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Islam et hérésies

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136 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1997
Lecture(s) : 318
EAN13 : 9782296350137
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ISLAM ET HÉRÉSIES

Collection Histoire et Perspectives Méditerranéennes dirigée par lean-Paul Chagnollaud
Dans le cadre de cette collection, créée en 1985, les éditions L'Harmattan se proposent de publier un ensemble de travaux concernant le monde méditerranéen des origines à nos jours.

Dernières parutions
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@ L'Harmattan, 1997 ISBN: 2-7384-5901-3

Haytham

MANNA

ISLAM ET HÉRÉSIES
L'obsession blasphématoire

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L'Harmattan Ine 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

INTRODUCTION
y a-t-il un lien entre l'assassinat de l'Imam Ali b. Abi Taleb, la mort tragique du moraliste Ibn al-Muqaffa, la crucifixion du mystique alHallaj et l'assassinat de l'écrivain Faraj Fodah? C'est peut-être le souci de répondre à cette question qui a donné le titre de ce livre. On a parfois l'impression qu'à l'intérieur comme à l'extérieur de la religion, l'homme a, individuellement ou en groupe, consciemment ou inconsciemment, souvent cherché à déterminer les frontières de l'interdit (haram) en terre d'Islam. Ce qui lui a conféré, contrairement à toute apparence, trop d'autorité chaque fois qu'il s'est trouvé dans un rapport de force favorable. Et il a suffit de déguiser cette autorité par le religieux pour faire taire ses adversaires désignés comme l'ennemi de l'Islam. L'Islam a séparé d'une façon irrévocable le divin de l'humain, il a réfuté l'idée chrétienne de Jésus et déclaré tout prophète être humain comme les autres "bashar mithlakum". Cette séparation a permis aux différentes écoles islamiques d'élaborer une distinction entre l'action de l'homme et la volonté de Dieu. Si I'homme est honoré par Dieu, son âme est considérée comme ordonnatrice du mal. Par conséquence, le Coran se méfie de I'homme en tout ce qui concerne la croyance: question extrêmement sacrée pour être confiée à I'homme, elle est considérée comme une volonté divine: "Si Dieu voulait, tous les Hommes de la terre croiraient. Veux tu contraindre les Hommes à devenir croyants? Comment une âme pourrait-elle croire sans la volonté d'Allah" (Coran, X, 99-100). Et ensuite la croyance est considérée comme un choix individuel: "Que celui qui veut croire croie et que celui qui veut renier renie" (Coran, XVIII, 29). Donc personne n'a le droit d'imposer: "Point de contrainte en matière de religion" ( Coran, II, 256 ). Les Oulémas n'ont jamais fait le procès ou le contre-procès de l'assassinat du troisième Calife Uthman bin Affan( le 17/06/656 J.C). Le départ du "grand fitna", pour emprunter l'expression de Taha Hussein, reste un sujet tabou. On apprend que le Calife a été assassiné 7

par des Musulmans ayant choisi Ali, le cousin du Prophète, pour sa succession. On parle dans la tradition sunnite de qua.tre Califes sages et de vertu "rashidoun". Mais on dit rarement que cet assassinat est, indépendamment de notre point de vue, anti-coranique, et que depuis cette date la communauté islamique n'offre plus la garantie de la vie à ses membres. C'est à partir de cet amer constat pour les Musulmans que certains théologiens de l'Islam ont décidé de prendre distance avec les conflits armés entre Musulmans avant d'avancer l'idée de la séparation de l'institution du Khilafa de la religion. Ce qui nous fait rappeler, chaque fois que c'est nécessaire, ce fameux dialogue du premier siècle de l'Islam: Le plus grand théologien du 1er siècle de l'Hégire, al-Hassan al-Basri (mort en 728) dit un jour que les Kharijites ne poursuivent que des fins terrestres; ce à quoi un kharijite lui répond: "Comment peux-tu dire cela alors que l'un d'entre eux se jette sur une lance jusqu'à ce qu'elle se brise en lui et abandonne femme et enfants". Al-Hassan rétorque: «Dis-moi, est-ce que le pouvoir t'empêche de faire la prière, de verser le zakat ou de faire le pèlerinage et la Umra)) ? -"Non". - "Je vois simplement qu'il t'a privé des biens de ce monde, et tu l'as combattu pour cela". Ali fut à son tour assassiné le 24/01/661 par un kharijite au nom de Dieu. L'argument des kharijites fut qu'Ali a accepté le jugement des Hommes et que seul celui de Dieu doit être pris en compte. Pour les kharijites, Ali, l'un des symboles indépassables de l'Islam, a blasphémé. Dans une société qui accepte d'impliquer le religieux dans les choix des Hommes, le blasphème n'est pas un accident de parcours mais une arme très dangereuse. Le fait que Dieu ne peut-être nationalisé, même pas par le parti qui porte son nom, ne peut que banaliser ce concept ancré dans l'inconscience collective des Musulmans. Jusqu'où peut aller l'intervention du religieux dans la vie de I'homme et jusqu'où peut-on aller dans l'interprétation de la parole divine? Questions qui embarrassent sans doute les différents courants islamiques. En fait, la logique textuelle des fondamentalistes peut aller jusqu'à décrire le corps et les membres de Dieu d'une façon

