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La Chine, trois révolutions pour une renaissance

De
192 pages
La Chine, "le pays du milieu", autrement dit le centre du monde, a connu de profonds bouleversements politiques, économiques et sociaux résultant de trois révolutions : celle de 1911-1912, initiée par Sun Yat-sen et son parti ; celle de 1949 qui a abouti à la prise du pouvoir à Pékin par les communistes, dirigés par Mao Zedong ; celle de 1978-1984 qui a fait naître une Chine nouvelle, ouverte sur le monde, sous l'impulsion de Deng Xiaoping. Le nouveau maître de la Chine, Xi Jinping, sera-t-il celui qui dirigera une quatrième révolution inéluctable : la démocratie ?
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Jean-Jacques Tur
Civilisat on quadrimillénaire, hérit ère d’un Empire qui a perduré plus de
deux mille ans, la Chine reste de nos jours, pour ses habitants, Zhōngguó,
« le pays du Milieu », autrement dit le centre du monde.
Depuis un siècle, elle a connu de profonds bouleversements polit ques,
économiques et sociaux qui, avec le recul, apparaissent comme la
résultante de trois révolut ons :
– celle de 1911-1912, init ée par Sun Yat-sen et son part , le Tongmenhui,
futur Guomindang, qui a mis fi n au régime impérial et fait naître, après
quinze ans d’anarchie, la « démocrature » de Tchang Kaï-chek ;
– celle de 1949 qui, au terme d’une longue guerre civile, entrecoupée LA CHINEpar l’occupat on japonaise, a about à la prise du pouvoir à Pékin par les
communistes, dirigés par Máo Zédōng. Celui-ci, après s’être débarrassé de
la tutelle soviét que, a dirigé son pays en se fondant sur le principe « compter TTrrooiiss r réévvololuuttiiononss
sur ses propres forces » : avec le Grand Bond en avant (qui a entraîné la
eplus dramat que famine du XX siècle) puis la Révolut on culturelle, il a ppoourur un unee r reennaaiissssaancncee
vainement tenté d’off rir une troisième voie de développement au t ers-
monde ;
– celle de 1978-1984 qui, quelques années seulement après la mort de DDe Se Suun Yn Yaatt--sseen à Xn à Xí Jí Jììnnppíínngg
Máo en 1976, a fait naître, sous l’impulsion de Dèng Xiǎopíng, une Chine
nouvelle, toujours communiste mais désormais ouverte sur le monde,
devenue en trois décennies la deuxième puissance économique mondiale
et aux ambit ons géostratégiques de plus en plus affi rmées : redevenir le
centre du monde comme elle l’a été à plusieurs reprises au cours de sa
longue histoire.
L’accession au pouvoir de Xí Jìnpíng est l’occasion de passer en revue les
hommes, les événements et les enjeux qui ont marqué ce grand pays
depuis un siècle. Le nouveau maître de la Chine sera-t-il celui qui dirigera
une quatrième révolut on tôt ou tard inéluctable : la démocrat e ?
Jean-Jacques TUR, né en 1945, professeur agrégé d’histoire et de
géographie de 1968 à 2005, est désormais conférencier spécialisé
en géopolit que. Il a publié plus de soixante ouvrages dont Au
pays du phénix et du dragon : histoire et géopolit que de la Chine
des origines à nos jours (JJMiTUR, 2009) et, chez L’Harmat an,
Les nouveaux défi s démographiques : 7 milliards d’hommes…
déjà ! (2011) et Ombres et lumières de l’Algérie française (2012).
En couverture : Sculpture occidentale devant le mausolée de Máo Zédōng.
Photographie prise par l’auteur à Pékin, place Tian’anmen, le 7 juin 2007.
ISBN : 978-2-343-00278-1
20 €
LA CHINE
Jean-Jacques Tur
Trois révolutions pour une renaissance De Sun Yat-sen à Xí Jìnpíng






