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Journal d'Egypte

De
190 pages
En mai 1963, de Gaulle reprend avec l'Egypte les relations diplomatiques rompues depuis la crise de Suez en 1956. Le Quai d'Orsay désigne l'ambassadeur Henri Froment-Meurice. Dans ce témoignage exceptionnel, il raconte au jour le jour sa mission dans la capitale égyptienne, notamment les négociations sur le retour des professeurs français dans les lycées nationalisés et sur l'indemnisation des biens et entreprises séquestrés.
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HenriJournal
Froment-MeuriceMémoires Mémoires d’Égypte
Ambassadeur de Franceee edu XXdu XXdu XXdu XXdu XXdu XXdu XXdu XX siècle du XX siècle
En mai 1963, la guerre d’Algérie terminée, de Gaulle reprend
avec l’Egypte les relations diplomatiques rompues depuis la
crise de Suez en 1956 mais, par prudence, Paris et Le Caire
s’accordent pour les reprendre au niveau de chargé d’affaires
en pied. Henri Froment-Meurice est désigné. L’essentiel de sa
mission sera de rétablir au mieux la présence de la France par
des négociations portant notamment sur le retour de professeurs
Gamal Abdel Nasser. français dans les lycées nationalisés et sur l’indemnisation des
considérables biens et entreprises séquestrés. Peu à peu,
mais trop lentement, des progrès sont accomplis de sorte que
l’on procède à un échange d’ambassadeurs en janvier 1964,
Froment-Meurice restant jusqu’en avril 1965 premier conseiller. JOURNAL Cependant les rapports entre de Gaulle qui n’oublie pas le
soutien de l’Egypte aux fellaghas algériens et Nasser qui se
lance au nom de l’arabisme dans des interventions en Syrie
et au Yémen, socialise l’économie et se tourne vers l’Union D’ÉGYPTEsoviétique pour nancer le barrage d’Assouan ne seront jamais
chaleureux. La France n’en contribue pas moins au sauvetage
des temples de Nubie permettant le retour de nos égyptologues.
Son admiration pour l’Egypte pharaonique, sa découverte des 1963-1965
beautés de la vallée du Nil, ainsi que ses rapports amicaux
avec des personnalités tant musulmanes que coptes feront de
Préface de Robert Soléce séjour l’une des étapes de sa carrière dont Henri Froment-
Meurice garde le meilleur souvenir.
Entré au Quai d’Orsay en 1950, Henri Froment-Meurice a été avant
Le Caire à Tokyo, Saïgon, Moscou, sous-directeur d’Europe Orientale.
Il sera ministre à Moscou, directeur d’Asie-Océanie, directeur des
affaires économiques et nancières, ambassadeur à Moscou (1979-
81) et à Bonn (1982-83), élevé à la dignité d’ambassadeur de France
en 1984. Il a occupé diverses fonctions dans le secteur privé. Il est
Président d’honneur de l’Association France-Égypte et Président de
l’Agence Internationale Diplomatie et Opinion Publique.
Quatrième de couverture :
Source : Bibliothèque d’Alexandrie, Wikimedia.
ISBN : 978-2-343-03874-2 Série
9 7 8 2 3 4 3 0 3 8 7 4 2 S19 € Méditerranée Orientale
MEMOIRES_20e_MED-OR_MEURICE_14_JOURNAL-EGYPTE_V2.indd 1 25/08/14 15:04:16
Henri Froment-Meurice
JOURNAL D’ÉGYPTE
Ambassadeur de France










