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La Nouvelle-France - De Cartier à Champlain (1540-1603)

De
408 pages

Coup d’œil sur la politique colonisatrice dés rois dé France depuis Cartier jusqu’à Champlain. — Les Français aux terres neuves. — Colonisation infructueuse avant Champlain. — Cartier et Champlain. — Leur œuvre mise en parallèle. — Sully et Richelieu. — Leur politique à l’égard de la Nouvelle-France.

Durant la période de soixante ans qui s’écoula entre le troisième voyage de Jacques Cartier et la présence de Samuel Champlain sur les rivages du Saint-Laurent, les rois de France portèrent peu d’intérêt à la Nouvelle-France.

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Narcisse-Eutrope Dionne
La Nouvelle-France
De Cartier à Champlain (1540-1603)
ÉPITRE DÉDICATOIRE Québec, 29 novembre 1890. L’HONORABLE M.C. LANGELIER, Secrétaire-Provincial. Monsieur le Ministre, En recueillant des souvenirs vieux de dix-huit anné es, je me retrouve à vos côtés, voguant ensemble sur la grande nef universitaire. D epuis lors nous avons parcouru les divers sentiers de la vie, vous dans la carrière po litique, moi dans le journalisme, deux états difficiles et remplis de déboires. Cependant vous ne devez pas vous plaindre. Vous êtes parvenu, à force de travail et grâce à de s aptitudes spéciales, au poste honorable de Secrétaire de notre province. C’est vo us qui présidez à l’une des branches les plus importantes de l’administration, celle de l’instruction publique. Les poètes, les romanciers et les historiens de notre p ays, s’estiment heureux de trouver dans ce haut fonctionnaire de l’Etat un ami et un p rotecteur des lettres. Vous avez déclaré vous même, que vous étiez cet ami, que vous seriez ce protecteur. Je le crois aux preuves déjà nombreuses que vous leur avez donn ées de votre attention particulière. Voilà pourquoi, Monsieur le Ministre, je me permets de vous offrir la dédicace de ces pages consacrées à l’histoire de la Nouvelle-France. Après avoir écrit la vie de l’immortel Découvreur d u Canada, j’ai cru que je devais à mes compatriotes de leur faire connaître les évènem ents qui suivirent la période de découvertes, et auxquels participèrent plusieurs re jetons de la famille des Cartier. C’est assez dire que, depuis la mort du grand navig ateur malouin jusqu’à l’arrivée de Champlain, le fondateur de cette vieille ville qui nous est si chère, l’écho des forêts riveraines du grand fleuve retentit plus d’une fois des voix françaises. Les pêcheurs bretons et normands, les marchands de traite fréque ntaient annuellement les plages de la Nouvelle-France, les uns pour y exercer leur industrie, les autres pour offrir aux aborigènes les bagatelles de l’Europe, en échange d es riches fourrures des animaux des bois. Aussi, lorsque Champlain visita l’Acadie pour la première fois, il lia connaissance avec un marin de la Biscaye qui faisai t la pêche sur les côtes orientales de la péninsule depuis plus de quarante ans. J’ai donc voulu, Monsieur le Ministre, nouer les de ux anneaux de la chaîne qui semble interrompue depuis Cartier à Champlain. C’es t une tâche ardue que je me suis imposée. Puissé-je l’avoir menée à bonne fin ! En t ous cas, j’ai la confiance que mes compatriotes me sauront gré de mes efforts, et que vous-même me gratifierez de l’unique récompense que j’ambitionne aujourd’hui, c elle de vouloir bien accepter la dédicace de ce modeste ouvrage. Agréez, Monsieur le Ministre, l’assurance des meill eurs sentiments de Votre tout dévoué, N.E. DIONNE.
CABINET DU SECRÉTAIRE DE LA PROVINCE DE QUÉBEC
Québec, 10 Décembre 1890. DR N.E. DIONNE, Homme de lettres, Québec. Mon cher Docteur, Les occupations professionnelles, et encore bien pl us celles que m’impose la politique, ne me laissent guère le loisir, — même e n supposant que j’eusse les aptitudes voulues, — de me livrer aux lettres ou au x études historiques. Mais je n’en apprécie pas moins le mérite de ceux qui s’adonnent à ces nobles travaux, et je me fais un devoir de les encourager dans toute la mesu re de mes forces. Je m’estime donc heureux d’accepter la dédicace que vous avez l ’amabilité de m’offrir : cela me procure l’occasion de vous donner une preuve de l’e stime que j’ai conservée pour vous, et du vif intérêt que je porte à ceux qui cul tivent les lettres et l’étude de l’histoire. Ils accomplissent une digne et noble mission, à laq uelle je désirerais participer d’une manière active ; malheureusement, les circonstances ont voulu qu’il en fût autrement, et je me vois obligé de dire avec le poète latin :Meliora video, deteriora sequor. J’ai l’honneur d’être, avec considération, Votre humble serviteur, CHS. LANGELIER, Secrétaire de la Province.