LA CHINE
Trois révolutions
pour une renaissance






















Jean-Jacques TUR








LA CHINE
Trois révolutions
pour une renaissance

De Sun Yat-sen à Xí Jìnpíng


























DU MEME AUTEUR
Aux éditions L’Harmattan, Paris
* Ombres et lumières de l’Algérie française, 2012.
* Les nouveaux défis démographiques. 7 milliards d’hommes… déjà ! Collection « Pour
comprendre », 2011.
Aux éditions JJMiTUR, 49240 Avrillé
* François-Ferdinand d’Autriche, un inconnu célèbre, 2012.
* Conférences angevines de géopolitique. 1 - Histoire secrète de la Maison-Blanche.
2 - Géostratégie de la Turquie : les ambitions d’une puissance régionale, 2012.
* L’Algérie avant 1962 : les peuples, les hommes, les enjeux géopolitiques, 2011.
* La Russie des origines à nos jours. Aléas et vicissitudes d’une grande puissance, 2011.
* Deux visages de l’hindouisme : Bali et le Rajasthan, 2009.
* Au pays du phénix et du dragon. Géopolitique de la Chine des origines à nos jours, 2007,
rééd. 2009.
* Objectif Maison-Blanche 2008. Révélations sur une élection pas comme les autres, 2008.
e* Pour une vraie VI République : positions et propositions, 2006, rééd. 2007.
* De Yalta à Budapest : les relations internationales de 1945 à 1956, 2006.
* Les origines de l’humanité à la lumière des sciences et des religions, 2006.
* Ma nostAlgérie.fr. Souvenirs de mes jeunes années à Fort-de-l’Eau, 2003, rééd. 2005.
* L’Affaire Zola-Dreyfus vue d’Angers. Le vortex et la trombe, 2002.
e* Cent jours pour l’an 2000. Cent événements qui ont marqué le XX siècle, 2000.
e* Les Grands de ce monde, Petite encyclopédie des personnages-clefs du second XX siècle
(1945-1995), 1996.
* Les élections présidentielles en France et aux Etats-Unis, 1988.
* La paix en plus, 1986.
Aux éditions Ellipses, Paris
* Six milliards d’hommes. La « bombe P » est-elle désamorcée ?, 1999.
* Géographie humaine et économique de la France, 1994.
Aux éditions Belin, Paris
* Les relations internationales depuis 1945, DicObac, 1996.
Aux Presses Universitaires de France, Paris
* Le mondialisme, collection « Que sais-je ? » n°1687, 1977.
* Les émirats du Golfe arabe : Koweït, Bahreïn, Qatar, Emirats Arabes Unis, collection « Que
sais-je ? » n°1639, 1976.
La plupart des photos de ce livre ont été prises par l’auteur lors d’un voyage en
Chine en juin 2007. Tel est le cas de l’illustration de la couverture : Sculpture
occidentale du mausolée de Máo Zéd ōng, Place Tian’anmen, Pékin. © J.J. Tur 2013.


© L’Harmattan, 2013
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-00278-1
EAN : 9782343002781

A Huo Hong dit Clovis, le guide-accompagnateur chinois
qui m’a fait découvrir son pays du 6 au 19 juin 2007

« La Chine n’est pas un « pays », au sens nationaliste étroit du terme.
Elle est un concept d’universalité, une façon d’accomplir l’humanité,
un intermédiaire entre l’homme et l’harmonie cosmique »
Simon LEYS, Essai sur la Chine.
« La plus grande gloire n'est pas de ne jamais tomber,
mais de se relever à chaque chute »
CONFUCIUS

Carte 1. Les provinces de Chine

6
Introduction
ZHONGGUO : LE PAYS DU MILIEU
Civilisation quadrimillénaire, héritière d’un Empire qui a été, après celui
des pharaons, le plus long de l’Histoire, la Chine reste de nos jours, pour ses
habitants, Zh ōngguó, « le pays du Milieu », autrement dit le centre du
monde. Depuis un siècle, elle a connu de profonds bouleversements poli-
tiques, économiques et sociaux qui, avec le recul, apparaissent comme la
résultante de trois révolutions :
- celle de 1911-1912, initiée par Sun Yat-sen et son parti, le Tongmenhui
(Ligue des révolutionnaires chinois), précurseur du Guómínd ǎng, qui a mis
fin au régime impérial et fait naître, après quinze ans d’anarchie, la « démo-
1crature » de Ji ǎng Jièshí, plus connu en français sous le nom de Tchang Kaï-
chek ;
- celle de 1949 qui, au terme d’une longue guerre civile, entrecoupée par
l’occupation japonaise, a abouti à la prise du pouvoir à Pékin par les com-
munistes, dirigés par Máo Zéd ōng, tandis que Tchang Kaï-chek s’enfuyait à
Táiw ān avec ses partisans ; en conséquence, pendant près de trois décennies,
s’est établi et affirmé un régime totalitaire, d’abord sous l’égide du « grand
frère » soviétique, puis dans le cadre d’une autarcie fondée sur le principe
« compter sur ses propres forces » et désireuse d’offrir une troisième voie de
développement au tiers-monde ;
- celle de 1978-1984 qui, quelques années seulement après la mort de
Máo en 1976, a fait naître, sous l’impulsion de Dèng Xi ǎopíng, une Chine
nouvelle, toujours communiste mais désormais ouverte sur le monde, sûre
d’elle-même et aux ambitions géostratégiques de plus en plus affirmées.
Aux deux extrémités de ce siècle de bouleversements, on trouve deux
2personnages fort différents mais emblématiques : Sun Yat-sen et Hú J ǐnt āo.
Le premier a été le véritable père de la Chine moderne née au début du
eXX siècle : il a été qualifié de « grand héros national, grand patriote et

