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L'Épopée, la traversée en Acadie

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Description

En juillet 1632, la flotte du gouverneur Isaac Razilly traverse l’impétueux océan Atlantique en direction de l’Acadie. Des Français de tous métiers s’embarquent sur ces navires de bois et de chanvre, munis de la toute dernière nouveauté technologique en navigation, la boussole.
Si l’un de ces ancêtres du milieu des années 1600 se présentait à notre porte, nous serions estomaqués de son absence de connaissances jugées de base selon nos critères d’aujourd’hui ; nous serions médusés de ses croyances abracadabrantes et apeurés de ses procédés médicinaux, mais abasourdis par ses capacités manuelles, sa grande logique, sa volonté, sa résilience et sa force de caractère.
Étude historique, cet ouvrage est aussi un portrait de la vie en mer dans les années 1600 : une histoire de courage, de savoir-faire, de privations de toutes sortes et d’endurance physique, d’inconfort, de faim, de maladie, de colères de l’océan et de crainte des sabres d’abordage…

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Date de parution 10 mai 2017
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EAN13 9782823118490
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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Kathleen Juneau Roy
L’Épopée
La Traversée en Acadie
Histoire
Éditions Persée
Les informations contenues dans ce livre reflètent les connaissances que nous avons aujourd’hui, en 2016, sur cette période encore nébuleuse de l’histoire des Acadiens. Celles-ci pourraient différer au fur et à mesure que les archives livreront leurs secrets…
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© Éditions Persée, 2016 Pour tout contact: Éditions Persée – 38 Parc du Golf – 13 856 Aix-en-Provence www.editions-persee.fr
À Yves, Érik et Cindy
REMERCIEMENTS
l y a tellement de personnes qui m’ont apporté leur aide et leur soutien au cours des Inombreuses années pendant lesquelles j’ai effectué mes recherches généalogiques et historiques sur les Acadiens, l’histoire de la Fran ce, de la marine, de la médecine et des e croyances du XVII siècle, que ma plus grande crainte est d’oublier qu elqu’un. Je pense aux parents, aux amis et à mes nombreux co llègues, généalogistes ou historiens qui m’ont apporté leur aide, qu’ils rési dent au Québec, au Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Écosse, en France ou encore aux États-U nis et qui ont participé chacun à leur manière à la concrétisation de cet ouvrage. Au x archivistes patients et passionnés et à tous les chercheurs que je ne connais que par la correspondance. À Ian Gouez pour sa formidable photo « Lever de lune sur la mer ». À Al ain Denis, résidant de Beaumont-en-Véron qui est allé prendre des clichés du château d es Razilly avec son véhicule tout-terrain, expressément pour ce volume. Aux associati ons qui ont facilité mes recherches et m’ont épaulé, dont la Société d’histoire et de g énéalogie de Shawinigan, Patrimoine Bécancour et la Société acadienne Port-Royal. Je ti ens à exprimer ma gratitude à toutes ces personnes et sociétés par qui ce livre est deve nu possible. J’en profite également pour souligner les encourage ments des membres de ma famille qui ont cru en moi et qui sans relâche, au fil des ans, ont si bien garni ma bibliothèque. Je tiens à saluer tout spécialement mon conjoint po ur sa compréhension devant ma soif insatiable d’en connaître toujours davantage. Je termine en remerciant les individus qui ont tran sformé mon manuscrit en un bouquin publié, mon éditrice Marie Dubos et toute s on équipe pour leur formidable travail, leur écoute attentive et leur confiance. Kathleen Juneau Roy
INTRODUCTION
