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Les brouettes à voile

De
194 pages
À partir de 1916, 150 000 travailleurs civils Chinois posent le pied sur le sol brûlant de France, en réponse à l’appel des nations en guerre contre l’Allemagne. Venus en éclaireurs, Zhijiang, avide de nouveaux horizons, et son ami Qiu sortiront-ils indemnes de cette odyssée qui les conduit de leur province Mandchoue du Jilin à la baie de Somme ? Rescapés privilégiés d’un interminable périple maritime, aussi envoûtant qu’inquiétant, guériront-ils durablement de leurs premières meurtrissures ?
Dans les prairies de Nolette, le camp chinois et l’hôpital qui le flanque seront les scènes où se joueront des drames qui révéleront, heureusement, des acteurs lumineux. À Saint-Valery-sur-Somme, le vieux cafetier, Eugène, et son improbable tribu du café de la baie qui n’admet l’eau qu’à sa place, dans la mer, sauveront-ils Zhijiang de ses naufrages ? Confirmeront-ils qu’existent toujours des bribes d’humanité qui rougeoient sous la cendre ?
Que les grands vents d’ouest soufflent dans les voiles des fabuleux équipages ! Que les bras puissants du Mongol les arrachent aux lagunes et à la baie de Somme infinie que la mer a désertée, l’instant, trop bref, d’une fierté retrouvée !
Jean Cot est l’auteur d’articles sur les travailleurs Chinois de Nolette, publiés dans les années 1980, sous le pseudonyme de Jean Darsigny. Il leur consacre aujourd’hui un roman pour contribuer à éviter que l’oubli inacceptable ne finisse par les ensevelir pour l’éternité. Trente années auront été nécessaires car il n’est pas aisé de prendre par la main des hommes abîmés afin qu’ils nous murmurent ce que furent leurs tourments et nous révèlent ceux qui réussirent, peut-être, à les sauver de leurs naufrages.
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À tous les migrants et voyageurs égarés de tous lieux, de tout temps, donc à mes parents.
À ceux qui en viennent et aux valeureux qui n’ont su les éviter et s’accommodent avec une admirable inconscience de leurs natures incertaines.
Donc à ma petite famille et à mes amis. Tous, bien méritants.
La littérature raconte ce que l’histoire officielle dissimule.
Luis Sepúlveda, La fin de l’histoire
PRÉAMBULE
tre né par hasard aux confins de cette baie de Somm e qui m’a vu grandir m’a paru Ê’autres y sont morts ou s’y sontsuffisant pour tenter de comprendre pourquoi tant d égarés par le fait du même hasard. Car il s’agit bi en dans les deux cas d’une drôle d’affaire d’improbables migrations ayant généré d’a ussi improbables itinéraires de vie. Il est prudent de laisser aux historiens profession nels ou d’occasion le soin de remettre en perspective parfaite des faits inexplic ablement brouillés, voire occultés bien que contemporains, conduisant certains à s’ériger e n censeurs ou pourfendeurs d’à-peu-près tragiques dont ils accuseraient tout autre obs ervateur qu’eux. Le roman puise sa force dans la capacité à favorise r les rencontres et conduire ses protagonistes en des décors qui se trouvaient là po ur que l’on s’en serve et, si tel n’est pas le cas, dans l’opportunité d’en construire d’au tres, indispensables à la conduite de l’action. Mieux, si l’on en décide, le recours au divin, à l’ instar d’Homère, peut sauver le héros de naufrages qui eussent, sinon, ramené le projet d e roman d’un auteur au format d’une nouvelle pour cause de disparition prématurée. Qu’en serait-il sinon des œuvres magistrales de Sco tt, Dumas ou, contemporaines, de J-F Parot ou R. Deforges qui m’encouragea? Ce roman entend ainsi s’apparenter à une odyssée da ns laquelle un vieux marin descendu à quai, son bistrot et son équipage – n’ad mettant l’eau que dans son milieu naturel – figureront le Panthéon salvateur de Zhiji ang. D’autres demi-dieux traînent aussi dans les environs, c’est normal et nullement outran cier eu égard à l’ampleur de la tragédie qui se déroule en fond d’action. Alors, lesbrouettes à voilepeut-être surgi un matin dans l’immensité de l a baie, ont créant un événement absolument nécessaire, aussi er ratiques que l’entame d’un vingtième siècle chaotique et difficilement percept ibles dans le brouillard de sociétés qui basculent dans une modernité que le vacarme ambiant empêche de percevoir avec émerveillement. Et Zhijiang, Qiu, Sukhbataar et Tao, c’est certain, ont vécu à Nolette avec tous les autres travailleurs Chinois,Anglais ouFrançais peu importe, puisqu’ils agrègent opportunément à leurs propres destins, celui de tou s les autres à l’œuvre dans nos usines, nos champs ou nos théâtres de combats. Cent cinquante mille, quand même.