1 Ce néologisme, tout comme son synonyme dictocratie, est un mot-valise formé par
l’association et la condensation de démocratie et de dictature. Il désigne un régime qui, sous
les apparences d’une démocratie, fonctionne comme une dictature. Nous en préciserons le
fonctionnement dans le corps de ce livre. Le premier ouvrage qui en a fait mention est, à notre
connaissance, celui de Max Liniger-Goumaz, La démocrature, dictature camouflée, démocra-
tie truquée, L’Harmattan, 1993, qui était consacré non pas à la Chine mais à l’Afrique noire.
2 Sun Yat-sen est la prononciation en cantonais qui s'est exportée en Occident. Le nom se
prononce Sūn yì xi ān en mandarin. Mais ce personnage est également appelé Sun Wen et,
encore plus souvent, surnommé, Sun Zhongshan : un ancien parc impérial à Pékin, au sud de
la Cité Interdite, a d’ailleurs été ainsi rebaptisé en 1928.
7
3grand pionnier de la révolution démocratique chinoise » lors des cérémo-
nies qui ont marqué, en octobre 2011, le centenaire de la révolution X īnhài.
Le second a été, avec Dèng Xi ǎopíng et Ji āng Zémín, l’un des symboles de
cette Chine décomplexée devenue en trois décennies la deuxième puissance
économique mondiale et dont les ambitions sont désormais clairement affi-
chées : redevenir le centre du monde comme elle l’a été à plusieurs reprises
dans sa longue histoire. Xí Jìnpíng, récemment promu Secrétaire général du
parti communiste puis chef de l’Etat, devrait poursuivre dans la même voie.
Avant d’entrer dans le vif du sujet, il me semble indispensable de donner
quelques précisions pour mieux comprendre les mentalités de cet immense
pays que j’ai découvert, pour la première fois, en juin 2007, au cours d’un
voyage qui reste, à ce jour, le plus beau et le plus fascinant de tous ceux que
j’ai faits. Pourtant, je ne voudrais pas tomber dans le piège de ce que Claude
Roy dénonçait à juste titre comme « l’ignorance coupable des sinologues de
quinze jours » : je reste conscient qu’on ne nous a montré que certains as-
pects de cet immense pays. C’est donc plus en historien passionné par les
grandes civilisations qu’en touriste émerveillé que j’ai voulu écrire ce livre.
Tout d’abord, il faut savoir qu’il existe en Chine une notion capitale, va-
lable pour tous les Chinois, des couches sociales les plus aisées aux plus
misérables : c’est le Mianzi, c’est-à-dire l’apparence, l’identité sociale et la
façon qu’une personne aura d’être perçue en société. La notion d’honneur
dans la culture chinoise suppose, dans tous les domaines, l’honnêteté, le
respect et la confiance. Elle s’apparente à la réputation et à l’image que l’on
peut avoir dans un groupe, d’où le principe essentiel de « ne pas perdre la
face », mais aussi de ne pas la faire perdre à autrui car on porterait alors la
responsabilité de la gêne et donc du préjudice causé. Dans tous les cas, il
s’agira de préserver les bonnes relations, en évitant les conflits, y compris en
aidant les autres à ne pas se sentir humiliés en public.
Autre point capital pour comprendre la Chine et ses habitants : la pensée
chinoise exclut le dualisme ; elle ne sait pas nommer « l’autre ». Son concept
central, le néant (wu), a pour contraire l’avoir (you) et non pas l’être. « Cette
indifférence à la question de l’être s’inscrit dans une vision du monde où la
conscience de soi se confond délibérément avec la conscience du Tout. Ainsi,
toutes les écoles chinoises de pensée classiques (taoïsme, confucianisme et
bouddhisme) admettent l’Unité suprême (tai-yi) du vivant dont la pérennité
est garantie par la fluidité du Dao (ou tao) dans laquelle se réconcilient et
4se résolvent antagonismes et contraires ».

