//img.uscri.be/pth/3ab3e8c05668c776eacce76cc6dbe3942ec1de89
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 21,19 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Les Antilles britanniques

320 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 0001
Lecture(s) : 78
EAN13 : 9782296158405
Signaler un abus

LES ANTILLES

BRITANNIQUES

DE L'ÉPOQUE COLONIALE AUX INDÉPENDANCES

Jean-Paul BARBICHE
docteur ès-lettres

LES ANTILLES BRIT ANNIQUES
DE L'ÉPOQUE COLONIALE AUX INDÉPENDANCES

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

@ L'Harmattan, 1989
ISBN: 2-7384-0161-9

A Nicole, fidèle collaboratrice, et à nos trois fils.

AVANT-PROPOS

Les Antilles sont mal connues,. les Antilles britanniques moins bien encore. Quelques îles cependant évoquent tantôt un passé glorieux, telle la Jamaïque, tantôt un modernisme familier, telles les Bahamas. La découverte du Nouveau Monde par ChristoPhe Colomb fut le premier de ces événements qui devaient bouleverser l'histoire des hommes. La première île sur laquelle il débarqua se situe dans les Bahamas. Henry Morgan et .Barberousse détroussèrent les gallions espagnols et animèrent les criques de la Jamaïque ou de l'île de la Tortue de façon parfois violente, qui insPira l'imagination sans cesse renouvelée de romanciers populaires. Le sucre, le chocolat, le rhum envahirent la gastronomie euroPéenne, et permirent aux Plus grosses fortunes de l'éPoque de se constituer, et ainsi de donner une assise financière à la révolution industrielle. Hélas, l'esclavage, moteur de cette expansion fabuleuse, se développa dans le cadre d'un commerce ahurissant et d'une société sans humanité, aveugle à ses .

propres excès.

L'évolution générale de l'économie mondiale, et les PhilosoPhies éclairées du XVII!' siècle, aboutirent à un abandon raPide et définitif des îles et de leurs activités. La Révolution française et l'indéPendance américaine donnèrent lieu à un dernier échange de territoires avant l'abolition de l'esclavage. Puis, toute la région tomba dans la déchéance. Il fallut plus d'un siècle à ces petites colonies pour réagir, et vouloir nier la fatalité de la pauvreté et de la marginalisation. En 1958, elles tentèrent de s'unifier, de créer une Fédération, d'offrir au monde un front uni et la base d'un dialogue économique. Politiquement, ce fut un échec: la fédération fut dissoute quatre années Plus tard, avant même de devenir indéPendante. Mais cette volontéfarouc~e donna raPidement suite à un marché commun, toujours d'actualité: la CAR/COM, grâce auquel ses membres ont enfin trouvé l'occasion de consolider une agriculture défaillante, de construire une industrie jusqu'alors inexistante, et d'assurer un débouché à l'ensemble de ces productions.

9

Les médias du xx' siècle diffusent les nouvelles et les cultures les Plus lointaines au cœur de chacun de nos foyers: la contestation «rasta» en Jamaïque, l'ouverture d'un Club Méditerranée dans les îles Turk et Caïque, la révolution qui saisit Grenade, le Pétrole de la Trinité qui suit le mouvement mondial sont tous autant de réalités de notre monde actuel qui nous font
redécouvrir des îles dont les noms mêmes nous étaient nous ressentons le besoin d'être renseignés. Cet ouvrage de synthèse esPère vous y aider. inconnus, et sur lesquelles

10

PREMIÈRE

PARTIE

PRÉSENTATION DES ANTILLES BRITANNIQUES

Carte
z

l
.~
~

,

,

z

iI
"S~

ji
I '11' 1-~, I , I I ,
I I I I

T

""

.~
~

~" ~~"
I

~3~ ~i'

~ii~!~ i H ~ ia . ~ ~
I w. . .i;t;j~~';.i!! ~ -:'\!ft~
~ .a.Ji
1

~iI~~~ 1~

t
~

jtItFi1i,{t-~ 6l. .
, ,

if~
~<

-3

'i ..

~~

U 1!;

f' J

~ , ..- ~. -. 1:,' a. .'
~ "

'.,

U .

I I I I I ,

" ~,
-';'

'ii",1

:
", ", (';""

J '/

~"

~
'+~

~" .

~/
.1/ ~/ 1/ ---1/

~
~

f'", l l I

:
I
I

0. f\ ~ - f \
,.. "

, ., I
o

l'' Iv

~

':

"

I .A.
I l I I

'.

r : ~.
...
\\
'

"
j

~

.'

at:'

i

.

et
:

i ~

I

l-"",

...".................
~

b,

'U

T
.-' 1970.

fi

'to

-

-~o

.

.

~

~
-.",~

~

:, ~; j ~ , ... . el .- < z ~ c(~ ,'w"-, ' " ca 'a ~ ! ~ 0 ~ ~ () 0 ~
.::;

II)

~ Caribbean Lands, Londres,

I z '0

Source: John Macpherson
12.

« Tout livre sur les Caraïbes s'efforce généralement, dans son introduction, de faire une présentation générale de la région. La raison en est que les îles posent un réel problème d'identification et de présentation géograPhique. Mais elles sont le fruit d'une telle variété de liens historiques, de schémas sociaux et de traditions culturelles qu'on a rapidement l'impression qu'aucune caractéristique

commune ne pourra les définir toutes ensemble (1).»

Ainsi commence le livre d'Anthony Payne, professeur de Sciences politiques à Huddersfied Polytechnic. Comme lui et comme tous ceux qui s'intéressent aux Caraïbes, je commencerai par m'efforcer, dans le sens premier des termes, de cerner le sujet, c'est-à-dire de situer les limites géographiques, puis culturelles, d'une région à la charnière de continents et de l'histoire. La région des Caraïbes, à nos yeux d'Européens, apparaît comme homogène: température douce et égale tout au long de l'année, soleil immuable, plages gigantesques et végétation généreuse. Mais la réalité ne correspond pas systématiquement à ce descriptif très généralisé, comme nous allons nous en rendre compte.

