Le Général Camou - Esquisse biographique
42 pages
Français

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Le Général Camou - Esquisse biographique

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Description

Ense et virtute Dans les armées, à côté des chefs qui ont fixé la renommée, chez qui tout est grand, les vues, les aptitudes, les élans, les services, il en est d’autres, parmi les généraux divisionnaires, d’un mérite moins éclatant mais très réel, tout aussi digne de respect et de mémoire : cœurs vaillants, généreux et dévoués avec simplicité ; âmes énergiques et pleines de noblesse ; esprits pratiques, persévérants, expérimentés, conservateurs de la tradition, remarquables par le bon sens, la droiture, plutôt que par l’étendue des facultés, toujours appliqués aux soins et aux devoirs du commandement, toujours prêts.Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

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EAN13 9782346031740
Langue Français

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À propos de Collection XIX
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Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…
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Joseph Balland
Le Général Camou
Esquisse biographique
On lit dans les Lettres du maréchal Bosquet à sa mère, t. III, p. 319  : —  « Camou et moi, nous parlons béarnais presque exclusivement, et cela intrigue beaucoup de gens, les indigénes surtout qui savent un peu de français. Alors, on leur explique que Camou et moi nous sommes des Kabyles de France et que nous parlons notre langue comme les Kabyles ici parlent la leur, fort différente de la langue arabe.
« Ce brave général Camou ne semble pas songer à obtenir une troisième étoile ; il se plaît à raconter comment il organisera ses vieux jours, près d’Oloron, où je dois l’aller voir, quand je reparaîtrai dans le pays. A ce propos, il me raconte qu’il sera un peu seul et qu’il regrette de n’avoir pas fait une famille ; et, alors, il m’attaque sur cette question du mariage de la manière la plus sérieuse, pendant que je me défends en riant, ce qui lui fait lever ses deux grands bras ; mais il les ramène bientôt autour de moi de la manière la plus paternelle et la plus affectueuse.
Camou est le type du soldat le plus droit, le plus simple, le plus brave, le plus estimé, le plus aimé ».
Les lignes qui suivent sont extraites du Moniteur de l’Armée, février 1868 :  —  « Parti le sac sur le dos en 1807, sergent en 1808, parvenu par son courage, par son mérite, par ses services, malgré une modestie bien connue, au grade de général de division et à la double dignité de sénateur et de grand-croix, le général Camou, adoré des troupes partout où il a commandé et non moins aimé de ses camarades, était un homme antique, au caractère chevaleresque, un type du soldat français d’autrefois enté sur le troupier d’aujourd’hui ».
Pour l’honneur qui est dû à la mémoire de ce soldat, notre compatriote, pour l’enseignement viril qui peut être tiré du récit de tant de grands exemples qu’il donna « ense et virtute », par sa bravoure et par la ferme honnêteté de son cœur, la Société des Bibliophiles du Béarn réédite aujourd’hui une biographie de Camou. La première édition de cette étude date de 1868 ; écrite à la façon de Plutarque, elle est l’œuvre du général Balland, mort en 1876 commandant de l’Ecole d’application d’état-major.
M me Liouville a bien voulu nous autoriser à faire réimprimer, pour notre Société des Bibliophiles et pour des bibliothèques scolaires du département, ces pages, où son frère, le général Balland, avait si bien tracé « dans toute leur pureté les traits de la belle\figure militaire de Camou, que les hasards des campagnes lui avaient fait connaître, aimer et vénérer ».
Nous prions M me Liouville d’agréer l’expression respectueuse de notre vive gratitude.
 
 
V. LESPY.
 
 
 
 
 
