La Picardie et les régions voisines - Artois, Cambrésis, Beauvaisis
544 pages
Français

La Picardie et les régions voisines - Artois, Cambrésis, Beauvaisis

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Description

I. Les limites vers l’Est. La Thiérache. — II. Les limites vers le Nord. Le Pays Minier. Le Bas-Pays. Le Bas-Boulonnais. — III. Les limites vers le Sud. Le pays de Bray. Les « Montagnes » tertiaires.

Un relief calme qui se poursuit, sans jamais dépasser 200 mètres d’altitude, en de larges ondulations uniformes ; d’épaisses assises de craie blanche souvent cachées sous un manteau jaunâtre de limon ; des eaux rares qui s’écoulent lentement sur le fond tourbeux des vallées ; des vallons secs transformés en torrents par les orages ; une terre fertile, presque dégarnie de végétation arborescente, couverte de champs et de moissons ; de gros villages agricoles pressant leurs fermes et leurs granges au centre de leur terroir : un peuple de moyens et de petits propriétaires attachés au sol depuis des siècles ; des voies de communication faciles et nombreuses le long desquelles se sont établies des industries issues du sol par leur matière première et leur main-d’œuvre ; des villes, petites pour la plupart, qui sont plutôt de gros marchés ruraux que des agglomérations urbaines ; tel est, dans son ensemble, l’aspect de la contrée qui s’étend de Beauvais à Arras et à Cambrai sur 120 kilometres d’Abbeville à Saint-Quentin et à Laon sur 160 kilomètres.

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Date de parution 15 novembre 2016
Nombre de lectures 3
EAN13 9782346121700
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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Fig. 1 Fig. 2 Fig. 3 Fig. 4 Fig. 5 Fig. 6 Fig. 7 Fig. 8 Fig. 9 Fig. 10 Fig. 11 Fig. 12 Fig. 13 Fig. 14 Fig. 15 Fig. 16 Fig. 17 Fig. 18 Fig. 19 Fig. 20 Fig. 21 Fig. 22 Fig. 23 Fig. 24 Fig. 25 Fig. 26 Fig. 27 Fig. 28 Fig. 29 Fig. 30 Fig. 31 Fig. 32 Fig. 33 Fig. 34 Fig. 35 Fig. 36 Fig. 37 Fig. 38 Fig. 39 Fig. 40 Fig. 41 Fig. 42
Table des Figures
Albert Demangeon
La Picardie et les régions voisines
Artois, Cambrésis, Beauvaisis
CHAPITRE PREMIER
EXCURSIONS AUTOUR DE LA RÉGION DE CRAIE LES LIMITES D’UNE RÉGION GÉOGRAPHIQUE
I. Les limites vers l’Est. La Thiérache. — II. Les limites vers le Nord. Le Pays Minier. Le Bas-Pays. Le Bas-Boulonnais. — III. Les limites vers le Sud. Le pays de Bray. Les « Montagnes » tertiaires.