I. DIVERSITÉ GÉOGRAPHIQUE DES P~ YS ANGLOPHONES DE LA MER DES CARAIBES
A. GÉOGRAPHIE PHYSIQUE

Il faut tout d'abord préciser ce que l'on entend par Antilles anglophones. Les Bermudes en sont exclues: situées au milieu de l'océan Atlantique, entre les États-Unis et l'Europe, elles n'appartiennent pas aux Caraïbes. De même que les Bahamas (2), elles se considèrent
13

comme dépendant davantage du continent nord-américain que de l'Amérique centrale. Par ailleurs, très éloignées des îles des Caraïbes, elles n'ont jamais eu que des rapports lointains avec ces dernières. Leur isolement géographique, leur neutralité politique et leur position entre deux importantes régions du monde en ont fait un lieu privilégié des rencontres au sommet. C'est d'une manière indépendante que les Bermudes évoluent, sans ressentir le besoin de se lier aux pays anglophones des Caraïbes. Bien que les Bahamas se soient toujours tenues à l'écart des grands mouvements politiques régionaux, et bien que se réclamant du continent nord-américain, elles ont adopté une attitude moins autonomiste que les Bermudes puisqu'elles ont décidé d'adhérer au Marché commun des Caraïbes, dont nous aurons l'occasion de parler ultérieuremen t. Outre l'archipel des Bahamas, constitué d'environ 700 îles et de plus de 2000 rochers et récifs, l'entité que constituent les pays anglophones de la région des Caraïbes comprend deux Etats continentaux, le Bélize (ex-Honduras britannique) en Amérique centrale, et la Guyana, anciennement Guyane britannique, en Amérique du Sud. Les autres pays de la région se composent d'îles, d'îlots et d'archipels qui se comptent par milliers. L'ensemble du monde anglophone des Caraïbes s'étend du 27e parallèle nord, largement au nord du tropique du cancer, jusqu'à l'équateur au sud de la Guyana; et de 880 de longitude ouest aux confins du Bélize et du Guatémala, à 500 de longitude ouest sur la rive atlantique de la Barbade. Les îles forment comme un collier qui s'étire sur un arc de cercle de 4800 kilomètres de long entre le Bélize et la Guyana. A l'ouest de cette ligne se trouve une masse d'eau, la mer des Caraïbes, qui place la Jamaïque et la Trinité -les deux pôles d'attraction économique de la région - à près de 2000 kilomètres l'une de l'autre, à vol d'oiseau au-dessus des flots. Une première constatation s'impose: des distances aussi importantes ne constituent pas un élément favorable à la construction d'un ensemble régional cohérent. Elles sont bien davantage un obstacle au développement harmonieux et rationnel d'échanges humains et (4) (3).Le rapport de la Commission commerciaux faisait Wood en 1922 remarquer que le courrier jamaïcain à destination de la Trinité, de la Barbade ou de la Guyane britannique devait transiter par Londres, (5) New-York ou Halifax en Nouvelle-Ecosse 1... La qualité des rapports humains et la fluidité des liaisons commerciales sont deux éléments de grande importance dans le rapprochement et la cohésion des peuples. Pour maintenir l'unité de leur empire, les empereurs romains se sont empressés de le silloner d'un vaste réseau routier. Le Grand Inca fit de même en dépit de la topographie ingrate de la Cordillère des Andes. Dès que ces empires 14

devinrent trop grands, que les distances firent échec à la qualité des échanges, que les intérêts des individus ne furent plus préservés, que les contrôles politiques des provinces éloignées devinrent plus difficiles, ils se disloquèrent. Pour les Antilles, le problème réside essentiellement dans la difficulté de constituer une infrastructure fonctionnelle et efficace: distance des îles entre elles, alternance de territoires anglophones et de territoires parlant d'autres langues, coût élevé des installations portuaires et des aérodromes, faiblesse des moyens disponibles pour l'exploitation de lignes maritimes suffisan,tes. Lorsqu'un député demanda à monsieur Profumo, secrétaire d'Etat pour les colonies en 1957, combien de navires desservaient les îles des archipels du Vent et Sous le Vent, celui-ci répondit: « dix pour les îles (6) et un seul pour les îles Sous-Ie- Vent » (7), pourtant beaucoup du Vent plus nombreuses, ce dernier n'assurant un service que tous les quinze jours. Tous les autres services offerts à l'époque n'étaient qu'occassionnels et irréguliers (8).

Pour ce qui est des transports aériens, toutes les îles ont au moins un aéroport, mais dont l'importance n'est pas toujours en rapport avec celle de nIe ni avec son potentiel d'accueil. C'est le cas de Sainte-Lucie. Bénéficiant d'une situation géographique avantageuse et de deux ports naturels de qualité (Castries et Vieux-Fort), cette île a depuis toujours servi de garnison, de dépôt et de base aux Anglais, aux Canadiens ou aux Américains. Les deux dernières guerres en particulier lui ont permis d'être dotée d'excellentes installations

portuaires et d'un aérodrome propre à recevoir les plus gros avions

(9).

Sainte-Lucie accueille en particulier des pétroliers gigantesques pour répartir leurs cargaisons dans des pétroliers de taille plus modeste, pouvant accéder aux ports nord-américains (10). pays bien entendu Ce profite largement de cette infrastructure existante pour développer son industrie du tourisme. Celle-ci attire chaque année plus de visiteurs qu'il n'y a d'habitants sur l'île (120 000) et rapporte le tiers de son P.N.B. Tous ses voisins n'ont pas vu les mêmes avantages s'offrir à eux. L'île de Saint-Vincent avouait naguère dans ses brochures que ses facilités aéroportuaires étaient limitées, tandis que l'île de SaintMartin, bi-nationale et en franchise douanière, est desservie par des vols directs depuis New- York! (11) L'importance d'un bon aérodrome de nos jours, est-il nécessaire de le souligner, est primordiale. On se souvient de l'émoi considérable qu'ont provoqué dans le monde entier les év~nements de la Grenade et qui ont abouti à une intervention des Etats-Unis en novembre La 1983 (12). situation prit une ampleur inattendue et accélérée, le jour où des photos aériennes prouvèrent la construction par les Cubains d'une piste d'atterrissage pour gros porteurs. Munie d'une telle infrastructure, l'île de Grenade prenait soudain une importance démesurée. Cet aéroport, à présent terminé, est devenu l'espoir, le symbole 15

même d'un redémarrage économique (13) après toutes ces années de perturbation. Les îles Caymanes, devenues richissimes en ouvrant le territoire aux grandes institutions financières de notre planète, ont créé une compagnie aérienne internationale moderne; elles sont sans doute le seul parmi les plus petits pays du monde (moins de 20000 ha) à posséder une telle infrastructure (14). Outre telle ou telle facilité naturelle ou artificielle, l'incidence de l'emplacement géographique dans la région sur la prospérité d'une île est également significative. La Barbade et les Bahamas sont à ce titre deux exemples évocateurs. Ces îles étant les plus proches de l'Europe, servirent longtemps d'escale et d'entrepôt sur les lignes maritimes entre les deux continents, et de ce fait ont, toujours connu une grande activité. En raison de leur proximité des Etats-Unis, et à bien d'autres égards, les Bahamas sont devenues une quasi-annexe de leur puissant voisin: l'économie y est tenue par les descendants de familles sudistes ayant fui la guerre de Sécession, la monnaie y est à parité constante avec le $, et elles reçoivent dix fois leur population en visiteurs (15) (plus de 2 millions pour 220000 habitants) (Ib)qui alimentent le P.N.B. à raison de 60 %, ce qui est un record mondial (17).
,

