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L'origine de la question kurde

De
286 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1995
Lecture(s) : 102
EAN13 : 9782296293472
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L'ORIGINE DE LA QUESTION KURDE

Collection Comprendre le Moyen-Orient Dirigée par Jean-Paul Chagnollaud Dernières parutions:
JACQUEMET I. et 5., L'olivier et le bulldozer: le paysan palestinien en Cisjordanie occupée, 1991. BESSON Y., Identités et conflits au Proche-Orient, 1991. FERJANIM.-C., Islamisme, la,cité et droits de l'homme, 1991. MAHDI F.,Fondements et mécanismes de l'Etat en islam: l'Irak, 199 L BLANC P., Le Liban entre Laguerre et l'oubli, 1992. MENASSA B., Salut Jérusalem, 1992. JEANDET N., Un golfe pour trois rêves., 1992. GOURAUD P., Le Général Henri Gouraud au Liban et en Syrie, 1919-1923, 1993. PICARD E., ed., La l10uvelle dynamique au Moyen-Orient, Les relations entre l'Orient arabe et la Turquie, 1993. REGNIER P.,lsmayl Urbain, Voyage d'Orient suivi de Poèmes de Ménilmontant et d'Egypte, 1993. CHBSNOT C., La bataille de l'eau au Proche-Orient, 1993. DE GEORGE G., Damas. Des Ottonums à nos jours, 1994. MAKlD...OUF H., Culture et trafic de drogwou Uban, 1994. MARDAM BEY S., La Syrie et la France. Bilan d'une équivoque, 1994. SWEECHAI ANG, De Beyrouth à Jérusalem. Unefemme chirurgien chez les Palestiniens.I994. DESMET -GRÉGOIRE H.,u Divan magique. L'Orient tureen France auXVlllè siècle, 1994. FIORANIR., Rêves d'indépendance, chronique du peuple del'lnli/ada, 1994. HAMILTON A.-M., Ma route à travers le Kurdistan irakien, 1994. CORNAND J., L'entrepreneur et l'Etat en Syrie. Le secteur privé ~u textile à Alep,I994.
'

MAJZOUB

T., Lesfleuves

du Moyen-Orient.
'

Situation et prospectivejuridico.. en Iran selon le

politiques,I994.

HAUTPOUL J .-M., Les dessous du Tc1uulor. La vie quotidienne rêve de Khomeyni, 1994. JMOR S., L'origine de la question kurde, 1994.

SALAH JMOR

L'ORIGINE DE LA QUESTION

KURDE

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

@ L'HARMATI

AN, 1994 ISBN: 2-7384-2742-1

Je dédie ce travail :

Au Kurdistan, mon pays, un des berceaux de l'humanité, aujourd'hui hélas opprimé, Au peuple kurde, mon peuple, pour son courage et à sa souffrance,
A Mir Aziz Khan, mon arrière-grand-père, pour sa noblesse,

A Abdulrahman Aga, mon père, qui n'a cessé de m'encourager sur le chemin du savoir,
A Bedria Khanim, ma mère, qui m'a enseigné l'amour et la patience,

A Taban, mon épouse, dont l'amour et l'encouragement m'ont donné la force de mener ce travail à tenne.

'"

Remerciements

Qu'il me soit pennis tout d'abord d'exprimer ma profonde gratitude à M. Harish Kapur.. Professeur à l'Institut des Hautes Etudes Internationales à Genève, M. K.apur m'a d'abord initié aux études des relations internationales, puis il a dirigé mes recherches; ses conseils m'ont été précieux pendant l'élaboration de ma thèse. Mes remerciements s'adressent également à M.Mohammad-Reza Djalili, chargé de cours à l'Institut, auteur de nombreuses études sur le Moyen-Orient; ses remarques et suggestions m'ont été d'une grande utilité au cours de mon travail. Je tiens aussi à témoigner ma reconnaissanceà M. Gérard Chaliand, Conseiller auprès du Centre d'analyses et de prévisions du Ministère des Affaires étrangères à Paris, auteur de nombreux ouvrages sur les Kurdes. Je sais infiniment gré à M. Chaliand d'avoir participé au jury lors de la soutenance de ma thèse. Je tiens à rendre hommage à mon amie Mlle Deborah Marcinhes qui m'a encouragé et soutenu tout au long de ce travail, et qui s'est donné la peine de lire, et relire mon manuscrit. Mes remerciements vont aussi à mon ami M. Myvyl Bouchard dont l'intérêt pour ma recherche a été constant L'aide de mon ami M.Stephen Pichat a été précieuse pour la relecture et je l'en remercie. Que mon ami M. Georges Nydegger, ancien président de l'association SuisseKurdistan, avec qui j'ai toujours eu de bons échanges philosophiques et politiques, trouve ici la marque de ma gratitude pour avoir relu la version finale de ma thèse. Il m'est agréable encore de rappeler ici l'amitié qui me lie au général Aziz Aqrawi, ancien ministre d'Etat en Irak et auteur de dictionnaires et de nombreux ouvrages sur les Kurdes; pendant des soirées entières j'ai mis sa patience à l'épreuve en lui lisant des passages de ma thèse. Son intérêt pour mon travail et pour l'histoire diplomatique du Kurdistan reste d'un grand prix à mes yeux. Il ntest pas possible de mentionner ici tous mes amis kurdes qui ont d'une manière ou d'une autre soutenu mon entreprise. Qu'ils soient assurés de ma profonde reconnaissance. Un travail de recherche passe obligatoirement par les bibliothèques; leurs collaboratrices et collaborateurs ont été des aides précieuses. Je pense tout d'abord aux bibliothécaires de l'Institut qui ont fait montre à mon égard d'une parfaite disponibilité. Je tiens aussi à relever l'amabilité et la serviabilité des bibliothécaires de la Bibliothèque de l'Office des Nations Unies, au Palais des Nations à Genève.. Je n'oublie pas non plus les archivistes des Archives de la Sociétés des Nations à Genève qui ont aimablement mis à ma disposition tous les documents sur les Kurdes et l'affaire de Mossoul. Je remercie encore les

7

collaborateurs de la Bibliothèque publique et universitaire de Genève pour avoir à maintes reprises prolongé la durée du prêt des ouvrages dont j'avais besoin. J'ai été particulièrement sensible à l'amitié et aux encouragements que m'ont prodigués MM. Georges Abi-Saab et Huu-Tm Nguyen, Professeurs à la Section de Droit international de l'Institut. Cestun sentiment de gratitude que je veux adresser à mon ami M. Daniel Warner, chargé de recherche à 11nstitut, pour les échanges intellectuels que nous avons eus sur la politique internationale et sur la question kurde pendant nos années d'études à l'Institut. Je tiens à remercier Mmes Nicole Ponthetet Françoise Pasquier du Secrétariat de l'Institut pour leur gentillesse et leur disponibilité à mon égard. Pour terminer, il m'est agréable de saluer l'excellent travail effectué par Mme Catherine Nedzynski afin que la soutenance de ma thèse se déroille dans les meilleures conditions. Enfm, je remercie l'Université de Genève pour m'avoir accordé un subside financier pour la publication de cette thèse.

8

SOMMAIRE
In t rod u c t ion. .. . .. .. .. .. .. .... .. ... .... ..... .. . '... ... .. .. .. .. ... .. .. .. .. .. ... Il

I. Avant la Première Guerre mondiale
1. Les principautés du Kurdistan. .. .... ... ... .. ..... ... ... . ... . .. ... ... .

21
21

2. Les Traités d'Erzeroum de 1823 et de 1847 3. Les intérêts de la Russie et de l'Europe
auK ur dis t an. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .' . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

30
37

ll. La Première Guerre mondiale: l'occupation et les accords secrets,
de la Mésopotamie par l'Angleterre.