Un relief calme qui se poursuit, sans jamais dépass er 200 mètres d’altitude, en de larges ondulations uniformes ; d’épaisses assises d e craie blanche souvent cachées sous un manteau jaunâtre de limon ; des eaux rares qui s’écoulent lentement sur le fond tourbeux des vallées ; des vallons secs transf ormés en torrents par les orages ; une terre fertile, presque dégarnie de végétation a rborescente, couverte de champs et de moissons ; de gros villages agricoles pressant l eurs fermes et leurs granges au centre de leur terroir : un peuple de moyens et de petits propriétaires attachés au sol depuis des siècles ; des voies de communication fac iles et nombreuses le long desquelles se sont établies des industries issues d u sol par leur matière première et leur main-d’œuvre ; des villes, petites pour la plu part, qui sont plutôt de gros marchés ruraux que des agglomérations urbaines ; tel est, d ans son ensemble, l’aspect de la contrée qui s’étend de Beauvais à Arras et à Cambra i sur 120 kilometres d’Abbeville à Saint-Quentin et à Laon sur 160 kilomètres. Lorsqu’on a dépassé la ceinture forestière qui form e vers le Nord comme le front de la région parisienne, on pénètre dans cette grande plaine de culture, et, jusqu’au pays noir de Béthune, de Lens, de Douai et de Valencienn es, les regards se perdent dans sa continuité monotone. L’impression de lassitude q u’elle laisse aux touristes amoureux de scènes grandioses et mouvementées, prov ient d’une réelle uniformité de paysage ; presque rien à sa surface, ni dans la nat ure, ni dans la vie, ne surgit qui puisse surprendre ou charmer les yeux. Toute cette se partage entre trois provinces de l’ancienne France : la Picardie, l’Artois et le Cambrésis ; mais de l’une à l’autre on passe sans éprouver le sentiment d’une différence ; de chaque côté, ce sont les mêmes champs, les mêmes rivières, les mêmes village s. Et pourtant, les hommes qui l’habitent ne semblent point avoir jamais eu la not ion de cette unité ; jamais dans l’histoire, elle n’a porté un nom unique ; il est i mpossible de trouver dans le langage un mot savant ou populaire, officiel ou familier qui l ’embrasse et la définisse tout entière ; aucune province, aucun État, aucun groupement humai n ne lui doit l’existence, l’individualité. Ouverte à tout venant, privée de f rontières naturelles, elle ne pouvait s’isoler, ni se défendre ; entre la France et la Fl andre, elle fut durant des siècles un champ disputé pour sa fertilité et sa population. D ’autre part, flanquée de régions humides plus propres aux pâtures qu’aux moissons, p lus apte elle-même à la récolte des céréales qu’à la production de l’herbe, l’homme ne pouvait l’utiliser vraiment, sans la répartir ou sans la compléter ; aussi la voit-on se dissocier et se fragmenter au contact du Boulonnais, de la Normandie et du Hainau t. Mais, si elle ne connut pas la personnalité historique, sa personnalité géographiq ue éclate de toutes parts, fondée sur l’unité de sa nature physique et consolidée par les œuvres de ses habitants. Avant toute autre recherche, nous nous attacherons à la b ien définir. En voyageant sur les limites de ces campagnes cultivées, terres à blé au sous-sol de craie, nous les observerons au contact des régions voisines et nous verrons comment elles passent soit aux pâtures de la Thiérache, du Boulonnais et du Bray, soit aux plaines
industrieuses des Flandres, soit aux plateaux bordé s de bois qui s’étendent jusqu’aux approches de Paris (fig. 1).
Fig. 1. –Coup d’œil d’ensemble de la plaine picarde.(Les surfaces que le pointillé ne recouvre pas, correspondent à l’étendue de la craie blanche. Sur la craie, on n’a représenté, ni les témoins tertiaires, ni les dépôts pléistocènes, à l’exception des alluvions marines. Les hachures représentent les surfaces boisées. Les gros traits noirs représentent les principales voies navigables.)
