de petite taille, de forme arrondie ou ovale, construits en argile et en briques crues incluant de petits bâtiments domestiques. A l'intérieur ou à côté de ces habitats, dans des foyers en argile, on conservait le feu éternel. On trouve des habitats de cette sorte sur le territoire de Kvémo Karthlie (Choulavéris Gora, Imiris Gora, Aroukhlo, Khramis Didigora, etc.). Plusieurs dizaines d'habitats fon11aientun village qui, suivant l'usage, était situé dans des endroits élevés (collines, monticules). La population accrue quittait son habitat pour s'établir aux endroits les plus proches sur les collines; elle formait une colonie qui constituait une unité appelée clan. La region d'où ils déménageaient, restait souvent le centre de toute la colonie. Ici Inên1e se trouvaient leur principal sanctuaire et des murs défensifs fortifiés; c'était le lieu êleréunion des doyens d'âge qui délibéraient et résolvaient différents problèmes. On labourait les terres proches, ou utilisait les pâturages environnants, les bergers étaient pour la plupart des hommes. L'accroissement du bétail, l' accun1ulation des produits de l'agriculture et des outillages métalliques entre les mains de certains clans ou conm1unautés, provoquait des conflits militaires fréquents. Depuis cette époque, les endroits peuplés étaient, d'habitude, fortifiés. Les hostilités avaient différents motifs: les tentatives de g'en1parer de lieux d'habitation plus COln1110des, e produits d 19

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d'alimentation, du bétail, de l'outillage métallique, etc. C'étaient surtout les hommes qui participaient aux conflits militaires. L'homme s'occupait de l'extraction et de l'exploitation du métal. Il occupait une place importante même dans le ménage. L'accroissement du rôle de l'homme dans la vie de la famille a détemuné son avancement dans la gestion du clan ou de la tribu. Le nlatriarcat a été remplacé par le patriarcat. Aux confins des IVe - Ille millénaires avo J.-C., les ancêtres des Géorgiens utilisaient déjà le bronze. Au début, le cuivre était combiné avec de l'arsenic et de l'antimoine, plus tard on a commencé à utiliser l'étain. A cette époque, sur le territoire de la Géorgie et sur les territoires voisins s'établit une brillante civilisation du bronze, connu sous le nom de la civilisation Koura-Araxe. On constate la diffusion de cette civilisation non seulement en Transcaucasie, mais aussi dans une partie considérable de l'Asie antérieure. Cette période montre la densité de la pQpulation sur le territoire de la Géorgie. Le foyer principal de cette civilisation était Chida Karthlie, où des archéologues ont étudié de nOlnbreux Inonunlents brillants parmi lesquels on peut citer Khisanaanthe Gora et Kvatskhélébi. Cette période est caractérisée par une population, proche des rivières, des endroits élevés, des collines et des crêtes ayant des défenses naturelles entourées de fossés artificiels. La métallurgie du bronze se développe comme une branche indépendante. L'extraction et l'exploitation du métal sont dissociées. Sur les vestiges des villages on découvre des moules en argile servant à la fabrication des haches et d'autres objets en bronze. Les outils et annes en bronze témoignent du développenlent très . avancé de la métallurgie.
Tout près des vestiges des villages de cette période; on trouve parfois des cimetières. Des tunlulus découverts sur ce territoire renlontent à cette époque. On y trouve surtout des cÎ1netières collectifs.

Bronze moyen. Civilisation brillante des tumulus Découvertes archéologiques de Tl4ialéti. - Dans les années 30 du XXe s., le célèbre archéologue B. Kouftin a fouillé plusieurs tumulus de grandes dÎ1nensions sur le plateau de Trialéti. Le matériel archéologique découvert dans ces tumulus a attiré l'attention des savants du monde entier. Conmle il était noté, les tUlnulus trouvés sur le territoire de la Géorgie renlontent à la fin du bronze ancien et constituent des cimetières collectifs de clans entiers. A Trialéti, on a découvert des tumulus individuels destinés à une personne, à un chef d'une tribu. Le Bronze moyen ne marque pas l'antagonisme des classes sociales. Tous les membres du clan ou de la tribu étaient égaux. La résolution des problèmes de grandes importance, tels que la guerre et la paix, l'élection du chef, la punition, etc., se décidait aux réunions générales du peuple. Chaque h0l111ne articipait à la guerre p 20

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1. Vase en argent de Trialéthie (début du lIe millénaire av.lC.). 2. Armes de guerre en bronze provenant de la Géorgie orientale: épée, hache, lance. 3. Hache colchidéenne gravée en bronze (début du 1er nlillénaire avo lC.). 4. Statue de l'homme en bronze provenant de la chapelle du village de Mataani (Géorgie orientale). 5. Modèle en bronze moitié du 1ermillénaire avo J.-C.) de char de guerre (provenant du village de Gokhébi. 1er

