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Histoire économique et sociale du monde (Tome 1)

De
431 pages
Cet ouvrage apporte un éclairage concret sur les évolutions, spontanées ou du fait d'une action politique, des différentes activités économiques et leurs implications sociales dans les principaux pays, à chacune des époques, depuis l'origine de l'humanité jusqu'au XXe siècle. Ce premier tome examine les transformations des situations économiques et leurs conséquences sociales dans le monde, sans négliger les courants de pensée économique.
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HISTOIRE ÉCONOMIQUE
ET SOCIALE DU MONDE

TOME 1


Paul MASSÉ






HISTOIRE ÉCONOMIQUE
ET SOCIALE DU MONDE

de l’origine de l’Humanité au XXe siècle

TOME 1



Économie générale et société
Évolution des théories économiques










































© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-13359-4
EAN : 9782296133594




AVANT-PROPOS



Alfred Marshall donne de l'économie politique une définition fort
pertinente : « Une étude de l'humanité dans les affaires ordinaires de la
vie. » Les affaires ordinaires recouvrent très tôt dans l'histoire de l'humanité
d'autres aspects que la stricte lutte pour la survie. Dès que les hominidés ont
acquis un pouvoir de réflexion, ils se mettent à fabriquer des outils pour la
chasse, première manifestation d'une activité « artisanale ». Puis les hommes
construisent des habitations, commencent à organiser leur travail,
parviennent à un stade de méditation philosophique qui leur fait prendre
conscience des notions de vie et de mort et d'organisation de la société, puis
procèdent à des échanges, premières manifestations d'une activité
commerciale. L'économie naît avec l'homme.
Au fil des siècles, toutes les civilisations qui se sont épanouies dans le
monde ont apporté leur contribution à l'économie réelle ou à la pensée
économique, et les théories de Platon et d'Aristote comme les initiatives
concrètes d'Hammurabi ont été importantes pour l'évolution ultérieure de la
société et de la vie des hommes.
Les théoriciens ont été nombreux surtout à partir du XIIIème siècle, et
leur apport à la connaissance du fonctionnement de l'économie est
indiscutable dès lors qu'ils trouvent leur inspiraration dans l'observation et
l'interprétation des faits et des opinions, et qu'ils tentent d'en fournir une
explication, même partielle. Il est donc utile de retracer l'évolution de la
pensée et des doctrines économiques. Mais l'économie politique est loin
d'être une science exacte, bien que certains penseurs aient tenté, surtout à
partir du XVIIIème siècle, de la mettre en équation à l'exemple des sciences
mathématiques ou mécaniques. D’autres ont cru pouvoir bâtir une doctrine
définitive à partir de la réalité d'un moment. De là vient sans doute le fait que
les théories soient si souvent éloignées de la réalité comme l'ont fait
remarquer Auguste Comte, et plus tard Jean Fourastié, François Perroux ou
le Prix Nobel américain G.J. Stigler.
Contrairement à un système physique, le système économique n'est pas
immuable. L'économie politique est une science humaine, donc évolutive car
l'homme réagit individuellement et collectivement aux phénomènes dont il
prend conscience et qui conditionnent sa vie et celle de la société à laquelle
il appartient. Pour cette raison, les mutations sociologiques, philosophiques,
5
politiques et technologiques font vieillir et disparaître les théories qui ne
prennent pas en compte le comportement des hommes face aux nouvelles
réalités, ou face aux nouvelles opinions et croyances. Par ailleurs, ces
mutations et les comportements qui en découlent font que ni les crises ou
dépressions, ni les périodes de croissance économique ne se répètent jamais
à l'identique. Prévoir l'évolution économique ou décider d'une politique
économique basées sur les théories passées sont des exercices voués à
l'échec comme l'a montré la crise de 1929 qu'aucun économiste n'a vu venir,
ni ensuite expliquer de manière convaincante. D'où l'échec des stratégies
économiques mises en œuvre ici ou là après son apparition.
Il apparaît donc indispensable d'intégrer l'histoire des faits économiques
et sociaux aux multiples aspects dans l'analyse économique. Les théories
doivent être fondées - avec un esprit scientifique certes pour comprendre les
phénomènes - sur l'observation et l'analyse concrètes de ces faits et non sur
des conceptions purement intellectuelles et trop abstraites. Elles ne valent
que si certaines conditions sont remplies, et un seul fait peut détruire une
théorie, si séduisante soit-elle. Il n'y a pas de théorie sacrée en économie. Et
l'on peut s'interroger sur l'importance de l'apport de certains penseurs
célèbres - dont des Prix Nobel - à la connaissance des phénomènes
économiques et à leurs relations. Les profonds désaccords qui les opposent
suffisent d'ailleurs à montrer la subjectivité de beaucoup de leurs thèses, ce
qui est tout à fait naturel car chaque économiste a sa propre vision du monde,
en raison de sa nationalité, de son milieu social, de son idéologie et de son
temps.
En conséquence, le présent ouvrage s'attache d'abord dans son premier
volume à rappeler l'essentiel des faits économiques et des situations sociales
et politiques dans lesquelles ils sont survenus ou qu’ils ont provoqué depuis
la période mésolithique jusqu'au XXème siècle inclus, en faisant appel à
l'histoire et à la statistique, et à indiquer les dispositions économiques prises
par les pouvoirs en place dans les principaux pays à toutes les époques. Il
traite ensuite de l'évolution de la pensée économique.
Le second volume s'attache à décrire l'évolution des différentes activités
économiques - agriculture, commerce, industrie - ainsi que de l'économie
monétaire et financière, en rappelant les conséquences sociales des
transformations intervenues au fil des siècles.

6




CHAPITRE I :
ÉCONOMIE GÉNÉRALE ET SOCIÉTÉ



PÉRIODE MÉSOLITHIQUE (10 000/6 000-5 000 ans avant J.C.)

Une transformation capitale de la vie en société s'opère au cours de cette
période où l'homme invente l'économie de production, agit au lieu de subir
comme aux périodes précédentes. Les débuts d'une agriculture organisée
entraînent une sédentarisation d'une partie des populations, et en corollaire
une amorce d'urbanisation, voire même l'édification de « villes » et
rapidement leur extension. Ainsi, en Jordanie, dans la région de Pétra, la
ville de Ba'ja semble dater de 9 000 ans avant notre ère ; elle est pour partie
composée de maisons à deux étages qui présentent des peintures murales aux
motifs abstraits. Vers 8 000 ans avant J.C., Jéricho connaît un grand
développement et se dote d'un rempart et d'une tour, modeste sans doute. Un
bel exemple de construction est donné en Anatolie par Çatal Höyük (près de
la ville actuelle de Konya) où les immeubles sont édifiés à l'aide de briques
crues, les murs étant blanchis à la chaux et décorés de peintures. Après une
première destruction vers 7 000 ans avant J.C., Jéricho est reconstruite. La
nouvelle « ville » est constituée de maisons carrées dont le sol est enduit de
plâtre. L'existence des premiers villages en Chine, dans l'Europe
méditerranéenne (Grèce surtout, et Crète : premières constructions de
Cnossos), en Syrie et en Mésopotamie date aussi de cette époque.
Un début de sédentarisation se manifeste aussi en Amérique vers 5 000
ans avant J.C., comme le révèle le site de Zohapilco (bassin de Mexico).

PÉRIODE NÉOLITHIQUE (6 000-5 000/2 000 ans avant J.C.)

À la période néolithique l'outillage se diversifie et s'améliore. Les
nouvelles techniques agricoles favorisent les concentrations humaines et
l'édification de communautés villageoises relativement importantes qui se
multiplient. Il s'agit de communautés semi-sédentaires qui changent de lieux
dès que le sol ou les pâturages sont épuisés. Cependant, de vraies villes et de
vrais villages se développent en Asie occidentale (la civilisation urbaine
n'atteindra l'Inde que deux millénaires plus tard, et la Chine seulement vers
7
1 500 ans avant J.C.). Elles sont parfois entourées de murs construits en
briques crues (sites de Çatal-Hûyûk en Anatolie ; de Sâmarrâ, en Iraq, sur les
bords du Tigre, à 200 km au nord de Bagdad), et même en pierres (Jéricho),
et certaines possèdent des rues pavées. Qalat-Jarmo (Iraq oriental) est l'un
des plus anciens sites villageois connus dont la population exerçait à la fois
l'agriculture et l'élevage. Cependant, aux côtés des populations de
laboureurs-éleveurs, des tribus nomades de pasteurs existent. Ces peuplades
habituées au combat pour préserver leurs troupeaux des vols tentés par
d'autres tribus, deviennent dominatrices, et peu à peu asservissent les
laboureurs sédentaires. C'est le début de l'esclavage qui ne fera que croître
pendant des siècles.

Les nombreuses figurines de femmes trouvées en différents sites -
notamment à Jéricho - semblent indiquer que le système matriarcal
prédomine dans les villes et villages, alors que le patriarcat est la règle dans
les tribus nomades.

Les premières civilisations réellement urbaines apparaissent d'abord à
Suse vers 4 000 avant J.C., puis en Mésopotamie, à Uruk (l'Erech de la
Bible) dans le pays de Sumer, vers 3 500 ans, et ensuite à Mari sur les bords
de l'Euphrate à l'aube du IIIème millénaire. La ville est organisée autour d'un
ensemble formé de temples religieux et d'édifices dont la fonction est
probablement administrative et politique. Cette civilisation est attestée en
Egypte un siècle plus tard. La capitale de l'Etat du Sud (Hierakonpolis) est
fortifiée, ainsi que la ville de Nagada. Les villes fortifiées sont également
présentes en Europe de l'Ouest comme le montre le site de l'Etoile, dans la
Somme. La fondation de Byblos (Phénicie) semble dater de 3 200 ans avant
J.C., et d'autres villes côtières sont crées en Phénicie, en Syrie et en
Palestine. La civilisation urbaine apporte un certain raffinement et représente
un certain coût ! Ainsi, les femmes de la Basse-Egypte se fardent les
paupières à l'aide de poudre de malachite qu'elles broient dans des palettes
de maquillage, malachite qu'il faut importer de Nubie ou de la péninsule du
Sinaï. Le roi lui-même se maquille chaque jour.
Une civilisation urbaine comparable à celle de l'Orient n'existe pas encore
en Occident. Toutefois, des villages vivent. L'éruption du Vésuve dite « des
Ponces d'Avellino » (3 550 ans avant J.C.) a enseveli celui de Nola sous une
couche de cendres sans le détruire, le fossilisant en quelque sorte. Les parois
des cabanes conservées sur un mètre trente environ permettent de connaître
la structure de l'habitat de l'Italie du sud à l'âge du bronze ancien. La plupart soutenues par des poteaux en bois comportent deux pièces
séparées par une cloison transversale en planches - parfois revêtue de tissus -
percée d'une porte. La plus petite des pièces de forme absidiale est destinée à
l'entreposage des vivres ; la plus grande où se trouve le foyer sert de pièce à
8
vivre. Dans certaines cabanes une échelle mène à une sorte de mezzanine.
Les parois extérieures sont revêtues de chaume. Les cabanes d'habitation
sont séparées du quartier réservé aux animaux (moutons, cochons, vaches)
par tout un agencement de barrières ; l'eau est fournie par des puits protégés
par des barrières.
Des cités lacustres existent, par exemple sur les bords du lac de Clairvaux
(Jura) où l'on a identifié des maisons construites sur pilotis.

Les besoins du commerce et de la gestion des biens provoquent la
naissance de l'écriture

L'invention fondamentale du IVème millénaire, celle qui va bouleverser
l'histoire des hommes, est celle de l'écriture. Elle apparaît semble-t-il
simultanément à Uruk (pays de Sumer, au sud de la Mésopotamie) et à Suse
vers 3 250 ans avant J.C. (période de Djemdet-Nasr, première grande
civilisation des sumériens), sous la forme de pictogrammes inscrits sur des
plaquettes d'argile. Le déchiffrement de cette écriture n'est pas encore
totalement résolu. Assez rapidement, les signes pictographiques vont se
transformer et donner naissance, vers 3 100 ans avant J.C. à l'écriture
cunéiforme, puis plus tard à une écriture linéaire dans laquelle les signes
symboliques d'origine sont remplacés par des signes abstraits. Tout à la fin
du troisième millénaire avant J.C., l'écriture hiéroglyphique fait son
apparition en Egypte. Sa conception, pictographique au départ, rappelle
l'écriture susiane ou sumérienne, et il est permis de se demander si elle ne
trouve pas son origine à Uruk ou à Suse. L'invention de l'écriture à cette
époque est logique. Le développement du commerce d'une part,
l'organisation débutante des Etats ou simplement des communautés urbaines
rend nécessaire la tenue de comptes. Et les plus anciennes tablettes trouvées
sont précisément des listes de biens de temples (quantités de céréales, de
bêtes...) ou des relevés de ventes, de débits et crédits. Donc les prémices
d'une vraie comptabilité. En Mésopotamie, la notation des chiffres cardinaux
est basée sur le système sexagésimal, par étapes de 1, 10, 60, 600, 3 600,
36 000.
En Egypte, le premier document écrit conservé est la palette de Narmer.

