Les Archives secrètes de la Wilhelmstrasse, Tome 5, Livre II

Les Archives secrètes de la Wilhelmstrasse, Tome 5, Livre II

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Livres
148 pages

Description

Vouées à la destruction selon les ordres d'Hitler, les archives de la Wilhelmstrasse, le ministère des Affaires étrangères du IIIe Reich, échappent de peu à l'embrasement de Berlin à la fin de la Seconde Guerre mondiale pour tomber dans leur grande majorité aux mains des Alliés.Un immense travail d'analyse de ces archives fut mené, de 1946 à 1948, par les gouvernements américains, anglais et français. Ses résultats sont regroupés dans ces neuf tomes, qui contiennent l'ensemble des documents diplomatiques de l'Allemagne nazie de septembre 1937 à juin 1940. Sources inestimables sur la politique étrangère du IIIe Reich, ils nous font entrer dans les coulisses de la diplomatie allemande et apportent un éclairage fondamental sur la préparation de la guerre, le jeu des alliances et la stratégie du Führer.

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Date de parution 01 janvier 2014
Nombre de lectures 19
EAN13 9782365835640
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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LES ARCHIVES SECRÈTES
DE LA WILHELMSTRASSE
CHEZ LE MÊME ÉDITEUR :
Les Archives secrètes de la Wilhelmstrasse.
I.De Neurath à Ribbentrop(septembre 1937-septembre 1938).
II.L’Allemagne et la Tchécoslovaquie(1937-1938).
III.L’Allemagne et la guerre civile espagnole
(1936-1939).
IV.Les suites de Munich(octobre 1938-mars 1939).
V.LIVRE I.L’Allemagne et la Pologne. Les petites puissances de l’ Europe(juin 1937-mars 1939).
LES ARCHIVES SECRÈTES
DE LA WILHELMSTRASSE
Ouvrage publié avec le soutien du CNL © Nouveau Monde éditions, 2013 ISBN : 9782365835640
ONT ÉTÉ CHARGÉS DE LA PUBLICATION GÉNÉRALE DES DOCUMENTS ALLEMANDS (1)
Pour les États-Unis : Bernadotte E. Schmitt, directeur de publication, Paul R. Sweet, John Huizenga, Norman Rich, Arthur G. Kogan, Friedrick Aandahl, Anna Maria Herbert.
Pour la Grande-Bretagne : Miss Margaret Lambert, directeur de publication, MM. E. K. Bramsted, K. H. M. Duke, P. Ericsson, M. H. Fisher, D. C. Watt.
Pour la France : Professeur Maurice Baumont, directeur de publication, MM. Georges Bonnin, André Scherer, Jacques Grunewald. (1) Cette liste mentionne les personnes chargées de la publication des documents à l’époque de l’achèvement du travail éditorial sur le présent volume. Ont antérieurement collaboré à la préparation de ce volume :
États-Unis : Raymond James Sontag (septembre 1946-juillet 1949), James Stuart Beddie (octobre 1946-août 1950), E. Malcolm Carroll (octobre 1946-août 1949), Jean Brownell Dulaney (décembre 1946-avril 1951), Fritz T. Epstein (octobre 1946-juillet 1948), Otto Pflanze (janvier 1948-août 1949, Joachim Remak (décembre 1947-juillet 1951).
Grande-Bretagne : John W. Wheeler-Bennett (septembre 1946-mai 1948), James Joll (juin-décembre 1948), général sir James Marshall-Cornwall (juin 1948- janvier 1951), L. Branney (septembre 1946-juillet 1948), T. F. D. Williams (septembre 1947-septembre 1949), W. H. C. Frend (mars 1947- octobre 1951).
Pour la France : Jean Estienne (juillet 1947-avril 1950), Léon de Groër (juillet 1947-octobre 1950).
(422)
LES ARCHIVES SECRÈTES DE LA WILHELMSTRASSE
CHAPITRE VIII
LE PROCHE-ORIENT er (1 juin 1937 - 18 avril 1939)
Le ministre des Affaires étrangères du Reich à l’ambassade à Londres au consulat général à Jérusalem, et à la légation à Bagdad.