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ou aux activités communes. Une des ces activités consistait en la construction du tumulus pour un chef décédé. Cela indique la différenciation à J'intérieur de la tribu: les uns, distingués des autres membres de la tribu, jouissaient de droits particuliers. Leur sépulture était accompagnée de cérémonies spéciales. L'existence de cette sorte de tumulus est constaté sur le territoire de la Géorgie orientale dès la lIe moitié du Ille millénaire avoJ.-C. Les tumulus étaient des tertres artificiels, dont le diamètre atteignait parfois 100 mètres, tandis que la hauteur dépassait 10 -15 mètres. Sous le tertre se trouvait une construction représentant une salle carrée dont les murs étaient construits tantôt en rondins, tantôt en pierre. La salle était recouverte d'un plafond en poutres soutenu souvent par des piliers. La construction était recouverte d'argile étanche (terre glaise) couverte, à son tour, d'une épaisse couche de cailloux. La salle funéraire se composait d'un corridor par lequel le défunt était engagé dans la construction. Les défunts étaient placés sur des chariots en bois richen1ent parés. En Kakhéthie, dans un des tulnulus de la vallée de l' Alazani, on a trouvé une statuette de liQnen or, destinée à orner le chariot funéraire. On incinérait les défunts et plaçait leurs cendres dans des récipients spéciaux, ou bien, on les enfermait dans des cercueils en bois richement parés. Dans des tumulus, à côté des restes des chefs, on découvre parfois d'autres squelettes. Ce sont des serviteurs sacrifiés qui, même dans l'au-delà, devaient servir leurs chefs enterrés avec tant d'honneur. Dans des tumulus on trouve de nombreux récipients en argile pleins de nourriture destinée au chef qui, selon eux, suivait une longue route supraterrestre. Ici même on découvre des armes, de riches mobiliers, des bijoux. Malheureusement, les tumulus sont d'habitude pillés. Les archéologues ne disposent que des n1atériels conservés par hasard. Parmi les tumulus, les plus riches sont ceux du lIe Inillénaire av. J.-C. Tout cela indique l'ascension des chefs et leur distinction des autres n1elnbres de la tribu. La fonnation des conununautés tribales relnonte à cette époque. Formation des communautés tribales. - De fréquents conflits millitaires exigeant des uns la défense en conm1un et l'aspiration des autres à prendre l'avantage, ont déterminé l'unification des tribus en con1ffiunautés tribales. Au début, de telle communautés n'étaient pas stables ni de longue durée. Les tribus ne s'unifiaient qu'en cas de grandes campagnes ou de danger d'être envahis par l'ennemi. Après, ces conununautés se désunissaient. On estÎlne que de grands tumulus de la 1ère moitié du lIe millénaire avo J.-C. sont des sépultures des chefs de con1ffiunautés tribales. Ces tumulus ne pouvaient être constnlits que par un grand nombre d'individu. Souvent, les pierres étaient transportées de régions éloignées de plusieurs dizaines de kilomètres. De grands tumulus riches ont été découverts dans de différentes régions de la Géorgie: Trialéti, Djavakhéthi, Kakhéthie. L'étude du matériel archéologique découvert dans ces régions, nous pen11et de constater que la 1èremoitié du lIe millénaire marque le progrès dans la production, ainsi que dans la culture. L'élevage 22

et l~artisanat sont plus avancés. Les ancêtres des Géorgiens occupaient des pâturages montagnards. Les centres de la métallurgie se trouvaient principalement dans des régions montagneuses. C'est probablement à cause de cela qu'à cette époque, on observe la diminution de la population de la plaine. D'anciens habitats étant abandonnés, les archéologues ne découvrent presque pas de traces des habitats de cette période. Bronze final. Apparition du fer en Géorgie Innovations en production, en agriculture et en matière de guerre. Le Bronze final débute en Géorgie au milieu du lIe millénaire avo J.-C. Cette période marque un progrès dans la production du bronze, ainsi que dans l'agriculture et l'artisanat. Pour obtenir le bronze, on utilise déjà l'étain. Le bronze à l'étain, plus facile à traiter, pennettait de fabriquer des affiles ou des bijoux ayant des fOffiles plus compliquées. Bien que l'étain fût importé de pays lointains, la diffusion du bronze perfectionné est constatée sur le territoire de la Géorgie.

-

La diffusion du billot de potier est une des innovationsde cette époque. La
vaisselle en céramique est déjà fabriquée sur un tour qui facilite le travail des potiers. C'est aussi une grande acquisition de cette époque. L'utilisation des chevaux domestiques pour l'agriculture, ainsi qu'à des fms militaires, était très inlportante. L'utilisation du cheval a facilité les relations entre les tribus peuplant différentes régions. A cette époque, on observe l'animation des relations commerciales et culturelles entre les tribus. Les conditions étaient favorables pour connaître la culture des autres et pour échanger des expériences. L'utilisation du cheval a facilité la tâche des bergers qui, montés à cheval, menaient de grands troupeaux aux pâturages éloignés. La cOlmnunication entre les habitants de la montagne et de la plaine, était facilitée. L'utilisation du cheval a entraîné un brusque changement dans l'art de la guerre. A partir de cette époque, de longs sabres sont largenlent utilisés COmIne annes de guerre. Un guerrier, nlonté à cheval, avait la possibilité d'agir vite et maniant son long sabre, venait facilenlent à bout de l'adversaire d'infanterie anné d'une courte épée. Les attaques des cavaliers favorisaient l'enrichissement de certaines tribus, le bétail et les anlles pillés devenant leur propriété. L'apparition du fer. - A partir de cette époque apparaissent les premiers objets fabriqués en fer. Mais au début, puisque le fer s'obtenait plus difficilement que le bronze, il n'était pas largenlent utilisé. La fonte du fer exigeait une tenlpérature beaucoup plus haute que d'autres nlétaux. Son traitelnent aussi était très difficile (carburation, fonte, extraction du nlâchefer, forge, trenlpe, etc.). L'assiInilation de la production du fer ne fut que progressive et l'apport des tribus géorgiennes y est particulier. On estiIne que la Kvénlo Karthlie est un des plus anciens foyers de la métallurgie du fer. De nonlbreux objets en fer et des restes de 23

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fourneaux, qu'on date du XIVe s. avo J.-C., en sont la preuve. Le littoral montagneux sud de la mer Noire, peuplé de Khalibes, ancienne tribu géorgienne, est considéré comme un des plus anciens foyers de la production du fer. On estinle que le nom des Khalibes est lié à Khalups, ancien terme grec désignant l'acier, qui signifie le métal Khalibien. Par comparaison avec le bronze, le fer a beaucoup d'avantages. Il est plus
solide, facile à forger et moins cher. A partir des XIIe essentiellement des affiles en fer.