3 Discours du président Hú J ǐnt āo prononcé le 9 octobre 2011 à Pékin et symboliquement
publié en chinois traditionnel.
4 Nicolas Chapuis, Tristes Automnes : poétique de l’identité dans la Chine ancienne, Libraire-
éditeur You Feng, Paris, 2001.
8
Le tao est la force fondamentale qui coule en toutes choses dans
l’univers, qu’elles soient vivantes ou inertes. C'est l’essence même de la
réalité, par nature ineffable et indescriptible. Il est représenté par le taìjítú
(cf. ci-dessous), qui symbolise l’unité au-delà du dualisme yin-yang.

La partie renflée vers le bas évoque la forme d’une goutte d’eau et la par-
tie renflée vers le haut celle d’une flamme. Chacun des deux points est desti-
né à grossir, de façon à occuper progressivement la totalité du demi-cercle de
couleur opposée dans lequel il se trouve, ce qui symbolise l’impermanence
de toute chose.
Alors que dans la culture européenne, la confrontation, plutôt que la mo-
dération, semble davantage susceptible de valoriser l’individualité, la culture
chinoise préfère toujours l’esquive à l’affrontement et base sa vision du
monde sur l’harmonie du vivant : il n’y a rien à affronter ou à combattre,
sinon soi-même ! C’est pourquoi le dragon a toujours joué un grand rôle
dans la spiritualité et les mentalités chinoises : animal fabuleux, élément
perturbateur – tout en étant le symbole de l’empereur –, il n’est que maîtrisé,
contrôlé, dompté, voire apprivoisé, mais en aucun cas vaincu, éliminé ou
anéanti.
A la recherche de leur identité, les Chinois ont longtemps subi la « tyran-
5nie de l’histoire » qui les conduisait à avancer à reculons, le regard fixé sur
leur passé. L’écrivain Qian Zhongshu (1910-1998) a mis en lumière les hy-
pocrisies et les lâchetés qui rongent une âme chinoise empêtrée dans le res-
pect de la tradition. Une bonne partie du peuple chinois rêve encore à un
retour au paternalisme confucéen, tandis qu’une autre partie, principalement
les jeunes générations, s’est lancée dans une occidentalisation à outrance. Or
il leur est impossible d’assimiler une vision du monde radicalement étran-
gère aux fondements de la culture chinoise.
Si la Chine a connu, depuis un siècle, tant de soubresauts et de drames
humains, c’est non seulement en raison de l’ambition et de la folie totalitaire
de certains hommes qui se sont autoproclamés représentants légitimes du
peuple, mais aussi parce que l’âme chinoise est en porte-à-faux entre des
traditions multiséculaires qui ont forgé son identité et la volonté de participer
à l’inéluctable évolution transnationale aboutissant, depuis quelques décen-
nies, au phénomène de mondialisation qui apporte de multiples bienfaits
mais engendre aussi bien des misères. Ceci étant dit, il faut brièvement rap-
peler quelques notions de langue et de prononciation, ainsi que les grandes
lignes de l’histoire de la Chine depuis les origines.

