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Journal du voyage vers la Chine de Saint-Petersbourg à la Mongolie

De
232 pages
Après avoir étudié les fortifications, le dessin et le calcul, Alexander Amatus Thesleff devient lieutenant puis capitaine d'Etat-major. Lorsqu'il quitte Pétersbourg le 21 mai 1805 pour son "voyage chinois", il est âgé de 27 ans. Son témoignage, d'une extrême fraîcheur, nous instruit des incidents qui émaillent l'immense voyage. Il poursuit, après son retour et jusqu'à sa mort en 1847, une brillante carrière militaire et diplomatique.
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M
Alexander Amatus Thesleff
Journal du voyage vers la Chine De Saint-Pétersbourg à la Mongolie
Édition préparée par Michel Cadot et Carole Chapin, avec la collaboration d’Alexandre Stroev et Pierre Besnard
Éditions S.P.M.
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Journal du voyage vers la Chine
De Saint-Pétersbourg à la Mongolie
d’après le Tagebuch von der chinesischen Reise 1805-1806
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Carte de l’itinéraire de Thesleff
Illustration de couverture : Portrait de Thesleff par George Dawe, Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg.
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Alexander Amatus Thesleff
Journal du voyage vers la Chine De Saint-Pétersbourg à la Mongolie
d’après le
Tagebuch von der chinesischen Reise 1805-1806
Édition préparée par Michel Cadot et Carole Chapin, avec la collaboration d’Alexandre Stroev et Pierre Besnard
Collection Inédits russes Ce volume est le premier de la Collection Inédits russes dirigée par Francine Dominique Liechtenhan et Thierry Claeys
Cet ouvrage a été publié avec le concours de l’université Paris-Sorbonne, du Centre Roland Mousnier (CNRS) et de l’Agence nationale de la Recherche
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SPM 2014
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© SPM, 2014 ISBN : 978-2-917232-18-7
Editions SPM 34, rue Jacques-Louvel-Tessier 75010 Paris Tél. : 01 44 52 54 80 - télécopie : 01 44 52 54 82 courriel : Lettrage@free.fr
DIFFUSION – DISTRIBUTION : L’Harmattan 5-7 rue de l’Ecole-Polytechnique 75005 Paris Tél. : 01 40 46 79 20 – télécopie : 01 43 25 82 03 – site : www.harmattan.fr
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Une expédition manquée vers la Chine : le voyage d’A.A. Thesleff de Saint-Pétersbourg à Ourga
La famille Thesleff, originaire de Lübeck, s’installe à Vyborg à la n edu XVI siècle. La ville est perdue par la Suède en 1721, et poursuit son existence de ville commerçante dans l’empire russe. Les Thesleff servi-rent avec dévouement les empereurs de Russie pendant la période agitée eede la n du XVIIIsiècle. Peter-Georg, né en 1775et du début du XIX à Vyborg participe aux guerres contre Napoléon et à la campagne de 1808-1809 contre la Suède, à l’issue de laquelle la Finlande entière entre dans l’empire de Russie. Son frère cadet, Alexander Amatus (Alexandre Petrovitch), né en 1778, étudie à partir de 1793 les fortications, le dessin et le calcul à Vyborg, notamment auprès de Fabian Steinheil (1762-1831), qui fut gouverneur général de Finlande de 1810 à 1823. Lieutenant en 1800, il accompagne Friedrich von Schubert dans l’hiver 1803-1804 pour diverses mesures astronomiques et géodésiques à Polotsk et en mer Blanche. Muté à Saint-Pétersbourg, il et nommé capitaine d’État-major en 1805. Après sa participation en cette qualité à l’expédition Golovkine, celle qui nous intéresse ici, il se distingua aux batailles de Heilsberg er et Friedland, fut décoré de l’ordre de Sainte Anne par Alexandre I , et assista à la fameuse entrevue des deux empereurs à Tilsitt. Anobli en 1812, il prit part aux campagnes contre la France et entra dans Paris avec le grade de colonel. Lieutenant-général en 1826, il épousa Johanna Maria Helsingius, qui lui donna plusieurs enfants dont la descendance existe encore de nos jours. Nommé vice-chancelier de l’Université de 1 Helsingfors , il participa à la guerre de Pologne en 1830-1831, et devint l’adjoint du prince Alexandre Sergueevitch Menchikov, gouverneur de Finlande. Il fut promu général d’infanterie en 1841. Il mourut en 1847. Lorsqu’il quitte Saint-Pétersbourg le 21 mai 1805 pour son « voyage chinois », Alexander Amatus est un jeune capitaine d’état-major de 27 ans. Son témoignage, d’une extrême fraîcheur qui ne fut altérée par
e 1. Helsinki. La ville était encore appelée par son nom nnois au XIXsiècle.