CHAPITRE I
Coup d’œil sur la politique colonisatrice dés rois dé France depuis Cartier jusqu’à Champlain. — Les Français aux terres neuves. — Colonisation infructueuse avant Champlain. — Cartier et Champlain. — Leur œuvre mise en parallèle. — Sully et Richelieu. — Leur politique à l’égard de la Nouvelle-France.
Durant la période de soixante ans qui s’écoula entre le troisième voyage de Jacques Cartier et la présence de Samuel Champlain sur les rivages du Saint-Laurent, les rois de France portèrent peu d’intérêt à la Nouvelle-Fra nce. Celui qui le premier avait donné l’élan aux explorations françaises dans le no uveau monde, François I, était mort avant de voir la réalisation de ses projets de colonisation Les guerres civiles du règne éphémère de François II, et surtout de celui de Charles IX, ne permettaient guère de songer au Canada. Les esprits étaient plut ôt tournés vers la Floride. L’amiral Gaspard de Coligni espérait voir bientôt fleurir le calvinisme dans ces établissements lointains, tandis que pour Catherine de Médicis, mè re du roi, c’était un excellent moyen de se débarrasser de gens remuants et détesta bles. Les troubles religieux sous Henri III et son successeur Henri IV, détournè rent l’attention de ces rois, tant qu’ils eurent à soutenir des guerres intestines, ma is pas assez cependant pour ne pas accorder à des courtisans, plus ambitieux de s’enri chir que de fonder des colonies dans la France transatlantique, certains privilèges de traite et d’exploitations minières dans les contrées connues alors sous le nom deterres neuves. Mais si la Nouvelle-France semblait presque complèt ement ignorée à la cour, il n’en était pas ainsi dans certaines provinces de France. Les pêcheurs et les négociants des côtes maritimes de la Normandie, de la Bretagne , de la Saintonge et de l’Aunis, entretenaient des relations constantes avec les nat urels des terres neuves et du Canada. Ces terres nouvelles comprenaient l’île de Baccalaos, l’île des Bretons, le Labrador, et les rives septentrionales de la Grande -Baie de Canada. Comme nous le verrons plus tard, il exista depuis Cartier un cont inuel va-et-vient auquel les Français prirent la plus large part, sans en excepter toutefois les Espagnols, les Portugais et les Anglais. Cette période n’appartient donc pas absolu ment au Canada seul, elle relève plutôt de la chronique de chacun des peuples europé ens, qui, durant la dernière moitié du seizième siècle, ne firent qu’aborder à nos riva ges, sans s’y arrêter autrement que pour des fins de traite ou de pêche. C’est en vain que nous chercherions une sérieuse tentative de colonisation pendant les 60 années qui suivirent la dernière expédition du Découvreur du Canada. A travers les monuments de ce tte époque reculée, nos regards se sont arrêtés sur les malheureuses expédi tions de Jean-François de la Roque, sieur de Roberval et sur les commissions de Troïlus du Mesgouez, marquis de la Roche, mais les évènements ont prouvé que le fav ori de Henri III échoua dans son entreprise qui n’était pas née viable. Avant lui Jacques Noël et Etienne Chaton, sieur de la Jannaye, héritiers et successeurs de Cartier, n’avaient d’autres visées, dans leur demande de privilège, que l’exploitation de mines imaginaires et le comme rce des fourrures. La Court-Précourt-Ravaillon et Chauvin, ne songèren t’ pas à coloniser le Canada. Leur unique but était de s’enrichir le plus tôt pos sible, en monopolisant tout le trafic du golfe et du fleuve Saint-Laurent. Il nous faut donc renoncer à prononcer le mot colon isation avant l’arrivée de Champlain à Québec. Ceux qui avant lui portèrent le ur pas sur nos terres inhospitalières, ne firent que préparer les voies a u grand mouvement qui, malgré les lenteurs et les symptômes de faiblesse à son début, devait se répandre comme une