I
LES LIMITES DE LA PLAINE VERS L’EST
Joignons par une ligne Solesmes, Le Cateau et Marle , et par une autre ligne Le Quesnoy, Catillon, Vervins et Rozoy-sur-Serre. C’es t dans leur intervalle que s’opère la transition entre deux régions différentes, entre les plaines de craie blanche et de limon à l’Ouest et les plateaux de craie marneuse r ecouverts d’argile à silex et de sables argileux à l’Est ; entre les grands espaces découverts, les champs cultivés de Cambrai et de Saint-Quentin à l’Ouest et les forêts de Mormal et du Nouvion, les herbages de la Thiérache à l’Est. La raison de cette transformation se trouve dans le relèvement progressif du sol
vers l’Est, vers l’Ardenne, qui amène à la surface les couches successives de la profondeur ; la craie blanche, épaisse d’une vingta ine de mètres à Havrincourt, s’amincit vers l’Orient et se termine en biseau sur les bords de la Selle, laissant la place à la craie grise, à la craie à gros silex cor nus et aux formations argileuses, marlettes et dièves, qui occupent le sol aux enviro ns du Nouvion. A ce changement de constitution dans le sous-sol correspond un changem ent dans la géographie (fig. 3). A l’Ouest de la ligne tracée par Solesmes, le Catea u et Marie, s’étend à l’horizon le paysage de craie ; ce sont des ondulations sans mou vement, sans arbres ; c’est une campagne infinie qui prend à l’automne la teinte ja unâtre du limon ; le long des vallées, s’arrondissent les bosses de la craie, cha uves et désertes. Mais que l’on traverse la Sambre à Catillon ou bien que l’on quit te Le Quesnoy pour Bavai, l’horizon se ferme vers l’Est ; le pays se couvre ; en vain l ’œil cherche un ensemble ; ce ne sont que d’éternelles haies, des herbages, des pommiers ; partout de la verdure. Le sol fissuré absorbe les eaux de pluie ; peu de ruissell ement ; des vallées rares ; des ravins secs, des « riots » que les orages emplissen t brusquement. A l’Est, au contraire, sur un sol étanche, chaque dépression po ssède sa source. A l’Ouest, chaque vallée recueille les eaux d’un large rayon ; la rivière, abondante dès l’origine, a creusé dans une roche fendillée des sillons vigoure ux et profonds ; au Cateau, la Selle s’enfonce de 65 mètres entre des versants de craie. Au contraire, impuissante sur un sol argileux, la Sambre, à Catillon, passe lentemen t dans une dépression de 20 mètres ; de même, l’Iron, le Noirieux, la Vieille S ambre empruntent des sillons superficiels où l’eau paresseuse serpente dans l’he rbe des prés ; il y a contraste tranché entre le trait profond du pays calcaire et le sillon ébauché dans le pays argileux. Entre ces deux types de vallées, on remarque de cur ieuses transitions. Le remplacement de la craie parles couches argileuses du dessous ne s’opère que progressivement. Entre Vervins, Marie et Rozoy, on la voit, lentement soulevée, quitter le fond des vallées et couronner les plateaux ; cette disposition qui s’accompagne d’un relèvement du relief provoque une métamorphose dans l’hydrographie : creusement des vallées et sortie des sources. En effet, des en virons de Marie (84 mètres), on s’élève rapidement à 292 mètres à Buironfosse et 25 0 mètres au Sud-Ouest d’Aubenton. Devenu plus actif, le ruissellement a v igoureusement mordu le sol ; les vallées de la Serre, de la Brune, du Vilpion se rét récissent et s’encaissent, par exemple à Thiernu et à Voharies, au Nord de Marie ; le large fond de bateau, remblayé d’alluvions, où les bras de la Serre se mêlent à ce ux de la Souche en aval de Marie, se transforme ici en un défilé à profil aigu. En mê me temps, la nappe d’eau, se rapprochant de la surface, s’épanche en une multitu de de ruisseaux qui ont découpé le sol en autant de vallées (fig.2) ; plus de ces l arges surfaces entre de rares vallées comme à l’Ouest, mais des sillons nombreux séparant d’étroits plateaux aux bords échancrés ; en un mot, un morcellement de la surfac e qui est l’expression sculpturale de l’activité hydrographique. Obéissant au relèveme nt des couches imperméables, les sources quittent le fond des vallées ; elles émigre nt sur les versants. Sur la route de Marie à Vervins, c’est à Rougeries qu’on voit pour la première fois, au sortir du paysage de craie, l’eau claire des fontaines courir le long du chemin ; elle s’échappe de partout, apportant la fraîcheur aux pommiers par mi les haies d’osier. Aux sources de thalweg succèdent ici les sources de versant. Ve rs le Nord, dans les parages du Quesnoy, on assiste à la même substitution, plus gr aduelle encore ; sur le versant de la vallée de la Rhonelle, à Villers-Pol, l’eau cour ante jaillit à flanc de coteau ; les pentes s’animent et se creusent de vallons verts où s’insinuent les prés et les arbres.
