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Le président Ahmed Sékou Touré, ma femme et moi

De
214 pages
Voici un témoignage né d'un devoir citoyen et patriotique: en effet, l'auteur est considéré tantôt comme une victime miraculée du régime Sékou Touré, tantôt comme un jeune téméraire qui a tenu tête au président. A travers quelques événements, l'auteur souhaite permettre de mieux connaître l'homme Ahmed Sékou Touré dans ses dimensions sociale, humaine et politique, même si le principal artisan de l'indépendance nationale a suscité et suscite encore des prises de position contradictoires entre ses admirateurs et ses détracteurs.
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Georges Koly GUILAVOGUI

Le président Ahmed Sékou Touré,
ma femme et moi

Le président
Ahmed Sékou Touré,
ma femme et moi

Georges Koly GUILAVOGUI

Le président
Ahmed Sékou Touré,
ma femme et moi

© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-06105-4
EAN : 9782343061054

AVANT-PROPOS

En écrivant chaque ligne de ce témoignage, j’ai une
pensée profonde pour :
—Mon Père, Bossou qui m’a façonné par son exemple et sa
rigueur ;
—Ma mère, la généreuse Pévé Soghonie BEAVOGUI,
communément appelée ‘’Davily –DIA’’ (grande sœur de Davily)
—Mon oncle Kolako BEAVOGUI, grand-frère de ma mère qui
fut mon confident et mon protecteur
—Ma grande sœur Polouva qui me rappelait à chaque instant et
par chacun de ses gestes, avant sa mort en 1991, notre père ;
—Ma grande sœur Elisabeth Vanie Guilavogui domiciliée au
quartier Banizé à Macenta qui reste un de mes derniers soutiens moral
et social,
—Le Président Ahmed Sékou Touré à l’hommage duquel je veux
modestement contribuer par ce témoignage.
En l’achevant, à Macenta ma ville natale où je me suis retiré depuis
2013 pour jouir de ma retraite :
Je tiens à magnifier l’amitié dont les vertus m’ont soutenu pendant
toutes mes années difficiles ; les symboles physiques de la valeur de cette
amitié ont pour noms, notamment : Dominique Koly, Pascal Selly
Onivogui, Sékou Cissé, Mamadou Aliou Barry, Dr Alhassane
Soumah, mon jeune frère Barthélemy Guilavogui prématurément arraché à
notre affection en 2005, mon ami Florent Sivily Koivogui rappelé à
Dieu le jeudi 26 Juin 2014, ma petite sœur Jeanne Guilavogui, mon
neveu et confident du village Bossou Zoumanigui et sa petite sœur Valé
Kovi, ainsi que les membres fondateurs de l’Association des Anciens
ème
Elèves de la 4 Année, Promotion 1960 -61, du Cours Secondaire