- XIe ss. avo J.-C.,

on fabrique

Désagrégation du régime de la communauté primitive et début des relations de classe entre les tribus géorgiennes. - A la lIe moitié du lIe millénaire avo J.- C., le territoire de la Géorgie est très peuplé. De nombreux monunlents archéologiques découverts sur tout le territoire de la Géorgie, en font preuve: habitations et cimetières, foyers de la production du nlétal et de la céramique, sanctuaires, etc. On observ~ de grands changements dans le développement socio-éconolnique et culturel. Au Brpnze final, sur le territoire de la Géorgie sont formés deux cercles culturels: celui de la Géorgie occidentale, appelé culture de la Colchide, et celui de la Géorgie orientale. L'existence de cercles culturels honlogènes prouve le rapprochement des tribus peuplant ce territoire. Au cours du lIe millénaire avoJ.-C., le développelnent et le perfectionnement des moyens de production ont favorisé le progrès rapide de l'agriculture. Des outils perfectionnés deviennent le propriété d'une famille ou d'un individu, de même que I'habitat et le bétail. Les fanlilles ayant leur propre ménage quittent les communautés primitives. Certaines d'entre elle quittent leurs clans pour s'établir sur les territoires des autres. C'est ainsi que la conllnunauté de clans se désagrège. Mais les traditions de la vie et de la production comnlunautaÎ're sont encore solides. La plus grande partie des terres reste la propriété de la cOI11111unauté. propriété La communautaire ainsi que sa gestion, fondée sur des traditions séculaires, fut très durable. Mais si auparavant les conll11unautésne se conlposaient que de familles apparentées, à partir de cette époque, on observe aussi la réunion de différents clans. Ainsi, la communauté, dite C0l11111unauté voisinage, a succédé à la communauté de de clans. Le développenlent du nlénage privé de clans et de la propriété privée a conditionné l' accunlulation des richesses dans certaines familles. Les chefs des tribus, issus principalement des fanlilles enrichies, tentaient de s' enlparer à jamais du pouvoir pour ensuite le transnlettre en héritage. Ils était soutenus par des détachements de guerriers dévoués. Profitant de leur situation, ils s'elnparaient de meilleures terres, d'une partie considérable du butin de guerre et devenaient de plus en plus riches. Les prêtres, serviteurs de religion, s' enlparant et tirant profit de la richesse et des terres consacrées aux tenlples, devenaient, eux aussi, de riches propriétaires. Souvent, les chefs de tribus étaient des prêtres suprênles. De cette manière, leur pouvoir et leur autorité augnlentaient. On ne tuait plus les captifs 24

(comme cela se pratiquait autrefois), mais on en faisait des esclaves pour les utiliser dans des travaux d'agriculture. Des captifs consacrés aux sanctuaires étaient en nombre; eux aussi, ils devenaient la propriété des prêtres. La noblesse, ainsi constituée, s'est formée en classe particulière qui asservissait et exploitait non seulement les esclaves, mais aussi une grande partie des membres libres de la communauté. Un autre fait a occasioilllé la division en classes de la société primitive. Une tribu forte et avancée soumettait celle qui était plus faible. Les membres de la tribu soumise étaient obligés de payer des impôts à la tribu dominante et de prendre part à des campagnes; les réunions et les unions des tribus se formaient et s'organisaient peu à peu ayant pour principe la domination et la sounlission. Problème de l'origine du peuple géorgien. - Depuis l'Antiquité, le problèllle de l'origine du peuple géorgien suscite un vif intérêt non seulelnent en Géorgie, mais aussi hors de ses frontières; des historiens grecs de l'Antiquité estÎlnaient que les ancêtres des Ibères du Caucase avaient énligré de l'Espagne. Hérodote aussi (Ve s. avo J.-C.), appelé père de l'Histoire, avait son point de vue sur l'origine des Colchidéens, une des tribus géorgiennes. L'historien juif Flavius Joseph reliait l'origine des Géorgiens aux persoilllages bibliques. Les anciens historiens géorgiens estimaient de mêllle que les Géorgiens étaient les descendants de Japhet, troisième fils de Noé. Dans une des anciennes œuvres historiques géorgiennes, la chronique de la Christianisation de la Karthlie, on décrit la migration des Géorgiens d'une région sud, dite Arian-Karthlie, sur le territoire de la Géorgie. Dans l'historiographie contenlporaine, ce problènle est l'objet d'une étude minutieuse, mais il est encore très difficile d'obtenir une réponse définitive. L'origine du peuple géorgien renlonte à l'époque où l'écriture n'existait pas; c'est pourquoi en étudiant ce problènle, on ne se réfère qu'à des données indirectes, telles que la langue, la culture nlatérielle (données archéologiques), l' etllllographie, l'anthropologie, etc. COnlllle le l1lontre le nlatériel archéologique, à partir du paléolithique inférieur, la Géorgie fut constanmlent peuplée, sans interruption du développement ni changelnent brusque de la population, bien que des contacts étroits et des relations mutuelles avec les anciennes populations de l'Asie antérieure, telles que SUlnériens, Proto-hittites, Hourrites, etc., soient indéniables. De tels contacts sont constatés avec les ancêtres des tribus indoeuropéennes. Ce sont, en prenlier lieu, des dOl1l1éesinguistiques qui les nlettent en l lumière. Le géorgien fait partie d'un groupe des langues appelées les langues karthvéliennes ou bien ibériennes". Ce groupe con1prend: la langue des Karthis qui a servi de base à la langue officielle et littéraire de la Géorgie; le nlégrélo-tchan et le svane. La différenciation de la langue-n1ère, le géorgien COlnmunou protogéorgien, a donné naissance à ces trois langues. On a constaté que cette différenciation s'est 25

