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L'ombre de la guerre froide

De
304 pages
L'un des aspects centraux de la guerre froide fut l'interaction entre politique étrangère et intérieure. Cette dépendance était plus profonde dans les pays qui, comme la France et l'Italie, avaient un parti communiste fort. L'histoire du parti socialiste italien est typique de ce conditionnement. Les protagonistes de cet ouvrage sont les leaders mondiaux, les partis socialistes de l'Internationale, les membres anonymes des sections ou les permanents du parti. Ce système d'interaction propose un nouveau point de vue sur les imbrications de la guerre froide.
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Paolo Mattera
L’ombre de la GUERRE FROIDE
Socialistes italiens, Internationale socialiste et ÉtatsUnis (19451966)
L’ombre de la guerre froide Socialistes italiens, Internationale socialiste et États-Unis (1945-1966)
Paolo MATTERA
L’ombre de la guerre froide
Socialistes italiens, Internationale socialiste et États- Unis(1945-1966)
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343- 13348-5 EAN : 9782343133485
Introduction Tout récemment, les études sur la guerre froide ont connu une profonde évolution qui a placé le système d’interaction et 1 d’interdépendance dans une perspective à long terme . Au cours des dernières années, de nouvelles recherches ont été développées et de nouveaux points de vue adoptés. Les chercheurs se sont éloignés de la perspective strictement euro-atlantique et ont étendu leur domaine de recherche : en partant de leur objet traditionnel - l’histoire politico-diplomatique – et en arrivant à une plus vaste gamme « d’approches concernant l’histoire culturelle, sociale, des droits humains, des médias, 2 économique et culturelle ». C’est avant tout le choix des 1  Akira Iriye (dir.),Global Interdependence : The World after 1945, Cambridge, Massachusetts, Harvard University Press, 2014 ; Prasenjit Duara, « The Cold War as a historical period: an interpretive essay », inJournal of Global History, vol. 6, 2011, n. 3, pp. 457-480. 2  Federico Romero, « Cold War Historiography at the Crossroads », inCold War History, vol. 14, 2014, n. 4, p. 686. Parmi les indénombrables exemples de décentralisation du focus euro-atlantique, voirRobert J.McMahon (dir.), The Cold War in the Third World, Oxford-New York, Oxford University Press, 2012 ; Tuong Vu et Wasana Wongsurawat (dir.),Dynamics of the Cold War in Asia: Ideology, Identity, and Culture, New York, Palgrave Macmillan, 2009 ; Gilbert Joseph and Daniela Spenser,In from the Cold. Latin America’s New Encounter with the Cold War, Durham, North Carolina, Duke University Press, 2008 ; Hal Brands,Latin America’s Cold War, Cambridge, Massachusetts, Harvard University Press, 2010). Pour les nouveaux champs de recherche, voir Heonik Kwon,The Other Cold War,New York, Columbia University Press, 2010 ; James Schwoch,Global TV. New media and the Cold War; Patrick Major and Rana, Urbana, University of Illinois Press, 2009 Mitter (dir.),Across the Blocs. Cold War Cultural and Social History, London, Frank Cass, 2004 ; Ronnie D. Lipschutz,Cold War Fantasies. Film, Fiction, and Foreign Policy, Lanham, Massachusetts, Rowman & Littlefield, 2001 ; Annette Vowinckel, Marcus M. Payk et Thomas Lindenberger (dir.), Cold War Cultures. Perspectives on Eastern and Western European Societies,
3 curateurs de la.Cambridge History on the Cold War Cependant, ce cadre a suscité des doutes sur le danger de délayer le sujet dans un domaine trop vaste ; c’est pourquoi « les études sur la guerre froide – comme l’a signalé Holger Nehring – ont perdu un objet d’enquête clair et une 4 conceptualisation précise de ce qui constitue leur sujet ». Dans ce cadre, le noyau de la guerre froide reste cependant celui des connexions entre la politique internationale et la politique intérieure. La confrontation Est-Ouest ne se limitait pas à orienter les choix en politique étrangère, mais conditionnait fortement la vie politique intérieure de chacun de ces pays. C’était un fait évident, acquis par les observateurs et par les chercheurs. Pourtant, malgré « ce consensus apparent, l’étude de l’enchevêtrement entre politique intérieure et politique internationale » a été pendant longtemps « un des nœuds