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L'Amérique espagnole - Ou Lettres civiques à M. de Pradt

De
208 pages

A M. DE PRADT, ancien Archevêque de Malines.

MONSIEUR,

SI je n’avais entendu répéter par des hommes instruits et amis de leur pays, que vous proposiez sérieusement à l’Espagne et à l’Europe l’émancipation volontaire de leurs possessions d’outre-mer, je n’aurais peut-être pas lu votre important ouvrage sur les Colonies ; je n’aurais pas su qu’il a été critiqué par les uns, loué par les autres, selon que chacun a vu, dans un jour différent, la question proposée.

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Simon-Barthélemy-Joseph Noël de La Morinière
L'Amérique espagnole
Ou Lettres civiques à M. de Pradt
OBSERVATIONS
PRÉLIMINAIRES
L’OUVRAGE de M. De Pradt, ancien archevêque de Malin es, ayant pour titre :Des Colonies et de la Révolution actuelle de l’Amérique ,eu un très-grand succès en a France. Le nom de l’auteur, la réputation que lui o nt valu ses autres écrits, ne pouvaient manquer de lui concilier d’avance beaucou p de suffrages. Il a donc obtenu un de ces triomphes que l’opinion décerne, quelquef ois sans examen, à ce qui présente un caractère ostensible de bienfaisance, d e libéralité, de grandeur ; et, comme il arrive presque toujours, on a d’abord appl audi, ensuite on a voulu examiner. Je ne dirai pas que l’opinion ait à regretter de s’ être prononcée d’une manière aussi favorable, et par une sorte d’acclamation. Je suis loin de croire qu’une foule d’hommes qui possèdent à un degré éminent toutes les connais sances nécessaires pour apprécier le mérite de l’ouvrage, n’ont cédé qu’à u n enthousiasme du moment, aussi prompt à s’évanouir que le prestige qui l’avait fai t naître. Je parlerais contre ma propre conviction ; mais je dirai que la matière à examine r, présentée d’abord sous les séduisans auspices de la Renommée, avait peut-être besoin de cette maturité qui ne s’obtient que du temps, pour être discutée avec cal me et jugée sans prévention. On a reproché à M. de Pradt un grand nombre de mépr ises en chronologie, en histoire, en géographie, etc. : on a eu raison. Ces anachronismes, ces citations inexactes de noms et de lieux, sont autant de tache s dans ses écrits. Un semblable défaut est capital dans un peintre ; car ce n’est p as simplement un manque d’habitude dans l’artifice du mélange des couleurs, mais une p reuve de l’ignorance des sciences auxiliaires, indispensables à son pinceau. S’il est permis de procéder par comparaison, ce défaut est inexcusable dans un écri vain. On a traité M. De Pradt avec une grande sévérité. S ans contredit, on aurait dépassé les bornes d’une juste critique, si M. l’ancien arc hevêque de Malines n’avait lui-même provoqué l’application de la loi du talion. Il trem pe quelquefois sa plume non dans l’encre, mais dans le fiel quand il s’agit de l’Esp agne, et dans l’acide sulfurique, lorsqu’il traite de l’insurrection. « Malheur à cel ui « par qui le scandale arrive. » Telles sont les paroles de l’Évangile. S’il est louable d’ être bon et généreux envers les Nègres et les Mulâtres, il ne l’est pas moins de se montrer équitable et impartial envers les Blancs. Je ne me suis point prescrit de discuter chacune de s propositions que renferme cet Ouvrage. J’ai choisi les huit principales, prévoyan t bien que plusieurs autres viendraient s’y rattacher naturellement. Les passions turbulentes, les espérances exagérées, n’ont pas, je crois, l’orgueil de se placer sur la même ligne que des considérations politiques du premier ordre. La cause de l’Espagne est celle de la France. Je me su is pénétré de cette vérité ; j’ai pris la plume, et j’ai composé ces Lettres.