La nation égyptienne met en place son organisation et son
administration

Pendant le quatrième millénaire avant J.C., l'Egypte est partagée en une
multitude de petits royaumes à civilisation paysanne qui semblent cohabiter
dans une certaine harmonie le long de la vallée du Nil. Sans doute est-il plus
réaliste de parler de villages regroupés en districts pour faciliter le travail
collectif que l'irrigation artificielle des terres rend indispensable, que de
9
royaumes. Vers 3 300/3 200 avant J.C., ces petits royaumes sont unifiés et
donnent naissance à deux Etats : le royaume du Sud dont la capitale est fixée
à Nekhen (appelée Hiéraconpolis par les Grecs, et située entre Louxor et
Edfou) et le royaume du Nord dont la capitale est Bouto, située dans le
Delta. Aux environs de 3 100/3 000 ans avant J.C., le roi du Sud Narmer (ou
Ménès, appelé aussi le roi Scorpion) - selon un sceau trouvé dans un
tombeau d'Abydos - prend possession de l'Etat du Nord, pourtant plus riche
et plus civilisé, et réunit les deux Etats en un seul, autocratique et
théocratique. Il fonde la première dynastie et installe sa capitale à Memphis
(35 km au sud du Caire, au commencement du delta du Nil). Le souverain
porte la double couronne où figurent les symboles de la Haute et de la Basse
Egypte. A cette époque sont construites les fondations de la phénoménale
civilisation pharaonique qui va fasciner le monde jusqu'à nos jours. Une
civilisation dont le développement est rendu possible grâce à une
administration efficace dont le rôle s'amplifie avec la création des Etats qu'il
faut organiser et gérer.
L'Egypte est divisée en nomes (districts) dont les charges les plus
importantes sont la conduite de l'irrigation des terres, l'établissement des
cadastres qui permettent de refaire le bornage des champs après chaque
décrue du Nil, et la collecte des impôts. Dès le règne de Narmer (Ménès),
une administration centrale est créée dans chacun des deux anciens Etats
(Haute-Egypte et Basse-Egypte). Chacune exerce son autorité sur les nomes
de sa région et possède son arsenal et son entrepôt, et chacune est placée
sous la direction d'un haut fonctionnaire. Mais il arrive fréquemment que la
responsabilité des deux administrations centrales soit confiée à un seul
homme. Le roi est aidé dans ses tâches par des hauts fonctionnaires dont le
plus important est le vizir. Choisi généralement parmi les princes de la
maison royale, il est le « gardien des sceaux du roi », exerce le contrôle des
voies de communication et des transports, élabore les bilans des affaires du
royaume, et exprime la volonté du roi. Le « colonel des soldats » dirige
l'armée, tandis que le « chef de l'arsenal » a la responsabilité du matériel et
des armes de l'armée. Le « chef des travaux » est en quelque sorte le ministre
de la construction, et il est responsable des constructions décidées par le roi.
Or chaque roi se fait construire un palais entouré d'une ville. Il s'agit donc là
aussi d'un poste important. Les autres hauts fonctionnaires d'importance sont
les responsables de l'approvisionnement en céréales ou en bétail, et
naturellement de la collecte des impôts. Le personnel de l'administration est
composé d'une armée de scribes formés dans des écoles où ils apprennent le
calcul et les règles de l'arpentage. Sous la deuxième dynastie (vers -2800/-
2660), un recensement des populations et des maisons est réalisé tous les
deux ans afin d'établir les bases des impôts. Un impôt foncier et un impôt sur
le capital existent déjà à l'époque. Les temples disposent aussi de leur propre
administration.
10
Parallèlement à la mise en place d'une fonction publique, la codification
du droit commence sous les dynasties thinites (1ère et 2ème dynasties, soit
vers -3100/-2660). Les arrêtés et ordonnances pris par l'administration
égyptienne sont établis par écrit, de même que les arrêts de jurisprudence
pris par les tribunaux existant dans chaque ville et qui sont placés sous la
présidence du fonctionnaire ayant en charge l'administration du nome.
A la fin du millénaire, les prêtres égyptiens créent le calendrier de 365
jours, sans année bissextile. L'année commence le jour de la première
remontée des eaux du Nil qui coïncide avec l'apparition de Sirius dans le ciel
à l'aube. Jusque là, le temps était compté selon les lunaisons de vingt-neuf ou
trente jours.

L'Inde dispose déjà d'une structure urbaine et administrative

En Inde, l'organisation urbaine et administrative est déjà bien établie dans
le dernier millénaire du néolithique. Il semble que les villes de Mohenjo-
Daro (à 400 km de l'embouchure de l'Indus) et d'Harappa (sur le cours du
Ravi) distantes de 550 km soient soumises à une même autorité
administrative, mais l'on ne sait encore rien de la structure politique de la
vallée de l'Indus. On observe seulement que l'urbanisme des deux principales
villes est organisé de la même manière : les deux cités sont parcourues de
rues principales droites et parallèles que coupent à angle droit des rues
secondaires. Les maisons à deux ou trois étages sont construites en pierre ou
en pisé, et leurs murs sont enduits de terre glaise, sans aucun ornement.
Presque toutes possèdent leur propre puits dont l'étanchéité est assurée par
une couche d'argile épaisse. Cependant, un réseau complet et très élaboré de
canalisations en briques parcourt la ville. Aux côtés des maisons existent des
locaux destinés aux esclaves, des casernes militaires, des commerces, des
ateliers et des silos disposant parfois d'un système de séchage par ventilation
(Mohenjo-Daro) et possédant des quais auxquels on accède par des rampes.
En bref, tout ce qui est nécessaire à la vie en société. A proximité des deux
villes, de puissantes citadelles sont établies. Elles comportent des temples,
des entrepôts, des bâtiments administratifs et vraisemblablement des locaux
réservés aux religieux. Mais l'on ne sait rien des religions pratiquées ni de la
langue parlée. Si les villes ne possèdent aucune fortification à l'exception de
murs anti-crues en briques, les citadelles sont défendues par des murs épais
et hauts. Cette civilisation se distingue par une écriture de 270 signes
différents, non encore déchiffrés, utilisée exclusivement semble-t-il pour
cacheter des ballots de marchandises (aucune trace de texte n'a été
découverte à ce jour).

11
La civilisation pénètre en Asie occidentale et en Europe

Les régions les plus reculées s'ouvrent à la civilisation dans la période
néolithique. C'est le cas par exemple de la Bactriane, plaine arrosée par
l'Oxus (aujourd'hui Amou Daria) et limitée par les hautes montagnes du
Hissar au nord, du Pamir à l'est, et de l'Hindou Kouch au sud (territoire
partagé entre l'Ouzbekistan et l'Afghanistan). L'économie de la région est
fondée sur l'agriculture (culture de céréales, de la vigne ; élevage de porcs,
de chameaux...), sur un artisanat développé dans les nombreuses villes
(Sapalli Tepe ; Djarkutan) - l'on fabrique notamment de très beaux bijoux en
ivoire importé de l'Inde et en lapis-lazuli - et sur le commerce avec la
lointaine Sibérie et le Kazakhstan. La structure de la société est fort
complexe et très hiérarchisée, les cités possèdent des temples, des palais, des
forteresses construits en briques crues, et la plaine est irriguée par de
nombreux canaux.
En Grèce où de nombreuses villes sont détruites, parmi lesquelles
Tirynthe et Lerne, par un peuple de langue grecque probablement venue des
Balkans ou de la région de Troie en Anatolie, les équipements collectifs
indiquent cependant une organisation croissante de la société. L'urbanisme
progresse ainsi que le montrent les tracés de rues des cités ; des fortifications
sont construites, de même que des citernes. Cette organisation entraîne un
renforcement de la hiérarchisation de la société.
La Crète ne connait pas les troubles politiques qui existent sur les
continents européen et asiatique proches, et en profite pour développer son
commerce avec l'Egypte et le monde égéen, et pour mettre en valeur la
plaine agricole de Messara.
Les premières marques d'une civilisation urbaine en Europe apparaissent
au Portugal et en Espagne dès la fin de l'époque néolithique. En
Estramadure, des sites fortifiés de grandes dimensions sont construits. Celui
de Vila Nova de Sao Pedro, possédant trois murailles de pierres dont deux
munies de tours circulaires, a livré des restes d'une citerne, d'un four de
potier et de nombreux silos. Celui de Zambujal laisse des traces d'activités
spécialisées : tours de potiers, métiers à tisser. La cité de Los Millares au
sud-est de l'Espagne est également fortifiée et possède un réseau de
distribution d'eau potable. Ses habitants se servent d'ustensiles en cuivre que
la présence toute proche d'importants gisements permet de fabriquer.

ÂGE DE BRONZE (2 000/750 avant J.C.)

EGYPTE
Dès le début du deuxième millénaire, les vizirs tiennent des listes de tous
les habitants de leur ressort. Des recensements de la population ont lieu
certaines années, et les autres années, les chefs de familles sont tenus
12
d'indiquer au vizir la composition de leur famille et certifient sous serment
l'exactitude des renseignements fournis. Cette comptabilité précise de la
population permet aux princes des régions de fixer le montant de l'impôt qui
est payé en nature et versé à la maison royale.
Pour assurer la sécurité des transports de l'or et des autres denrées rares,
des postes militaires fortifiés sont établis dans la vallée nubienne du Nil. Il
en est de même le long de la route qui va de Coptos (au nord de Thèbes) à la
Mer Rouge. Par cette voie circulent en effet le cuivre et les pierres turquoises
qui proviennent des mines du Sinaï, ou de la mine d'Ayn Soukhna exploitée
sur la côte occidentale du golfe de Suez (à 120 km au sud-est du Caire) dès
le règne de Montouhotep IV vers 2 000 ans avant l'ère chrétienne.
Vers 1 450 - 1 430 avant J.C., la promulgation de textes législatifs par le
pharaon devient courante. Ils réglementent les échanges de biens, le
commerce des esclaves, les actes de justice, etc... A cette époque, la tenue
vestimentaire féminine évolue beaucoup et devient raffinée grâce aux
progrès réalisés dans la technique du tissage du lin. L'étoffe en lin est
maintenant tissée d'une manière tellement fine et légère - alors que le tissu
en lin est naturellement lourd - que le vêtement atteint une grande
transparence et colle littéralement à la peau. Le plissé des tissus ajoute
encore à l'élégance. L'habit masculin bénéficie aussi de la grâce apportée par
ce plissé. Mais pas les femmes esclaves qui n'ont pour toute vêture qu'une
ceinture cache-sexe étroite, cependant luxueusement décorée, et des bijoux
(boucles d'oreilles, bracelets).
Sous le règne d'Akhénaton (vers 1 377 - 1 358), le grand vizir Irsou
interdit les sacrifices dans les temples, et pendant la grande période de
sécheresse et de famine qui dure sept ans, il exproprie les grands
propriétaires terriens, si bien que pratiquement toute la terre devient
propriété du pharaon. Celui-ci loue les terres à leurs anciens propriétaires
moyennant un loyer égal au cinquième des récoltes.
Le règne de Ramsès III (vers 1 185 - 1 165) est marqué par la révolte des
« Fils de personne », les ouvriers du village de Deir el-Medineh qui
travaillent au creusement et à la préparation des tombes des pharaons dans la
vallée des Rois et dans celle des Reines. Ces ouvriers sont des hommes
libres qui perçoivent un salaire en nature - blé, orge, pains, galettes, légumes,
fruits... - versé par le Trésor royal et les temples tous les dix jours. Leur
protestation réside dans le fait qu'ils n'ont pas perçu leur salaire pendant deux
mois et qu'ils ont faim. Ils envahissent une partie de Ramesséum, et
obtiennent d'être payés. Cette cessation de travail relatée par le Papyrus des
Grèves (musée de Turin) est le premier conflit social révélé par la
documentation archéologique.
Les documents laissés par les scribes de Deir el-Medineh nous
renseignent sur la vie quotidienne du village. Les femmes s'occupent
essentiellement des tâches domestiques, du filage du lin, de la cuisson du
13
pain et de l'éducation des enfants. Des enfants pas toujours très sages
puisqu'une mère se plaint à sa voisine du comportement de son fils qui
s'amuse à jeter des pierres aux petites filles du village. Les hommes
travaillent aux « demeures d'éternité », mais, autre anecdote amusante, ils ne
font pas toujours preuve d'une grande conscience professionnelle. Ainsi un
scribe note que tel ouvrier s'est absenté pour aller enterrer sa tante...pour la
troisième fois ! On le voit, les mœurs sociales n'ont guère changé depuis
Ramsès III dans notre monde !
A la toute fin de l'âge de bronze et surtout de l'approche de l'an 500 avant
notre ère, la tradition se renforce dans tous les domaines, au point que la
plupart des métiers deviennent héréditaires. Il s'ensuit une grande rigidité de
l'organisation sociale qui empêche tout progrès ; l'économie égyptienne
s'enfonce dans la léthargie.

