Histoire des grands inventeurs français

Histoire des grands inventeurs français

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Livres
336 pages

Description

Depuis cinq siècles, les inventeurs français se sont souvent trouvés à la pointe du progrès technique et intellectuel. Qui sait qu’au XVIIe siècle, Blaise Pascal invente la machine à calculer et démontre l’existence du vide ? Qui sait que la première tentative de transfusion sanguine a été pratiquée par Jean-Baptiste Denys en 1667 ? À la même époque, Dom Pérignon invente le champagne !
Au siècle des Lumières, la France s’impose avec Lavoisier, les frères Montgolfier, Denis Papin… Le XIXe siècle marque une accélération des savoirs : Champollion, Ampère, Louis Pasteur, Clément Ader, Gustave Eiffel… Le XXe siècle sera celui des révolutions scientifiques avec les Curie, de Broglie, Lépine, Montagnier, Moreno… sans oublier les inventeurs des produits de grande consommation comme Lacoste ou Bich, le père du stylo BIC.
Plus de 130 inventeurs et découvreurs sont ici présentés, retraçant la grande aventure qui a classé la France parmi les premières puissances de la planète. L’auteur y montre comment le génie français, alliant rigueur scientifique et sensibilité littéraire, a permis des avancées décisives dans tous les domaines. Une suite d'aventures incroyables, souvent baroques, toujours étonnantes.

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Ajouté le 24 septembre 2015
Nombre de lectures 29
EAN13 9782369422020
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
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OURS

Suivi éditorial : Iris Granet-Cornée

Maquette : Pierre Chambrin

Deuxième édition revue et augmentée.

La première édition de cet ouvrage est parue en 2008 aux éditions Trajectoire, sous le titre Récits insolites des grandes inventions françaises.

© Nouveau Monde éditions, 2015

21, square St Charles – 75012 Paris

ISBN : 9782369422020

Dépôt légal : septembre 2015

Titre

Page de titre

Philippe Valode

Histoire des grands
inventeurs français
du xiv
e siècle
à nos jours

nouveau monde éditions

Introduction

Ce sont plus de 130 inventeurs et découvreurs français qui sont ici présentés, retraçant cette grande aventure qui a permis au pays de s’affirmer dans le peloton de tête des puissances de la planète depuis des siècles.

Le parti pris de débuter notre étude à la fin du Moyen Âge ne signifie nullement que la Renaissance marquerait une sorte de renouveau intellectuel décisif après des temps d’obscurantisme. Il n’est tout simplement pas possible, auparavant, d’identifier les inventeurs. Au demeurant, en bien des époques anciennes, ce que nous imaginons constituer des découvertes européennes était depuis fort longtemps repéré et utilisé en d’autres points du globe. Pensons simplement à la Chine des Hans (papier, boulier, poudre, boussole, pont suspendu, acier, brouette, soc de charrue…) ou au monde arabe des Omeyyades et des Abbassides (médecine, algèbre).

Aussi nous en tiendrons-nous aux véritables percées françaises depuis cinq cents ans, qui ont autorisé des avancées décisives non seulement en ce pays mais également en Europe et dans le monde développé. Naturellement, il ne s’agit, en aucune façon, d’un bilan des seules avancées scientifiques, le progrès ne se résumant d’aucune façon à la technologie. Du champagne au premier roman, de la botanique à l’étude des animaux, de l’architecture au « décryptage » des hiéroglyphes, du langage des sourds-muets à la conserverie alimentaire, de l’allumette au phosphore au scaphandre sous-marin, de la chemise Lacoste à la pointe BIC, ce sont également toutes les révolutions de notre vie quotidienne et intellectuelle qui sont abordées et décrites. Une suite d’aventures incroyables, souvent baroques, parfois étonnantes et toujours « enthousiasmantes »…

Plusieurs constats frappent l’auteur à peine sa souris délaissée :

– Nos inventeurs sont, le plus souvent, de fantastiques personnalités, dont la vie entière est un roman : aussi lire le récit de leur vie est-il fort distrayant et, bien souvent, très instructif.