déroulée en deux étapes. Le svane est le premier qui se soit séparé du géorgien commun approximativement au Ille millénaire avo J.-C. L'unité karthienne (ibérienne)-colchidéenne (mégrélo-tchan) a duré pendant une certaine période et ce n'est qu'au deuxième millénaire avo J.-C. qu'a eu lieu la séparation des deux langues, karthien etmégrélo-tchan. De leur côté, les langues karthvéliennes montrent une certaine ressemblance avec d'autres langues caucasiennes, telles que les langues caucasiennes du nordouest (abkhazo-adyghéennes) et les langues caucasiennes du nord-est (nakhodaghestanéennes). Certains pensent que cette ressemblance est due à l'origine commune de ces langues et que les langues caucasiennes représentent un groupe génétiquement commun appelé les langues ibéro-caucasiennes. Mais l'idée de la pàrenté de ces langues est réfutée par certains linguistes qui n'expliquent leur ressemblance que par de longs contacts. Ces derniers temps, il existe un autre point de vue intéressant au sujet de la relation entre les langues karthvéliennes et préindo-européennes (T. Gamkrélidzé, V. Ivanov). Ces langues ne seraient pas apparentées, mais elles ont subi une influence mutuelle lors de leur développement aux temps les plus reculés, dans le lexique comme dans la structure grammaticale, ce qui ne s'explique que par le voisinage et de longs contacts entre les groupes ethniques de ces langues. On estÎlne que de tels contacts ont dû avoir lieu au Yle_ye millénaires aV.J.-C. et, à cette époque, le groupe etlmique, ancêtre de Géorgiens, ainsi que ceux des peuples indo-européennes sur l'Euroasie, ainsi que la pénétration par étapes des tribus géorgiennes dans la Géorgie occidentale et orientale. Au début des Ille-lIe millénaires avoJ.-C., on constate la diffusion des tribus géorgiennes, parlant le svane, dans la Géorgie occidentale. Elles occupaient alors un territoire beaucoup plus vaste que celui des Svanes actuels. Au lIe ll1illénaire avo J.-

C., le reste du groupe karthvélien s'est scindé, à son tour, en groupes parlant le
mégrélo-tchan ou colchidéen et le karthien. Peu à peu, les tribus svanes ont été entourées par les tribus karthvéliennes parlant le colchidéen qui ont occupé une partie considérable de la Géorgie occidentale, tandis que les tribus parlant le karthien, ont peuplé le territoire de la Géorgie méridionale et orientale. A part les tribus karthvéliennes, le Caucase était peuplé par des tribus apparentées ou de différentes origines. La fOffi1ationdu peuple géorgien, ainsi que le développement des langues karthvéliennes, est, en grands mesure, due aux relations et contacts avec ces tribus. Comme nous allons le voir, la réunion et la consolidation des tribus géorgiennes eut lieu sous l'hégémonie du royaume de la Karthlie. La langue géorgienne, devenue celle de la culture de l'Etat géorgien unifié, a conservé cette fonction jusqu'à nos jours, tandis que le mégrélo-tchan et le svane n'ont que la fonction des langues parlées locales.

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A part les données linguistiques, nous possédons un riche matériel archéologique découvert sur le territoire de la Géorgie qui donne une certaine idée de la formation du peuple géorgien. Il est difficile de parler de la situation linguistique et ethnique au début de l'Age de la pierre, mais les savants estiment que vers la fin de paléolithique antérieur, la Transcaucasie devait être habitée..par une population unie du point de vue culturel, ethnique et linguistique qui, au néolithique et à l'énéolithique, s'est divisée en groupe du Caucase du nord, donnant, plus tard, naissance aux peuples et aux langues de cette région. Un groupe de tribus parlant des langues protogéorgiennes qui, au début, habitait les montagnes du Caucase du sud, doit provenir de cette population. Ils avaient des relations culturelles et linguistiques avec d'anciens peuples de l'asie antérieure: Sumériens, Protohittites, Hourrites, etc., dont ils ont subi une grande influence. Comn1e nous le verrons au 1er millénaire, avo J.-C. le royaume puissant d'Ourartou s'est formé au sud de la Géorgie et sa population se COl11posait tribus de d'origine hourrite. Plus tard, une partie de cette population s'est fondue dans celle de la Géorgie. Ainsi, la formation du peuple géorgien fut un processus long et complexe. On y trouve des apports de tribus d'origine géorgielme COlnmune, ainsi que de différents groupes ethniques du Caucase ou de l'Asie antérieure (par ex., indoeuropéens, hourritique), qui se sont progressivenlent assimilés.

