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Les Chroniques du faucon gris - Tome 2

De
408 pages

Fils de la bourgeoisie de Shaalymar, Kayliegh Lynn rêve d’aventures et de gloire. Alors, quand un mystérieux marchand d’art lui propose de récupérer une arme rare qu’on lui a dérobée, le jeune homme embrasse la carrière de voleur sans hésiter. Fin bretteur doté d’une chance prodigieuse, il enchaîne les hauts-faits avec maestria. Sa réputation grandit rapidement et Kayliegh Lynn devient le Faucon Gris de Shaalymar, un voleur terriblement efficace et craint de tous.

Les Chroniques du faucon gris relate les aventures épiques de Kayliegh Lynn dans la plus pure tradition des romans d'Heroic Fantasy avec son lot d'intrigues, de magie, de dieux et d'affrontements meurtriers où la vie d'un homme ne pèse pas lourd, sauf s'il bénéficie de l'appui de puissances supérieures.


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175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-97169-2

 

© Edilivre, 2015

Remerciements

À Karine, ma femme

Aux enfants qui sont ma source d’inspiration quotidienne.

À tous mes amis qui ont cru en ce projet, pour leurs encouragements et leur soutien.

Livre troisième

Rédemption

Prologue
Il est dit que…

On le disait venir de l’Est mystérieux, par-delà l’Océan Oriental, du cœur même des Royaumes Interdits d’Orient, d’où son culte noir à la gloire de Maar’Kan, le Dieu des Sombres Desseins, étendait chaque jour un peu plus son influence néfaste. Il se nommait Dark’Ken le Noir, mais ceux qui le côtoyaient le surnommaient le Possédé ou l’Impitoyable. Le Prêtre-Assassin de Maar’Kan était à ce point dévoré par l’ambition et l’avidité qu’on le disait habité par le Dieu des Sombres Desseins en personne. Sa religion prônait le meurtre et la destruction et ses opposants étaient assassinés sans autre forme de procès. Ceux qui n’embrassaient pas le Dieu Noir de toute leur âme et avec la plus grande ferveur étaient torturés sur les autels consacrés, puis sacrifiés en son nom lors d’atroces rituels. Ils furent des milliers à disparaître de la sorte et ce qui n’aurait pu rester qu’une secte balayée par les Seigneurs des Royaumes d’Orient se fit culte, puis religion et enfin croisade. Une légion de fanatiques forte de dix milles hommes déferla sur les Royaumes Interdits d’Orient, menée par le Possédé aux rêves de splendeur soufflés par Maar’Kan, déterminé à corrompre les hommes et à asservir le monde, véritable raz-de-marée engloutissant tout sur son passage, fléau incontrôlable, pillant villes et villages, brisant les forts et endoctrinant les faibles. Les Seigneurs des Royaumes Interdits furent les premiers à tomber. Tout d’abord, le Prince de Kithaï qui réalisa bien trop tard que la menace qui pesait sur son royaume n’était pas une simple guérilla menée par un fanatique et que Dark’Ken décapita lui-même avant de planter sa tête sur une pique à l’entrée de la ville. Le serviteur de Maar’Kan voulait que tous sachent que quiconque n’embrasserait pas le culte à la gloire de Maar’Kan périrait dans les affres de la douleur. Une à une, les autres provinces des Royaumes de l’Est tombèrent sous le joug des ténèbres, Jhaïpur et Fujito le mois suivant, puis Lhassa, Anshan’, Chan’Zu et bien d’autres. Les morts et les esclaves se comptèrent par milliers et la Croisade Noire prit une ampleur colossale, ne laissa dans son sillage que souffrance et dévastation, érigeant des centaines d’autels à la gloire de leur Dieu Noir, comme autant de témoignages funestes de leur passage. Des hordes de corbeaux et de corneilles festoyaient, ripaillant des cadavres à demi-ensevelis dans les charniers qui longeaient les routes. Le continent fut bientôt asservi par les armées de guerriers fanatiques et le Prêtre-Assassin porta alors son regard fiévreux vers les Libres-Royaumes à l’Ouest. Un an plus tard, sept milles guerriers transportés par bateaux prirent pied sur les côtes orientales du continent. Deux mois à peine après leur arrivée, Laerroc, la forteresse septentrionale du Royaume d’Alhedor, patrie des fiers Chevaliers du Lys aux cœurs purs, succomba dans les flammes et le pillage, ses tours blanches transformées en ruines fumantes et ses villages aux toits de chaume rasés par l’ennemi. Ses nobles chevaliers moururent par centaines en défendant leur magnifique cité contre les légions du Mal. Les dernières images qu’ils emportèrent dans la tombe furent celles de leurs femmes et leurs enfants suppliciés, agonisant sous les tortures. Quelques-uns parvinrent pourtant à s’échapper. En pleurs et la mort dans l’âme à l’idée d’abandonner les leurs, ils chevauchèrent la peur au ventre en direction de la capitale, Alhedor la Belle, mais aussi vers les royaumes proches de Khorialiis, Kalyenne et Shaalymar, afin de les prévenir de l’effroyable fléau qui s’abattrait bientôt sur eux, en priant pour qu’il ne fût pas déjà trop tard.