– Nos plus grands découvreurs sont, presque toujours, à la fois philosophes et scientifiques : une bonne leçon pour les obscurantistes qui opposent les forts en maths aux forts en thème latin, chose la plus stupide qu’on puisse imaginer. C’est naturellement sur la philosophie que s’appuie la science pour échafauder ses hypothèses avant de les contrôler… Une science qui comme la philosophie n’utilise pour désigner ses concepts que des mots à racines grecques et latines.

– Les grandes écoles françaises, de Normale Sup à Polytechnique en passant par Centrale, les Travaux Publics, les facultés de médecine et les établissements d’ingénieurs ont formaté les meilleures cervelles et sont à la base du succès français, que cela plaise ou non.

– Les découvertes sont bien souvent le fruit d’efforts conjugués, de personnalités qui s’associent : mari, femme et fille avec les Curie, frères avec les Montgolfier et les Lumière, individualités éminentes avec Niepce et Daguerre, Guérin et Calmette, Panhard et Levassor, plus tard d’équipes entières comme au temps des pasteuriens, avec Jacob, Lwoff et Monod, Montagnier, Barré-Sinoussi (et Chermann)… Comme quoi le génie solitaire peut avoir besoin pour se surpasser de l’échange et du défi.

– Les inventions françaises s’inscrivent toujours dans un environnement européen, souvent allemand et anglais, puis également américain à partir de la fin du xixe siècle. Ce qui veut dire qu’elles s’insèrent dans une émulation qui dépasse les frontières. Le monde des découvreurs et des inventeurs n’a nulle limite et poursuit ses échanges, imperturbablement, malgré les conflits entre nations européennes. D’ailleurs, de plus en plus souvent, les meilleurs scientifiques d’une nation sont distingués par les Académies de tous les autres pays, du moins ceux qui font la course en tête du progrès.

– Les inventions se sont multipliées, c’est l’évidence, à partir du début du xixe siècle. Faut-il parler d’une accélération du temps ? N’oublions pas qu’en 1850, le monde dit civilisé ignore le pétrole, l’automobile, l’avion, le téléphone et vient juste de découvrir l’électricité. Et ne s’agit-il pas d’une précipitation certes spectaculaire mais inquiétante ? Car voici, en ce début de xxie siècle, que s’affirme le temps des apprentis sorciers, ceux qui manipulent la médecine, la biologie, la nature, l’atome, la météorologie…

– Les liens établis entre les découvreurs et l’industrie sont extrêmement étroits : c’est là encore notre Second Empire qui pousse au rapprochement entre laboratoires et industriels. L’exemple de Pasteur est particulièrement démonstratif. Les difficultés rencontrées en matière de recherche appliquée, autrement dit cette relation à établir en permanence entre lieux de recherche fondamentale et labos industriels, sont finalement récentes. Heureusement, l’observation attentive des choses conduit à penser que notre pays s’engage, à présent, sur la voie d’une amélioration de la recherche appliquée.

– Enfin, il faut constater que la France fait preuve, durant toutes ces époques, d’un dynamisme remarquable. Certes, elle compte cinquante années de retard au début du xixe siècle sur ses concurrentes anglo-saxonnes, mais a recollé au peloton de tête du développement et de la créativité dès la fin du Second Empire. On ne dira jamais assez tout ce que l’on doit à l’empereur honni de Sedan. Le lecteur sera frappé de la sollicitude de l’empereur Napoléon III envers Pasteur, Sainte-Claire Deville, Giffard… C’est un passionné de technologie qui organisera deux vastes expositions universelles très incitatives pour toute l’industrie nationale en 1855 et 1867.