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CHAPITRE II ÉTATS ANTIQUES ÉTABLIS SUR LE TERRITOIRE DE LA GÉORGIE

Diaochi. - Dès le XIIe s. avo J.-C., les tribus géorgiennes font leur apparition active sur l'arène de l'Asie antérieure. A cette époque, de grands changements eurent lieu sur les territoires sud et sud-ouest de la Géorgie. Au lIe millénaire avo J.-C. on y trouvait deux grands Etats: le royaume hittite et le Mithan. Au Xye_Xlye sS., le royaume hittite attint sa plus grande puissance, mais à la fin du XIIIe S. il fut détruit par des tribus, appelées Peuples de la mer, provenant des îles de la mer Egée. A partir de cette époque, les tribus géorgiennes, désignées dans les écritures cunéiformes sous le nom de Mouskhis, Chaldes, etc., deviennent très actives. Les Mouskhis étaient les ancêtres des anciennes tribus géorgiennes appelées Meskhis. Ils s'étaient instalés dans la partie est de l'Asie Mineure et avaient commencé la guerre contre le puissant royaume d'Assyrie. Les Mouskhis vivaient encore sous le régime de la cOlTIlllunauté primitive. Chaque tribu avait son chef qui, dans les batailles, prenait la tête de la tribu. Au XIIIe S. avo J.-C., après avoir dévasté l'Etat de Mithan, l'Assyrie attaqua en direction du nord. Dans une de ses inscriptions, Teglath-Phalazar rr (1115-1077 av. J.-C.), roi d'Assyrie, ren1arquait qu'au début de son règne, 20 000 Mouskhis avec leurs cinq rois (chef de tribus) à leur tête, venus des n10ntagnes, avaient occupé la partie nord de Mithan. Ils avaient été attaqués et vaincus par le roi d'Assyrie. Téglath-Phalazar se vante de s'être elllparé de la richesse des Mouskhis et d'avoir déporté 60 000 esclaves dans son pays. Au XIIe-XIe ss. av. J.-C., les Assyriens continuèrent à attaquer les territoires du nord où ils se heurtèrent à une autre forte coalition des tribus géorgiennes appelée Daïaène. Cette coalition occupait le territoire sud-ouest de la Géorgie historique, principalement le bassin de la rivière Tchorokhi. Dans les sources ourartéennes, elle est connue sous le non1 de Diaochi. Plus tard, les Grecs les ont appelées Taoches. Les trois dénominations possèdent la n1ên1eracine, conservée dans la dénon1ination de Tao, une des provinces de cette région de Géorgie. Le Daïaène ou le Diaochi constituait déjà une réunion étatique du type de l'orient antique. Au sud, ses frontières anglobaient les alentours de la ville d'Erzeroum; au nord, il était confiné par la Djavakhéthie, et au nord-ouest, son

influence s'étendait jusqu'à la mer Noire. En 1112 avo J.-C., Téglath-Phalazar 1er, roi des Assyriens, attaqua le royaume du nord. Ciène, roi du Diaochi, aidé par 60 troupes "royales". des pays voisins, était à la tête de la lutte contre les Assyriens. Ces "rois" ou chefs obéissaient au roi du Diaochi et c'est à son appel qu'ils prirent part au combat contre l'envahisseur. TégWath-Phalazar, après avoir gagné le combat traqua les alliés vaincus, jusqu'à la mer Haute, c'est-à-dire la mer Noire. Après le règne de Taglath-Phalazar 1er,la puissance du royaume d'Assyrie décroît et son influence -sur les. pays du nord diminue. Le Diaochi profite de cette situation pour reprendre ses forces. Le royaume d'Assyrie était surtout menacé par le nouvel Etat d'Ourartou. La formation du royaume d'Ourartou, situé au Caucase méridional, date du !Xe S. avo J.-C. Le roi ourartéen Ménoi, qui a régné de la fin du IXe S. au début du VIlle S. avo J.-C., dans une de ses inscriptions gravées dans le. roc, décrit ses luttes contre le Diaochi. Il a ravagé le pays de Diaochi et soumis son roi Outoufourse; mais le roi du Diaochi s'est révolté et l'héritier de Ménoi Argichthe rr (786-764 avo J.-C.) fut obligé de refaire canlpagne contre Outoufourse. Les rois de l'Ourartou se sont emparés de la partie sud du Diaochi y érigeant des fortifications pour affermir leur domination. Mais le Diaochi ne perdait pas sa puissance. Dans les inscriptions du roi Ménoi, le Diaochi est nlentiomlé conmle un pays "puissant". Un riche butin emporté par les envahisseurs ou un tribut que le Diaochi payait aux rois de l'Ourartou, témoignent de la richesse de ce royaume. La population du Diaochi, pratiquait l'élevage, développait la métallurgie et la production de métaux précieux. Ce grand ensemble était gouverné par un seul roi, souverain du pays. De nombreuses agressions de la part d'Ourartou affaiblirent le Diaochi, mais il fut définitivement détruit par son voisin du nord, deuxiènle grande coalition
étatique de la Géorgie occidentale

.

- Kolkha.

Au XIIe-XIe ss. avo J.-C.,

une partie

des

tribus colchidéennes était sous l'influence politique du Diaochi; dans les batailles contre les rois assyriens, ils étaient mêllle ses alliés. Peu à peu elles se sont libérées de la donlination de Diaochi et ont formé un Etat indépendant. Au VIlle s. avo J.-C., le Diaochi, détruit par les agressions de la Kolkha (au nord) et celle de l'Ourartou (au sud), cessa d'exister. Une partie de son territoire fut occupée par les Ourartéens, tandis que la partie nord s'intégra au royaul11ede Kolkha. ,'ancien royaume de Colchide. - A partir du XIIe s. avo J.-C. apparurent dans les ~ritures cunéiformes assyriennes les premières nlentions des tribus colchidéennes. A tte époque, elles vivaient sous le régime de la conm1unauté prin1itive. Les sources ;yriennes citent des dizaines de "rois", c'est-à-dire de chefs de ces tribus. Au ..~ùut, la plus grande partie d'entre eux était sous l'influence du Diaochi, mais plus tard, s'étant réunis, ils ont fornlé une union solide. Une telle alliance était nécessaire pour résister aux envahisseurs. A l'intérieur des tribus colchidéelmes, on constate un changement des conditions sociales et écono111iques. Les représentants de l'aristocratie des clans, soumirent les autres membres de la tribu et assurèrent leur 30