L'inégalité est totale lorsque l'on considère la taille respective des

Etats qui sont dispersés dans les eaux bleutées des Caraïbes. Le plus grand, de loin, est la Guyana: 2] 4 970 km2 dont seulement 2 % des terres sont cultivées, essentiellement sur la côte Atlantique. L'intérieur, entièrement dominé par la forêt de type amazonien, est peu exploité, voire inexploitable. . A l'opposé, on trouve onze territoires, la plupart indépendants, dont la surface est égale ou inférieure à celle du lac Léman (environ 700 km2): Anguilla (91 km2), Antigua (280 km2), la Barbade (431 km2), les îles Caymanes (259 km2), la Dominique (751 km2), Grenade (344 km2), Montserrat (98 km2), Sainte-Lucie (616 km2), Saint- Vincent (388 km2), les îles Turk et Caïque (430 km2), les îles Vierges britanniques (53 km2) et Saint-Kitts-Nevis (376 km2). Ce qui ne les empêche nullement de bénéficier, le plus souvent, de paysages variés, et même grandioses. Entre ces deux extrêmes, la Trinité-Tobago avec 5 128 km2, la Jamaïque avec 10 991 km2, le Bélize avec 22965 km2, complètent la liste et présentent des possibilités de diversification de l'économie plus avantageuses à leurs nationaux. Le plus petit des pays anglophones de la zone des Caraïbes, Anguilla (91 km2) pourrait tenir plus de deux mille cinq cents fois dans le plus grand, la Guyana (214970 km2). . Les populations ne sont évidemment pas réparties proportionne1ilement aux superficies: le territoire le plus peuplé est la Jamaïque avec 2 000 000 d'habitants, et le moins peuplé les îles Turk et Caïque avec une population de 7 500 habitants, et une densité de 17 ha/km2. On remarquera que les densités de population peuvent varier de façon 16

importante

d'un territoire

à l'autre:
18

la plus forte se rencontre

à la

Barbade qui a 650 habitants

par kilomètre carré, plus de six fois celle

de la France. Cette île a su retenir sa population en raison de la haute productivité de ses terres: presque toute l'île est cultivée, et donne d'excellents rendements (19).Cet effort con,sidérable fourni par la société barbadienne ne rend pas ce petit Etat auto suffisant pour autant, et sa balance agricole est systématiquement déficitaire. Inutile d'y chercher de larges ranches ou des latifundia sous-exploités: chaque habitant dispose en tout et pour tout de 1 500 m2 ; qu'on le veuille ou non, il faut faire avec. A l'opposé, la densité la plus faible est celle de la Guyana, pays immense à peine peuplé, avec quatre habitants au km2. Il faut toutefois préciser que cette densité nationale donne une image faussée de la réalité puisque l'intérieur du pays est pratiquement vide et impropre au développement, alors qu'on trouve, sur une bande côtière de 400 km de long sur 40 à 60 de large, des densités de population

comparables à celles de la Barbade

(201.

Aux Bahamas, la population est rassemblée dans une vingtaine d'îles (sur plusieurs centaines) et essentiellement dans l'île de New-Providence, l'une des plus petites de l'archipel avec 13 km2, mais où se trouve Nassau, la capitale. La densité de population y est de

10000 habitants au km2, alors qu'elle est de 6 pour le reste du pays

(21)

(et 16 en moyenne pour l'ensemble). Sur les îles Vierges, onze des cinquante îlots qui les composent sont inhabités (22). Le Bélize en revanche, sous-peuplé avec sa densité de 7 habitants/ km2, et sous-exploité, a été incité à accueillir une communauté de Mennonites pour mettre en valeur son territoire. Arrivés en 1959, ils sont aujourd'hui 5 000 à travailler une terre qu'ils ont eux-mêmes défrichée. Cependant, vivant en quasi-autarcie, et refusant - comme dans leurs autres communautés -la modernité, ils font tache dans ce pays, et sont mal considérés (23). A l'opposé de la Bardade, les îles Caymanes, dont 80 % de la superficie sont incultivables ou couverts de forêts et de marais, n'ont quasiment pas d'agriculture. Le déficit de leur balance agricole est gigantesque. Le problème du peuplement des îles, par rapport à leur activité économique, est moins simple à étudier qu'il n'y paraît à première vue. A l'époque de l'abolition de l'esclavage, la Jamaïque, la Dominique, la Guyana, Sainte-Lucie et la Trinité-Tobago bénéficiant de terres vacantes, les esclaves affranchis eurent le loisir de quitter les plantations pour se mettre à leur compte sur des lopins de terres dans Cet l'arrière-pays (24). avantage - ou cet état de fait, comme on voudra - n'était pas possible dans les autres territoires où les esclaves durent continuer à travailler pour leurs anciens maîtres. De nos jours, certaines îles dont la population est insuffisante ou mal répartie, manquent même de main-d'œuvre, et M. Russell, député 17

de Westminster, demanda un jour si l'on ne pourrait pas envisager des transferts de populations vers la Dominique (25).En revanche, la Jamaïque a toujours été un grand exportateur de main-d'œuvre. On a calculé qu'entre 1881,et 1921,146000 Jamaïcains ont quitté leur pays, dont autant pour les ,Etats- Unis que pour Panama où se construisait un chemin de fer et le canal (26).Plus proche de nous, on comptait (27) 1962. en 275000 Jamaïcains résidant en Grande-Bretagne Les conséquences de ce déséquilibre de populations sont de deux ordres: sur le plan économique, le surpeuplement chez les uns est un facteur de chômage, et le sous-peuplement chez les autres un frein à l'expansion. A l'époque où la Fédération était juste naissante, des observateurs avaient prédit que celle-ci ne pourrait durer qu'en envisageant une meilleure répartition des populations entre les îles (28). Sans doute n'était-ce pas là une condition primordiale, mais ajoutée aux autres problèmes économiques de la région, elle prenait son importance. En outre, comme dans la plupart des pays du TiersMonde, non seulement la population s'y accroît plus rapidement que la production agricole, mais encore le chômage y est essentiellement saisonnier, ce qui rend une partie de la population oisive par intermittence et incertaine des décisions qu'elle doit prendre. Beaucoup se rendent vers l'île industrialisée la plus proche. C'est ainsi que l'on trouve un grand nombre de travailleurs grenadiens à la Trinité, de Haïtiens en Jamaïque, aux Bahamas ou à Saint-Domingue. Mais ceux qui recherchent, en plus d'une amélioration économique de leur situation, un mieux-être social et culturel se dirigent plus volontiers vers l'Europe et l'Amérique du Nord. Il s'agit alors le plus souvent de personnes qui possèdent déjà un métier et qui choisissent le déracinement sans se rendre compte toujours que leurs qualifications ne correspondent pas à celles de leurs homologues outre-mer (29). Ils espèrent ainsi tirer bénéfice des bienfaits de la société industrielle et du même coup accroître leur prestige aux yeux de leur famille. En fait, ces émigrants causent du tort à leur pays en le quittant. Ils y formaient une petite élite professionnelle, parfois intellectuelle, et constituaient une partie de la population active, alors que ces pays sont pour beaucoup dans un état de stagnation économique. La Barbade, Saint- Vincent, Montserrat, dont la densité de population est très élevée, ont ainsi vu de très forts pourcentages de leurs populations émigrer vers la Grande-Bretagne. Tout dirigeant politique antillais rêve de faire de son île un nouveau Porto-Rico dans lequel la prospérité fera revenir plus de citoyens qu'il n'en part (30), Y-a-t-il rééquilibrage des populations pour autant? Les statistiques nous prouvent que non. Le taux annuel d'accroissement de la population le plus fort des Antilles anglophones se trouve à Saint- Vincent (+ 6 %) (31) alors que la densité de population y est déjà supérieure à 250.