GRECE
La Grèce est le théâtre de mouvements migratoires intenses au début de
la période. Alors qu'arrivent les Achéens (peuple originaire de Thessalie)
vers 1 500 ans avant J.C., elle atteint un stade de centralisation
administrative et politique attesté par la construction des palais du
Péloponèse, Tirynthe et Mycènes, qui sont en fait de puissantes forteresses
entourées de remparts cyclopéens. L'on ne connaît pas les techniques
utilisées pour manœuvrer les énormes pierres qui constituent les murs de ces
remparts. Les mycéniens commercent avec le Proche-Orient, l'Italie, la Sicile
et la Sardaigne où ils livrent des huiles, du vin ou de la céramique. A partir
de 1 200 ans avant J.C., les peuples d'Illyrie (région montagneuse sur la côte
orientale de l'Adriatique) et de Thrace (région située de part et d'autre de la
frontière gréco-bulgare actuelle) envahissent progressivement la Grèce par le
nord. Sous leur poussée, les Grecs émigrent en Sicile et en Italie où ils créent
des comptoirs commerciaux. Les Achéens se dirigent vers la Crète et la côte
nord de Chypre. Les Ioniens originaires de l'Attique et de l'île d'Eubée vont
s'établir dans les îles de Chios et de Samos et sur la côte de l'Asie Mineure
proche où ils fondent les cités de Milet et d'Ephèse. En fait, toute la côte de
l'Asie Mineure est colonisée par les Grecs, et les villes fondées deviennent
rapidement de comptoirs commerciaux importants. Vers 1 100 ans, les
Doriens occupent la Thessalie, puis descendent vers le sud et s'installent
dans le Péloponèse en ruinant la civilisation achéenne. Les places fortes
mycéniennes sont détruites. Sparte devient la plus prospère des cités
doriennes qui se rendent célèbres par la rudesse de leurs mœurs et la
prééminence absolue de l'Etat sur l'individu, et aussi par de remarquables
règles d'égalité. A la fin du millénaire, l'immigration ionienne reprend en
Thessalie.
Lors de l'établissement des tribus helléniques en Grèce vers 1 000/900
ans avant J.C, elles distribuent la terre entre les familles qui les composent.
14
Les propriétés familiales ainsi constituées sont déclarées inaliénables et
indivisibles. Deux siècles plus tard environ, une réforme économique autant
que juridique enlève à la famille la propriété pour la transférer à l'individu.
Dès lors, à la disparition du chef de famille, ses enfants se partagent son
patrimoine. La contrepartie de cette nouvelle législation est que les
descendants doivent se répartir, de génération en génération, des parcelles de
terre de plus en plus petites qui deviennent insuffisantes pour faire vivre
convenablement une famille. Les petits paysans confrontés à un malheur -
maladie ou mauvaise récolte - doivent emprunter pour faire face à la
situation. Les prêteurs - généralement de riches commerçants ou
manufacturiers - exigent une hypothèque des terres (les premières bornes
hypothécaires datent de cette époque). Lorsque l'emprunteur ne peut
rembourser sa dette à l'échéance, il perd sa terre et même sa liberté. Son
créancier peut le vendre comme esclave, ainsi que sa femme et ses enfants.
Cette pauvreté coexiste avec une société fort riche de commerçants et
aussi d'artisans. En effet, la Grèce connaît un important développement de
son artisanat des métaux, du bois et de la céramique vers 780-750 ans avant
J.C., notamment à Athènes où sont fabriqués les vases géants de Dipylon.

Pauvreté et visées commerciales déclenchent les débuts de
l'implantation des colonies grecques en Méditerranée

La croissance démographique est partout importante en Grèce vers l'an
800 avant J.C., y compris dans les régions les moins fertiles ou les moins
développées du Péloponnèse (Laconie et Messenie). La surpopulation, la
pauvreté des petits paysans comme on vient de le voir, la recherche de la
gloire aussi, le tout assorti d'une volonté d'expansion commerciale, sont à
l'origine de la grande entreprise de colonisation menée par les Grecs à partir
de cette époque.
Les principales villes vont progressivement installer des colonies en Mer
Noire et sur toute la rive nord de la Méditerranée au cours des deux siècles à
venir ; les premières sont Mégare et Corinthe (situées sur l'isthme de
Corinthe), Erétrie et Chalcis (situées dans l'île d'Eubée), et plus tardivement
Milet et Phocée (situées sur la côte ionienne de l'Asie Mineure).
La colonisation de nouvelles terres n'est pas improvisée. Elle est
soigneusement organisée par la « ville-mère » dont continuera à dépendre la
nouvelle colonie une fois installée. La « ville-mère » désigne un chef
d'expédition (oikistès) auquel elle remet un feu allumé au foyer collectif ou
un objet sacré. Le chef consulte éventuellement un oracle (généralement
celui d'Apollon à Delphes) afin d'obtenir l'approbation divine, et décide de la
direction à prendre.
Une fois le site de la colonie choisi, le chef détermine le lieu où sont
installés les cultes importés de la ville-mère et procède à la répartition des
15
terres entre les membres de l'expédition. Dans la plupart des cas, la colonie
doit verser une redevance annuelle à la métropole, et lui venir en aide au
besoin. Les liens entre la ville-mère et la colonie restent donc solides.
Les premières vagues de colonisation sont dirigées vers le sud de l'Italie
et la Sicile orientale. Les Erétriens et les Chalcidiens s'installent à
Pithecoussai dans l'île d'Ischia vers 775-770 avant J.C. Ils apportent avec eux
l'alphabet chalcidien. Vers 757, des colons venus de Chalcis (Ile d'Eubée)
s'établissent dans la péninsule et fondent la colonie de Cumes (Kymè) et
quelques années plus tard celle de Reghion (Reggio di Calabria). La colonie
de Naxos en Sicile est fondée à la même époque.
A Sparte, le législateur Lycurgue rédige la constitution vers 809 avant
J.C. Basée sur le partage des terres en lots égaux, l'organisation du Sénat,
une discipline militaire et sociale rigoureuse, l'obligation des repas en
commun et de l'éducation publique obligatoire, elle a fait la grandeur
politique et militaire de Sparte pendant des siècles. En temps de guerre, deux
rois se partagent le commandement ; en temps de paix, le pays est gouverné
par cinq magistrats - les « éphores » - et à un sénat composé de trente
membres, dont les deux rois.
Les jeux olympiques ont lieu pour la première fois en 776 avant J.C. dans
le sanctuaire de Zeus à Olympie, mais leur origine remonte bien avant. Ils
auront lieu désormais tous les quatre ans jusqu'en l'an 394 après J.C. Ils sont
réservés aux Grecs libres dont la bonne renommée est notoire ; les femmes
ne sont pas admises aux épreuves, et n'ont pas le droit d'y assister. Les jeux
débutent par la prestation de serment par laquelle les athlètes s'engagent à
concourir loyalement et à respecter les règles des épreuves. Les premières
manifestations ne comportent que des courses. Le vainqueur reçoit pour tout
prix une simple branche d'olivier ; toutefois, une fois les jeux terminés, il est
exonéré de tout impôt. Cet honneur s'accompagne de l'inscription de son
nom sur la liste des vainqueurs, et sa statue est érigée dans le bois
d'Olympie. Il entre ainsi dans l'immortalité.

CRETE
Dès 1 450 ans avant l'ère chrétienne, la Crète est dominée par les Grecs
venus du continent. Les palais sont abandonnés à l'exception de Cnossos.
Mais pas pour longtemps car, vers 1 425, ce palais est détruit par un violent
incendie, probablement à la suite d'une révolte de la population indigène
contre les Grecs. La civilisation minoenne va s'éteindre doucement à partir
de ce moment pour disparaître entièrement vers -1 250/-1 200.

16
EUROPE CENTRALE ET OCCIDENTALE

Le bronze remplace le silex....

Le premier âge du bronze débute en Europe centrale vers 1 500 ans avant
J.C. et dure trois siècles environ (rappelons que la métallurgie du bronze est
déjà pratiquée en Bretagne et en Angleterre depuis cinq siècles environ). La
civilisation du bronze des Proto-Germains se caractérise par une production
d'outils (haches à talon, faucilles, rasoirs, pincettes, couteaux...), d'armes
(épées à poignée, pointes de lances), d'objets vestimentaires et de bijoux
(boucles de ceintures, bracelets...) décorés de dessins en spirales et de cercles
concentriques. Des cercueils creusés dans des troncs de chêne reçoivent les
corps des défunts. Le tanin contenu dans le bois de chêne entraîne une
momification des corps et une préservation des vêtements. Les hommes
portent une sorte de chemise en tissus de laine sans couture par dessus
laquelle ils mettent un manteau assorti d'un col de châle. Ils se chaussent de
souliers en cuir. Les femmes mettent une blouse courte à manches demi-
longues couverte d'une veste, le tout tenu par une ceinture ornée de plaques
rondes en bronze. Hommes et femmes portent de riches bijoux. Vers 1 200
ans avant J.C. les armes, les outils et les bijoux acquièrent une plus belle
esthétique : les épées se dotent d'un pommeau en forme de losange, les
couteaux ont un manche ajouré, les bracelets sont torsadés.
A la même époque, la généralisation du cheval de trait et de la charrue
dans toute l'Europe de l'Ouest facilite le développement des cultures
céréalières.

...et le fer le bronze

Un changement technologique majeur intervient en Europe entre 1 000 et
700 ans avant notre ère. L'âge du fer remplace progressivement l'âge du
bronze. La métallurgie du fer apparaît en Grèce vers 1 100-1 000 ans avant
J.C. et peu après en Italie. En Europe centrale et occidentale, l'âge de bronze
se poursuit jusqu'aux environs du septième siècle avant J.C. Elle ne fera
place au premier âge du fer (civilisation de Hallstatt) qu'aux alentours de 600
ans avant l'ère chrétienne. En Europe du nord et en Grande-Bretagne, le
changement de technologie n'interviendra que deux ou trois siècles plus tard.
Les progrès enregistrés dans la métallurgie du bronze enrichissent
considérablement l'outillage de l'agriculture ou de l'artisanat et les objets de
dinanderie, sans oublier les armes, les objets de toilette, de parure ou
vestimentaires (disques de ceinture ; chaînes-ceintures ; fibules..). A titre
d'exemple, à l'âge final du bronze, les pêcheurs du lac de Neufchâtel (Suisse)
disposent d'au moins une dizaine de types d'hameçons de tailles diverses ; les
paysans et les bûcherons du Finistère (découvertes de Plouénan, de Morlaix)
17
ou d'Espagne (province de Pontevedra) possèdent différentes sortes de
haches (plates ; à rebords ; à talons ; à aileron ; à douille ; à talon à deux
anneaux) ; les paysans utilisent aussi des hermi-nettes à talon ou à ailerons,
et des anneaux d'harnachement pour les animaux de trait (site de Menez-
Tosta en la commune de Gouesnach ; Finistère) ; les artisans dinandiers ont à
leur disposition une panoplie complète de marteaux, tas, ciseaux, poinçons,
matrices, couteaux, comme le montrent les outils trouvés dans le dépôt de
Génelard (Saône-et-Loire).
Dans toute l'Europe, l'habitat rural est concentré en villages de plus ou
moins grande taille : de quelques maisons à plusieurs dizaines. En Europe
centrale et occidentale, les habitations généralement carrées ou
rectangulaires sont petites, leur surface variant de vingt à trente mètres carrés
seulement. En Europe du nord (Pays-Bas, Danemark, Allemagne du nord),
elles sont plus grandes, leurs dimensions atteignant parfois sept à dix mètres
de large sur vingt-cinq à trente mètres de long. Les techniques de
construction varient selon les lieux et les matériaux disponibles. Là où la
roche est abondante, les murs sont en pierres sèches ; dans les plaines, on
rencontre surtout des constructions faites d'un clayonnage de branches
tressées enduit d'argile. Ailleurs, les murs peuvent être entièrement en bois :
des rondins sont empilés les uns sur les autres et maintenus par quelques
poteaux. Les toitures sont en branchage ou en chaume.
Les villages n'ont pas tous une clôture, et lorsqu'elle existe, il s'agit
souvent d'une simple haie, d'un muret, d'un talus avec ou sans fossé. La
population de ces villages ne semble donc pas éprouver le besoin de se
défendre, et connait sans doute une vie paisible. En Bourgogne et dans l'est
de la France, il existe cependant un habitat fortifié dont un bel exemple est
fourni par le Chatelet d'Eteaule, à une douzaine de kilomètres au nord de
Dijon.

Une égale coquetterie chez les femmes et les hommes...

Les informations disponibles sur l'habillement en Europe centrale et
occidentale à l'âge final du bronze sont rares. En Scandinavie et en
Allemagne du nord, des sépultures dans des troncs d'arbres ou dans des
marécages devenues tourbières ont livré des corps dont les vêtements
présentent des similitudes. Une certaine homogénéité existe au moins dans
ces régions. L'habillement masculin (Muldbjerg ; Trindhøi au Danemark) en
tissus se compose d'un manteau court passé par-dessus une tunique longue
enroulée autour du corps, d'un chapeau rond et de chaussons. La tunique est
maintenue par une seule bretelle sur l'épaule gauche. Le manteau est doté
d'un col châle.
Le vêtement féminin est constitué d'un corsage aux manches semi-
longues, d'une jupe tantôt courte et faite de cordelettes terminées chacune
18
par un anneau dans lequel passe un lien (Egtved ; Danemark), tantôt longue
et plissée (Borum Eshøi ; Danemark), et d'une ceinture ornée d'un disque en
bronze.
Les bijoux et les objets de parure occupent une place importante dans la
vie quotidienne de l'Europe centrale et occidentale ou des pays nordiques à
la fin de l'âge de bronze, chez les hommes comme chez les femmes. Aux
perles en pierres de diverses couleurs ou en pâte de verre, aux bijoux en os,
en bois de cervidés, en ambre ou en jais s'ajoutent des objets de parure en or,
en cuivre et en bronze. Les bijoux sont très divers, mais les plus nombreux
sont les colliers, les torques, les bracelets, les bagues, les lunules et les
boucles d'oreilles aux formes et aux décors très variés. Des parures
originales et même étonnantes existent aussi. Ainsi, les femmes
bourguignonnes ou rhénanes portent à chaque mollet d'étranges jambières en
bronze finement ciselées. Les guerriers eux-mêmes sont sensibles aux
parures si l'on en juge par les cuirasses d'apparat en feuilles de bronze
martelé (cuirasse de Marmesse ; Haute-Marne), et par les armes décorées qui
sont de vraies œuvres d'art (épées ou poignards en bronze finement ciselés).
Beaucoup de ces bijoux accompagnent leur propriétaire dans sa sépulture le
moment venu.
En France, les Celtes commencent à s'installer, vraisemblablement vers
900 ans avant notre ère.

