Le Niger, une société en démolition

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Pays ouest-africain enclavé, indépendant depuis 1960, le Niger a connu une première période de stabilité politique de trente ans ponctuée par deux changements de chef d'Etat. Les turbulences politiques liées à l'avènement de la démocratie en 1990 conduiront à quatre changements de chef d'Etat en seize ans. Le présent ouvrage aborde le récit de l'histoire contemporaine de la gouvernance politique du pays.

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Ajouté le 01 avril 2010
Nombre de lectures 170
EAN13 9782336282855
Langue Français
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Avant-propos

« Nousavons tellement l'habitude d'être gouvernés,quenous pensons que c'est la chose
laplus naturelle du monde …Depuis Hobbescependant,les modernes ontacquis
l'intuition qu'un telfait méritaitexplication… Aussi les philosophes seplongèrent-ils
dansdeprofondes méditations… et reconstruisirent l'histoire àpartirdeleur propre
conscience »(A.-M.Hocart,Rois et courtisans).

…"L'impuissancerelative des puissants" née delaprovocationdes résistances, des
rebellionset,plusavant, des révolutions, évoquéeparBalandier trouveici une autre
adaptation.C'est queles mouvements sociaux dévoilent les limites quelepouvoiret son
ordreimposentàlavérité,leur ténacité démontrelavulnérabilité des pouvoirs publics,
leuravènement révèle cequeles misesen scène et lescérémoniesde démonstrationde
force essaientde cacher:l'impuissance étonnamment incontestable des puissants.

5

Ce travailestdédié
En premier lieu, à Dieu,le Créateur,Source detoutbien, deQui tout procède,sans Qui
rien neseréalise,LaCausepremière detout,pour Sa clémence en vertude cequi nous
attend,
AmesPère etMère, etàmesGrand-Parents, comme étant la causeseconde,pour
m’avoir montréle chemindel’apprentissage dela connaissance,
Ama femme,pour son soutienet pour sapatience,
Ames parentsetàmesenfants,pour l’exemple,
Amon petitfrère algérienRahimKacimi, etàtousceuxquejen’ai pas puciter,qui ont
participé deprès oudeloinàl’édificationducontenude cet ouvrage.

Sommaire

AVANT-PROPOS............................................................................................................ 5

SOMMAIRE................................................................................................................... 9
INTRODUCTION........................................................................................................... 11
PREMIERE PARTIE : DISSERTATIONS...............................................................17
CHAPITREI.PROBLEMATIQUE DE LAGOUVERNANCE ETNOTION DEPOUVOIR......... 19
CHAPITREII.JURISPRUDENCES ETSTABILITEPOLITIQUE.......................................... 29
DEUXIEME PARTIE : HISTORIQUE ET ANALYSE DES REGIMES
POLITIQUES POSTCOLONIAUX...........................................................................47
ERE
CHAPITREIII.LAI REPUBLIQUE............................................................................. 49
E
CHAPITREIV.LAII REPUBLIQUE.............................................................................. 77
TROISIEME PARTIE:ENSEIGNEMENTS DES EPISODES DE MONTEE DES
TENSIONS DES REGIMES POLITIQUES POST-CONFERENCE NATIONALE

........................................................................................................................................87
E
CHAPITREV.LAIII REPUBLIQUE.............................................................................. 89
E
CHAPITREVI.LAIV REPUBLIQUE.......................................................................... 105
E
CHAPITREVII.LAV REPUBLIQUE.......................................................................... 127
QUATRIEME PARTIE:MODELES INDUCTIBLES DE LA
CAPITALISATION DES FACTEURS SOCIAUXET POLITIQUES................. 173
CHAPITREVIII.CONSTRUCTION DE L’EQUATION DESTABILITE.............................. 175

CHAPITREIX.LANATURE DUCONTEXTEINTERNATIONAL..................................... 181
CHAPITREX.MODELISATION DE L’ORDREINTERNE................................................195
CONCLUSION............................................................................................................259

BIBLIOGRAPHIE........................................................................................................267
TABLE DES MATIERES...............................................................................................271

9

Introduction

Les épisodesdesfaits observables s'enchaînentavecune complexité évidente
qui matérialise ceréel, dans lemondewestphalien sur lascèneinternationale, etdans le
domainepolitique et socialdesEtats qui le composent.

La conduite des sociétés s'est métamorphosée aufildu tempscommenous le
révèlel'histoire, dans la constancesanscesserenouveléepour l'homme de faire face aux
contraintes quelui imposent sonenvironnementet lasatisfactiondesesbesoins
existentiels.Desgroupusculeséparpillésjusqu'auxroyaumes, auxempiresetà
l'expressioncontemporaine dela gestiondes sociétés par lesEtats,le défiest resté
d'asseoirune gestion qui réponde aumieuxauxpréoccupationsdes sociétés.

Lemonde est multiple etafficheunvisage complexe àla fois pourcequi
tombesous la connaissance del'homme etaussi pourcequi n'est pasencoreperçuou
connu.Dansce bouillonnementd'événements parallèleset successifs,notammentdans
la conduite et la gestiondes sociétés, des organisations misesen placepar l'homme
émergent, atteignent leurapogée etdisparaissent.

Lemondewestphalien qui se compose desEtats sur lascèneinternationalepar
exemple, bien queperçucommeuneorganisationà faire évoluervers l'objectif de
l'avènementd'unepaixdurablesur terre, afficheun ordresanscessemodifié.Les
théoriesdesRelationsInternationalesvéhiculentunereprésentationdumonde, de
l'aspectconceptueldelanaissance desEtats,jusqu'aurefletdel'ordre hiérarchiquequi
nesauraitêtre contesté entre cesEtats.Leparadigme del’étatdenaturelié auréalisme
postulelanaissance desEtatset sociétésàpartird'un souci partagé de créerune
communautéorganiséequi seraitdépositaire exclusive durecoursàla forcepouréviter
l'anarchie delapersécutiondes plusforts oula guerre detouscontretous.L'Etatest
ainsi né del'attribution queluidonnent leshommesdu«monopole delaviolence
physiquelégitimé »,expressionde Max Weber.L'Etat, «réducteurderisques»pour
Hobbes, dépositaire delasouveraineté, est investides pouvoirsdejustice etdepolice.Il
endécoule ainsi quelesfacteursd'ordre etdestabilitéinternes sontdes paramètres
essentielsdelasurvie desEtatsetdont lesgouvernantsen ont lalourde charge de
matérialiseretderendre effectifs.Les prérogatives régaliennes supposent quel’Etat
restel’uniquesource delégitimitépolitique.

11

La constructiondelaproblématique du présentdocument, destiné à faireprendre
conscience du processuscollectif encoursde démolitiondelasociéténigérienne,
impose de considérer lanature dela gouvernancepolitique del’Etat,lesdifférents
paramètres quiconditionnent l’avènementet lemaintiende cette gouvernance et laprise
encompte detoutes lescontraintesdontcelles internes, auxquelles sont soumis les
acteursélusgouvernants.