1914-1918

49
49

1. L'occupation du Kurdistan par la Russie et
....................................

2. L'Accord de Constantinople,mars 1915. .. ...... .... ... ... ...... . 3. L'Accord Sykes-Picot, mai 1916. ill. De l'armistice d'octobre 1918 à la signature du Traité de Versailles en juin 1919................... 1.L'Accord Lloyd George-Clemenceau, décembre 1918............................................................ 2. L'Accord Long-Bérenger,février 1919............................. 3. La Conférencede Paix de Paris, janvier-juin 1919 ........................................................... IV. De la signature du Traité de Versailles en Juin 1919 à la Conférence de San Remo en avril 1920 1.L'attitudedes Alliés:du Traité de Versailles enjuin 1919à la Conférencede Londres en février 1920 ........... ... .... ....... ............. ..... .

59 64 75 75 82 91

100

lID 9

2. L'Accord Curzon-Berthelot,décembre 1919,et la Conférencede Londres, février 1920. 3. La Conférencede San Remo, avril1920 v. Le Traité de Paix de Sèvres d'août 1920 et les tentatives kurdes pour la création d' un Etat
1. Le Traité
d'un Etat,

116 126

135
135

de Sèvres,
1919 -1921.

août

1920.

.. . . . . . . . . . . . . .. . . ... . . . . . . . .. . . . . . . . . .

2. Les tentatives kurdes pour la création
. . . . .............. . . . . . . . . . . . . ... ........... . . . ... . . ... . ..... .. . . . . . . .. 146

3. L'administration kurde de Sheikh Mehmoud et l'attitude de l'Angleterre, 1918-1921

157

VI. De la deuxième Conférence de Londres en février 1921 à la fin de la Conférence de Lausanne en juillet 1923 .,.... 1.La deuxièmeConférencede Londres, février-maI'S 1921...........................................................
2. La Conférence du Caire, mars 1921. ... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

169 169 179 188 205
205

3. La Conférencede Lausanne, novembre 1922 - juillet 1923. VII. La Société des Nations 1. L'introductionde l'affaire de Mossoul
à la Société des Nations.

.,....

. . . ....... ..... . . . ... ... . . . . . . . . . . . . ......... ... . . . ..... . . . . . . .

2. Les.délibérations, la Commission d'enquête et la décision du Conseil de la Société des Nations 3. Les engagements anglo-irakiens
envers les Kurdes... . ............ . ........... ............... ....... ... ... ......... . . ........... . ... ... . . . . ......

214 228
239

Con

ci us

ion.

. . . . . . . . . . .. . . . . . . .. . . . . . . . . .. . . ,. .. .. . . .. .. .. . . .. .. .. .. . . . . . . ,. .. . . . . . . ... . .. . . .. .. ..

Bibliographie

sélective

.,

.,.,

261

I. Sources: 1. Documents officiels non publiés
2. Documents officiels publiés. . ... . . . . ... . . .. . . .. . .. . . . . . . . . . ... . . . . ... . . . . 3. Mémoires .. . . . .. . . . . . . . . . . .. . . .... .. . . . . .. . . . . . . . . . . .. . . . .

261 261
262 269

4. Revues et périodiques officiels ll. Travaux:
1. Etudes académiques..., . . . . . . . . . . . . . ............................. ..... ....,.. .... ..

271 272
,.,..." 272 274
275

2. Biographies

3. 0 u v rag es.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . If " """

10

INTRODUCTION

Pourquoi les Kurdes n'ont pas créé un Etat indépendant à la suite de la
Première Guerre mondiale et après que les Alliés ont reconnu, lors de la Conférence de paix de Paris en 1919, le droit du Kurdistan à l'indépendance au même titre que l'Irak, la Syrie, l'Annénie et la Palestine? Cette étude essaye de répondre à cette question fondamentale et à d'autres questions liées aux attitudes de l'Angleterre, de la France, de la Russie, des Etats-Unis, de la Turquie ottomane, de la Turquie kemaliste, des Arméniens et des Kurdes eux-mêmes vis-à-vis de la création d'un Etat au Kurdistan. L'Angleterre et la France ont joué le rôle majeur dans l'histoire diplomatique du Kurdistan après la Première Guerre mondiale. Durant dix ans l'affaire du Kurdistan - c'est-à-dire le problème du partage du pétrole et du territoire du Kurdistan - empoisonnait les relations franco-britanniques en Asie Mineure. Cest une étude des relations internationales. L'étude des relations internationales relève essentiellement de l'histoire diplomatique, de la philosophie politique et du droit international. La discipline des relations internationales s'occupe des relations entre les Etats, notamment. L'Etat se pose donc comme l'acteur principal. Aussi les études choisies sont-elles soit l'analyse de l'interaction des politiques de deux Etats, soit l'analyse de la politique adoptée par un ou plusieurs Etats à l'égard d'un autre Etat ou encore l'analyse d'un problème donné de relations internationales. Dans cette étude les relations internationales signifient, surtout, les relations inter-Alliés: l'Angleterre, la France, l'Italie, la Russie, et les EtatUnis. Ce sont les Alliés qui ont gagné la guerre et qui ont établi les règlements
.

de paix avecla Turquie.
fi est vrai que l'Etat est l'acteur principal de la relation internationale, mais il n'est pas le seul. Au cours de l'histoire, des entités non étatiques et des territoires se sont posés comme des acteurs ou des sujets importants dans la poli-

Il

~

tique et les relations internationales, tel est le cas du Kurdistan entre 1914 et 1925.Les explications suivantes éclaireront notre propos. Jusqu'à la Première Guerre mondiale, le Kurdistan, pays des Kurdes, était divisé entre l'Empire ottoman à l'ouest et l'Empire perse à l'est.. Ce vaste pays d'environ cinq cent mille kilomètres carrés est peuplé depuis des millénaires par le peuple kurde, et connu dans l'histoire, par la littérature, et par les peuples de la région, comme un pays kurde. Le Kurdistan ne jouissait pas d'un statut juridique ou politique bien détenniné sous ces deux empires. L'Empire ottoman aussi bien que l'Empire perse étaient des Etats composés de plusieurs ethnies et peuples. Les territoires des pays et des provinces n'étaient pas délimités selon leur caractère national ou eûmique. Les nationalités sous l'Empire ottoman étaient divisées selon la religion musulmane et chrétienne. Par ailleurs, le Kurdistan ~tait composé essentiellement de principautés et des territoires des tribus, dirigés par des Mîrs (princes) et des Agas (seigneurs) kurdes. Jusqu'au début du XXe siècle, les autorités centrales ottomanes et perses n'avaient souvent pas d'influence sur la vie locale dans le pays kurde. L'accumulation des problèmes économiques et politiques de l'Empire ottoman avait engendré la faiblesse du pouvoir central et l'émergence des mouvements nationalistes et séparatistes chez les peuples qui étaient soumis à la domination turque. Au Kurdistan, le soulèvement du Sheikh Oubeidullah Nehri de 1879 à 1882 constitue la première tentative kurde pour la réunification des régions kurdes et la création d'un Etat au Kurdistan. L'échec de ce mouvement n'avait pas pour autant éteint l'aspiration nationaliste, encore trop jeune, chez les Kurdes. A la veille de la Première Guerre mondiale, les Kurdes, comme tous les peuples soumis aux autorités de l'Empire ottoman, aspiraient à l'indépendance et à la création d'un Etat-nation. Mais le mouvement national kurde n'était pas assez influent pour soutenir le droit des Kurdes à l'indépendance au niveau international, ni même pour devenir un acteur dans les relations internationales. La place qu'a occupée le Kurdistan dans les relations internationales n'était pas tant due au résultat du rôle des Kurdes eux-mêmes qu'à la place importante

prise par le pétrole du Kurdistan et à sa situation stratégique dans la politique
des puissances alliées entre 1914 et 1925. Toutefois, ce peu d'importance diplomatique accordé aux Kurdes pendant cette période fut le résultat aussi bien du rÔlecon~idérable joué par le général Chérif Pacha et à ses initiatives personnelles qu'aux différents mouvements kurdes. Par ailleurs, l'intention formulée par les Alliés, dès le début de la guerre, de partager l'Empire ottoman avait amené le débat sur le Kurdistan dans les relations internationales. Déjà avant la guerre, la découverte du pétrole et le besoin de sécurité de la ligne stratégique Bagdadbahn, le projet de chemin de ,fer Berlin-Bagdad, avaient donné une importance particulière au territoire du Kurdistan dans les discussions des puissances européennes avec l'Empire ottoman.