ITALIE
Vers 1 000/900 ans avant l'ère chrétienne, différentes tribus indo-
européennes en provenance de l'Europe centrale s'installent en Italie. Les
Latins se fixent sur la côte du Latium, au sud de l'estuaire du Tibre. Arrivés à
la même époque, les Falisques prennent possession de la région de Faléries
en Etrurie (Toscane actuelle). Plus tard arrivent les diverses tribus d'Italiotes
(Osques, Ombriens, Samnites, Sabins, Vestins, Lucaniens, etc.) qui se
répartissent le territoire des Apennins jusqu'au nord de la Calabre actuelle.
Ces tribus connaissent une organisation patriarcale et pratiquent la
monogamie.
Vers 850 ans avant J.C., apparaissent les Etrusques. La controverse se
poursuit au sujet de leur origine, ce qui contribue à forger l'idée d'un
« mystère étrusque ». Plusieurs hypothèses sont avancées. Selon les uns, il
s'agit d'une population autochtone ; selon d'autres, ils viendraient de Lydie
en Asie Mineure, chassés par la famine - aux dires d'Hérodote - ou par des
invasions. Ils occupent la région comprise entre les Apennins et la mer
Tyrrhénéenne, du Pô au Tibre. La répartition des terres est effectuée par les
prêtres d'après les indications du dieu suprême Tinia. Les terrains sont
bornés, et il est interdit de bouger les bornes placées sous la protection des
dieux.
19
A la même époque, deux ethnies cohabitent à l'emplacement de Rome.
Elles se distinguent par les modes d'inhumation qu'elles pratiquent. L'une
procède à l'incinération des morts, les urnes funéraires étant placés dans des
fosses ; l'autre enterre les cadavres placés dans des cercueils creusés
troncs d'arbres.

ASSYRIE - ANATOLIE - PHENICIE
En Assyrie, des textes législatifs règlementent l'adoption fictive qui
permet de transmettre des biens immobiliers (vers 1 450 ans avant J.C.).
Plustard, vers 1 100 avant J.C., le roi Téglath-Phalazar construit à Ashur une
grande bibliothèque où sont entreposés le Code des lois assyriennes et tous
les textes règlementaires qui organisent la cour et le harem.

ISRAËL
Sous le règne de Salomon, l'économie d'Israël est à son apogée. Le pays
est le carrefour par où passent les caravanes qui vont de la Mésopotamie à
l'Egypte ou d'Arabie à la Syrie. Le roi garantit la sécurité de ces caravanes en
échange d'une redevance proportionnelle à la valeur des marchandises
transportées, tout en jouant un rôle d'intermédiaire entre les commerçants ou
fabricants égyptiens et ceux de l'Asie Mineure.
Le minerai de cuivre est exploité dans la vallée de Timna, le métal lui-
même étant travaillé dans la vallée du Jourdain.
Salomon s'inspire des Egyptiens pour élaborer son système fiscal.
Chacune des douze tribus qui peuplent Israël doit assurer la subsistance de la
cour royale pendant un mois. A cette contribution en nature s'ajoutent des
corvées nombreuses. De ce fait, le tribut auquel est soumise la population
devient insupportable pour certaines catégories sociales, et leur misère est
réelle. Le refus de Roboam, successeur de Salomon, d'alléger les charges du
peuple entraîne la partition du royaume : Israël au nord et Juda au sud.

BABYLONIE
La société est très hiérarchisée. Au sommet se situe le roi, sa famille et la
cour. Au deuxième rang se trouve une classe formée des gouverneurs, des
juges les plus importants, des officiers supérieurs, des hauts fonctionnaires et
des propriétaires les plus fortunés. Ensuite vient la classe des hommes libres
constituée par les commerçants, les artisans, les paysans. Le rôle de cette
classe est grand car elle a la responsabilité du choix des fonctionnaires, des
officiers ; ses représentants participent à des conseils. La classe des demi-
libres rassemble les policiers, certains artisans (boulangers, potiers,
tisserands, forgerons...), les bergers et les pêcheurs. Elle est très dépendante
du roi et des temples et son rôle dans l'organisation sociale est faible. Au bas
de l'échelle se trouve naturellement les esclaves.
20
Beaucoup d'entre-eux sont des soldats ennemis faits prisonniers ; les
autres sont achetés au pays des Goutis, dans les monts de Zagros (Liban). Ils
doivent servir comme domestiques ou comme ouvriers au service de la
communauté. Ils jouissent cependant d'un certain statut puisque leur
affranchissement est possible, de même que leur adoption ; ils peuvent
épouser des femmes ou des hommes libres ou racheter leur liberté. Les
jeunes femmes esclaves peuvent servir de maîtresses à leur propriétaire (les
hommes ont le droit d'avoir des concubines en plus de leur épouse). Si elles
mettent au monde des enfants, elles accèdent à la liberté comme ceux-ci. La
loi les protège contre les mauvais traitements.
Cette organisation sociale ne peut fonctionner que si des règles précises
l'encadrent. Le roi Hammurabi rédige pour cela, vers 1 755/1 750 ans avant
J.C. un Code qui porte son nom. C'est un recueil de lois et de textes de droit
public et privé gravé sur une stèle de pierre noire (visible au Musée du
Louvre) comportant 282 paragraphes dont 260 sont parvenus jusqu'à nous.
Par ce Code, les règles de droit édictées par le roi s'imposent à tous.
Ecrit vers le XVIIème siècle avant notre ère, le plus vieux recueil de
recettes culinaires connu montre l’importance de la cuisine dans la vie
sociale à Babylone.

INDE
Il ne reste que très peu de traces de l'art de vivre en Inde entre 1 500 et
500 ans avant J.C. Cela s'explique par le fait que les constructions de
l'époque indo-aryenne sont en bambou et en briques de terre, le pays étant
très pauvre en pierre. Ces constructions n'ont pas résisté au temps et ne
peuvent donc nous fournir de témoignages irréfutables. On imagine
seulement, au travers des traditions populaires, que des villes existent.
Celles-ci possèdent des temples et des palais, et les habitations sont des
huttes rondes ou rectangulaires, et dans ce second cas parfois hautes de plus
d'un étage. L'essentiel de la population est semi-nomade. Elle vit d'élevage
et, si elle connaît la culture des céréales, elle ne s'y adonne que très peu. Les
vols de troupeaux appartenant à des tribus voisines sont habituels, de même
que les guerres tribales. Les indo-aryens utilisent l'arc et le char de combat à
deux roues tiré par un cheval, ce qui leur confère un avantage énorme sur les
populations indigènes qu'ils parviennent à dominer, et même à asservir.
Cette population possède des objets usuels et des bijoux en or, argent et en
fer, ainsi que des vêtements de qualité, voire même précieux si l'on en croit
la littérature. Mais aucune confirmation tangible n'a été obtenue à ce jour par
les recherches archéologiques.
De 1 000 à 500 avant J.C., les indo-aryens étendent leur présence de la
vallée de l'Indus vers la vallée du Gange, et peuplent progressivement toute
la plaine du nord de l'Inde. L'agriculture se développe et a pour conséquence
de fixer les populations. Le clergé s'enrichit grâce aux offrandes qu'il exige
21
non seulement des familles, mais aussi des rois, et son influence grandit, au
point que les brahmanes (prêtres) réclament dans la société une position
égale, sinon supérieure à celle de la royauté. Le grand prêtre détermine les
offrandes, qu'elles soient royales ou non, assiste et conseille le roi.

RESTE DU MONDE
La civilisation chinoise, très en retard à la fin de la période néolithique,
sort brutalement de sa torpeur. Les vêtements en soie et en lin, et même les
fourrures, sont choses courantes sous le règne de la dynastie Chang. On
utilise aussi une céramique blanche très fine, et l'on sait couler le bronze et
en faire des objets de culte d'une parfaite technique.
En Amérique, la civilisation dite de Chavin (du nom du site de Chavin de
Huantar, au nord du Pérou) est évoluée si l'on en juge par la qualité et la
difficulté de fabrication des tissus découverts, et par les céramiques de
couleur. Cette civilisation est répandue dans tout le Pérou. La population vit
dans des huttes à toit de paille dont on a trouvé des traces et possède des
temples.
A l'âge de bronze final, les paysans cultivent un grand nombre de plantes
parmi lesquelles figurent le maïs, le manioc, la pomme de terre et la tomate.
Des échanges commerciaux ont lieu sur de grandes distances, entre le
Mexique et le Pérou par exemple. La céramique produite au Mexique (site
de Tlatilco) montre toute la fantaisie des potiers : des récipients ont la forme
de poissons ou d'oiseaux ! La construction en pierre semble maîtrisée (site de
Cuicuilco ; Mexique), mais parait être réservée aux bâtiments de culte.
La civilisation de l'âge de pierre perdure encore en Afrique et en
Australie vers l'an mil avant notre ère.

DE 750 À 500 ANS AVANT J.C.

GRECE
Les conditions économiques, sociales et démographiques de la fin de la
période précédente se maintenant, les facteurs propres à la poursuite de la
colonisation grecque sont toujours présentes et favorisent même son
développement. Cette colonisation s'intéresse maintenant aux régions plus
lointaines de la Méditerranée occidentale.
Vers l'an 633, les Corinthiens fondent Syracuse en Sicile. Cinq ans plus
tard, c'est au tour des colons originaires de la cité dorienne de Mégare de
s'établir à Megara-Hyblaia, toujours sur la côte orientale de la Sicile. L'une
des seules colonies de Sparte est établie à Tarente, sur la côte sud de la
péninsule italienne. A peine installées, les colonies grecques créent à leur
tour d'autres colonies à proximité de leur cité. C'est ainsi que la colonie de
Naxos (Sicile) fonde la cité de Leontium (vers 729 avant J.C.), et que vers
22
716, les émigrants de Syracuse et de Zancle (l'actuelle Messine) édifient la
cité de Mylai.
En 709, des colons provenant d'Achaïe (Péloponnèse) s'établissent à
Crotone et à Sybaris dans le golfe de Tarente.
Ces colonies ne tardent pas à essaimer. Ainsi, Sybaris fonde Poésidonia
(Paestum) ; les colons de Mégara Hyblaia créent Sélinonte, et ceux de Gela
s'établissent à Agrigente, etc.
Après cette première vague de colonisation qui ne va guère au-delà de la
Sicile et de la pointe de la péninsule italienne, une deuxième vague débute
vers l'an 675 et concerne toutes les rives de la mer Noire (Pont-Euxin), la
côte africaine et la Méditerranée occidentale.
Successivement sont fondées les colonies de Byzance (en 660 par les
colons de Mégare), Olbia sur la côte bulgare de la mer Noire par les colons
de Milet (vers 645-644), Cyrène (côte libyenne) vers l'an 632 par les colons
de Théra (Santorin). Puis viennent la création du comptoir commercial de
Glanum (en Provence) et la création d'Amurias (Espagne) vers 580 avant
J.C. Suivent les fondations d'Hemeroscopion et de Mainake en Espagne.
L'expansion « coloniale » grecque s'arrête peu après.