À l’aube de son épouvantable culte, les premiers à rallier son noir étendard furent deux des pires hommes que l’humanité ait jamais enfantés, deux loups sanguinaires ne connaissant ni pitié ni faiblesse. Le premier d’entre eux se nommait Kublaï Khan, un géant du Nord venant des Terres Gelées d’Hellheim. Né sur un champ de bataille, il n’avait jamais connu que la guerre. L’homme était impressionnant avec son bandeau sur l’œil gauche perdu lors du duel pour son ascension au rang de Maître de Guerre et son visage couturé de cicatrices, encadré par de longs cheveux roux et une barbe hirsute. Sa silhouette massive disparaissait sous une armure de métal martelée et une immense cape en peaux de loups qui achevaient de le faire ressembler à un ours gigantesque et impitoyable. Ses hommes le craignaient tout autant que ses ennemis tant il était féroce et les surnoms de Ravageur ou de Preneur d’Âmes qui le précédaient avant les batailles glaçaient le sang de ses adversaires. Il était parvenu à unifier la plupart des tribus barbares des Terres Gelées en moins de deux ans et celles qui avaient refusé de reconnaître sa suprématie disparurent dans le sang. Il était à la tête d’un ost composé de cinq mille guerriers qui ne connaissaient ni la peur ni le doute. Il était leur Maître de Guerre et leur Dieu. Lorsque Dark’Ken le Possédé lui demanda de devenir le bras armé de sa Croisade Noire en lui offrant un monde à soumettre, il accepta immédiatement. L’autre était Saar Claw le Rouge, appelé aussi le Sanguinaire. Il s’agissait d’un Capitaine pirate au visage osseux, taillé à la serpe, au nez aquilin surplombant des lèvres cruelles aux fines moustaches et à la longue chevelure noire peignée en queue de cheval, surmontée d’un chapeau à plume. Vêtu comme un gentilhomme avec son pourpoint pourpre festonné d’or, de braies et de hautes bottes à larges boucles, il était pourtant la cruauté personnifiée. Cynique et impitoyable, il tuait sans raison et torturait selon son bon plaisir. À bord de son navire, le Kraken, une Goélette rapide et agile, il devint le Seigneur des Mers en une année à peine et grand nombre de Capitaines pirates rallièrent sa bannière. Fort d’une flotte qui comptait quarante-sept vaisseaux, il écuma l’Océan Austral et l’Océan Rugissant plus au Nord avant de régner en maître incontesté sur la plupart des mers du globe. Il avait fait de la Cité-Franche de Lurkhan et son ramassis de pirates, de contrebandiers et d’assassins, son repaire qu’il rebaptisa Port-Le-Rouge. Là, il laissa éclater sa cruauté sans bornes, torturant les prisonniers, violant les femmes et massacrant à loisir. Lorsque Dark’Ken le Noir prit contact avec lui par l’entremise de la magie, il accepta sans réserve de se joindre à sa Croisade, voyant là une occasion formidable de marquer le monde du fer rouge-sang de Saar Claw, le Sanguinaire. Ils fondèrent l’Assemblée des Trois et se proclamèrent Trinité du Chaos, mais lorsque les simples gens se murmuraient à demi-terrifiés les plus épouvantables rumeurs à leur sujet sous le couvert d’une porte-cochère ou derrière un judas, ils les appelaient simplement les Trois. Il est dit que lorsque les hommes des Libres-Royaumes échouent à rendre la Justice et à faire régner l’Ordre, Ly’rr, le Dieu de la Justice Vengeresse intervient afin que nul ne se place au-dessus des Lois Cosmiques et que triomphe la Justice des Dieux. Sa colère s’abat alors sur les coupables aussi brutalement la foudre, car sa fureur divine est sans limites et il ne connaît aucun pardon. C’est son Champion, incarnation de l’ire divine dans le monde des hommes, qui frappe sans pitié les coupables au nom de la Justice et fauche de son bras impitoyable tous ceux qui osent se croire au-dessus d’elle. Ainsi est maintenu le fragile équilibre entre l’Ordre et le Chaos qui évite au monde de s’embraser et sombrer dans la barbarie…

