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La Crise sud-africaine

De
132 pages

Lilliput a jeté son gant à Gulliver, et M. Chamberlain est satisfait : il a sa guerre.

Du duel inégal qui commence, le territoire de Gulliver sortira vraisemblablement agrandi. Sa bonne renommée dans le monde en sera-t-elle accrue ? cela est plus douteux. L’Europe, spectatrice anxieuse, a fait voir que ses sympathies n’allaient pas au colosse. Mais, des sympathies ou des antipathies platoniques d’une Europe qui n’a pas conquis en Arménie et en Crète le droit de se montrer sévère, le colosse n’a cure.

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Paul Hamelle
La Crise sud-africaine
AVANT-PROPOS
Au moment même ou ces pages allaient paraître, un g rave évènement s’est produit : la mort presque subite de Victoria, reine de la Gra nde-Bretagne, Impératrice des Indes. En tout temps, la fin d’une souveraine ayant occupé , pendant plus de soixante ans, le trône d’un des plus vastes empires du monde, aur ait eu un retentissement considérable, mais les circonstances dans lesquelle s cette fin s’est produite, nous semblent particulièrement propres à frapper l’imagi nation des peuples. Voici 16 mois que toutes les forces du Royaume-Uni sont engagées dans une lutte sans merci, contre un petit peuple qui, à l’heure q u’il est, dispose au plus de 12 à 15000 combattants. Quand, au mois d’Octobre, 1899, guerre fut déclarée, il ne s’agissait, d’après les principaux organes de la pr esse anglaise, que d’une simple promenade militaire : les officiers avaient annoncé qu’ils passeraient les fêtes de Noël à Prétoria. Six mois plus tard, lorsque de sanglant es défaites eurent rendu évidente la nécessité d’un grand effort, lorsque, après l’envoi de renforts considérables, Kronjé, enfin fut pris, Mafeking, Kimberley et Ladysmith fu rent délivrées, l’Angleterre se crut victorieuse et célébra son triomphe de la façon bru yante que l’on sait. Tout dernièrement encore, un comité s’était formé dans l e but d’offrir une épée d’honneur à Lord Roberts, celui qu’on regardait comme l’organis ateur de la victoire. A son tour la souveraine voulut entretenir le vieux général qui, avant de quitter le sol africain, pour rentrer dans ses foyers, avait déclaré, disait-on, que la guerre était virtuellement terminée (practically over). Que s’est-il passé dan s ce tête-à-tête suprême entre Lord Roberts et la reine Victoria ? Lui aurait-il révélé le véritable état des choses, cet état que laissent entrevoir dans leur ambiguité voulue, les dépêches officielles ? Lui a-t-il avoué ce qui est aujourd’hui une vérité reconnue : que si grand qu’il soit, le nombre des combattants est encore insuffisant pour l’immen se étendue du territoire sur lequel ils doivent évoluer ? Alors que, chaque jour, on no us donne la liste des pertes anglaises : tués ou morts de maladie, blessés ou di sparus, lui a-t-il montré le vampire africain suçant, aspirant peu à peu l’or et le sang du peuple anglais, toutes les forces vives de l’Empire ?... Nous l’ignorons, puisque l’e ntrevue n’eut pas de témoins. Ce que nous savons, c’est que peu de jours après, les jour naux officieux annonçaient à mots couverts une grave indisposition de la Reine. Le le ndemain même, son cas était considéré comme désespéré et, quatre jours plus tar d, le 23 Janvier, on apprenait à ses sujets et au monde, qu’elle avait cessé de vivre. De toutes parts, ont afflué les témoignages de symp athie, les hommages à la mémoire de la grande souveraine dont le long règne a vu, dans tous les domaines : colonial, maritime, commercial, littéraire, l’essor incomparable de la puissance et du génie anglais. Toutefois, n’est-il pas permis de pe nser qu’en raison même de sa politique, jusque-là constamment heureuse, les reve rs de la dernière heure ont dû lui être particulièrement sensibles, ces revers si humi liants pour le peuple orgueilleux dont elle fut pendant les deux tiers du siècle, com me la vivante incarnation ? Blessée dans sa fierté d’impératrice, elle a pu l’être plus intimement encore dans sa conscience de femme et de chrétienne. En effet, si elle n’a pas voulu la guerre scélérate, elle l’a soufferte : constitutionnelle j usqu’à la complicité du crime, non seulement elle n’a rien fait pour prévenir la lutte , mais, à aucun moment, elle ne s’est servie de sa haute influence pour l’abréger, ou pou r en atténuer les horreurs. Faisons-nous donc injure à sa mémoire en supposant qu’elle n’a pu supporter le spectacle de