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Deplus, à la fin de la guerre et lors de la Conférence de paix de Paris de 1919, l'Angleterre, par l'entremise de son Premier ministre Uoyd George, avaitposé ouvertementla candidaturedu Kurdistanpour figurerpanni les pays qui devraient être soumis aux mandats des puissances alliées ou de la Société .

desNations.

Ainsi, selonla Déclamtiondu PrésidentWilsonet les intentionsdes Alliés, les peuples soumis anciennement aux autorités ottomanes devaient accéder, après une période de transition sous mandat, à l'indépendance nationale.
L'avenir du Kurdistandevait donc être traité de la même manière que celui de la Mésopotamie (l'Irak), de la Syrie, de l'Annénie et de la Palestine. D'ailleurs, l'Accord Tripartite fonnulé à Londres en avril 1920 et signé à Sèvres en a06t entre l'Angleterre, la France et l'Italie reconnaissait l'indépendance du Kurdistan occidental. Finalement, le Traité de paix de Sèvres signé entre les puissances alliées et la Turquie a cristallisé l'intention de ces Etats de reconnaître l'autonomie puis l'indépendance d'une p.artie du Kurdistan. Toutefois, il faut reconnaftre qu'en soutenant la création d'un Etat kurde au Kurdistan occidental, l'intention de l'Angleterre n'était pas de reconnaitre le mouvement national kurde, et encore moins le droit à l'autodétennination du peuple kurde, mais plutÔt de favoriser ses intérêts dans la région en créant un Kurdistan tampon entre la Turquie et la Russie d'une part, et la Mésopotamie d'autre part. Au cours de notre recherche, nous avons constaté que le problème du Kurdistanétait traité dans les relations internationales comme deux sujets reliés: le problème du tenitoire et le problème du pétrole. Ce qui était devenu important dans les relations intemationales, après la Première Guerre mondiale, n'était pas la question kurde en eUe-même mais plutÔt le problème de statut et d'appartenance d'une certaine partie du Kurdistan à telle ou telle puissance et surtout le problème du partage du pétrole du Kurdistan entre l'Angleterre et la France. Le Kurdistan n'est pas un Etat et dans cette étude nous n'avons pas traité le Kurdistan comme une entité étatique. Toutefois, considérant le Kurdistan comme un pays ou un territoire candidatà devenir un Etat, nous avons étudié le cours de sa formation et les causes de son échec. Un des faits les plus importants dans l'histoire contemporaine du peuple kurde est la reconnaissance à l'autonomie puis à l'indépendance d'une partie du Kurdistan, après la Première Guerre mondiale, par un traité international. En effet, il n'est pas un appel, un mémorandum ou une demande des Kurdes pour le respect de leurs droits qui ne se réfère au Traité de Sèvres, Article 62-64. Bien que ce Traité n'ait pas été appliqué, il constitue un acquis historique pour les Kurdes. musionou réalité ? Ce Traité était-il basé sur certaines considérations de fait ou bien était-il simplement un accord dicté par les circonstances politiques etdiplomatiques?

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y a-t-il eu des Etats ou des Principautés kurdes indépendants avant la Première Guerre mondiale? Quel était le statut du Kurdistan entre l'Empire ottoman et l'Empire perse ? Quelle place occupait le Kurdistan pendant la Première GuelTe mondiale dans la diplomatie secrète des Alliés? Comment le Kurdistan est-il devenu un sujet dans les relations entre les puissants Etats de l'époque? Quelle était l'influence des principes du président Wilson sur les dirigeants kurdes, sur la diplomatie secrète et sur la politique impérialiste des puissances européennes ? Quelle place prenaient le tenitoire du Kurdistanet son pétrole dans les relations entre l'Angleterre et la France? Quelles sont les circonstances politiques et diplomatiques qui amenèrent à la signature puis à la non-ratification du Traité de Sèvres? Quelle était l'attitude de l'Angleterre et de la France vis-à-vis de la création d'un Etat kurde indépendant? Qu'est-ce qui empêcha les Kurdes de créer leur Etat indépendant comme le firent l'Irak et la Syrie? Quelle était l'influence du mouvement kemaliste ? Comment le Traité de Lausanne a-t-il été conclu? Ce Traité était-il en concordance avec la réalité de la région et confonne au droit international ou était-il un accord exigé par les circonstances politiques ? Pourquoi l'Angleterre crea-t-elle l'Etat d'Irak abandonnant la création d'un Etat au Kurdistan ? Quelle était la politique de la France à l'égard de l'affaire du Kurdistan et de son pétrole? Pourquoi la Frnnce était-elle opposée à la creation d'un Etat au Kurdistan ? Quelle était l'attitude des Etats-Unis à cet égard ? QucU.eimportance prenait le pétrole du Kurdistan dans la diplomatie des puissances? Comment l'affaire du Wilayet de Mossoul (Kurdistan méridional) a-t-elle émergé dans le domaine des relations internationales? Quelle fut l'attitude de la Société des Nations dans l'affaire de Mossoul ? La décision de la Société des Nations était-elle conforme au droit international ou aux intérêts de l'Angleterre? Quelles furent les conséquences de la décision de la Société des Nations sur l'avenir des Kurdes, sur la paix, et sur la stabilité et la sécurité dans la région? Telles sont les questions fondamentales formant le substrat de notre
recherche et auxquelles notre thèse tentera de répondre.

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Les sources:
Les documents utilisés pour la préparation de cette étude sont de sources officienesbritanniques, françaises, américaines, turques, irakiens, kurdes et de la Société des Nations. Ces sources ont été consultées systématiquement pendant la préparation de cette thèse. La critique des sources a été faite autant que possible du point de vue historique. Etant donné du rôle important Joué par l'Angleterre dans l'affaire du Kurdistan la priorité a été accordée aux sources britanniques. Nos principales sources "britanniques sont : 1. Documents on British Foreign Policy 1919-1939 :Cesdocuments contiennent les procès-verbaux de la première Conférence de Londres, de la Conférence de San-Remo, de la deuxième Conférence de Londres, de la Conférence de Lausanne, ainsi que les textes des traités et des accords internationaux du Conseil suprême des Alliés de juin 1919 au 1926. Ces documents sont enregistrés au Foreign Office sous le registre secret et confidentiel. 2. British Documents on Foreign Affairs: Reports and Papers from the Foreign Office Confidentiel Print :Cette collection contient les rapports du Foreign Office et du Cabinet britannique, ainsi que les dépêches et les directives de la politique étrangère d'Angleterre envoyés aux Commissaires britanniques à Constantinople et à Bagdad d'une part ;et des rapports, des lettres et des dépêches de ces responsables envoyés à l'attention du Foreign Office,d'autre part.