traînée de poudre le long des deux rives du Saint-L aurent. Nous ne croyons pas cependant qu’il soit téméraire de dire que Jacques Cartier fut le seul vrai précurseur de Champlain, fondateur de la colonie française en Canada. L’illustre Découvreur eut la gloire incontestée de fouler avant tout autre eu ropéen le sol d’un pays inconnu du vieux monde. Si la presse aux cent voix eût existé de son temps, les nations de l’Europe, informées de ces découvertes, se seraient disputé la possession de. cette partie de l’Amérique, comme elles faisaient au Brés il. Mais les conquêtes toutes pacifiques du grand navigateur malouin, n’eurent d’ écho que dans les cabinets des cosmographes et parmi ses compatriotes de Bretagne, cet écho devant rester perdu pour eux comme pour tous les Français, jusqu’à l’he ure où la Providence tira des rangs du peuple cet enfant de la Saintonge qui comp rit que le Canada serait un vaste champ à exploiter pour la propagation de la foi cat holique parmi les hordes sauvages et pour l’amplification du nom français sur ce continent. Lequel des deux rôles fut le plus glorieux, celui d u découvreur ou celui du fondateur ? Sans doute le nom de Champlain est rest é plus vivace au milieu de notre population, parce qu’il est plus intimement lié à l ’histoire de nos premiers ancêtres. Mais le nom de Cartier reste entouré d’une auréole lumineuse, comme celui de tous les grands explorateurs de son époque. L’Angleterre ne s’enorgueillit-elle pas des découvertes de Sébastien Cabot le long des côtes de l’Amérique septentrionale ? L’Espagne ne revendique-t-elle pas l’honneur d’avoi r découvert le nouveau monde, en faisant briller de tout l’éclat qu’elle mérite, la sainte et héroïque figure de Christophe Colomb ? Cabot était vénitien, Colomb était génois : tous deux servaient sous des pavillons étrangers au leur, quand ils prenaient po ssession de terres nouvelles. Personne n’a songé pour cela, ou pour d’autres moti fs, à enlever à l’Angleterre ou à l’Espagne, le prestige attaché à la priorité de ces découvertes, bien que, d’un autre côté, on ait souvent contesté à la France le mérite d’avoir reconnu, avant toutes les autres nations, les terres neuves en général, les c ôtes de la Norembègue et de l’Acadie. Cartier était breton et il travaillait po ur son roi et sa patrie. Les services qu’il leur rendait en faisant connaître un pays d’où l’Eu rope devait soutirer tant de richesses par la suite, ne furent pas appréciés à la cour de France comme ils méritaient ; mais il ne s’ensuit pas que ses découvertes devaient rester sans résultat. Les Malouins en profitèrent dans une large mesure, et ils se préval urent des exploits de leur compatriote Cartier, pour revendiquer en quelque so rte la suprématie sur les rivages du neuve Saint-Laurent. Nous verrons de quelle mani ère ils exerçaient une telle autorité. Si les rois de France avaient voulu exerc er cette prépondérance, qui leur revenait incontestablement et de droit et de fait, au lieu de vouloir coloniser dans des contrées plus méridionales, c’est-à-dire moins faci lement accessibles à leurs flottes, ils auraient fait preuve d’une plus grande clairvoy ance. Pourtant il leur eût été facile d’arborer leur drapeau sur toutes les plages reconn ues par Verrazano et Cartier. L’Angleterre ne s’occupait de l’Amérique que pour p arvenir à la Chine et au Japon, par un passage qu’elle supposait exister au nord du con tinent américain. Le Portugal, dont l’ambition était si grande qu’elle fit dire à Pierr e Crignon qu’il fallait que ce peuple eût bu de la poussière du cœur du roi Alexandre, pouvai t être facilement ramené à la raison. La puissante Espagne ne paraissait pas disp osée à céder sa souveraineté sur les mers du monde, mais elle l’exerçait surtout dan s la zône tropicale où les richesses étaient de prise plus facile. Cependant elle voyait d’un mauvais œil tout établissement étranger sur le sol d’Amérique. Dans sa rage d’acca parement, elle avait même, paraît-il, soudoyé un émissaire secret jusqu’à Saint-Malo, pour surveiller les agissements de Cartier. Son plan était de détruire la colonie fran çaise dans la Nouvelle-France, si elle