Catholique Privé de Conakry dont la liste figure en bonne place dans le
présent ouvrage.
Je tiens à dire ma sympathie et mes sentiments quasi paternels pour
les jeunes filles et femmes qui ont créé en février 2006 sous mon
parrainage l’ONG ‘‘les Femmes aussi’’ et dont les activités nous ont permis
de tisser et consolider des rapports de confiance indéfectibles. La
présidente Madame Seck Mariame Cissoko est le symbole de la fidélité et de
la constance de nos rapports
Ma reconnaissance à toutes celles et tous ceux qui, par amitié et par
confiance m’ont suivi dans mon itinéraire politique depuis le début de la
création des partis politiques en Guinée en 1991.
Je veux aussi dédier cet ouvrage à l’épouse du Président Ahmed
Sékou TOURE Hadja Andrée, aux deux enfants du Président,
Madame Camara Aminata Touré et Mohamed Touré, ainsi qu’à tous
mes collaborateurs de 1974 à 1984 dans les directions régionales de
l’Education et de la Culture de Conakry I (Kaloum) et Conakry II
(Dixinn et Ratoma).
Mes remerciements à :
—Madame Doumbia Maïmouna Kassé, secrétaire au Cabinet du
Ministère de l’Enseignement Pré-Universitaire et de l’Education
Civique et Madame Sylla Aissata wock Camara pour leur disponibilité
dans la saisie de mon brouillon.
—Madame Sakouvogui Catherine Manimou – Administratrice
du Centre Informatique Dohmou Ecole Macenta ; elle a assumé avec
patience la correction définitive du document.
—Dominique Koly mon ami depuis 1956 qui a accepté de relire
la dernière monture ;
—L’historien et chercheur, le professeur Sidiki Kobélé KEITA
spécialiste de la vie du PDG et principalement du parcours du
Président Ahmed Sékou TOURE, qui a consacré un temps précieux à lire
l’ouvrage et donner d’utiles conseils qui ont contribué à l’améliorer ; il a
assuré avec désintéressement les contacts avec la Maison d’édition
l’HARMATTAN ;
—Madame Traoré Aminata Kaba Directrice de la bibliothèque
de l’Institut Supérieur des Sciences de l’Education de Guinée (ISSEG)
pour sa disponibilité qui a permis de faciliter mes contacts avec le
Pro

8

fesseur Sidiki Kobélé Keita dans le cadre des négociations avec la
Maison d’édition l’HARMATTAN ;
—L’ami et grand-frère Galéma GUILAVOGUI Ex-Ministre
du Président Ahmed Sékou TOURE et du Général Lansana
CONTE qui, après avoir contribué de façon déterminante à ma
carrière, suivi de près la vie de notre couple et plusieurs fois cité dans cet
ouvrage, aurait certainement accepté d’apporter une touche de plus à
l’amitié et à la confiance qui nous lient en préfaçant ce témoignage, n’eût
été une méchante hypertension qui l’a brutalement terrassé au moment
où j’écris les dernières lignes de ce témoignage à Macenta ;
—‘’Frère’’ Lamine Bolivogui, ce brillant intellectuel réservé qui,
malgré son apparente froideur et sa culture de la mesure, m’a toujours
prouvé son amitié, son affection et son estime.
—Enfin l’oncle Tolo BEAVOGUI, Professeur d’Histoire,
ancien Inspecteur d’Académie, ancien Ambassadeur, qui m’a entouré
depuis toujours d’une attention paternelle jamais démentie. Je lui dois,
comme à mon frère Galéma, une contribution déterminante à ma
formation et à mon parcoursprofessionnel.

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Macenta, le Samedi 28 Juin 2014

INTRODUCTION

A-t-on le droit de se taire, et de rester indifférent face à
une situation qui vous interpelle, sans livrer sa part de
témoignage, sa part de vérité ? La question dont il s’agit ici
n’est pas une banale affaire ; elle touche à l’essence de
l’histoire récente de notre pays, laGuinée, de l’Afrique de
l’Ouest,voire de l’Afrique entièretantleséchosetles
répercussionsde l’accession de la Guinéeà la souveraineté
nationale et des évènements qui l’ont entourée ainsi que
l’itinéraire exceptionnel de celui qui a été le principal artisan
de cette indépendanceNationale ont
suscité,suscitentencore des
prisesdepositionscontradictoiresentresesadmirateursd’unepartet sesdétracteursd’autrepart.
Les premiers pensent, croientetdéfendent que le
PrésidentAhmed SékouTOURE est un hérosà cause deson
apportconsidérable à l’Indépendance desonpays,
aucombatcontre lerégime colonial en Afrique, notammenten
Algérie, enGuinée Bissau ex-Guinée-portugaise, en Angola, et
contre l’Apartheid en Afrique du Sud, ainsi qu’à cause deson
infatigable engagement pourl’émancipation de l’Afrique,
concrétisépar son inestimable contribution en 1963à la
création de l’OUA, devenue UA cesdernièresannées.Ces
adepteslouent sa loyauté,sa constance,son intransigeance et
sonpatriotisme dansle combatdurant toutesaviepour
l’indépendance, le développementéconomique,
l’émancipation culturelle et sociale desonpaysetde l’Afrique. Son
refusde larichessepersonnelle, ainsi queson imperméabilité
à la corruptionsontdes réalités reconnuesmêmepar ses

