La Grande Réforme

La Grande Réforme

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Français
244 pages

Description

Quelle est l’origine exacte de la guerre ?

Nous venons de le dire à la fin du chapitre précédent : l’abus des longs crédits, et il nous sera facile de le prouver.

Avec l’appui indispensable des banques, les Allemands se sont emparés du commerce international d’exportation en accordant de grandes facilités de payement aux négociants.

Ils offraient de 6 à 12 mois de crédit et avec toutes les facilités pour renouveler, ce qui prolongeait presque indéfiniment le crédit.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Date de parution 24 novembre 2016
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EAN13 9782346127665
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Langue Français

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Ernest Sona
La Grande Réforme
PRÉFACE
DANS ces moments d’angoisse générale, où tous les pr incipes de liberté, de droit et de justice se trouvent si gravement menacés par le militarisme allemand, tout le monde indistinctement, a le devoir de défendre ces principes foncièrement démocratiques qui constituent le seul progrès réel et tangible de l’humanité. Toute personne de bon sens doit admettre que le bon heur et le progrès d’un peuple aussi bien que de l’humanité entière ne consistent point dans le bien-être et dans la supériorité d’une caste ou d’une petite minorité aristocratique, mais dans le bonheur et le progrès du plus grand nombre. Or, les principes démocratiques qui permettent de r éaliser graduellement l’élévation morale et matérielle de tous les individus indistin ctement, représentent sans aucun doute le plus grand progrès réalisable par l’humani té. Pouvons-nous, un seul instant, permettre que ces pr incipes régénérateurs puissent être violés, proscrits par un nouveau despotisme mi litaire qui prétend écraser les libertés, les droits acquis par les peuples et les individus ? Non, cela n’est pas admissible et le monde entier d oit combattre le militarisme allemand jusqu’à son complet anéantissement. Quoique simple voyageur de commerce qui n’a jamais été mêlé à aucun mouvement politique mais qui a voyagé beaucoup, obs ervé, étudié, et surtout qui est animé d’un amour profond pour tous ses semblables i ndistinctement, je me permets d’apporter mon humble concours à l’œuvre de délivra nce commune dans le désir de coopérer à l’écrasement définitif du militarisme al lemand. P.-S. —De nationalité italienne, et par conséquent peu fam iliarisé avec les nuances et les délicatesses de la langue française, je lais appel à toute la bienveillante indulgence de mes lecteurs.
INTRODUCTION
Dès le qébut qes hostilités, et après avoir pris co nnaissance qes qifférentes versions officielles sur les origines qe la guerre, j’ai qe suite compris Que les motifs q’orqre politiQue n’avaient pas pu à eux seuls prov oQuer la terrible conflagration actuelle. L’assassinat q’un prince n’était pas un événement a ssez grave pour expliQuer l’attituqe brutale qe l’Autriche envers la Serbie ; attituqe Qui qevait nécessairement amener une conflagration générale. Le motif initial n’était point proportionné à l’éno rme responsabilité Que les Empires qu centre assumaient en provoQuant cette terrible c atastrophe. Et ce Qui a fortifié ma conviction ce fut l’assenti ment unanime qu peuple allemanq à l’attituqe agressive et brutale qu gouvernement imp érial. Le peuple allemanq, au lieu qe protester contre cet te attituqe Qui aurait pu compromettre les magnifiQues progrès q’orqre inqust riel et commercial réalisés avec tant qe peine et qe sacrifices, l’a au contraire co mplètement approuvée. Cette complicité inexplicable frappa mon attention, et ma pensée s’est portée instinctivement sur la Question économiQue. En ma Qualité qe voyageur international qe commerce , j’avais pu assister aux terribles crises commerciales qes qernières années q’avant la guerre. Or, ces crises qevaient nécessairement affecter sér ieusement l’inqustrie et le commerce allemanqs Qui qétenaient les 2/3 qu commerce international q’exportation. La lumière se fit souqainement qans mon esprit et l a complicité qu peuple allemanq qans l’attituqe