Le Soldat Maudit

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"Un roman historique qui vous plongera au cœur de la Pologne des années 40"


Le Soldat Maudit est l’histoire d’un homme luttant pour la liberté.


A 20 ans Florian Marszalkowski participe à la guerre d’Espagne. Il est à peine plus âgé quand son pays est rayé de la carte et sa vie détruite. Devenu un agent du gouvernement polonais en exil, formé par le SOE, il est parachuté en Pologne occupée. Sa mission, organiser le sabotage des transports allemands vers le front russe, développer la presse clandestine, et acquérir des armes en vue du soulèvement général contre l’occupant. Il doit également secourir les Juifs du ghetto de Varsovie, et les Polonais de Volhynie massacrés par les Ukrainiens de l’armée nationaliste. Combattant lors de l’Insurrection de Varsovie, il est le témoin désespéré de son échec sanglant.


La guerre finie, persécutés par le nouveau pouvoir communiste, les anciens combattants de la Pologne Libre n’ont plus leur place dans le pays pour lequel ils ont sacrifié leur vie. Ils plongent dans la clandestinité, devenant des soldats maudits.


Florian parviendra-t-il à survivre dans ce pays soumis à la terreur rouge ? Pourra-t-il partir en exil avec la jeune femme qu’il a rencontrée et qui lui a redonné l’envie de vivre.


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EAN13 9782368322949
Langue Français