18

B. LE CLIMAT

Le tempérament d'un peuple peut s'expliquer par les efforts qu'il doit fournir pour se préserver ou lutter contre la nature. Or, les pays des Caraïbes sont exposés à de nombreux cataclysmes qui touchent inégalement les populations. Parmi ceux-ci, il y a les ouragans qui évoluent dans toute la région et affectent à la fois l'économie et la vie sociale. Dans les îles victimes de tels cataclysmes, un ouragan peut endommager pour plusieurs années une économie nationale. On a calculé que l'ouragan qui sévit en Jamaïque en 1951 a retardé de huit à dix ans le développement de l'industrie des agrumes, au point qu'en 1957 les exportations n'avaient pas encore atteint le niveau de 1950 (32).L'île de Grenade, qui fut

ravagée par l'ouragan

«

Janet

»

en 1955, en portait encore des traces

dix ans après. Cette île essentiellement agricole vit ses plantations anéanties, ses ressources d'exportation annihilées et les habitatjons les plus simples détruites. En 1963, trois ouragans successifs «( Edith ", « Flora», « Helena") s'abattirent sur les îles du Vent ainsi que sur les îles Turk et sur Montserrat. La Grande-Bretagne dut apporter une aide financière massive à ces territoires pour rétablir les circuits élémentaires de l'économie. C'est un typhon qui, après avoir dévasté Bélize-City, la capitale du Bélize, en 1961, et provoqué la mort de 275 habitants, mena à la décision de construire une nouvelle capitale à l'intérieur des terres, Belmopan, inaugurée en 1970. Pour que des cataclysmes éventuels causent le minimum de dégâts, les constructions traditionnelles de ce pays, comme dans la plupart des îles, sont légères, pour être plus vite retapées ou reconstruites: maisons de bois (331, fixations et toitures simples. L'ouragan de 1951 qui détruisit la quasi-totalité des plantations bananières en Jamaïque permit - un mal entraînant un bien - de renouveler tous les plants avec une nouvelle variété, mettant ainsi fin à la lente dégradation de ce marché du fait d'une maladie de l'arbre qui se répandait dans toute l'île. Le cyclone de 1979 qui dévasta la Dominique fit chuter son P.N.B. de 17,2 % (34).Celui de 1983 dont Sainte-Lucie fut victime détruisit première ressource à l'exportation. Il 40 % de sa récolte de bananes (35), en résulta une stagnation du P.N.B., qui força le gouvernement à bloquer les salaires. Dans le cadre d'une conjoncture économique internationale défavorable, le pays ne s'en est toujours pas vraiment remIS. Une anecdote amusante et significative est l'utilisation pratique que certains immigrants antillais en Grande-Bretagne ont su faire de ces ouragans pour leur compte personnel. En effet, on avait constaté 19

qu'un grand nombre de Jamaïcains déclaraient le métier de charpentier (36).A défaut d'une spécialisation précise, ces hommes avaient indiqué celle que possède tout Jamaïcain de la campagne: la capacité de remettre sur pied sa propre maison après le passage d'un ouragan. Les tempêtes effroyables qu'ils peuvent déclencher sont aussi (37) éparpillées sur les fonds responsables que les récifs des 4 000 épaves de la mer des Caraïbes et de l'Atlantique. Les îles Vierges, comme pour conjurer le mauvais sort, ouvrent et ferment la saison des ouragans par deux célébrations: le Hurricane SupPlication Day, en juillet pour demander la protection divine, et une journée d'action de grâces en octobre, Ie Hurricane Thanksgiving Day (38). L'importance des ouragans rythme à tel point la vie quotidienne qu'en 1962 un député à Londres se permit de rappeler au ministre des Colonies qu'il fallait prévoir les cérémonies d'indépendance de la Jamaïque avant la mi-août, date qui marque le début de la saison des
ouragans (39).

Il n'y a heureusement pas que des vents violents aux conséquences catastrophiques dans les Caraïbes. Citons également les alizés qui ont eux aussi une incidence sur l'économie régionale. A l'époque de la marine à voile, les vents et non la géométrie indiquaient le chemin le plus court entre les deux continents. La route aller-retour que suivit Christophe Colomb resta inchangée pendant trois cent cinquante ans, jusqu'à l'avènement de la marine à vapeur: elle consistait à quitter l'Europe en juillet lorsque l'alizé du Nord-Est effectue sa remontée d'été, et à revenir en septembre en utilisant des contre-flux d'ouest (40). La lente découverte de ces itinéraires revenait aux Portugais, tout au long de leur exploration systématique des côtes africaines, entreprise, elle aussi, pour découvrir un chemin vers l'Inde. La Barbade, la plus orientale des îles, et la plus vite atteinte par la route des alizés, servit à l'Angleterre d'entrepôt pour le reste des Antilles, et c'est ce qui fit sa
prospérité (41).

Il est également remarquable de constater que toutes les pistes d'atterrissage des nombreux aérodromes de la région sont orientées est-ouest: les alizés, au siècle de l'aviation, règlent encore la vie des hommes (42). Autre caractéristique des alizés: ils modèrent les températures. Nombreuses sont les habitations conçues pour tirer le maximum de profit des effets rafraîchissants de ces vents (43). Logiquement, cette région devrait subir les grosses chaleurs humides propres aux tropiques, mais il n'en est rien. On ne peut pour autant parler, comme dans les dépliants touristiques, de climat ni de températures homogènes. En fait, ces dépliants se réfèrent aux températures du niveau de la mer où se rassemblent les touristes. Cela devient une constante pour les îles sans relief: les Bahamas, ou les îles Turk et Caïque qui, de surcroît, sont baignées par les courants chauds du Gulf Stream qui entame sa longue pérégrination sur leurs rivages. Mais les régions 20

Tableau I
MONTANT ET RÉPARTITION DES SUBVENTIONS VERSÉES LA GRANDE-BRETAGNE AUX TERRITOIRES DE LA FÉDÉRATION 1957 ET 1960 PAR ENTRE

Celony
Antigua

1~57-,8

.I

19,8-,9

I
-

195~-bO

.('

... ........

...... .....

) 334.450 (Admin. ) 266.500 (Admin.
191.674 (Hurricane Grant) 617.331 (Hurricane Loan) 3,.336 (Hurricane Grant) 87.737 (Admin.)