1 eût présenté les moindres indices de stabilité. Mais, quoique redoutable, l’Espagne e n’était pas invincible. La France le lui fit bien v oir vers la fin du XVI siècle, et principalement sous Richelieu. Elle ne crut pas néc essaire d’abord de la poursuivre jusqu’au nouveau monde, mais elle se contenta de la tenir en échec sur le littoral de la Bretagne et de la Saintonge. Henri IV réussit à la dompter, et depuis le règne glorieux du Restaurateur de la France, la mère-patrie n’eut plus rien à redouter des armes espagnoles pour ses possessions en Amérique. Il nous faut donc chercher d’autres raisons que la crainte des Anglais ou des Espagnols, pour expliquer l’incurie de la France à l’égard du Canada. Le courant e d’idées qui existait au commencement du XVII siècle ne devait pas être absolument nouveau. D’abord toute entreprise colonisatrice ava it été laissée à l’initiative privée. Le monopole du commerce était accordé à des marchands intéressés seulement à s’enrichir. De sorte que l’on peut dire, que les pl us grands adversaires de la colonisation du Canada, se recrutaient au sein même de la France. N’y a-t-il pas en effet cette phrase mémorable tirée des Mémoires de Sully, restée aussi tristement célèbre que le mot de Voltaire. Le philosophe de Fe rney dit un jour, en parlant du Canada, que l’Angleterre et la France avaient bien tort de se chicaner pour quelques misérables arpents de neige. Le ministre de Henri IV parlait aussi mal, quand il livrait à ses compatriotes et à la postérité, cette parole qu e le cardinal de Richelieu eût répudiée : “Je mets au nombre des choses faites con tre mon opinion la colonie qui fut envoyée cette année au Canada. Il n’y a aucune rich esse à espérer de tous les pays e du nouveau monde qui sont au delà du 40 degré de latitude.” Sully aurait sans doute préféré s’en tenir à la col onisation des Indes Occidentales et des pays tropicaux dont les Espagnols s’étaient déj à rendus maîtres, et d’où ils extrayaient l’or et les métaux précieux. Mais, comm ent les Français auraient-ils pu réussir à s’implanter dans ces régions si favorisée s par la nature, puisque, suivant l’expression du même Sully, ces sortes d’entreprise s n’étaient pas proportionnées à leur nature et à leur cervelle. “Leur persévérance et leur prévoyance, ajoutait-il, ne sont pas au-delà de ce qui les touche de proche en proche.” Evidemment le ministre de Henri IV manquait de confiance en ses compatriot es comme peuple colonisateur. Il ne voyait que dans le passé qui, à dire le vrai, n’ était pas de nature à encourager de nouveaux essais. Mais, si les tentatives de Cartier , de Roberval, de Troïlus du Mesgouez et de Chauvin avaient si misérablement éch oué, il ne s’ensuivait pas que la nation française manquât de cette énergie ou de cet te force vitale, qui, pour être efficace, ne demandait que du soutien. La preuve, c ’est qu’à l’époque même où vivait Sully, les Français jetaient à Québec les bases d’u ne colonie pleine d’avenir. Malgré des guerres presque incessantes avec les sauvages l es plus redoutables de l’Amérique et leurs puissants alliés de la Nouvelle -Angleterre, en dépit même d’un changement de maîtres, ces colons ont si bien pris racine dans le sol canadien, qu’après deux cent cinquante années d’existence, il s ont formé un peuple distinct, ayant conservé, à travers les nombreuses vicissitud es de son existence, sa foi, sa langue et son amour pour la vieille France. Champla in ne réussit-il pas, en dépit de l’abandon des compagnies qui lui avaient promis leu r appui, à planter le drapeau de son roi sur le promontoire de Stadaconé, et ses suc cesseurs ne l’ont-ils pas défendu victorieusement pendant près d’un siècle et demi ? D’Esnambuc, contemporain et compatriote de Champlain, fut-il moins heureux aux Antilles, à une époque où les grandes puissances de l’Europe se disputaient chacu ne des îles du Ponant ? Sully se trompait. Le cardinal Richelieu comprit mi eux le rôle colonisateur de sa nation. Le grand ministre de Louis XIII sut en effe t établir la différence qui existe entre