PREMIÈRE LETTRE
A M.DE PRADT,ancien Archevêque de Malines. MONSIEUR, SI je n’avais entendu répéter par des hommes instru its et amis de leur pays, que vous proposiez sérieusement à l’Espagne et à l’Euro pe l’émancipation volontaire de leurs possessions d’outre-mer, je n’aurais peut-être pas lu votre important ouvrage sur le sColonies ;s, loué par les autres,n’aurais pas su qu’il a été critiqué par les un  je selon que chacun a vu, dans un jour différent, la q uestion proposée. Après l’avoir lu, je n’aurais pas été amené à prendre pour épigraphe de mes Lettres, cette phrase qui m’a le plus frappé par l’esprit d’équité qui l’a dictée . « Un homme est bien le maître de se faire, pour lui-même, un corps de doctrine et de pr incipes subversifs de la société dans laquelle il vit : tant qu’il les concentre dan s son cœur ou dans son intérieur, elle n’a pas le droit d’en con naître ; mais au moment o ù il les propage, il tombe sous sa 1 juridiction ( ). Les Lettres que je publie sont destinées à combattr e, soit une partie des faits que vous avancez dans votre plaidoyer en faveur de l’ém ancipation, soit plusieurs des conséquences que vous en avez tirées, trop libérale ment peut-être, pour la prospérité future du commerce des Deux-Mondes. Conduit par mes opinions à voir la proposition dans un rapport bien différent, je me présente pour glaner dans un champ où vous avez moissonné, à pleines mains, le bon grain et l’ ivraie. Je n’opposerai qu’un petit nombre de pages à deux volumes d’une assez grande é tendue. Il faut bien se rendre justice : il n’est pas permis à tout le monde de co mposer des livres, et d’être lu avec intérêt. En discutant l’ouvrage sur lesColonies,lequel vous vous êtes soumis, de dans votre volonté pleine et entière, à la juridiction p ublique, j’ai dû, par une réciprocité que vous ne désapprouverez pas, reconnaître votre tribu nal, et vous faire hommage de ces Lettres. Je ne partage pas vos principes sur l’ émancipation brusque et simultanée des possessions européennes d’outre-mer : elle est prématurée. Je repousse les moyens d’exécution que vous proposez : ils sont irr éfléchis, intempestifs. Mais ce dissentiment ne diminue en rien pour moi la considé ration personnelle qui vous appartient. Quelle que soit l’apparente sévérité qu e vous pourrez relever dans quelques expressions commandées par la nature même de la discussion, je ne perds pas de vue qu’à beaucoup d’égards, et malgré ses no mbreux défauts, la composition d’un tel ouvrage suppose toujours des connaissances très-étendues. Différer avec vous en idées politiques, Monsieur, n ’est pas différer en idées généreuses. Vous ambitionnez de voir l’Amérique éma ncipée sans restriction ; vous la contemplez riche de santé, jetant la robe prétexte loin d’elle, et revêtant la robe virile, ou pour parler votre langue, brisant les fers de l’ esclavage qu’elle supporte impatiemment depuis trois siècles ; vous voyez dans cet acte une source intarissable de bonheur pour elle ; vous en partez comme d’un pr incipe, pour lui prédire les plus heureuses destinées. De mon côté, je désire que l’Amérique conserve avec l’Europe les liens d’unité et d’intérêt qui l’associent à sa fortune depuis trois siècles ; je vois aussi, non un principe, mais une ère nouvelle de bonheur pour ell e, et une garantie de prospérité