150.679 (Admin.) 132.109 (Admin.) 110.083 (Hurricane Grant) 244.544 (Hurricane Lean) 84.885 (Admin.) Grant) k2.884 (Admin.)
20.000

Barbados.................. ... Dominica............. ........ Grenada ........ ...... ........
Grenada Jamaica f,ontserrat St. Kitts St. Lucia St. Lucia
St. Vincent

-

151.458 (Hunicane Grnnt) 100.625 (Hurricane Loan)

-

... ..... ......... .....
........ ..............

24.52? (Hurricane Grant)

................... ......... ........... . .

72. bOO(Admin.)
30.000 270.200 (Soufriere ,'ire Lean) (Admin. )

27.042 (Hurricane

5.4b9 ( Soufriere !'ire Loan)

................... ...................
.. ................

(Soufriere ,'ire Loan)

156.077 (Admin.)

Trinidad ............. ........ Turks and Caicos Islands ..... West Indies Federal Govt. .... .
West Indies Federal Govt ....... Seat of Government ..... .. Joint Capital Commission .. .. ..

-

) 31.103 (Admin.

-

19.553 (Admin.)
437.500 (Admin.)

-

1.750.000 (Admin.)

-

200.000
1.492

425.000
2.415
Battalion)

254.')97

Internal Security .............

(Jemaica 220.2BO

-

1.932.971 6.,80.748

2.267.074

2.300.705

Note:

Since

1.t January.

1~59. all

Grant-in-Aid

of adminintration

han

he.n

paid

to

the

Federal

Government

Source: The Weekly Hansard, n° 488, 29 avril-5 mai 1960

On remarquera calamité naturelle.

la part importante

de l'aide accordée

après

chaque

21

montagneuses, qui sont nombreuses, connaissent des températures diurnes et nocturnes nettement inférieures à celles de la côte. C'est sur les pentes des Blue Mountains que la haute société de Kingston, en Jamaïque, possède ses résidences secondaires pour se rafraîchir des chaleurs un peu lourdes de la ville. Ces variations thermiques influent sur la pluviométrie, qui est plus élevée en altitude que dans les régions côtières ou dans les îles sans relief. Les précipitations annuelles moyennes dans une même île peuvent varier du simple au quadruple dans les meilleurs cas selon que l'on se trouve A sur la côte ou au sommet (44). la Dominique, l'intérieur reçoit environ

250 pouces d'eau par an, les côtes de 50 à 70 seulement

(45).

De ce fait,

de nombreux cours d'eau approvisionnent abondamment habitants et cultures. Les Bahamas, en revanche, qui offrent peu de relief, ont des précipitations annuelles réparties d'une façon homogène inférieures à 50 pouces (46). Sur Anguilla, les précipitations sont si insignifiantes que seuls 10 % de sa superficie sont cultivables et aucun arbre à proprement parler n'y pousse: on n'y rencontre qu'une végétation basse, adaptée à cette semi sécheresse permanente (47).Aucune rivière ne coule sur Antigua. On n'y trouve que quelques sources (48) jaillissent qui à peu de distance des côtes.
Carte 2
ITINÉRAIRES ORDINAIREMENT SUIVIS PAR LES OURAGANS DANS LA MER DES CARAïBES

Océan
Atlantique

t
Tropique

du

Cancer

Océan
I

Pacifique

o

I

kill

1000 I

22

Carte 3
CARTE DE LA DOMINIQUE, permettant de constater l'incidence que le relief accidenté et les variations pluviométriques internes ont sur l'agriculture: grande diversification et éParPillement sur la périphérie de l'île.

o M;I.. 5 Scal. all map.

~,
200.250'

'"~

::: ::
~

:::

100".150"pa. 50".100', Und., 50""

. . . . . .. . .. . .

==

Road.

150".200"'

j

_ ~
::ii:: :::ii::: Banan.. . l,mes J ~:~::. Coc"ut.

.. ...:... :. :::. q,Œ]iJ ""i2j.

Oth., "op. mainlY food PO"'" '''p' Fo,,~'and;n pl".. .hiftm9"Iti"'"n.

RELIEF

PRECIPITATIONS

REPARTITION

DES CULTURES

Source: John

Macpherson,

Caribbean Lands, London,

1970, p.97.

Les conséquences

de ces particularités climatiques peuvent être

vitales. Les Bahamas ne peuvent rien cultiver sur leur sol, tant à cause de la nature de celui-ci, essentiellement d'origine coralienne, que de l'insuffisance des précipitations. Il faut attendre les premières pluies pour pouvoir planter, tandis que l'eau potable de Nassau est obtenue par déssalement de la mer (49).En revanche, l'île de Grenade, qui possède une côte sous-le-vent aride, une côte abritée, et des hauteurs pluvieuses avec un sol fertile, a réussi à diversifier ses productions agricoles. La Dominique, largement inondée à longueur d'années comme nous l'avons vu, et bien pourvue en sources, vend de l'eau potable à (50) qui en manque. De même, notre sous-préfecture de Saint-Martin les 16 (sur 18) millions de Kw/h qu'elle consomme proviennent de
barrages hydro-électriques (51).

Saint- Vincent, d'une façon comparable, produit 60 % de son A énergie par hydro-électricité (52). l'inverse, une pluviométrie particu23

de sources (comme sur l'île de Moustique) empêche toute agriculture cohérente dans certaines îles Grenadines et oblige parfois des transferts d'eau par bateau d'une île à l'autre pour permettre de faire face aux nécessités (53). Au Bélize, ce sont les immenses forêts qui lui assurent une relative indépendance énergétique (54). A l'opposé des généreuses pluies dont bénéficient certaines îles à certaines saisons, les Antilles pâtissent aussi de la sécheresse, plus fréquente qu'on ne le croit. Nulle ne peut prétendre y échapper une année ou l'autre. En 1967, le service municipal des eaux de Kingston, en Jamaïque, devait diminuer l'approvisionnement des ménages pour répartir la pénurie au profit de l'agriculture. Les îles dont l'économie repose sur la monoculture sucrière, comme la Barbade ou Antigua, peuvent voir leur production, et donc leurs ressources, diminuer de moitié (55). En revanche la région ne connaît pas l'hiver: la température moyenne régionale en juillet (800 F - 240 C) égale celle de janvier (770 F 230 C) (56).