a généalogie mène à la découverte d’une multitude d ’ascendants et lorsque les noms Lme furent connus, ce sont les personnes et leur his toire, la petite comme la grande, que j’ai voulu savoir. Cet ouvrage est le fruit de plus de douze années de recherches généalogiques et historiques et d’une curiosité ins atiable pour la connaissance de ceux qui nous ont précédés, de leurs rêves, de leurs amo urs, de leurs façons de vivre, mais aussi de survivre. L’idée de ce volume a lentement pris forme au fil d e mes découvertes alors que je faisais des fouilles dans les registres pour offrir à mes enfants leur ascendance maternelle et paternelle. J’eus d’abord l’agréable surprise de découvrir nos origines acadiennes et une réponse amenant dix questions, je me suis retrouvée malgré moi au cœur d’une épopée fantastique. Les feuilles de note s se sont accumulées et je me suis finalement rendu compte que l’histoire acadienne de mes descendants retraçait en fait celle d’une multitude. J’ai cependant désiré explorer un côté moins connu, soit celui de la traversée elle-même. J’ai choisi de chausser les sabots de nos anc êtres et de refaire avec eux cette croisière océanique. Mes recherches ont touché les domaines les plus divers afin de reproduire le plus fidèlement possible ce portrait de leur voyage vers l’Acadie. Ce volume se veut le récit au quotidien du passage des premiè res familles françaises en Amérique. Il tente de répondre aux nombreuses questions, très légitimes, que se posent les habitants du continent nord-américain que nous somm es.Qui a rendu possible cette périlleuse odyssée? Pourquoi ces Français se sont-ils embarqués pour cette incroyable aventure… et avec qui? Comment ce baptême océanique s’est-il déroulé? Nos ancêtres français, Doucet, Terriot et Bourg, po ur n’en nommer que quelques-uns, ont mis pied à terre en sol d’Amérique le 8 septemb re de l’année de grâce 1632. C’est leur histoire que je raconte ici. Vous découvrirez les innombrables péripéties et dangers auxquels ils ont dû faire face, leurs peurs, leurs angoisses et leurs surprenantes croyances. Vous connaîtrez les extraordinaires remè des utilisés par le chirurgien du navire pour soulager leurs maux et maladies et vous comprendrez la force et le courage dont ces gens simples ont fait preuve pour réaliser leurs aspirations. C’est avec plaisir que je vous convie à monter à bo rd, à vivre cette stupéfiante épopée et à partager l’existence de nos ancêtres le temps d’une traversée. Dans un second tome, je vous ferai découvrir leur vie en Acadie au fil des années jusqu’en 1755 et un troisième tome viendra clore l’Épopée avec le récit de leur exil et de leur enracinement en terre québécoise. Certaines histoires commencent tel un conte de fées , mais rapidement virent au cauchemar pour finalement se retrouver de plain-pie d dans la rude réalité de la vie. Voici l’une d’elles. Il était donc une fois… Sur de grands voiliers, ils se sont embarqués… puis Dieu, ils ont prié.
Et nous voilà… résultat de la somme de tant de gène s, d’histoires et d’amours.
Kathleen Juneau Roy, GFA
1 LE ROI EST MORT! VIVE LE ROI!
l était une fois dans un pays lointain qu’on appell e la France, un petit prince qui se Iprénommait Louis. Enfant de santé délicate, il naqu it, fils du grand monarque Henri IV et de sa femme Marie de Médicis. Bien avant que Louis ne vienne au monde, son père lui désigna un médecin personnel en la personne de mons ieur Jean Héroard, un docteur consciencieux et très méticuleux, dans la force de l’âge. À partir du moment où le nouveau-né voit le jour, l e 27 septembre 1601, et pour les 26 années qui suivront, monsieur Héroard prendra un so in jaloux de son Louis. Il consignera dans un journal les moindres faits et gestes du pet it, de la couleur de son teint le matin à 1 ce qui compose le menu de son dîner, rien ne sera p assé sous silence. Son altesse Louis a l’insigne honneur d’être le premier enfant du couple royal et de ce fait, l’héritier de la couronne, futur roi de France. Le vieux château médiéval situé à Saint-Germain-en- Laye, une des propriétés de la monarchie française, sert de lieu de résidence au « dauphin » qui y est élevé au grand air. Quel nom bizarre que celui utilisé en France à cette époque pour désigner l’héritier présomptif qui devra monter sur le trône! Une vingtaine de personnes s’affairent à son service et à son bien-être. Tout d’abord, on retrou ve à son chevet une nourrice, puis des femmes de chambre et une « remueuse », c’est-à-dire celle qui doit laver