agressive qu gouvernement impérial trouva son explication logiQue qans les conqitions précaires qe l’inqustrie et qu commerce allemanqs à la suite qes qernières crises commerciales internationales. La guerre qevenait inqispensable pour éviter une ca tastrophe économiQue Qui aurait fait perqre à l’Allemagne sa suprématie économiQue, militaire et politiQue Les négociants, les inqustriels et le peuple tout e ntier, qevant la perspective q’une ruine inévitable et absolument irréparable, se lanç aient aveuglément qans cette tragiQue aventure. Pour l’Allemagne, la guerre était une nécessité iné luctable et les faits q’orqre politiQue Qui ont provoQué cette immense conflagration nous prouvent à l’éviqence Que l’Allemagne non seulement n’a rien fait pour éviter la guerre, mais elle a fait au contraire tout son possible pour la renqre inévitab le. L’ultimatum, inacceptable pour la qignité q’un peup le, envoyé par l’Autriche à la Serbie inqiQue clairement le parti pris qe qéchaîne r cette guerre. Par cet ultimatum monstrueux et outrageant on a vou lu frapper au cœur, humilier la Russie Qui s’était érigée en protectrice qe la race slave et cela qans l’intention bien qéterminée qe provoQuer la Russie et qéchaîner ains i la guerre. L’Allemagne a été l’inspiratrice qe la conquite agr essive qe l’Autriche et la preuve nous l’avons qans l’ultimatum intempestif aqressé p ar elle à la Russie. Par cet ultimatum, l’Allemagne a voulu interrompre les pourparlers engagés entre la Russie et l’Autriche pour régler le conflit austro- serbe ; et cela qans la crainte Que la guerre pourrait être évitée. Si nous ajoutons les mensonges qont l’Allemagne s’e st servie pour qéclarer la guerre à la France, nous aurons la preuve lumineuse Que l’Allemagne voulait absolument la guerre, guerre Qui qevait la sauver q ’une qébâcle économiQue.
Et les événements politiQues ne furent Que qes prét extes futiles qestinés à masQuer les vrais motifs q’orqre économiQue Qui ont imposé à l’Allemagne son attituqe agressive. Aussitôt Que je me suis fait une opinion exacte sur les origines qe la guerre, l’iqée m’est venue qe faire partager ma façon qe penser au public. A cet effet, j’ai fait la reconstitution historiQue qe l’évolution qu commerce international qepuis l’expansion allemanqe et cette étuqe nous qira Que l’origine qe cette guerre est l’abus qu créqit. Pour alléger mon œuvre, j’ai placé cette étuqe sur l’évolution qu commerce international à la fin qe ce livre. Je qébuterai par un exposé sommaire et suggestif qe s origines économiQues qe la guerre et j’irai tout qroit à la granqe réforme
Les Origines économiques de la Guerre
Quelle est l’origine exacte de la guerre ? Nous venons de le dire à la fin du chapitre précéde nt : l’abus des longs crédits, et il nous sera facile de le prouver. Avec l’appui indispensable des banques, les Alleman ds se sont emparés du commerce international d’exportation en accordant d e grandes facilités de payement aux négociants. Ils offraient de 6 à 12 mois de crédit et avec tout es les facilités pour renouveler, ce qui prolongeait presque indéfiniment le crédit. Ces grandes facilités de payement permettaient aux négociants de travailler avec le capital de leurs fournisseurs, car, dans les 6 à 12 mois de délai, ils avaient la probabilité de vendre entièrement les marchandises achetées à crédit. Ils pouvaient ainsi embrasser beaucoup d’affaires e t s’enrichir rapidement sans risquer leur argent ; il y avait même la possibilit é de travailler et de s’enrichir sans aucun capital ; il suffisait simplement d’avoir un peu d’aplomb. Dans ces conditions, il est tout à fait naturel que les négociants des pays importateurs aient abandonné leurs anciens fourniss eurs anglo-français plutôt tyranniques dans les crédits, pour se livrer entièrement aux nouveaux arrivés bien plus larges. Cette victoire facile sur les marchés d’exportation a permis aux Allemands de s’enrichir prodigieusement, de s’armer jusqu’aux de nts, de se griser d’orgueil et de rêver à la domination du monde entier. Mais leur système erroné de crédit, en même temps q u’il forgeait rapidement leur puissance économique et politique, il préparait leu r future déchéance. On ne viole pas impunément