TROP LOIN À L’EST 1 C’EST L’OUEST
Jilin, avril 1914
ientôt, des fumées inconvenantes et brouillonnes vi endront se mêler à la brume. Brsants Mongols, courra dansUn grondement surgira du sud, se perdra dans les ve la plaine, emplira les vallées jusqu’aux confins du lac Khanka et plus loin encore, jusqu’à la mer; des machines haletantes et le fracas de leurs con vois viendront déchirer les grands silences de Mandchourie. Le train gagnait les territoires du nord de la Chin e où neuf mille sept cents kilomètres de rails s’étaient déjà frayé un chemin depuis 1910 . Des ingénieurs sillonnaient la région, gravissaient des collines puis regagnaient la vallé e, prenaient une grande quantité de mesures et fichaient en terre nombre de pieux qui f iguraient à l’évidence le chemin qu’emprunteraient bientôt de grosses machines à vap eur. Puis arrivaient d’autres hommes qui creusaient le s ol en maints endroits et interdisaient l’accès à leurs cratères en tendant a utour des cordes ou en les cernant de sommaires clôtures de bois. Des Européens accompagnaient et semblaient même dir iger les équipes qui s’activaient un peu partout. Cette agitation convoquait les curieux et plus enco re les enfants, excités par la venue de voitures et de camionnettes et pantois que l’on mit tant d’ardeur à creuser des trous dans ces endroits qu’ils ne considéraient depuis to ujours que comme des terrains d’aventure ou de labeurs éreintants. Un homme en costume, de belle prestance, petit et m ince, dirigeait la manœuvre et semblait communiquer dans leur langue avec les Chin ois qui l’accompagnaient. Le petit homme en costume clair n’hésitait pas à s’ accroupir pour poser les genoux dans la terre qui venait d’être retournée. Il raclait le sol sur lequel il était penché en y t raînant un large grattoir qu’il ramenait inlassablement à lui. Il s’arrêtait entre-temps pou r effriter avec application la terre qui s’accumulait à ses genoux, se penchait un peu plus puis effleurait de la main la surface plane qui s’offrait à lui en la scrutant avec atten tion. D’autres un peu plus loin faisaient de même. Ailleurs, de larges trous et des tranchées avaient été creusés et des bâches de grosse toile tendues au-dessus. Elles s’accrochaient à des poteaux de bois que l’on avait taillés et solidement enfoncés dans le sol ainsi qu’aux arb res les plus proches. De vastes tentes avaient été montées et l’on avait parqué derrière les mules qui avaient conduit de lourdes charrettes rassemblées tout à côté. Un camp de fouilles s’établissait dans la contrée. Le petit homme se redressa, inspecta ses mains, des sus, dessous, les tapa, puis les frotta l’une contre l’autre, et enfila la veste qu’ il avait confiée à un ouvrier qui semblait attaché à sa personne. Ayant ajusté son vêtement, il lissa les courtes poi ntes de sa moustache repoussa la mèche de sa chevelure noire à l’arrière et, ceci fa it, entreprit de faire le tour de l’espace de travail. L’homme qui devisait avec les uns et prodiguait des conseils à d’autres était à n’en pas douter le responsable de cette expédition; les blancs lui manifestaient un respect indéniable et les Asiatiques qui les accompagnaient une déférence certaine. Il marchait à pas lents et ramassa en chemin un out il à main abandonné là. Il continua sa déambulation en balançant nonchalamment sa trouv aille au bout d’un bras ballant puis la regarda et la trouvant peut-être incongrue la tendit au premier individu qu’il trouva sur son chemin de patrouille.