La différence entre les deux collections est que la première est de nature
diplomatique, tandis que la deuxième est de nature de politique étrangère. Face à l'abondance des sources britanniques, il était difficile de trouver suffisamment de sources d'origine kurde, ceci pour différentes raisons. D'abord, la logique veut que l'histoire s'intéresse au vainqueur, et c'est pourquoi il y a souvent plus de documents sur le vainqueur que sur le vaincu. Les Kurdes ont été vaincus et le Kurdistann'est pas devenu un Etat apte à conclure des traités, des accords et autres actes diplomatiques pouvant aujourd'hui servir les chercheurs. Ensuite, le mouvement kurde, dans son ensemble, .n'était pas assez bien organisé pour conserver des documents dans des archives centrales. En effet, les Kurdes n'ont pas d'archives nationales. De plus, dans l'ensemble du Kurdistan et jusqu'en 1972, il n'y avait pas une seule université ni un seul centre de recherche. La plupart des documents politiques importants sur les Kurdes et le Kurdistan étaient déposésàConstantinople. Ces documents ont été brûlés et éliminés comme tous les ouvrages écrits en langue kurde pendant les années de la "turkisation" de la société kurde organisée par Mustafa Kemal dès 1925. La Ligue Kurde était la principale organisation kurde dès 1924. Nos sources essentielles de la Ligue Kurde sont les mémorandums adressés à la 15

Société des Nations et les publications de la Ligue. Ces mémorandums montrent les appels incessants des Kurdes auprès de la communauté intemationaleafin que soit reconnu leur droit à l'autodétenninationetà l'indépendance nationale. Notre deuxième source principale kurde est la revue lin, l'organe officiel de la Ligue du Progrès du Kurdistan. lin fut publiée à Constantinople sitÔt après la guerre en 1918 et se poursuivit jusqu'en octobre 1919. L'importance de lin réside dans le fait que ces 25numéroscontiennentdes dizaines d'articles écrits par les principaux hommes politiques kurdes sur la conduite des Alliés vis-à-vis de l'indépendance du Kurdistan. Enfm, nous avons trouvé les mémoires de R.afiqHelmi, le Secrétaire du SheikhMehmoud, qui est une importante source pour l'analyse de la politique britannique vis-à-vis de l'administrationduSheikh au Kurdistan méridional. Les mémoires de DjaladetBedirkhan, un des principaux dirigeants kurdes, sont indispensables à la compréhension de la politique britannique à l'égard des tentatives kurdes pour la création d'un Etat indépendant au Kurdistanoccidental. Par ailleurs, nous avons consulté plus de mille documents des archives de la Société des Nations. Ceux qui sont utilisés ici, sont pour la plupart publiés pour la première fois. Nos sources des archives sont classées dans la Section politique, Qassement Il. Ces archives sont classées dans dix boîtes sous les titres: Archives sur l'affaire de Mossoul,. Archives de la Commission d'enquête et de la Mission de Laidoner sur

l'affairedeMossoul,.

-

Archives sur la Constitution d'un Etat kurde ,. Archives sur le problème de Lafrontière entre LaTurquie et l1rak. Toutes ces archives sont des sources précieuses pour la compréhension du déroulement de l'affaire de Mossoul à la Société des Nations. Ces documents expliquent les attitudes de l'AngleteITe, de la Turquie et des Kurdes vis-à-vis de l'affaire du Kurdistan méridional. Outre ces sources principales, des dizaines d'autres sources, françaises, américaines et turques ont été consultées. Nous n'en citerons que quelquesunes:
Documents diplomatiques français sur la Conférence de Lausanne, publiés par le ministère des Affaires étrangères; Military Mission to AnniniaOctober 1919, American Senat Document; La question de Mossoul: de la signature du Traité d'Armistice de Moudros,30 octobre 1918 au 1er mars 1925, édité par le ministère des Affaires étrangères de la Turquie. Toutes ces sources sont classées à la fin de notre étude.

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Méthodologie
En ce qui concerne la méthodologie de cette étude, elle consiste d'abord en la recherche systématique des données historiques; ensuite, l'étude et l'analyse des événements, afin d'en dégager les traits significatifs pour les rendre intelligibles. Les données historiques ont été collectées à partir de sources offi-

cielles. Ainsi, nous avons étudié toutes les conférences, tous les traités et
accords en relation avec le territoire et le pétrole du Kurdistan pendant et après la Première Guerre mondiale. Les événements étudiés ont été repris dans la chronologie et selon leur importance dans l'histoire du Kurdistan et dans les relations internationales. Le but fixé est d'apporter des réponses aux questions préalablement posées à l'introduction et, en même temps, de contribuer à la fonnulation de certains concepts dans la conclusion sur la conduite de la Russie, de l'Angleterre et de la France à l'égard de l'affaire du Kurdistan. Ainsi, l'élaboration théorique de cette étude se limite au niveau des questions méthodologiques.

Le plan d'étude
Ici, il est question de présenter le plan de cette étude et d'expliquer le contenu de ses sept chapitres. Tout d'abord, il est utile d'ouvrir cette étude, dans son chapitre I, par une brève présentation sur la place des principautés kurdes dans l'histoire du pays. Ensuite, il est question de l'occupation militaire du Kurdistan par l'Empire ottoman et l'Empire perse, et du statut du Kurdistan sous l'autorité de ces deux empires. Une importance particulière est accordée au Traité d'Erzeroum et aux Protocoles de Constantinople et de Téhéran sur la délimitation de la frontière commune au Kurdistan. Enfin, la dernière partie de ce chapitre d'introduction est consacrée à l'émergence des intérêts des puissants Etats européens au Kurdistan. La période d'avant-guerre montre comment l'Empire ottoman était en voie de décomposition. Le chapitre II est dédié à la période de la Première Guerre mondiale. La première partie analyse les causes et les conséquences de la guerre sur le Kurdistan. Cette étude élabore, pour la première fois, une thèse sur les intentions de la Russie dans son occupation du territoire du Kurdistan. De plus, l'étude analyse en détailles objectifs militaires britanniques en Mésopotamie. L'examen de la période de la guerre éclaire les objectifs des Alliés dans les accords secrets. La deuxième partie explique l'élaboration de l'Accord de Constantinople. Enfin, ce chapitre consacre une très grande importance à l'Accord SykesPicot: comment il a été négocié, quels étaient les enjeux diplomatiques, militaires et stratégiques pour chacune des puissances, et enfin quelles ont été les conséquences de cet accord sur le partage de l'Asie Mineure et plus particuliè-