– À partir du début du xxe siècle, on possède une façon (bien aussi acceptable qu’une autre) de mesurer l’effort national. Il s’agit du nombre de prix Nobel attribués à des Français depuis 1901. Jusqu’à ce jour, les Français ont reçu 61 prix Nobel (Marie Curie l’ayant obtenu deux fois), soit approximativement 6 % du total des distinctions distribuées, ce qui positionne le pays au quatrième rang mondial derrière les États-Unis, la Grande-Bretagne, et l’Allemagne. Un rang tout à fait acceptable, fermement maintenu depuis une dizaine d’années, contrairement aux rumeurs de décadence…

Des précurseurs inspirés

Nicole Oresme, l’Einstein du xive siècle

Surnommé l’Einstein du xive siècle par les historiens contemporains, Nicole Oresme est l’un des tous proches conseillers du roi Charles V dont le règne marque le rapide redressement de la France vaincue de Philippe VI et Jean II. Esprit universel, il joue un rôle principal pour la diffusion de la pensée scientifique et de la langue française, sans oublier celle des textes antiques, bien avant la Renaissance.

Un cénacle d’exception

Nicole Oresme fait partie de l’environnement remarquable qu’a su constituer autour de lui le dauphin, futur roi Charles V, un souverain en tout point exceptionnel malgré les tares physiques qui ne cessent de le tourmenter. Il conseille le roi, tout comme le chancelier Jean de Dormans et l’intendant aux Finances, Hugues Aubriot. L’homme de guerre et futur connétable Bertrand Du Guesclin complète ce quatuor.

Une origine des plus simples

Sans doute d’origine paysanne, Nicole Oresme est né en 1325 dans l’Orne. Devenu évêque de Lisieux, il y meurt en 1382. Il effectue ses études au collège de Navarre (fondé par la reine Jeanne de Navarre, l’épouse de Philippe IV le Bel, en 1304, sous le nom de collège de Champagne), réservé aux étudiants sans fortune. Il y fait carrière, obtenant d’abord le titre envié de magister Artrium, puis, selon une pratique coutumière à l’époque, étudie la théologie. En 1356, il devient docteur en cette matière : il est âgé de 31 ans. Ce succès lui vaut d’être nommé à la tête du collège de Navarre. Dès lors, cet intellectuel, déjà célèbre par ses écrits, entre dans le cercle intime du futur roi Charles V, lequel est né en 1338. Ce qui autorise certains spécialistes de la période à penser qu’Oresme devient son précepteur.

La terrible période 1356-1358

En 1356, le roi Jean II le Bon est capturé par le prince Noir à la bataille de Poitiers et transféré à Londres, avec les deux frères du dauphin Charles. L’ambition du prévôt des marchands Étienne Marcel est grande : il rêve de transformer Paris en une cité marchande à l’italienne. Il est à deux doigts d’emporter la monarchie. Il faut tout le sang froid du Valois pour finalement triompher, signer la paix de Brétigny qui permet le retour de son père Jean II, avant que de lui succéder très rapidement, dès 1364.

En 1359, Nicole Oresme, fidèle d’entre les fidèles, est officiellement élevé à la position de secrétaire du roi, un poste de confiance absolue. Il devient, par la suite, aumônier et conseiller de Charles V. Le roi utilise ses talents diplomatiques. Et l’incite également, à la tête d’un cercle d’intellectuels où l’on compte, notamment, Raoul de Presles et Philippe de Mézières, à développer au sein du royaume le goût pour la philosophie, les sciences physiques et mathématiques, la pensée économique, l’érudition littéraire et la connaissance des textes anciens.

Une imposante carrière d’homme d’Église

En cette époque, il n’existe aucune contradiction entre une carrière ecclésiastique et une carrière politique ou universitaire. Oresme continue d’enseigner à l’université de Paris lorsqu’il est nommé, en 1362, chanoine de la cathédrale de Rouen. Il retourne à Paris l’année suivante en devenant chanoine de la Sainte-Chapelle. En 1364, l’année où Charles V monte sur le trône, il obtient le poste de doyen de la cathédrale de Rouen, ce qui lui assure des revenus appréciables. Il n’en poursuit pas moins ses travaux scientifiques et philosophiques. Le roi lui manifeste, à deux reprises, sa profonde reconnaissance, en lui accordant une pension en 1371, puis en lui faisant attribuer la position hautement honorifique et profitable d’évêque de Lisieux, en 1377.