A côté del'ordreinterne, apparaît lanécessité del'avènementd'un ordre
externe.L'Etatestdétenteurdelasouveraineté delasociétéqu'il représente etexercesa
dominationàpartirdesonautoritévis-à-visdesesadministrés.Lanécessité d'assurer
les prérogativesdeprotectiondesescitoyens impose àl'Etatde faire face auxmenaces
externes qui peuvent sematérialiser, cequidéboucheimmanquablement surune
légitimationdurecoursàlaviolence àl’extérieur.Le champdes relations
internationalesfutconsidéré commele domaineoù l’étatdenature et laloidelajungle
continuaientàprévaloir, cequi setraduit paruncertaindésordrequalifiépardivers
auteursd'« anarchie des souverainetés».Deuxfacteursessentiels traduisent l'avènement
de cette anarchie : d'unepart lesEtats se dotentdesforcesarmées pourassurer leur
sécurité, etd'autrepartces mêmesEtats sereconnaissent mutuellement le droitde
recouriràla force.Lapaixestun paramètre essentielàlavie etaubien-être detoute
société.Il yalieudetrouver les mécanismes qui permettentdela formaliser.

Lastructure"anarchique"des relationsentreles nationsa considérablement
évolué.Leréalismelibéral,sans rejeter leparadigme del’idée d’une anarchie
internationalepermanente condamnant lesEtatsàvivresanscesse dans la crainte,
postulequelesEtats nesont pascondamnésàvivreperpétuellement« àl’ombre dela
guerre ».Le courshabitueldes relations internationalesdémontrequela compétitionva
depairavecla coopération.HedleyBull proposele conceptde «société
internationale », essentiellementbaséesur lesEtats qui la constituent.C’est«ungroupe
de communautés politiques indépendantes qui ne forment pasun simplesystème dans le
sens oùla conduite d’une de cescommunautésestunfacteur indispensable dans le
calculdesautres,mais qui ontégalementétabli parvoie de dialogue etde consentement,
unensemble derèglescommunesetd’institutions pour la conduite deleurs relations, et
qui reconnaissent leur intérêt mutuelàmaintenircesarrangements».La «société
internationalde Be »ullestune construction« consciente »(self-conscious)et« auto
régulée »(self-regulating) s’articulantautourducontrat social lié(1)àlalimitationde
l’usage dela forcepour unesécurité accrue,(2)au respectdelaparole donnée,(3)àla
protectiondelapropriété.Le cimentde ces troisfonctionsestfourni par leprincipe de
réciprocité fondésur l’intérêt individuel.Il postulequel’actuel systèmeinternational
« est lerefletdes troisélémentsconstitutifsdes trois traditions:la guerre et le conflit
pour lepouvoirentre Etats,lasolidaritéinternationale, etenfin,la coopérationet les
rapports réglementésentre Etats».Il supposel'existence d'un ordremêmes’ilest par
définition instable.Les instrumentsd’instaurationde cet ordresont:(1) relatifsàl’ordre
par lapuissance,l’ordrepar l’équilibre et l’ordrepar la guerre.Cet ordre étant illustré
par l’octroides siègesàl’ONUauxgrandes puissanceset lareconnaissance desdroitset
des obligationsde cesgrandes puissances quiattesteunevolonté d’instaurerun ordre
international stable. La « balanceofpower» estun instrumentdurable derégulation. La
guerre est latroisièmeinstitutionde cettesociété desEtats. (2)Les instruments
d'instaurationdel'ordreproviennentdelaloi internationalequi permet progressivement
la constitutiond’un lien socialentrelesEtats, avecla formalisationdel’idée d’une
société d’Etats souverains par libre consentementdesvolontés souveraines,la fixation

12

des principesde base dela coexistence entre Etats, et lapossibilitéofferte auxEtats
d’adapter leurs politiquesauxrèglesenvigueurdans la collectivitéinternationale. (3)
Les instrumentsd'instaurationdel'ordreproviennentégalementdela diplomatie
chargée d'assurer lesfonctionsde communication, d’information, denégociationetde
minimisationde conflits.

Lepouvoir politique apour rôle de créer le cadrequifavoriserait la
constructiondelasociété.Danscetteperspective, en plusdescontraintes internes liéesà
lasociété elle-même,lesacteursgouvernants sont soumisà descontraintes
supplémentaires liéesàl'environnement international.La constructiondela
problématiquetraitée dansce document impose deprendre encompte cescontraintes
externes supplémentaires, detenircompte dela hiérarchie desEtatsetdel'influenceque
lesEtatsexercent lesuns sur lesautres,notamment les plusforts sur les plusfaibles.

Apartirdesdiversesactions politiques, desconfigurationsdesacteurs qui les
produisent, des phénomènesetdesconséquencesdeleurseffets sur l'ordresocial,
diverses théories ontété élaborées.Ces théoriesadmettentuncaractèreréducteurdans
larecherche dela globalitéqui supposele dépassementdelasingularité de chacundes
faits observés.Elles offrentuncadrerationnelde compréhensionde ces phénomènes
politiques, d'organisation, d'analyse etd'interprétationdeleur portée.Lemonde de
l'aprèsguerreoffreune densitéimportante dephénomènesd'importance historique,
parmi lesquels l'abandondusystème colonialet l'indépendance des pays jadiscolonisés,
constituant laplupartdes paysduTiersMonde appelésaujourd'huiàleurdemande,
"paysémergeants".Lathéorie des systèmes politiques néo-patrimoniauxa énoncé des
traitscaractéristiquesdufonctionnementdes systèmes politiquesde ces pays
nouvellement indépendants.Ilest permisde convenir que cettethéories'applique àla
plupartdes régimesdes paysd’Afrique auxlendemainsdes indépendances,malgréleur
naissance àpartirdes systèmesdémocratiques montés par les régimescoloniaux.Le
contexteinternationaldela guerre froide estfortementexplicateurdelaprégnance de
ces systèmes.Ilest possible denoterd'unepartune forte accumulationducapitalde
pouvoir politique contrastantavecla faiblesse dupouvoiréconomique etd'autrepart
une capacité demanipulationde cepouvoir par lesélites quien sontdétentrices.