le bambin et changer ses langes. Vient ensuite un valet de chamb re qui le porte, un huissier de salle et un garde suisse. Lui sont aussi expressément att itrés, un portefaix pour transporter les fardeaux, un page, un joueur de luth et un violonis te. Il ne faut pas oublier le lavandier pour blanchir le linge ainsi que l’apothicaire pour concocter des remèdes et des potions de tous genres. Un sommelier, quant à lui, s’occupe ra de la qualité du vin et veillera à ce que celui du jeune prince soit coupé avec de l’eau. Un aumônier dirigera cette suite princière, cela va sans dire. Travaille pareillement en ces murs, tout le personn el de soutien qu’un aussi grand 2 bâtiment exige. Nous n’avons qu’à penser aux troupes de la garde r oyale, aux nombreuses personnes qui s’activent aux cuisines, à la forge, au moulin, au pigeonnier, aux jardins, aux écuries, etc. Un château, c’est be aucoup de monde. Le petit seigneur ne s’inscrit toutefois pas comme étant le seul dans ce tte enceinte à qui l’on doit prodiguer des soins, car tous ses frères et sœurs, qu’ils soi ent conçus de façon légitime ou non, grandiront en ce lieu. Leurs parents, le roi de Fra nce et sa reine, vivent dans un nouveau palais qu’on appelle le Louvres et ils viennent leu r rendre visite de temps en temps. La plupart du temps, ils s’y rendent chacun leur tour. Louis aime son papa avec passion, crainte et admiration. Il lui obéit avec empresseme nt et Sa Majesté lui démontre une 3 tendresse et une affection touchantes. Il lui arrive de faire manger lui-même son petit 4 garçon. On le voit lui donnant du pain beurré, de l a gelée et un peu de vin. Pour l’enfant, c’est vie de château et jour de fête lorsque son pè re se trouve à la maison. Très tôt, Henri IV décide de former le jeune prince aux principes de la royauté. Son fils ne cumule que huit chandelles sur son gâteau d’anni versaire lorsqu’il assiste à sa toute première assemblée royale. Si cela peut sembler int imidant pour un petit garçon, le dauphin s’y sent quant à lui tout à fait dans son é lément. Louis, d’une nature bonne et affectueuse doublée d’une intelligence très vive n’ en demeure pas moins instinctivement très autoritaire. Il brille par sa galanterie comme par ses réparties et sa mémoire
d’éléphant en étonne plus d’un, car il se souvient de menus détails dont on lui a parlé il y 5 a longtemps. Il étudie avec sérieux et application et suit des cours de lettres, de mathématiques et d’histoire, mais également de musi que, de danse, de peinture et de dessin. Les armes et les chevaux constituent sans c ontredit ses domaines de prédilections. Très jeune, notre monarque s’exerce à l’arc et à l’arquebuse. Un jour qu’Henri IV passe rue de la Ferronnerie à P aris pour aller rejoindre son armée, il est froidement assassiné par un extrémiste catho lique, démuni et affamé, dont les 6 problèmes mentaux lui avaient enlevé toute chance d ’entrer en religion. L’héritier, d’un seul coup, devient orphelin et le nouveau souverain de France. Le roi est mort! Vive le roi! Il s’appelle désormais Louis XIII, et vient à pei ne de fêter son neuvième anniversaire. La mort de cet homme, à qui il vouait une grande ad miration, s’inscrit comme étant la première d’une série de dures épreuves que Louis de vra affronter au cours de sa vie. Le jeune âge de Louis l’empêche de régner sur son e mpire français. Pour le moment, c’est donc sa mère qui en assurera la régence. Prin cesse d’origine italienne, elle est cependant entourée de courtisans plus intrigants et avides les uns que les autres. De plus, acoquinée avec le marquis Concini, qu’elle no mme maréchal d’Ancres sans qu’il n’ait jamais porté une arme de toute son existence, elle dirige le pays avec incompétence. Sa façon de gouverner et son associat ion avec ce monsieur Concini vont voir les problèmes se multiplier au sein du royaume de notre souverain en devenir. Quand la nouvelle de la naissance de l’infante d’Es pagne Anne d’Autriche avait atteint la France le 28 septembre 1601, la reine avait envi sagé sur-le-champ le mariage des 7 deux bébés. Mais il aura fallu la mort de son mari Henri IV po ur que Marie de Médicis