Un bras se tendit qui empoigna l’objet. L’Européen regarda l’homme à qui il appartenait, fit un léger mouvement de tête pour le remercier de l’en avoir délesté, s’arrêta, fit un pas en arrière et s’adressa à lui en chinois: — Es-tu de l’équipe, mon garçon? Je ne me souviens pas t’avoir vu sur les chantiers. — Non, Monsieur, répondit le jeune homme avec un so urire lumineux qui surprit l’homme blanc. Le garçon ne s’était pas courbé, n’avait pas baissé les yeux et ne s’était pas reculé comme il était fréquent et prudent de le faire avec les étrangers pour murmurer sa réponse. Il offrait un splendide visage, radieux, qu’animait un regard pétillant et baladait une silhouette remarquable en ces parages. Plus grand q ue l’homme qui le considérait, il avait un port de tête droit, sur un corps fin et ro buste, semblait-il. — Tu cherches du travail? — Non, Monsieur, j’habite ici et je travaille dans les champs. — Nos travaux t’intéressent? reprit l’Européen. — Oui Monsieur, beaucoup. Que faites-vous exactemen t? osa questionner le jeune homme. Son interlocuteur esquissa un sourire car le garçon qui l’entreprenait de manière peu commune sur la nature de ses travaux ne révélait ce pendant aucune hardiesse et son attitude n’était nullement bravache. — Nous cherchons les trésors de ta civilisation ava nt que les voies ferrées ne viennent les recouvrir pour toujours, consentit à expliquer l’Européen. — Êtes-vous français, Monsieur? — Oui, comment l’as-tu deviné? s’amusa l’homme. — Parce que, je crois avoir reconnu le son que j’ai déjà entendu au village chez les messieurs des fabriques et des chantiers. Je pense aussi que vous avez le visage d’un Français. Un homme campé au bord d’une profonde excavation s’ agita soudain en avisant le jeune asiatique qui lui parut bien tenir conversati on avec le directeur des opérations. Il s’en vint à d’un pas rapide vers les deux hommes, s ’arrêta à mi-chemin et invectiva le jeune homme l’invitant sans ménagement à s’éloigner et à reprendre sine die un labeur qu’il avait, d’évidence, abandonné, avec audace, qu elque part. L’homme bien mis fronça les sourcils, tourna lentem ent la tête vers le cerbère surgi de nulle part et déplia à peine le bras pour inviter d e la main l’arrivant à s’apaiser. — Nous parlons, Monsieur le contremaître. Il n’y a pas là de problème. Ce jeune homme n’est pas du chantier et ne mérite pas de rem ontrance. L’homme excité s’inclina. — Très bien Monsieur. Pardonnez-moi, j’ai cru… — Vous avez bien fait, c’était votre travail. Je vo us invite à le reprendre sur la fouille. Je reprends, moi, notre conversation. Le jeune homme qui dansait d’un pied sur l’autre co nfia sa gêne à l’européen. — Excusez-moi, Monsieur, je ne voulais pas créer d’ incident. — Le surveillant a réagi à une situation peu commun e, avouons-le, répondit le directeur en observant le jeune asiatique. Tu recon nais donc les étrangers entre eux? — Nous en avons vu beaucoup, ici, depuis une vingta ine d’années. Les Tartares, les Cosaques et les Japonais sont assez reconnaissables . Les Européens, on peut les reconnaître à leurs habitudes, leur langage et… — Et leurs comportements? compléta le Français. — Non, Monsieur… Je ne voulais pas dire que… — Ne t’alarme pas, mon garçon, mes nombreux voyages m’ont donné à voir bien des situations embarrassantes pour les populations loca les. L’homme savait en effet quel pouvait être le comportement de ses semblables en terre étrangère, et le sien propre, quand il s’agissait d e représenter son pays pour qu’il n’eût à