L'analyse del'évolution politique duNiger offreuncadre d'étudequi permet
d'appréhender les raisons qui motivent l'avènementdes instabilitésetdes turbulences
politiquesen période démocratique, ces turbulencesétant illustrées par lesévénements
politiques qui sesuccèdentet l'interprétation qu'ilest possible de faire.Ces turbulences
politiquesconstituent lapremière clé del’explicationdelamétamorphose delasociété
nigérienne contemporaine,unemétamorphoseplutôt synonyme de démolition.Au
lendemaindeson indépendance, et parmi lesacquisdel'héritage colonial, figurelamise
en place d'un régime démocratiquelorsdelapassationdupouvoir politique auNiger.
ère
Cerégime dela IRépubliqueva connaîtreunviragevers lerègne dupartiunique
jusqu'au15 avril 1974, date àlaquelle, des officiersdel’armée,regroupésauseindu
ConseilMilitaireSuprême(CMS) réussissentuncoupd'Etat militaire etamorcentun
autrevirageversune dictaturemilitaire.Alamortdugénéral, Chef duCMSen
novembre1987, c'est leChef d'EtatMajordesForcesArméesNigériennes (FAN) qui
lui succède.Aveclesouffle du ventdel'esten 1990,lerégime entameunetransition
démocratique couronnée en 1993pardesélectionsgénérales.Cesélections marquent le
e
débutdurègne dupremier présidentdémocratiquementélupourdiriger la III
République.Mais les turbulences politiqueset sociales quevatraverser lerégime

13

e
démocratique dela IIIRépubliquevont sesolder le27janvier 1996,parun second
coupd'Etat réussidel’histoire duNiger.Les militaires reviennentalorsaupouvoir.Un
générald’armée devient lenouvelhomme fortdupaysàlatête duConseildeSalut
e
National (CSN).Le général organise desélectionset se faitélirepourdiriger laIV
République.Malheureusement,le9avril 1999,leprésidentdela République est
assassinésur letarmac del'escadrillenationalepar sapropre garde.Le Chef d'Escadron
commandantd'armée auteurde ce coupd'Etatva conduireunenouvelletransitionàla
tête duConseilde RéconciliationNationale(CRN) quiva durer jusqu'au 24novembre
1999.Cette date correspond audeuxièmetourdesélections présidentielles pluralistes
e
jumeléesavecles législatives.LaVRépubliquevientdonc denaître.Elle connaîtraune
relativestabilitépendant lepremier mandatde cinqans malgrélaprégnance des
scandales politico-financiers.Ces scandalesvontdavantagemarquer lesecondmandat
avecpourconséquences, denouvelles turbulences politiques.L’effervescencesur le
front social qui s’en suit occasionnelanaissance d'unesociété civile devenue
particulièrementactive aufildutemps.L’undesderniers maillonsdela chaîne
démocratiquevientainsid’être complété.Il neresteplus qu’àtirer lesenseignementsde
l’histoirepourasseoirune gouvernance démocratiquestable,qui réponde aumieuxaux
préoccupationsdes populations.

L’analyse de cette évolutiondel’histoirepolitique contemporaine duNiger
permetdeproposeruneorganisationdescontraintes sociales,politiques, économiqueset
internationales qui pèsent sur lesacteurs politiques.Lerésultatattenduduprésent
travailderecherche estdemettre enévidenceles modulationsdusystèmesocial
nigérien pendant lesdifférents régimes qui sesont succédé, enutilisant lesgrillesde
lecturequi présentent les traitsgénérauxdes sociétés,notamment lesdiverses théories
quienrichissent le domaine delasciencepolitique.La déterminationdes margesde
manœuvre desacteursgouvernantsdanschaque épisode del'alternance des régimes qui
sesont succédé estundesfacteursexplicatifsdumodèle de gouvernance.Ces marges
demanœuvre dépendentàla foisdelanature ducontexteinterne, ducontexte externe et
ducaractèrepropre à cesacteursgouvernants.

En situant son intérêtdans lalogique dela dénonciationd’unesociété
nigérienne endémolition,laproblématiquetraitée dansce documentatraità
l'élaborationd'unethéorie delastabilité des régimesdémocratiques.Pour lesbesoinsde
formuler l'énoncé de cettethéorie,ilest importantdenoter quela garantieinitiale dela
stabilité des régimesappelésàsesuccéder nepeut provenird’abordque d'uneplus
grandeproximité dela gouvernance aveclesaspirations populaires, ensuite de
l'équilibre desforces quianiment lascènenationale, avant touteintégrationde
l'influence desfacteursexternes,sans pourautant négliger leur impact.Lapositionde
ces paramètresdans lemodèle global tientdufait quelesacteurs politiqueset sociaux
n'ont pasde grandeinfluencesurcesfacteursexternesautreque delesaccepter oules
refuser.Cepositionnementdesacteurs internesvis-à-visdes normesexternes
dominantesestd'autant plus important qu'onassiste àune certaine"occidentalisation
forcée"des normesetdescomportements,qui nesont pas immédiatementconformes
aux valeurs interneset que beaucoupd'acteurs tententdereproduire encommettant
l'erreurdelasimplerecopie.Les théoriesdel’Etatfaible énoncentdiversaspectsdes
multiplescarencesdel’Etat,principalementdans les paysémergeants où
l’universalisationforcée dumodèleoccidentalasouvent provoqué descatastrophes.

14

Trois principauxfacteursvont servirde basepour le besoinde développer la
théorie delastabilité des régimesdémocratiques, c’est-à-direla certitudeou
l’incertitude delaprobabilité d’unchangementhorscadre démocratique. Lepremier
facteurconcernele contextenational,le deuxième,le contexteinternational oule
rapportdesacteurs politiquesgouvernantsavecles puissanceséconomiqueset
politiquesdominantes, etenfin letroisième facteuratraitàlanature desacteurs
dirigeantseux-mêmes,pourcequi paraîtdeleur propre comportement.

L'édificationdumodèle destabilitépolitique commeobjectif duprésent travail
nécessite deprendre encomptetrois principauxfacteurs,quiconcourentàla définition
delastabilité, encesens qu'il s'agira de définiretd'analyserdes paramètresde
déterminationdudegré destabilité, c’est-à-direla certitudeoul’incertitude dela
probabilité d’unchangementhorscadre démocratique. Cesfacteurscouvrentd’abordle
contextenationalavecle fonctionnementdel’armée, avecle comportementdesacteurs
sociauxetavecla configurationdesacteurs politiques. Ilscouvrentégalement le
contexteinternationalen servantderefletdelanature des rapportsdesgouvernantsavec
les puissances mondiales. Cesfacteurs quidéterminent lastabilité couvrentaussi le
refletdelanature desdirigeantsetvont permettre deprocéderàleurclassification. La
combinaisond’une catégorie d’acteuravecun type de contextenationalet international
peutfaciliter la déterminationdudegré de certitudeoud'incertitude delaprobabilité
d’unchangementhorscadre démocratique.