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caricaturale et sert à justifier les assassinats les plus atroces dans l'histoire et l'actualité islamique. Rien de plus évident que d'appliquer le principe d'al-hakimyya (jugement, ordre, gouvernement) en Islam; et l'on ne parle jamais assez de la relativité et de l'ambiguïté de l'islamisation de l'Etat et de la société. Dans l'Egypte "laïque", l'article 2:2 de la loi 220/1976 du ministère de

la . Culture stipule: "Il est interdit de faire une photo du prophète
Muhammed ou des autres prophètes". Alors que dans la République "islamique" d'Iran, ce sont les très officielles Inticharat sada wa simai Jamhouri islami (les éditions de la Radio et Télévision de la République islamique) qui distribuent une magnifique version des contes coraniques "Dastanhai Coran Karim" à travers les photos des prophètes! Dans leurs épîtres, Ikhwan al-Safa exposent cette ambiguïté dans un dialogue entre ce qu'ils appellent "l'homme sauvé" et "l'homme égaré et souttant qui s'auto-détruit": - L'homme sauvé: comment vas-tu? - L'homme souttant: dans la bénédiction de Dieu, je ne demande que plus de bénédiction avec le soutien de la religion de Dieu en menantla guerre contre les ennemis d'Allah. - Qui sont les ennemis d'Allah dont tu parles?

- Tous

ceux qui ne partagent pas ma croyance et ma confession.

- Même s'ils font partie de la communauté de la ilaha il/a allah (Il n'y a de Dieu qu'Allah)? - Oui. - Et s'ils sont à ta merci qu'en fais-tu? - Je les appelle à suivre mon opinion et ma confession. - Et en cas de refus? - Je les combat, leur sang et leurs biens deviennent licites et je prends en captivité leurs enfants. - Mais si tu ne pourras pas faire cela? - Je les insulte dans mes prières, je demande à mon créateur de les châtier pour être plus proches de Dieu. - Crois-tu que cela peut faire quelque chose?