lièrement irrégulière et une insuffisance - voire une absence -

c. LA GÉOLOGIE DES ANTILLES Cinq groupes d'îles peuvent être distingués: I) Les Grandes Antilles issues de formations continentales centreaméricaines. 2) Les Petites Antilles d'origine volcanique. 3) Les îles issues de formations non volcaniques. 4) Les îles issues de formations continentales sud-américaines. 5) Les Bahamas. Tout d'abord les Grandes Antilles au caractère montagneux très accusé, qui est dû à des plissements contemporains des autres formations d'Amérique continentale. Elles sont vieilles de 25 à 70 millions d'années, mais ne sont pas volcaniques. Cet ensemble comprend: Cuba, Hispaniola, la Jamaïque, Porto Rico et les îles Vierges en bout de chaîne. Ces îles sont suffisamment vastes pour que leurs paysages soient variés. En Jamaïque, des troupeaux de vaches paissent paisiblement dans les prairies verdoyantes et vallonnées des contreforts des Blue qui Mountains (57) s'élèvent à 2 257 mètres. Sur Hispaniola, au terrain plus contrasté, le point culminant s'élève à 3 175 mètres, tandis qu'une dépression proche descend à - 40 m au-dessous du niveau de la mer (58).Parmi les Petites Antilles, on distingue d'une part l'arc interne des îles, et d'autre part l'arc externe. L'arc interne est en fait une chaîne de volcans proprement caraïbes, 24

correspondant à une cassure de l'écorce terrestre, qui se compose donc d'îles montagneuses et volcaniques; en descendant l'arc du nord vers le sud, on rencontre les îles de Saint-Kitts (mont Misery, 1 156 mètres), Nevis (mont Nevis, 985 mètres), Montserrat (la Soufrière, 915 mètres), la Guadeloupe (la Soufrière, point culminant des volcans antillais à 1 484 mètres), la Martinique (montagne Pelée, 1 432 mètres), SainteLucie (Morne Gimie, 958 mètres), Saint-Vincent (la Soufrière, 1 234 mètres), La Dominique (Morne Diablotin, 1 422 mètres) et Grenade (mont Sainte-Catherine, 840 mètres). Sur cette dernière, le port naturel de Saint-George's, la capitale, ainsi que celui de Castries sur Sainte-Lucie, sont formés par l'arc à peine émergé d'un volcan éteint. Pour illustrer à quel point ces volcans surgissent littéralement de la mer, signalons la Soufrière de Saint-Vincent qui atteint 1 234 mètres à quelques 3 kilomètres de la côte. Seuls les points culminants ont été cités mais de nombreuses îles hébergent plusieurs cratères dont la plupart laissent échapper des fumerolles sulfureuses, telles Montserrat ou Saint-Kitts (59), tandis que d'autres, temporairement endormis, servent de réceptacles à des lacs suspendus entre ciel et mer. L'explorateur naturaliste Charles-Alexandre Lesueur avait été impressionné par la végétation luxuriante, les fougères aborescentes et les arbres couverts d'épiphytes qui entouraient celui qu'il atteignit sur l'île de la Dominique (60).L'un des plus grands étangs se situe à 530 m d'altitude (61).Sur Grenade, on trouve des sources d'eau minérale froide, signe que le mont Sainte-Catherine est pour l'instant peu agressif tandis qu'à Nevis, la station thermale de Bath est fréquentée
depuis le XVIIIe siècle (62).

L'arc externe des îles, en revanche, suit le tracé du soulèvement sous-marin que la chaîne de volcans a provoqué. Ces îles ne sont donc pas volcaniques et nullement montagneuses: l'île de Barbuda culmine Elles à 60 m, celle d'Anguilla à 65 et celle de Sombrero à... 12 m (63). sont en revanche, pour une bonne part de leur surface, coraliennes. Cela concerne Anguilla, Saint-Martin, Barbuda et Grande-Terre, la moitié orientale de la Guadeloupe. Le quatrième groupe, tout à fait dans le sud de la région, mais épargnant la Guyana solidement installée sur le plateau continental, est une prolongation de la chaîne andine, et s'avance jusqu'à la Trinité- Tobago et la Barbade, sans que leurs sommets, qui ne sont pas volcaniques, ne s'élèvent à des hauteurs 'comparables à celles des autres ce îles. La Barbade à ce propos est une île entièrement sédimentaire (64), qui explique son heureuse fertilité. Le cinquième et dernier groupe est celui que composent les Bahamas avec les îles Turk et Caïque, qui en sont le prolongement. Grand nombre de ces îles sont presque davantage des hauts-fonds ou des récifs coralliens que des îles au sens traditionnel du terme. Le point culminant des Bahamas s'élève à 120 mètres, la moyenne se situant en dessous de 50 mètres. 25

c

E ~

A

N ~ --~...

.

~
j
.~ -"='

o

i i

~ ~

<::! .... ~

o'

v

~! ~~4,.~ ~! Vfi ~
.' ~:\ 111." ~ . ~~zIl
u

I ~ ~ ~ ~ iji~J J,fo<;".J

~~~

n~
Fl
f\J

8
c o ..c 0. u
'" v. ~

,
J....

5~ 6~:>~S:~~ ~>. ~~ ~ 8 0 ,~' ,. :OS:!-3 . '''

l
~

j

<f

~ r~...~
> ~ ~~,

~ u 0 ~ ~

~ '/<:':"'~I~

"''1b" .\"1.:(-

"
~'" ~ ..

\'\1

"1:
'<I
CI)