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rement sur le Kurdistan. Les rôles des deux personnages clés, Mark Sykes et Georges Picot, y sont explicitement analysés. Le chapitre III est consacré à la place du Kurdistan dans les relations internationales de l'Annistice en 1918 jusqu'à la Conférence de Londres en février 1920. C'est une période très importante, puisque c'est à ce moment-là que les Alliés concrétisent les objectifs qu'ils viseront pendant la guerre. Le Kurdistan entre dans la diplomatie de l'Angleterre et de la France par le biais de l'affaire de Mossoul. La première partie du chapitre est consacrée à l'étude des discussions entre Uoyd George et Qemenceau sur cette affaire et la deuxième analyse les négociations bilatérales franco-britanniques sur le pétrole du Kurdistan et de la Mésopotamie du Sud. Enfin, cette partie explique en profondeur, à raide de documents précieux, comment l'affaire du Kurdistan a été soulevée lors de la Conférence de Paris. A notre connaissance, c'est la première fois qu'une étude analyse aussi explicitement l'attitude des puissances alliées vis-à-vis de l'affaire du Kurdistan dans cette conférence internationale. Le chapitre IV étudie révolution de l'affaire du Kurdistan à partir de la fm de la Conférence de Paris en juin 1919 jusqu'à la Conférence de San Remo en avri11920. La première partie examine l'attitude de l'Angleterre. de la France et de la Turquie vis-à-vis de la tentative des Kurdes de créer un Etat, tandis que la deuxième partie accorde une importance capitale aux négociations francobritanniques, conduites par Berthelot pour la France et Curzon pour l'Angleterre, sur l'élaboration du futur statut du Kurdistan. L'étude éclaire le rôle personnel joué par Curzon et Berthelot dans l'élaboration de l'attitude de leur Etat à l'égard de l'affaire du Kurdistan, et montre les enjeux de la première Conférence de Londres de février 1920. Enfin, la troisième partie analyse et donne une vision d'ensemble sur la Conférence de San Remo. Notre analyse s'est concentrée sur la rédaction finale du statut du Kurdistan occidental et du Kurdistan méridional dans cette dernière Conférence. Cette partie analyse aussi les enjeux stratégiques de l'Accord de San Remo sur le partage du pétrole du Kurdistanméridional et de la Mésopotamie entre l'Angleterre et la France. Le chapitre V examine le Traité de paix de Sèvres d'août 1920 et ses conséquences pour les Kurdes: une tentative d'analyse est proposée sur la validité de la reconnaissance internationale de l'autonomie puis de l'indépendance du Kurdistan occidental. Une comparaison est faite entre le texte de l'Accord tripartite et celui du Traité de Sèvres concernant le Kurdistan. La deuxième et la troisième partie de ce chapitre sortent de la règle générale du plan et analysent les tentatives des Kurdes pour la création d'un Etat indépendant: la deuxième explique les tentatives des Kurdes pour rétablissement d'un Etat au Kurdistan occidental, tandis que la troisième analyse l'administration du Sheikh Mehmoud au Kurdistan méridional. Dans ces deux parties, l'attitude de l'Angleterre et de la Turquie à l'égard des mouvements kurdes est analysée. Une importance particulière a été accordée au rôle du Commissaire civil britannique, Arnold Wilson, dans la politique britannique à l'égard du Kurdistan méridional. 18

Le chapitre VI est consacré à la révision du Traité de paix de Sèvres et à son remplacement par le Traité de Lausanne. Premièrement, il analyse comment la Section III du Traité de Sèvres sur l'autonomie du Kurdistan occidental fut éliminée lors de la deuxième Conférence de Londres de février-mars 1921. Deuxièmement, il analyse la Conférence britannique du Caire de mars 1921, comment le plan d'annexion du Kurdistan méridional à l'Irak fut élaboré ainsi que le rôle de Churchill. Enfin, la troisième partie analyse les enjeux de la Conférence de Lausanne et les négociations turco-britanniques sur l'affaire de Mossoul. Cette partie de l'étude apporte un éclairage sur les rôles de Curzon et d'Ismet dans les négociations, sur leurs tactiques et leurs subtilités diplomatiques. Le chapitre vn est consacré au rôlè de la Société des Nations dans l'affaire du Kurdistan, plus particulièrement dans celle de Mossoul. La première partie explique comment l'affaire de Mossoul a été introduite dans la Société des Nations. La deuxième examine les délibérations de la SDN sur cette affaire ; elle étudie le rôle de la Commission d'enquête envoyée à Mossoul par la SDN, et l'avis consultatif de la Cour de justice internationale sur l'affaire de Mossoul, entre auttes quelle était la diplomatie britannique suivie pour obtenir la décision de la SDN en sa faveur et quelles ont été les conséquences de la décision de la SDN d'accorder le Wilayet de Mossoul à l'Irak. Enfin, la dernière partie de ce chapitre présente les différents engagements anglo-irakiens pour le maintien de l'autonomie administrative du Kurdistan méridional et évalue la mesure dans laquelle ces promesses ont été ou non respectées. Enfin la conclusion, divisée en sept parties, reprend les idées développées dans chaque chapitre et les élabore en thèses.

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I Avant la Première Guerre mondiale

1. Les principautés du Kurdistan
Les Kurdes sont issus des Mèdes, un peuple indo-européen. L'histoire des Kurdes sur le territoire du Kurdistan commença aux environs de l'an 1000 avant J.-C. lorsque leurs ancêtres, les Mèdes, s'installèrent autour du lac d'Ounniyéet dans les environs des monts Zagros. En 800 avant J.-C., le roi Key Kobad (Déôkés-le-Grand) fonda Ecbatane (l'Hamadan actuel) qui devint la capitale de l'Empire mède. Les Mèdes créèrent un grand empire entre la mer Méditerranée à l'ouest, la mer Caspienne au nord et le golfe Persique au sud, et y développèrent une civilisation florissante. Les Mèdes, comme les Perses, étaient de religion mazdéenne, réfonnée plus tard par Zoroastre aux environs de 600 avant J.-C. Les Mèdes gagnèrent l'alliance de Babylone et conquirent Ninive, capitale de l'Empire assyrien en 612avant J.C. Mais, en 549avant I.-C., les Mèdes furent battus par Cyrus-IeGrand et demeurèrent sous la domination de l'Empire perse jusqu'à la conquête arabo-islamique.1 Le Kurdistan (Kord-ostan, le pays des Kurdes) devint une province de l'Empire islamique après la domination arabe dès l'année 635. Le peuple
1. Une. analyse faite par Kamman Aali BedirKhan a attiré notre attention sur le passage des Kurdes du zoroastrisme à l'islam: "Pourquoi, après avoir victorieusement résisté à la conquête musulmane, s'être montré farouchement attaché au zoroastrisme, viton soudain le peuple kurde se convertir à l'islam? L'histoire n'en a pas encore éclairci la cause. Le peuple kurde mit alors son énergie de montagnards et de guerriers au service de sa nouvelle foi. Il lui fut si dévoué qu'il s.acrifia à l'idéal universaliste musulm.an l'occasion de se constituer en Etat national indépendant." "Mémorandum présenté à Paris par la Délégation kurde, le 29 novembre 1948~ à M.Trygve Lie, Secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies", Bulletin du Centre d'Etudes Kurdes. No.2. Paris, 1948, p.S. 21