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ne sais pas, mais cela me confère le repos de l'âme et guérit mes souffrances. - Sais-tu pourquoi? - Non, qu'en penses- tu? - Je pense que ton âme est malade, ton coeur est souffrant et que tu es un prisonnier de l'enfer (...) - Qu'en est-il de toi? - Moi, je crois que Dieu m'a donné des bénédictions inestimables et que jamais je ne pourrai le remercier assez. J'accepte ce don et je refuse d'agresser les autres ou de propager la haine et le mal. Mon âme est relaxée et mon coeur est généreux. Je confie ma croyance à mon créateur. Ma religion est celle d'Abraham. Je dis comme lui: «Celui qui me suit est des miens et celui qui me désobéit, tu es Le Miséricordieux» (Coran, XXIV, 36 ), «Si tu les punis, ils sont tes créatures, si tu les pardonnes, tu en est le maître, c'est toi Le Puissant et Le Sage)) (Coran, V, 118), (Rassail Ikhwan al-Safa, Vol.3, pp. 312313). Dans une partie de ce livre, nous allons tenter de voyager dans la diversité et la richesse de certaines zones interdites en Islam; dans l'autre partie, il sera plutôt question de sujets qui deviennent tabous avec la montée en puissance d'une lecture réductionniste de la culture islamique. Et dans les deux cas, ce travail vise à désarticuler l'argumentation de l'obsession blasphématoire qui véhicule la dimension mobilisatrice du fondamentalisme islamique. Mais il ne s'agit point d'un livre de propagande ou d'une lecture engagée des données islamiques. Chaque fois que le militant des droits de I'homme a pu prendre congé, il n'a pas hésité à vivre en toute liberté dans le jardin fertile de la culture arabe et/ou islamique. Et chaque fois que le psycho-somaticien a trouvé une fenêtre d'expression, il n'a pas hésité à faire cohabiter l'anthropologie et l'islamologie avec les données psycho-médicales dans une approche pluridisciplinaire nécessaire à tout esprit libre.

- Je

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SHIRK
"ASSOCIATION"

"Saches que le premier qui a semé le doute dans les esprits était Satan ( Iblis ). Il affirma la précellence de la raison sur la Révélation, et il opta pour la réalisation de ses désirs au détriment de l'ordre divin". Shahrastani (1) En Islam, la question essentielle de l'unicité de Dieu (il n'y a de dieu qu'Allah) constitue le fondement et le pilier sur lequel repose toute la conception du monde du musulman (société, mode de vie, système de croyance, etc.). Elle a occupé une place centrale dans la prédication de Muhammad, aussi bien dans sa pratique (ses faits et gestes) pendant la période mecquoise que dans le Coran. Les sourates de cette période parlent presque exclusivement d'Allah, de ses attributs, de la menace et de la promesse, d'histoires religieuses (vie des prophètes...),etc. Pour mieux affirmer cet aspect de sa prédication, Muhammad a dit de la sourate qui concentre en elle seule tout le dogme de l'Islam et qui proclame l'unicité de Dieu: "1- Dis: Il est Allah, unique. 2 - Allah le seul. 3 - Il n'a pas engendré et n'a pas été engendré. 4 - N'est égal a Lui personne". (2) qu'elle équivaut au tiers de tout le Coran. Muhammad s'est toujours présenté comme un Messager d'Allah, totalement soumis à la volonté et à la puissance divines. La soumission qu'il imposait aux hommes s'appliquait à lui également. Pendant les vingt deux ans de sa prédication (610 - 632 J.-C.), il s'est

montré totalement soumis à Dieu. Tous ses actes quotidiens étaient inspirés, disait-il, par Allah. Quand un jour, des voix s'élevèrent pour contester sa façon de distribuer un butin de guerre, il leur donna comme excuse et comme justification qu'il agissait confonnément à la volonté de Dieu :" Je jure par Allah que je ne donne ni ne prive, mais je distribue selon l'ordre qui m'est donné (par Dieu s'entend)" (3). C'est souvent que Muhammad donne ce genre de justification afin de montrer que ses faits et gestes ne dépendent pas de lui mais sont l'expression du pouvoir divin. La toute puissance de Dieu et l'impuissance ontologique de l'être humain sont deux croyances fondamentales de la religion musulmane. Toutes les pratiques cultuelles (les cinq prières quotidiennes, le jeûne du mois de Ramadan, le pèlerinage, etc.) et tous les devoirs religieux (djihad, impôt légal, khums des shiites...) concourent à faire de l'omnipuissance d'Allah et de la soumission de l'homme à Sa volonté, la base intangible de l'Islam. Comment, dans ce cadre, les Hommes peuvent-ils associer à Dieu un autre quiconque? Si Dieu pardonne tout, le shirk en Islam est le pêché impardonnable: "Allah ne pardonne pas qu'on Lui donne des associés et pardonne tout le reste à qui il voudra" (IV, 116), nous confinne le Coran. En arabe, le mot shirk signifie association (avoir un associé, un partenaire ou une alliance par mariage (4) ). Selon Ibn Manzour, c'est associé à la divinité un autre que Dieu (5). Si l'ensemble des hadiths considère le shirk comme l'un des kabai"r (grands pêchés), pour les oulémas c'est le plus grand des pêchés; et les textes coraniques ne manquent pas pour conforter leur raisonnement: "Ceux qui associent sont immondes "(XIX, 28). "Certes, celui qui donne des associés à Allah, Allah lui interdit le Paradis" (V, 72). "N'épousez pas les associatrices(6) (oo.)n'épousez pas les associateurs" (II, 221). "Les mois sacrés expirés, tuez les associateurs où vous les trouverez, faites-les prisonniers, assiégez-les et guettez-les dans toute embuscade; mais s'ils se convertissent, s'ils observent la prière, s'ils font l'aumône, alors laissez-les tranquilles" (IX,5). 12