la victime se débattant, sous le couteau, avec une si farouche énergie et vendant si cher son égorgement ?... Après le jubilé de 1897, a pogée de son règne (que n’en fut-il le terme !) Celle qui pendant plus de soixante ans, avait justifié son nom de Victoria, s’est vue mourant avec, — sur la main, — la tache d e sang de Lady Macbeth, cette petite tache élargie, chaque jour, du sang que, peu t-être, elle n’avait pas voulu répandre mais dont elle s’était laissé éclabousser. Ainsi, survenue à cette heure sombre, la mort de la Reine nous apparaît comme l’œ uvre de la nature aidée par les soucis, l’angoisse et les remords, et l’histoire, r épétant la naïve expression d’un paysan russe illettré, dira peut-être un jour que, par un effet de la justice immanente, Victoria est morte du Transvaal.
14 février 1901.
AU TRANSVAAL
Lilliput a jeté son gant à Gulliver, et M. Chamberlain est satisfait : il a sa guerre. Du duel inégal qui commence, le territoire de Gulli ver sortira vraisemblablement agrandi. Sa bonne renommée dans le monde en sera-t- elle accrue ? cela est plus douteux. L’Europe, spectatrice anxieuse, a fait voi r que ses sympathies n’allaient pas au colosse. Mais, des sympathies ou des antipathies platoniques d’une Europe qui n’a pas conquis en Arménie et en Crète le droit de se m ontrer sévère, le colosse n’a cure. Gulliver est un réaliste. Il ne refuse pas de siége r aux conférences de paix, et de signer, par convenance, les déclarations philanthro piques qui sont de la poudre jetée aux yeux des peuples. Mais il garde sa liberté, ses balles dumdum et son guide : l’intérêt. Dès lors, pour lui, une seule question : cette guerre sera-t-elle une bonne affaire ? Et d’abord, quelle affaire est-ce ? Cela seul, l’ex posé de ses origines, de ses causes, de ses débuts, des phases préparatoires d’o ù nous sortons peut nous l’apprendre. Il semblera chose froide en face du dr ame vivant qui ensanglante la brousse. Il n’en est pas moins la préface nécessair e à l’intelligence des événements en marche, qui nous permet d’en préciser le caractè re, et d’en pressentir la portée.
* * *
Ramenée à ses termes simples, la question du Transv aal se formulerait ainsi : Un peuple de quatre-vingt mille paysans hollandais peut-il adopter en bloc deux cent 1 mille étrangers sans compromettre son individualité ? Deux cent mille étrangers peuvent-ils se laisser fa ire la loi — loi plutôt dure — par quatre-vingt mille paysans hollandais, sans protest er, et l’État de qui la plupart de ces étrangers ressortissent peut-il tolérer cette domin ation, sans intervenir, surtout quand cet État est l’Angleterre, c’est-à-dire une puissan ce qui a fait sienne et applique avec une rigueur heureuse, sur tous les points du globe, l’antiqueCivis romanus sum, modifié à l’usage saxon, qui règne sur un monde col onial bien plus par le prestige du nom anglais que par la force dont il est le signe ? L’enjeu est gros de part et d’autre. C’est pour le Transvaal l’existence et pour l’Angleterre l’Afrique australe, sinon l’Empire. Pa rtie unique qui révèle des aspects singulièrement divers dès qu’on la fixe de près : t out ensemble, haut problème ethnologique, politique, social, querelle supérieur e où l’attitude des deux antagonistes semble réglée d’avance par les nécessités de sa pos ition, de son histoire, de son génie, choc idéal de droits contraires et heurt gro ssier d’intérêts opposés et de passions fort terre à terre. Cette affaire est pour étonner et déconcerter. On y devine des dessous ténébreux, inquiétants, comme à ces min es précieuses sans lesquelles elle ne serait pas. De fauves visions d’or la trave rsent, l’éclairent fâcheusement. On y pressent, sous les phrases pompeuses des philanthro pes, le jeu de spéculateurs à qui toute action n’a de valeur que celle qu’on lui donn e à la Bourse.
1nak de 1899 :Voici les chiffres que nous fournit le Staats Alma
Population blanche, totale
qui se décompose ainsi :
Uitlanders
Boers
Proportion : 73 Uitlanders contre 27 Boers.
288,750
210,674
78,078