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Annie SZUBA
Le Soldat Maudit
Roman
Pour Alain,
Prologue
La nuit est noire, profonde, inquiétante. Florian a pris son tour de garde depuis deux heures maintenant et il a encore plusieurs heures devant lui avant d’être relevé. Pourtant il n’a pas sommeil. Tout en surveillant son périmètre avec la plus extrême attention, ses pensées s’égarent parfois vers d’autres cieux. On est en décembre, il fait froid, il pleut, un temps qu’il n’imaginait pas rencontrer en Espagne. Engoncé dans son lourd vêtement qui le protège de la pluie glaciale, il s’interroge cette nuit sur son engagement. C’est la première fois. Jusque là il n’a jamais douté de son choix. Il avait choisi le camp du bien, celui de la démocratie contre les forces obscures du fascisme. C’est ce qu’il pensait et ce que ne manquait pas de lui dire son ami, Stanislaw Krupka. Il savait que son ami était communiste mais il ne pensait pas que son appartenance au parti de l’internationale des travailleurs l’empêcherait de conserver son jugement.
Quand il est parti avec son ami, de Varsovie pour s’enrôler à Paris dans les Brigades Internationales, il était réservé sur son engagement auprès du général Swierczewski, un Polonais devenu Russe ne lui inspirait qu’une sympathie modérée. A dire vrai, il n’était pas vraiment convaincu de l’utilité de ce combat mais bon, pourquoi pas ? Il était jeune, les études en voie d’achèvement et découvrir du pays le séduisait à défaut de croire à l’intérêt de ce combat de la démocratie contre les forces fascistes. Peu à peu, il s’est laissé convaincre et il est parti participer à la lutte « contre les forces du mal ». Seulement depuis, bien de l’eau est passée sous les ponts, une eau rouge des camarades de combat massacrés, exécutés par les hommes du général Walter, parce qu’ils avaient défié l’autorité de Staline. Il en est là de ses réflexions quand il s’écrie,
-Qui va là ? Mot de passe ?
-Souris blanche, répond une voix jeune et ferme.
Florian laisse passer le visiteur en qui il reconnaît justement son ami. Celui-ci s’assied près de lui et allume une cigarette pour lui et pour Florian.
-Je n’arrivais pas à dormir, alors j’ai préféré faire un tour dehors et venir te tenir compagnie, lui dit son ami.
-Chut murmure Florian.
-On ne risque rien. On a flanqué une dérouillée aux franquistes dont ils se souviendront. Teruel est à nous et on va pouvoir faire la liaison avec le gouvernement de Negrin à Barcelone maintenant.
Effectivement depuis hier, la ville est tombée aux mains des Républicains après un siège de plusieurs semaines et des combats acharnés pour la prise de la ville. Téruel est une belle prise. Dommage songe Florian que cette victoire soit
entachée de la mort de tant de milliers de combattants.
PREMIÈRE PARTIE
Chapitre Premier
Comme disait toujours leur mère, les enfants Marszalkowski étaient plus âgés que la Pologne. Florian, le dernier est venu au monde l’année de la bataille de Verdun et de la mort de l’empereur François Joseph, seigneur de Pologne. En juillet 1916. La II° République n’est pas encore proclamée, et le général Pilsudski encore dans une armée étrangère
Son père, est menuisier, charpentier-menuisier ; un petit atelier avec un seul ouvrier. Les affaires ne sont pas florissantes, mais permettent à la famille de vivre modestement. L’appartement familial est situé au fond de la cour intérieure qui sert de terrain de jeu à Florian et ses frères. Ils sont quatre garçons, Emil, Jacek, Henri et Florian, le petit dernier. Il a vécu une enfance heureuse dans la rue Brzozowa, près de la Vistule. Il a fréquenté l’école tenue par les religieuses au bout de la rue, comme ses frères avant lui. Seulement, très rapidement, les très saintes femmes s’aperçoivent qu’il est beaucoup trop vif et curieux pour rester avec elles : son esprit mérite un autre enseignement. Après sa communion, qui sera l’occasion d’une grande fête familiale, il finit par intégrer le lycée.
Le premier enfant de la famille Marszalkowski à suivre des études au-delà de la petite école. Les autres membres de la fratrie s’y sont plutôt révélés réfractaires et très rapidement sont partis travailler dès la fin de leur courte scolarité. Emil travaille dans l’atelier familial, comme apprenti. Jacek est allé chercher un emploi sur les chantiers de Gdynia, ce nouveau port industriel que la II° République est en train de construire sur la Baltique. Enfin, Henri, lui est parti. Il s’est embarqué sur un bâtiment qui faisait escale à Dantzig, et la famille reçoit de temps en temps une lettre avec un cachet lointain, de Zanzibar ou de Macao.
A l’école, il apprend qu’au delà de sa famille, il appartient à une communauté à qui il doit solidarité et engagement. Les maîtres ont à cœur de développer en chaque petit élève de cette nouvelle Pologne, le sens des responsabilités envers le groupe et le sens de l’honneur envers la Patrie. Eux-mêmes considèrent comme leur devoir moral d’encourager le développement de l’initiative et des facultés créatrices en chaque élève.