Dans le Coran, le premier à affronter la problématique du shirk fut Iblis, il a dû choisir entre l'obéissance à l'ordre-divin et le refus de toute forme d'association. Dans l'histoire de la création de I'homme: "Allah dit aux anges: Je crée l'homme de limon, d'argile moulée en formes. Lorsque je l'aurai formé et que j'aurai soufflé dans lui mon esprit, prosternez-vous devant lui en l'adorant, et les anges se prosternèrent tous. Excepté Iblis, il refusa d'être avec ceux qui se prosternaient" (XV, 28-40). La prosternation (sujud ) est un acte d'adoration, et de là vient le mot masjed (mosquée) : lieu de prosternation, exclusivement consacré à Dieu. AI-Hallaj (crucifié à Baghdad en 922 j. -e.) a reconstitué la tragédie de Satan dans un dialogue imaginaire entre Iblis et Moïse: "- 0 Satan! Qu'est-ce qui t'a empêché de te prosterner? - Ce qui m'en a empêché, c'est ma prédication d'un Unique Adoré"(7). Et c'est ainsi qu'Iblis devint un objet de lapidation. " Et la malédiction pèsera sur lui jusqu'au jour du jugement dernier" (Coran XV, 35). Le deuxième exemple cité par les exégètes est aussi énigmatique que le premier: circonvenu par Allah, Iblis qui a promis de comploter contre les hommes n'hésite pas à s'attaquer au "meilleur des prophètes", ainsi qu'au dernier des "livres sacrés". A l'exception des spécialistes, rares sont les musulmans qui connaissent l'histoire des versets sataniques rendue célèbre grâce à Salman Rushdie. la voici racontée par l'exégète al-Tabari (m.923 le.) : " Les Qurayshites dirent au Messager de Dieu (Allah le bénisse et le protège) : ceux qui sont assis auprès de toi ne sont que des esclaves de tel ou tel et les clients de tel ou tel. Si tu parles de nos divinités, nous nous assoirons auprès de toi. Les nobles d'entre les Arabes viennent à toi et quand ils verront que ceux qui sont assis auprès de toi sont les nobles de ta tribu, ils auront plus d'estime pour toi. Ainsi, Satan intervint dans ces paroles et ces versets furent révélés: "Avez-vous considéré al-Latetal-Uzza, et Manât, l'autre, le troisième?" et Satan lui fit monter aux lèvres: "Voici les cygnes exaltés, espérez leur intercession, de sorte qu'ils n'oublient pas".