JOURNAL D’EGYPTE
1963-1965

eMémoires du XX siècle


Déjà parus


Joseph-Albert di FUSCO, Fusillé à Caen en 1941, Lettres d’un
otage à sa famille, 2014.
Tahîa GAMÂL ABDEL NASSER, Nasser ma vie avec lui,
Mémoires d’une femme de président, 2014.
Fernand FOURNIER, Paroles d’appelés. Leur version de la
guerre d’Algérie, 2014.
Marguerite CADIER-REUSS, Lettres à mon mari disparu
(1915-1917), 2014.
Nadine NAJMAN, 1914-1918 dans la Marne, les Ardennes et
la Belgique occupées, 2014.
Marcel DUHAMEL, Ça jamais, mon lieutenant !, Guerre 1914-
1918, 2014.
Xavier Jean R. AYRAL, HÉROÏSME - Jean Ayral, Compagnon
de la Libération, Histoire et Carnets de guerre de Jean Ayral
(18 juin 1940 – 22 août 1944), 2013.
Sabine CHÉRON, Les coquelicots de l’espérance, 2013.
Pierre BOUCHET de FAREINS, Madagascar, terre
ensanglantée, 2013.
Jacques SOYER, Sable chaud. Souvenirs d’un officier
méhariste (1946-1959), 2013.
Edith MAYER CORD, L’éducation d’un enfant caché, 2013.
Michelle SALOMON-DURAND, De Verdun à Auschwitz,
L’histoire de mon père André Raben Salomon (1898-1944),
2013.
Robert du Bourg de BOZAS, Lettres de voyage. Avant-propos
et notes de Claude Guillemot, 2013.
Marion BÉNECH, Un médecin hygiéniste déporté à
Mauthausen. Portrait de Jean Bénech, 2013.
Larissa CAIN, Helena retrouvée. Récits polonais, 2013.
Lucien MURAT, Carnets de guerre et correspondances 1914 –
1918. Documents présentés et annotés par Françoise FIGUS,
2012.
Zysla BELLIAT-MORGENSZTERN, La photographie,
Pithiviers, 1941. La mémoire de mon père, 2012.

Henri FROMENT-MEURICE
Ambassadeur de France






JOURNAL D’EGYPTE
1963-1965



Préface de Robert Solé








L’HARMATTAN


Du même auteur





Une Puissance nommée Europe, Julliard, 1984
Une Education Politique, Julliard, 1987,
Vu du Quai Mémoires 1945-1983, Fayard, 1998
Journal d’Asie - Chine Inde Indochine Japon 1969-1975,
l’Harmattan, 2005
Les Femmes et Jésus, Cerf, 2007
La Mort dans le Café, l’Harmattan, 2007
Journal de Moscou, Armand Colin, 2011
Journal de Bonn, Armand Colin, 2013