Retour aux libres-royaumes

Le souffle d’air frais qui s’infiltrait par les interstices des fenêtres ramena lentement Kayliegh à la réalité. Il quitta à regret le doux confort de l’oubli et s’obligea à ouvrir les yeux. Pour découvrir avec une joie mêlée d’effarement qu’il se trouvait dans la chambre qu’il occupait au dernier étage du “Griffon Royal”, dans les hauteurs de Shaalymar. Mais tout était tellement confus, c’était comme s’il émergeait avec difficulté d’un cauchemar si criant de vérité qu’il était incapable de distinguer la réalité du songe. Des lambeaux de rêves brumeux s’accrochaient encore à son esprit obscurci. Le souvenir infernal d’une ville maudite, noire comme les ténèbres, hantait toujours son regard. Des hommes et des femmes condamnés à souffrir pour l’éternité murmuraient encore à ses oreilles. D’autres images éparses lui revenaient par à-coups. Un prince cruel, d’une beauté maléfique, peut-être même un Dieu, qu’il était parvenu à vaincre en combat singulier. Un allié, un ami même, véritable Champion de l’Ordre, dont il parvenait presque à effleurer le nom. Gaynor, croyait-il se souvenir. Keilaa enfin, son adorable Keilaa qu’il pensait avoir perdu à tout jamais, dont il se rappelait le corps ravagé par le fouet des bourreaux, mais qu’il était parvenu à sauver des prisons de… Désespérance. Ce nom maudit lui écorchait l’esprit autant que les lèvres. Il le chassa en secouant la tête et découvrit avec émerveillement que sa douce bien-aimée dormait à ses côtés, paisible et le souffle régulier, belle comme une Déesse. « Un cauchemar, un abominable cauchemar ! », s’efforçait-il de se convaincre malgré le doute qui continuait de l’obséder.

Puis, lentement, tout comme un dais que l’on écarte de la main pour laisser entrer le soleil, la vérité se fit jour en lui. Par bribes tout d’abord, elle s’imposa finalement comme une évidence insupportable et terrible. Il se rappelait avoir trouvé la mort en se libérant du pacte qui le liait à Cylath, le Dieu de la Bonne Fortune, englouti dans le magma du Kerlanor. Il avait connu les affres de la douleur en se consumant dans l’air brûlant du volcan, mais sa vie ne s’était pas achevée à cet instant comme elle aurait dû le faire. Son âme avait été envoyée en Enfer pour qu’il y expie ses fautes. À Désespérance ! Il réprima un frisson tout en repoussant la couverture et sortit du lit en prenant soin de ne pas réveiller Keilaa. Son crâne bourdonnait douloureusement, le sang battait furieusement à ses tempes. Il se dirigea en chancelant vers la fenêtre. Tout cela n’était que pure folie. Il avait besoin d’air, besoin de s’éclaircir les idées, d’y voir plus clair. Il ouvrit la fenêtre et laissa l’air iodé et vivifiant du large lui fouetter le visage et lui éclaircir l’esprit. Le jeune homme retrouva avec plaisir des sensations qu’il croyait perdues à jamais. Son regard se perdit sur les quartiers en terrasses de Shaalymar, la ville qu’il chérissait, puis dériva vers le port et enfin la mer qui s’étendait à perte de vue. La Perle de la Côte d’Opale. Il savoura l’instant en s’imprégnant de la vision majestueuse que lui offraient la ville et le paysage alentour dominés par l’astre solaire naissant dont les rayons timides jouaient sur les flèches de métal et les vitraux des villas proches, tout en s’enivrant des senteurs marines portées par le vent d’Est. Puis, les souvenirs affluèrent dans son crâne comme un torrent furieux. Il se souvenait parfaitement de Gaynor de Threll’, le Champion d’Aridenn, qui lui avait permis de retrouver sa bien-aimée Keilaa. L’ami grâce auquel il avait pu requérir l’aide des Dieux de l’Ordre dans sa lutte contre le Prince Shaytan, le Maître de Désespérance. Et les Dieux du Bien avaient répondu à l’appel, ils étaient intervenus pour leur prêter secours. Mais à quel prix ? Il se remémorait sa discussion avec Thalas, le Dieu de la Justice, puis du marché passé avec son frère, Ly’rr, le Dieu de la Justice Vengeresse. À l’époque, les circonstances impérieuses n’avaient souffert aucune hésitation et il avait été contraint d’offrir son âme à Ly’rr sans regret devant un tel enjeu. Ou plutôt, il avait échangé une vie de servitude au service d’un Dieu en échange d’un retour aux Libres-Royaumes pour lui et sa compagne. Une telle soumission s’accommodait mal avec le tempérament de feu du jeune homme et ses mains se crispèrent sur le garde-fou de la fenêtre tandis que des larmes de colère affluaient dans ses yeux gris-acier.