mette son plan à exécution. Croyant pouvoir réunir la France et l’Espagne, la reine mère oblige son fils de 14 ans à marier ladite demoisell e, fille du roi d’Espagne, âgée elle aussi d’à peine 14 ans. Loin de régler quelques difficult és que ce soit, cette alliance va plutôt en créer de nouvelles. La relation de Louis XIII av ec sa mère diffère énormément de celle qu’il entretenait avec son père. Cette femme d’une nature froide et à la moue dédaigneuse l’intimide. Il la trouve même hautaine, sans grande intelligence et antipathique. Elle ne bavarde d’ailleurs que très p eu avec ses enfants et ceux-ci ne l’aiment pas beaucoup. Ils la respectent et la crai gnent surtout, car elle parle haut et fort, 8 d’un ton cassant et sans réplique. Louis, en grandissant, voit ses talents artistiques évoluer. Il dessine et pratique l’aquarelle, ce qui deviendra d’ailleurs fort utile plus tard pour cartographier les champs de bataille. Il s’illustre aussi comme musicien et compositeur, en plus de savoir très bien 9 danser. De nature impérieuse, il demeure sans cesse prêt à l’action, l’œil et l’oreille constamment aux aguets. Ce roi démontre une grande ardeur dans ce qu’il entreprend, possédant robustesse, force et santé de corps comme d’esprit. Il révèle une voix puissante et sèche, un peu comme sa mère ne lui en déplaise, mais il semble toujours 10 de bonne humeur, chantant, parlant et plaisantant. Il tire bien à l’arc et détient même une collection d’arquebusesctionne: en bois, à rouet, à serpentin et à mèche. Il affe toutes les armes, en fait, quelles qu’elles soient. Avec le temps, Louis est devenu un estimé fantassin jumelé à un mousquetaire éprouvé. Vaillant soldat, le jeune monarque se soucie bien peu des dangers et sait se montrer e xtrêmement actif et utile. Malgré son rang, il s’adapte facilement et sans hargne aux com modités rudimentaires de la vie courante d’une armée en campagne.
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Maintenant arrivé à l’âge adulte, notre roi sans tr ône se rend compte que la manière de gouverner de Marie de Médicis et de Concini va à l’encontre de tout ce que son père souhaitait. Henri IV s’était avéré un grand et bon souverain. Il avait dirigé et administré son royaume d’une façon sage et paternelle et Louis aspire à marcher dans ses traces et à continuer ce que son aïeul avait commencé. Sous l a régence de sa mère, la puissance et la prospérité de la France diminuent continuelle ment alors qu’elles n’avaient cessé de croître sous le règne de son bien-aimé père Henri IV. Le monarque orphelin décide alors de prendre le pou voir. Il ordonne en premier lieu d’assassiner monsieur Concini. On lui obéit sur-le- champ et trois coups de pistolet, tirés à bout portant par le baron de Vitry, mettent fin a ux jours de l’intrigant. Il se débarrasse ensuite facilement de la femme de celui-ci, puisqu’ elle est déjà accusée de sorcellerie. La pauvre est donc décapitée et brûlée sur le bûche r, tel que la loi le prescrit. Pour terminer, il exile sa mère, Marie de Médicis, au ch âteau de Blois. Si sa méthode pour accéder au trône peut paraître pour le moins dracon ienne, elle reflète bien les façons de faire du temps. Partout au pays, on se réjouit et l ’on s’écrit: « Vive le roi! Le roi est 11 roi! »
***
Sa Majesté se démarque par son intelligence. Elle c omprend rapidement et n’allez surtout pas lui raconter d’histoire, car la naïveté ne fait pas partie de ses caractéristiques. Le nouveau monarque démontre une grande habileté en administration, il se montre consciencieux et exact lorsqu’il annote les rapport s et il règle dans le menu détail l’habillement, les vivres, les soldes et les garnis ons de ses troupes. Louis fait preuve de sincérité et de franchise, quand on lui pose une qu estion dont il ignore la réponse, il 12 avoue très simplement qu’il ne sait pas. Cependant, il demeure impétueusement 13 autoritaire. Maintenant sur le trône, il assume son rôle, il co mmande et de plus on le 14 15 redoute. Le souverain reste par contre un homme bon, juste et humain. Surtout, il est très aimé de son entourage. Fervent catholique et très pieux, il combat les