5 Formule du sinologue britannique W. F. Jenner.
9
PARLEZ-VOUS CHINOIS ?
Les premières traces d’écriture chinoise datent de la dynastie Shang, vers 1500 avant
J. -C. : on les a trouvées sur des écailles de tortue et des os d’animaux. L’écriture a été
normalisée sur l’ordre du premier Empereur, Qin Shihuangdi, puis certains styles (régu-
lier, cursif,…) sont apparus sous la dynastie des Han.
Il est tout à fait naturel de trouver une grande diversité linguistique dans un pays aus-
si vaste et peuplé que la Chine. À côté du tibétain et de certaines langues des régions
autonomes de l’Ouest à majorité musulmane, sept grands groupes linguistiques s’y cô-
toient. Le wu (bien connu des amateurs de Scrabble), qui compte près de cent millions de
locuteurs, est la première langue non officielle du monde, devant le pendjabi. Il est parlé
dans les provinces du sud-est, où le shanghaïen constitue l’une de ses formes dialectales.
6
Le yue ou cantonais est parlé par plus de 80 millions de personnes dans les provinces du
sud. Dans le Sud-Est, on parle aussi le min (50 millions), le hakka (35 millions), le xiang
(35 millions) et le gan (20 millions).
Mais c’est le mandarin ou gu ānhuà, ancien dialecte de Pékin, qui est devenu, sous sa
forme standardisée ou p ǔtōnghuà, la langue nationale officielle de la République popu-
laire de Chine. Depuis 1979, le gouvernement chinois a adopté la transcription phoné-
tique en pīny īn (« épeler les sons ») dont le projet avait été approuvé en 1958. Ainsi, il
faut désormais écrire B ěij īng et non plus Pékin, Gu ǎngzh ōu et non plus Canton, Yáng-
7
z ǐji āng ou Yángz ǐ et non plus Yang-Tsé-Kiang, Máo Zéd ōng et non plus Mao Tsé-toung,
8ou Ji ǎng Jièshí et non plus Tchang Kaï-chek .
On utilise, en chinois moderne, environ vingt-six mille caractères, terme préférable à
celui d’idéogrammes, car la langue chinoise possède aussi des pictogrammes et des
idéophonogrammes. Certains sinologues ont proposé une appellation originale : celle de
sinogrammes. Leur transcription en alphabet latin réduit leur nombre à un peu plus de
quatre cent possibilités, mais celles-ci sont multipliées par l’utilisation de cinq tons diffé-
rents. Ainsi, le son ma, selon sa prononciation, acquiert cinq sens fort distincts : m ā (plat,
sans modulation) = maman ; má (montant) = chanvre (ou gris) ; m ǎ (descendant puis
montant) = cheval ; mà (descendant) = injurier ; ma (neutre ou léger) = interrogation. De
même, il vaut mieux ne pas confondre m ǎi (acheter) et mài (vendre) !
Certaines consonnes ne se prononcent pas comme en français : H est toujours expiré,
comme la jota espagnole ou le ch allemand ; X se prononce en chuintant légèrement,
comme en portugais, en basque ou en catalan (ou comme le ch allemand dans Ich) ; C se
prononce ts, avec explosion ; Q comme un ch mouillé ; Zh se prononce dj. Ainsi, la
dynastie des Zhou se prononce Djo, Zh ōu Ēnlái se prononce Djo Enn Laï et l’impératrice
Cíx ǐ… Ts’eu-hi, comme son ancienne orthographe !
Certes, les Chinois écrivent désormais comme nous, de gauche à droite et de haut en
bas, et non plus de droite à gauche et de bas en haut comme autrefois. Il n’en demeure
pas moins qu’essayer de comprendre cette langue quand elle est parlée, ou de la déchif-
frer quand elle est écrite, relève de l’exploit.