domination. L'élevage et la métallurgie (surtout la production du fer) y étaient très développés. L'utilisation du fer dans la production a stimulé le développement social et la formation de l'Etat. Les montagnes du littoral sud de la mer Noire étaient riches en gisements de fer. Les tribus géorgiennes de ce territoire (par ex. les Khalibes), étaient célèbres pour la production du fer. Des contacts étroits avec les centres culturels de l'Asie antérieure accéléraient leur développement. Le développement avancé de la population colchidéenne est mis en lumière par un matériel archéologique très riche. On a découvert des outils et des armes en bronze et en fer. Ce sont surtout des haches en bronze qui, ayant déjà une destination rituelle, se distinguent par la beauté de leur forme et de leur ornementation. Des bijoux en métal précieux et des objets de luxe, ainsi qu'une grande variété d'outils, la vaisselle en céramique, etc., sont fabriqués avec goût. Peu à peu, au cours des XIe_IXess. avoJ.-C., sur le littoral sud-est de la mer Noire et les territoires voisins, s'est formé un Etat fort et civilisé de la Géorgie occidentale - le royaume de Colchide. Les sources ourartéelmes citent de nOlllbreuses villes royales se trouvant sur le territoire de ce royaume. D'après les mêmes sources, on apprend qu'à la tête de chaque province du royaume était placé un gouverneur. Aux IXe-VIlle avo J.-C., le royaume de Colchide a mis sous sa don1ination une grande partie de la Géorgie occidentale. Elle combattait avec acharnement le Diaochi et l'Ourartou. Comnle on l'a w, au VIlle s. avoJ.-C., la Colchide a dévasté le Diaochi et almexé ses territoires du nord. La conception des Grecs sur le royaunle de Colchide se reflète dans le mythe des Argonautes, très répandu en Grèce antique. D'après ce mythe, la Colchide était un royaume puissant gouvenlé par le roi Aiétès. Le palais d'Aiétès était somptueux avec de hautes colonnes en pierre et des créneaux en cuivre. Dans ce palais coulaient des fontaines inépuisables, où le lait et I'huile aromatisée étaient mêlés à l'eau. Héphaistos, Dieu du feu et des forges, fabriqua pour Aiétès, fils du dieu du Soleil Hélios, des taureaux aux pattes de cuivre crachant le feu. Une très solide charrue, forgée en acier, était aussi son ouvrage. La Toison d'or nlagique, la peau du bélier aux poils d'or, était gardée dans le royaume d'Aiétès. C'est pour ran1ener la Toison d'or que de célèbres héros grecs avec Jason à leur tête, ont entrepris leur voyage vers le pays d'Aiétès. Leur vaisseau s'appelait Argo, c'est pourquoi les participant à cette expédition ont pris le nonl d'Argonautes.1 Après un voyage dur et dangereux, les Argonautes sont parvenus à la côte de Colchide et se sont présentés à Aiétès. Celui-ci promit à Jason de lui dOImer la Toison d'or à condition qu'il attelle les taureaux aux sabots de cuivre crachant le
1 En été 1984, l'itinéraire des Argonautes a été repris par le savant anglais TÎln Sévérin. Ainsi, il a constaté la possibilité d'un tel voyage au l110yendes procédés teclu1Ïques de l'Antiquité. 31

feu, qu'il laboure un champ avec une charrue d'acier pour y senler des dents de dragon, et qu'il tue les guerriers cuirassés issus de ces dents. Pour Aiétès, tout ceci était très facile à accomplir, tandis que Jason, sans l'aide de Médée, ll1agicienne fille du roi de Colchide, n'aurait janlais été en mesure de s'acquitter de sa tâche. La volonté des dieux grecs était que Médée s'éprît de Jason pour lui apprendre comment s'y prendre pour accol11plirsa tâche. Médée aida donc Jason à enlever la Toison d'or. Outre des histoires légendaires, ce mythe nous fournit des faits historiques et réels. Dans cette légende, les Grecs parlent notamment de la métallurgie et de l'agriculture colchidéennes très développées, de la puissance politique du pays, etc. cé n'est pas par hasard qu'on nlentiolllle ici la charrue au soc d'acier. C'est aussi un témoignage de l'avancement de la nlétallurgie et de l'agriculture colchidéennes. La conlpétence des tribus géorgielllles dans le développenlent de la métallurgie se retrouve dans le nl)1he grec de ProJl1éthée,qui ressenlble beaucoup à la vieille légende géorgielme d'AJ11ÎranÎ.Pronléthée, ayant dérobé le feu à Zéus, l'a rendu aux hon11nes.Les h0111111es sont servis du feu pour fondre les nlétaux. Le se rapport du mythe de Prométhée avec la Géorgie est attesté par le fait que ce héros dévoué aux hommes était enchaîné par Zeus au sommet du Caucase, en Géorgie. Le VIlle s. avo J.-C., est l'époque de la puissance du royaunle de Colchide. Par ses cOl11bats continuels, il a nlis fin à l'existence du Diaochi, se retrouvant ainsi au voisinage Î111111édiat rOyaUllled'Ourartou. C'est de cette époque que datent les du hostilités entre ces deux puissances. Le roi d'Ourartou Sardour II a envahi deux fois la Colchide. D'abord, en 750-748 avo J.-C., après avoir dévasté le territoire sud de la Colchide, le roi d'Ourartou a déporté la population dans son pays. Au cours d'une seconde invasion en 747-741 avo J.-C., il a conquis la ville royale de la Colchide Ildamouche, où se trouvait le siège du gouvenleur.Le roi, lui-Inênle (dont le nom, abÎn1édans l'inscription, est indéchiffrable), ne participait pas au conlbat. Ces hostilités ont affaibli le royaunle de Colchide. Des invasions de peuples
nomades guerriers, venus du Caucase du Nord et appelés