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Alors, quant il leur eut récité, le Prophète se prosterna et les Musulmans ainsi que les associateurs se prosternèrent avec lui. Mais quand il sut ce que Satan lui avait monté aux lèvres, cela lui fut d'un grand poids. Et Allah lui révéla: "Nous n'avons envoyé avant toi aucun Messager ou Prophète que Satan ne lui eût suggéré des erreurs dans la lecture de Nos versets, et Allah abroge ce que Satan suggère, et affermit le sens de ses signes car Dieu est savant et sage" "(8). W.M.Watt confirme que les versets sataniques ne témoignent d'aucun recul conscient du monothéisme et insiste sur leur portée politique. A mon avis, l'importance de cette histoire réside dans son ambiguïté qui peut enrichir les sources inépuisables du doute dans la tradition islamique. Il est extrêmement difficile d'aborder avec précision la question du shirk arabe pré-islamique. Deux raisons expliquent cette difficulté. D'un côté, l'absence de traces écrites et de l'autre, l'acharnement des Musulmans à dénigrer les croyances arabes non-bibliques. L'histoire, ou plutôt la mythologie de l'idolâtrie arabe, montre la partialité avec laquelle les auteurs musulmans ont exposé les croyances et les valeurs arabes préislamiques. A l'origine du mal fut un homme de la tribu Khuza'a. En visite en Syrie, le dénommé Amrou b. Lahi apprécia les cultes du nord et amena le premier des idoles appelé Hubal. La littérature donne à Amrou une importance démesurée, car c'est lui qui a apporté la majeure partie des idoles, c'est lui qui a convaincu les Arabes de les adorer, c'est lui aussi qui a inventé l'invocation déformée au pèlerinage (9). Et c'est lui qui a fait régner, avec l'aide de Satan, le shirk en Arabie (l0). Cause du mal et de l'association, ce personnage mythique n'est pas mentionné par le Coran. Si les "associateurs" étaient les ennemis les plus farouches de l'Islam, ce n'est surtout pas pour des raisons dogmatiques et idéologiques: la prospérité économique de la Mecque fut sérieusement touchée par le projet de Muhammad et le pouvoir socio-politique était en perte de vitesse avec l'avancé des Musulmans. Menacés de perdre leur rôle dans la péninsule, les Qurayshites n'ont pas hésité à déclarer la guerre contre les Musulmans. La victoire du prophète n'a pas totalement résolu le problème, ce n'est qu'avec les atrocités des guerres al-Ridda

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(apostasie) (632-634 J.-c.), que les Musulmans aient pu liquider toute déclaration de shirk, et ce après 23 ans de propagande et de combat. Mais l'association n'était qu'une des formes de résistance à la domination islamique. L'élargissement du champ conflictuel entre les différentes expressions de l'Islam et les autres formes de savoir et de croyance d'une part et le conflit inter-islamique d'autre part, vont donner à cette notion "primitive" de shirk une dimension qui la dépasse largement pour inclure toute forme d'hérésie, d'athéisme et de révolte. Ce qui sera à l'origine d'une dynamique conflictuelle qui dure tout au long des siècles où la civilisation arabo-islamique produit le meilleur d'elle-même. Ainsi, la notion d'al-shirk s'accommodait avec le temps et les changements; et sa forme "la plus injuste et la plus injuriée", selon les Islamistes, devient: shirk al-ta'til (dépouiller Dieu de Ses attributs). Pour al-Malati (m. 987 J.-c.), les mu'atila (aussi dahriyya ou ahlel ilhad (11» prétendent que "les choses existent sans être créées et qu'elles n'ont ni Créateur ni ordonnateur et qu'elles sont comme les plantes dans les déserts, qui poussent et meurent au gré des années, et que ce sont les natures qui déterminent leur apparition et leur disparition" (12). On ne peut aborder le problème de l'ilhad en Islam sans parler du premier concerné par ce mot dans le Coran. Il s'agit d'un médecin connu, al-Nadr b. al-Harith, présenté dans les ouvrages de généalogie (ansab) comme un mecquois de la tribu de Quraysh; donc parent du Prophète. Il était, nous dit-on, très savant et érudit. Son hostilité à Muhammad et à la prophétie est attestée par plusieurs sources. Selon le biographe du Prophète, Ibn Hisham, le Coran contient huit versets qui répondent aux allégations d'Ibn al-Hari th. Les versets 4 et 5 de la sourate XXV, qui lui sont adressés ainsi qu'aux autres contradicteurs, méritent d'être cités car ils montrent, à contrario, son esprit critique: "Ceux qui sont infidèles disent: "ceci n'est que forgerie inventée par cet homme (Muhammad), pour laquelle l'ont aidé d'autres personnes". Ils ont commis (en parlant ainsi) injustice et fraude. Ils ont dit aussi: "Ce sont les histoires de nos aïeux qu'il s'est écrites et qui lui sont dictées matin et soir!".

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