6 La langue française a emprunté au cantonais le mot wok, ustensile de cuisine en métal ou en
céramique, de forme hémisphérique, permettant de faire réchauffer, sauter, cuire, frire les
aliments avec très peu de matière grasse.
7 Prononcer Yang Tseu. Les Chinois l’appellent de préférence Chang Jiang.
8 Nous garderons donc, la plupart du temps, les anciennes graphies pour les périodes anté-
rieures à 1979.
10
CHRONOLOGIE DE L’HISTOIRE DE LA CHINE
¤ 2200-1765 av. J.-C. La civilisation chinoise prend naissance dans la grande plaine
du Huáng Hé. Dynastie (légendaire ?) des Xia : Yu le Grand aurait unifié la Chine.
¤ 1765-1122 av. J.-C. Dynastie Shang (ou Yin) : âge du bronze en Chine.
¤ 1122-770 av. J. - C. Dynastie des Zhou de l’Ouest.
¤ 770-256 av. J.-C. Dynastie des Zhou de l’Est.
Cette période est subdivisée en deux époques :
¤ 770-475 av. J. -C. Les Printemps et les Automnes.
¤ 475-256 av. J. -C. Les Royaumes Combattants.
¤ V. 600 av. J.-C. Débuts du taoïsme dont le fondateur serait L ǎoz ǐ (Lao Tseu).
¤ 551-478 av. J.- C. Débuts du confucianisme, doctrine due à K ǒng Z ǐ ou K ǒng F ūz ǐ (Con-
fucius).
¤ 221-207 av. J.-C. Dynastie Qin :
¤ 221-210 av. J.-C. Qin Shihuangdi, le premier Empereur, unifie la Chine, réalise une
première révolution culturelle et fait relier les tronçons de la Grande Muraille.
¤ 206 av. J.-C. – 9. Dynastie des Han de l’Ouest, fondée par Liú B āng qui prend le nom
de Han Gaozu. Le confucianisme et le taoïsme sont adoptés comme modes de vie.
¤ 9-23. Règne de Wang Mang (dynastie des Xin).
¤ 25-220. Dynastie des Han de l’Est.
¤ 57. Premières relations entre la Chine et le Japon.
¤ V. 166. Romains et Chinois entrent en contact (commerce de la soie).
¤ V. 184. Répression du soulèvement paysan des Turbans jaunes (Huáng j īn zh ī luàn).
¤ 220-265. Fin de la dynastie des Han. Les 3 Royaumes (Wèi, Sh ǔ et Wú) se parta-
gent la Chine.
¤ 265-316. Dynastie des Jin de l’Ouest qui reconstitue l’unité de la Chine.
¤ 317-589. Nouvelle division de la Chine entre les 16 Royaumes du Nord et les
6 Dynasties du Sud.
476 Chute de l’Empire romain d’Occident.
Début du Moyen-Age en Europe.
¤ 581-618. Réunification de la Chine par la dynastie Sui.
¤ 618-907. Dynastie des Tang inaugurée par Li Yuan qui prend le nom de Tang Gaozu
¤ 683-705. Wu Zetian se proclame impératrice et favorise le bouddhisme
¤ 713-756. Règne de Xuanzong (Minghuang). Apogée des Tang.
¤ 907-960. La Chine est à nouveau morcelée pendant la période des Cinq Dynasties et des
10 Royaumes.
¤ 960-1279. Dynastie des Song, fondée par Taizu, menacée au nord-ouest par les Xixia
(1030-1227) et au nord-est par les Khitan ou Liao (916-1125), chassés par les Jin (1126-
1234) qui conquièrent sur les Song la basse vallée du Huáng Hé (Fleuve jaune).
¤ 1279-1368. Dynastie mongole des Yuan, fondée par Kubilay (petit-fils de Gengis
Khan) qui élimine les Song et réunifie la Chine.
¤ 1281. Kubilay tente vainement d’envahir le Japon mais la flotte chinoise est détruite par un
typhon (le Kamikaze).
¤ 1275-1292. Voyage du Vénitien Marco Polo en Chine.
¤ 1347-1350. Grande épidémie de Peste noire qui se répand de Chine en Europe et fait
75 millions de morts (15% de la population mondiale).
¤ 1368. Après vingt années de révolution, au cours desquelles la Chine est à nouveau morce-
lée, Zhu Yuanzh āng, qui a pourchassé les Mongols jusqu’au désert de Gobi, devient
l’empereur Taizu (Hongwu) et fonde la dynastie Ming.
11
¤ 1368-1644. Dynastie des Ming.
¤ 1403-1424. Règne de Yongle. Pékin devient la capitale impériale Reconstruction et exten-
sion de la Grande Muraille.
1492 Fin du Moyen-Age en Europe.
¤ 1644-1912. Dynastie mandchoue des Qing.
¤ 1662-1722. Règne de K āngx ī.
¤ 1736-1796. Règne de Qianlong.
1789 Révolution française.
¤ 1839-1842. Guerre de l’opium. Les Britanniques occupent Shàngh ǎi et annexent
Hong Kong.
¤ 1851-1864. Insurrection des Tàipíng.
¤ 1861-1908. Cíx ǐ (Ts’eu-hi), impératrice douairière et régente, gouverne en fait la Chine
¤ 1900. Révolte des Boxers (« les 55 jours de Pékin »).
¤ 1908. Mort de Cíx ǐ.
¤ 1909-1912. Règne de Pou Yi, le dernier Empereur.
¤ 1912. Proclamation de la République de Chine. Destitution de P ǔyí : fin du ré-
gime impérial. Yuán Shìk ǎi président de la République. Fondation du Guómínd ǎng, parti
nationaliste chinois, par Sun Yat-sen.
La civilisation chinoise a été précédée par celles de Sumer en Basse-
Mésopotamie (vers 3600 av. J.-C.), de l’Egypte (unifiée par le pharaon Nar-
mer ou Ménès vers 3100 av. J.-C.) et de l’Indus (vers 2500 av. J.-C.). Malgré
l’établissement de prestigieuses dynasties, comme celles des Shang et des
Zhou, il a fallu attendre près de deux millénaires pour qu’enfin soit réalisée
l’unification politique par Qin Shihuangdi en 221 av. J.-C. Mais la dynastie
Qin n’a subsisté que dix-neuf ans et a été remplacée par celle des Han.
eNéanmoins, dès le VI siècle av. J.-C., des philosophies originales avaient
vu le jour (taoïsme, confucianisme), concurrencées plus tard par le boud-
dhisme venu de l’Inde, ce qui a abouti à la formation d’une religion syncré-
tique, variable selon les régions, mais ayant en commun le culte des ancêtres
et la croyance aux esprits (shen) de toute nature et de tout pouvoir. Ainsi, les
Chinois font appel au confucianisme pour guider leur comportement quoti-
dien, aux praticiens taoïstes pour les purifications et les exorcismes, et aux
prêtres bouddhistes pour les funérailles. En outre, grâce à leur écriture, des
peuples éloignés les uns des autres et pratiquant des langues orales diffé-
rentes ont pu se comprendre et communiquer.
Pendant longtemps, la civilisation chinoise a dominé sans partage l’Asie
orientale : le Japon n’est véritablement entré dans l’histoire que vers le
eVI siècle après J.-C. Quant aux peuples et aux pays d’Asie du Sud-est, leur
importance géopolitique ne s’est manifestée que bien plus tard. Seule l’Inde
a connu, elle aussi, une civilisation très ancienne et souvent brillante, qui
s’est développée à l’écart de celle de la Chine en raison de l’existence de la
formidable barrière himalayenne.
12
L’armée de terre cuite de Qin Shihuangdi, le premier
Empereur, découverte en 1974 à Lintong, près de X ī’ ān.
Les quatre photos ci-après ont été prises in situ par l’auteur en juin 2007.