PREFACE




On a beaucoup écrit sur l’affaire de Suez. Beaucoup
moins sur la manière dont Le Caire et Paris se sont
réconciliés après ce drame aux conséquences
catastrophiques. C’est un témoignage exceptionnel que
nous offre l’ambassadeur Henri Froment-Meurice : chargé
en 1963 par le Quai d’Orsay de préparer le rétablissement
des relations diplomatiques entre les deux pays, il raconte
au jour le jour sa mission dans la capitale égyptienne. Le
lecteur y découvrira, entre autres, le récit d’une étonnante
rencontre avec Ben Bella, et l’aventure non moins
étonnante d’un engin explosif secrètement entreposé à la
chancellerie…
Jusqu’au lendemain de la seconde guerre mondiale, la
France bénéficiait d’une position exceptionnelle en
Egypte. Elle n’occupait pourtant pas le pays, devenu
protectorat britannique : c’est sur un autre registre, bien
plus séduisant, que s’exerçait son influence.
Tout commence avec Bonaparte. En détruisant le
système mamelouk, il ouvre la voie à Mohammed Ali qui,
installé au pouvoir, ne tarde pas à faire appel à des
Français pour l’aider à créer un Etat moderne. Le nouveau
maître du pays engage d’anciens officiers des armées
5
napoléoniennes, des ingénieurs, des médecins... et envoie
de jeunes Égyptiens se former à Paris.
C’est un Français, Jean-François Champollion, qui
déchiffre les hiéroglyphes en 1822, mettant fin à une
énigme qui durait depuis quatorze siècles. Un autre
Français, Auguste Mariette, fonde le Musée du Caire une
trentaine d’années plus tard et devient le premier
directeur du Service des Antiquités égyptiennes. C’est
encore un Français, Ferdinand de Lesseps, qui convainc le
vice-roi d’Egypte, Saïd pacha, de changer la carte du
monde en reliant la mer Rouge à la Méditerranée. Réalisé
en 1869 malgré l’opposition de Londres et de
Constantinople, le canal de Suez va considérablement
renforcer la présence économique et culturelle des
Français en Égypte.
Des religieux catholiques y contribuent de leur côté, de
manière déterminante. Les écoles qu’ils créent à partir des
années 1850 ont la particularité d’accueillir des garçons et
des filles de toutes origines nationales et de toutes les
religions. Ces établissements s’affirment très vite comme
les meilleurs du pays et seront relayés, à partir de 1909,
par les lycées de la Mission laïque française. Plusieurs
générations de dirigeants égyptiens s’y formeront.
Dans cette Égypte arabe, sous occupation britannique,
le français n'est pas seulement une langue de salon : c’est
aussi celle des affaires et de la justice internationale. Des
« tribunaux mixtes » ont vu le jour en 1875 pour trancher
les litiges civils et commerciaux entre des personnes ou
des sociétés de nationalité différente. Le français y
domine les autres langues dans la mesure où cette
juridiction est inspirée du Code Napoléon. Magistrats et
avocats sont plongés en permanence dans des manuels
édités à Paris. Les tribunaux mixtes ont besoin de tout un
personnel francophone : des juges, des avocats, mais aussi
des greffiers, des huissiers, des secrétaires…
6
On ne compte plus alors les journaux et les revues
publiés dans la langue de Molière. A la passion des
Français pour l'Égypte répond la passion française de
nombre d'Égyptiens. Les poètes, romanciers et essayistes
francophones sont aussi bien des musulmans que des
coptes, des juifs que des chrétiens orientaux. Ils font
partie d’un petit monde cosmopolite, très influent, pour
qui Paris reste le centre du monde.
Mais une page va se tourner avec le renversement du
roi Farouk en juillet 1952. Pour les officiers nationalistes
qui instaureront la République, le français apparaît
comme une langue d’ancien régime. L’heure est à
l’indépendance. Les directeurs du Service des Antiquités
et du musée islamique du Caire sont remplacés par des
Egyptiens. La colonie française continue cependant ses
activités mondaines et culturelles, même si les
événements d'Algérie créent une certaine tension entre
Paris et Le Caire.
Pour répliquer aux Etats-Unis, qui ont empêché le
financement du haut-barrage d'Assouan, Nasser annonce,
le 26 juillet 1956, la nationalisation de la Compagnie
universelle de Suez. « Nous le financerons nous-mêmes,
déclare-t-il, avec les revenus du canal. » Or, la compagnie
appartient à des actionnaires britanniques et français.
Paris et Londres ne veulent pas s’incliner devant ce
dirigeant nationaliste, considéré en Occident comme un
dangereux dictateur. En France, le président du conseil,
Guy Mollet, est persuadé que l’armée égyptienne menace
l’existence même de l’Etat d’Israël ; il est convaincu, par
ailleurs, que si le dirigeant égyptien est écarté du pouvoir,
la question algérienne sera réglée.
Le coup de poker de Nasser provoque, trois mois plus
tard, une triple intervention militaire : israélienne,
britannique et française. Mais cette mini-guerre sera
stoppée au bout de quelques jours à l'instigation de
7
Washington et de Moscou. C'est un fiasco, lourd de
conséquences. Non seulement les relations diplomatiques
franco-égyptiennes sont rompues, mais la plupart des
Français d'Égypte sont expulsés et leurs biens mis sous
séquestre. Les lycées de la Mission laïque changent de
nom et passent sous contrôle gouvernemental. Si les
écoles religieuses échappent à cette mesure, c'est en raison
d'un artifice juridique habilement négocié par le nonce
apostolique : elles n'appartiennent pas à la France, mais
au Vatican… De toute manière, le bilan de la campagne
de Suez est catastrophique. La France vient de perdre en
quelques jours un capital accumulé en Égypte depuis cent
cinquante ans. Ne l’assimile-t-on pas désormais à
l'Angleterre, sinon à Israël ?
La suite de l’histoire nous est racontée par
l’ambassadeur Froment-Meurice. Il ne s’agit pas d’un
rapport diplomatique, politiquement correct, qui
s’efforcerait de ne choquer personne, mais d’un Journal
écrit sur le vif, d’une plume alerte, sans langue de bois. Et
c’est tout son intérêt.


