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L'Absent

De
34 pages

Juin 1945. Edmond, prisonnier de guerre libéré brutalement de Prusse orientale par les Russes, revient au pays. Il retrouve sa terre natale en Côte d’opale, sa ferme, les siens et sa presque fiancée Estelle.

Cinq ans de captivité l’ont profondément bouleversé, et il est désormais un être à moitié mort. Grâce à Balzac, cheval de trait à la robe bleutée, fidèle compagnon, il recontacte ses émotions, et le vivant présent en lui.

Mais la société d’après-guerre est peu empathique à son périple de prisonnier « non évadé », et il n’a plus sa place...


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Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-414-01073-8

 

© Edilivre, 2017

L'absent

 

Si les prisonniers d’Allemagne revenaient en France les uns après les autres, au village on restait sans nouvelles d’Edmond. Sans femme ni enfants, personne n’attendait son retour, sauf Mira, son chien, auquel il avait pensé chaque jour de sa captivité, en Prusse orientale. Et sa sœur, Jeannie !

Il avait bien un frère, André, avec qui il travaillait la terre, avant la seconde guerre mondiale. Mais cinq ans c’était long, et André avait fait sa vie, s’était marié et installé dans la ferme familiale. Edmond n’y avait plus de place.

Il avait vaguement une fiancée, Estelle. Qui lui envoyait des colis, en Prusse ! Il ne savait pas, ne savait plus, s’il l’aimait. Etre important à ses yeux lui avait maintenu la sensation d’exister, lui, le prisonnier. Le plaisir de n’être pas abandonné, l’encouragement à tenir bon pour revoir un jour le pays l’avaient sauvé. Au moins pour cela, pour ce cadeau inestimable, un lien maintenu, il aimait bien Estelle. Grace à elle, il avait gardé l’espoir, et la confiance, même les jours de solitude, et de très grand froid.

Le père d’Estelle, Mr Branchard, s’était démené pour qu’Edmond ait ses colis, et revienne en France, auprès de sa fille. Il souhaitait l’avoir comme gendre.

*
*       *

Depuis plusieurs semaines, Jeannie se rendait chaque après-midi à la gare de Calais, dans l’espoir du retour d’Edmond par le train de Paris. Il tardait, les jours passaient, et elle se désespérait de le revoir.

Ce mardi de juin 1945 à 16 heures, au bout du quai, il y avait pourtant un petit bonhomme courbé, maigre, habillé de vieux habits militaires, rugueux et sales. Ce ne pouvait être lui. Il avançait vers elle, les yeux enfoncés dans sa boîte crânienne, le regard accablé et triste, le visage creusé, la démarche trainante. C’était Edmond. Un être épuisé, à moitié mort.

Ils se regardèrent, une très forte émotion envahit Jeannie. Elle le serra dans ses bras. Edmond était enfin là. Sidéré, il ne pouvait s’exprimer, ni pleurer. Pas un mot ne sortait de sa bouche. Mais il était là ! Ils partirent en vélos.

Pour accéder à la ferme familiale, il fallait quitter la route principale à la sortie du village, et emprunter un chemin caillouteux et tortueux sur environ cinq cent mètres. Dans un léger creux se logeait le corps de ferme, maison d’habitation et étables en briques et tuiles rouges, au carré, avec au milieu de la cour le tas de fumier. Edmond retrouvait ce lieu qu’il aimait tant. Au début de sa captivité il y pensait constamment, puis les souvenirs s’étaient évaporés.

En compagnie de Jeannie, il resta longtemps dehors à admirer la ferme, sentir l’odeur du pays, retrouver le vent frais de la côte d’Opale, son soleil voilé, et sa verdure.

Avant de retrouver son frère dans la maison, il voulut caresser sa chienne Mira. Elle fit fête à Jeannie, sautant et lui léchant les mains. Mais à lui, elle n’adressa pas un regard, indifférente, comme s’il était devenu un étranger.

Son frère André avait désormais deux enfants. Edmond voulut s’asseoir à sa place habituelle, dans la cuisine, près de la fenêtre donnant sur le jardin. Il aimait s’y mettre avant guerre, dans son fauteuil Voltaire, et admirer le soleil couchant. Une commode en pin occupait désormais l’espace, son espace. Il comprit qu’il n’était plus chez lui, qu’il n’avait plus de chez lui. Sa chambre d’alors était occupée par ses nouveaux neveux et nièces. Restait la...