adversaires, des qualités queretiennentetbrandissent ses
défenseurs.
A l’opposé,sesdétracteurs s’acharnentà lui collerl’image
d’un dictateur.Ils tentent par touslesmoyensde“salir“
Ahmed SékouTOURE.Ilsn’hésitent pasàtordre le couà
l’histoire, ils refusentdetenircompte des témoignagesetdes
aveuxde ceuxqui disentlavéritésurlavie etle combatde
l’Homme.Unseul exemple illustre
cetaveuglementdesdétracteurs.En effetMonsieurAlain FOKA,
journaliste“émérite“de RFI, dans son émission“Archivesd’Afrique“,
malgré l’existence desarchivesde l’OUA, ignorant
superbement,pourle casde Telli DIALLO, que l’élection à la tête
d’une Institution Internationale comme l’OUA, lesNations
Unies, leFMI et j’en passe, suppose de la part du candidat
unpremier soutien, celui desonpays, affirme que le
Président AhmedSékouTOURE, donc
leGouvernementGuinéen avait un autre candidatque ce diplomate.En écoutant
cette émission, beaucoupd’auditeurs deRFI ontété frappés
parla mauvaise foi de MonsieurAlain FOKA et par
savolonté de manipulation desévénements.
Le campdesdétracteursestminoritaire mais puissant;il
détientle monopole desmédiasetde leurmanipulation;
pour preuves, la diffusion de l’émissionsubjective d’Alain
FOKA, lesdescriptionslapidaireset
volontairementincomplètesdesdifférentsdictionnairesfrançais (Larousse, Robert,
etc.)duPrésidentAhmedSékouTOURE.Ces
recueilsconsidéréscomme
objectifs,parceque“scientifiques“démontrentleur partipris,parleursdescriptions partielleset
partialesde lavie duPrésidentetleur refusinjustifié, de
corrigerleurfaute en disant “objectivement“l’apporthistorique
de cetHomme à la lutte d’indépendance de laGuinée etde
l’Afrique, eten insérant saphoto dansleurs pages,
maisaussi,pourquoipas, en le faisantfigurer surla liste deshommes
ème
qui“ontfaitl’histoire du20 siècle“.
A laprise du pouvoir parl’Armée Guinéenne le3Avril
1984, consécutiveà la mort naturelle et paisible duPrésident
AhmedSékouTOURE,que d’ineptiesn’a-t-on entendueset