Robert Solé



8








AVANT-PROPOS




En 1963 j’occupais les fonctions de sous-directeur
d’Europe Orientale à la Direction des Affaires Politiques
au Quai d’Orsay et j’émergeais à peine des rudes crises de
Berlin et de Cuba lorsqu’un jour de mars Charles Lucet,
directeur des Affaires Politiques, dont j’avais la chance
d’occuper le bureau voisin du sien, ouvrit ma porte et,
tout de go, me demanda : « Henri, voulez-vous aller au
Caire ? » Tout surpris, car nous n’avions plus de relations
avec l’Egypte : « mais pour quoi faire ? », lui demandai-je
à mon tour. Lucet alors m’expliqua que Jacques de
Beaumarchais qui, à ce moment, était directeur adjoint du
cabinet de notre ministre, Maurice Couve de Murville,
avait secrètement négocié en Suisse avec des Egyptiens le
rétablissement des relations diplomatiques avec l’Egypte
interrompues depuis novembre 1956 en conséquence de
l’affaire de Suez. Il avait été décidé que, dans un premier
temps et par souci de prudence, les relations seraient
rétablies au niveau de « chargé d’affaires en pied ». Cette
expression m’intrigua fort, car je ne voyais pas bien quel
genre de posture, physique ou protocolaire, elle
impliquait. « En pied », m’indiqua Lucet, « signifie que
vous n’êtes pas seulement un chargé d’affaires ad interim,
9
mais que vous êtes accrédité comme chef de mission,
toutefois avec des lettres de créance non pas pour le chef
de l’Etat mais pour le ministre des Affaires Etrangères. Si
la reprise s’effectue dans de bonnes conditions, après
quelque temps l’on passera à un échange normal
d’ambassadeurs. »
Le soir même, je demandai à Gabrielle, mon épouse, ce
qu’elle en pensait. Mariés depuis 1948 lors de notre
commune scolarité à l’Ecole Nationale d’Administration
et dotés de trois garçons, nous avions déjà quelques
années de séjour à l’étranger : le Japon et l’Indochine de
1952 à 1954, Moscou de 1956 à 1959. A chaque fois
Gabrielle avait accepté de bonne grâce d’abandonner ses
fonctions du moment pour me suivre avec les enfants. En
1963 elle était détachée auprès de Robert Bordaz, qui
dirigeait l’ORTF, et s’amusait beaucoup aux Buttes-
Chaumont où elle s’occupait des émissions dramatiques
télévisées. Cependant elle n’hésita pas et me donna son
accord pour me rejoindre à la fin de l’année scolaire. Une
fois au Caire, Jean et Marc, les deux plus jeunes,
suivraient les cours de téléenseignement par
correspondance avec l’aide d’une étudiante en arabe de
l’Ecole des Langues Orientales, comme nous l’avions fait
à Moscou avec une russissante, tandis que François,
l’aîné, devrait poursuivre ses études secondaires à Paris.
J’étais premier secrétaire de notre ambassade à Moscou
lors de l’expédition de Suez et j’en avais gardé un
détestable souvenir, au moins pour deux raisons.
Tout d’abord le vrai motif me semblait en avoir été de
renverser Nasser et de priver ainsi le FLN algérien de ses
arrières alors que, depuis mon séjour de dix mois en
Algérie en 1947, j’étais convaincu que seul un changement
radical de notre attitude tant à l’égard des Français
d’Algérie que des Musulmans pourrait permettre de
sortir de cette guerre. J’en étais même venu à penser que
10
sans doute il faudrait faire appel à de Gaulle, perspective
qui cependant ne me réjouissait guère quand je songeais
aux positions que très probablement il prendrait sur la
poursuite de la construction européenne à laquelle j’étais
très attaché. Aussi avais-je été très perplexe lorsqu’à
Moscou, en mai 1956, j’avais vu Guy Mollet, alors
Président du Conseil, et Christian Pineau, ministre des
Affaires étrangères, demander à Khrouchtchev et
Boulganine de bien vouloir donner leur bénédiction à
« l’esprit libéral » dans lequel la France conduisait sa
politique algérienne.
La seconde raison était qu’au moment même où nous