La fameuse Constitution de Solon établit de nouvelles règles de droit

Comme à la période précédente, l'une des causes principales de
l'émigration grecque est la situation sociale, notamment celle des petits
paysans auxquels un sort cruel est réservé s'ils ne peuvent payer leurs dettes
à la suite d'une maladie ou d'une mauvaise récolte. Rappelons en effet que
leurs terres hypothéquées reviennent au créancier qui, de surcroît, peut faire
vendre comme esclave son débiteur et sa famille.
Pour tenter d'atténuer les tensions que les injustices sociales créent entre
les aristocrates d'une part, et la partie du peuple composée des paysans, des
artisans et des commerçants d'autre part, l'archonte Dracon entreprend une
réforme juridique (vers 621 avant J.C.). Celui-ci introduit le droit écrit et
modifie le droit coutumier antique qui repose sur la solidarité de la famille
dans la responsabilité comme dans la répression. Dans le droit « draconien »,
la « vengeance du sang » est abolie et l'individu doit s'adresser à l'Etat. La
répression des crimes et délits est soumise à l'Aréopage (tribunal suprême).
Une différenciation est établie entre le meurtre qui est prémédité, et
l'homicide qui est involontaire. Cependant, la loi est extrêmement sévère, au
point qu'on l'a dite « écrite avec du sang ». Il est vrai que des fautes
relativement légères sont punies par la mort. La dureté de cette loi est
d'ailleurs devenue proverbiale.
Mais cette réforme est insuffisante, et ne remédie pas aux crises sociales
et politiques puisque le sort des petits paysans, des artisans et des
commerçants ne change pas, et les grands propriétaires terriens possèdent
23
toujours la presque totalité du sol de l'Attique et pratiquement le monopole
de toutes les décisions politiques. De ce fait, les tensions entre les classes
privilégiées et les autres ne font qu'empirer.
Pour remédier à cette nouvelle dégradation du climat social, l'archonte
Solon (vers 640-558 avant J.C) est chargé de mettre fin aux abus et de
proposer de nouvelles règles de droit (594 avant J.C.). Les mesures
juridiques qu'il prend sont nombreuses.
Non seulement il promulgue une loi qui met fin à l'esclavage pour dette,
mais les esclaves pour dettes retrouvent leur liberté, et ceux d'entre-eux qui
ont été vendus à l'étranger sont rachetés aux frais de l'Etat. Les dettes
accumulées par les petits paysans sont annulées. Et, si le partage des terres
réclamé par les paysans n'est pas accordé, des limites de superficies sont
imposées aux grandes propriétés foncières.
La Constitution de Solon introduit
Solon introduit aussi également plus de démocratie dans le
une nouvelle règle- gouvernement de la cité. Elle partage les
mentation des poids et citoyens en quatre classes basées non sur la
mesures qui a pour naissance, mais sur la fortune (ploutocratie,
conséquence heureuse outimocratie), et chacune d’elles participe à la
de stimuler le gestion de la ville, ceci afin de restreindre la
commerce. toute- puissance de l’aristocratie.
Mais cette Constitution ne règle pas tous les problèmes : les classes les
plus aisées sont mécontentes de voir leur pouvoir rogné, et les classes les
plus pauvres veulent plus de pouvoir... De nouvelles tensions naîtront vers
560 avant J.C. et une nouvelle constitution devra être élaborée quelque
temps plus tard.
Une initiative particulière revient également à Solon : au Pirée, le port
d'Athènes, il fait ouvrir la première maison close publique dont les
« hôtesses » sont des esclaves étrangères achetées par l'Etat (vers 592-591).
Cette initiative n'a rien d'étonnant si l’on considère les us et coutumes de la
Grèce continentale antique. L'épouse n'a qu'une fonction : donner des enfants
à son maître, des enfants qui sont ensuite éduqués par l'Etat, et ceci non
seulement à Sparte. Elle ne joue aucun rôle social et ne possède aucune
culture. La vie de couple est de ce fait très limitée, et les hommes se
retrouvent entre eux. Cette communauté purement masculine connaît des
dérives. L'homosexualité est courante dans toutes les catégories sociales.
Pour pallier ces dérives, une institution existe depuis bien longtemps, et elle
se développera beaucoup au siècle suivant : celle des hétaires (ou hétaïres).
Ces femmes cultivées savent jouer de la musique et chanter ; elles
connaissent la littérature et la philosophie... et l'art de l'amour. Les Athéniens
trouvent donc chez ces dames tout ce qui leur manque dans leur foyer et les
fréquentent sans que quiconque trouve cela inconvenant. Seulement, leur
commerce est onéreux et n'est pas à la portée de tous les hommes. Le
24
lupanar de Solon n'a pas cet inconvénient. Les tarifs pratiqués y sont très
bas.
La Constitution de Solon n'empêche pas les divisions du peuple athénien.
Vers l'année 560 avant notre ère, la population se divise d'elle-même en trois
catégories. Les propriétaires de la plaine entourant Athènes (pédiens), les
commerçants ouvrant sur la côte (paraliens) et les petits paysans (diacriens).
Ces derniers aident Pisistrate à installer la tyrannie à Athènes.
En 509 après la chute de la tyrannie, les conditions politiques sont réunies
pour changer la Constitution de Solon. En dépit de l'opposition de
l'aristocratie athénienne soutenue par le roi Cléomène de Sparte, Clisthène
parvient à réformer l'Etat. Il fonde la démocratie sur une représentation égale
de toutes les classes de citoyens de l'Attique et d'Athènes qu'il rend possible
grâce à un découpage territorial. Les trois territoires que sont la ville, la zone
côtière et la région agricole de l'intérieur du pays sont découpés chacun en
dix espaces. Un espace de l'un des territoires est regroupé avec un espace de
chacun des deux autres espaces pour former un groupe (tribu) qui comprend
ainsi des populations des trois grands territoires. Cette structure empêche
donc la formation de communautés d'intérêts puisque commerçants,
pêcheurs, grands propriétaires fonciers et petits paysans constituent chacune
des tribus. Ces tribus délèguent chacune cinquante représentants au Conseil
des 500, l'assemblée populaire qui est la base de la démocratie athénienne
dont l'objectif est d'organiser l'égalité des droits civiques.

EUROPE CENTRALE ET OCCIDENTALE
L'organisation sociale au début de l'âge de fer hallstatien nous est révélée
par les tumuli. Ils nous apprennent l'émergence d'une société très
hiérarchisée qui atteindra son apogée trois siècles plus tard, vers l'an 450
avant notre ère, date à laquelle il est convenu de faire débuter la civilisation
de la Tène (2ème période de l'âge de fer). Aux VIIIème et VIIème siècles les
tombes à char ne représentent que 5 % des tumuli en Bavière, ce qui
démontre leur caractère élitaire ; au surplus, la presque totalité d'entre-elles
est masculine. Au VIème siècle, les tombes à char féminines totalisent 30 %
de l'ensemble ; ceci semble montrer d'une part qu'à une élite principalement
militaire se substitue une élite civile dont les femmes ne sont plus exclues.

ÉTRURIE - ROME
Au début du VIIIème siècle, les Grecs de l'île d'Eubée s'installent sur l'île
d'Ischia au large de la baie de Naples, où ils fondent la colonie de
Pithekussaï. Ils nouent des relations avec la population locale et surtout avec
celle de la Campanie ; elles vont s'intensifier au point de donner naissance à
la civilisation étrusque vers la fin du VIIIème siècle ou au tout début du
VIIème siècle. Les Etrusques empruntent aux Grecs leur écriture qu'ils
transforment pour l'adapter à leur langue, et adoptent leur mode de vie.
25
Vers 700 avant J.C., curieusement Rome se tient à l'écart d'un
mouvement qui se dessine en Etrurie, en Campanie et dans le Latium tout
proche. Dans ces régions, la formation des cités contribue à faire apparaître
une aristocratie princière qui emporte sa richesse jusque dans ses tombes
garnies d'un mobilier fastueux.
Après la chute de la royauté à la fin du VIème siècle avant J.C., et une
fois Rome libérée de la domination étrusque, les citoyens élisent pour un an
deux préteurs (magistrats précurseurs des consuls) choisis dans la noblesse,
et dont la fonction est de gouverner la cité. Mais dans les faits, ils assurent
surtout le commandement militaire.
La république romaine se préoccupe dès sa constitution de sa sécurité et
de son développement. Elle se fait reconnaître ses droits territoriaux sur le
Latium, et conclut un traité avec Carthage. Ce traité est surtout bénéfique
pour la cité africaine puisqu'il lui donne le monopole du commerce en
Méditerranée occidentale.
Les étrusques dont le territoire est riche en minerais de cuivre et d'or
développent un commerce dynamique avec les pays voisins et surtout avec la
Grèce, ce qui a une influence très importante sur leur civilisation.

DE 500 À 300 ANS AVANT J.C.

GRECE

Le père « propriétaire » de ses enfants...

Les règles dures du droit civil se précisent et s'adoucissent un peu.
Presque jusqu'à la fin de la période « archaïque » (VIème siècle avant J.C.)
le père de famille possédait un pouvoir absolu sur sa famille. Il avait en
principe un droit de vie et de mort sur ses enfants, et il lui était possible de
vendre ses filles. Les réformes de Solon (vers 595-590 avant J.C.) réduisent
un peu ce pouvoir, mais à la période « classique » (Vème - IVème siècle
avant J.C.), les droits du père de famille sont encore exorbitants.
Il peut abandonner son enfant dans les jours qui suivent sa naissance, et il
le fait parfois, surtout si c'est une fille, ou s'il a un doute sur la légitimité de
cet enfant. Il peut répudier un fils qui se comporte mal envers lui. Platon
(428-347 avant J.C.) recommande de réunir le conseil de famille et de faire
voter la décision de répudiation à la majorité. Cette pratique est peu suivie.
Dans son testament, il est possible au père de désigner le mari que sa fille
devra épouser. A l'âge de dix-huit ans, le fils devient majeur, et il échappe au
pouvoir de son père.

26
...et le mari quasi « propriétaire » de son épouse

Les droits du mari sur son épouse sont tout aussi exorbitants. Le mariage
d'amour n'existe que rarement. L'épouse n'est choisie que pour perpétuer la
famille afin que les ancêtres soient certains de recevoir éternellement le culte
qui leur est dû. Par ailleurs l'Etat a besoin de soldats, et il est très mal vu de
rester célibataire. Le mariage est donc un acte religieux et civique où le
sentiment des époux l'un pour l'autre n'a aucune part. Bien souvent, le
mariage est convenu entre les parents des nouveaux époux, sans que l'avis de
ces derniers soit seulement demandé.
La femme ne dispose d'aucun pouvoir. Elle a seulement la charge de la
maison et règne sur les servantes. Le mari peut disposer de son épouse
comme il l'entend. Il peut la répudier sans la moindre formalité et garder les
enfants à son foyer ; cette pratique est très fréquente à la période classique.
En général, la répudiation se passe en présence de témoins, mais cela n'est
pas indispensable. S'il répudie son épouse, le mari doit rembourser la dot
sauf si le divorce est motivé par l'adultère de la femme. Si le mari rembourse
la dot avec retard, il doit des intérêts au taux de 18 % l'an.
Le mari peut donner sa femme en mariage à un autre homme. Périclès,
Socrate et bien d'autres maris ont utilisé cette possibilité.
En revanche, si la femme veut divorcer - décision fort réprouvée par
l'opinion publique - elle doit en demander l'autorisation à l'archonte et
justifier par écrit son intention. Inutile de préciser que cette démarche n'est
que rarement couronnée de succès. Si la femme devient veuve, elle ne
retrouve pas la liberté ou l'indépendance pour autant ; elle ne fait que
changer de maître puisque le fils aîné devient le chef de famille auquel la
mère doit obéissance totale, à moins que le mari ne lui ait choisi un second
époux avant qu'il ne décède.