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supportées ? Que de mensonges et quelquefois d’insanités
n’a-ton pas proférés ?
Les détracteurs de l’Illustre homme croyaientatteindre
leurobjectif en le couvrantd’opprobrepour ternirainsison
image;ilscroyaientleur victoire assurée et très prochaine.
Aveuglés parleurdessein, ilsn’ontjamais regardé avec
objectivité lesleçonsde l’histoire, encore moinsles réalitésqui,
tôtou tard, mettraientleurs vaines velléitésà nu.En effet,
les prisesdeposition desNationsUnies, de l’OUA etde
touteslesautresorganisationsInternationales, de
laquasitotalité desEtatsdumonde aprèsl’agression du
22Novembre1970, les révélationscontenuesdans “lescarnets
secretsducolonialisme“, lesaveuxde l’ex-premierMinistre
français,Pierre Mesmer,surlaréalité desnombreuses
tentativesde déstabilisation de la République deGuinée etde
l’éliminationphysique du Président, les aveux deJacques
FoccartleMonsieur ‘‘Afrique’’duGénéral De Gaulleetde
Georges Pompidou, lesaveuxdu trèscourageuxet
remarquable ancien Ministre duPrésidentAhmedSékouTOURE,
MonsieurJean Faraguet TOUNKARAsurlaréalité du
complotPetitTOURE, lareconnaissanceparcertains “anti
régimeSékouTOURE“de leurimplication
danslesdifférentesactionsde déstabilisation de la République deGuinée
etnotammentde la France etdu Portugal dans l’agression
du 22Novembre1970, l’indifférencepresquetotale
desNationsUnies, de l’UA, de la CEDEAO etde la majorité des
Etatsdumonde à leursdémarchesde
dénigrementduPrésident, les pertinentesetirréfutables révélationsetanalyses
faites parle ProfesseurSidiki Kobélé KEITAdans
sesdifférentsouvrages, etc.ontcertesetde façonprofonde
ébranlé leurs velléités, maislesdétracteursn’ont pasdésarmé.
Les toutderniershuit volumesde lathèse de doctoratde
l’ancien diplomate français,MonsieurAndré LEWIN,surla
vie duPrésidentAhmedSékouTourésont venusfragiliser
encoreunpeu plusleursentreprises.Maiscelasuffit-il?Il
fautencore etencore des preuves, des prisesdeposition, des
témoignages pourque commel’Almamy Samory TOURE,

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Alpha Yaya DIALLO, Zébéla TOGBA, Koho
ONIVOGUI, Dina Salifou, Behanzin, Nelson
MANDELA, Kwamé N’KRUMAH Ahmed Sékou
TOUREsoit replacé et confirmé dans la dynamique réelle
de l’histoire de son pays, de l’Afrique et du monde.Mais
déjà, laparticipation deplusieursdizainesdeChefsd’Etatet
deGouvernementdumonde dontlevice-présidentdesUSA
etle PrésidentFélix Houphouët BOIGNYainsique de
plusde700autresdélégationsàsesfunéraillesen1984, le
silence de désapprobation desgrandes puissancesde ce
monde, desEtatsafricains, desNationsUnies, de l’UA, de la
CEDEAO, etc.face auxdémarcheset tentativesde
dénigrementduPrésident, l’Invitation deMadameAndrée
TOUREetdesenfantsduPrésident, accompagnés pourla
circonstance du professeurSidiki Kobélé KEITAparle
GouvernementSud africain en guise dereconnaissance à
celuiqui, nonseulementaccueillitNelson Mandelasurla
terre africaine deGuinée, lui donnaunpasseport, maisaussi
et surtout permitla formation militairesurlesol guinéen des
jeunesmilitantsde l’ANC, constituent, entre autres, desactes
fortsà la mémoire de cethomme.
C’estdansce cadre et pardevoircitoyen et patriotique
que jevoudraislivreret situermontémoignage.Il mesemble
-peut-être àtort,par surestimation de maposition etde
monstatut-que cetémoignage apporteraun certain
éclairage et permettra de confirmerdes positions, oude les
rectifier ;entouscas, ilserauntémoignage deplus pourenrichir
l’histoire.A mesyeux, il estimportant, d’autantque dans
plusieursmilieux,
jesuisconsidérétantôtcommeunevictime miraculée du régime SékouTOURE eten conséquence
commeprisonnier potentiel entant que complice d’un
complot,si le Présidentn’était pasmort,tantôtcommeun jeune
témérairequi atenu tête auPrésident.
Lapertinence de cetémoignage estdonc avérée.Maisil
m’a fallu presquetrente annéesderéflexion, deretenue etde
consultations pour prendre la décision de l’écrire.En effet,
exposeraugrandpublic età desmilliersde lecteurs unpan