Lapremièrepartie duprésentdocumentestconsacrée àla constructiond’une
dissertation quifixele cadrepolitique d’initialisationdesaspectsdela gouvernance
abordés. La deuxièmepartie donnel'historique des régimes politiquesduNigerdela
période des indépendances jusqu’ausouffle du ventdémocratiquevenantdel’est.Une
présentationdesfaits politiques marquantsestfaitesous leprincipe desdiscussions
analytiquesaprèschaqueprésentation.Latroisièmepartie estconsacrée àl’historique et
àl'analyse delasuccessiondesévénements politiques qui ont marquéles régimesdela
période démocratique, dela conférencenationale ànos jours.Cettepartiemeten
exerguelesenseignements qu’ilest possible detirerdesépisodesdemontée des
tensionsenutilisant letripletcontexteinterne - contexte externe-caractéristique des
acteursgouvernants. Il s’agitd’une approcheproposée etutilisée dans lesensd’élaborer
lamétaphore de «l’équationdestabilisation» des régimes. Laquatrième etdernière
partie comportelesdifférents modèles proposésenguise de contributionàl’évolution
delasociéténigérienne, ainsi qu’àlaprise de conscience desdifférentsenjeuxpar les
acteurs politiques quiaspirentàla gouverner.La démolitiondelasociétén’estdoncpas
un processus irréversible.C’est pourquoi, cettepartieintègreun modèle dela
gouvernancesociale,un modèlepolitique,un modèle del’armée, de développement
économique etde développementducadreurbain.

15

Premièrepartie : Dissertations

ChapitreI. Problématique dela Gouvernance et
Notionde Pouvoir

Les reformulations récurrentesdel'expressiondémocratique auNigerdepuis
sonavènementen 1990, en tant quematière d'analyse,permetdesaisir les variables
indépendantes quiexpliquent l'évolutiondes tensions,le blocagepolitiquequi survient
et leschangementshorscadre démocratiquequi onteu lieu.Les tensions proviennentde
plusieurs ordres.Elles relèventen partie del'ordresocialavecunesociété civilequi s'est
émancipée aufildesévénements;elles relèventaussidel'ordremilitaire avec des
mutineriesetdes rebellions récurrentes;elles relèventdel'ordrepolitique avecune
aspirationdesacteursàunenocivitéréciproque, accompagnée d'une aspirationà
perpétuer un règne hégémonique;etenfinelles relèventdel'ordreinternational qui
s'imposesans yêtreinvité, de façonconstante dans touscesdomaines.Les tensions qui
caractérisentcesdomaines traduisent laproblématique dela"gouvernabilité"dela
sociéténigérienne en particulier,sachant que de façongénérale,le conceptde
"gouvernance"apparudans lesannées 70fait référence auxproblèmesdela
« gouvernabilité » des sociétés modernes.Le corps social nigérienestcertesatomisé, et
l'ouverture dumonde admetuneproliférationdes réseauxquifacilitent l'émancipation
descitoyensd’une allégeance exclusive aupouvoir,mais lepasdelarésistance accrue à
toute forme d’autoritén'est pasencore franchi,uneorganisation politique et sociale
efficacepeut permettre detourner le dosàl’anarchie.

Unesynthèse dela formalisationdes typesderapportsentrel’Etatet lasociété
etdes modesde coordination qui rendent possiblel’action publiquepermetdemieux
saisir laproblématique dela gouvernance.Le constatdela crisequetraversel'action
publique conduitepar lesautorités politiquesest perceptible commeune caractéristique
dumonde contemporain.La crise est liée àla difficultésanscesse croissante de
concilier lamultiplicité des intérêts privés qui sereconnaissentdemoinsen moinsdans
un«intérêtgénéral».La difficulté de définircequ'estcet intérêtgénéral lerend
insaisissable et mythique etexpliquela distancequemettent lescitoyensavec ce
concept,une distancequiévolue en s'agrandissant.L'agrandissementestaccentuépar le
comportementdesacteurs politiques qui n'hésitent pasàseservirdufloupour justifier
l'injustifiable,ouposerdesactes qui ne coïncident pasaveclesattentesdes populations.
Lesacteurs politiques nigériens nesont pasencore austade delajustification
scientifique deleurchoixpour l'imposerauxcitoyens, cettepratique admetdéjàses
limitesdans les paysavancés.

19

Le réflexe facile des justifications liéesà desengagements internationauxestapparuà
e
l'époque actuelle durègne delaVRépublique.Laloidesfinances rectificative de
2004-2005 a été associéepar lesgouvernantsàun impératifqui n'apas rassuréses
propresauteursà fortiori lepeuple,notamment l’impératif dese conformeraux
directivesdel'UEMOA(UnionEconomique etMonétaireOuest-Africaine).Le bon
sens minimalcommande demesurerunetellejustificationface àunepréoccupationdu
peuple en pleine famine,qui luttenon pas pour obtenirunbien-être complémentaire,
mais pour satisfairele besoinélémentaire detout individu.Dans le casd'unetelle
équation, cellequiassocielasatisfactiondesdirectivesexterneset lasatisfactiondes
besoinsélémentairesdes populations,qu'estcequi logiquementdoitêtre érigé en
"priorité absolue"de façon rationnelle : créerdesconditions qui permettentd'arriverà
assurer leminimumvitaldes populations ouprocéder purementàlanégationd'unetelle
aspirationetasseoirune gestionauprofitducapitald'ungroupequi setrouve à
l'extérieurduterritoirequi lesa élus ?La gouvernance aumoyendes politiques
publiquesattendues par les populationsest-elleunaspect prisencompteparcesacteurs
politiques oupréfèrent ilsasseoircette gouvernance dans l’optique desatisfaireun
groupe extérieur pasforcémentcompatissantàl'égard desvariablesdel'équation ?
L'observationattribue à cesacteursun penchant pour imposeren silence deschoixqu'ils
appréhendent préalablementcomme difficilementacceptables par lescitoyens.Et
lorsquelescitoyensdécouvrent lasupercherie, cesont les suppôts traditionnelsdu
régimequi sont mobilisésavecunelangue de boisàtoute épreuve.Ilyapourtantun
référentiel qui indiquel'écartentrelesaspirationsdescitoyenset lesactes posés par les
acteurs politiques.Le bon sens suffit quelquefois pour permettre de déceler l'écart.Mais
detoute évidence,ilyalieudenepas sous-estimer la faculté descitoyensdejugerdu
bien-fondé d'une actionetde cequ'elle est susceptible d'améliorerdeleur quotidien.

S e c1 .t i o nL a
gou ver nanc e

p r oblémat i que

d e

la

Laproblématique dela gouvernance estdavantage accentuéelorsquele besoin
de définir la « bonne gouvernance » estapparu,qui traduitune certaineinadaptationdes
Etatsface auxnouveauxdéfisdel’interdépendance.Lenouveauconcept posele
problème del'agrégationdes intérêts particuliers, dans lesensd'asseoirunemeilleure
régulationentrelanécessité derésoudrela crise delareprésentativité et lanécessitéqui
impose denégocieravec des particuliers représentantdes intérêts privés.La
territorialisationdel'action publiqueparticipe à cette dynamique dela"bonne
gouvernance", dufaitdelanécessité d'attribueruneréelle autonomie à des
démembrementsduterritoiretouten imprimantune direction qui laisse àl'Etat son rôle
d'arbitre(J.J.Roche,Théorie des relations internationales).

