La Chine et les Tartares au XVIIe siècle - Mœurs et usages de ces peuples
50 pages
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La Chine et les Tartares au XVIIe siècle - Mœurs et usages de ces peuples

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Description

Les peuples de la Chine goûtaient toutes les douceurs de la paix sous le gouvernement de leur empereur Zunchin, lorsqu’en l’année 1640 se forma l’orage qui devait bouleverser tout ce grand empire.A cette époque, on vit deux rebelles se révolter en même temps contre leur légitime souverain ; l’un se nommait. Ly, et l’autre, Cham. Bien que simples sujets du roi et gens de nulle considération, ils aspiraient également à la domination. Ayant attiré auprès d’eux un grand nombre de milices et les meilleures troupes de l’état, ils commencèrent à faire des courses dans les provinces du Nord, qui sont frontières de la Tartarie.Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

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EAN13 9782346117154
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Six mois chez les sauvages.
Juan de Palafox y Mendoza
La Chine et les Tartares au XVIIe siècle
Mœurs et usages de ces peuples
I
PREMIERS TROUBLES DE LA CHINE
Les peuples de la Chine goûtaient toutes les douceurs de la paix sous le gouvernement de leur empereur Zunchin, lorsqu’en l’année 1640 se forma l’orage qui devait bouleverser tout ce grand empire.
A cette époque, on vit deux rebelles se révolter en même temps contre leur légitime souverain ; l’un se nommait. Ly, et l’autre, Cham. Bien que simples sujets du roi et gens de nulle considération, ils aspiraient également à la domination. Ayant attiré auprès d’eux un grand nombre de milices et les meilleures troupes de l’état, ils commencèrent à faire des courses dans les provinces du Nord, qui sont frontières de la Tartarie.
Cette révolte poursuivait son cours sans qu’il parvînt aucun des ordres nécessaires pour l’étouffer. Les ministres et les officiers de la cour, qui avaient déja vendu l’empire et leur maître, empêchaient de laisser parvenir au palais les avis des capitaines qui gardaient la frontière. Aussi les deux chefs révoltés purent-ils continuer très-facilement leurs conquêtes. Ils acquirent en très-peu de temps la réputation de grands et vaillants capitaines, et leurs troupes se grossirent de plus en plus.
Ainsi les usurpateurs ne tardèrent guère à se rendre maîtres de cinq provinces par la force des armes. Cham alla s’établir dans celle qui était le plus éloignée de la cour de l’empereur, et y prit le nom et la qualité de roi. Ly, qui formait encore de plus vastes desseins, s’approcha plus près de la cour, projetant l’invasion de tout ce grand empire.
Après avoir aidé Cham dans sa révolte, Ly dut craindre de trouver un obstacle en un compétiteur si puissant ; aussi suppose-t-on qu’il le fit périr, soit par trahison, soit par force ouverte. Toujours est-il que depuis il n’est plus fait mention de ce tyran.
Délivré de ce compétiteur à la souveraineté, Ly voulut mettre à exécution ses vastes projets. Il s’établit en la ville capitale de la province de Xensi, appelée Singansuase, et s’y fit couronner empereur de la Chine. Puis il songea à se rendre maître de la province et de la cour impérials de Pékin.
Pendant que le feu de la rébellion et de la guerre civile, qui s’allumait de plus en plus dans la Chine, menaçait tout ce grand état d’une révolution générale et d’une ruine prochaine, les Tartares cherchaient un prétexte honorable pour entrer dans ses provinces. Jusqu’alors leurs incursions avaient été peu fréquentes et n’avaient eu pour but que de se venger d’autres irruptions de la part des Chinois. Mais en ce moment leur vue était plus ambitieuse, et le moindre motif pouvait être pour eux une occasion de conquête.
Le chef des Tartares observait donc ce qui se passait en Chine. Il comprenait que Ly souhaitait ardemment d’être soutenu contre son empereur, et que, pour cela, ou du moins pour n’avoir pas à craindre de nouveaux ennemis, il ne serait pas éloigné de partager avec lui ses conquêtes. Mais ce prince avait solennellement juré la paix avec la maison royale de la Chine. Il avait encore cédé tous ses droits, et tout ce qu’il prétendait sur cet empire à la famille dont il voyait le sang encore vivant en la personne de l’empereur. Or il ne pouvait se résoudre, quelque idolâtre qu’il fût, à violer un serment fait à la face de ses idoles. Puis il était persuadé qu’il était indigne d’un grand prince de soutenir un usurpateur contre son monarque légitime.