l’homme propre à diriger et à commander, et la mass e qui est tenue à l’obéissance. Au premier il mit en mains le sceptre de l’autorité, n e tenant pas plus compte qu’il fallait des imperfections des inférieurs, tout en cherchant à leur imprimer une bonne direction. Sully ne sut pas élever la colonisation à la hauteur d’une œuvre nationale, tandis que Richelieu en faisait une question de pat riotisme. Le premier y voyait une affaire purement matérielle, le second songeait à a ccroître le prestige et la bonne renommée de la France, prévoyant que le progrès en tout genre ne tarderait pas à s’ensuivre. Ces deux courants d’idées contraires, partis de hau t, avaient pénétré dans la foule. Les uns ne voyaient dans ces entreprises au Canada qu’une mine à exploiter : les marchands et les gens de traite appartenaient à cet te catégorie. Les autres visaient à des fins plus patriotiques, et travaillaient à impl anter sur le sol d’Amérique de bons colons, des familles respectables, et aussi de la n oblesse de bon aloi. Tels furent Champlain et Maisonneuve, tous deux fondateurs de v illes. Ces deux grands Français jetèrent dans le sol les assises de notre nationali té, et surent, en ouvriers habiles, l’appuyer sur le roc immuable de la religion cathol ique dont ils furent les apôtres presque à l’égal des missionnaires. Auraient-ils pu autrement faire une œuvre solide, inébranlable ? Jamais ; nous ne craignons pas de le proclamer bien haut, tant sommes-nous convaincu que, sans la religion comme p oint d’appui, l’on ne saurait faire de bonne colonisation ; tant il est vrai enco re, que l’idée chrétienne doit présider à toute organisation de cette nature. Ce qui est né cessaire aujourd’hui, ne l’était pas moins dans les siècles passés. Si Henri IV eût moin s sacrifié aux exigences des calvinistes, l’Acadie n’aurait pas subi toutes les vicissitudes malheureuses qui ont réduit à néant les plus belles espérances de ses fo ndateurs. Si les compagnies de marchands qui monopolisèrent le commerce dans les e aux du fleuve Saint-Laurent, avaient eu d’autre objet que la recherche obstinée de la fortune, et s’ils eussent apporté plus de zèle et surtout plus d’argent au so utien de la colonie française réfugiée au Canada sous leurs auspices, Québec, vin gt-cinq ans après sa fondation, 2 aurait été autre chose qu’un bourg misérable. Le vil intérêt matériel faillit tout perdre, et nous sommes toujours surpris de voir qu’il en ai t été autrement. Si la Providence ne fût pas intervenue directement dans les affaires du Canada, personne ne pourra le nier, le sort du nom français était scellé pour tou jours dans l’Amérique du Nord : sa disparition n’eût été qu’une question de quelques a nnées.
1n France un espionAu printemps de 1541 le conseil des Indes envoya e “para saver lo de las Armadas que se preparaban alli.”rapporta qu’à Saint-Malo treize L’envoyé navires étaient prêts à prendre la mer, et qu’on ar mait à Honfleur quatre galions que Jacques Cartier se préparait à conduire“a poblare una tierra que se Ilamaba Canadà.” L’été suivant, Charles-Quint envoya aux terres neuv es une caravelle commandée par Ares de Sea, “ces que se dicea saber lo que havia hecho por alla un capitan Fran Jaques Cartier.”Parti de Bayonne, en Galice, le 25 juillet 1541, A res de Sea revint en Espagne le 17 novembre suivant. Archives des Indes à Séville,Patr. Real. — Buckingham Smith,laColeccion de varias documentos para la historia de Florida.Madrid, 1857, t. 1, p. 107, 109, 114.
2En 1633 la ville de Champlain n’était encore qu’un e chétive habitation. On l’appelait l ebourg.ans plus tard elle n’était pas connue sous d  Douze ’autre nom, comme l’attestent les actes de Guillaume Tronquet, de l’a nnée 1646. La Mère de l’Incarnation
nous laisse croire, dans une lettre écrite en 1663, que, par les nouveaux règlements introduits sous M. de Mésy, on avait donné à Québec le nom de ville : “Dans, les règlements qui ont été faits, écrit la bienheureuse fondatrice des Ursulines, Québec se nommeville.”Le Père Charlevoix est dans l’erreur, quand il dit que le secours apporté par le Père Noyrot en 1626 fit prendre à Québec une forme de ville. Ce ne pouvait être les vingt ouvriers qu’il y avait amenés cette année là, qui auraient pu faire subir à l’humble habitation une telle métamorphose.