L'éducation spartiate : une rude réalité

L'éducation des enfants spartiates est prise en charge par l'Etat à l'âge de
sept ans. Elle est basée essentiellement sur des exercices physiques et des
jeux propres à développer leurs capacités corporelles, la culture intellectuelle
étant pratiquement laissée à la libre initiative de chacun, ce qui veut dire
qu'elle est fort sommaire. Ni la lecture ni l'écriture ne figurent en effet au
programme éducatif des enfants.
Les exercices physiques portent sur la course, le saut, le lancer du disque
et du javelot, et naturellement sur le maniement des armes car il s'agit avant
tout de former des soldats. Les jeunes garçons participent aux repas des
hommes, ce qui leur permet de s'intéresser et de se former aux affaires
publiques.
27
Les jeunes filles spartiates s'adonnent aux mêmes exercices corporels et
aux mêmes jeux que les garçons, mais apprennent en plus la musique, le
chant et la danse.
Dans le reste de la Grèce, l'éducation des
Contrairement à ses garçons comporte trois parties : un
consœurs du reste de la enseignement de base portant sur l'écriture, la
Grèce, la femme lecture et le calcul, un enseignement musical et
spartiate joue un rôle la gymnastique. Cette éducation commence à
important dans la sept ans pour les deux premiers enseignements,
société. Elle s'intéresse la gymnastique ne devenant une matière
de près à la chose importante que vers quatorze ans. Comme à
publique ; il est vrai Sparte, la gymnastique porte sur la course, le
qu'elle reçoit une saut, les lancers du disque et du javelot, et la
éducation proche de lutte.
celle des hommes.
Les jeunes filles n'ont pas accès à cette éducation et doivent se satisfaire
de l'apprentissage du travail de la laine et du tissage jusqu'à l'âge de quinze
ans environ, qui est généralement celui du mariage.
Sur le plan politique, des changements importants interviennent. A
Athènes, une réforme constitutionnelle datant du début du Vème siècle avant
l'ère chrétienne met fin à l'élection de l'archontat dont la fonction devient
simplement honorifique. Le rôle du stratège, toujours soumis à élection, s'en
trouve renforcé.
Des conflits entre les tenants de différents « partis » éclatent dans la cité.
Des membres influents de la famille des Alcméonides (puissante famille
originaire de Méssenie) tels que l'archonte Mégaclès ou le général Xanthippe
(père de Périclès) ou des partisans de la tyrannie, ou encore le gouverneur
Hipparque, sont ostracisés. Le général Aristide, bien qu'il se soit couvert de
gloire à la bataille de Marathon, est également ostracisé à la demande de
Thémistocle, chef du parti démocratique. Ce dernier, accusé de vol de
deniers publics, est lui-même frappé d'ostracisme en 471 ; Cimon, auquel on
reproche l'échec de sa politique extérieure, est victime de la même mesure en
461.
L'ostracisme, institué par Clisthène, consiste en un bannissement
temporaire d'une personne dont on craint la trop grande popularité, ou qui est
jugée dangereuse pour la sécurité et l'équilibre de la cité. Il n'a rien
d'infamant, et la victime d'une telle mesure d'éloignement conserve la
propriété de ses biens.
Ephialtre, l'ami de Périclès, fait voter en 462 une réforme démocratique
qui confie l'essentiel des pouvoirs politiques et judiciaires à l'Assemblée du
peuple et au Conseil des Cinq Cents, au détriment du conseil aristocratique
de l'Aréopage. Les aristocrates le feront assassiner cinq ans plus tard pour
avoir pris cette initiative.
28
L'exercice des droits politiques est réservé à tout homme né de père et de
mère athéniens. Seul le citoyen athénien peut prendre part aux assemblées,
être élu membre du Conseil qui a la responsabilité d'édicter les lois, ou
magistrat civil, militaire ou religieux. L'étranger (métèque) n'a aucun
pouvoir, quelle que soit sa situation sociale.
La vie sociale est intense à Athènes. Les habitants de la ville - de toute
condition sociale - se rencontrent sur l'agora, vont au théâtre voir les pièces
d'Eschyle ou d'Euripide, célèbrent les fêtes de Dyonisos, participent à des
parties de chasse et fréquentent les gymnases. Toutes ces activités sont
autant d'occasions de s'entretenir des problèmes importants qui se posent à la
cité, et d'échanger des opinions sur tous les sujets de préoccupation.
En 461, Périclès est chargé du gouvernement. Il base sa politique sur la
démocratie. Afin de permettre aux citoyens sans fortune d'accéder aux
charges publiques, il institue une indemnité de fonction. Jusqu'alors, ces
charges officielles étaient remplies à titre bénévole, et donc seules les
familles riches pouvaient prétendre à de telles fonctions.
Si la démocratie fait des progrès, l'intolérance religieuse demeure. Vers
435-430, une loi est promulguée à Athènes en vertu de laquelle toute
personne qui proclame des croyances contraires à la religion traditionnelle
sera incriminée d'impiété et ostracisée. Anaxagore, le fondateur du théisme
philosophique, est l'une des premières victimes de cette nouvelle législation.
Sparte maintient son mode de vie austère et la rigidité de son système social.
Autant Athènes cherche à promouvoir les arts, autant Sparte interdit toute
forme d'art, comme elle bannit l'or et le luxe. Les vertus telles que le courage
ou la discipline collective sont célébrées, et les penseurs du monde grec
admirent cette civilisation pleine de moralité. Cependant, la réalité est
quelque peu différente de cette image flatteuse. D'une part, l'or perse est
déversé en abondance à Sparte pour encourager et aider le royaume dans ses
guerres contre Athènes ; d'autre part, les disparités sociales s'accentuent
parmi les citoyens spartiates qui se veulent pourtant des « Egaux ». La
possession des terres se concentre entre un nombre de plus en plus réduit de
familles, et de nombreux paysans ne peuvent plus payer leurs contributions à
l'Etat ; ils perdent de ce fait leurs droits civiques. Appauvris et devenus sans
ressources, un nombre grandissant de spartiates s'engage en qualité de
mercenaires dans l'armée perse qui lutte contre la Grèce, puis plus tard dans
celle d'Alexandre le Grand.
La fin du Vème siècle est perturbée à Athènes par des bouleversements
constitutionnels successifs. La démocratie est remplacée par l'oligarchie
(411). Le gouvernement est assuré par un conseil de quatre cents membres,
et le nombre des citoyens admis à exercer leurs droits civiques est ramené à
cinq mille. Mais l'armée et la marine s'opposent immédiatement à cette
politique, et l'oligarchie est remplacée par la constitution de Théramène, plus
29
mesurée. Le Conseil des Quatre cents est dissous, et le pouvoir est placé
entre les mains des cinq mille familles.
Mais le système ne fonctionne pas, et dès le mois de juillet 410, la
constitution de Théramène est abolie et l'ancien Conseil des Cinq Cents est
rétabli.
Les guerres permanentes auxquelles se livre Autres faits marquants : Athènes mettent à mal ses finances. En 354, la
en 315, le gouverneur banqueroute la menace.
Cassandre ordonne au Une réforme administrative doit être mise en pythagoricien œuvre pour éviter d'en arriver à cette extrémité.
Démétrios de Phalère Afin de renforcer le pouvoir de l'Aréopage -
de réaliser le premier tribunal suprême et principal corps politique
recensement de la d'Athènes composé de trente-et-un membres -, le
population d’Athènes : grand orateur Isocrate propose de modifier la
il y dénombre 21 000 constitution démocratique.
citoyens. En 430, une catastrophe s'abat sur la Grèce :
L'art culinaire venue de l'Orient, une épidé-mie de peste s'abat
commence à intéresser d'abord sur les équipages des bateaux puis sur
certains Grecs. Le Athènes. En l'espace de deux ans, un tiers de la
syracusain Mithékos population de l'Attique est victime de la
confectionne un maladie ; Périclès - qui a constamment été réélu
répertoire - le premier stratège depuis 443 - est accusé
du genre – qui recense d'enrichissement personnel en ayant puisé dans
tous les plats de la les fonds publics. Le célèbre homme d'Etat,
Grèce et de la Grande protecteur des arts et des lettres, doit accepter le
Grèce (Italie du Sud et déshonneur de la destitution (430 avant J.C.). Il
Sicile). ne s'en remet pas et décède en 429.

ROME

La lutte des classes

Rome est le théâtre d'une lutte des classes dès le début du Vème siècle
avant l'ère chrétienne. Les riches familles plébéiennes, soutenues par les
nombreux petits paysans endettés, s'opposent au patriarcat et réclament d'être
associées aux fonctions sacerdotales ou municipales. Les plébéiens font
sécession et se retirent en arme sur le mont Sacré (l'Aventin). A la suite de
cette manifestation, les patriciens finissent par consentir à l'institution de
conciles de la plèbe que président deux tribuns dont la fonction est créée à
cette occasion. Les plébéiens obtiennent, en temps de paix, le droit de
défense et le droit de s'opposer aux décisions des magistrats. Ces
prérogatives disparaissent en cas de guerre.
30
La querelle entre le patriarcat et les Les XII Tables
plébéiens qui perdure amène le pouvoir à comportent aussi vingt-
retoucher le droit, et à réduire l’inégalité entre deux dispositions
les deux classes de citoyens. La promulgation d’ordre économique.
des XII Tables (vers 450 avant J.C.) qui forment L’une d’elles impose
la base du droit de l’Etat, assure l’égalité des un plafond aux taux
citoyens en matière de droit civil et pénal, et d’intérêt, mais les
offre des garanties contre l’application opinions diffèrent sur
ancestrale du droit coutumier sans lesquelles la valeur de ce plafond.
cette égalité ne pourrait s'appliquer. Selon les uns il serait
Les plébéiens, et notamment les petits de 12 % l’an, selon les
paysans victimes des guerres et des razzias, et autres il ne serait que
exposés à la servitude en cas d'insolvabilité, de 8,33 %, soit un
demandent vainement le partage des terres douzième du capital.
prises à l'ennemi. Mais le Sénat s'y refuse.
Cependant, la loi ne permet pas encore le mariage entre patriciens et
plébéiens. Il faut attendre l’année 445 pour que le tribun Canuleius fasse
adopter une loi autorisant ces alliances. A la même époque, les patriciens
comme les plébéiens sont soumis à un service militaire. Les affectations
dépendent de la fortune de chacun car le combattant doit fournir son propre
équipement. Les nobles forment la cavalerie ; l'infanterie lourde composée
par les hoplites pesamment équipés de cuirasses, de glaives, de lances et de
boucliers, est dévolue aux paysans fortunés ; l'infanterie légère est réservée
aux citoyens les moins aisés.
En temps de guerre, des tribuns militaires qui jouissent provisoirement de
l'autorité des consuls, peuvent se substituer à ces derniers. Les plébéiens
peuvent postuler à cette fonction.
En 421, Rome établit la préture. La fonction du préteur - le deuxième
personnage de l'Etat - est d'abord de rendre la justice. Puis son rôle s'élargit ;
il acquiert un pouvoir législatif lorsqu'il se met à rendre des édits par
lesquels il indique, lors de sa prise de fonction, dans quel esprit et selon
quelles règles il entend juger. Le rassemblement de ces édits constitue le
droit prétorien.
A la même date, la fonction de questeur - magistrat chargé de la collecte
des impôts et de la gestion du trésor public - est ouverte aux plébéiens.
En 367, Rome institue deux consuls, dont l'un est obligatoirement
plébéien. Dès son élection, le tribun plébéien Licinius Solon fait compléter
les XII Tables. Les lois liciniennes permettent l'accès de tous au consulat. Par
ailleurs, les nouvelles dispositions accordent aux débiteurs insolvables la
rémission des dettes et un moratoire de trois ans pour rembourser le capital
emprunté. Toutefois, le créancier peut toujours - en certaines circonstances -
se saisir du débiteur insolvable, le mettre en prison, le vendre comme
esclave, ou même le mettre à mort ! Il faudra attendre l'année 326 et la loi
31
Poetelia Papiria pour que la mise à mort du débiteur insolvable soit
interdite.
A la fin du IVème siècle, de grands travaux sont entrepris à Rome sous
l'impulsion du censeur Claudius Appius. La construction de la Via Appia qui
va de Rome à Capoue commence en 312, de même que celle de l'Aqua
Claudia (ou Aqua Appia), le plus important système d'adduction d'eau
romain réalisé jusqu'alors. Long d'environ seize kilomètres, il comporte un
aqueduc de quatre-vingt dix mètres, le reste du système étant construit sur le
sol ou légèrement enterré. Ce dernier équipement apporte une amélioration
considérable dans la vie quotidienne romaine car avant sa réalisation, les
Romains ne disposaient que de l'eau du Tibre, rare l'été, et souvent polluée le
reste de l'année, et des quelques sources réparties dans la ville. Pour pallier
cet inconvénient majeur, la population était contrainte de récolter et de
stocker l'eau de pluie dans des citernes.

Autres faits marquants :

Par les traités d'alliance qu'elle conclut avec les Latins et les Herniques
(un peuple du Latium) en 493 avant J.C., Rome accorde à ces derniers des
garanties pour leur activité commerciale, et permet le mariage entre Romains
et Latins.
Les hauts fonctionnaires de l'Etat sont élus par les comices centuriates qui
ont par ailleurs des attributions capitales : l'adoption des lois votées par le
Sénat, l'octroi du droit de cité et les décisions de déclaration de guerre ou de
paix.
Le droit grec intéresse les Romains. Une délégation se rend à Athènes
pour l'étudier vers le milieu du Vème siècle.
Rome est victime de troubles et de famine vers l'année 430 avant notre
ère. A la faveur de ces troubles, Lucius Quintius Cincinnatus devient
dictateur.
Des terres émanant du domaine de l'Etat - domaine pour l'essentiel
constitué lors des conquêtes militaires - sont partiellement distribuées aux
paysans (vers 360 avant J.C.), mais il est interdit à une famille de posséder
plus de cent vingt-cinq hectares de terres de cette provenance.
Vers 350 ans avant l'ère chrétienne, l'Etat romain joue un rôle de
banquier : une loi l'autorise à faire des prêts aux particuliers.

EGYPTE
Alexandre le Grand devenu roi de la Basse et de la Haute Egypte en 332,
transforme l'organisation administrative imposé au royaume par les Perses à
la suite de leur conquête dix années auparavant. Le système centralisateur
perse est remplacé par une administration décentralisée. Le pouvoir civil est
dissocié du pouvoir militaire, et la gestion du pays est assurée par deux
32
administrateurs égyptiens, l'un ayant en charge la Basse Egypte, et l'autre la
Haute Egypte.
Dès qu'il s'est proclamé roi d'Egypte (306 avant J.C.) après la mort
d'Alexandre le Grand et le partage de son empire entre ses généraux,
Ptolémée Ier décide de fonder une cité de la connaissance à Alexandrie. Sur
les conseils de Démétrios de Phalère, orateur et disciple d'Aristote, il fonde
le Musée et la Bibliothèque. Le Musée est à la fois le sanctuaire des Muses,
et un centre de recherches qui héberge des savants de toutes disciplines, des
philosophes et des poètes de grande renommée. Les conditions matérielles
exceptionnellement bonnes et la libéralité du roi les incitent à venir y
travailler. Ils vivent en communauté, prennent leurs repas ensemble, et n'ont
aucun contact avec la vie extérieure. On peut s'interroger sur l'opportunité de
ce confinement qui exclut tout échange avec le monde réel et conduit
progressivement les savants à consacrer tout leur temps et leur talent à des
questions secondaires, voire à « tourner en rond » sans rien apporter
d'important à la société. Ils ont à leur libre disposition la Bibliothèque qui
s'enrichit très vite d'un grand nombre de manuscrits grâce à une pratique
pour le moins originale : tous les bateaux qui accostent à Alexandrie doivent
remettre à la Bibliothèque tous les manuscrits qu'ils transportent. Ceux-ci
sont recopiés, et les bateaux repartent avec les copies.

EUROPE CENTRALE ET OCCIDENTALE
Au Vème siècle, l'implantation des tribus Celtes s'opère progressivement
en Gaule, dans les îles Britanniques et en Espagne. Vers 450 avant notre ère,
Hérodote évoque dans ses écrits les Celtibères d'Espagne. Vers 400, des
tribus s'installent en Italie du nord, dans la vallée du Pô et sur la côte de
l'Adriatique avant de se diriger vers Rome. D'autres tribus se dirigent vers
l'est et s'installent en Thrace et sur les bords de la mer Noire.
Des sépultures datées du début du Vème siècle avant l'ère chrétienne
contiennent des chars de combat légers. Ces chars ne possèdent que deux
roues (tombe de Glauberg dans le land de Hesse, Allemagne) contrairement
aux chars de parade de la période hallstattienne qui en avaient quatre, à
l'exemple de la tombe « princière » de Hochdorf dans le Jura souabe
(Allemagne). Elles révèlent la constitution d'une nouvelle aristocratie
guerrière dont la femme n'est pas exclue puisque des tombes à chars
féminines existent, même si elles sont minoritaires. Cela montre le rôle
politique grandissant joué par la femme dans la société celte des Vème et
IVème siècles avant l'ère chrétienne. A Bucy-le-Long, dans le département
de l'Aisne, toutes les tombes à char sont féminines.
Vers 330 avant J.C., un grec de Massalia du nom de Pythéas entreprend
un périple maritime à destination du Grand Nord. Il parvient jusqu'à une île
qu'il dénomme Thulé, et qui est peut-être l'Islande, mais plus
33
vraisemblablement l'une des îles Féroé. Il consigne le récit de son voyage
dans deux ouvrages, Sur l'Océan et Description de la terre.