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important, si mince soit-il, de la vie d’un Président de la
République, d’un mari etdeson ex-épousevivante etmère de
quatre enfants,poseunproblème moral et social
extrêmementdélicat.Délicat surtout quand l’ex-épousesemble être
accusée d’actesincompréhensiblesà l’encontre du père de
sesenfants.Maisilyaune hiérarchie d’éthique entre
laraisonpersonnelle, laraisonsociale etlaraison historique.La
dernière doitl’emporter quand ils’agitd’unproblème majeur
qui impose, notammentdansce casde figure, deséclairages
quipeuventcorrigerouébranlerdes
prisesdeposition.Encore maintenant,trente longuesannéesaprèsla disparition
duPrésidentAhmedSékouTOURE, jerencontre desgens
qui affirment, meprenanten exemple, la mainsurle cœur,
que cethomme futnonseulement un dictateurmaisaussiun
destructeurde foyers, emprisonnantou tuantau passage
certainsmaris.Cesaffirmationsmerappellentlesinepties
racontées surlesantennesde la Radio Nationale contre le
PrésidentAhmed SékouTOURE lesjoursqui ont suivi la
prise du pouvoir parl’ArméeGuinéenne en1984.A cette
occasion,un certain monsieurdevenuMinistre brouillon et
folklorique duGénéral LansanaCONTE, auteurde
circonstance de l’ouvrage mal écritet passé inaperçu: « Un itinéraire
sanglant», m’apostropha en ces termes: «Mon ami
Georges! jevaisaborder ton casdansl’émissleion «
téléphonevert»;il faut que le mondesache ceque lerégime de
SékouTOUREt’a fait souffrir».
— Mon cheramiSylla,si jamais tu te hasardesàparler
de moi danscette émission animéepardesingrats,
desopportunistesetdesgens sans vision historique, moi je nete
rateraipas», lui avais-jerépondu.
Une autrepersonnalitérespectable, nommée
AmbassadeurauxNations-Unies parle PrésidentLansana CONTE,
eutla gentillesse dese déplacerjusque dansmon bureaude
Dixinn(2Août) pourmeproposerdetrèsbonne foi, d’être
son conseillerd’Ambassade, cela, disait–ilpourcontribuerà
me consolerde lasouffrance dontj’auraisété l’objet sousle
régime de SékouTOURE.Je déclinaipolimentl’offre en lui

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expliquantbrièvement que le PrésidentAhmedSékou
TOURE n’était, dansmon cas,responsable dequoique ce
soit.
Cesdeuxexemples,parmitantd’autres,suffisentà
justifier,si besoin était, montémoignagepouréclairerles unset
lesautres sansaucune intention ou volonté d’accablermon
ex-épouse, mère de mesenfants.Il fautaussiprendre en
compte lesnombreusesdemandesd’amisetde citoyensqui
exigentde moiuntémoignage écritde cetépisodetourmenté
de maviequ’ilsont suivi.
Letémoignagequiva doncsuivre, livré àtravers quelques
évènementschoisis parmitantd’autres, édifiera les unsetles
autreset permettra, je lesouhaite- de connaître mieux
l’Homme Ahmed SékouTOURE dans sesdimensions
sociale, humaine et politique.
Biensûr, il m’aparuindispensable, avantd’aborderl’objet
dulivre, deretracerl’itinérairequi m’a conduitauPrésident.
Celapourmieuxéclairerla chronologie desévénementset
peut-être expliquerleursfondements.

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CHAPITREI

Mon Enfance

1. Avec ma mère
Est-il possible de comprendreun itinéraire aussisingulier
que le miensi je nerevenais pas sur une enfancetoutaussi
exceptionnelle?
Jesuisné dans une bourgade de la Préfecture de Macenta
appeléDébimai.Etantfilsdepaysan comme la majorité des
enfantsguinéensetafricainsde ma génération, l’opportunité
ne m’apasété donnée de naître dans un centre hospitalieret
d’avoirdesdocumentsfixant pourlapostérité la date de
mon arrivée aumonde.Maisle jugement supplétifque je me
suisfaitétabliraumomentd’affronteren1958 leCertificat
d’EtudesPrimairesetElémentairesetl’Examen d’Entrée en
ème
6année(Collège)mentionne l’année1945.
Jesuisle deuxième fils vivantd’une mèrequi a connu
plusieursmaternitésinfructueuses.Elle a même donné
naissance à des triplés qui n’ont pas survécu.Aprèsces triplés,
un autre garçon estnéqui n’apaseu plusde chanceque les
autres.C’est seulementaprèsle décèsde ce dernier qu’estné
mon grand-frère Davily,vers1932.
Aprèslui,un autre enfantest venu,pour, comme on le dit
dansma communauté,“tromper“ une foisdeplusma mère.
Quand jesuisné donc, ma mère n’avaitentêteque le
spectre dudésespoir.