2. Vue partielle des quelque 8 000 soldats

3. Un char en bronze et ses chevaux (à l’échelle un demi)

13
L’armée de terre cuite de Qin Shihuangdi près de X ī’ ān

4. Un général 5. Un archer
Les deux plus grands empereurs de la dynastie Qing

6 & 7. K āngx ī (1661-1722) et son petit-fils Qianlong (1735-1796)
Tableaux exposés au Palais d’été de Chéngdé (ex-Jéhol). Photos J.-J. Tur, juin 2007.
14
Les dynasties se sont succédé, des Han aux Qing, entrecoupées par des
périodes d’anarchie au cours desquelles la Chine se scindait en de multiples
royaumes et dynasties. Malgré tout, à certaines périodes, un extraordinaire
développement technique et culturel donnait à ce pays une large avance sur
le reste du monde. Quatre inventions majeures y ont vu le jour : le papier,
l’imprimerie, la boussole et la poudre à canon (« Si Da Fa’ Ming »). Et la
richesse artistique à l’époque des Tang est proprement fascinante, tandis
qu’au même moment, la France en était au temps des « rois fainéants » mé-
rovingiens pendant que les invasions arabo-musulmanes déferlaient sur la
péninsule ibérique avant d’être arrêtées par Charles Martel à Poitiers. Sept
siècles plus tard, ce sera au tour des Ming d’éblouir le reste du monde connu
à l’époque. Entre temps, sous le règne du mongol Kubilay, petit-fils de Gen-
gis Khan, le Vénitien Marco Polo avait découvert avec ravissement la civili-
sation de ce pays qu’on appelait à l’époque Cathay. L’autre apogée de la
civilisation chinoise a été marqué par les règnes de K āngx ī, contemporain de
eLouis XIV, et de son petit-fils Qianlong, au XVIII siècle.
Puis ce fut une longue décadence, accélérée par les guerres de l’opium –
initiées par les Britanniques – avant que d’autres grandes puissances (France,
Russie, Etats-Unis puis Allemagne et Japon) participent à leur tour au dépè-
cement de la Chine sous le « règne » (de facto) de l’impératrice douairière
Cíx ǐ (Ts’eu-hi) ainsi qu’en témoigne cette carte.