Un esprit scientifique universel

Fort réputé pour ses travaux de traduction des œuvres d’Aristote, bien avant la Renaissance, comme La Politique, Les Économiques, L’Éthique, il se révèle surtout un remarquable scientifique et un vulgarisateur de talent. Ses connaissances, très vastes, concernent tant les mathématiques que la physique et l’économie, sans oublier la musicologie, la philosophie et la psychologie. Parmi ses nombreuses œuvres, il faut retenir le Traité des monnaies, le Livre du ciel du monde, le Traité de la sphère, les Commentaires sur les ouvrages fondamentaux d’Aristote…

Créateur du langage scientifique français qui n’existait pas, Nicole Oresme est, sans conteste, le découvreur de l’équation de la ligne droite (bien avant Descartes) et celui de la loi de l’espace (que Galilée reprendra beaucoup plus tard), mais également un précurseur en matière de calcul infinitésimal… En physique, il est, avant Copernic, le théoricien le plus clair du mouvement de la Terre. Il comprend et affirme que lumière et couleur sont de même nature, c’est-à-dire que les couleurs sont partie intégrante de la lumière blanche… Son intuition de la réfraction atmosphérique, à savoir que la lumière suit une courbe, est purement géniale et lui permet d’affirmer que rien dans les cieux, par exemple les étoiles, n’est là où on le voit, ce que le grand Kepler, par exemple, ne comprend pas trois siècles plus tard…

Un passionné de l’étude du fonctionnement du cerveau humain

Psychologue, Oresme l’est assurément, intégrant parfaitement les sens intérieurs et la réalité de l’inconscient, dont il affirme la grande influence sur le comportement et la perception. Il démontre la force pure de la conscience et de la mémoire et apporte la preuve de la construction humaine du son.

Enfin, et sans pouvoir faire le tour de l’œuvre immense de Nicole Oresme, il faut absolument signaler les travaux effectués sur les probabilités et la théorie de la perfection des espèces (qui annonce celle de l’évolution de Darwin).

Un pionnier ignoré

C’est une grande surprise que de constater l’ignorance dans laquelle Nicole Oresme est maintenu par l’université française ! Car de Copernic à Kepler, de Hooke à Newton, de Galilée à Pascal, de Descartes à de Soto, nombreux sont ceux qui se sont inspirés de son œuvre qui a ouvert toutes grandes les portes des vastes découvertes de la Renaissance et du xviie siècle…

Jacques Cartier, le découvreur du Canada en 1534

Le découvreur du Canada, en vérité du seul Québec, même s’il a fait le tour de Terre-Neuve, pense ouvrir la route maritime vers la Chine. Ses trois voyages se soldent par un échec car il n’en rapporte que minéraux sans valeur. Toutefois, Jacques Cartier est parvenu à survivre au terrible hiver canadien, expérience dont Champlain pourra bénéficier.

Le rôle clé de Jean Le Veneur

Le roi François Ier est fermement opposé au traité de Tordesillas qui partage le Nouveau Monde entre Espagne et Portugal, le 7 juin 1494, la première recevant les Indes occidentales et le second les Indes orientales. Les expéditions du dieppois Jean Ango contre le port de Lisbonne, puis les coups de force du corsaire Jean Denys contre les galions espagnols de retour du Mexique, démontrent suffisamment cette inexpugnable volonté.

Aussi, lorsque l’abbé du Mont-Saint-Michel, Jean Le Veneur, le persuade d’exiger du pape Clément VII (qui entend marier sa nièce Catherine de Médicis au futur Henri II) de reconnaître le droit des marins français d’explorer des terres inconnues, se laisse-t-il convaincre.