Pour conjurer ce mauvais sort et combattre les sorciers,
on me donna leprénom d’une femmequis’appelait
‘‘Soghonie’’eton me“confia’auxgéniesetauxfétichesde la
famille desZOUMANIGUI dont
sontissuesmesgrandmèresmaternelle et paternelle.Mon homonyme Soghonie
était unetrèsbelle femme, au teintd’ébène, de la famille des
ZOUMANIGUI de monvillage.Leshommesde cette
famille étaientlesonclesde ma mère etlesfemmes ses
“mamans“.Mon homonyme m’aimaitbeaucoupet par
conséquent,veillait surmoi, contre les sorciersetlesesprits
malfaisants.Elle avait un jeune frère dunom deBoïqu’on
appelaitcommunément “Zoumani-Boï“.Il
devintmonparrain etjusqu’à sa mort, vers les années 1968, m’entoura
d’une affection et d’une protection quasi paternelles.
Plus tard, ce prénom deSoghoni coexista avec celui de
Kolyque monpèrepréférait pour
uneraisonprincipaleselon moi :son neveufidèle compagnon
detoujoursetconfident s’appelaitKoly;ilvoulait que jeportasse leprénom de
ce dernier.Ily parviendrasansdommage.C’estainsique
monprénomKolys’est substitué à celui deSoghoni.
De ma naissance jusqu’à vers l’âge deseptouhuitans,
j’évoluai dansle giron de ma mère.Une mèreà la fois
généreuse pour les autres et très sévère à mon égard. Elle veillait
sur moi de façon stricte.Je nepusjamaisapprendreà nager
par exemple, parce que ma mère, craignant une noyade,
m’avait formellement interdit d’aller mebaigneravec mes
camarades à la rivière du village.Jetraîne encore cette
carence dontj’aiquelquefoishonte.Je nesais pasnonplus
grimper à un arbre,parceque ma mère nevoulait pas que
son enfantentombât à cause d’un fruit que son ventre
l’aurait poussé à cueillir.
Elle m’apprit de façon rigoureuse à ne pas manger ailleurs
que chez soi.
Avant ma circoncision, ma mère fut ma seule éducatrice
attitrée ; mon père n’intervenant que sporadiquement pour
corriger telle ou telle déviation de la ligne générale que ses
épouses connaissaient parfaitement.Je merappelle,par