TÉLÉGRAMME
er Berlin, le 1 juin 1937.
La récente évolution en Palestine (1) nécessite la prise d’une décision sur ce que sera l’attitude de l’Allemagne à l’égard de la formation éventuelle d’un État juif ou d’une construction politique juive sous mandat britannique. Voici, pour l’orientation de vos conversations: 1° La formation d’un État juif ou d’une construction politique juive sous mandat britannique ne concorde pas avec l’intérêt de l’Allemagne car un État palestinien n’absorberait pas la Juiverie internationale, mais il créerait à son profit une position de droit international supplémentaire, comme c’est le cas pour l’État du Vatican en ce qui concerne le catholicisme politique, ou pour Moscou en ce qui concerne le Komintern. 2° L’Allemagne a donc intérêt à renforcer le contrepoids que constitue le monde arabe en face de l’éventuel accroissement de pouvoir de la juiverie internationale. 3° Il ne faut pas s’attendre, évidemment, à ce qu’une intervention allemande directe influence essentiellement l’évolution de la question palestinienne. Il serait néanmoins judicieux de ne pas laisser les gouvernements étrangers intéressés dans l’ignorance complète de notre point de vue.
Additif pour Londres.
Veuillez en conséquence indiquer au gouvernement britannique, lorsque l’occasion s’en présentera, que l’Allemagne, elle aussi, s’intéresse à l’évolution en Palestine. Bien que l’Allemagne ait jusqu’à présent favorisé dans la mesure du possible l’émigration vers la Palestine des Juifs de nationalité allemande, ce serait une erreur de croire qu’elle accueillerait avec faveur la formation, en Palestine, d’une construction politique plus ou moins sous direction juive. Nous ne pensons pas que la création d’un État juif en Palestine seconderait les efforts faits en vue d’une détente internationale.
Additif pour Bagdad.
A ce propos, la compréhension dont fait montre l’Allemagne pour les aspirations nationalistes arabes devrait se manifester plus clairement que jusqu’à présent, sans
toutefois que des promesses précises fussent faites.
Additif pour Jérusalem.
Les mesures économiques et politiques en vue d’encourager l’émigration juive (Haavara), qui pourraient éventuellement résulter de cette situation sur la base de vos propositions, feront l’objet d’une décision ultérieure.
(423)
Télégramme-circulaire du ministère des Affaires étrangères (2).
NEURATH.
Berlin, le 22 juin 1937.
concerne:de l’Allemagne à l’égard de la question de la création d’un État juif en position Palestine. Les désordres qui se sont produits en Palestine en 1936 ont provoqué l’institution d’une commission royale britannique sous la direction de lord Peel. Cette commission a été chargée de vérifier les revendications juives et arabes en Palestine et de trouver une solution au conflit judéo-arabe. Le rapport de la commission, terminé entre temps, n’a pas encore été publié. On sait toutefois par des commentaires de presse que ce rapport envisage un partage de la Palestine en une zone arabe et une zone juive. La presse juive — en Allemagne aussi — plaide depuis des mois, de la façon la plus passionnée, en faveur de la création d’un État juif, ou tout au moins d’une construction étatique sous direction juive et sous mandat britannique, en liaison avec une propagande pour l’extension la plus vaste possible du territoire qui sera attribué aux Juifs. Dans la presse étrangère favorable aux Juifs, le judaïsme mondial orchestre habilement, et bruyamment, le leitmotiv de la création d’un État juif en Palestine. D’après les rapports des ambassades d’Allemagne à Stockholm et à Helsinki, les leaders sionistes connus ont approché les gouvernements suédois et finlandais et tenté d’obtenir leur soutien en vue de cette création. Le monde arabe suit cette évolution avec un intérêt brûlant et combat toute mesure prise par la puissance mandataire, susceptible de renforcer l’influence juive en Palestine. Le monde arabe, lui aussi, commence à mobiliser la presse mondiale et à attirer l’attention sur le danger que constituerait un État juif en Palestine. Selon des rapports dignes de créance, les gouvernements des États arabes — notamment d’Irak, mais aussi d’Égypte — font cause commune avec les Arabes de Palestine. L’attitude