pour l’Europe, dans la conservation du pacte social . Lequel des deux systèmes prévaudra ? Je l’ignore ; seulement j’ai l’espoir q ue l’ordre et la paix se rétabliront bientôt dans les contrées où règnent aujourd’hui l’ insubordination et la révolte ; mais désirer n’est pas obtenir ; vouloir et pouvoir ne s ont pas toujours une même chose. Malheureusement, il sera encore versé beaucoup de s ang ; il sera commis une foule de pillages, des milliers de familles seront ruinée s, avant que l’autorité légitime ne se soit ressaisie du sceptre que l’indépendance, plus audacieuse que redoutable, essaie de lui arracher. J’aborde les questions que je me suis proposé de traiter ; je prends celle qui marche la première dans l’ordre des faits. Je ne dissimule pas qu’en lisant l’ouvrage sur les Colonies, j’ai plus d’une fois regretté que l’auteur n’ait point abordé la questio n du droit, qu’il ait négligé de lui donner le pas sur celle du fait, et qu’il ne soit p oint entré dans son plan de discuter l’une et l’autre, sous les différentes considératio ns qui s’y rapportent. Il est vrai, Monsieur, que vous auriez eu moins de lecteurs. Un livre qui parle aux passions, tel que le vôtre, fait toujours une meilleure fortune q ue celui qui s’adresse à la raison. Il n’était pourtant pas indifférent à votre réputation , bien que je la reconnaisse indépendante de celle d’un livre, de vous emparer d e cette importante question, devant laquelle vous semblez reculer, comme si vous n’osiez la regarder en face. L’exposé de vos opinions y aurait gagné, parce qu’i l eût été plus réfléchi ; et, à coup sûr, vous auriez prévenu plusieurs objections que p rovoque, soit l’erreur dont l’examen vous a paru inutile, soit le silence que v ous avez gardé. En confondant sous une dénomination générale les Co lonies avec les conquêtes, et ne faisant aucune distinction entre elles, surtout pour ce qui concerne l’Espagne, n’avez-vous pas craint de laisser croire que vous n égligiez l’examen de cette question, non par l’impuissance de la traiter, car vos talens vous garantissent d’un tel soupçon, mais par une sorte de dédain pour la discussion des droits des nations conquérantes ? N’est-ce point plutôt, s’il est perm is de préjuger votre intention, parce que, dans votre politique, le droit de conquête ne vous paraît point compris dans le droit public, et que dérivant du droit de guerre, i l n’équivaut pas avec le temps au droit de propriété ? Cependant sur la partie du globe civ ilisé que nous connaissons le mieux, à l’exception des Chinois et des Indiens, il n’y a peut-être point de nation qui soit aujourd’hui propriétaire, par droit d’origine. Je pourrais dire plus : les Chinois de e nos jours sont des Tartares ; et qui pourrait m’ass urer que les Indiens du XVIII siècle sont le peuple que ne put soumettre Alexandre ? Sans doute il y a eu, il y a encore des Colonies, m ais beaucoup moins que vous ne croyez. Ce nom ne doit rigoureusement se donner qu’ à un petit nombre de Colonies pures, à celles qui se sont formées avec la populat ion qu’envoyait la métropole, et qui ne s’est point mélangée avec les indigènes. De cett e classe étaient la Virginie, la Pensylvanie, etc., avant la guerre qui s’est termin ée par la liberté des Etats-Unis. Un plus grand nombre d’autres Colonies modernes a é té formé par des réunions d’aventuriers qui, dans l’origine, ne songeaient gu ère à se procurer des établissemens fixes au delà des mers. Ils quittèrent leur patrie pour faire fortune, et pouvoir ensuite vivre chez eux du fruit de leurs expéditions sur me r, quand l’âge viendrait les rendre inhabiles au métier de flibustiers. Jamais l’idée d e former des Colonies ne se présenta à leur pensée, dans ces premiers temps. Sans missio n comme sans but, sinon de piller ce qui offrait de la valeur, de détruire ce qui n’en avait pas, ce furent le dégoût de leur profession et le besoin du repos qui les amenè rent à soupçonner qu’ils pouvaient se créer un genre de vie plus calme, à l’abri des f atigues et des dangers qu’ils avaient