pro testants, mais seulement parce que les villes de cette confession se targuent de bien accueillir les ennemis de la France. Les religionnaires français deviennent alors enclins à se révolter de peur de perdre les avantages qu’ils ont acquis sous le règne du roi He nri IV. Si Louis XIII souhaite instaurer un catholicisme d’État, il ne tient aucunement à im poser une religion à ses sujets. Ils laissent les gens croire en ce qu’ils veulent pour autant qu’ils ne se rebellent pas contre 16 la couronne de France. Il compte d’ailleurs nombre de huguenots parmi ses officiers et même son père Henri IV apparaît avoir appartenu au calvinisme avant de s’être finalement soumis au pouvoir de Rome. « Huguenot », de l’arpitaneyguenotqui signifie un membre de la confédération genevoise combattant le duc de Savoie, devient le drôle de nom par lequel les protestants français sont app elés à cette époque. Le roi se préoccupe beaucoup de ses sujets et met s on influence et son autorité au service des plus démunis. Il aide un saint homme, V incent de Paul, à fonder une congrégation religieuse destinée à venir en aide au x plus pauvres. Il crée également le premier office pour le recensement des chômeurs et des invalides. Louis XIII permet aussi aux membres de la Compagnie de Jésus, les Jés uites, d’ouvrir des écoles. Malgré ses honorables actions, le monarque de France possè de de féroces ennemis et il doit faire face à plusieurs complots. Certaines personne s conspirent pour lui enlever la vie et
d’autres fomentent pour lui ravir sa couronne, car notre souverain attend toujours qu’un héritier voit le jour. Il devra patienter encore un bon moment, vingt-trois ans pour tout dire, puisque la naissance d’un futur roi n’aura li eu que le 5 septembre 1638, le jour où la reine lui donnera enfin le fils tant désiré. Leurs Majestés auront alors atteint l’âge de 36 ans, et cet enfant « miraculeux » deviendra le bien connu Roi-Soleil ou Louis XIV le Grand si vous préférez, mais ça, c’est une autre hi stoire. Parmi les grandes menaces auxquelles Louis XIII dit Le Juste doit faire face, il y a celle de son frère, Gaston d’Orléans. Héritier pote ntiel, celui-ci organise plusieurs révoltes dans le but de prendre le pouvoir et de lu i ravir la couronne. Louis doit se protéger également de ses demi-frères, tel le duc d e Vendôme. Il ira même jusqu’à en enfermer quelques-uns que l’avidité aveugle. Toujours détenue, sa mère Marie de Médicis réussit à descendre une échelle de corde de quarante mètres de long fichée sur la façade du château de Blois. Un de ses intendants la précède et un autre se glisse juste d errière elle, tandis que le reste de sa cour se lance à leur suite dans ce périlleux parcou rs. Même si la reine mère avait revêtu sa meilleure robe pour les circonstances, leur desc ente devient de plus en plus pénible, les vêtements de l’époque n’étant pas vraiment conç us pour l’athlétisme féminin. Son surplus de poids important et son âge avancé pour c ette ère (elle compte tout de même quarante-six printemps) ne l’ont sûrement pas aidé non plus. La reine, à bout de souffle lorsqu’elle atteint enfin la terrasse, se déclare i ncapable d’aller plus loin. On installe donc un long manteau en guise de toboggan sur la partie d’un mur déjà tombé et on la fait glisser le long de cette pente jusqu’au sol, lui pe rmettant ainsi de s’échapper. Ses bijoux et ses plus précieux trésors transportables ayant é té mis dans un gros coffre, ils sont traînés par ses gardes. Elle rejoint son allié le d uc d’Épernon à Angoulême. La reine mère dresse alors sa propre armée contre celle de s on fils, mais heureusement l’armée de Louis l’emporte. En avril, Louis XIII et sa mère trouvent enfin un compromis et signent 17 un traité. En 1626, Pour ajouter aux soucis du souverain, sa f emme, la reine Anne, en très mauvais termes avec son mari, participe à un complo t visant son assassinat. Le roi faisant preuve d’une grande ferveur catholique ne p eut penser au divorce, mais désormais ils vivront séparés pour un long moment. La vie de château semble beaucoup plus dangereuse et vraiment moins reposante qu’on a urait pu le croire.