~~~

I I

~~~ ~
., w i" ,'I I I I « I -' I 0 I _
z

:E c ..c o ......,
;:! c CI')
'"

<IS

::

"
'" ~l', I,

<!:

«
"1: '<I

:<t.

"f' '" t: ~U

, ..~

CI)

"J:

~Q::I

.....

'" Q) '" ..0 :c;; I-. CIS

U
Q) '" '"0 ~

Q::

"1: I.>

.-

..0
Q) '" ~

'" CIS '"

CIS

'"0 Q) I-. ...
Q) '" I-. I-. Q)

... 1/1 II:: C

Q) U I-. o U 'Q)
0 0

...

:J z «

-Q)
'"0 Q) '" I-. ... =' u CIS J:: Q) '" ~ '"

Uw.... ~j:~ ~8 ti;~~r ... !!!
:I: II:: 0 « u

26

La chance de cet État a été - et reste - de se trouver sur le chemin de l'histoire: celui des pirates au temps où chaqu~ baie de chaque île servait de repaire et de cache à trésors; celui des Etats-Unis au temps

de la guerre d'indépendance
guerre civile (prêtant refuge

(donnant asile aux Loyalistes)
aux Sudistes)

(65),

de la
(66)

et de la prohibition

; celui des alliés lors de la Seconde Guerre mondiale; celui, enfin, des grands financiers (c'est un « paradis fiscal ») et des touristes fortunés qui viennent se refaire un bronzage lorsque l'hiver est au plus froid dans l'hémisphère nord. La seule production minérale des Bahamas, à une époque où la prospérité d'une nation semble ne relever que de ce seul critère, est le sel que l'on obtient par évaporation de l'eau de mer, dans le plus grand
Carte 5
CARTE DES BAHAMAS MONTRANT L'ÉPARPILLEMENT QUI COMPOSENT L'ARCHIPEL
7S'W I o '1>
.....

(abritant dans de vastes depôts tout le commerce des trafiquants)

DES MILLIERS

D'îLES

.<\ '(' Grand," Bahama I.

~.,

ia.mi "

. .
Andro~
.

t
"
' '

.
,

Great

I I

BAHAMAS
, o
Miles , 100
, 200

Abaco I.

,

,.., -

;l.N~,~:.\,

"'::~,:,___U
'" \
__E~~e~; 1'_,

--

2S'N

.,
HO --

~
:

.,

ISan Salvador
Trop'c of Cancer

,;;

--.

-

\\~
\.

L:n9 I.

c
'"

"

s'

I
'

J-~

,---c:;> o "'\....J

Ragged

Is,

/;Acklin's

C.i,os ~ands

Great. .... Ina9Ï!!:i1

Islands'

Turks',:

. .

" ,.

'

"

<1

20'N--

...... \\C:J

I I

sd'w

?S'w

Source: John Macpherson,

Caribbean Lands, London

1970, p. 121. 27

(67) sur l'île de Great-Inagua. complexe de production de sel du monde L'île de North Caico n'a longtemps été utilisée que comme mine de

sel

(68).

Le patrimoine naturel de ces îles se réduit donc à très peu de chose: rien n'y pousse sinon quelques arbustes, des pins et des palmiers; aucune agriculture ne peut s'y développer et, de ce fait, (69) l'activité agricole ne représente que 4 % du P.I.B. de l'économie des Bahamas, alors que les banques et le tourisme en représentent Il 56 % (70). faut importer toute la nourriture et ne pas compter sur la rente de la terre pour vivre. Après la guerre dè Sécession, les planteurs venus s'installer aux Bahamas essayèrent de reprendre la culture du coton. Mais cela ne dura pas (71).Plus récemment, une tentative de culture industrielle de tomates fut abandonnée au bout de quelques années. La présence d'îles volcaniques indique que les Antilles sont situées dans une zone en pleine évolution: certains volcans (la Soufrière en Guadeloupe, la montagne Pelée à la Martinique, la Soufrière à Saint- Vincent) sont encore très actifs, et les tremblements de terre sont fréquents. Au nord de la Grenade, un volcan sous-marin progresse Une éruption volcanique de Saintdiscrètement et régulièrement (72). Vincent, le 7 mai 1902, fit 2 000 morts et dévasta le tiers de l'île, et le dernier tremblement de terre de la Jamaïque en 1957 fit d'importants dégâts, bien qu'il ne fût en rien comparable avec celui de 1692 : c'est en effet le 7 juin de cette année que la célèbre ville de Port-Royal, véritable repaire de pirates et ville de « perdition» selon toutes les références de l'époque, fut engloutie par les flots lors d'un violent tremblement de terre. Près de son emplacement a été construite la capitale actuelle, Kingston. On dit également qu'un grand nombre des derniers Indiens caraïbes de Saint-Vincent périrent dans les éruptions de 1812 et de 1902 (73\ la nature s'alliant à l'homme pour effacer toute trace des derniers témoins de la conquête. Pourtant les fumerolles de la Soufrière à Sainte-Lucie, loin de détruire et d'effrayer, sont devenues des buts d'excursions (74)d'autant plus prisées que, de mémoire d'homme, aucune éruption n'y a jamais été observée (75). Les îles d'origine volcanique nous offrent tout d'abord une variété de paysages: d'imposants massifs montagneux couverts de forêts vierges - ou de ce qu'il en reste - et des bandes côtières plus ou moins larges. Le plus souvent, aux formations volcaniques ont succédé des mouvements telluriques soulevant des fonds marins jusqu'au niveau de la mer et constituant ainsi de larges plateaux côtiers à l'est des volcans. Ceci est particulièrement évident à la Guadeloupe avec Basse-Terre - la mal nommée - qui est formée d'une masse volcanique où la Soufrière culmine à 1 484 mètres, et Grande-Terre, de taille presque identique, mais qui présente un paysage sans relief. Même les îles les plus petites sont sujettes à une activité volcanique: 28

à Montserrat, dont le volcan s'appelle également la Soufrière (76), des tremblements de terre ont secoué l'île deux fois dans ce siècle, en 1936 et 1966. Être situé dans une zone volcanique présente, nous venons de le voir, des risques. Une éruption devient vite une catastrophe nationale durable. Mais l'homme sait également le parti qu'il peut en tirer. A Sainte-Lucie, on envisage la construction d'une centrale électrique alimentée par les sources chaudes du cratère du mont Petit Par ailleurs, les îles d'origine volcanique bénéficient évidemPiton (77). ment d'une grande fertilité et vont même jusqu'à assurer celle des voisines: on dit que l'île de la Barbade se trouva recouverte de plusieurs centimètres de cendre à la suite de l'explosion de la Soufrière de Saint-Vincent (78)en 1812, bien que située à près de 180 km à l'est. Les premiers colons espagnols, au XVIesiècle, s'émerveillaient de voir à quel point les fruits et produits qu'ils avaient apportés avec eux,

poussaient facilement et abondamment
«

(79)

:

Tous les fruits qui sont apportés d'Espagne dans cette île y prosPèrent
et viennent à maturité à tout moment de l'année, de même que
»

merveilleusement

toutes sortes de plantes très bonnes et agréables à manger.

Encore faut-il que toutes les règles propres à l'agriculture soient respectées. On abusa de cette fertilité en Haïti sans prendre garde aux risques d'érosion auxquels sont sujets les pays montagneux et en cultivant à l'excès les caféiers - qui exigent beaucoup de la terre -la fertilité de ce pays a été en grande partie anéantie (80). Les paysages de la Martinique et de la Dominique sont ceux de montagnes abondamment boisées. A la Dominique où la montagne tombe directement dans la mer, la moindre vallée isole du reste du monde les villages qui y sont installés, et l'ingratitude complexe du terrain (81) empêche de les relier par des routes convenables à Roseau, ; la capitale (82) il fallut attendre 1956 pour que Roseau et Portsmouth, les deux villes de l'île, soient reliées par la principale route du pays: (83). Dans un tel contexte d'absence d'infrastructure l'« Imperial Road» routière, une économie moderne ne peut se développer, ni même réellement démarrer. La nature des cultures diffère selon la configuration générale de chacune des îles. La canne à sucre exige un terrain plat, ce qui en limite la culture dans les îles trop accidentées. A l'inverse - c'est le cas à la Dominique -les variations de température entre le littoral et les terres hautes interdisent l'intensification de l'exploitation de certains secteurs agricoles qui nécessitent un cIlmat homogène. Cela entraîne parfois une diversification coûteuse et peu rentable. Il n'en reste pas moins que la monoculture reste la plaie de certains pays, dépendant des importations pour le reste: à la Barbade, 85 % des terres 29