Dans lasynthèse élaboréeparRoche(2005,p.249),leproblème dela crise de
l’Etatet les multiples tentativesderéforme del’actiongouvernementalepeuventêtre
résumés par la conjonctiondequatrephénomènes:
Incapacité àmettre envigueur laréglementationexistante(implementation problem),
Refusdesgroupesdereconnaîtrelalégitimité dela bureaucratietropéloignée du
quotidien (motivation problem),
Mauvaise affectationdes moyensenvue d’atteindre desfins jugées souhaitables
(knowledgeproblem),

20

Inadaptation
problem).

croissante

des

instruments

classiques

d’intervention

(governability

Une autre facette delaproblématique dela gouvernance accentuela crise de
l'Etat, celle delanature desacteurs politiquesàl'initiative desquels lesactesdel'Etat
portent lesgermesdes problèmesci-dessusénumérés.Ilest toutaussi importantde
s'intéresserauxacteurs politiquesetàleur morale, àleurcapacité àtenirdes
engagements, àleurcapacité àinstallerun système de gestion transparentdénudé
d'hypocrisie dans leurs rapportsavecla chosepublique.Ilestutile dese demander
pourquoifaut-il que desacteurscivils organisentdes manifestations pour quelesacteurs
politiquesconsententàlesécouter ouàtenircompte deleur revendication.Etdansce
jeudenégociation qui s'instaure,lespectacle donneuneimpression paradoxale d'un rôle
inversé, c'est-à-direquelesacteursciviles seretrouventà défendrel'intérêtgénéral
tandis quelesacteurs politiques selimitentà des intérêts particuliers, ceuxdeleur
groupeoules intérêts liésàleursbesoinsdeperpétuer leurdomination.Dansun tel
contexte,lanature humaine desdirigeants joueun rôleimportant.Ilest légitime de
vérifieren pratique,si réellement les instruments qui organisent l'accèsàlamagistrature
suprême,intègrentdes mécanismes qui permettentd'éviter qu'unacteuràmoralité
«néo-nazi»parexempleprennelepouvoir, et quemêmes'il ne commet pasautantde
mal queses prédécesseurs,quelepouvoir seretrouve detoute façoncorrompudans sa
nature,quelemal soitfaitavant qu'il soitarrêté,oupar letemps oupar leshommes ou
lesdeux.En réponse àl’améliorationduchoixdesacteursgouvernants,ilestdetoute
évidenceimportantde définirdes traitsde classificationdesacteurs politiqueset
d'établirun système devaleurs sur la base d'uncorpsd'hypothèses relativesàleur
capacité à gouverner.Pourcela,ilest possible deprocéderàl'observationdeleur
comportement,l'observationdevant permettre devérifier le corpsd'hypothèse.Ilest
attendude chaque acteur,qu'ildéfinissesaplace dans lasociété, dans l’histoire etdans
lesystème devaleursenfonctiondeson propre comportement.La gouvernance est liée
àl'exercice du pouvoir.Pourcomprendrelanécessité derépondreparadaptationaux
tensions qui surviennent,ilfaut non seulementcapitaliser lesacquisdel'histoire
récente,maisaussicomprendre cequ'est lanotiondepouvoirelle-même,savoirce
qu'elleimplique et les responsabilités qui reposent sur lesacteurs investisde cettetâche,
lorsqu'ils sontélusgouvernants.

S e ct i o n2.
p ou vo i r

Di s ser tat i o n

sur

la

n o t i o n

d e

Lescrises sont inséparablesdu quotidien individueletcollectif.Elles peuvent
êtreplus ou moinsaccentuéesenfonctiondescirconstancesetdu temps.Ilestattendu
du pouvoir qu'il permette delesatténuer.Balandieradmetà cetitreque «lepouvoirest
identifiépar sa capacité àproduire deseffets,par lui-même,sur les personneset sur les
choses».Les réactionsdesacteursétatiques prennentformelorsqu'ils initientdes règles
etdes lois pourfaire face auxresponsabilités queleur incombela gouvernance del'Etat.
Cependant, «Il n'existe aucunesociétéoùles règles soientautomatiquement
respectées»(Mair, 1962).Ainsi, «toutesociéténe connaît que deséquilibres
approximatifsetdoncvulnérables:lepouvoirapourfonctiondela défendre contreses
propres imperfections, delamaintenirenétat"».La compétitiondans lesens
d’améliorerces imperfectionsestunepratiqueuniverselleinteret intrapeuples.

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La compétitionest un principesocial qui se doitd’êtrerégulépouréviter
l’anarchie etfairetendrelasociétévers unfonctionnement plus rationnel,plus
acceptable del’entendementdeses membres.Lepouvoiralaresponsabilité d'asseoir
des mécanismes qui participentaucontrôle dela compétition.« Lorsqueles rapports
sociaux gagnentenextension,une compétitioncroissanteinterviententreles individus
etentrelesgroupes,lepouvoirest un moyendela contenirenfonctiondel'ordre
prévalent»(Balandier,Traité de Sciences Politiques,p.313).La gouvernancen'est
doncpasdenaturelinéaire, elles'adapte auxcontraintes imposées par letemps,
notammentdes tensions qui surviennentaufildel'évolutiondelasociété.Cependant,si
la gouvernancenepeutêtre dissociée des tensions quicaractérisent lasociété,
l'évolutionde ces tensions peutatteindreun seuil tel quelepouvoir seretrouve en
situationextrême.Les mécanismesderéponsequiexistent sont progressivement
améliorésaufuretàmesure dela détectionde ces imperfections.C'est pourquoi,ilest
utile deprocéderàune analyse approfondie des tensions qui ontaccompagné
l'avènementdémocratique auNiger,notammentcelles qui ont porté descoupsd'arrêtà
ceprocessusaupointdele dénaturaliseret le fairetendrevers lapratique d’unéternel
recommencement.