Fig. 2. — Opposition de la craie blanche et de la craie marneusse, visible dans l’allure du réseau hydrographique.
Fig. 3. —Coupe S.O.-N.E., depuis la Serre (à l’Ouest de Marle) jusqu’à l’Est de Vervins,montrant l’affleurement progressif de la 6 7 craie marneuse (c ) au-dessous de la craie blanche (c ).
L’aspect des villages change avec la nature du sol. Dès la sortie de Marie, les villages, entourés de haies et de pommiers, se cach ent dans la verdure. Les maisons, petites et modestes, ne rappellent en rien les gros ses fermes de pierre du pays de Laon ; quelques-unes se protègent d’un revêtement d e planches, annonce d’un pays mieux boisé et d’un climat plus rigoureux ; parfois déjà elles s’égrènent au bord des chemins ou se perdent dans les prés ; nous quittons insensiblement les villages des environs de Laon et de Saint-Quentin aux habitation s groupées, aux grandes portes muettes sur des rues silencieuses, pour des localit és plus fraîches, plus riantes, moins pressées. Beaucoup d’entre elles, fidèles à l’affle urement de l’eau, se sont établies, non pas sur les plateaux, ni dans le fond des vallé es, mais à mi-chemin entre les deux, sur le versant : ce sont des villages de vers ant. Le long du Vilpion et de la Brune, ils suivent exactement le contact de la crai e blanche et de la craie marneuse, s’allongent sur le niveau d’eau, s’étirent en hamea ux, en « rues » qui souvent finissent par se rejoindre ; ainsi, le long du Vilpion, Saint -Gobert avec ses annexes le Hameau et le Perron ; ainsi, le long de la Brune, Harcigny , Plomion, Longue Rue ; ainsi, plus au Nord, Romery, Wiège, Proizy, Malzy, Montceau, le lo ng de l’Oise. Puis, peu à peu lorsque le sol débarrassé de la craie blanche devie nt uniformément argileux, l’habitation s’affranchit de toute loi, et c’est, a u cœur de la Thiérache, sur une terre étanche, la poussière des fermes éparpillées, les f iles interminables des hameaux
égarés dans la verdure : c’est un profond contraste avec les grosses agglomérations du pays de Cambrai et de Saint-Quentin. Tout s’enchaîne ; l’activité humaine change avec le milieu naturel où elle évolue. Vers l’Ouest dominent sur les terres limoneuses, le s champs de blé et de betteraves ; à l’automne, des troupeaux de moutons, bétail des p ays arides, broutent dans les chaumes. Mais vers l’Est l’humidité du sol développ e les herbages ; on les voit d’abord garnir le fond des vallées, puis s’avancer sur le plateau ; longtemps ils alternent avec les champs, par exemple au Nord de V ervins et à l’Est du Cateau. A Bazuel, entre les meules de blé se glissent déjà de s pâtures ; auprès des maisonnettes la grange diminue ou s’efface ; à côté de la charrue prend place le grand tonneau qui porte l’eau aux bêtes dans les enclos ; les deux vies rurales s’entremêlent avant de se séparer. Mais, vers Oisy, paraissent le s derniers champs de betteraves ; vers la Groise, cessent les moissons ; au delà, l’o n entre dans le pays des laiteries. Une grosse sucrerie à l’entrée de Catillon, une gro sse laiterie à la sortie vers l’Est donnent une image concrète de ces deux économies ru rales à leur contact. Tandis que vers le Sud elles se pénètrent assez longtemps avant de s’isoler, vers le Nord-Est elles s’opposent presque subitement : au delà du Qu esnoy, sur la lisière occidentale de la forêt de Mormal, la pâture envahit les champs tout d’un coup par Curgies, Jenlain, Wargnies, Preux-au-Sart, Frasnoy, Villeréa u, Gommegnies, Anfoinpré, Jolimetz : c’est une autre géographie qui commence.