irrésolus » des recherches historiques, principalement en 5 Italie . Les études semblaient se développer selon des voies parallèles. Les synthèses sur l’histoire nationale, qu’il s’agisse d’ouvrages de vulgarisation ou d’ouvrages s’adressant à un public spécialisé avec une documentation plus riche, laissaient bien peu d’espace à la politique internationale, en la plaçant substantiellement au second plan 6 par rapport aux événements intérieurs . D’autre part, les études de politiques étrangères s’inséraient dans la tradition de l’histoire des traités et des relations entre États, renvoyant les aspects 7 intérieurs au second plan . Il s’agit là d’une attitude répandue New York, Berghahn Books, 2012 ; Sandrine Kott, « Par-delà la guerre froide. Les organisations internationales et les circulations Est-Ouest (1947– 1973) », inVingtième Siècle. Revue d’histoire, vol. 109, 2011, no. 1, pp. 142-154. 3  Melvyn P. Leffler, Odd Arne Westad (dir.),The Cambridge History of the Cold War, Cambridge, Cambridge University Press, 2010. 4  Holger Nehring, « What Was the Cold War ? », inThe English Historical ReviewCold War, vol. 127, 2012, p. 923. Voir aussi Federico Romero, « Historiography »,Op.cit., p. 688. 5  Leopoldo Nuti,Gli Stati Uniti e l’apertura a sinistra. Importanza e limiti della presenza americana in Italia, Roma-Bari, Laterza, 1999, p. VIII. 6 Paul Ginsborg,A History of Contemporary Italy. Society and Politics, 1943-1988, London, Penguin, 1990. Aurelio Lepre,Storia della prima repubblica. L’Italia dal 1942 al 1994, Bologna, Il Mulino, 1996. Guido Crainz,Il Paese mancato. Dal miracolo economico agli anni Ottanta,Roma, Donzelli, 2003. 7 Antonio Varsori, « Cold War History in Italy », inCold War History, vol. 8, 2008, n. 2, pp. 163-167. 8
8 aussi bien en Europe qu’aux États-Unis . Puis, dans les années quatre-vingt, les premiers approfondissements qui montraient les relations entre choix intérieurs et pressions internationales 9 furent publiés en Italie . Mais – pour reprendre les mots d’un chercheur réputé en relations internationales – « beaucoup de ces travaux étaient encore influencés par une approche 10 traditionnelle de l’histoire diplomatique ». Les problèmes, dérivant de cette vision, étaient surtout sensibles dans des pays comme la France et l’Italie où la présence des partis communistes avait été forte et où l’influence des contraintes internationales sur les événements de politique intérieure était donc plus évidente. Le cas italien, en particulier, avait déjà, depuis la fin des années quarante, les caractéristiques qui, d’ici peu, le rendraient emblématique. Sur le plan interne, des partis dotés d’une forte organisation territoriale s’étaient rapidement imposés, capables d’interpréter et de canaliser les mouvements de la société. Cela augmentait le succès électoral et le poids politique de forces dotées de solides structures organisationnelles : la démocratie chrétienne et le Parti communiste qui parvint de cette façon à devenir le premier Parti de gauche. Sur le plan international, la guerre froide imposait ses contraintes en excluant que des partis, liés directement ou indirectement à Moscou, puissent participer au gouvernement de pays membres de la sphère d’influence américaine (accédant aux secrets militaires et diplomatiques de l’Occident). L’action conjointe de ces facteurs produisait la dynamique spécifique
8  Voir les réflexions introductives et méthodologiques inOdd Arne Westad, The Global Cold War, Cambridge, Cambridge University Press, 2007. Richard Crockatt,The Fifty Years War. The United States and the Soviet Union in World Politics, 1941-1991, London, Routledge, 1995. Voir les analyses historiographiques in Jost Dülffer, « Cold War History in Germany », Michael F. Hopkins, « Teaching and Research on the Cold War in the United Kingdom », Hope M. Harrison, « Teaching and Scholarship on the Cold War in the United States », inCold War History, vol. 8, 2008, n. 2, respectivement pp. 135-156, 241-258, 259-284. 9  Agostino Giovagnoli,Le premesse della ricostruzione, Milano, Nei, 1982. Roberto Morozzo della Rocca,La politica estera italiana e l’Unione Sovietica, Roma, La Goliardica, 1985. Guido Formigoni,La scelta occidentale della CISL,Milano, Angeli, 1991. 10 Antonio Varsori, « Cold War », Op.cit., p. 164. 9