Lasynthèse desénoncés précédentsdes principesdupouvoir parBalandier
ramène àlaliaisonentre ces trois principes quel'auteur stipule,laquelleliaison permet
desaisir lepouvoiren tant queproducteurd'effetsd'ordre.Ces trois principes liésentre
euxsont,la capacité dupouvoiràproduire deseffets,sa fonctionde défense dela
société contreses propres imperfectionset sa fonctionde contentiondela compétition
croissante entreles individus.L'existence detoutesociété est indissociable de
l'existence dupouvoir, et l'étude detoutesociétépermetd'identifier lesformes que
prendlepouvoir.Lepouvoir« est présenten toutesociétésousdesformes multipleset
variables,parcequ'il résulte delanécessité deluttercontrel'entropiequi lamenace de
désordre »(Balandier, 1967).Le déséquilibre desconditions socialesdes individus qui
composent lasociété, demêmequele déséquilibre des rapportsentre ces individus sont
desdonnées intrinsèques qui marquentcettesociété.Cette caractéristique est résumée
par l'auteuren stipulant qu'«unesociétéoùles relations réciproquesentreles individus
et lesgroupes seraient parfaitementéquilibrées, élimineraient toute coupureinégalitaire
et toutantagonisme,paraîtêtreunesociétéimpossible.Lepouvoir serenforce avec
l'accentuationdes inégalités,qui sont la conditiondesamanifestation».Lesacteurs
gouvernants sontdoncplacésdevantuneresponsabilitésupplémentaire, cellequi
consiste à assurer lerègne del'équité entrelescomposantesdelapopulation,le cas
échéant, c'est qu'ils ont optépour lemoindre effort, c'est-à-direqu'àlaplace delalutte
contreles inégalitésdéjà existantes,ilschoisissentdeles perpétuer oudelesaccentuer
enfondant leur règnesur la division quifacilitela domination.Pour lesbesoinsdela
classificationdesacteurs qui ontgouvernéles régimes qui sesont succédé auNiger,il
estattendudugouvernant qui perpétueson règne de façon synchrone auxaspirationsde
sasociété,qu'ilchoisisse deluttercontrele déséquilibre àtraversdes politiques
publiquesentenduescommetelles, et nondel'accentuer par le choixdéfaillantdela
facilitéouen perpétuant lavieillerègle desempires quiconsiste à accentuer la division
par l'accentuationdudéséquilibrepour satisfaireson objectifpersonnel, celuiderégner
enversetcontretout.Le choixdesynchroniser la gouvernance del’Etatauxattentesdes
populations requiertuncouragequi n'est pasuniformément partagé et qui n'est pas
permisàtous.Le choixdelasynchronisationestd'autant plus important quela
segmentationestuneréalitépropre àlasociété et la dynamiqueunitaireunenécessité

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existentielle.Lasegmentationfait référence àlamultitude d'ethnies, detribus, de
communautés quicomposent nos sociétéset qui l'enrichissent.Elle fait référence àla
catégorisation pargenre aveclapanacée actuelle delutte contre «lesdiscriminations
faitesauxfemmes».Lasociété est segmentéepar l'âge descitoyenset larichesse dela
sociéténigérienne est quelatraditionest restée à ceteffet invariante.Eneffet, demême
que dans lesautres paysd'Afrique,latraditionauNigerapporte danscettesegmentation
par l’âge,un principe d'instaurationetdemaintientdel'ordre :lerespectestdûauplus
âgé etconstitueuneobligation.Plus l'individuprend del'âge et respecte cetâge,plus il
accède auxhauts rangsdel'estime etdeprivilèges que doivent nécessairement lui
accorder les moinsâgés.Lesdimensionsdelasegmentation sociale apparaissentdans
demultiples penséesde Balandier: «toutesociété est "segmentée". Saréalitérévèle des
sociétésdans lasociété,inégalesetconcurrentes,liées pardes rapportsde
dominationsubordination,soumiseschacune àleur logiquepropre etàlalogique deleurs relations
mutuelles. Lepouvoirestundispositifnécessaire àlaproductiondel'effetunitaire
c’est-à-dire desapparences quifont quelasociétés'impose commeunensemble
cohérent». Leprincipe de domination-subordination quiaccompagnelasegmentation
par l’âge doitêtreperçudans sonaspect positif, encesens qu’il nes’agit pasd’une
dominationdutypemaître-esclave,maisune domination qui instaurelerespectet la
politesse. Les plus jeunes lesaccordentd’abord auxplusâgés, cesderniers leurfont
bénéficierdeleurestime en retour.Ainsi, aufildel’âge, ceuxquiavaient le devoirde
manifestercescomportementsderespectetdepolitessesevoientàleur tourattribuer le
rôle de ceuxqui les reçoiventet quiaccordent leurestime.Dans leurâge avancé,les
individus sontdépositairesd’innombrablesexpériencesetde connaissancesà
capitaliser, et leréconfortdel’âge avancé est tiré en permanence dudésirde
communiquercesacquiscapitalisésauxmoinsâgés,pour qu’àleur tour,ilsévitent
certainsdes principauxpiègesdelavie.Leprincipe delasegmentation par l’âge
apporte doncune capitalisationdesexpériences sur plusieursgénérationsetfondeune
sociétéplus robuste dans letemps,sicen’est l’étatdenature humainequi pousse à
l’oublietàlatentation.LemalienAmadouHampaté Ba disaiten substance, «en
Afrique,unvieillardqui meurtestune bibliothèquequibrûlee »,tcertainementàsa
mort, c’estune bibliothèquequia brûlé.

En plusdesexemplesde critèresdesegmentationdéjà énoncés,ilest important
despécifier quelasociététraditionnellenigérienne est structurée hiérarchiquementet
comporte en son sein, deschefferiesetdes royautés traditionnelles quela colonisation
n'apaseffacé, et quiavaient pourfonctionde gouverner les sociétéset les
communautés.Dans lalogique de cette gouvernance,pourfaire face àlasegmentation
delasociététraditionnelle, cesgouvernants ont instauré des règles quiétablissent l'ordre
hiérarchiquesocialetveillentàlesfairerespecter. "A chacune des menacesfatales,les
sociétésdelatradition opposentdes réponses.Dans lepremiercas, apparaît la
reconnaissance d'une fonctiondudésordre ausein même del'ordre.Ilfautfairelapart
dufeuen lelibérantafindemieuxlesoumettre;d'opérer satransformation positive"
(Balandier,Traité de Sciences Politiques,p.329).Si la gouvernancetraditionnelle
possède desacquis qui ont perpétuéla cohésionentrelescommunautés,ilestattendude
la gouvernancemodernequ'ellepuisseles reproduire,siellenepeut pas les renforcer.
L'acteurélugouvernantasur lui,la charge d'unetelleresponsabilité.

Lapratique dela gouvernance enseigne à ceuxqui ontchoisi la compétition
pour l'exercer,lasagesse dese conformeràl'évolution instable desconditionsde
l'exercice dupouvoir.L'évolution n'est pas linéaire, aucontraire, elle donnel'image