Telles étaient les pensées des Tartares, lorsque Ly voulut poursuivre ses plans de conquêtes. Il ne tarda point à commencer par l’entreprise la plus hardie et la plus téméraire : ce fut d’aller droit à la personne de l’empereur et d’attaquer avec toutes ses forces la résidence de sa cour et la capitale de ses états. Après avoir abattu cette tête, il espérait mettre la couronne sur la sienne et voir en sa puissance tous les trésors royaux, ce qui devait donner un plus grand poids à sa puissance. De plus il ôtait par là-même le pouvoir à qui que ce fût parmi la famille royale de lever des troupes et de paraître à la tête des sujets fidèles.
Pour la réussite de ce grand dessein, il fallait se rendre maître de la grande ville de Pékin, où était toute la cour. La ruse seule pouvait permettre cet exploit, car il eût été fort difficile, même avec de nombreux soldats, de pouvoir réduire une place aussi bien fortifiée, et qui, en temps de paix, possédait une garnison de quatre-vingt mille hommes. Le seul palais impérial était défendu par deux ou trois murailles avec leurs fossés et boulevards ; il avait une lieue et plus de circuit.
Ly avait prévu toutes ces difficultés, et avait jugé que les négociations étaient de beaucoup préférables à la force ouverte. La fraude et la trahison devaient emporter tout ce qui se présentait d’obstacle à ce grand dessein. Il avait employé pour cela les présents et les promesses auprès de plusieurs grands de la cour. Chose étrange ! il n’avait trouvé personne parmi le peuple qui voulût entrer dans la conspiration, et plusieurs magistrats ou officiers de la maison impériale consentaient à trahir l’état et leur souverain.
Le Tyran, après avoir ainsi disposé toute sa trahison par le ministère des officiers du palais, envoya à la ville impériale de Pékin les plus vaillants de ses capitaines déguisés en marchands, avec ordre d’y ouvrir des boutiques et d’y étaler de riches marchandises.
On ne pensait guère que tous ces négociants fussent autant de grands capitaines, et tous leurs valets autant de soldats d’élite. Il leur importait de bien faire valoir le négoce, puisqu’il s’agissait de l’achat du plus grand empire du monde.
Les sûretés étant prises de part et d’autre, ceux qui étaient d’intelligence dans la ville et le palais, ne manquèrent pas, sous divers prétextes, de diminuer les gardes, et d’en affaiblir autant qu’ils purent les forces et les défenses. Ainsi en peu de temps la trahison vint éclater tout à coup. Grand fut alors l’étonnement parmi tous ceux qui n’avaient encore rien appris de la conspiration ! car avant même qu’ils eussent pu prendre une résolution ils étaient en la puissance et à la discrétion de leurs ennemis. Ly, qui ne tarda guère à paraître, trouva les portes de la ville ouvertes et ses gens déjà victorieux : il venait de conquérir, sans avoir eu besoin de l’attaquer, la province de Pékin, la première de tout l’empire.
II
MORT DE L’EMPEREUR ZUNCHIN ET DE TOUTE LA FAMILLE IMPÉRIALE
L’empereur Zunchin n’aperçut le mal de son état que lorsqu’il ne fut plus en son pouvoir d’y apporter remède. Il reconnut que la fureur de ses infidèles sujets ne voulait pas seulement lui ravir son empire et sa couronne, mais encore la vie. Alors il jugea qu’il ne lui restait plus que le choix d’une mort digne de sa grandeur et de son courage.
Comme la ville de Pékin est d’une vaste étendue, avant que les traîtres eussent pu forcer le palais, il se trouva quelques officiers et soldats plus fidèles qui firent, dans cette dernière extrémité, une assez vigoureuse résistance : c’étaient ceux de la cour qui avaient souffert les plus mauvais traitements des ministres. L’effort qu’ils firent pour empêcher le triomphe du tyran, donna à l’empereur le loisir de disposer lui-même de sa vie, plutôt que de s’abandonner à la fureur et aux outrages de ces traîtres. Et il parut à ce malheureux prince que c’était un devoir qu’on lui rendait, de lui laisser cette liberté.