Vers 1532, devenu cardinal, Jean Le Veneur appuie la démarche de Jacques Cartier qui entend découvrir la route maritime vers la Chine, celle du nord-ouest.

Avec des finances malouines

Ayant débuté comme mousse, puis poursuivi comme pilote, Cartier accomplit de nombreux voyages, tant du côté de Terre-Neuve que le long des rivages brésiliens. C’est donc un marin expérimenté qui quitte le port malouin le 20 avril 1534, à la tête de deux bâtiments et d’un équipage de 60 marins, le tout armé et payé par des capitaux locaux. Il traverse l’Atlantique en un temps record alors qu’il faut, en moyenne, trois mois à l’époque. En effet, poussé par des vents favorables, il est devant Terre-Neuve dès le 10 mai, à hauteur du cap Bonavista. Il longe alors le Labrador, puis s’engage en baie de Gaspé, sur la rive sud du Saint-Laurent. C’est là qu’il plante, le 20 juillet, une croix sensée indiquer une prise de possession au nom du roi de France. Étant rentré au contact des Indiens Mikmaks, il en ramène deux en France, prenant, en raison du mauvais temps, le chemin du retour, dès le 5 septembre.

Second voyage en 1535

Parce que les Indiens ont évoqué la présence d’or, en fait du cuivre, dans la région du Saguenay, Jacques Cartier obtient un appui royal l’année suivante. Le projet de François Ier est infiniment plus vaste : non seulement il accorde un concours financier mais pousse à la reconnaissance des terres nouvelles, à des accords avec les chefs de tribus, à planter partout le pavillon des Angoulême. Une lettre de commission précise que Jacques Cartier doit « conduire, mener et employer trois navires, équipés et ravitaillés chacun pour quinze mois, au parachèvement de la navigation déjà commencée à découvrir outre les terres neuves ». Cartier arme trois navires, l’Hermine, la Petite Hermine et l’Émerillon (respectivement de 120, 60 et 40 tonneaux) et quitte Saint-Malo, le 19 mai. Les trois navires emmènent 110 hommes d’équipage. Cette fois, il faut, avec des courants moins favorables, deux mois et demi pour atteindre l’estuaire du Saint-Laurent. Cartier atteint le village indien de Stadacone où plus tard s’édifiera Québec. Il baptise l’île d’Orléans et Le Havre de Sainte-Croix. Puis, à partir du 1er septembre, il remonte le Saint-Laurent avec un seul navire et pousse jusqu’au village indien de Hochelaga, à qui il donne le nom de Mont-Royal (Montréal). Ne parvenant plus à poursuivre la navigation en raison des rapides, il s’en retourne pour hiverner à Sainte-Croix. L’hiver, glacial, est extrême : à l’hostilité indienne s’ajoute le scorbut qui décime les équipages, d’autant que les Français n’ont ni assez de vivres ni enterré leurs habitations. En mai 1536, Cartier décide de regagner la France qu’il atteint, après avoir découvert le passage sud de Terre-Neuve à la mi-juillet. Il sait désormais que Terre-Neuve est une île et ramène en France quelques indigènes.

Troisième expédition en 1541

Soutenu par le pape Paul III qui entend évangéliser la Nouvelle-France, François Ier fait armer cinq navires, confiant à Cartier de piloter les vaisseaux avec le titre de capitaine général. Il s’agit d’établir au Canada une colonie. Jean-François de La Roque, sire de Roberval, ayant reçu le titre de vice-roi et lieutenant-général du Canada, commande en chef l’expédition. En mai 1541, Cartier part le premier. Mais Roberval n’arrive pas. Ayant passé un hiver à nouveau très difficile, Cartier fonde une nouvelle ville, Charlesbourg, baptisée ainsi en l’honneur du troisième fils de François Ier, Charles, né en 1522. Puis il se décide à rentrer en France, avec une cargaison qu’il croit composée d’or et de diamants, en vérité des minéraux sans valeur. C’est en juin 1542 qu’il croise Roberval, à Terre-Neuve. Il refuse de l’accompagner jusqu’à Charlesbourg et rentre à Saint-Malo. En 1543, François Ier rappelle Roberval, les hostilités ayant repris avec Charles Quint.