bravés jusqu’alors. C’est ainsi qu’en avaient usé l es Normands, quand ils se fixèrent en Neustrie. Anglais et Français, lorsque ces aventuriers se par tagèrent, en 1660, les îles du golfe du Mexique, dont ils étaient alors en possess ion, cet acte fut consommé sans que l’autorité des gouvernemens respectifs y interv înt. La volonté des co-partageans régla seule tous les intérêts. Chacun occupa la por tion du territoire de l’île, échue aux hommes de sa nation. C’est ainsi que la Martinique, la Guadeloupe, la Grenade, devinrent des propriétés françaises, tandis que les Barba-des, Antigoa,Tabago, etc., se couvraient d’aventuriers anglais, et que les mal heureux Caraïbes, originaires de toutes ces îles, étaient forcés de se cantonner dan s la Dominique et Saint-Vincent. Ainsi, dans l’espèce, il n’y eut réellement pas decolonie fondée, ni denation fondatrice,comme on le voit pour les Philippines, les Mariann es et autres îles. Ces hommes, qui semblaient perdus pour la patrie, n ’eurent donc pas eu en vue de se rendre utiles à la métropole ; mais ils n’en tir èrent pas cette conséquence que la métropole n’avait pas le droit de réclamer de leurs personnes et de leurs biens tous les avantages qu’elle en pourrait recueillir. L’aut orité du souverain vint, quoiqu’assez tard, leur imposer un régime plus ou moins parfait, qui rattacha leurs affections et leurs intérêts à la patrie, et ouvrit entre ces colonies et cette dernière des relations de commerce, qui tournèrent sensiblement au profit de la métropole. Car, il ne faut pas se le dissimuler, toutes ces colonies et Saint-Domingu e surtout, donnèrent aux produits de l’industrie française une valeur qu’ils n’auraie nt point eue sans elles. On peut même dire, sans être taxé d’exagération, que plusie urs ports de commerce leur doivent la richesse, et en quelque sorte l’existenc e politique. Personne ne révoquera en doute que, sans le commerce des Colonies, le Hâv re-de-Grâce, par exemple, n’aurait pas aujourd’hui une haute importance, et s erait resté l’égal d’Harfleur. Je pourrais citer plusieurs autres sortes de Colonies, dont l’origine se complique avec diverses causes ; mais il me suffit d’établir que c elles des deux classes que je cite, n’ont pas, sous le rapport du droit de propriété et de possession, le moindre point de contact avec l’Amérique espagnole. Le style dédaigneux des trois ou quatre phrases dan s lesquelles vous parlez du droit de possession, n’en impose ni à l’histoire ni au droit public. Souvent, vous refusez de consulter l’une, vous substituez vos pro pres assertions à son témoignage ; vous écartez l’autre, parce qu’il est contraire à v os préjugés. Placé très à l’aise, et dispensé dès-lors d’assigner aux différentes sortes de possession, des limites, telles que l’usage et la raison les ont avouées depuis plu sieurs siècles, il vous a été facile de tirer d’un principe faux, beaucoup de conséquenc es inexactes, et de faire prévaloir des propositions erronées, que personne ne s’est do nné le soin de contester, parce que le fond était admis sans examen et réputé non c ontestable. Vous conviendrez pourtant qu’avant de rendre publiq ues vos réflexions sur une matière aussi importante, il semblait nécessaire de conserver une distinction positive entre les conquêtes du prince, et les Colonies de l a nation, entre ces dernières et les simples factoreries ou comptoirs de commerce. Dieu ditque la lumière soit, et la lumière fut ; mais il ne suffit pas de dire aujourd ’huique toutes les Colonies soient libres, il faut savoir auparavant sitoutes doivent l’être.le moins approfondi L’examen vous aurait bientôt prouvé que les unes ne peuvent rompre la communauté, parce qu’elles font essentiellement partie intégrante d’u n royaume d’Europe, quel qu’il soit ; que les autres le peuvent encore moins, parce qu’el les ne sont pas mûres pour une émancipation prochaine, et que leur destination fut ure doit varier, suivant que l’exigera le principe de leur institution.