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Journal du voyage vers la Chine
aucune idée de publication, nous instruit minutieusement des incidents, petits ou grands, qui émaillent l’immense voyage ; en revanche il ne nous apprend presque rien sur les antécédents et les motivations de cette étrange ambassade. Heureusement plusieurs de ses compagnons de route complètent de diverses manières son journal, notamment le 1 2 docteur Joseph Rehmann , le comte Jean Potocki , Philippe Wiegel, Andrei Martynov, Friedrich von Schubert (1789-1865), etc. Ce dernier, âgé de seize ans en 1805, accompagna son père, le général Friedrich Theodor von Schubert (1758-1825), membre de l’Académie des sciences de Saint-Pétersbourg, directeur de l’Observatoire et professeur d’astronomie pour les ofciers de l’état-major, parmi lesquels le jeune 3 Thesleff . Dans un chapitre de son livre autobiographique écrit en alle-mand et publié seulement en 1962, le lsSchubert rappelle que les Anglais avaient déjà tenté d’établir des relations diplomatiques et commerciales permanentes avec l’Empire chinois. Lord Macartney, envoyé par le premier ministre William Pitt en septembre 1791, refusa de se plier aux exigences protocolaires chinoises et dut repartir en septembre 1793 sans avoir obtenu les facilités commerciales qu’il espérait. Toute cette affaire a été exposée en 4 détail par Alain (Roger) Peyretteen 1989 d’après des données chinoises inédites recueillies par le sinologue Robert Ruhlmann. Les Russes eurent connaissance de cette expédition par la relation qu’en donna sir George Staunton en 1797, bientôt traduite en français par Jean-5 Henri Castéra en 1798. Le ls du général vonSchubert écrit à ce sujet :
Le gouvernement russe se décida à organiser l’ambassade sur le même pied que les Anglais. Ceux-ci nous avaient informés au sujet des provin-ces méridionales de la Chine : nous voulions étudier scientiquement 6 celles du Nord de ce pays .
1. Joseph Rehmann,Voyage de Saint-Pétersbourg à Ourga dans la Mongolie chinoise par la Russie orientale et la Sibérie.VoirMongoleireise zur spaeten Goethezeit. Berichte und Bilder des J. Rehmann und A. Thesleff von der russischen Gesandschaftsreise 1805-1806, heraus-gegeben von Walther Heissig, Wiesbaden, Franz Steiner Verlag, 1971, p. 9-19. 2. Jean Potocki,Voyages dans les steppes d’Astrakhan et du Caucase. Expédition en Chine, éd. Daniel Beauvois, Paris, Fayard, 1980. 3. Notice dansAllgemeine Deutsche Biographie,vol. 32, Leipzig, 1891, p. 628-631. 4. Alain Peyrette,L’Empire immobile ou le choc des mondes, Paris, Fayard, 1989. 5. George Leonard Staunton,Voyage dans l’intérieur de la Chine et en Tartarie, fait dans les années 1792, 1793 et 1794, par Lord Macartney, trad. de l’anglais par Jean-Henri Castéra, Genève, Olizane, 2005. 6. Friedrich von Schubert,Unter dem Doppeladler : Erinnerungen eines Deutschen in russischem OfIziersdienst 1789-1814, herausgegeben von Erik Amburger, Stuttgart, Koehler, 1962.
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Une expédition manquée vers la Chine
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En fait le but de l’expédition était également commercial, il s’agissait d’assurer la possibilité d’échanger les fourrures de Sibérie contre le thé des caravanes, le coton et le drap sur la grand-route d’Ekaterinbourg par Kiakhta et Ourga en direction de Pékin, le droit de commercer à Canton, de naviguer sur l’Amour et de faire passer les caravanes par Boukhtarma, devenue ensuite une ville industrielle du Kazakhstan oriental. Cette ambassade avait du reste été sollicitée par le Tribunal des Affaires étrangères chinois (li-Fan-Yuan), comme le rappellent à plusieurs reprises Potocki et les documents mentionnés par Daniel 1 Beauvois dans son introduction auxVoyagesde l’écrivain polonais . Par malheur, le comte Iouri Alexandrovitch Golovkine (1763-1846), qui avait, selonPotocki, « inniment d’esprit et le degré de moralité qui constitue un parfaitement galant homme », avait aussi « dans le caractère comme dans l’esprit certains côtés qui le rendaient tout-à-fait impropre, non seulement aux affaires d’État, mais même à toutes 2 celles qui demandent de la suite et du sérieux » . Potocki constate que les Russes avaient négligé « toutes les notions justes et vraies que l’on 3 aurait pu tirer de la lecture des voyages » , notamment de la relation de lord Macartney. Il ajoute ce commentaire féroce :
Loin de chercher à connaître le caractère des Chinois, l’on ne parut s’at-tacher qu’à leur faire voir le côté brillant des mœurs de l’Europe, et à les gagner par la séduction de notre luxe […]. On voulut de la musique, un cortège immense de jeunes gens, on ne s’entretint que d’uniformes, de pantalons, de sabres, de coiffures. Les savants attachés à l’ambassade se hasardèrent quelquefois à parler de Macartney et des missionnaires. On leur répondit, assez sèchement, que les missionnaires étaient des menteurs, Macartney un pédant, mais qu’un bon cuisinier et de bons 4 vins réussissaient d’un bout du monde à l’autre .
Du grand naufrage de l’ambassade russe, Potocki excepte la partie scientique qui lui incombait, et dans un bilan rapide contenu dans une lettre au prince Adam Czartoryski, consacre quelques lignes à Thesleff :
1. Jean Potocki,Voyages dans les steppes d’Astrakhan et du Caucase. Expédition en Chine, éd. Daniel Beauvois, p. 20. 2. Ibid., p. 173. 3.Ibid., p. 176. 4. Ibid., p. 169.
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