- CiJ11J11ériens,

s'y sont

ajoutées. Des troupes de cavaliers et des hordes cin1111érielmes passé COIID11e ont un ouragan sur le territoire de la Géorgie. Ils ont terrifié toute l'Asie antérieure. La langue géorgielme a gardé leur nonl avec la signification d'invincible ou de héros: le mot gJ11iri héros) vient de la dénonlination des cinllllériens ghJ11ir. ( A la fin du VIlle S. avo J.-C., après avoir traversé le littoral de la n1er Caspiel111e,une nouvelle grande vague de peuples nonlades guerriers, avec les Scythes à la tête, a pénétré dans le Caucase du Sud et, ensuite, dans l'Asie antérieure. De terribles destnlctions ont été causées à la population par les Sc)1hes. D'autres grands changenlents ont eu lieu au sud de la Géorgie. En 590 avo J.-C., le royaunle d'Ourartou a été dévasté par les Mèdes, dont les alliés étaient les Scythes et certains peuples de la Transcaucasie. Une partie de la population ourartéenne qui s'était déplacée vers le nord, a subi la donlination des peuples

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géorgiens. Peu à peu, se soudant à la population géorgiennes,ils ont apporté de
nombreux éléments importants dans la culture et la langue géorgiennes. Après la chute du royaullle d'Ourartou, une partie considérable de son territoire a été occupée par des tribus arménielmes, habitant la périphérie ouest d'Ourartou. Une grande partie de la population ourartéelme habitant ces régions, s'est soudée aux Affiléniens. A partir de cette époque, les Affiléniens sont devenus les voisins immédiats des Géorgiens. La Géorgie à l'époque achéménide (VIe-IVe av. J.-C.). - Les invasions destructrices des Cimmériens ont causé des dégats importants à la population de la Géorgie occidentale. Une partie de la population a été massacrée, tandis que l'autre partie a quitté son habitat pour s'installer ailleurs. Des tribus montagnardes, profitant de cette situation, ont conll11encéà peupler la plaine de Colchide. Elles vivaient sous le réginle de la COn1l11Unauté prÏ111itive. ous ces événement, ruinant T l'économie du pays, ont conditiolmé son déclin. Ils furent aussi la cause de la décadence du royaunle colchidéen, nlais le pouvoir du roi n'était pas aboli. C'était toujours les descendants du roi Aiétès qui régnaient dans le pays. Ils gouvenlaient à l'aide de fonctiolmaires appelés Sceptouchs (c'est-à-dire, les gouverneurs). Peu à peu, le pays a repris ses forces et retrouvé sa puissance. Hérodote (484-425 avo J.-C.), historien grec de l'Antiquité, appelé père de l'histoire, écrivait qu'il y avait quatre peuples entre la nler Rouge et la mer Noire: Persans, Mèdes, Saspers et Colches. A côté de la Médie et la Perse, deux grandes puissances de l'Orient de cette époque, on cite la Colchide. La deuxièllle alliance géorgienne citée par Hérodote, est celle des Saspers. La description enlbrasse une période précédant le VIe s. avo J.-C., celle d'avant la conquête de la Médie par la Perse. Les Persans ont conquis la Médie en 521 avo J.-C. Ils ont fonllé un pouvoir puissant, avec la dYl1astiedes Achén1énides à sa tête, qui englobait non seulement le territoire de l'Iran, mais l' Asie Mineure, Babylone, la Syrie, la Palestine et l'Egypte. Ils ont établi leur dOl11inationsur une partie du territoire de la Géorgie et des Saspers. La Colchide s'est engagée "volontairenlent" à envoyer tous les cinq ans, au bénéfice des Achélllénides, des esclaves-captifs: cent filles et cent garçons. Ce n'était pas un tribut, nlais une certaine donation afin d'éviter les invasions des Achéménides et leur dOll1ination.Les Persans n'ont pas pu établir leur domination absolue sur les Saspers non plus; Ils ne se sont enlparés que de la partie sud de leur territoire. Les Saspers étaient une réunion de tribus géorgiel1l1eSorientales. Les données écrites qu'on possède ne sont pas nonlbreuses. Le nonl des Saspers est
conservé dans la dénonlination d'une des anCiel1l1eS villes géorgiel1l1eS

.

- Spéri,

qui

fait aujourd'hui partie de la Turquie (ville d'Ispir). On suppose que c'est de ce nom
que provient l'ancienne dénolllination grecque

- Ibérie

(Spéri-Hberi-Iberi),

donnée au

royaume de Karthlie.