– Une éternité de tourments en Enfer contre une vie entière d’asservissement sur Terre ! Qu’ai-je fait ?, cracha-t-il ivre de rage et de désespoir.

Le jeune homme réalisait que jamais de toute sa vie, il n’avait été maître de son destin. Après s’être vengé de Khendall Llorwyn, il avait cherché la raison de sa chance insolente. Son père, Messire Khervis Lynn, avait reconnu avoir passé un pacte avec les Prêtres de Cylath afin que le Dieu de la Bonne Fortune le protège des périls de la vie. Dès lors, Kayliegh n’avait eu cesse de trouver le moyen de briser ce pacte maudit qui lui ôtait tout libre-arbitre, qui le tenait à l’écart de tout danger et qui faisait de lui le pantin de Dieux énigmatiques aux machinations perverses. Il était parvenu à se délivrer de cette malédiction qui le spoliait de sa vie et voilà qu’il était à nouveau asservi à une autre forme d’esclavage. Servir la volonté de Ly’rr, le Dieu de la Justice Vengeresse ! Et cela, tant qu’il lui resterait un souffle de vie à moins que son nouveau maître n’en décide autrement. Quelle ironie ! Ly’rr faisant régner la justice divine dans les Libres-Royaumes par son intermédiaire, lui Kayliegh Lynn, devenu son Champion !

Abattu et désespéré, Kayliegh prit une longue goulée d’air frais. En devenant voleur, puis meurtrier, il s’était détourné de la Lumière et son âme s’était perdue dans les méandres des Ténèbres. La perte de Keilaa avait achevé de l’anéantir. La douleur insupportable et son obsession de vengeance l’avaient transformé radicalement, faisant de lui un homme libre, mais tourmenté et dépourvu d’humanité. De nouveau son âme ne lui appartenait plus et était dorénavant la propriété de Ly’rr. Il se détourna de la fenêtre et embrassa du regard sa bien-aimée Keilaa. Il s’efforça de respirer profondément pour se calmer et retrouver un peu de lucidité. Il avait considérablement manqué de jugement et de clairvoyance par le passé et en avait fait l’amère expérience à maintes reprises. Finalement, il en vint à penser qu’il y avait peut-être dans ce marché passé avec le Dieu de la Justice Vengeresse l’opportunité de prendre un nouveau départ en participant à une noble entreprise ? Œuvrer à dispenser la justice véritable lui permettrait peut-être de réfréner l’aspect le plus sombre de son âme qui le dévorait depuis trop longtemps. Il avait là l’occasion d’effacer ses errements, de racheter ses fautes et, d’une certaine manière, d’aspirer à une forme de rédemption. Il soupira de nouveau et contempla sa ville bien-aimée en laissant cette idée faire son chemin. Répandre la justice au nom des Dieux de l’Ordre, avec Keilaa à ses côtés, lui permettrait peut-être de trouver la sérénité de l’âme et l’apaisement qui lui faisaient tant défaut. En définitive, il se pouvait fort que cette forme de Foi devienne un refuge propice pour sa raison disloquée. Un cri aigu lui parvint des cieux comme pour le saluer. Kyyrin, son Faucon des Tempêtes, lui rappelait ainsi qu’il veillait sur lui, protecteur silencieux et gardien infatigable. Comme d’habitude, cette pensée le réconforta tandis qu’il retournait près de la femme qu’il aimait.