INDE
Au début du Vème siècle, la métallurgie du fer apparaît dans la vallée du
Gange tandis que les centres urbains se développent.
Les premières monnaies sont mises en circulation à la même époque. A la
fin du IVème siècle de l'ère préchrétienne, le souverain Tchandragoupta
réorganise l'administration de son royaume. Chaque année, un recensement
dénombre la population urbaine et rurale, et inventorie sa fortune.
Les terres sont la propriété de la Maison du roi, et sont affermées aux
paysans moyennant un impôt et la livraison du quart des récoltes. Les
artisans et les commerçants doivent obtenir une autorisation du représentant
régional de l'Etat pour s'installer, et sont soumis à une taxe sur le chiffre
d'affaires. Les prix pratiqués par les artisans et les commerçants sont
surveillés, de même que les poids et les mesures.
Le rôle de l'Etat ne se limite pas à ce contrôle. Il a aussi une action en
matière d'aménagement du territoire puisqu'il organise le peuplement des
régions sous-peuplées, programme la construction des routes, planifie les
mises en culture et organise l'entretien des canaux et des écluses. L'Inde
possède donc une économie essentiellement réglementée et planifiée.

AMERIQUE
Dans la vallée de Oaxaca au centre du Mexique actuel, le groupe ethnique
des Zapotèques connaît une étape importante de son développement socio-
politique : la création d'un Etat dont la capitale est installée à Mont Alban
vers 500 ans avant notre ère. La ville enregistre rapidement une forte
croissance démographique et devient l'une des plus importantes cités de la
Mésoamérique du sud.
A partir de 400, le déclin du monde Olmèque a pour effet de favoriser
l'apparition de particularismes culturels régionaux qui vont se développer
progressivement jusqu'à la fin du premier millénaire de l'ère chrétienne.

DU IIIème AU Ier SIÈCLE AVANT J.C.

ROME

L'ère des grands travaux

Les IIIème et IIème siècles sont une période de grands travaux.
L'aqueduc « Anio vetus » est construit à partir de 272 pour alimenter Rome
en eau ; en 144 l'aqueduc Marcia vient compléter le système d'adduction
d'eau de la ville. La construction de ces aqueducs est rendue possible par
34
l'utilisation de la technique de l'arche ou de l'arc en plein cintre peu connue
jusqu'alors. Des voies romaines s'édifient pour faciliter l'accès aux territoires
conquis et au nord de l'Italie. En 241 commence la construction de la Via
Aurelia qui va d'abord de Rome à Pise ; elle sera prolongée en direction de
Cadix à partir de 120 (Via Domitia). En 220 est inaugurée la Via Flaminia
qui conduit de Rome à Rimini ; elle est prolongée à partir de 187 par la Via
Aemilia qui va jusqu'à Plaisance. Pour faciliter la circulation dans une ville
qui s'étend, les principales rues de Rome sont pavées à partir de 174, le pont
Aemilius est construit en 142, et le pont Milvius vient s'y ajouter en 109.

L'économie profite de l'apport des esclaves

En 287, la plèbe romaine fait sécession et se retire sur le mont Janicule.
Pour les faire revenir dans la cité, le consul Quintus Hortensius édicte les
« lois hortensiennes » qui leur sont favorables.
Aux IIIème et IIème siècles avant l'ère chrétienne, les esclaves jouent un
rôle prépondérant dans l'économie romaine. Mais d'où viennent les
esclaves ? Lors des guerres de conquêtes, l'armée victorieuse ramène dans
son butin de nombreux prisonniers qui sont réduits en esclavage et vendus.
Mais ce n’est pas la seule origine des
L’abondance esclaves. Les marins capturés en mer par des
d’esclaves érudits pirates, les victimes des razzias de trafiquants,
conduit les autorités à ou encore les enfants vendus par des parents
créer des écoles dans la misère constituent aussi une importante
grecques à Rome vers partie de cette population. Le nombre des
168 avant notre ère. esclaves est difficile à cerner, aucune statistique
Nombreux sont en effet n'existant à leur sujet. Selon certains auteurs, ils
les prisonniers de seraient deux millions dans une population
guerre instruits et bons totale de six millions d'habitants.
pédagogues. Contrairement à une idée reçue, leurs
L’enseignement des fonctions sont très diverses et leur sort n'est pas
jeunes Romains leur est toujours misérable. Certes, le plus grand
confié. Parmi les nombre d'entre-eux est employé aux tâches les
enseignants figure un plus pénibles et les plus ingrates à la mine et
temps Polype, historien surtout dans l'agriculture car la paysannerie s'est
achéen déporté à Rome dépeuplée, les agriculteurs fournissant
après la défaite l'essentiel des recrues des légions romaines.
macédonienne de Les conditions de vie de ceux-ci sont très
Pydna (167 avant J.C.) rudes. S’ils appartiennent à un propriétaire d’un
et devenu l'ami de grand domaine, ils travaillent en équipes, ne
Scipion l'Africain. possèdent aucune famille et logent dans
d’étroites cellules situées dans des sortes de

35
casernes. Ils ne peuvent naturellement pas sortir du domaine, et le surveillant
- généralement un esclave « contremaître » - vérifie chaque soir que chacun
est bien dans sa cellule.
Ces conditions à la limite de l'inhumain conduisent d'ailleurs à des
révoltes qui sont de véritables guerres civiles. La première fomentée par
l'esclave syrien Eunus débute en Sicile en 135 ; forte de 200 000 hommes
selon des témoignages, l'armée des esclaves dévaste les grands domaines
siciliens. Cette première « guerre servile » n'est matée que trois ans plus tard.
La deuxième révolte, de moindre ampleur mais d'une même durée, va de 104
à 101, toujours en Sicile.
Un petit nombre d'esclaves-agriculteurs a cependant le privilège de
recevoir un lopin de terre à cultiver pour ses propres besoins.
D'autres esclaves ont un sort plus enviable.
Sans avoir une vie de citoyen libre, les « esclaves-gestionnaires » mènent
une existence relativement indépendante. Ils occupent des fonctions
d'artisan, de négociant et leur maître leur donne la responsabilité d'un atelier
ou d'un petit commerce. Ils logent soit chez leur maître, soit dans un
appartement indépendant où ils vivent avec une concubine - le mariage leur
est interdit -, et il leur est permis d'avoir des enfants. Dans d'assez nombreux
cas, l'esclave-gestionnaire reçoit de son maître un pécule dont il peut
disposer librement.
Les domestiques des familles romaines sont pour une moitié environ des
esclaves, et pour l'autre moitié des affranchis ; l'enseignement des enfants de
ces familles est généralement confié à des esclaves, y compris dans les
catégories sociales les plus élevées. Les fonctionnaires eux-mêmes sont très
souvent des esclaves.
Mais où qu'ils soient, les esclaves peuvent être soumis à des châtiments
corporels, et sont fréquemment l'objet d'abus sexuels de la part de leurs
maîtres.
Dans les villes, il est habituel que les maîtres affranchissent leurs
esclaves. Quand la liberté leur est rendue, ils prennent le statut de leur ancien
maître. Ainsi, de nombreux anciens esclaves sont devenus des citoyens
romains. Les affranchis sont d'ailleurs tellement nombreux à Rome qu'ils
sont inscrits dans une seule tribu urbaine afin de diminuer leur poids
électoral.

Des fêtes et des jeux

Le premier combat de gladiateurs a lieu à Rome en 264 avant l'ère
chrétienne, à l'occasion des funérailles de Junius Brutus. De tels combats
étaient habituels en Lucanie, en Etrurie ou en Campanie lors de cérémonies
funéraires comme le montrent les tombes peintes de Paestum représentant
des duels gladiatoriaux. La coutume voulait même que des banquets soient
36
« égayés » par des combats souvent mortels, les combattants ensanglantés
s'effondrant sur les tables des convives... A Rome, les spectacles de
gladiateurs combattant se généralisent vers 240 avant J.C. Les combattants
sont des criminels condamnés, des esclaves, ou des prisonniers de guerre que
l'on oblige à combattre ou qui sont volontaires ; tous reçoivent une formation
dispensée dans une école de gladiateurs. Ceux-ci sont loués à des
organisateurs de combats. Les spectacles de combats sont très prisés de
toutes les catégories sociales au point que certains romains fortunés font
décorer leurs maisons de mosaïques représentant de tels combats.
Les fêtes occupent une place de choix dans la vie romaine. Les Saturnales
créées en 217 sont l'une des plus importantes d'entre-elles. A l'occasion de
cette cérémonie en l'honneur du dieu Saturne qui a lieu le 17 décembre, les
écoliers jouissent de cinq jours de vacances, de même que les esclaves qui,
de surcroît, sont servis par leurs maîtres. Un grand banquet est servi par
l'Etat à son peuple ; les gens s'offrent des cadeaux : des poupées pour les
petites filles, des bijoux ou d'autres objets pour les adultes.
Les « Jeux romains » (Ludi Romani) voient le jour en 214 ; ils durent
d'abord quatre jours, au mois de septembre, et comportent des
représentations théâtrales données en l'honneur des dieux. A partir de 191
avant l'ère chrétienne, leur durée est de dix jours. Ces Jeux sont supprimés
en 171 avant J.C.
La « Grande Mère » (Cybèle) se fête à partir de 204 ; des représentations
théâtrales sont données à cette occasion.
A partir de 200 viennent s'ajouter à ces fêtes les Ludi Plebei ; la
responsabilité de ces jeux à caractère théâtral est confiée au gens de la plèbe.
Les fêtes religieuses ne sont pas exemptes de débordements. En
particulier, les Bacchanales en l'honneur du culte de Dyonisos-Bacchus
donnent lieu à des orgies et à des meurtres rituels au point que le Sénat doit
les interdire et faire condamner plusieurs milliers de personnes, dont
certaines à mort, parmi lesquelles des sénateurs... Et le culte de Dyonisos est
interdit dans toute l'Italie.
Mais le goût des Romains pour les fêtes demeure vivace. Les Jeux
Romains (ludi romani) supprimés en 171 sont rétablis. Ils sont célébrés en
l'honneur des dieux du Capitole et s'étalent sur quinze jours pendant lesquels
des représentations de pièces de théâtre romaines ou grecques dans tous les
quartiers de la ville s'ajoutent aux combats de gladiateurs.

Une loi agraire pour combattre les abus de l'aristocratie

Le tribun de la plèbe Tiberius Sempronius Gracchus se révolte contre
l'avidité de l'aristocratie romaine qui s'approprie les terres conquises sur
l'ennemi, et contre le fait que de vastes terrains restent en friche (133 avant
J.C.). Il intervient au Sénat pour que l'on procède à une réforme agraire
37
comprenant deux parties. D'une part, il demande que l'on redonne vie à une
ancienne loi tombée dans l'oubli selon laquelle aucun citoyen ne peut
exploiter plus de cent vingt-cinq hectares. D'autre part, il veut imposer que
les terres en excédent indûment exploitées soient distribuées aux citoyens
romains nécessiteux, les nouvelles fermes ainsi créées étant inaliénables afin
d'éviter qu'elles soient rachetées par les grands propriétaires. T. Sempronius
Gracchus reçoit le soutien de beaucoup de Romains, mais le Sénat et les
propriétaires exploitants s'élèvent contre la volonté du tribun. En 132, il est
assassiné au Sénat et son corps est jeté dans le Tibre. Beaucoup de ses
partisans sont tués le même jour ou dans les mois qui suivent, mais la loi
agraire est cependant appliquée, et de nombreux nouveaux paysans
s'installent sur les terres confisquées aux grands propriétaires.
Caïus Sempronius Gracchus devient tribun de la plèbe (123 avant J.C.) et
reprend les idées de son frère assassiné Tibérius. La redistribution des terres
un moment interrompue reprend. Mais c'est un autre événement qui
provoque sa perte. Son parti fait voter une loi qui accorde aux Latins les
mêmes droits que ceux dont bénéficient les Romains. Ces derniers
s'opposent à cette loi et refusent de la ratifier. En 121, à la suite d'un
assassinat dont la responsabilité est attribuée à Caïus, le tribun Opimius
déclenche la guerre civile en s'appuyant sur des archers crétois présents dans
la ville. Caïus et ses partisans se retirent sur l'Aventin, mais une partie de ses
hommes est massacrée sur la colline. Caïus parvient à fuir vers le Trastevère
où il se fait donner la mort par l'un de ses esclaves.
La loi qui rendait inaliénables les terres distribuées aux paysans indigents
est abolie.
Le sort des paysans demeure incertain. Ils sont enrôlés de force dans
l'armée dont ils constituent la plus grande partie de l'effectif, et la longueur
des campagnes militaires condamnent leurs terres à tomber en friche. Les
grands propriétaires - bien souvent sénateurs - en profitent pour s'approprier
sans scrupule ces terres comme ils s'attribuent des terres que l'Etat a
confisquées aux ennemis vaincus. De retour d'expéditions lointaines, ces
pauvres gens s'assemblent à Rome et, faute de mieux, se mettent au service
de tel ou tel homme politique. Mais ils créent un climat d'insécurité dans la
ville, ce qui incite les chefs politiques à légiférer pour que des terres leur
soient attribuées. Sylla et César notamment s'efforcent d'imposer cette
politique.