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La grande colonisation grecque et le royaume de Colchide (Egrissi). - A partir
du VIe s. avo J.-C., les Grecs édifient de nombreuses colonies sur le littoral est de la mer Noire. Parmi elles on peut citer Phasis (auprès de la ville de Poti), Guienos (près de la ville d'Otchamtchiré), Dioskouria (non loin de la ville de Soukhoumi). Une colonie commerciale grecque devait exister sur le territoire de l'Adjarie actuelle, à proximité de Kobouléthie Phitchvnari, ce qui est attesté par un riche matériel archéologique. Les Grecs ont édifié des colonies semblables au nord du littoral de la mer Noire (Panticapé ion, Olivia, Kherson, etc.). Ici, les colonies grecques, villes-états indépendantes (Polis), ont établi leur domination sur la population locale. Les colonies grecques fondées en Géorgie occidentale se sont trouvées dans des conditions différentes. N'ayant pu établir leur domination sur la population locale, elles ont. subi elles-mên1es leur influence. Cela s'explique par le fait que la population habitant ce territoire, était d'un plus haut niveau de civilisation que celle du littoral nord de la mer Noire. Le royaun1e de Colchide était n1ême assez puissant pour soumettre ces villes côtières. Les Grecs attribuaient beaucoup d'importance aux relations con1ffierciales avec la Colchide. De Grèce, on importait essentiellen1ent des produits d'artisanat: tissus, bijoux, vaisselle et d'autres objets de luxe. On importait aussi certains produits alimentaires COmIneI'huile et le vin. La Géorgie exportait le lin et les produits du lin, les fourrures, le cuir, les 111atériaux construction des bateaux, des de espèces précieuses d'arbres, notamment le buis, etc. On exportait de l'or, du fer et d'autres métaux, on amenait aussi des esclaves. D'après les données des auteurs grecs, à cette époque la Colchide était un pays assez développé. L'agriculture y était riche: culture des céréales, viticulture, arboriculture, élevage. La n1étallurgie du bronze et du fer, l'élaboration des n1étaux précieux étaient traditiolmellen1ent à un très haut niveau. Outre les colonies grecques, sur le territoire de la Géorgie occidentale, on a attesté l'existence d'autres villes d'origine locale. Les archéologues ont fouillé les territoires de la ville actuelle de Vani, du village de Dablagomi (région de Samtrédia) et Saïrkhé (près de Satchkhéré) où se trouvent les vestiges de villes de cette époque. Ici même, ona découvert un riche n1atériel archéologique. Une des plus anciennes

-

villes de Colchide citées dans des sources grecques était Kou ta fa, l'actuelle
Koutaïssi. Ces villes, assez éloignées de la mer Noire à l'intérieur du pays, étaient d'importants centres religieux et adtninistratifs, aussi bien que de COnID1erCet e d'artisanat. Dès le VIe s. avo J.-C., circulent en Géorgie occidentale des monnaies en argent frappées en Colchide. Ce fait marque le niveau de la civilisation du pays. Ainsi, au Vle.Ve ss. avoJ.-C., la Colchide était un Etat avec une économie et une culture très développées, de non1breuses villes et colonies, une riche agriculture, une production artisanale diversifiée, une 1110nnaie des relations conm1erciales et et économiques avec le monde extérieur. 34

Malheureusement, les données écrites que nous possédons sur le royaume de Colchide des VIe-IV 5S. avo J.-C. (appelé Egrissi dans les sources géorgiennes) ne sont pas nombreuses, mais le matériel archéologique nous en donne une certaine idée.

Comme ita été déjà noté, les archéologues procèdent depuis longtemps à l'étude des vestiges des villes de Colchide. Le matériel le plus riche et intéressant a été découvert sur le territoire de la ville de Vani. On y a trouvé les fortifications de l'ancienne ville' colchidéenne (enceinte de la ville, porte cochère, forteresse), les ruines des palais et des temples, des sanctuaires spécialelnent aménagés pour différents sacrifices, de riches sépultures de la noblesse colchidéenne et des tombeaux pauvres des simples citoyens. Il est évident que la différence entre la riche aristocratie et les couches socialement plus basses était grande, tant du point de vue de la richesse que des droits. Dans le tombeau d'une riche Colcl1e,datant des ve.IVe ss. avo J.-C., à côté des objets en argent, en bronze et en verre de couleur, on a trouvé plus de mille bijoux en or. On a trouvé un autre tombeau d'une Colche encore plus noble avec des objets en or et en argent fabriqués en Grèce, ainsi que des parures et des bijoux de production locale créés avec art. A Vani, on a découvert de mên1ela sépulture d'un guerrier colchidéen. Placé dans un sarcophage en bois, il avait à ses côtés des annes, ainsi que des bijoux, notamment, un bouclier en fer, un poignard, une épée et une grande quantité de lances et de flèches. Le défunt était revêtu d'une cuirasse en bronze sOlnptueuse. Panni les objets trouvés dans le tombeau, il faut noter la vaisselle en bronze ornementée. Le guerrier avait sur la tête une coiffure sUffi10ntéed'image en or représentant un cavalier et des oiseaux, il avait des bracelets en or et en argent et des bagues en or, dont l'une était une bague-cachet représentant l'image d'une déesse assise sur un trône aves l'inscription Dédatos, nOIn de ce guerrier. Aux pieds du guerrier, on a trouvé les squelettes d'un hon1ffieet d'une fenllne, des don1estiques sacrifiés. Le guerrier colchidéen (Dédatos) tenait à la main une monnaie en or, frappée par le père d'Alexandre le Grand, Philipe II. Ce fait nous pen11etd'affirmer que ce tombeau date du IVe s. avo J.-C. Les Hellènes de l'antiquité estimaient qu'un défunt devait donner cette monnaie à Charon pour qu'il l'accompagnât jusqu'à la porte de l'Hadès - c'est-à-dire le monde des âIues.
La découverte de tOlnbes aussi riches confim1e la différenciation sociale qui, depuis longten1ps, avait pris de l' empleur en Colchides, l'intensification des relations commerciales et culturelles du pays avec le monde hellénistique, aussi bien qu'avec. l'Iran achéménide. Dès le IVe S. avo J.-C., le royaulue de Colchide perd peu à peu sa puîssance et ses régions orientales subissent la don1ination de la Karthlie ou de l'Ibérie, un autre royaume géorgien. Aussi la diffusion des tribus géorgiennes de l'est a-t-elle lieu dans les régions orientales de la Colchide (Egrissi).

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