Quant à Jacques Cartier, il meurt dans sa ville natale, en 1557, ayant échoué dans sa tentative de découvrir la route de la Chine et de rapporter en France les richesses annoncées. Mais il demeure celui qui a découvert la Canada et fait le tour de l’île de Terre-Neuve.

François Viète, le maître de l’algèbre

Fidèle du roi Henri III, distingué par Henri IV, François Viète (1540 à 1603) est un grand mathématicien qui préconise la solution des problèmes par les équations algébriques, mais aussi un astronome utilisant la trigonométrie. Ce scientifique sait également prêcher en faveur de la réconciliation nationale à l’heure des guerres de religion.

Une belle carrière politique

François Viète, né en Vendée, est un juriste. Le voilà avocat à 20 ans, au barreau de sa ville natale, Fontenay-le-Comte. Il acquiert une véritable réputation en traitant avec bonheur la succession locale de la veuve du roi François Ier, Éléonore d’Autriche (la sœur de Charles Quint), puis peu de temps après en défendant les intérêts de Marie Stuart qui a épousé le dauphin François II, en 1558.

Très proche des milieux huguenots, en particulier calvinistes, il fréquente Coligny, Condé, Jeanne d’Albret et son fils Henri de Navarre (le futur Henri IV). Mais il demeure catholique, appartenant à ce parti des « politiques » pour lesquels la réconciliation nationale est préférable à la division religieuse.

Avocat au parlement de Paris à 31 ans, puis conseiller au parlement de Rennes, il s’engage au service du roi Henri III, en qui il a reconnu, à juste titre, une vraie « pointure politique ». À partir de 1580, il occupe la fonction de maître des requêtes au parlement de Paris, prenant parti contre la Ligue, notamment dans la célèbre affaire qui oppose Françoise de Rohan au duc de Nemours. Écarté des affaires sur pression du duc de Guise, il se consacre alors à ses chères mathématiques.

Retour en grâce

Lorsque Henri III doit fuir Paris après la fameuse journée des barricades du 12 mai 1588, il rappelle Viète. Après l’assassinat du roi en 1589, Viète retrouve tout son prestige auprès d’Henri IV qui l’appelle en son conseil privé. Il se consacre, au cours de la guerre contre les catholiques, à déchiffrer les messages secrets de la Ligue que le parti Bourbon parvient à intercepter. Le roi est si fier de son mathématicien qu’il relève le challenge posé par un Hollandais réputé, Adrianus Romanus, savant de son état, qui défie quiconque de résoudre une équation du degré 45. Alors que l’ambassadeur hollandais se rengorge, Henri IV fait quérir Viète. Aussitôt le brillant esprit se met au travail : en quelques heures, il trouve une solution et même bien d’autres, 22, prétend-on…

Il ne quitte véritablement le service du roi qu’en 1602, en raison de sa très mauvaise santé, mais, depuis déjà plusieurs années, il consacre son énergie au travail scientifique.

Le scientifique

Viète se concentre sur les mathématiques et l’astronomie. Très tôt, il rédige des traités sur la trigonométrie et ses tables. En vérité, et à l’opposé des savants de la Renaissance qui ne retiennent que la géométrie antique pour résoudre des problèmes mathématiques, François Viète entend démontrer l’originalité de la voie algébrique. Poser une équation à partir de paramètres représentés par des lettres devient son objectif. Il baptise lui-même sa méthode de logistique spécieuse, ce qui signifie calcul par les symboles, puisque comme notre lecteur ne l’ignore pas, le mot latin specis signifie symbole. Utilisant ses deniers, il publie ses propres travaux, en particulier le Huitième livre des réponses sur diverses questions mathématiques.