déclenchions cette funeste expédition, les Soviétiques
envoyaient leurs chars à Budapest. Il s’était ainsi établi
une sorte de triste équivalence aux yeux d’une bonne
partie de l’opinion mondiale entre les deux « agressions »,
au point qu’à Moscou les autorités soviétiques avaient
organisé devant notre ambassade une manifestation
« populaire et spontanée » de citoyens indignés réclamant
« Ruki protch ot Sueza » (« Bas les mains de Suez ! »), à
quoi de nos fenêtres nous avions répondu par les cris de
« Budapest ! Budapest ! ». Au Caire, notre ambassadeur,
Armand du Chayla, après avoir remis à Nasser un
ultimatum, avait donc quitté la capitale avec tout son
personnel diplomatique et consulaire.
Pendant les sept années qui suivirent cette rupture
j’avais suivi, de Moscou jusqu’en 1959, puis du Quai, les
diverses turbulences survenues dans nos rapports avec
l’Egypte. J’avais notamment appris que des membres de
la commission française, acceptée par les Egyptiens pour
discuter de nos biens et intérêts, avaient été accusés de
s’être comportés comme des membres d’une véritable
mission diplomatique et que certains avaient été inculpés
pour espionnage et même emprisonnés. Cependant
j’ignorais presque tout de l’état réel de ce qui restait de
11
présence française et ce fut seulement en ouvrant les
dossiers avant mon départ que je pus prendre une
première mesure des désastreuses conséquences de cette
expédition.
Par ailleurs je n’étais pas dépourvu de préventions à
l’égard de Nasser, peut-être moins en raison de son
soutien aux fellaghas algériens, car après tout la solidarité
entre nationalistes arabes était un fait politique avec
lequel il fallait compter en ces temps de décolonisation,
qu’en raison de son orientation prosoviétique qui se
concrétisait par une influence accrue de l’URSS sur les
affaires d’un monde arabe dont il se voulait le chef. Le
financement par Moscou du barrage d’Assouan et sa
construction, en pleine phase d’achèvement en ces
premiers mois de 1963, par des entreprises et ingénieurs
soviétiques en étaient la manifestation la plus éclatante.
Il me semblait donc que je trouvais fort justifiée la
méfiance dont le Général de Gaulle faisait preuve à
l’égard de Nasser. Et comme, par ailleurs, me convenaient
parfaitement les instructions qui me furent données
concernant le langage à tenir au cas, inévitable, où l’on me
parlerait de nos relations demeurées étroites avec Israël,
j’avais le sentiment d’être personnellement en harmonie
avec l’attitude de mon gouvernement. Couve, qui avait
été lui-même ambassadeur au Caire de 1950 à 1955, « en
exil », comme un jour il me le dira, n’avait pas gardé de la
prise de pouvoir par le colonel Nasser et les « officiers
libres » le meilleur souvenir. Et, quant à nos relations avec
Israël, il m’avait dit que la seule modification apportée
par de Gaulle, lorsqu’il était revenu aux affaires en 1958,
avait été de suspendre la coopération dans le domaine
atomique, ce qui maintenait les livraisons d’armes, en
particulier des Mirages. A tout cela je n’avais rien à redire,
car j’avais accueilli avec émotion la création en 1948, sur
la base d’une Résolution du Conseil de Sécurité, de l’Etat
12
d’Israël, donc de l’affirmation par la communauté
internationale, Union Soviétique comprise, du droit des
Juifs échappés aux horreurs nazies, de se regrouper sur
un territoire. Et j’avais dû constater que les Etats arabes,
refusant cette décision, avaient lancé leurs armées contre
celle de cet Etat naissant et avaient été battues.
Il n’en restait pas moins que la perspective de
découvrir l’Egypte, dont l’on m’avait enseigné au lycée,
dès la sixième, la fabuleuse civilisation, m’enchantait. Et
comme, pourquoi le cacher, j’étais fier de la mission qui
m’était confiée, ce fut avec joie que je pris l’avion pour le
Caire.



