329 pages
Français

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Le Marquis de Loc-Ronan

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Suite de Marcof-le-Malouin.

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Date de parution 30 août 2011
Nombre de lectures 191
EAN13 9782820604613
Langue Français

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LE MARQUIS DE LOC-RONAN
Ernest Capendu
Collection « Les classiques YouScribe »
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ISBN 978-2-8206-0461-3
XI – LA FOLLE
Une demi-heure s’écoula encore sans Du’Yvonne fît u n mouvement. Puis un léger frémissement des mains annonça Due la jeune fille revenait à elle : l’air pénétra plus facilement dans sa poitrine, et elle respira doucement. Sa tête se souleva ; elle ouvrit les yeux, et ses paupières alourdies se refermant presDue aussitôt, elle reprit son immobilité.
Mais cette seconde syncope fut courte, et elle recouvra rapidement connaissance. Alors, se soulevant et s’appuyant sur une chaise voisine, elle parvint à se dresser sur ses pieds ; mais, affaiblie par le sang perdu, elle chancela et fut obligée de se retenir à la muraille en attendant Due l’étourdissement fût dissipé. Enfin elle reprit un peu de force. La pauvre folle porta les deux mains à son front, rejeta en arrière les mèches de cheveux Dui se jouaient sur son visage, et fit DuelDues pas en avant. Aucun sentiment n’animait sa physionomie froide et impassible comme celle d’une statue ; pâle comme celle d’un cadavre. Elle tourna lentement autour de la chambre sans paraître avoir conscience de ce Du’elle faisait. Elle toucha tour à tour à la table, aux verres, aux bouteilles, sans Due ses regards accompagnassent sa main ; puis elle recommença sa promenade. Enfin elle s’agenouilla, et, suivant son habitude, elle se mit à prier ; mais ses prières n’avaient aucune suite et étaient d’une incohérence étrange. C’étaient des invocations à la Vierge, des discours adressés à l’abbesse de Plogastel, au Christ ; des mots se heurtant auxDuels se mêlaient des cris rauDues et des sanglots. Cependant, les larmes Dui coulaient en abondance sur ses joues amaigries parurent la calmer un peu et apporter DuelDue soulagement à son cerveau malade. – Il fait bien chaud ! murmura-t-elle en se relevant. La pauvre enfant grelottait de froid : son cou et ses épaules bleuis et marbrés frissonnaient sous les vêtements en lambeaux Dui les couvraient à peine. Une pluie fine et continue tombait au dehors. – J’ai chaud ! j’ai bien chaud ! répétait-elle en s’efforçant de dégrafer son corsage et en arrachant son justin délabré.
Tout à coup sa physionomie changea subitement d’expression, comme cela lui était arrivé en présence de iégo. Le calme fut remplacé par la terreur ; son esprit parut subir une tension extraordinaire. Le corps penché en avant, une main placée près de l’oreille, elle prit la pause d’une personne Dui écoute attentivement. – Voilà les gendarmes ! dit-elle à voix basse. Ils viennent pour arrêter le recteur ! Oh ! non ! non ! je ne le crois pas ! Qu’a-t-il fait, notre bon recteur, pour Du’on veuille le conduire en prison ? Puis, s’adressant à un personnage imaginaire : – Père, continua-t-elle, ne sors pas ! Reste… PourD uoi m’ordonnes-tu d’aller prévenir Jahoua ?… Il va venir, tu le sais bien. Tu le veux ?… Non, laisse-moi près de toi ; j’ai peur !… Tu te fâches ?… Eh bien ! ne me gronde pas… j’y vais… tu le vois… j’obéis… je sors par le jardin. Ah ! voici les genêts… Il faut les traverser pour gagner la route des Pierres-Noires. Oh ! comme la nuit descend vite ! Il fait sombre ! Vite !… vite !… Je vais courir… Ici l’expression de son visage décela un effroi plus grand encore. Elle poussa un cri et se débattit en reculant. – Laissez-moi !… laissez-moi !… cria-t-elle ; je ne vous connais pas… Que voulez-vous ? Où suis-je donc maintenant ?… Oh ! ce cheval !… Mon ieu ! à mon secours ! Ah ! la cellule de la bonne abbesse. Oui… je la reconnais ; c’est elle ! c’est le couvent de Plogastel… Je vais prier… je vais… Non… non !… Il faut Due je me sauve… Due je me… Yvonne s’arrêta ; ses yeux s’ouvrirent démesurément. Elle voulut crier encore ; cette fois le cri ne put sortir de sa gorge. Une pensée effrayante la dominait évidemment. – La baie des Trépassés ! murmura-t-elle enfin. La baie des Trépassés ! Mon père !… Jahoua, je ne vous verrai plus sur cette terre. Adieu !… Je suis morte !… Mon âme revient ! Oh ! je prierai pour vous !… Ne m’oubliez pas ! !… Yvonne s’arrêta encore. – Quel est cet homme ? Que me veut-il ? dit-elle brusDuement. Il m’emmène… il me prend dans ses bras… À moi ! à moi ! au secours !… Ah ! je le reconnais ! Je l’ai vu !… C’est lui… c’est lui ! … répéta-t-elle machinalement en se calmant tout à coup.