Que d’erreurs découlent de la négligence de cet exa men ! Que de contradictions ! que de taches en résultent pour l’ouvrage ! En affectant de ne vous servir que du motColonies,désigner la vaste portion pour de continent et les îles que l’Espagne possède en A mérique et dans les Indes, auriez-vous cherché à faire croire que les contrées et les îles conquises, et depuis possédées sans interruption par elle, ne font point partie intégrante de son territoire ? Auriez-vous conclu de là qu’à titre de Colonies, el les ne sont point tenues de reconnaître ses lois au même degré que le sont en E urope le royaume de Valence, par exemple, la Catalogne ou la Galice ? Ce serait, suivant moi, une grande erreur. L’Espagne a peu de Colonies, proprement dites, et p resque tout ce qu’elle possède hors de la péninsule est propriété positive et doma niale, comme le sont de la Porte-Ottomane, les îles de Chypre, de Candie et de Rhode s, tomme le sont la Syrie, l’Egypte, etc., qu’on ne s’est jamais avisé d’appel er desColonies turques. La partie méridionale du continent de l’Amérique, q ui appartient à l’Espagne, s’appelle en castillan,los Reynos de nueva España,royaumes de la Nouvelle - les Espagne. Ils sont désignés par ce nom, depuis un te mps très-ancien, celui même de 2 la conquête ( ). Las Casas, qui plaida la cause des Indiens oppri més, n’en a pas moins publié un ouvrage, dans lequel il établit le droit de souveraineté de l’Espagne 3 sur l’Amérique. ( ). Il considérait si bien les terres conquises comm e une dépendance absolue et immédiate du domaine espagnol, qu’il dem andait que tous les Indiens (ceux de l’Amérique Espagnole) payassent un tribut à Charles-Quint. D’après les principes religieux que professait le vénérable évê que de Chiapa, il ne se serait pas exprimé en ces termes, si, dans son opinion politiq ue, il avait assimilé l’Amérique à une simple Colonie. Il n’appartenait qu’à un petit nombre de modernes d’avoir cette étrange prétention, toute démentie qu’elle étoit d’ avance par le témoignage de l’histoire. Les îles, soit de l’Amérique méridionale, soit de l ’Asie, qu’on peut appelerColonies, lorsqu’elles n’ont pas été conquises par la voie de s armes, mais qu’elles présentent des établissemens de culture, de commerce, que les naturels ont consentis, sont 4 nomméeslas islas de las Indias), comme nous disons en France, les îles des Indes ( lesîles françaises,pour désigner nos Colonies. La partie intégrante du domaine se compose, pour mo i, de tous les royaumes du continent américain, conquis par la voie des armes. Les Colonies, au contraire, sont de simples établissemens faits successivement dans les îles des deux Indes, en vue d’étendre le commerce. Quelques-uns de ces derniers sont restés sur le mêm e pied ; d’autres se sont éloignés de leur état primitif, et doivent presque être assimilés à des conquêtes, parce que, dans les différens qui se sont élevés entre le s Européens et les indigènes, ceux-ci ont succombé, et par suite, leur territoire a ét é usurpé et occupé. Mais les véritables conquêtes, dans le sens que j’attache à ce mot, son t celles qui ont été opérées avec les bâtimens, les hommes, les armes, l’argent du pr ince et avec sa mission authentique. Or, tel est le rapport dans lequel se trouve l’Espagne, à l’égard de l’Amérique espagnole.
1M. DE PRADT,Des Colonies et de la Révolution actuelle de l’Amérique,I, 280.
2La tierra que por ahora descubriò y sujetò à la corona de Castilla, Hernande .... Cortès, en honor y gloria de los Españoles, se Ilam ò Nueva España. SALAZAR, Monarquia de España,II, 85.
3pado universal que los ReyesTratado comprobatorio del Imperio soberano y Princi de Castilla y Leon tienen sobre las Indias, 1552.
4re deC’est de là que les rois d’Espagne prennent le tit rois des Indes,(Reyes de las Indias orientales y occidentales)que les rois d’Angleterre ont celui de ainsi rois d’Irlande.Cette île est une conquête faite sur les naturels, comme l’a été depuis celle du Mexique sur les Mexicains. Les droits des souver ains de l’Irlande étaient les mêmes au temps de Henri II, roi d’Angleterre, que c eux de Montezume, à l’époque de l’invasion de Cortès. Pourquoi l’odieux de la conqu ête et du titre ne retomberait-il que sur les Espagnols ?