*
*       *

Le vent s’était apaisé pour se transformer en une brise légère et le soleil était déjà haut lorsque Keilaa se réveilla. Elle émergeait à peine lorsque Kayliegh s’éveilla à son tour. Elle n’avait pas l’air d’avoir été perturbée par son retour dans le monde des vivants, songea le jeune homme alors qu’il la dévisageait comme s’il la voyait pour la première fois.

– Oh, mon amour, s’exclama-t-elle en se jetant dans ses bras. Nous sommes en vie ! Ly’rr a tenu sa promesse. Tu as réussi ! Tu as vaincu le Prince Shaytan et tu es parvenu à nous faire revenir de l’Enfer !

Elle le serra de toutes ses forces et se laissa submerger par l’émotion d’avoir survécu à cette effroyable épreuve au-delà de toute espérance. L’homme qu’elle aimait, qu’elle avait pourtant été obligée de trahir, l’avait sauvé de l’Enfer et des griffes de ses tortionnaires. Nul autre n’avait jamais fait preuve d’un tel amour pour elle. Le visage enfoui dans le cou de son amant, elle se laissa aller à des pleurs de joie et de soulagement. Ils étaient vivants et libres de s’aimer. C’était plus qu’elle n’en pouvait supporter et elle sanglota encore de longues minutes avant de parvenir à se calmer.

– Oui, mon amour, nous sommes bien vivants ! Avec l’aide de Ly’rr, nous avons vaincu la Mort elle-même !, s’exclama-t-il, encore surpris par cette fortune providentielle. Nous sommes de retour chez nous, ma chérie, dit-il dans un souffle en lui caressant doucement les cheveux.

L’instant d’après, ils firent l’amour avec fougue et volupté, comme si cet amour retrouvé pouvait de nouveau leur être enlevé, puis ils restèrent ainsi enlacés de longues minutes, tout à leur bonheur d’être en vie, à nouveau ensemble, plus forts que le Destin. Ce fut Kayliegh qui rompit finalement ce moment de plénitude.

– Ma chérie, sortons prendre l’air ! Je voudrais contempler le ciel d’azur, respirer l’air iodé qui m’a tant manqué et arpenter les rues de Shaalymar, pleines de vie bouillonnante et de couleurs éclatantes.

La jeune femme acquiesça d’un hochement de tête. Elle aussi ressentait ce besoin irrésistible d’effacer Désespérance de ses souvenirs, ses damnés apathiques et gris, sa puanteur et sa crasse, son ciel délavé et ses habitations lugubres. Quelques minutes plus tard, lavés et habillés de vêtements propres, ils quittèrent la chambre pour rejoindre la cité grouillante de vie. Ils croisèrent l’aubergiste à la mine débonnaire et au visage rubicond qui les interpella, ahuri :

– C’est bien vous Messire Lynn ? Cela fait quelque temps que je ne vous avais pas vu et je craignais qu’il ne vous soit arrivé quelque chose. Pour tout dire je commençais à me demander si je ne devais pas relouer votre chambre, s’excusa-t-il en se tordant les mains, visiblement mal à l’aise devant cette apparition soudaine.

– Nous avons été retenus quelques semaines loin d’ici, mon ami, répondit le jeune homme, évasif. Nous sommes rentrés dans la nuit et nous sommes plus qu’heureux d’être de retour chez nous, ajouta-t-il avec amabilité.

– Et bien tant mieux, mon jeune ami, tant mieux !, fit le brave homme rassuré, en les saluant alors qu’ils quittaient l’auberge.

*
*       *

C’était la fin du printemps et les deux jeunes gens passèrent la journée à profiter pleinement de cette renaissance et à savourer encore et encore ce cadeau divin. Ils goûtèrent aux plaisirs simples d’une viande grillée accompagnée d’un bon vin, laissèrent les rayons tièdes du soleil jouer sur leur peau, rirent à la simple idée d’être simplement en vie, échangèrent mille baisers et s’enlacèrent comme deux amants pleins de fougue.