des divers gouvernements à l’égard de l’éventualité de la création d’un État juif en Palestine n’est pas toujours claire, tout au moins jusqu’à présent. On ne peut pas encore discerner ce que seront les recommandations que va faire la commission Peel au gouvernement britannique. A une question que lui posait l’ambassadeur d’Allemagne, le ministre des Affaires étrangères britannique Eden a seulement répondu que la solution de la question palestinienne était l’un des plus difficiles problèmes de la politique étrangère britannique. En fait, la puissance mandataire, la Grande-Bretagne se trouve dans la difficile situation d’avoir à tenir loyalement la promesse faite pendant la guerre par Balfour, de créer un « foyer national juif » en Palestine, sans cependant négliger certaines considérations urgentes de l’Empire à l’égard du monde arabe. On peut supposer que, dans l’état actuel des choses, ces considérations sont assez puissantes pour exclure momentanément une solution qui tiendrait pleinement compte des aspirations juives. Par ailleurs, il ne faut pas perdre de vue que le judaïsme international,
surtout aux États-Unis d’Amérique, cherche, non sans succès, à influencer la décision du gouvernement britannique. Une position assez claire, et d’ailleurs négative, a été adoptée par l’opinion publique italienne. Ces derniers temps, des commentaires de presse italiens, soumettant à un examen critique la question juive, se sont multipliés. L’attitude italienne à l’égard de l’idée d’un État juif en Palestine résulte en fait, moins d’une animosité antisémite que de la crainte de voir l’Angleterre utiliser un État juif en Palestine comme plate-forme de sa politique méditerranéenne. Le langage de la presse juive montre que cette crainte n’est pas absolument sans fondement. En effet, celle-ci — d’ailleurs peut-être uniquement pour avoir l’oreille et s’attirer la bienveillance de la commission Peel — fait constamment ressortir l’identité des intérêts juifs et britanniques en Palestine. La déclaration d’amitié faite par Mussolini aux Arabes à l’occasion de la remise du « glaive de l’Islam (3) », pourrait être aussi une indication permettant de juger l’attitude italienne à l’égard de l’évolution en Palestine. Pour autant qu’on puisse s’en rendre compte jusqu’à présent, les intérêts français en Méditerranée ne seraient pas affectés dans la même mesure que la sphère d’influence italienne, par la création d’un État juif en Palestine. Il n’est toutefois pas possible de déterminer quelle serait la position qu’adopterait la France à l’égard d’une résolution que déposerait la Grande-Bretagne devant la commission des Mandats de la Société des Nations sur une réorganisation du mandat palestinien. Les événements qui viennent d’être décrits ont eu pour conséquence la révision de la position allemande à l’égard du problème que pose la création d’un État juif en Palestine. L’objectif primordial de la politique allemande vis-à-vis des Juifs était jusqu’à présent de favoriser autant que possible leur émigration d’Allemagne. Des sacrifices ont même été faits en ce qui concerne notre politique des devises, afin d’atteindre cet objectif. Par suite de la conclusion d’un accord de transfert avec la Palestine, (accord Haavara (4), les Juifs allemands émigrant en Palestine sont autorisés à emporter, afin d’assurer leurs moyens d’existence, une somme déterminée, sous forme d’exportations allemandes supplémentaires vers la Palestine. Cette mesure allemande, dictée par des considérations de politique intérieure, favorise virtuellement la consolidation du judaïsme en Palestine, et accélère la formation d’un État juif palestinien. Elle peut donc contribuer à répandre l’opinion erronée que l’Allemagne considère avec sympathie la création d’un État juif en Palestine. La réalité est que l’Allemagne a le plus grand intérêt à ce que le judaïsme reste dispersé, car la question juive ne sera pas encore résolue pour l’Allemagne lorsque aucun membre de la race juive ne se trouvera plus sur le sol allemand. L’évolution de ces dernières années a en effet démontré que le judaïsme international sera nécessairement toujours l’ennemi idéologique, et par conséquent politique, de l’Allemagne nationale-socialiste. C’est