kurde, comme les peuples arabe, persan, turkmène.,beloutche, devint, sur un pied d'égalité, un des sujets de l'Empire omeyade (Amewid)( 661-750) à Damas, et par la suite de l'Empire abbasside (750-1055) à Bagdad. Le Kurdistan, comme l'Iran, leTuran (Turkistan), l'Azerbaïdjan, l'Anatolie, l'Annénieet l'Egypte, fut une province administrée indirectement par le pouvoir des califes islamiques. A partir de la fin du VIle siècle, le Kurdistan fut divisé en plusieurs principautés autonomes de type féodal et gouverné par des princes kurdes. -Certains de ces princes eurent également du pouvoir en tant que ministres et grands chefs dans l'armée islamique. Saladin Ayoubie (Salah ul-Din AlAyoubî)(1179-1193), un prince kurde, fonda la dynastie Ayoubideetétablit son pouvoir au Caire, comme calife de l'Empire islamique. Saladin, grand homme d'Etat, preux chevalier,conduisit le monde musulman contre l'invasion de l'Europe chrétienne. sous l'égide du roi dlAngleterre Richard Cœur de Lion et des rois de France et d'Espagne. Saladin sauva l'islam et lui donna un nouvel essor. Avec le transfert du pouvoir du calife en Egypte, au XIe siècle, d'autres dynasties kurdes, Shadadides, Hassenwandes, MeJVanides, et Banon-Annaz, parvinrent à créer des Etats indépendants de type féoda1.2Durant cette période, les Turcs seldjoukides établirent leur contrôle sur l'Iran, tandis que l'Anatolie resta toujours une province de l'Empire byzantin. D'autre part, à partir du IXe siècle, les peuples de la région subirent les invasions successives de hordes nomades turques, venant de l'Asie centrale, tantôt à travers l'Afghanistan et le Turkménistan et tantôt à travers le Caucase. Ces hordes sans civilisation, constituées essentiellement de nomades guerriers, détruisirent la civilisation et la culture des peuples de la région. Malgré la résistance des Perses, des Kurdes, des Arméniens, des Lazes et des Arabes, les Turcs parvinrent à garder leur domination sur ces peuples et s'implantèrent en Iran, au Kurdistan, en Annénie ete.n Anatolie. Ainsi, les Turcs Seldjoukides fondèrent plusieurs dynasties en Iran et en Asie Mineure. Les Seldjoukides eux-mêmes furentenvams par d'autres hordes turques, les Ottomans, en l'année 1300. Dès 1326, les Ottomans s'emparèrent de la ville de Bursadont ils firent leur première capitale. Ensuite, ils s'emparèrent de la ville d'Andrinople, qui servit de base administrative et militaire pour la conquête des Balkans. Un siècle plus tard, les Ottomans se dirigèrent de nouveau vers l'Asie et prirent Constantinople, la capitale de l'Empire byzantin, en 1453.Cet événement mit :finà onze siècles de pouvoir européen et chrétien en Orient. Au début du XVIe siècle une autre dynastie turque, la dynastie Safavide, palVintàétablir sa domination SUT l'Asie Mineure et l'ouest de l'Iran.

2. Pour l'histoire des Etats et des principautés kurdes voir l'ouvrage deCHEREF KHAN, prince deBetlis: CherefNâmeh ou Fastes de la nation kurde.Cheref Nâmeécrit en persan en 1596 par le prince kurdeCheref ul-Din de Betils), traduit et édité par F.Charmoy, 4vol., St-Petersbourg, 1868-1875. L'œuvre deCheref Khan est l'ouvrage de référence de l'histoire des Kurdes et du Kurdistan. 22

Le Kurdistan et les Kurdes devinrent un des enjeux des relations entre l'Empire ottoman et l'Empire perse au début du XVIe siècle, au moment de l'expansion de ces deux empires en Asie Mineure en général et au Kurdistan en particulier. C'est à cette époque que l'expansion de l'Empire ottoman vers l'est commença, au Kurdistan, en Mésopotamie arabe, ainsi que vers l'Arabie, après qu'eut été renforcée la structure de l'Etat ottoman, c'est-à-dire son année. Dans rhistoire politique, le statut du Kurdistan fut défini par deux sortes de traités: le traité conclu entre le sultan ottoman Selim 1er et le prince kurde Idris de Betlis d'une pan et les différents traités et accords signés entre l'Empire ottoman et l'Empire perse sur la délimitation de leurs frontières communes au Kurdistan d'autre part Cette partie est consacrée à l'analyse du traité turco-kurde.Pour expliquer l'origine de ce traité, il convient de revenir sur l'ancienne confrontation des deux empires orientaux dont l'enjeu n'était rien moins que la domination sur le Kurdistan.. Un rivalité opposait la dynastie ottomane (Osmanlî), qui embrassa rislam sunnite orthodoxe comme confession de l'empire, et l'Empire perse de dynastie Safavide, d'origine turkmène, dont la confession était l'islam cruite. Du fait de l'intérêt croissant porté à la domination du pays des Kurdes, où étaient produits en abondance les céréales et les autres produits agricoles nécessaires à rapprovisionnement des deux empires, un conflit était inévitable. Le Chah Ismai1 Safavide3, chiite fervent, commença par déclencher la guerre religieuse en Iran, en Mésopotamie, et contre les principautés et les chefs kurdes de confession sunnite. Plus habile que son rival, le sultan ottoman Selim 1er se rallia les chefs kurdes, sunnites comme lui.4 n est important de signaler ici que la préparation à la guerre fut précédée par des échanges de notes diplomatiques entre le sultan et le chah. Ces notes, qui ntobéissaient guère aux règles traditionnelles de la courtoisie diplomatique,

3. Le Chah Ismail Safavide, fondateur de la dynastie qui porte son nom, était d'origine turkmène d'Ardabile, descendant d'un religieux chiite d'Ardabile, Sheikh Savi ut-Din. TI parvint, au XVe siècle, avec l'aide de sept tribus turques-les Qyzyle-Bâsh ou "Bonnets Rouges"-, à établir son pouvoir à l'ouest de l'Iran, en Arménie et au Kurdistan jusqu'à la ville de Diyarbakir. Voir Hammer, Histoire de l'Empire ottoman. Livre XXI. P..388.. 4.. Les historiens ottomans Chelabi et Hesar-Fenn décrivent Selim comme méfiant et cruel. Selon Chelabi, Selim tt était de haute stature, d'un esprit entreprenant, décidé, pénétrant, disposé à la poésie, mais d'une nature emportée, violente, tyrannique, toujours préoccupé des affaires du gouvernement el de régler le monde...!l se mêlait au peuple, chaque fois sous un nouveau costume, et avait de nombreux affidés qui se glissaient partout, pour épier et surprendre tous les secrets( ) et le savantjuge et poète Kemal Pascha disait de lui, avec raison, dans une élégie sur sa mort, qu'en peu d'années il avait beaucoup fait; semblable au soleil couchant, en un instant, il avait laissé une ombre immense sur la terre." Cité par Hammer, op. cil., livre xxn ; p.403. Hammer dit de lui que: " Le cruel et impitoyable sultan n'hésitait jamais à verser le sang de ses ennemis et de ses amis, de ses

parents les plus proches et de ses plus fidèles vizirs.tt Hammer souligne aussi que: '.Selim
.

appréciait et honorait les savants; il appliquait les plus capables aux emplois les plus importants: c'est ainsi qu'il chargea l'historien Idris d'organiser le Kurdistan", p.404. 23

étaient des injures personnelles et familiales entre les deux souverains ottoman et perse, tous deux d'origine turque.s Ainsi, l'année ottomane, qu'avaient ralliée les forces kurdes sous l'autorité du savant kurde Idris de Bettis, combattit-elle l'année du Chah Ismaillors de la bataille de Tchaldyrant au Kurdistan, en 1514. Si la bataille fut limitée à la province de Diyarbakir, la soumission des princes et des Begs kurdes au sultan dans la majeure partie du Kurdistan élargit l'influence ottomane jusqu'en Mésopotamie arabe et, vers l'est, jusqu'à Hamdan et Barudjerd.6 De plus, selon Hammer:
"Outre (ces) neuf begs, les plus influents du Kurdistan, seize autres encore s'étaient déclarés pour le sultan des Ottomans; et c'est auprès de tous ces chefs kurdes qu'Idris avait été envoyé en qualité de commissaire ottoman, pour recevoir d'eux l'hommage au nom du sultan, et prendre possession du Kurdistan septentrional, depuis la frontière orientale, c'est-à-dire depuis Urmia (Ounniye)..., jusqu'à la limite occidentale, où il touche à Matatia."7

C'est à l'issue de cette période de collaboration entre les Ottomans et les Kurdes qu'un traité d'alliance fut conclu entre le sultan Selim Premier et le savant kurde, prince Idris de Betlis en 1514, dans lequel il était stipulé que:

5. D'après des sources de Feridun , no.251 (exemplaire de la bibliothèque de Paris), Hammer note: " La première lettre adressée au Schab de Perse par le sultan Selim fut bientôt suivie d'une autre conçue en des termes semblables et contenant des vers persans mêlés de prose. Par dérision le sultan avait envoyé comme présents des attributs de scheichs, tels que froc, bâton, cure-dents, cilice: allusion injurieuse à l'origine d1smai1, qui descendait d'une famille de scheichs". Et lorsque l'armée ottomane campait à Tscemen, "arriva un ambassadeur persan, avec la réponse aux trois lettres de Selim (18 juillet 1514), et apportant pour présent une boîte pleine d'opiat Selim et Ismail renouvelaient ainsi cet exemple, donné si souvent dans l'histoire orientale, d'un échange d'ambassadeurs, dont les lettres de créance ne contenaient que des insultes, dont les présents n'offraient que des allusions outrageantes." Op. cit. p.416. Selon Alfonso Ulloa, Libro dell' Origine dei Turchi Venezia, 1658, p.153 ; Selirnname de Dschelalsade, exemplaire de Dresde, fo1.40 , cité par Hammer no.1, colonne 2 ; p.416. Le Sultan Selim aimait l'opium, d'où la boîte symbolique envoyée par Ismai1. La réponse de Selim ne tarda pas, après qu'il eut écartelé l'ambassadeur iranien en quatre morceaux:" Ismai1 Behadir ! tu m'as provoqué par des paroles audacieuses. Me voilà depuis plusieurs semaines avec une puissante armée, et je n'ai encore aucune nouvelle de toi. Es-tu vivant ou mort? Tes hauts faits ne sont que ruses et intrigues; applique les ressources de la médecine à la guérison de ta lâcheté..." . A la lettre étaient joints des vêtements de femme, par allusion à la prétendue lâcheté du Chah. Feridun, no 253, Codex parisien, no79, p.292 , cité par Hammer p. 417. 6. ZEKI Muhemad Amino, Résumé de l'histoire des Kurdes et du Kurdistan (Ed.arabe). Le Caire, 1948, Matbaat al-Seaade. Réédité par le Comité d'aide aux étudiants kurdes (KSAC), Londres, 1986, en 2 volumes. Vo1.1: "Des anciennes époques jusqu'à aujourd'hui", 518 p. Vo1.2: "Histoire des Etats et des Principautés kurdes à l'époque islamique", 440 p. ; pp.163-71. 7. HAMMER, op. cit. p.427: d'après l'historien ottoman Seadeddin, l.1V, fo1.667. 24

1. Les principautés kurdes garderaient leur indépendance.

2. Le pouvoir des principautés était héréditaire de père en fils, selon le principe retenu par la tradition kurde. 3.Les Kurdes aideraient les Ottomans dans toutes leurs guerres. 4. Les Ottomans aideraient les Kurdes contre l'invasion étrangère. 5.Les Kurdes paieraient des cotisations et les redevances législatives à la Caisse du Calife (Bail:ul-Mal).8 Contrairement à l'opinion exprimée par plusieurs historienskurdes9, Idris n'était pas le. seul responsable de la réorganisation du Kurdistan. En fait, Hammer souligne que: "La réorganisation du Kurdistan fut accomplie par le gouverneur d'Ersendschan (Erzendjan), Biiklu-Mohamed Pascha, et mollah Idris, le premier grand historiendesOttomans."lO Pourtant, dans aucune historiographie kurde sur la réorganisation du Kurdistan après l'occupation turque, le nom du gouverneur Biiklu Mohamed Pacha, chef de l'année régulière ottomane, n'est mentionné. Le récit des événements par Hammer montre qu'après la victoire de Selim dans la bataille de Tchaldiran, Idris ne put détenir le pouvoir ni, par conséquent, créer un Etat au Kurdistan. Au contraire, et en dépit de l'existence du Traité turco-kurde, le sultan voulut à tout prix maintenir l'occupation du Kurdistan qui pouvait selVirde base pour une expansion vers la Mésopotamie du sud et vers l'Egypte. De fait, un an plus tard, traversant le Kurdistan, le Sultan conquérait Bagdad et Le Caire. L'erreur historique d'Idris de Betlis dans l'organisation des affaires du Kurdistan fut fatale et conditionna toute l'histoire du peuple kurde. Au lieu de créer un Etat kurde centralisé avec une armée forte pour défendre le Kurdistan devant les menaces permanentes venant aussi bien de l'est de l'Empire perse
8. ZEKI,op.cit. note (2), p.171 ; BEDIR KHAN Sureya, The case of Kurdistân against Turkey, Princeton, N.J. 1928, PP.27-28. 9.VoirZEKI, op.cit ; BEDIR KHAN Djaladet, Op. cil. lO.HAMMER, op.cit. Livre xxm ; p.426. Mais plus loin, Hammer note qu'après la guerre le sultan Selim ordonna l'organisation du Kurdistan et la "confirmation arriva enfm: c'était une sorte de diplôme adressé à Idris, véritable commissaire préposé à l'organisation du Kurdistan". Il n'est pas possible de connaître avec certitude la nature des pouvoirs détenus par Idris dans l'organisation du Kurdistan. Sans doute avait-il une influence importante parmi les chefs kurdes, mais ses liens privilégiés avec le pouvoir ottoman,et sa formation de savant religieux d'appartenance sunnite ont influencé ses actes, en l'empêchant d'organiser un Etat îndépendant au Kurdistan. Par ailleurs, selon H.ammer, le savant kurde Idris était jadis secrétaire de Jakub, prince du Mouton-Blanc. 25

que de l'ouest de l'Empire ottoman, le prince avait divisé le Kurdistan en vingttrois principautés (KurdHukûmeti).11

Par la suite, le sultan put aisément entretenir les divisions, provoquer des rivalités et susciter des conflits entre les princes kurdes. De plus,cetteréorganisationavait détruit l'ancienne structure administrative du Kurdistan en harmonie avec la nature du pays ce qui pennitaux Turcs d'y maintenir plus facilementleur domination.L'Empireottoman avait suivi la même stratégiede réorganisation administrative et militaire dans les pays des Balkans afin d'y
maintenir son occupation.

D'autre part, l'échec que connut l'Empire ottoman en Europe orienta, apres le traité de paix avec l'Autriche, les regards du sultan Sulaiman vers l'Orient. Dès lors :
"Commence cette alternative qui dura deux siècles, de guerres et de paix avec l'Allemagne ou la Perse, de sorte que les traités avec l'une de ces puissances entraînaient toujours des hostilités contre l'autrett.12

Endéfmitive, du fait de son étendue euro-asiatique, l'Empire ottoman avait suivi la même stratégie traditionnelle que la Russie :unepolitiqued'équilibre de l'Empire entre l'Europe et l'Asie. Par conséquent, l'Empire ottoman orienta sa force contre les Kurdes et les Perses, à l'est de l'Empire. La centralisation de l'Empire réduisit, par la suite, l'autonomie kurde. Aussi, au XVIIcsiècle, les principautés kurdes tombèrent, les unes après les autres, sous l'invasion de l'année iranienne. Toutefois, les Kurdes, rebelles à toute domination étrangère, se révoltaient en permanence contre les pouvoirs turc et perse. Finalement, à la fin du XVIIe siècle, les Kurdes parvinrent à créer plusieurs principautés autonomes: Ardelan, Badinan, Baban,Soran, Zehaw et Botan (Azizian).13 Dans deux de ces principautés,Soranet Botan, furent
établies des bases étatiques qui leur pennirent de contrôler la majeure partie du