les règles traditionnell es du commerce qui représentent l’effort moral plusieurs fois séculaire de la sagesse humaine. Le système des longs crédits produit les plus grave s inconvénients, il accule le négociant à la faillite, fomente la concurrence, fo rce la consommation et la production, provoque des crises terribles dans les affaires. Ces crises paralyseront les industries de la nation qui aura eu l’imprudence de se servir de ce détestable système de crédit pour pous ser les peuples à la dépense et s’enrichir. La paralysie des industries produira des troubles t ellement graves à l’intérieur de cette nation que celle-ci, devant la menace d’une r uine colossale et absolument irrémédiable, se verra dans l’inéluctable nécessité de déclarer la guerre pour éviter la catastrophe. Voilà à quelles conséquences tragiques nous amènent les longs crédits. A présent nous allons donner une explication sommaire mais su ggestive sur la succession des conséquences que nous venons d’énoncer. Comme nous avons déjà dit, le système des longs cré dits permet aux négociants de travailler avec le capital de leurs fournisseurs et d’embrasser beaucoup d’affaires sans risquer leur argent. Dans ces conditions, le négociant deviendra facilem ent imprudent, audacieux, téméraire ; il se lancera dans des opérations hasar deuses et en cas de fracas tant pis pour les fournisseurs. Aussi, depuis le régime des longs crédits, le nombr e des faillites, concordats et pertes de toutes sortes a pris des proportions tout à fait scandaleuses. Mais ces faillites ne sont que des incidents ayant sans aucun doute une très grande
valeur morale, mais qui ne pourraient pas affecter s érieusement le cours général des affaires. Ce qui poussera presque tous les négociants à la fa illite et qui provoquera des désordres terribles dans la consommation et dans la production, c’est la concurrence énorme engendrée par les facilités de payement. Ces facilités de payement permettront aux négociant s d’étendre indéfiniment leur chiffre d’affaires, selon leur habileté et le plus souvent selon leur audace, leur témérité ; des nouveaux négociants pourront facilem ent s’établir. Dans ces conditions la concurrence prendra des prop ortions colossales, et il arrivera fatalement le moment qu’il deviendra absolument imp ossible de placer une exubérance de production sur des marchés littéralem ent encombrés et chez des clients devenus en grande partie insolvables. Il s’ensuivra fatalement une gêne, un malaise dans les affaires et voilà l’explication des crises terribles qui ont sévi dans le commerce international d’exportation les dernières années d’avant la guerre. A la suite de cette paralysie générale des affaires , la foule de négociants qui vivaient à crédit se trouvera dans l’impossibilité de faire face à ses engagements. Les concordats et les faillites se produiront dans des proportions alarmantes. Les banques, encombrées d’effets non recouvrables, seront obligées de restreindre et même de refuser le crédit au gros commerce. La restriction du crédit provoquera fatalement la d ébâcle générale, car personne ne pourra plus se soutenir et tout cet édifice qui s’a ppuyait sur le crédit, c’est-à-dire sur le vide ; s’effondrera comme un château de cartes ; et naturellement les faillites prendront des proportions fantastiques. Ce phénomène s’est vérifié peu de mois avant la gue rre dans l’Amérique du Sud où l’on avait le plus abusé des longs crédits, mais, à brève échéance, il se serait fatalement produit dans tous les autres pays import ateurs dominés par le commerce allemand, L’Allemagne n’a pas attendu que cela arrive ; elle a préféré la guerre à la faillite générale. A la suite de ces avalanches de faillites qui se produisaient et s’annonçaient de tous les côtés, les Allemands, qui détenaient les 2/3 du commerce international d’exportation et consentaient des crédits imprudent s, devaient nécessairement expérimenter des pertes fabuleuses. Cependant ils auraient peut-être pu faire face à ce s pertes grâce aux immenses richesses qu’ils avaient accumulées auparavant par leur détestable système de crédit. Mais ce qui devenait absolument irréparable et terr ifiant pour eux c’était la paralysie de leurs industries