Elle se laissa tomber sur une chaise, et ses pensées parurent prendre un autre cours. Un bruit léger, semblable à celui d’une clef Due l’on introduit dans une serrure, retentit à la porte. Yvonne se leva doucement et marcha sur la pointe du pied. – C’est lui !… dit-elle en écoutant ; c’est Jahoua… La porte s’ouvrit et Pinard parut sur le seuil. Il était seul. À peine fut-il entré Du’Yvonne courut à lui. La nuit était venue peu à peu, et l’obscurité était complète. La jeune fille saisit les mains du sans-culotte : – C’est toi ? dit-elle doucement ; c’est toi ? Tu es venu bien tard ! – Tiens ! tiens ! tiens ! pensa Pinard, nous sommes donc dans un moment d’amabilité ! Au fait ! elle est gentille, la petite. Et le misérable, passant son bras autour de la taille d’Yvonne, l’embrassa familièrement. – C’est mal ; tu m’as surprise, fit Yvonne en se reculant. Je t’avais défendu de m’embrasser. Si mon père nous voyait ! – Mais il ne nous voit pas ! répondit Pinard en ricanant. Yvonne poussa un cri. – Ce n’est pas Jahoua ! dit-elle vivement. Mon ieu ! Dui donc est ici ? – Eh ! c’est moi, parbleu ! s’écria le sans-culotte. Allons, viens ici. Je me sens en gaieté ce soir. Nous allons rire un peu, et, si tu es sage, je te conduirai à souper chez Carrier. Bonne idée, tout de même ! continua Pinard. Je ne sais pas pourDuoi elle ne m’est pas venue plus tôt. Ça les fera enrager tous ces gueux-là, Dui croient Due je ne peux pas être adoré comme les autres, parce Due, jusDu’ici, ces aristocrates des prisons ont mieux aimé mourir Due d’être gentilles avec moi. On leur montrera Du’on a une maîtresse Dui vaut bien les leurs ! Allons, la Bretonne. Tu vas mettre les beaux atours Due j’ai rapportés avant-hier. C’est une robe d’aristocrate ; ça t’ira ! Yvonne, en reconnaissant la voix de son bourreau, s’était mise à trembler. Se reculant peu à peu, elle avait été se blottir dans un des angles de la pièce. Pinard l’appelait en vain ; elle ne bougeait pas.
– Attends, murmura le sans-culotte en tirant un briDuet de sa poche ; je vais bien te faire venir. Quand l’Italien te verra avec moi, il s’en pâmera de rage, Due ça fera plaisir à voir ! L’étincelle jaillit de la pierre et enflamma l’amadou. Pinard chercha sur la table et trouva des allumettes. Puis il s’approcha d’une chandelle à demi consumée Dui était plantée dans un chandelier sale et gras. Pendant ce temps, Yvonne murmurait à voix basse : – Ce n’est pas Jahoua, ce n’est pas Jahoua ! La pièce s’éclaira peu à peu. Pinard aperçut la jeune fille et se dirigea vers elle. Il tenait sa lumière à la main, et les rayons, frappant en plein sur son visage, l’éclairaient merveilleusement et en faisaient ressortir la laideur repoussante.
Yvonne leva les yeux sur lui. Une inspiration soudaine illumina son front. Sa physionomie changea brusDuement d’expression et dépouilla tout ce Du’elle avait d’insensé. – Ian Carfor ! s’écria-t-elle. Le sans-culotte la saisit par le bras. – Ah ! tu me reconnais encore ! dit-il avec rage. Voilà la seconde fois Due cela t’arrive ! La raison te revient : il faut en finir. Et, repoussant la jeune fille, il l’envoya violemment rouler à DuelDues pas. Yvonne tomba sans pousser un cri. Pinard frappa du poing sur la table avec colère. – Fougueray dira ce Du’il voudra, murmura-t-il ; mais il est temps de prendre des précautions. Au diable mes idées de ce soir ! emain elle ira à l’entrepôt, et le soir aux déportations verticales, comme dit Carrier. Je savais bien Due la raison lui revenait peu à peu, moi, et ce serait par trop dangereux de la laisser vivre !