pourquoi la question juive est en même temps l’un des problèmes les plus importants de la politique étrangère allemande. L’Allemagne a donc un intérêt considérable aux développements palestiniens. Car un État palestinien n’absorbera pas le judaïsme, mais — par une certaine analogie avec la situation du Vatican — il lui procurera une puissance supplémentaire, basée sur le droit international, et qui pourrait se révéler fatale pour la politique étrangère allemande. Bien qu’une ingérence directe dans l’évolution de la question palestinienne ne soit pas dans nos intentions, l’ambassade d’Allemagne à Londres, de même que la légation d’Allemagne à Bagdad et le consulat général d’Allemagne à Jérusalem ont reçu des instructions qui tiennent compte de ce point de vue. 1° Le gouvernement britannique a été informé par l’ambassadeur d’Allemagne à Londres
que si l’Allemagne a effectivement favorisé jusqu’à présent l’émigration des Juifs vers la Palestine, il serait toutefois erroné de penser qu’elle accueillerait favorablement l’établissement, en Palestine, d’une construction politique plus ou moins sous direction juive. En présence de l’agitation antiallemande provoquée par le judaïsme international, l’Allemagne ne peut pas croire que la création d’un État juif palestinien contribue à l’évolution pacifique des peuples. 2° La légation d’Allemagne à Bagdad a reçu pour instruction de manifester avec plus de netteté qu’auparavant l’intérêt que l’Allemagne porte aux aspirations nationales arabes. 3° Jérusalem a reçu des instructions analogues. Dans quelle mesure ces instructions de politique étrangère seront-elles susceptibles de modifier les mesures de politique intérieure dans le domaine de notre politique d’émigration? Ceci dépend actuellement de l’examen auquel se livrent les autorités allemandes de l’intérieur compétentes et de la décision qu’elles prendront. Je vous prie de rendre compte si les efforts faits par le judaïsme dans le but d’éveiller l’intérêt du public ou du gouvernement auprès duquel vous êtes accrédité, à la création d’un État juif palestinien, sont perceptibles.
(424)
N° Pol 37.
BÜLOW-SCHWANTE.
Le consul général à Jérusalem au ministère des Affaires étrangères.
Jérusalem, le 13 juillet 1937.
Reçu: 17 juillet.
concerne:de la Palestine en trois zones, et ses conséquences pour les colons partage allemands. Le Landesgruppenleiter et moi-même avons discuté avec les maires et les Ortsgruppenleiter des établissements allemands en question, sur la situation qui résulterait de l’exécution du projet de partage en trois zones (5). J’ai dit qu’il fallait compter sérieusement avec la possibilité de l’exécution du projet de partage en trois zones, élaboré par la commission royale et approuvé par le gouvernement britannique, car l’Angleterre veut de toutes façons se débarrasser des obligations résultant pour elle de la déclaration Balfour et de l’actuel mandat. L’opposition des Arabes au plan de partage n’est pas unanime, et la possibilité de son acceptation par l’émir Abdullah (6) et le parti Nashashibi (7) ne peut pas être exclue. Et bien que pour des raisons tactiques, il existe une forte opposition juive au projet, nous devons envisager, de ce côté aussi, une acceptation après quelques amendements. Même s’il n’est pas impossible que le projet de partage en trois zones doive subir le sort des projets antérieurs et soit abandonné, il nous faut néanmoins examiner avec sang-froid la situation qui résulterait de la mise en application de ce projet, et voir de quelle manière les intérêts des colons allemands peuvent le mieux être sauvegardés. D’après la proposition de la commission royale, seule la colonie allemande de la ville de Jérusalem serait incluse dans la nouvelle zone de mandat, et seule la colonie allemande de la ville de Jaffa dans l’État arabe, toutes les autres colonies allemandes étant incluses dans l’État juif. J’ai alors informé les représentants des colons allemands de la possibilité de l’inclusion de Wilhelma (8) dans la nouvelle zone de mandat, ajoutant que les Britanniques comptaient conserver le district d’Haïfa sous mandat direct pour une période de dix ans. Au cours de la discussion, l’opinion presque unanime qui se manifesta fut que l’existence