L'évolution du droit

La conception du droit romain évolue beaucoup grâce aux juristes du
cercle des Scipion. D'une part, il est fait une distinction entre le droit du
citoyen et le droit de la nation. D'autre part, l'établissement des règles du
droit est confié à la jurisprudence ; l'arsenal juridique se constitue donc
38
progressivement et pragmatiquement à partir des jugements rendus sur des
cas divers.
En 18 avant notre ère, Auguste édicte la « Leges Juliae » qui comporte
deux dispositions importantes. D'une part, l'adultère devient un délit
condamnable, et d'autre part, les sénateurs se voient interdire le mariage avec
des affranchies. Un mari qui découvre que son épouse a un amant doit
divorcer dans un délai de soixante jours. S'il ne respecte pas la loi, il risque
une condamnation pour proxénétisme. Quant à l'épouse adultère, elle perd en
principe la moitié de sa dot et risque de se trouver déportée sur une île ; elle
ne peut se remarier avec un citoyen romain. Mais il semble que cette loi soit
peu appliquée car le nombre d'adultères connus et non sanctionnés est
important.

Autres faits marquants

En 97 avant l'ère chrétienne, un sénatus-consulte interdit la pratique fort
courante des sacrifices humains lors des cérémonies religieuses.
En 70 naît Mécène, homme politique qui négociera la paix de Brindes
pour le compte d'Octave, et surtout grand protecteur des arts et des lettres qui
aidera Virgile, Horace, Properce et bien d'autres. Son nom est passé dans le
langage courant.
Dès qu'il est nommé « impérator » et qu'il dispose de la puissance
tribunitienne (45 avant J.C.), César édicte une loi qui écourte la durée des
gouvernements provinciaux.
Il fait distribuer des terres aux vétérans des armées en Italie et dans les
provinces extérieures, ce qui permet la fondation de villes et le repeuplement
de beaucoup d'autres (Carthage, Corinthe, Arles...).
La médecine romaine est tout entière entre les mains des Grecs.
Césars'inquiète de cet état de fait et en 46, il accorde la citoyenneté romaine
aux médecins étrangers avec l'espoir qu'ils viennent nombreux à Rome. Ce
but est atteint et la médecine privée progresse à Rome, mais toute médaille a
son revers, et cette politique contre toute attente dissuade les Romains de
s'intéresser à cet art.
En l'an 8, un recensement de la population dénombre 4 233 000 citoyens
romains, et la ville de Rome abrite près d'un million d'habitants.
Cette population doit être logée ; or la place manque à Rome. Les
immeubles d'habitation doivent donc gagner de la hauteur, et comptent cinq
à six étages hors des quartiers les plus « chics ». Mais il s'agit de
constructions fragiles victimes d'effondrements ou d’incendies fréquents.
Les étages bas sont recherchés par les familles les plus aisées, et les étages
supérieurs accueillent les ménages les moins fortunés. Au rez-de-chaussée,
le loyer au temps de César est de 30 000 sesterces, soit environ 24 390 euros.
39
En 7 avant J.C. la ville de Rome est divisée en quatorze quartiers
administratifs.

GAULE
En Armorique, dès le début du IIIème siècle avant l'ère chrétienne,
apparaissent les fermes fortifiées. Il s'agit d'abord de fermes simplement
délimitées par un petit rempart aux accès défendus par des tours (Paule, dans
les Côtes d'Armor ; Inguiniel, dans le Morbihan...). Puis certaines fermes se
transforment en réelles forteresses retranchée derrière des remparts et de
profonds fossés (Site de Paule). Ces fermes organisent un commerce lointain
puisque, malgré leur distance éloignée de la mer et des ports, elles font venir
de grandes quantités de vin italien.
Dans le nord de la Gaule, les paysans vivent dans des villages d'une
dizaine de maisons. Celles-ci sont construites en bois et en torchis et
recouvertes de chaume. Près des maisons sont bâtis des hangars, des étables
et des greniers. Contrairement aux fermes du centre-Bretagne, aucun rempart
ne protège le village comme en témoigne la bourgade d'Acy-Romance
(Ardennes) occupée par la tribu celte des Rèmes vers 150 avant l'ère
préchrétienne.
Dans cette région, les maisons sont régulièrement reconstruites. A chaque
génération - tous les vingt-cinq ans environ - elles sont démontées ; les
charpentes et les poteaux en bon état sont réutilisés, procédé facilité par la
technique de construction à base de tenons et de mortaises.
Les cimetières se trouvent à côté de la bourgade et sont délimités par un
fossé parfois surplombé d'une palissade. Les morts sont brûlés avec leurs
offrandes (bijoux, armes, poteries...) qu'ils emportent dans leurs tombes.

Paris aurait-elle été fondée à ... Nanterre ?

Vers 250 se situe l'installation du peuple gaulois des "Parisii" dans l'île de
Lutèce (île de la Cité). C'est en tout cas l'hypothèse la plus communément
admise jusqu'en 2003 par les historiens. Mais de récentes découvertes
archéologiques tendent à situer la capitale des Parisii non plus dans la petite
île de la Seine, mais sur le plateau de Nanterre (ville-préfecture des Hauts-
de-Seine), bien plus vaste et plus facilement défendable. Un habitat gaulois
datant du IIème siècle avant notre ère mis à jour à cet endroit, une nécropole
avec plusieurs tombes guerrières, les objets artisanaux (outils) et de
décoration (fibules, bracelets, pièces en or : les Parisii sont réputés pour leurs
fabrications en or) trouvés en ce lieu tendent à conforter l'hypothèse selon
laquelle Nanterre serait le véritable site de la Lutèce préromaine. Cette
Lutèce aurait été détruite sur l'ordre de César en 52 avant l'ère chrétienne par
les légions romaines commandées par Labénius. La Lutèce de l'île de la Cité
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n'aurait ainsi connu son développement et sa notoriété qu'après la conquête
romaine.

La société gauloise

Avant la conquête de la Gaule par les Romains, il n'existe pas de
« nation » celte à proprement parler. Les Celtes ont toujours ignoré la notion
d'Etat, aucune unité politique ne les a rassemblés. Les tribus occupent
chacune leur territoire, sont tantôt alliées, et tantôt adversaires quand elles
estiment leur espace trop restreint. A l'époque de la conquête romaine,
certaines tribus sont gouvernées par un roi élu par les membres de la
noblesse, d'autres - les Eduens par exemple - sont dirigées par un vergobret,
sorte de dictateur et de juge suprême choisi tous les ans par les druides ou les
nobles. Ce vergobret dispose du pouvoir exécutif et est assisté par un
« Conseil des Anciens ».

Jusqu'au IIème siècle de l'ère préchrétienne, les tribus gauloises
n'occupaient que des « villes ouvertes », sans fortifications, ou alors très
modestes quand elles existaient. Au 1er siècle, elles sont installées dans de
vastes « oppida », des places fortes couvrant souvent une centaine d'hectares
et parfois davantage - 170 hectares pour l'oppidum du Fossé des Pandours au
col de Saverne - entourées de fortes murailles de pierres, de bois et de terre.
Les pouvoirs politiques et religieux y sont établis.
Le centre économique s'y trouve aussi puisqu'on y frappe les premières
monnaies gauloises, et l'on y remarque des comptoirs de commerce et des
ateliers. L'habitat se compose essentiellement de chaumières rustiques. Ainsi
à Bibracte, elles sont construites soit en bois, soit en pierres sèches liées par
de la terre argileuse, et les montants des ouvertures ainsi que les angles sont
en pierres de taille. Les toitures sont généralement en paille.

La société celte est organisée en trois classes ; la plus élevée est
constituée par la noblesse militaire, la deuxième dont les pouvoirs sont
équivalents à la précédente est formée par le clergé (druides, bardes). La
troisième classe est composée des « producteurs » : artisans, paysans libres.
Ces derniers se lient à un noble par des relations de vassalité ; en échange de
sa protection, ils constituent l'armée du noble chargée des campagnes
militaires contre les tribus rivales, ou des raids pour s'emparer des troupeaux
des communautés voisines. Cette vassalité s'étend aussi au domaine
économique. Les nobles louent aux paysans des troupeaux moyennant la
fourniture de corvées et de denrées alimentaires. La puissance du noble se
mesure au nombre de vassaux qu'il peut réunir, et de l'importance de la
troupe qu'il peut constituer.

41
Les transformations de la Gaule romaine

Après la mainmise de Rome sur la Gaule, la transformation du pays est
rapide. Des villes nouvelles se créent, et des voies de communication sont
établies.
Dès 49, César réalise le port artificiel de Fréjus pour supplanter
Marseille ; en 46, Colonia Arelate Sextanorum (Arles) est fondée pour
accueillir les vétérans de la 6ème légion. Le développement de la ville sera
rapide jusqu'à la fin du siècle. Lugdunum (Lyon) est créée en 43 et devient la
capitale des Gaules. Suivent les fondations de Nîmes (27 avant J.C.), Saintes
(20 avant J.C.), Vienne, Valence, Toulouse (vers 16-13 avant J.C.), et les
colonies de la Gaule narbonnaise (Apt, Avignon, Carpentras, Cavaillon).
Vers l'an 20 avant notre ère, Agrippa fait commencer la construction d'un
réseau routier dense. Elle durera un bon siècle. Une importante voie est créée
au départ d'Arles où elle se relie à la route qui va de Rome à l'Espagne. Elle
conduit à Lugdunum (Lyon) et Cabillonum (Châlons-sur-Saône) ; de là elle
se divise en deux branches. L'une passant par Autun, Auxerre, Sens,
Beauvais, Amiens, aboutit dans la région de Dunkerque. L'autre rejoint
Langres où elle se sépare en trois directions. De là, une voie passe par Toul
et Trèves pour arriver près de Cologne. La deuxième file vers Reims et se
termine à Bavay ; la troisième gagne Besançon et Nyon (Suisse). De Lyon,
une autre voie importante conduit à Bordeaux en passant par Clermont-
Ferrand, Limoges et Saintes. Un réseau de voies secondaires complète ce
réseau principal. Deux voies conduisent à Nantes au départ de Lyon ; l'une
longe la Loire et l'autre traverse le centre de la Gaule par Poitiers. De
Nantes, elles se prolongent vers Vannes, Quimper et Brest.
L'Armorique et la façade atlantique comprise entre la Loire et la Charente
sont des régions de forte production de sel. La cristallisation du sel provient
d'une saumure obtenue par filtrage du sable des plages ou des vases
ramassée aux heures de basse mer. Cette saumure est versée dans des
récipients en fine céramique - des godets sur les côtes de la Manche, et des
augets sur la côte sud de l'Armorique - qui sont ensuite placés sur de grands
fourneaux. Les unités de production sont espacées d'un kilomètre environ, et
produisent chacune plusieurs tonnes de sel annuellement. Cependant, cette
technique est abandonnée au profit des marais salants sous le règne
d'Auguste.
A la fin du siècle, deux procurateurs sont nommés en Gaule pour
percevoir l'impôt du vingtième sur les successions que doivent payer tous les
citoyens romains.

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CHINE
A la fin du IVème siècle et au début du IIIème avant notre ère - fin de
l'époque des Royaumes combattants - le négoce des métaux et des terres
enrichit toute une catégorie de marchands qui acquièrent une très grande
importance dans la société. La fortune qu'ils amassent par leur commerce est
souvent utilisée pour acheter des terres dont l'exploitation leur permet de
constituer des stocks de céréales qu'ils avancent ensuite aux princes dans
l'attente du prélèvement de l'impôt en nature sur les paysans. Cette pratique
de bonne politique ne fait qu'accroître leur pouvoir.
A la même époque, les peuples de nomades qui agressent les zones
frontalières de certains Etats (Yen, Tchao et Ts'in) conduisent le roi Tchao-
siang de Ts'in à édifier une muraille pour s'en protéger : c'est le début de
l'érection de ce qui sera plus tard la Grande Muraille de Chine. Les travaux
d'édification de cette longue muraille en terre sont poursuivis à la fin du
IIIème siècle par le roi Tchao-siang qui renforce ses dispositifs de défense.
Celui-ci modernise l'administration de tous les Etats qu'il contrôle en
installant dans chacun d'eux un centre administratif ; il entreprend par
ailleurs la construction d'un réseau de routes et de canaux pour développer
leur économie.
Dans le même but, il unifie les unités de poids et de mesures.
La justice est extrêmement sévère et ses rigueurs ne s'appliquent pas
qu'au criminel : la peine qui lui est infligée l'est aussi aux trois générations
suivantes de sa famille.
Vers 215-212, l'Empereur Che-houant-ti fait réunir toutes les archives des
Etats qu'il a conquis et fait brûler tous les textes qui s'écartent de la ligne
politique qu'il impose. Un exemplaire de tous ces écrits interdits est
cependant conservé dans la bibliothèque de l'Etat. Les érudits qui s'opposent
à lui risquent la mort : plus de quatre cents sont exécutés en quelques années.
La dynastie des Han qui vient au pouvoir vers 210 avant notre ère est tout
aussi autoritaire que celle des Tshin. Les titres de noblesse et la propriété des
terres appartiennent à la seule famille de l'Empereur, et toute autre
aristocratie, toute féodalité sont supprimées afin d'éviter toute tentation de
révolte contre le pouvoir central. Mais les propriétés impériales sont
nombreuses, et leur gestion doit être confiée à des fonctionnaires. Les plus
habiles et les plus cultivés de ces administrateurs constituent
progressivement une classe privilégiée dont l'importance politique et sociale
va croître et donner naissance à la caste des mandarins. Celle-ci devient
dominatrice dès le IIème siècle, et prend le pouvoir effectif à partir du Ier
siècle avant J.C. pour ne l'abandonner qu'au lendemain de la deuxième
guerre mondiale, en 1949.
L'Ecole Supérieure de Tch'ang-ngan, l'une des plus anciennes universités
du monde, est fondée dès le début du IIème siècle avant notre ère par la
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