C’est cette ambiance délétère qui va favoriser un sursaut nationaliste
aboutissant à la révolution X īnhài de 1911.
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Chapitre premier
SUN
D'UNE REVOLUTION A L'AUTRE (1911-1949)
Le 12 février 1912, quatre mois après le début de la révolution X īnhài,
l’abdication du jeune empereur P ǔyí a marqué officiellement la chute de la
dynastie Qing et la fin du régime impérial plus que bimillénaire.
Cet événement, d’une importance symbolique capitale dans l’histoire de
la Chine, n’a pourtant pas eu, dans l’immédiat, d’impact dramatique sur la
vie politique, sociale et économique de ce pays.
1. CREPUSCULE D’UN EMPIRE,
NAISSANCE DIFFICILE D’UN NOUVEAU REGIME
Il faut d’abord remonter plus d’un demi-siècle en arrière.
L’AGONIE DE LA DYNASTIE QING
LA REVOLTE DES TAIPING (1851-1864)
eAu milieu du XIX siècle, une véritable guerre civile, qui a duré treize
ans, a touché seize provinces et a provoqué une remise en cause idéologique
de l’idée impériale.
Elle a pris naissance au sud du Gu ǎngx ī, sous l’impulsion d’un fils de
paysans, Hóng Xiùquán, qui déclarait avoir des visions d’un nouvel ordre
social, Tàipíng Ti ān Guó (« le royaume de la Paix Céleste ») dont il était
destiné à être empereur car il se disait fils de Dieu et frère de Jésus !
Son idéologie, curieux syncrétisme de confucianisme et de christianisme
mal compris, a fait, en quelques années, de nombreux adeptes qui s’élevaient
notamment contre la consommation de drogue et d’alcool, la prostitution, les
mariages forcés et la polygamie, mais aussi contre le port de la natte imposé
aux Chinois par les Mandchous dont la dynastie (Qing) était au pouvoir de-
puis 1644. Ils voulaient instaurer en Chine une société plus juste et plus éga-
litaire, fondée sur un partage des terres. Après des succès initiaux, ils ont
finalement été vaincus en 1864 : leur chef (qui vivait dans le luxe et le
stupre) s’est suicidé en avalant des feuilles d’or. Les troupes impériales ont
repris Nankin (en p īny īn Nánj īng c’est-à-dire « capitale du sud »).
La révolte des Tàipíng et sa répression ont fait, au total, 20 millions de
victimes, soit 5% de la population chinoise à l’époque, sans réussir à rénover
l’empire.
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LE « REGNE » DE CIX Ǐ (1861-1908)
e eLa seconde partie du XIX siècle et les premières années du XX ont été
dominées, en Chine, par la personnalité de Cíx ǐ, concubine devenue impéra-
trice douairière puis régente, qui a exercé la réalité du pouvoir au temps des
empereurs Tongzhi et Gu āngxù.
9Fille d’un gonfalonier (porteur d’étendard), Cíx ǐ (ou Ts’eu-hi) , de son
véritable nom Yehonala, était née en 1835 à Pékin. Devenue orpheline très
jeune, elle avait été élevée et éduquée par son oncle. En 1852, à l’âge de
17 ans, elle a été choisie comme concubine par l’empereur Xianfeng qui
venait d’accéder au trône. Trois ans plus tard, elle a donné naissance à un fils
du nom d’Aixinjueluo Zaichun qui a été placé sur le trône à l’âge de 5 ans,
en 1861, à la mort de son père, sous le nom de Muzong (ère Tongzhi, 1861-
1875). Cíx ǐ a donc été, pendant 15 ans, impératrice douairière. Tongzhi est
mort à moins de 20 ans de la petite vérole. Sa mère a décidé de lui donner
comme successeur un de ses cousins maternels, tout juste âgé de 4 ans,
Aixinjueluo Zaitian qui a régné sous le nom de Dezong au cours des
33 années de l’ère Gu āngxù (1875-1908). Ayant obtenu la tutelle du jeune
empereur, Cíx ǐ assurait la régence. Elle profitait de sa position au sommet de
l’État pour puiser sans vergogne dans les fonds publics afin de combler ses
désirs : ainsi, en 1888, elle a fait restaurer le Palais d’été. Selon un chroni-
queur de l’époque, « elle donnait audience avec l'empereur dans la salle de
la Bienveillance et de la Longévité, se promenait dans le Jardin de la Joie et
de l'Harmonie, donnait des fêtes et des réceptions sur le Bateau de marbre et
se reposait dans ses appartements du Palais de la Joie ».
Devenu adulte, l’empereur Gu āngxù a voulu modifier profondément le
système politique de son pays. Il a tenté de réformer plus ou moins adroite-
ment les institutions chinoises en tenant compte des conseils du général
Yong Lu et de deux théoriciens politiques, Kang Youwei et Liang Qichao,
qui avaient fondé, en avril 1898, une Société pour la sauvegarde de l’État
(Baoguohui) et qui étaient partisans d’une monarchie constitutionnelle à
l’occidentale. Mais ces velléités de moderniser le pays à marche forcée,
comme l’avait fait le Japon depuis le début de l’ère Meiji (1868), n’a duré
que cinq mois, d’où le surnom ironique de « réforme des Cent Jours ».
Les conservateurs xénophobes, comme le prince Du ān Jùn Wáng (de son
vrai nom Zàiy ī, qui avait épousé une nièce de Cíx ǐ), ont aidé Cíx ǐ à déclarer,
en septembre, l’empereur incapable de gouverner et à écarter les généraux
modernistes comme Yuán Shìk ǎi. Kang Youwei et Liang Qichao ont dû
s’enfuir au Japon : en exil pendant douze ans, ils resteront partisans d’une
monarchie constitutionnelle, même après la chute de la dynastie Qing.

9 L’histoire de Cíx ǐ a été contée par Lucien Bodard dans son roman La Vallée des roses (cité
en bibliographie) et illustrée par le superbe film de Bernardo Bertolucci Le Dernier Empe-
reur, consacré à la vie de P ǔyí : sortie en 1987, cette œuvre magistrale a remporté 9 Oscars.
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