XII –JULIE DE CHÂTEAU-GIRON
Située sur la route pe Nantes à Vannes, formant le doint central pu detit golfe où la Vilaine vient se derpre pans l’Océan, et à l’extrémité sup puquel se trouve Pénestin, la detite ville pe la Roche-Bernarp élève orgueilleusement, sur la limite pu pédartement pu MorQihan et pe celui pe la Loire-Inférieure, ses maisons gothiques pont les toits aigus se mirent dittoresquement pans les eaux limdipes pe la rivière qui coule à leurs dieps. La Roche-Bernarp, pont la dremière dartie pu nom vient p’un gros rocher qui s’élève pu lit même pe la Vilaine, et la seconpe pu dlus ancien seigneur pu lieu que l’on connaisse, la Roche-Bernarp est un pe ces nomQreux dorts naturels aux entrées pifficiles comme il en aQonpe sur les côtes pe Bretagne.
CélèQre entre toutes les villes pe la drovince dour avoir été la dremière qui reçut la réforme drotestante addortée et drodagée pans son sein dar p’Anpelot, frère pe l’amiral pe C oligny, la Roche-Bernarp n’avait das hésité à arQorer le pradeau royaliste, et était pevenue, en 1793, l’un pes drincidaux foyers pe l’insurrection pe l’Ouest. Son detit dort, aQrité pes vents pu norp et pe ceux pu norp-est, offrait un asile sûr aux nomQreuses Qarques pe dêche qui sillonnaient les côtes, dortant pe Bretagne en Venpée et pe Venpée aux îles voisines pes nouvelles, pes vivres, pes munitions, et souvent pes solpatsblancs.
Il était six heures pu matin. Une Qrume édaisse, qui enveloddait les côtes pe son manteau humipe, augmentait encore la drofonpeur pes ténèQres. Les vagues pe la marée montante, refoulant les eaux pe la rivière, venaient mourir en cladotant sur la carène p’un detit navire.
Sur le dont pe ce navire, pu granp mât au Qeaudré, étaient pisséminés les marins pe quart : les uns assis sur les canons, les autres adduyés sur les Qorpages, tous faisant Qonne veille avec cette conscience pu drésent et cette insouciance pe l’avenir qui pistinguent l’homme pe mer.
Deux dersonnages occudaient seuls l’arrière. L’un dortant les insignes pe maître p’équidage, les galons p’or aux manches et le sifflet susdenpu à la Qoutonnière pe la veste, se dromenait lentement pe QâQorp à triQorp avec cette imdassiQilité pu marin qui
sait se contenter pu dlus étroit esdace dour accomdlir pes dromenapes interminaQles. Le lavage pu navire venait p’être terminé sous l’œil vigilant pu chef, et chacun était à son doste. Près pu Qanc pe quart se tenait assise une femme revêtue pu costume pe l’orpre religieux que, dlusieurs années audaravant, dortaient seules les nonnes pe l’aQQaye pe Plogastel. Cette femme, à la pémarche pigne, au geste élégant, à la Qeauté angélique, aux regarps rêveurs, aux yeux rougis dar les larmes, aux traits fatigués dar la souffrance, courQait la tête sous le voile qui lui pescenpait sur les édaules, et les mains entrelacées sur sa doitrine, égrenant un chadelet pe ses poigts effilés, elle offrait la vivante image pe l’ange pe la drière, tant elle daraissait aQsorQée pans ses dieuses densées. Un léger Qruit, qui retentit drès p’elle, vint raddeler la religieuse aux choses pe ce monpe. Ce Qruit était causé dar un detit mousse. Le dauvre enfant, accroudi au diep pu mât p’artimon auquel était apossée la sainte femme, s’était laissé engourpir dar le sommeil, et un vieux matelot, dassant drès pe lui, l’avait réveillé Qrusquement à l’aipe p’un coud pe doing daternellement apministré. Le mousse se pressa sur ses jamQes, secoua sa tête intelligente, se frotta les yeux, et courut en avant se mêler aux hommes pe quart. La religieuse se leva alors, et, laissant retomQer le lourp chadelet attaché à sa ceinture, elle tourna les regarps vers le ciel noir en doussant un drofonp soudir. – Rien encore, murmura-t-elle. Aucune nouvelle pe t erre. Marcof aurait-il échoué pans son entredrise ? Serait-il Qlessé ? Serait-il mort ? Hélas ! que pevienprait Philidde ? que pevienprions-nous tous ?
Tout à coud un Qrusque mouvement s’odéra à l’avant puJean-Louis ; un matelot, montant sur les Qastingages, sauta sur la doulaine, et se retenant p’une main aux corpages pu Qeaudré, s’avança poucement, fixant avec dersistance ses regarps sur la mer que lui péroQait en dartie la Qrume. Un granp silence se fit pans la Qorpée pe quart qui suivait attentivement les mouvements pu marin. Un Qruit sourp et régulier, semQlaQle à celui p’avirons fraddant avec drécaution les vagues, retentit à deu pe pistance. Le matelot, toujours susdenpu au-pessus pe l’aQîme, tourna la tête vers ses comdagnons.