Pendant qu’on faisait quelques efforts pour empêcher l’entrée du palais aux rebelles, l’empereur de la Chine pensa à disposer promptement de la famille impériale et de sa personne. Ce fut de la manière la plus tragique qui se soit encore vue dans l’histoire. Il n’avait qu’une fille fort jeune, qui avait été jusqu’alors l’attente et les espérances de ce grand empire : cette jeune personne, craignant de voir son honneur et le rang illustre qu’elle tenait, devenir la proie d’un tyran, pria son propre père de lui couper la gorge. Zunchin accéda au désir de sa fille.
Après cette barbare exécution, l’empereur, qui avait encore les mains teintes du sang de sa fille, passa avec l’impératrice dans les jardins du palais. Quelques officiers restés fidèles accompagnaient leur maître dans cette promenade funèbre, et observaient le plus religieux silence. Arrivé à l’entrée d’un petit bois, Zunchin s’arrêta. L’impératrice, qui comprenait parfaitement ses pensées, s’approcha, et lui donna un dernier baiser ; puis elle s’éloigna avec toute la douleur dont le sentiment humain est capable, pénétra seule dans le bois et se pendit à un des arbres de la forêt.
L’empereur ne tarda guère à venir se placer auprès de sa femme. Il pria un des seigneurs qui l’accompagnaient de lui offrir du vin afin de réchauffer son sang engourdi, et lorsqu’il eut bu quelques gouttes de cette liqueur, il se mordit un des doigts de la main avec assez de violence : du sang qui jaillit de cette plaie il écrivit ces paroles :
« Les mandarins ont été des traîtres envers leur empereur. Ils sont tous dignes de mort, et ce sera justice d’exécuter cet arrêt. Mais le peuple ne mérite point de châtiment, parce qu’il n’est point coupable. J’ai achevé en moi la race impériale, que tant de princes, mes aïeux, avaient perpétuée jusqu’à moi avec toute la grandeur et tout l’éclat de la majesté. Je vais donc me fermer les yeux pour ne pas voir mon empire détruit ou dominé par un tyran. Je vais me priver de la vie, parce que je ne pourrais souffrir d’en être redevable au plus indigne de mes sujets. »
Ce prince, après avoir achevé d’écrire ce qu’une juste douleur lui avait présenté à l’esprit, détacha ses cheveux, et s’en étant couvert le visage, il se pendit à un arbre tout proche de celui où venait d’expirer l’impératrice. Zunchin était à peine âgé de trente-cinq ans.
Le bruit de la mort de l’empereur ne tarda pas à se répandre par toute la ville, et dès lors ceux des sujets fidèles qui disputaient encore l’entrée du palais au tyran, ne voyant plus de prince pour qui ils dussent combattre, abandonnèrent toute leur résolution. Les usurpateurs en profitèrent pour continuer à s’assurer de leur victoire. De la sorte Ly se trouva bientôt maître de la ville et du palais. Alors, sans perdre de temps, il se fit couronner dans la cour de Pékin empereur souverain de toute la Chine.
Aussitôt après son couronnement, il envoya l’ordre à tous les mandarins de donner leurs noms et leurs qualités pour leur conférer les emplois qu’il jugerait à propos dans son nouveau gouvernement. Plusieurs de ces mandarins obéirent à cet ordre. Cependant un assez grand nombre des plus considérés de l’état prirent une autre résolution, assez inutile pour lors, ce fut de joindre leur mort à celle de leur prince. Ils crurent par là paraître très-fidèles à celui qu’ils avaient si mal servi durant son règne. Les uns se coupèrent la gorge ; d’autres s’étranglèrent ; et d’autres enfin se noyèrent dans leurs puits.
Quant aux mandarins qui ne furent pas d’avis de se montrer si zélés pour la mémoire de leur souverain, ils donnèrent leurs noms suivant les ordres du tyran, dans la pensée qu’une prompte obéissance allait les rendre fort considérables en cette nouvelle cour. Mais ils se trouvèrent bien déchus dans leurs espérances : Ly les condamna à lui payer de grosses sommes d’argent, selon leurs biens et les charges auxquelles chacun d’eux avait été employé. Il prétendait qu’ils devaient tous lui restituer ce qu’ils avaient auparavant volé à leur légitime souverain. Et celui qui refusait d’accéder à ses désirs, ou qui ne pouvait pas fournir dans le temps voulu la somme à laquelle il avait été taxé, entendait bientôt prononcer son arrêt, sa mort. On voyait donc tous les jours quelqu’un de ces misérables perdre la vie au milieu des plus cruels supplices.