***



13







1963

Couve – le 23 avril 1963

1 2 3 Vu le Ministre avec Lucet et Soutou avant mon
départ. Accueil gentil, toujours un peu froid, tellement
calme qu’il en est parfois inhumain. Mais très précis,
intelligent et connaissant bien ses affaires.
4 1) Avec qui partez-vous ? Dondenne – à ce sujet, il
faudra rouvrir rapidement les consulats. Dondenne
pourra aller au Caire, Testa à Alexandrie. Pour Port Saïd,
on verra, mais cela pourra être utile pour la navigation.
2) Les Accords de Zurich. La note de la Direction
Politique n’aboutit pas aux mêmes conclusions que celle
5de Wormser qui est plus réaliste. Bien sûr, il y a un
contentieux. Mais ne pas se faire beaucoup d’illusions. La
note politique donne à penser que l’on va tout
recommencer, la Commission des Biens, etc. Froment-
Meurice ne va pas aller réclamer les lycées. La tactique ?
C’est aux gens sur place à la déterminer. On leur fait
confiance pour cela. Pour les lycées, il faut dire : il y a un
problème. Mais il ne faut pas se rendre ridicule.
Il faudra parler du commerce. Bien sûr. Où en est-on ?
Les voyages Pinay ? Oui ! Pourquoi est-il aller se
6mettre dans ces affaires-là ?
Pour les lycées, il ne faut pas trop insister sur la
propriété. Mais il faut un système pour que les gens
parlent en français. Envoyer des professeurs de français

1 Maurice Couve de Murville avait été Ambassadeur au Caire de 1950
à 1955. Lui avait succédé Armand du Chayla, jusqu’au 31 octobre 1956,
date de la rupture consécutive à l’expédition de Suez.
2 Directeur des Affaires Politiques.
3 Directires d’Afrique et du Moyen-Orient.
4 Conseiller d’ambassade.
5 Directeur des Affaires économiques et financières.
6 Antoine Pinay s’occupait de sociétés d’étude (Sofre).
17
1dans ces lycées. Bien sûr, la Mission Laïque revendique ,
c’est normal.
Les accords de Zürich, ce sera difficile à remettre en
2marche. La Commission des Biens, aussi. M. Grapinet ?
3Oui ? Vimont cherche toujours à le caser.3) Sur le plan
politique, l’unité arabe ? Dire ce qu’il y a dans la note.
Nous ne nous mêlons pas des affaires des autres, pourvu
que nos intérêts soient préservés. Ceci dit, d’ici
septembre, il peut y avoir beaucoup de changement.
Pour Israël, bien sûr, les Egyptiens demanderont la
subordination de nos rapports avec eux à notre attitude
avec Israël. Mais c’est comme cela depuis longtemps.

Le Caire – 25 avril

Arrivé le 24. Accueil cordial. Journalistes, télé, ciné.
Questions gentilles, pas agressives. Mais on me fait
stupidement dire que je suis heureux non seulement de la
reprise des relations, mais encore plus de la confiance
mise en moi par mon Gouvernement. Cela m’agace.
J’installe mon monde tant bien que mal. Dondenne et
4 5Pruvost ici. Les autres à l’hôtel. Les Suisses, Weber ,
gentils et déchargés après six ans et demi de nos intérêts,
6ont évacué la Résidence . Chancellerie vide. Il faudra y
créer la sécurité, ce qui est difficile. Consulat en ville ;
c’est là que travaillent les Suisses.

1 La Mission Laïque était propriétaire des lycées français qui avaient
été nationalisés.
2 Membre de la Commission des Biens et Intérêts français.
3 Directeur du Personnel.
4 Secrétaire d’Ambassade.
5 Conseiller à l’ambassade de Suisse, chargé des intérêts français.
6 Résidence et Chancellerie sont situées dans un superbe ensemble, sur
les bords du Nil.
18