L'île, relativement plate, cultivables sont plantées de canne à sucre (84). s'y prête. A la Grenade, en revanche, la fertilité naturelle du sol permet un style de vie conforme à une certaine idée que les Européens s'en font, mais sans doute peu propice au développement d'une économie vigoureuse: I only drive when it's convenient! déclare un chauffeur de (85), taxi qui possède par ailleurs un petit lopin de terre

CONCLUSION

Nécessairement, cet isolement et cet éparpillement imposés, avec les particularismes qui les caractérisent, ont entraîné d'innombrables petits nationalismes locaux. Des îles parfois minuscules veulent faire sécession d'une « métropole» à peine plus grande qu'elles-mêmes: Tobago vis-à-vis de la Trinité, Carriacou vis-à-vis de Grenade, Barbuda vis-à-vis d'Antigua. Ces velléités d'indépendance politique sont régulièrement réactualisées. Certaines ont même réussi: Anguilla n'est plus rattachée à Saint-Kitts-Nevis ni les îles Caymanes à la Jamaïque; même l'autorité de Grand Cayman est contestée par l'île de Cayman Brae (86). D'ailleurs, comment être surpris d'un tel esprit de corps, ou de clocher, selon la dimension que l'on veut donner à ce phénomène? Chaque île forme une seule et vaste famille, ainsi que le notait Charles E. Cobb dans un reportage sur l'île de Grenade where everyone seems to be family, friend or neighbor (87).

II. LES PRODUCTIONS

AGRICOLES ET MINÉRALES

Il est généralement admis que 50 % de la population des Antilles travaillent dans l'agriculture. L'autre moitié occupe des emplois dans le commerce, les services, la petite industrie (88),ou bien subit un chômage plus ou moills endémique et chronique. Il nous faudra dans ce chapitre faire une distinction sur laquelle nous avons déjà attiré l'attention du lecteur, ce que nous serons amenés à faire encore ultérieurement, à savoir celle qui oppose les territoires continentaux et les territoires insulaires et parmi ces derniers les « gros » et les « petits ». La nature a doté les uns et les autres de moyens et de richesses propres qui ne permettent pas d'en traiter en des termes égalitaires. En règle générale, on trouve à l'est une côte abondamment arrosée et verdoyante, et à l'ouest une côte sèche et inculte. Chaque île a dû 30

adapter son agriculture à cette donnée climatique. En outre, la proportion de terres arables varie sensiblement d'une île à l'autre, de même que les ressources minérales, si importantes à l'équilibre des économies modernes. On remarquera qu'à l'inverse des Antilles hispanophones qui, sans doute parce qu'elles étaient plus grandes, ont de tous temps diversifié leurs productions agricoles, les Antilles britanniques ont concentré leurs activités sur le sucre. Ce sont les circonstances locales qui les y ont conduites (89). climat s'y prêtait; la petitesse des îles ne permettait Le pas d'envisager la culture du coton qui exige de vastes champs; le monopole de la Viriginie sur le tabac n'aurait jamais assuré sa réussite économique dans les îles; il avait cependant composé la première culture industrielle des Antilles jusque vers la moitié du XVIIesiècle et c'est même à l'île de la Trinité que la Virginie doit les premiers plants Ce qui lui valurent par la suite le succès que l'on connaît (90). fut donc la canne à sucre qui l'emporta:
«

... mais lorsqu'on y eut cultivé la canne pendant deux ou trois ans, on se

rendit compte que c'était la meilleure culture pour mettre toute l'île en valeur; on mit donc tout en œuvre pour améliorer les procédés d'exploitation et pour fabriquer du sucre: mais ce fut néanmoins un apprentissage de longue haleine (9/). "

Bien que nécessitant de gros capitaux pour son implantation (achat de terres, construction d'usines de raffinage), l'incroyable réussite du sucre témoigne de l'évidence presque naturelle de ce choix. Pour les pays dépourvus de ressources naturelles suffisantes, des activités relevant du secteur tertiaire ont été créées: finance internationale (Bahamas, îles Caymanes), exportation massive de de jeux de timbres-poste de collection (92),tentative d'instauration hasard à Anguilla en 1969 (ce qui lui valut d'être remise vigoureuse(93), tourisme de luxe, etc. ment au pas, par les troupes britanniques Le grand tourisme, de nos jours, ne se « développe » pas, comme on pourrait le dire d'une entreprise qui accroît régulièrement ses bénéfices, crée des emplois et construit des usines: il est davantage implanté de toutes pièces, de A à Z, avec hôtels, terrains de golf, complexes sportifs, commerces de luxe ou détaxés, à l'aide de moyens considérables qui annihilent les simples bonnes volontés démunies de soutien financier et réduisent à néant les efforts les plus méritoires. Plus que d'autres régions du monde, les îles des Antilles répondent aux normes modernes de l'activité touristique-type. Les plus gros consommateurs de farniente caribéen sont les Américains et les Canadiens: tous rêvent d'y passer leurs vacances d'hiv~r, en famille (même si les dates ne correspondent pas aux congés scolaIres), l'essentiel étant de s'assurer huit jours au soleil, entre décembre et mars. Il faut que tout soit confortable, luxueux, accompagné d'une 31

lourde infrastructure

sportive, que les yachts puissent accoster et les

avions

«

charter

»

atterrir. Les îles les plus proches de l'Amérique du

Nord semblent avoir bénéficié de tels aménagements plus complètement que les autres, et se sont organisées pour que cela se sache: les îles Caym,anes ont ouvert des bureaux de représentation dans quatre (94) la Jamaïque dans trois ; ville des ~tats-Unis, et un autre à Toronto villes des Etats-Unis et une au Canada; les îles Vierges ont leur propre bureau à New-York, et Antigua également avec un autre à Toronto, sans oublier les Bahamas qui ont ouvert dix représentations sur l'ensemble de l'Amérique du Nord. Les autres, hormis la Barbade et la Trinité-Tobago qui gèrent leur industrie touristique de façon autonome, doivent se partager le même bureau du Caribbean Tourism Association, installé à New-York. La récession américaine en 82-83 a montré que le marché du tourisme reste incertain. Ceux dont l'économie repose en totalité sur lui en ont subi le contre-coup et tous comptent dessus pour une bonne part de leur P.N.B.

A. LES PAYS CONTINENTAUX

La Guyana Bien que d'une taille comparable à celle de son ancienne ; mère patrie, la Guyana n'a que quelques 940 000 habitants (95) mais pour les faire vivre et travailler, elle manque de terres arables (96). Seule une mince bande côtière (où se trouve 90 % de la population) est cultivable. A l'exception de la région du Rupununi, ce sont 76 % du pays qui sont recouverts de la forêt amazonienne inexploitée et
inhabitée (97).

En outre, de très vastes étendues de cette côte alluviale se trouvent situées en dessous du niveau de la mer: les premiers colons hollandais ont fort bien su appliquer avec l'efficacité désirable l'ingénieuse technique des polders à laquelle les Pays-Bas doivent leur existence et leur prospérité. Mais leur entretien et leur extension rendent l'agriculture guyanaise coûteuse (98). A l'origine, et jusqu'à l'abolition de l'esclavage, c'est la culture de la canne à sucre, sur de grandes plantations, comme dans le reste des Antilles, qui faisait l'essentiel de l'économie guyanaise. Ultérieurement, avec l'arrivée des Indiens du Bengale, commença la culture du riz, sur des terrains précédemment destinés à la culture de la canne à sucre et donc déjà irrigués par d'importants réseaux de petits canaux (99). Cette nouvelle culture prit une importance croissante
32