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d'une courbesinusoïdale avec des pentes parfois raidesetbrutales matérialisées pardes
crisesde diversesformes oudes situationsd'urgence,qui mettent lesgouvernantsà
l'épreuve d'un pouvoir sous pressionextrême.Dans la compétition pour obtenir la
gouvernance del'Etat,les individus sontamenésà déployerdes stratégies.Ces
stratégiesdoivent normalement refléter une certainesouplesse et permettre en un sens
d’améliorer leurcapacité d'adaptation quantauxépreuves qu'ilsdoiventfranchir.Ces
épreuvesconstituent toutaussi lerefletd’une évolution sinusoïdale.Lesaspirantsàla
gouvernancela considèrentcomme étant lamatérialisationd’unbonheurdufaitdurôle
social qu’elleimplique etdupiédestal sur lequelelleinstalle celui quiacquiert lerôle de
gouverner.Commetel,la gouvernancesoumet sesaspirantsàlanécessité des'éloigner
detoutaveuglement traduit par l'obsessiond'avoir trouvéleseulchemin possiblequi les
mène à elle, et qui, de ce fait,lesempêche des'adapteràla courbesinusoïdale.La
bienveillanceleur impose des'abaisserdevant l'aspiration populaire et nonde chercherà
imposerauxcitoyensdeschoixincompatiblesauxloiset règlements,incompatiblesaux
entendementsdescitoyens.La bienveillanceimpose égalementauxcandidatsàla
gouvernance del’Etatdeseretirer momentanémentdelascènes'il le faut pour
éventuellement mieuxpréparer leur retour.La capacité d'adaptationde chaqueindividu
estévoquée de façonexpliciteparJérémie Bentham lorsqu’ilaffirmeque «l'individu
cherche avant tout son profit personneldans ses relationsà autrui.Placésous l'empire
duplaisiretdelasouffrance,l'homme cherche à augmenter l'unetà éviter l'autre, cequi
le conduità adopterunestratégiequi l'inciteparfoisà différerunbonheur immédiat
pour s'enassurerunautreplus importantàplus longterme ».Larelationdesaspirantsà
la gouvernance avecles moyensd'accèsà cette gouvernancenécessite d'êtresymbolisée
parune conduite àperpétuelle adaptation,unerelation qui normalement nelaissepasde
place àlarigidité.Il importe denoter quel'avènementdelamultiplicité departis
politiques n'ayant qu'uneprésencesymboliquesur l'échiquier traduit l'absence
d'appropriation par lesacteurs qui lesdirigent, duprincipe de différenciationd'un intérêt
immédiatenattendantunautreplus important.Cesacteurs politiques,quenousclassons
dans la catégorie desacteursde"bandwagoning" oude"complémentd'effectif" ou
encore de"satellite",inaugurent lapratique du"mercantilismepolitique".Etant pour la
plupart présent pour la distributiondes postes offertsàl'occupationdeleur parti,les
leaders les plus respectueuxdeleurbureaupolitiqueréunissent leurscompagnons pour
avaliser leur nominationauposteoffert,tandis que,les pluségoïstes nemettenten place
aucune consultation.Il leur suffitjuste de fairesemblant, «faireun tour», «boireun
café » et revenir pour répondre auxdistributeursdes postes qu'endehorsd'eux-mêmes,
il n'yapasd'autrescandidats,insistant mêmepour queletemps nesoit pas perdu.Le
comportementde"mercantilismepolitique" sesitue àlapositionextrême dans
l’occupationdes postes politiques.Il sesitue àl'opposé d’unautre comportementà
l’autre extrémité, celuidel'acteur obstiné dans la conquête d'un postepolitique.Parmi
cesacteurs, apparaissentceuxqui n’ont jamais postulé àun poste de députation,leur
objectif étant lamagistraturesuprême, et ilenfautdel’endurancepouryparvenir.Le
pouvoir imposesesépreuvesà celui quichoisitdele conquérir.Le casest illustré en
1995lorsquele MNSDobtint pardeuxfoisavecsesalliés lamajorité àl'Assemblée
nationale et queleprésidentduparti qui n'apas postulé àun poste de députation, décide
delaisser la Primature àsonSecrétaire général.Son objectif était la Présidence dela
République,n’est-il pas opportundese demander pour quel projet ?Latradition
musulmane énoncequelorsqu’unacteurdemande à avoir lepouvoir, c’est qu’ila des
motivationsetdes intérêts qui lui sont propres,peuimporteleurcompatibilité avec ceux
delasociété.Unetelle gouvernancenerisque-t-elle pasimmanquablementde dévier
des normes musulmanes selon lesquelles,un individune doit pasdemanderà avoir le

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pouvoir,lesautres peuvent se faireundevoirdelesolliciter.Paradoxalement,lasagesse
tientdanscetexempleillustratif, du rôle effacé del’acteurdans l’exercice dela
gouvernance del’Etat lorsdu premier mandat qui luia été accordé.Unfacteurexplicatif
del’atténuationbien plus tard de cettesagesse est lié àlanature dela gouvernance
ellemême, dufait qu’elleimposeson tempsd’adaptation.En réalité,il n’yaque Dieu qui
sachevéritablementcequepeuventêtreles réelles motivationsdetout individu.

Malgrél'opportunitéoffertepar la Constitution, cellequiautoriseles
candidatures indépendantes, et malgré aussi lesacquis positifsdel'expérience béninoise
et malienne àtravers lesquels, desacteurs ontété élusgouvernants sans lepassagerituel
àun militantismepolitique au seind'unestructure,leprocessusd’accèsàla
gouvernance auNigerestencore au stadeprimaire enattendant sonévolution.Il reste
dominépar lepassage àtravers leprocessusd’acquisitiondela cautiondes partis
politiques.L'accèsàla directiondes partis politiquesauNigerest plusferméqu'ouverte,
ces structuresétantdes organes qui permettentàleurdirigeantdeperpétuer leur
domination.Les interactionsentrelesacteurs quicomposentces partis offrent uncadre
d'analysepolitique enrichissantet révèlentdéjàlevisage desacteurs quiaspirentàla
gouvernance del'Etat.Les partis politiques offrentun refletdel'intensité dupouvoir
exercépar leurs leaders sur leurscompagnons, et lesdéductions qu'ilest possible de
fairesur leurcapacité à gouverner.Philippe Braud admet que «larelationdepouvoir,
commeinteractionentreindividus,serévèle ainsifortement liée àl'existenceinitiale
d'intérêtscontradictoires ou, dumoins, divergents.Mais plus larelationdepouvoircroit
en intensité etenefficience,pluselletend àsupprimer le conflit:soit superficiellement
en lui ôtant toutevisibilité,soit très profondément, en opérantun remodelageradicaldes
intérêtsdesassujettis oudelareprésentation qu'ils s'enfont.Le consensusdevientalors
lestigmate d'unerelationdepouvoir totalitaire ».L'échiquier politiquerévèle des
leadersdont le comportementestceluidel'acteuren luttepermanente contreson propre
camp,occasionnant par là,le départ récurrentdes membres influentsdeson parti, et que
mêmel'affaiblissementduparti neparvient pasà faireprendre conscience dela dérive
d'un telcomportement.Un telacteuradmetdifficilement l'émergence d'unautre acteurà
sescôtés, bien qu'il soit plus judicieuxdepar lalogiqueprogressiste, denepasétouffer
lesacteurs quidébordentdevolonté detravail.Cesvolontés nesont pas
systématiquementadverses oupotentiellementadversesauleader,sicommeleveut la
démocratie,leprincipe derotationestappliqué chacunàson temps,saufsi leleader
aspire aurègne de"l'illimité" sur son parti.Ilyaplusà gagnerencompétitivitépar la
créationd'uncadre commundans lequel lesacteursapportent les preuvesdeleur
compétence,tandis queleleaderutilise cetravail pour réaliser l'objectif assigné auparti
dont il seralepremierbénéficiaire.

