La Laïque

La Laïque

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Français
278 pages

Description

Le 24 mai 1886 a lieu l'intronisation de la nouvelle institutrice, laïque, à Courbeveille (Mayenne). Le sieur Desprès la recueille dans son auberge, malgré les menaces des habitants qui sont hostiles à ce changement. Un véritable boycott de l'auberge va débuter à partir de ce moment. Després meurt quelques semaines plus tard dans d'étranges circonstances. Plusieurs mois après la mort de Després, les journaux locaux se livrent à un violent échange à propos de l'affaire de Courbeveille.
Se faisant passer pour un journaliste, le sergent Pasquet va ainsi découvrir le monde des campagnes, empreint de traditions et de convictions, mais plus complexe et plus subtil que ne veulent le faire croire les journaux républicains. Sa quête : trouver l'éventuel meurtrier de Després. Mais le destin va se montrer bien plus capricieux...

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Date de parution 11 juillet 2019
Nombre de lectures 0
EAN13 9782140126444
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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JeanNoël Azé
La Laïque Roman
LaLaïque
Jean-Noël Azé
La Laïque
Roman
Du même auteur (aux éditions L’Harmattan)
Cœur de chouan – Révolution !(2009)
Cœur de chouan – Fructidor(2013)
© L’Harmattan, 2019 5-7, rue de l’École-Polytechnique75005 Paris www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-17989-6 EAN : 9782343179896
Laval, le 20 mars 1887
Étienne Pasquet ajusta une dernière fois le col de sa redingote, baissa légèrement la visière de son képi et observa longuement son reflet dans le miroir fendillé qui lui faisait face. Le résultat lui parut satisfaisant. L’uniforme avait certes vieilli, mais grâce aux soins de Louise, il avait retrouvé un certain éclat. Il voyait encore sa tête lorsqu’il avait ramené l’habit pour la première fois à la maison. Passé l’état de stupeur, elle avait vitupéré contre la Police française qui vêtait si négligemment ses hommes. « Tu n’es plus un simple gardien de la paix ! avait-elle protesté. Tu mérites mieux qu’un uniforme d’occasion, crotté et mité ! » Son mari avait, une fois de plus, laissé passer l’orage et minimisé la chose. Peu importait l’habit, du moment que la fonction de sergent fut acquise. Louise avait acquiescé, tout en conservant son air boudeur si caractéristique, puis avait entrepris de rénover l’uniforme, avec un réel succès. Les trous de la redingote avaient été rebouchés, les coutures du pantalon renforcées. Les boutons qui formaient un grand U sur le plastron avaient été astiqués jusqu’à ce qu’ils aient l’apparence du neuf. Les chaussures étaient un peu usagées, mais bénéficiaient d’un entretien quotidien qui leur garantissait une longue durée de vie. Louise s’interdisait cependant de toucher aux armes, compléments indispensables à tout bon agent de police. Leur vue la mettait d’ailleurs en émoi, tant la violence qu’elles représentaient lui paraissait insoutenable. Elle ne
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remettait pas en cause le travail de son mari, mais déplorait que l’homme soit si mauvais qu’il faille le menacer, et parfois le tuer, pour qu’il cesse de nuire. Les armes d’Étienne consistaient en un revolver et un sabre-baïonnette, qui, depuis peu, remplaçait la traditionnelle épée, lourde et encombrante.  Cela faisait maintenant près de six mois qu’il avait obtenu le grade de sergent. Les circonstances n’étaient pas très glorieuses. On l’avait promu parce que c’était le moins incompétent du service et qu’il devenait urgent de remplacer un collègue décédé subitement. Étienne n’était pourtant pas un ambitieux. Ses fonctions de gardien de la paix le rendaient suffisamment heureux pour ne pas demander plus. Et puis, la charge des responsabilités ne lui convenait guère. Louise était d’un tout autre avis. Contrainte de rester au côté de ses deux enfants, elle aspirait à une vie meilleure, ce qui pour elle se résumait à une plus grande maison et à un ou deux domestiques. Elle vivait la carrière de son mari par procuration et le sommait régulièrement de se mettre en valeur auprès de ses supérieurs. Néanmoins, depuis sa promotion, le sergent Pasquet n’avait pas vraiment eu l’occasion de justifier son grade et des jalousies commençaient à poindre autour de lui. La veille, pourtant, le vent avait peut-être commencé à tourner…  Il balaya d’un geste rapide une poussière invisible sur son épaule, jeta un regard satisfait au miroir puis descendit l’escalier de sa modeste demeure. Celle-ci était en fait un appartement sur deux étages, dans un immeuble qui n’en comptait qu’un de plus. Au rez-de-chaussée se trouvaient la pièce de vie et les latrines ; à l’étage, les deux chambres et un petit cabinet de toilette. Le loyer était certes modique, mais sa situation dans les faubourgs n’avait rien d’enviable. Ni un gardien de la
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paix, ni même un sergent ne pouvait s’offrir un logement décent dans les quartiers fréquentables de Laval. Quant aux rues mal famées du chef-lieu de la Mayenne, mieux valait éviter d’y habiter si l’on était policier. Les Pasquet avaient donc opté pour Avesnières, au sud de la cité. Cette commune avait été « annexée » par Laval en 1863, au même titre que Grenoux, au Nord-Ouest, mais les habitants n’étaient pas encore considérés comme de véritables Lavallois. Étienne se fichait pas mal de l’éloignement de la préfecture, au contraire de Louise qui ne voyait comme seul attrait d’Avesnières que l’imposante basilique Notre Dame.  Au rez-de-chaussée, le feu qui brûlait dans la petite cheminée commençait tout juste à réchauffer la pièce. Marthe, cinq ans, et Françoise, trois ans, se tenaient près de l’âtre pour bénéficier d’un maximum de chaleur. Étienne les couva du regard. « Pas si près, commanda-t-il d’un air faussement sévère, vous allez vous brûler ! » Les deux petites filles arborèrent un large sourire et se précipitèrent vers leur père pour l’embrasser. Louise s’interposa, sous le regard courroucé de son mari : « Laissez votre père tranquille ! Vous ne voyez donc pas qu’il s’est mis tout beau ? – Laisse-les s’approcher ! rétorqua-t-il. Elles veulent juste dire bonjour à leur papa ! – Ah, ben ça ! Après tout le temps que j’ai passé à réparer ton habit, elles vont tout me le salir avec leurs mains pleines de suie ! – Tu ne crois pas que tu exagères un peu. Leurs mains ne sont pas si sales que cela ! » Le visage de Louise s’empourpra et elle se retourna brusquement pour cacher les larmes qui montaient. Étienne sentit la gêne l’envahir, ses filles également, pourtant habituées aux réactions épidermiques de leur mère. « Un petit baiser sur la joue
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