II
LES LIMITES DE LA PLAINE VERS LE NORD
De Valenciennes à Saint-Omer en passant par Douai e t par Béthune se poursuit, sur la lisière septentrionale des plaines agricoles du Cambrésis et de l’Artois, une riche bordure de contrastes géographiques : le Pays Minie r, le Bas-Pays Flamand, la « Fosse » Boulonnaise. Les plaines d’Arras et de Cambrai passent au pays m inier de Lens, de Douai et de Denain sans contraste physique violent. Au Nord de la Sensée, la craie se continue pour aller plus loin s’enfoncer sous les sables et les argiles du Bassin d’Orchies ; les plaines se fondent insensiblement dans les plaines (Pl. I), doucement inclinées vers le Nord-Est, lentement drainées par la Scarpe et l’Esc aut. Seule, une analyse minutieuse du pays permet d’isoler des nuances. Au Nord et au Sud de la Sensée, entre Douai et Bouchain comme entre Arras et Cambrai, la surface d e la craie porte quelques collines sablonneuses aux contours aplatis qui dépassent peu le niveau de la plaine ; au Sud de la Scarpe, presque toutes ces buttes sont couron nées par des bouquets de bois ; au Nord, près de Douai, elles se montrent dépourvue s d’arbres : cette circonstance accroît encore l’impression triste de ces étendues sans mouvement, sans eau, couvertes de champs de betteraves au milieu desquel les émergent çà et là les cheminées d’usines. Entre Arras et Lens, la nuance est tout aussi délicate ; jadis elle fut plus énergique ; car, naguère encore, tout ce t erritoire de craie nue, boueux en hiver et rocailleux en été, tour à tour détrempé pa r les pluies et brûlé par le soleil, 1 qu’on appelait la Gohelle , contrastait avec les plaines limoneuses d’Arras c ouvertes de riches récoltes ; mais depuis cinquante ans, le travail humain l’a transformé ; ses récoltes ne le cèdent pas aux plus belles ; et, n’é tait la craie que parfois la charrue met au jour, on aurait peine à croire qu’autrefois la n ature du sol avait créé un autre aspect des lieux ; de l’ancien état de choses, il reste se ulement une platitude de relief absolue, sans un creux, sans une vallée ; une faibl esse de petite telle qu’il a suffi d’un
canal de moulin pour détourner la Scarpe de son che min naturel qui la portait vers Bouchain et la dériver vers Douai. Mais ces différe nces légères seraient incapables de créer un contraste réel entre les plaines de Lens e t de Douai et les campagnes d’Arras et de Cambrai. L’élément décisif de la différenciation, c’est la m ine, c’est l’usine. Le pays de Lens, de Béthune, de Douai et de Valenciennes, le Pays No ir, pousse ses puits, ses cheminées fumeuses, ses traînées de feu, ses cités populeuses, ses maisonnettes de briques rouges, son agitation et son fracas jusqu’a ux portes des villages de culture ; à Estrée-Blanche, à Auchy-les-Bois, à Fléchinelle, le travail haletant de la fosse vient, au cœur même du village, troubler le paisible labeur d u paysan. Grâce à la houille, l’industrie gagne le pays ; autour des usines métal lurgiques le long de la Scarpe, et des verreries le long de l’Escaut, se presse l’affl ux des hommes détachés de la terre. Au contraire, près d’Arras et de Cambrai, dominent d’autres types d’industrie : la sucrerie et le tissage, encore rattachés à la vie rurale par leur matière première ou leur main-d’œuvre ; l’usine n’est ici qu’une annexe de l a ferme ; souvent elle la suit dans les champs ; l’industrie est encore un produit dire ct de la terre. Le tissage lui-même n’a pas complètement rompu avec ses traditions camp agnardes ; tout autour de Cambrai et de Saint-Quentin, si le rouet familial n e tourne plus, le métier fonctionne encore dans l’atelier domestique ; partout c’est un e activité toute proche encore de la terre, toute différente du travail collectif de l’u sine.
LA PLAINE, ENTRE WESTREHEM ET AUCHY-AU-BOIS, AU NORD-EST DE FRUGES
PLANCHE I.