Posant ses équations en trois étapes (zététique, porisma et analyse rhétique) à partir des consonnes et des voyelles, Viète résout, en les ramenant au second degré, celles du troisième. Si l’algèbre de Viète ne connaît point un long succès, c’est que son système, complexe, va s’effacer devant la limpidité du raisonnement cartésien. Toutefois, il reste le premier à avoir imaginé la solution des problèmes mathématiques par l’algèbre.

Sans doute François Viète aurait-il plus marqué encore de son empreinte l’histoire des mathématiques s’il avait eu le temps de publier tous ses travaux. Son engagement politique au plus haut niveau (missions spéciales confiées par le roi) l’en a empêché.

Ambroise Paré, le premier à ligaturer les artères

Le grand chirurgien Ambroise Paré (1510 à 1590) imagine la ligature des artères et des gros vaisseaux, sauvant ainsi la vie de bien des blessés dont les plaies cautérisées au feu s’infectaient, déclenchant des septicémies. Cet humaniste a toujours privilégié dans sa démarche innovation et pragmatisme, rejetant les vieilleries antiques qui ont encore cours.

L’homme qui s’oppose à la Faculté

Né à Laval en 1510, Ambroise Paré débute sa carrière à Paris. Il choisit le métier de chirurgien, une profession méprisée par les médecins mais que tous les nobles et les hommes d’armes respectent au plus haut point, car il y va de leur survie à la guerre. Maître-chirurgien alors qu’il n’est âgé que de 27 ans, Paré démontre immédiatement des qualités remarquables. C’est un innovateur et un pragmatique.

Il parvient à désarticuler le coude, évitant une amputation totale, puis remplace l’huile bouillante, seul antiseptique de l’époque, très propice au développement de la gangrène, par de l’huile de térébenthine aux propriétés réellement désinfectantes. Le succès est immédiat et la mortalité recule. Malgré les protestations de l’Université qui lui reproche de ne pas appliquer les préceptes de Gallien (le médecin de Marc Aurèle et de Commode !), sa boutique ne désemplie pas, rue de l’Hirondelle. Bien plus, le roi François Ier l’encourage, allant jusqu’à lui accorder le privilège de publication d’une méthode pour le traitement des blessures par armes à feu.

L’invention de la ligature des artères au siège de Damvillers

C’est en mai 1552, au siège de Damvillers, qu’un boulet tiré par une couleuvrine espagnole fracasse la jambe d’un jeune gentilhomme combattant au service de René de Rohan. Par bonheur, l’hémorragie paraît circonvenue. Mais il faut empêcher la gangrène. Ambroise Paré invente alors la chirurgie moderne en décidant d’amputer sans cautériser par brûlure. Il est décidé à ligaturer l’artère et les gros vaisseaux, ce qu’il sait parfaitement effectuer. En moins de trois minutes, il en a lié six : le sang cesse de s’écouler. L’opération s’achève, alors que le malheureux blessé gémit malgré la demi-pinte de vin à la thériaque (potion à base d’opium) qu’il vient d’ingurgiter.

Paré fait alors exécuter une jambe de bois, articulée, qu’il pose lui-même. Quelques jours plus tard, son patient remonte à cheval. Immédiatement, la nouvelle fait le tour des armées royales.

Fin 1552, lors du siège de Metz, le duc de Guise le mande. Il opère désormais jour et nuit, avec un succès inégalé. Sa fortune est faite. Le voilà nommé chirurgien royal.