à la suite de cette crise génér ale des affaires ; crise qui devait nécessairement s’aggraver toujours plus par la débâ cle inévitable du commerce dans tous les pays importateurs soumis à l’influence all emande. Dans un pays comme l’Allemagne, où l’industrie avai t pris un développement gigantesque, une crise aussi formidable dans la pro duction devait nécessairement provoquer des troubles excessivement graves et irré médiables. On aurait dû limiter, même suspendre la fabrication ; renvoyer les ouvriers, les employés. C’était la ruine des petits industriels, du commerc e intérieur, la misère générale. Les contribuables se seraient trouvés dans l’imposs ibilité de payer les impôts, de soutenir le budget de guerre. Des troubles graves auraient inévitablement éclaté à l’intérieur de l’empire, troubles
ui pouvaient même compromettre l’existence de la co uronne. Il aurait fallu renoncer aux beaux rêves d’hégémoni e économique, militaire, politique dont on s’était nourri pendant un demi-siècle. Devant un désastre aussi colossal et absolument iné vitable qui s’annonçait à l’horizon, la guerre devenait la seule ancre de salut. En Allemagne tout le monde avait la conscience exac te de cette situation pleine de menaces et de dangers, et voilà pourquoi toute la n ation a été si unanime dans l’attaque, et voilà pourquoi actuellement elle est si unie dans la résistance. Les autres nations exportatrices ont été bien moins affectées par la crise générale des affaires d’avant la guerre, d’abord parce que l eur chiffre d’affaires était bien plus limité, ensuite parce qu’elles étaient plus prudentes dans les crédits. Nous pouvons même affirmer que dans les derniers te mps le système des longs crédits a favorisé le commerce d’exportations des a utres pays industriels. La grande quantité de négociants audacieux qui viva ient du crédit accordé si généreusement par les Allemands étaient obligés, po ur soutenir la concurrence, d’acheter une certaine quantité de produits des aut res nations, produits plus artistiques et même plus avantageux. Or il arrivait que ces négociants audacieux laissai ent s’accumuler leurs dettes vis-à-vis des Allemands en prorogeant constamment les dél ais de payement et payaient au contraire régulièrement les marchandises achetées a ux autres nations ; de sorte que les Allemands payaient les dettes de leurs propres clients et faisaient prospérer le commerce de leurs concurrents ! Et quand arrivait le concordat ou la faillite inévi table, les Allemands entraient pour les 3/4 dans les pertes et les autres nations pour le restant. Je suis persuadé d’avoir démontré d’une façon clair e et évidente que l’origine réelle de cette guerre a été l’abus des longs crédits. Si nous désirons éviter dans l’avenir les calamités qui nous affligent actuellement, il faudrait absolument extirper l’abus des longs crédi ts de nos mœurs commerciales. Or, nous sommes convaincus qu’il est absolument imp ossible d’éliminer l’abus des longs crédits, car il est déjà trop profondément en raciné dans les habitudes du commerce international et ensuite chacun est libre de disposer de son avoir comme bon lui semble, même de faire cadeau de son argent, de ses marchandises et rien ne pourrait l’empêcher. Des lois internationales restrictives sur le crédit seraient absolument inefficaces ; d’ailleurs l’Allemagne n’accepterait jamais des loi s destinées à modérer ses appétits voraces et, si elle les acceptait, ses commerçants seraient les premiers à les violer. Après la cessation des hostilités la lutte commerci ale deviendra plus acharnée que jamais, et aussitôt que la normalité dans la produc tion se sera rétablie, le crédit jouera un rôle prépondérant et nous tomberons fatalement d ans les mêmes excès, dans les mêmes abus, dans les mêmes inconvénients qui rendro nt une nouvelle guerre inévitable. Devant l’impossibilité de supprimer l’abus de crédi t, la certitude d’une guerre encore plus épouvantable plane sur l’avenir. Il faut donc à tout prix trouver une solution. Et comment pouvons-nous supprimer l’abus des longs crédits du moment qu’il est impossible d’appliquer des lois internationales res trictives sur le crédit ? Nous y parviendrons par une grande réforme sociale.