La Guerre prochaine entre la France et l
46 pages
Français

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La Guerre prochaine entre la France et l'Allemagne

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Description

On ne trouvera pas inopportun que nous venions aujourd’hui poser cette grave question : Aurons-nous la paix ou la guerre, que nous nous demandions si la paix est assurée, si au contraire la guerre est imminente, que nous tirions des pronostics sérieux des dispositions actuelles des gouvernements et des peuples, et que nous recherchions à qui, en l’état de l’Europe, incomberait l’immense responsabilité de la guerre, si la guerre était déclarée ?Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

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EAN13 9782346114177
Langue Français

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Exrait

À propos de Collection XIX
Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.
Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…
Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces fonds publiés au XIX e , les ebooks de Collection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.
Henri Boland
La Guerre prochaine entre la France et l'Allemagne
I
Aurons-nous la guerre ?
On ne trouvera pas inopportun que nous venions aujourd’hui poser cette grave question : Aurons-nous la paix ou la guerre, que nous nous demandions si la paix est assurée, si au contraire la guerre est imminente, que nous tirions des pronostics sérieux des dispositions actuelles des gouvernements et des peuples, et que nous recherchions à qui, en l’état de l’Europe, incomberait l’immense responsabilité de la guerre, si la guerre était déclarée ?
Nous n’avons certes — il nous plaît de l’avouer humblement — aucun des droits de l’homme d’Etat et du diplomate pour parler avec autorité et imposer notre manière de voir à l’Europe.
Mais il nous semble que, nonobstant leur érudition, leur science de gouverner et leurs connaissances spéciales, les diplomates se sont maintes fois trompés, durant la seconde moitié de ce siècle, dans leurs prévisions de paix ou de guerre, et que les événements sont le plus souvent venus donner de fâcheux démentis aux horoscopes tirés par les hommes d’Etat les plus marquants.
Au demeurant, on admettra qu’à cette époque de libre discussion, où les idées les plus diverses et les plus étranges peuvent prendre leur vol sans être, sinon combattues, au moins entravées dans leur expression, il est permis à un citoyen, dénué de toute ambition, de dire avec calme son sentiment sur les choses du jour, et d’apporter un élément de discussion courtoise à la foule préoccupée des intérêts généraux et particuliers de l’humanité et des nations qui la composent.
L’opinion dominante n’est pas à la paix, nous ne craignons pas d’être démenti sur ce point.
Il règne en France et dans toute l’Europe un indéfinissable malaise ; les meilleurs esprits s’arrêtent incertains, dès qu’il s’agit de sonder les mystérieux arcanes de l’avenir ; et, pour nous servir d’un terme vulgaire, mais consacré, il n’est personne qui ne voie, dans les moindres événements de la politique extérieure, les fâcheux symptômes de points noirs, qui apparaissent menaçants à l’horizon.
Il faudrait être aveugle-né ou myope volontaire pour ne pas voir ce qui se passe autour de nous ; il faudrait être sourd pour ne pas entendre les clameurs guerrières qui partent des quatre coins de l’Europe, les cris répétés des ambitieux inassouvis et des vaincus avides de revanche, qui sont la caractéristique d’un état fiévreux et maladif, bien fait pour inspirer aux amis de la paix les plus sérieuses inquiétudes.
Il ne suffit pas de se réfugier dans une philosophie facile, comme ces optimistes qui détournent les yeux de l’horizon, pour ne pas apercevoir les nuages sombres qui crèveront sur eux à l’heure où ils s’y attendront le moins.
Le devoir des bons esprits et des citoyens vraiment dignes de ce nom est de se dérober aux querelles intestines, toujours infécondes, aux jeux du cirque, toujours paralysants, et d’unir leurs pensées et leurs volontés dans un esprit patient de conciliation et de recherche, afin de détourner l’orage, avant qu’il éclate sur nos têtes.
Ce n’est pas trop s’avancer de déclarer qu’en dépit de tous les efforts, de toutes les impulsions et de tous les encouragements officiels et privés, les affaires sont en Europe, et particulièrement en France, dans un état de marasme inquiétant, qui s’accentue de jour en jour.
A peine si l’on s’occupe des transactions courantes, ordinaires, restreintes, à courte échéance. Toute spéculation commerciale ou industrielle est écartée ; les meilleurs projets sont ajournés à une époque moins incertaine, les capitaux se retirent de la circulation, la confiance disparaît.
Qu’est-ce à dire, sinon que la guerre est prochaine, ou tout au moins qu’elle est considérée comme telle par les gens sérieux ?
Le monde des travailleurs, commerçants et manufacturiers, a beaucoup plus de flair et de bon sens qu’on ne s’accorde généralement à lui en attribuer. Cette partie laborieuse de la nation a le plus grand souci des intérêts matériels, et ceux-ci ne sont point à négliger dans l’ensemble des forces vives du pays ; et quand la production s’arrête hésitante, quand le travail se restreint à la satisfaction des besoins du moment, on peut dire que l’industrie appréhende des aventures, qu’elle sent le terrain manquer sous ses pas, et qu’il y a dans la vie des peuples les préludes de bouleversements intérieurs ou de collisions au dehors.
Si le capitaliste retire ses fonds de toute opération aléatoire ou spéculative, si le rentier refuse de courir les chances d’un placement industriel à huit ou dix du cent pour acheter des biens-fonds rapportant à grand’peine 3 p. 100 d’intérêt, si le crédit s’abstient d’encourager toute opération nouvelle, c’est qu’évidemment le capitaliste, le rentier et le financier prévoient des événements qui leur commandent impérieusement d’agir d’une façon qui, en temps ordinaire, serait préjudiciable à leurs intérêts.
Disons-le courageusement : nous en sommes là.
II
Les souverains et les traités
Les protestations des chefs d’Etat et de leurs ministres ne changeront rien à la situation, tendue à se rompre. On sait maintenant à quoi s’en tenir sur les paroles royales, sur les déclarations ministérielles.
M. de Lamartine écrivait, le 5 mars 1848, à tous les agents diplomatiques de la seconde République : « La guerre n’est pas le principe de la République française, comme elle en devint la fatale et glorieuse nécessité en 1792. Entre 1792 et 1848 il y a un demi-siècle. Revenir après un demi-siècle au principe de 1792 ou au principe de conquête de l’empire, ce ne serait pas avancer, ce serait rétrograder dans le temps. La révolution d’hier est un pas en avant, non en arrière. Le monde et nous, nous voulons marcher à la fraternité et à la paix... La République veut de la gloire, sans doute ; mais elle la veut pour elle-même, non pour des Césars ou des Napoléons... Elle n’intentera la guerre à personne. »
Malgré ces solennelles et pompeuses déclarations, la République de 1848 est allée guerroyer à Rome et si, durant son existence éphémère, elle n’a pas tenté de jeter dans la balance européenne le poids des armes françaises, il faut l’attribuer uniquement au peu de stabilité du gouvernement et à l’épouvantable guerre civile dans Paris, qui distrayait forcément son attention des événements extérieurs.
L’empereur Napoléon III disait à Bordeaux, le 9 octobre 1852 : « L’empire, c’est la paix... La guerre ne se fait pas par plaisir, elle se fait par nécessité ; et à ces époques de transition où partout, à côté de tant d’éléments de prospérité, germent tant de causes de mort, on peut dire avec vérité : « Malheur à celui qui, le premier, donnerait en Europe le signal d’une collision dont les conséquences seraient incalculables ! »
Cependant, l’empire a fait les guerres de Crimée, d’Italie et du Mexique ; il a subi la guerre désastreuse de 1870.
Quand nous disons subi, ce n’est point sans motif et nous tenons à nous en expliquer sur l’heure, car ces pages sont écrites de bonne foi et aucune considération de parti, aucun ressentiment politique n’inspire nos appréciations. Les adversaires de l’empire ont eu beau jeu d’attribuer à Napoléon III la guerre fatale de 1870 ; l’histoire impartiale dira quelque jour combien l’empereur redoutait cette lutte, devenue, depuis Sadowa, inégale, et comment l’Allemagne l’obligea, par mille subterfuges diplomatiques, à prendre l’initiative d’une collision acceptée et subie par le gouvernement français, le jour où il ne lui fut plus permis de reculer sans forfaire à l’honneur, sans se laisser dicter des lois par M. de Bismarck.
Nous reviendrons là-dessus au cours de cette étude et montrerons la politique cauteleuse, pleine de duplicité, du chancelier allemand, qui devait entraîner l’empire à sa chute et la France aux plus étonnants désastres qui aient jamais frappé une nation européenne.