L'exercice dupouvoiren tant qu'attrait pour les individusestenjolivé àla fois
par lescérémoniesdemanifestationdeseseffets,toutcommepar lapossibilitéofferte à
l'acteurgouvernantde disposerd'un pouvoird'injonction sur sesassujettis.Philippe
Braud admet que «l'injonction pourraitêtreprovisoirementdéfinie commela
manifestationdelavolonté d'unacteurA,opéréeselon les modalités telles qu'elle
constituela condition nécessaire et suffisante ducomportementdel'acteurB ».
L'exercice dupouvoirestégalementenjolivépar l'exercice dela dominationdesacteurs
gouvernants,une domination liée àla distribution inégale des ressources (bases)de
pouvoir prévalantdansunesociété déterminée.Ces ressources sontde3catégories:les
bienset services matériels,lesbiens symboliques,la force. (Braud,Traité de Sciences
Politiques,p.348).

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Cependant, dans les rapportsdesollicitationd'appuientrelesacteurs politiques
pour la créationdesalliancesélectorales oudela gouvernance del’Etat,l'injonction
cèdelaplace àl'influence.L'auteurdéfinit l'influence «àla différence dupouvoir
d'injonction», comme étant«intrinsèquementun pouvoirdeséduction qui suppose
chezl'assujetti,laperception subjective d'unavantagepositif àsubir l'influence ».La
règlequiconsacrelaperceptiondel'avantagepositif àsubir l'influence est la clé de
l'explicationdelaproliférationdes partisde"complémentd'effectif"etdu
comportementdesacteurs politiques qui lesdirigent.L'auteurétendla définition
précédente del'influence en spécifiant les troisformes qu'ellerevêt, àsavoir,la
persuasion,lamanipulationet l'autorité.

« Lapersuasion supposeune démarchepositive et nonclandestine, de A auprès
de B,pour le convaincrequeses intérêts sontailleurs quelàoùil le croyait, dufaitde
son ignorance, d'informations insuffisantes ouerronées.Lapremière forme de
persuasion reposesurunetentative d'élucidationaccrue grâce àuneinformation ouverte
ethonnête donnée directement ouindirectement.Laseconde forme depersuasion
impliquenon pasune élucidation maisunereconstruction ou undéplacementdes
intérêts réelsde B grâce àun nouvelélément:lapromesse derécompense ».Cette
forme d'influence est surtout perceptible dans les rapportsentrelesgrands partisde
l'échiquier politiqueoùrègneuncertain respectdel'adversairepolitique.Un tel
comportementdes leaders politiques nigériensest motivépar le fait qu'aucun parti ne
peut logiquement prétendre gouverner seul oudisposerd'unemajorité àla chambre des
représentants sans passer parune alliance.« Lamanipulation:lepremierélément
constitutif de cetterelationd'influence est l'ignorance dumanipulévis-à-visdel'action
du manipulateur qui l'a amené à"faire cequ'autrement il n'aurait pasfait".Lesecond
critère constitutif est l'interventiondélibérée du manipulateur».Lamanipulationest une
forme d'influencequi ressortdans les rapportsentrelesgrands partiset les partisde
"complémentd'effectif".Lespectacle desélections montre desaffrontements internes
dansces partis sur la base d'unesubdivisionen "aile dugrandpartiX", affrontements
dans lesquels lesdéclarationsdesbelligérants serésumentà apporterdes soutiensàun
leaderdel'undesgrands partis.

« L'autorité : fondéesur le charismepersonnel, fondéesur la compétence,
fondéesur lalégitimité ».L'autorité est une forme d'influencequiapparaît surtoutdans
les rapportsentrel'acteurélugouvernantet les partis politiques.Larègle démocratique
admet uncaractère déséquilibrélorsqu'ellestipulequ'unacteur soutenu par un parti
politique arrive au pouvoiret semetau-dessusdes partis politiques,sachant queson
particonstitueson principal soutien pourexercer sa gouvernance,notammentau niveau
del'Assembléenationalepourfairevoter le budget ou les loisdel'exécutif.Le caractère
déséquilibré apparaîtaussidufaitdel'existence d'uneoppositionau pouvoir politique
rassemblée autourdes partis politiques, et quele gouvernantestcensétraiterau même
titrequeleparti qui lui permetd'exercer son pouvoir.Larègle estformulée,son respect
netient que del'apparence,ou pourcertains pointsconformesàl'applicationdelaloi.
e
Cependant,laVRépubliqueoffreune expressiondel'autoritéliée aucharisme du
gouvernantetau respect qu'ilaréussiàimposerauxautresacteurs politiques. Son
retraitdelascène duspectaclepolitique,la créationduConseil NationaldeDialogue
Politique et lesaudiencesfréquentes qu'ilaccorde auleaderdel'opposition politique
sontdes mécanismes qui participentaurenforcementdeson influence etdesonautorité.
Lereversde cettepratiqueimpliquequ’ellesoit source d’instabilitépolitique, dufait
quel’équilibresupposequelescharismesdugouvernantetceluidel’opposant se

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neutralisent. Si l’un s’obligevolontairementà être en phase avecl’autresur tous les
points,il ya déséquilibre et manquementau rôle constructivistequiémane
normalementde conceptionscontradictoiresetde critiquesconstructives.

L'exercice du pouvoirestenjolivépar l'usagepossible dela forcequiest offert
auxacteursgouvernants.Ilenestunacteur quiconfessesa fascination pour l'exercice
dupouvoiràtravers son rôle etceluidesesadministrés, c'est-à-direqu'il leurdise de
faire et qu'ilsfassent,qu'il leurdise d'arrêteret qu'ilsarrêtent. Dans lesdeuxcas, c'est
lui quidécide et lesautres obéissent,peuimportequel'obéissancesoitfondéesur la
crainte del'usagepossible dela force. L'exercice dupouvoirduprécédent
e
GouvernementdelaVRépubliques'est traduit plus par leréflexe d'unusage abusif de
la force face auxrevendications sociales,par larépressiondes manifestationset par
l'emprisonnement.Ilestutile de conveniravec MaxWeber qui rappelle dans son
analyse des phénomènes juridiques«qu'ilexiste des moyensde coercition nonviolents
quiagissentavecunepuissance égale,voire,selon lescas,supérieure à celle des
moyensde force ».L'économie des répressionsetdesemprisonnementsauraient permis
d'assurerunemeilleurestabilité del'exercice dupouvoir,puisqueleurusagen'apas
donnéles résultatsescomptés,lesdifférentsacteursfinissent toujoursautourd'unetable
denégociation.Ilestattendudupouvoir,qu’ildéveloppesapropre habilité dans les
négociations,sansusage explicite des moyensde coercition,puisque dans l'entendement
detous lesacteurs, ces moyensde coercitionexistentet ont le caractèreinconscientde
peserd'eux-mêmesdanscemécanisme d'échangepour obliger lesacteursà arriveràun
compromis.

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