Paré prend la plume pour décrire lui-même sa méthode : « Lorsque l’amputation est faite, il faut proprement lier les grosses veines et artères si ferme qu’elles ne fluent plus. Ce qui se fera en prenant lesdits vaisseaux avec de tels instruments appelés becs de corbin. De ces instruments il faut pincer lesdits vaisseaux en les tirant et amenant hors de la chair. Ainsi tirés on les doit lier avec un bon fil qui soit double. »

Il ne peut sauver Henri II

Le roi Henri II l’appuie pour l’obtention du grade de docteur en chirurgie, le dispensant même de la rédaction en latin, qu’il ne connaît guère. Le 30 juin 1559, de grandes fêtes sont organisées à Paris pour célébrer les mariages de la princesse Élisabeth avec Philippe II d’Espagne, ainsi que de Marguerite, la sœur du roi, avec Emmanuel Philibert de Savoie. Lors des joutes, le roi Henri II est très gravement blessé par la lance du capitaine de sa garde écossaise, Montgomery. Ambroise Paré, immédiatement appelé, ne peut guère qu’extraire les bouts de lance qui ont pénétré sous la visière et transpercé le visage. S’efforçant de trouver des solutions en enfonçant dans les têtes de condamnés à mort exécutés des morceaux de bois, il n’obtient aucun résultat satisfaisant. Et ne peut qu’accompagner le roi vers la mort qui survient dans d’atroces souffrances, dix jours plus tard.

Une célébrité

Paré se voit confirmé dans ses hautes fonctions tant par François II que par Charles IX. Il commence à publier, en 1562, une Méthode curative des plaies et fractures de la tête, puis, en 1564, ses Dix livres de la chirurgie avec le magasin des instruments nécessaires à icelle. Il en vient même à faire une incursion dans le domaine des maladies contagieuses et de leur prophylaxie. Comme ses deux frères, Henri III le protège. Il perçoit parfaitement la modernité du chirurgien qui privilégie le geste concret et la pratique face à un monde médical semblable aux Diafoirus dont Molière se moquera un siècle plus tard. Face à la sclérose de la pensée médicale et à son absence d’éthique, Paré donne l’exemple de la vertu la plus parfaite. Il soigne indifféremment protestants et catholiques durant les guerres de religion. Et privilégie toujours le sort du patient. C’est avec une grande modestie qu’il va, répétant à propos du blessé qu’il vient de soigner et souvent rétablir : « Je l’ai pansé, Dieu l’a guéri. »

Philibert de L’Orme, l’architecte phare du xvie siècle

Très proche de Diane de Poitiers, la véritable reine de France sous Henri II, Philibert de L’Orme assure la construction de nombreux châteaux et l’entretien des bâtiments français. Il impose une nouvelle conception de l’architecture, à la croisée du Moyen Âge et de la Renaissance, avec un nouveau style, le sien, qui mélange les genres. Revenu en cours auprès de Catherine de Médicis, il bâtit les Tuileries.

Brillante ascension

Né à Lyon en 1514 dans une famille de maître maçon, Philibert de L’Orme (ainsi écrit-il son nom) est formé par son père à la construction traditionnelle. L’entreprise familiale est importante et aurait compté près de 300 ouvriers.

En 1533, il se rend en Italie et y demeure trois années qui vont changer sa vie. C’est à Rome qu’il découvre les merveilles de l’Antiquité romaine et de la Renaissance italienne. Il y fait la connaissance du fameux cardinal du Bellay (ambassadeur de France) et de Rabelais. De retour à Lyon, il est appelé à Paris par le cardinal, également revenu d’Italie, et introduit dans le cercle étroit du pouvoir politique, en particulier celui du dauphin Henri, le futur Henri II.

Après la mort de François Ier, le roi Henri II le nomme, dès 1548, « architecte du roi, commissaire ordonné et député sur le fait de ses bâtiments ».

Le maître de l’architecture royale

Pendant une décennie, jusqu’à la mort du roi en 1559, il règne sans partage sur tout ce qui se construit d’important dans le pays. Bien que Pierre Lescot demeure maître de la construction du Louvre…

Car non seulement Philibert de L’Orme doit assurer la construction des châteaux, mais il lui faut également assumer la surintendance de l’activité, c’est-à-dire l’entretien des bâtiments et leur financement.