*
* *
Ne nous contentons pas des exemples que nous offre l’histoire de la France contemporaine et puisons des enseignements dans celle des autres peuples. Depuis Waterloo et le remaniement de la carte d’Europe par le Congrès de Vienne, que de traités de paix et d’amitié signés avec enthousiasme et déchirés ensuite au bruit du canon, dans l’orgie sanglante des batailles !
Le torrent révolutionnaire de 1830 démembre les Pays-Bas pour fonder le royaume de Belgique ; la Grèce conquiert son indépendance ; l’Autriche, la Russie et la Prusse s’unissent pour assassiner la Pologne et se jurent éternelle amitié sur son cadavre ; mais la Prusse reprend les traditions de Frédéric II, le grand Frédéric, un instant interrompues par l’épopée napoléonienne.
La Prusse est à l’étroit dans l’électorat de Brandebourg ; elle arrache à l’Autriche la direction de la Confédération germanique, elle ampute le Danemarck du Schleswig-Holstein, s’annexe le Hanovre — un royaume — des petites, principautés telles que le Nassau, une ville libre — Francfort, — rend ses tributaires la Bavière, le Wurtemberg, la Saxe, le Grand-Duché de Bade et jette hors de l’Allemagne l’Autriche, qui y était prépondérante.
Ses désirs ne sont pas assouvis ; il lui faut l’Alsace et la Lorraine, ressusciter l’empire de Charlemagne et, alors, elle tend la main à cette Autriche qu’elle a écrasée à Sadowa et l’autorise à s’étendre au Midi, à rayonner sur les peuplades slavonnes de la Turquie, se réservant sans doute de lui arracher plus tard les huit millions d’Allemands restés sous le sceptre des Habsbourg.
Le roitelet de Savoie, grâce à l’appui des troupes françaises, a conquis toute la Péninsule, fait l’unité italienne ; il se hâte de renier cette alliance pour s’unir à l’éternel ennemi de la France, — l’Allemagne.
Pas un Etat du continent européen n’est resté ce que l’avait fait le traité de Vienne de 1815, ce pacte solennel entre souverains, pacte inviolable que, l’un après l’autre, les contractants ont violé.
Un diplomate célèbre — M. de Talleyrand — faisait à un homme politique le tableau de l’Europe transformée et, selon lui, équilibrée à nouveau, Il supprimait des royaumes, amoindrissait ceux-ci, agrandissait ceux-là et reculait les frontières, comme de simples échecs.  — Mais, prince, vous oubliez les traités, s’écria son interlocuteur.  — Les traités ! répondit Talleyrand d’un ton narquois, les traités, mon cher monsieur, ne sont conclus que pour être lacérés.