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exemple,qu’il intervinténergiquement pourempêcherma
mère de me faire mangerde la chairde crapaudpourme
soignerd’une coquelucheque jetraînaisdepuis plusieurs
mois.Ce jour-là, je nesais plusenquel moisde l’année
d’ailleurs, je nepouvaislesavoiretm’ensouvenird’autant
que j’étais tropjeune, et vivaisdans un milieuanalphabète où
lesnomsdesmoisetautresévènementsetactivitésnesont
pasmatérialisés parl’écriture - ma mère meréveillaplus tôt
que d’habitude.Lescoqsavaient, c’est vrai, lancé leurs
premierschantsmatinaux, maisil faisaitencore noir.A cette
heure, lescrapauds sontencore à l’affûtd’éventuelles proies.
Ils se blottissentdanslesenfoncementscreusés parleseaux
depluie etguettent patiemmentlesinsectes.Ma mère etmoi
passâmesdansl’arrière- courde monpère etcommençâmes
la chasse auxcrapauds.Le bruitde nos pasalerta levieux qui
sortit parlaporte de derrière.Sansménagement, il
apostrophasa femme en ces termes: «- c’est le prénom dePévé !
ma mère - que fais- tu ici ? ».Ma mère,qui avait unrespect
religieux pour son mari, bredouilla « -tu sais queKolytousse
ilya longtemps, jeveuxessayerle crapaud, ilparaît quesa
chairguéritla coqueluche ».
— Surtoutnet’avisepasde donner à manger la chair
d’un crapaud à l’enfant !
— Koly!tuasentendu tonpère,rentrons!
Le désespoiretl’inquiétude aucœur, ma mère en bonne
épousesoumisese dirigeaversla grande case desfemmesen
maugréantdesmotsd’impuissance mais surtoutd’inquiétude
pourcetenfant qu’elle chérissait.Elle étaitaubord de
l’effondrement.
Vers septheures, jevismonpèresortirdu village, lesbras
croisésderrière le dos, comme il aimait à le faire.Ilrevint
rapidement ; puis, m’appela etnousentrâmesdans sa
cuisine.Il avait une case-cuisine dans sa courarrière.Desa
brèvesortie matinale, il avait ramenéquelquesbourgeons
d’un arbuste appelé en Lomagoî“Wonnawonnagui“. qu’il
enveloppa dans une feuille de caféier.Letoutfutenfouisous
la cendre incandescente deson foyer.Quelquesminutes

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après, lesfeuillesétaient ramollies.Il en fit une boulequ’il
pressa fortement pourenverserle jusdans une cuillère.Je
suivaisavec émerveillementetadmiration lesgestesde mon
père devenu à mesyeux pour la circonstance, un guérisseur.
Il me donnaàboire le contenude la cuillère;je l’avalai avec
force grimaces à cause de l’amertume du liquide. Après
l’absorption de lapotion, monpère merenvoyaà ma mère à
qui je racontai ce que j’avais fait avec son mari.Jesentis que
ma mère étaitheureuse de constater queson maris’était
préoccupé de mon étatdesanté et s’étaitmême impliqué
dansles soins,prenantainsi en comptesesinquiétudes.Elle
était ravie etla conduite de monpère la
comblaitetluisuffisait.Elle n’entreprit plus rien.
Ô ! miracle ! Le lendemain, latouxavaitdiminué etdeux
joursaprèsje netoussais
plusLaviereprit sonrythme habituel.Je nesais plusle
nombre de champsque j’ai fréquentésavec ma mère et son
filsaîné.En effet, mon grand frère étantassezgrand,une
sorte d’autorisationtacite d’émancipation lui étaitdonnée
parmonpère des’occuperde notre mère.Biensûrmonpère
continuait à cultiver le grand champ commun de la famille
dont la gestion de la production lui revenait exclusivement.
J’apprisavec ma mèreà piler le riz, àlabourer,à puiser de
l’eau, à faire la vaisselle, car je remplaçais auprès d’elle la fille
qu’elle n’avait pas eue.Je crois qu’elle en étaitheureuse.
Avec mon grand-frère, jesus surveillerle champcontre
lesoiseaux,tendre des piègesaux souris, auxagoutis, ainsi
qu’aux perdrix,pintadesetautres petitsanimauxet
passereaux. Plus tard je fus reconnu comme un
véritablespécialiste des pièges.Lesgibiers que j’enrapportaiscomblaient
ma mère de joie etde bonheur
C’està cette époquequ’un chasseur qu’on appelaitdans
monvillageVèghènè Dalla c'est-à-direDalla leKouranko
tirasur un bufflependant unesortie de chasse nocturne.La
nouvelleserépandit rapidementle matin de bonne heure et
un message futlancé àtousleschasseursdes
villagesenvironnants pour qu’ils vinssentdébusquerl’animalvif oumort.

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