Une fois arrivé au lycée, la première inquiétude passée, Florian adore l’ambiance. C’est un vieux bâtiment construit du temps des tsars pour héberger les soldats occupants, mais il a été bien aménagé et hormis l’aspect militaire et austère du lieu, c’est un endroit où s’épanouit le savoir. Comme à la petite école, les professeurs se vouent corps et âme à éveiller les esprits de leurs élèves et bientôt Florian y trouve son rythme.
Deux figures vont jouer un rôle essentiel pendant cette période : un enseignant, son professeur de mathématiques, Janusz Strelau qui va lui donner le goût du
raisonnement scientifique, le sens de la rigueur intellectuelle et le refus de la facilité, qualités qui le suivront sa vie durant. L’autre personne qui aura une influence considérable sur sa vie, sera son ami, Stanislaw Krupka.
Stanislaw est le fils d’un journaliste communiste. Sa mère est morte quand il avait dix ans et son père l’a amené partout avec lui. Tout jeune, il a assisté aux débats enflammés sur la misère des campagnes et la pauvreté dans les villes. Le parti communiste polonais, au départ avait été favorable au coup d’état du maréchal Pilsudski, mais rapidement il reprit ses critiques sur le gouvernement d’assainissement moral, la Sanacja. En outre, ses leaders à l’exception notable de Boleslaw Bierut que Florian retrouvera bien plus tard, étaient tous des Trotskystes, ce qui leur vaudra l’élimination physique lors des grandes purges staliniennes de 1937.
On n’en est pas encore là. Et Florian ne voit en son ami Stanislaw que son compagnon de jeu, avec qui il partage tous ses espoirs d’une vie future, riche d’évènements et d’aventures, de voyages dans le nouveau monde, et de découvertes. Stanislaw quand il n’accompagne pas son père à la cellule du parti aime terminer la journée auprès de son ami. Il aime l’ambiance de la maison de son ami et apprécie particulièrement les bons petits plats de madame Marszalkowski : elle est un peu comme une mère pour lui, douce et accueillante. Florian n’est pas jaloux. Au contraire, il se réjouit que son ami se trouve bien chez lui, en dépit des remarques aigres douces que son propre père adresse parfois avec humeur à son copain.
En effet, Tadek le père de Florian, qui n’a jamais beaucoup aimé les communistes est un travailleur, fier de la création issue de ses mains, et n’a aucune envie de dépendre d’une collectivité quelconque. Aussi se moque-t-il fréquemment de l’Union Soviétique, le Paradis des travailleurs, où les travailleurs manuels sont encensés quand ils produisent à la chaine des tracteurs ou des tonnes de minerai, tel le fameux Stakhanov. Au Paradis des Ouvriers, l’artisan créateur individuel ne peut exister.
Quant aux paysans qui habitent les terres les plus riches de la planète, les fameuses terres noires d’Ukraine, ils meurent de faim !
-Tu réalises, Stanislaw, mourir de faim au milieu d’un grenier à blé ! Ils sont vraiment incompétents tes amis rouges !
Stanislaw encaisse, sans mot dire, mais plus tard il se plaint auprès de son ami de la mauvaise foi de son père. Et pourtant, il n’a pas complètement tort, le père de Florian !
En cette année 1933, la famine sévit en Ukraine. Ce n’est pas loin l’Ukraine et même si entre Polonais et Ukrainiens, les relations ne sont pas toujours au beau fixe, l’effroyable situation que l’on découvre de l’autre côté de la frontière est terrifiante.
***
Et encore, ils ne connaissent pas les origines de ce drame ! La presse ne rend pas compte de la réalité des souffrances et certains écrivains du monde non communiste préfèrent ne retenir que l’homme nouveau du pays où le socialisme est en construction. Ce n’est pas encore que l’on saura que c’est le fanatisme borné et la bêtise qui vont aboutir à cette situation de famine. Propagande et aveuglement ont remplacé analyse et esprit critique.
En effet, le plan de collecte prévu par le gouvernement n’ayant pas été rempli, et pour cause les statistiques étant truquées, deux membres du Politburo dépêchés par Staline, adoptent en novembre 1932, dans le but d’accélérer les collectes, la résolution suivante :« A la suite de l’échec particulièrement honteux du plan de collecte des céréales, il faut obliger les organisations locales du Parti à casser le sabotage organisé par les éléments koulaks contre-révolutionnaires, anéantir la résistance des communistes ruraux et des présidents de kolkhoze qui ont pris la tête de ce sabotage. »
Des mesures terrifiantes sont adoptées : restituer les avances en grains accordées précédemment pour avoir atteint les objectifs précédents de réquisition, instaurer une amende en viandes pour les paysans incapables de livrer les quotas de grains requis et pire que tout, l'Ukrainedevra fournir le tiers des collectes attendues pour l'ensemble de l'Union Soviétique.