Pau, 3 octobre 1880.
Ense et virtute
I
Dans les armées, à côté des chefs qui ont fixé la renommée, chez qui tout est grand, les vues, les aptitudes, les élans, les services, il en est d’autres, parmi les généraux divisionnaires, d’un mérite moins éclatant mais très réel, tout aussi digne de respect et de mémoire : cœurs vaillants, généreux et dévoués avec simplicité ; âmes énergiques et pleines de noblesse ; esprits pratiques, persévérants, expérimentés, conservateurs de la tradition, remarquables par le bon sens, la droiture, plutôt que par l’étendue des facultés, toujours appliqués aux soins et aux devoirs du commandement, toujours prêts. Ils vivent de la vie du soldat et ils en sont heureux ; ils veillent sans relâche sur l’instruction, la discipline, le bien-être, le développement physique et moral de ce grand enfant, fils du paysan ou de l’ouvrier ; ils le conduisent dans les marches, au bivouac, au combat ; ils le transforment, l’animent, le pénètrent de tout ce qui le rend fort, et, par leur méthode et leurs exemples, l’élèvent parfois jusqu’à l’épaulette ou donnent la trempe à l’officier que les Ecoles ont formé. Chefs de famille en même temps que chefs de troupes, ils sont appelés : « mon général » ; mais dans les entretiens familiers du régiment, c’est « père » tel ou tel qu’on les nomme — et l’on a bien raison, car ils sont en vérité les pères de l’armée ?
Le général Camou fut à un haut degré un de ces types, dont on doit dire : modèles de l’honneur et honneur du pays !
Il est mort, le 5 février 1868, général de division, grand-croix et sénateur. Il était né le I er mai 1792. Il avait servi activement depuis l’âge de 16 ans jusqu’à celui de 70. Il avait fait la guerre pendant plus de 25 années. Au prix de quels travaux, de quels efforts, de quels sacrifices, un soldat qui ne s’appuie que sur sa loyale épée, remplit-il une si longue carrière et parvient-il à s’attacher la fortune sans l’avoir jamais courtisée ? Quiconque veut le savoir, lira la notice substantielle,  1 écrite dernièrement sur le général Camou par un de ses vieux camarades, qui, lui aussi, est un de nos glorieux chefs. Qu’il nous soit permis d’emprunter à ces pages le complément de nos souvenirs personnels, non pour recommencer un tableau achevé, mais pour graver au fond de notre cœur reconnaissant, dans toute leur pureté, les traits de cette belle figure militaire, que les hasards de nos campagnes nous ont fait connaitre, aimer et vénérer.
Camou, Jacques, vit le jour à Sarrance, village des Pyrénées, dans la vallée d’Aspe, au sein d’une famille nombreuse, de médiocre condition et de mœurs patriarchales. Son enfance s’écoula rapide dans ce milieu, où il n’y avait rien que de fortifiant : à l’extérieur le spectacle d’une nature grandiose, à la maison celui des habitudes de simplicité, d’honnêteté et de religion. Plus tard, il y eut pour lui un spectacle plus attachant encore, celui des mille bienfaits dont il était l’auteur. Sa discrétion égalait sa générosité. Les personnes les plus avancées dans son amitié connaissaient à peine les effets de sa sollicitude pour tous les membres de sa famille. Il répandait secrètement ses aumônes, par les mains d’un de ses neveux, curé de village ; mais il ne fiait qu’à lui-même le soin d’aider, de réconforter affectueusement de ses conseils et de sa bourse une foule d’anciens camarades et de vieux soldats. Ah ! le digne homme ! Et que l’on comprend bien sa joie intime, quand il revenait passer quelques semaines dans son cher pays, où il comptait autant d’amis que de concitoyens ! A son arrivée on s’empressait au-devant de lui, on tuait les oies grasses, on débouchait le jurançon, on se réunissait pour prendre les repas. Parents et amis allaient ensemble entendre la messe que disait son neveu le curé ; tous communiaient — et le général attendri, inclinant sa tête blanche, n’était pas le moins fervent à rendre grâces à Dieu, plus encore pour le bien qu’il avait fait que pour les témoignages d’estime publique dont il était entouré.
Mais ne nous écartons pas de l’ordre chronologique. Au commencement de ce siècle, on ne condamnait pas les enfants aux travaux forcés, on n’exigeait pas qu’ils eussent une position dans le monde avant d’avoir de la barbe au menton. Au rebours d’aujourd’hui l’éducation avait le pas ; l’instruction ne marchait qu’à sa suite, sans hâte, sans fatigue, avec un bagage moins encombré, mieux classé, dans lequel on trouvait des éléments plus solides pour l’avenir, à l’avantage de l’individu et de la société. Ces idées eurent leur influence sur la direction donnée aux jeunes années de Jacques Camou. A 16 ans, il était moins remarquable par la culture de l’esprit que par le développement des qualités de l’âme et par une constitution physique des plus robustes. Il était assez instruit cependant pour que ses parents, suivant en cela une propension qui leur était particulière, essayassent de lui inspirer le goût de l’état ecclésiastique. C’était compter sans le bruit des armées dont l’Europe entière retentissait, sans la gloire des nôtres qui avait pénétré jusque dans les vallées les plus reculées, sans le nom magique du grand Empereur qui remplissait les chaumières aussi bien que les palais.

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