Il. NIKITINE Basile, Les Ku.rdes. Paris, Imprimerie nationale,1956, éd. d'aujourd'bui,1975, P.185 ; BEDIRKhân Syreya, The case of Kurdistan against Turkey. Princeton,NJ.,1928, p.21-28. Muhamed Amin ZEKI, historien kurde, soutient l'idée d-une division administrative du Kurdistan en plusieurs principautés. Selon lui: "Sans doute cette division administrative que l'habileté de Mawlana Idris Betlissia trouvée a été parfaite.. ment adaptée aux conditions locales et aux ramifications régionales. Un pays comme le Kurdistan aun grand problème, ses populations sont orientées vers la guerre et le\;Ombat, et se prennent en révolte; à l'indépendance eUes ne peuvent être gouvernées par d'autres types d'administration ou principes de gouvernement.". La thèse de MAZEKI pourrait être juste si on excluait les menaces exogènes. Dans le cas contraire, c'est-à-dire l'existence de deux ennemis menaçant l'intégrité du pays, une centralisation du pouvoir, sous un prince fort et une armée forte, est la condition absolue de survie de eet Etat. 12. Hammer, op. cil.. VQ1.2..1ivre xxvm ;p. 19. 13.ZEKIMuhamed Amin Beg, Histoire des Kurdes et du Ku.rdistan VoLI ",De l'ancienne époque jusqu'à aujourd'hui", ppu218-248,Vo1.2 "Histoire des Etats et des principautés kurdes à l'époque islamique", pp.276-436,op. cil. ; NIKITINE Basile, Les Kurdes, pp.185-194 Op. cil; SUJADI Alaadin, Les Révoltes Kurdes (en langue kurde), Bagd~ imprimerie de Maarif,1959, pp.30-65~ 26

pays kurde et ainsi, de résister pendant plusieurs années aux invasions turques et perses. Par ailleurs, l'organisation étatique de l'Empire ottoman et de l'Empire perse et les relations entre le pouvoir central et les provinces n'étaient pas toujours stables.NIKITINEnous dit que :
"Ces Etats (n'étaient) pas organisés selon les principes du droit public occidental. La nature du pouvoir centtal,1a cohésion des différentes parties de l'Etat, la compétence et le degré de responsabilité des autorités locales, les frontières politiques mêmes, tous ces traits sont excessivement variables d'un règne à l'autre, sans insister sur les périodes d'interrègne, de guerre, etc.,

qui sont peut-être plus fréquentes que les périodes d'administration
nonnale. "14

Cette sorte d'organisation étatique ottomane et perse pennettait aux Kurdes d'avoir une autonomie relative vis-à-vis des autorités centrales du sultan et du chah. Ainsi, certains princes kurdes battaient monnaie (siké) et faisaient dire la khoutba à leurnom.1s Cest sous l'autorité de Mir (prince) Muhamed Mensour, au début du XIXe siècle, que la principauté de Soran s'érigea en un Etat plus ou moins bien organisé. En fait, le Mir Muhamed titde la ville de Rawandiz la capitale de son Etat et y créa une année régulière de plus de 30,000 soldats salls compter les forces années des tribus kurdes. Le prince fit d'ailleurs construire une usine pour la fabrication de canons et de fusils destinés à équiper sonarmée16.En 1826, il proclama l'indépendance de son pays, lequel entretint des relations diplomatiques avec l'Iran et l'Egypte.17 Avec l'Egypte, le Mir Muhamedconclut une alliance militaire contre l'Empire ottoman. C'est avec l'assistance de l'armée kurde qu'Ibrahim Pacha, le prince héritier d'Egypte, put faire avancer ses forces contre l'année ottomane en Anatolie en 1832. Se trouvant dans l'incapacité de vaincre facilement l'année kurde militairement, le sultan envoya son ministre Rashid Pacha négocier avec le Mir Muhamed Mensour. A la suite de cette négociation, le prince accompagna le ministre jusqu'à Constantinople où le sultan lui conti a la mission de le représenterau Kurdistan. Mais, sous l'influence du Walt de Bagdad, Ali Redha Pacha, l'ennemi juré du prince kurde, l'attitude du Sultan vis-à-vis du Mir Muhamed avait entre-temps changé et ce dernier, lors de son retour au Kurdis, tan, fut tué par les Ottomans.IS Après la mort du prince, l'année ottomane

14. NIKITINE, op.cit. P.185. 15. /bid.p.186.. La khoutba est la prière musulmane du vendredi.. 16. Certains de ces canons sont exposés aujourdthui au musée et en différents lieux publics à Bagdad. 17..,ZEKI, ,op.cit~."PP.406416;NIKITINE," op:' Cii."P.181';MOÜKURIANI Hussein Huzni, Miran i Sorân (Les Princes des Soran) en kurde, Rawandoz, imprimerie duKurdis~ 19.50. 18.ZEKI, op.cit .,pp.23 2-233.

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envahit la principauté et mit fin à plus de trente années d'indépendance de l'Etat Irorde. A la même période, au nord de la principauté de Soran, la principauté de Botan jouissait d'une autonomie relative vis-à-vis de l'Empire ottoman. Cest sous l'autorité de Mir Bedir Khan, en 1821,que cette principauté tenta d'élargir son influence au-delà de ses domaines avec pour objectif decreer un Etat indépendant du Kurdistan. Selon DjaladetBedir Khan, petit-fils du prince: "(Le prince) a vu clairement que la cause réelle de l'insuccès des
révoltes kurdes, de leurs échecs et défaites successives résidait non pas dans la supériorité des Turcs sur les Kurdes dans la guerre mais dans la conjonction des deux éléments suivants : 1. L'absence d'unité entre les forces kurdes sur une idée pattiotique unique et noble, 2. L'absence totale de fabriques d'armes et de munitions au Kurdistan" .19

C'est ce qui avait convaincu le Mir Bedir Khan de la nécessité de rassemblerautour de son projet d'autres princes et seigneurs kurdes et l'avait conduit à faire construire une fabrique de fusils et une .autre de munitions dans la ville de Djezire. De plus:
t'Il avait commencé à envoyer des étudiants kurdes à l'étranger afin de se spécialiser dans la fabrication d'armes, de munitions et d'autres instruments de guerre et ainsi que leur fonctionnement. Et il avait commencé la construction de bateaux pour les utiliser sur le lac de Van".20

Sur le plan de l'organisation du pays, le Mir kurde avait fait frapper la monnaie à so~ nom, proclamer son nom lors de la prière du vendredi .aulieu du nom du sultan ottoman, et modifier certains règlements islamiques qui limitaient la vie sociale et religieuse de la communauté chrétienne des Annéniens et Nestoriens, sujets de la principauté de Botan.21 Cependant, devant l'influence grandissante du Mir de Botan, l'Empire ottoman avait monté certaines tribus kurdes et de la communauté chrétienne de Botancontre l'autorité de Bedir Khan. Selon Nikitine :
"En 1845, au milieu de ses préparatifs, les Nestoriens s'étai~nt révoltés et avaient refusé de payer les impôts à Bedir Khân~ Il fut conttaint de les ramener à l'obéissance".22
19. SHERKODr. Belej, La question kurde: passé et présent des Kurdes. Le Caire, 1930, 1ère 00. Beyrouth, Dar Al Kutab, 2èmeédition, édité par la Ligue KAWA pour la littérature kurde, 1986, P.51 (Association Khwiboun Patriotique Kurde, No.5). Dr. Belej SHERKO est le nom emprunté de DjaladetBedirKhan, le petit-fils du prince de Botan.
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20. Ibid., p.52. 21. Ibid., pp.52-53. 22. NIKITINE, op. cit. P.193. Pour plus de renseignements sur la 'principauté de Botan et la révolte des Nestoriens contre Bedir Khan voir: TARIHI LOUTFI(en turc),
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