Une liste noire des fermes collectives qui ne livrent pas leurs quotas de grains requis est établie : elles doivent céder sur-le-champ quinze fois la quantité de grains normalement exigibles en un mois. Elles perdent aussi tout droit de commercer ou de recevoir quelque livraison que ce soit du reste du pays. Au mois de janvier suivant, le passeport intérieur pour pouvoir résider légalement dans les villes est institué, dont sont exclus évidemment les paysans.
Ces mesures n’ont hélas qu’un seul résultat, la famine.
Pourtant les autorités soviétiques ne s’arrêtent pas là. La campagne de réquisitions s'accompagne d'une vague de terreur. Le parti communiste ukrainien est épuré. Plusieurs milliers de ses cadres, accusés de favoriser les sentiments nationalistes, sont exécutés ou déportés. La répression vise particulièrement les fonctionnaires locaux qui avaient pris l'initiative de distribuer du blé aux familles paysannes affamées. Elles envoient au goulag les communistes locaux ukrainiens qui sont accusés de permettre aux nationalistes ukrainiens de saboter la collecte de grains, en prenant l’initiative de distribuer du blé aux paysans affamés ou en acceptant de laisser les semences nécessaires pour l’année suivante. Puis ce sont des villages entiers qui sont déportés. Les effectifs du goulag enflent sans répit. Les paysans encore récalcitrants sont condamnés à mort et exécutés. Les morts se comptent par millions, l’Holodomor, l’extermination par la faim fera entre 3 et 5 millions de victimes en Ukraine.
Mais les communistes européens ne veulent pas le croire. Le père de Stanislaw comme les autres. La propagande de Moscou est très forte, insidieuse et
convaincante. Comme en outre, les informations en provenance des terres soviétiques sont quasiment inexistantes, l’URSS vivant en autarcie, frontières fermées, il est facile pour ceux qui ne veulent pas croire à ce drame ukrainien, comme à la réalité des prochains procès staliniens, d’ignorer la situation. Ils préfèrent croire aux lendemains qui chantent au paradis des travailleurs.
***
Le gouvernement soviétique tente bien de dissimuler l’ampleur du drame. Mais le père de Florian a de la famille en Galicie, près de la frontière ukrainienne. Les informations parviennent à passer parlant de cadavres qui jonchent les trottoirs. Et il est convaincu de l’horreur vécue au quotidien par ses cousins ukrainiens. Il n’a aucune confiance dans le voisin russe. Il a été enrôlé dans les armées du tsar au début de la première guerre mondiale, puis avec la révolution russe, il a déserté et rejoint la Pologne nouvellement reconstituée. Il a combattu les Bolcheviques avec les hommes du général Pilsudski en 1920, et a participé au Miracle de la Vistule où les armées polonaises ont sauvé l’Europe de la révolution mondiale voulue par Lénine, le leader bolchevique.
Déjà qu’en tant que Polonais, il n’aimait pas les Russes qui occupaient son pays et écrasaient dans le sang toute révolte nationale, il avait appris à haïr la nouvelle doctrine communiste qu’ils portaient et exportaient, et leur violence aveugle et sanglante. Jeune adolescent à Varsovie, il avait appris à craindre l’ogre russe qui déportait ses frères en Sibérie ; jeune adulte dans l’armée du tsar, il avait détesté leurs brimades et l’arrogance des officiers. Légionnaire chez Pilsudski, il avait redouté la nouvelle armée rouge, finalement vaincue, et il continue de craindre et de mépriser à la fois, le voisin oriental. Quant à la famine effroyable qui a cours en Ukraine, il en est malade. Il les connaît bien ces riches terres noires, ce Tchernoziom. Il les a connues pendant la guerre russo-polonaise, et puis sa femme avait de la famille là-bas et elle lui avait raconté les récoltes riches et abondantes. Alors mourir de faim, pour lui, c’est une calamité apportée par les bolcheviques !
Il a donc naturellement transmis à ses enfants, cette méfiance atavique à l’encontre des Russes ; qu’ils soient bolcheviques ou communistes ne changent rien à ses sentiments : rien de bon ne peut venir de l’est. Il est donc dubitatif devant la fascination que l’ami de son fils semble ressentir pour les idées communistes et il craint un peu que Florian à son tour n’y succombe.
En fait, le risque est faible. Florian est attentif et sensible aux hommes, pas aux slogans encore moins lorsqu’ils sont politiques. Il a bien conscience que son ami est de plus en plus rouge. Mais c’est son ami qu’il recherche, pas ses idées. En revanche, Stanislaw lui est de plus en plus enflammé par sa passion pour le grand frère soviétique. Il ne parle que de ses réalisations, des grands projets, tels les barrages sur le Dniepr ou les productions industrielles comme celles des tracteurs pour aider l’agriculture,
-Tu te moques, tu te moques, toi et ton père, mais en Russie, les ouvriers