Pendant quelques jours, rien ne vint rompre leur bonheur retrouvé. Puis, de sinistres rumeurs se mirent à circuler en ville. Des nouvelles alarmantes en provenance d’Alhedor leur parvinrent. Elles annonçaient le ravage du pays, la chute de la forteresse de Laerroc et la mort des fiers Chevaliers du Lys. En quelques jours seulement l’envahisseur avait transformé le pays en charnier fumant en ne laissant derrière lui que morts et ruines. On savait peu de choses sur ce redoutable adversaire, si ce n’est que ses navires avaient accosté à l’Est des Libres-Royaumes après avoir traversé l’Océan Oriental et que son armée forte de quinze mille hommes avait déferlé sur les côtes pour attaquer Alhedor la Belle sans justification.

Il semblait qu’un Prêtre-Assassin de Maar’Kan, le Dieu des Sombres Desseins, appelé Dark’Ken le Noir était à l’origine de cette croisade. On le disait fanatique et impitoyable. LA rumeur rapportait qu’il avait mis les Royaumes Interdits d’Orient à sac et s’attaquait maintenant aux Libres-Royaumes. Il s’était allié à un Maître de Guerre nommé Kublaï Khan, un géant féroce venu de Hellheim et à Saar Claw le Sanguinaire, un Seigneur des Mers réputé pour sa cruauté sans bornes. Ils formaient une assemblée baptisée la Trinité du Chaos ou “les Trois” et rien ne semblait capable de s’opposer à leur Croisade Noire. Chaque jour apportait son lot d’épouvantables nouvelles et à Shaalymar la tension devenait palpable, car si pour l’heure, le conflit se déroulait bien plus au Nord, les habitants de la cité craignaient pour leur vie et certains d’entre eux commençaient à tenir le Roi de Shaalymar pour responsable de leurs malheurs à venir, accusant ce dernier ne rien faire pour les protéger. D’autres achevaient de réunir leurs maigres affaires pour s’exiler loin de la ville en espérant ainsi échapper aux Trois et à leurs impitoyables spadassins. Le chaos se répandait comme une maladie sur la cité portuaire et l’air avait désormais l’odeur de la peur.

– De sombres forces sont à l’œuvre, songeait Kayliegh alors qu’il rentrait à l’Auberge du Griffon Royal avec sa compagne. Aucun homme n’a le pouvoir d’anéantir des contrées entières en si peu de temps.

– Peut-être. Mais jusqu’ici, il est surtout fait mention de troupes armées et aucune rumeur ne fait état de quelconques sortilèges ou prodiges, répondit Keilaa, rationnelle.

– Crois-moi, ma chérie, cette histoire pue la magie et les Dieux du Chaos !, argua le jeune homme avec conviction.

*
*       *

La nuit apporta un peu de fraîcheur qui apaisa les esprits échauffés et la lune montante paraît Shaalymar et la Mer d’Opale d’un halo argenté lorsque Keilaa quitta la tiédeur de son lit et se dirigea vers la fenêtre de la chambre, aussi silencieuse qu’une ombre. Elle en repoussa le vantail et prit appui sur le rebord avec l’agilité et la grâce d’un félin. La Succube se propulsa dans le vide et déploya ses ailes membraneuses pour prendre son essor au-dessus des toits environnants. Un sourire carnassier apparut sur ses lèvres, sa nature sauvage reprenait le dessus. Elle remercia Ly’rr de lui avoir permis de rester elle-même, de lui avoir offert le choix de conserver son instinct animal qui faisait d’elle ce qu’elle était. Hormis son apparence physique qui n’était qu’une illusion visant à tromper la plupart des gens qui posaient les yeux sur elle, le reste de sa personnalité ne faisait l’objet d’aucune mystification. Elle ne réfrénait qu’assez peu son goût pour la chasse et le sang lorsqu’elle se trouvait aux côtés de son compagnon et son seul regret restait bien que l’homme qui l’aimait ne la voyait pas telle qu’elle était, mais grimée d’humanité, sous les traits d’une belle aventurière. Des larmes de tristesse perlèrent sur ses joues, aussitôt emportées par le vent. Malgré tout, il ne faisait aucun doute que Kayliegh l’aimait d’un amour véritable et profond. En Enfer, il avait cherché sa trace, puis avait mis tout en œuvre pour la libérer de la prison dans laquelle elle pourrissait. Rien n’avait pu arrêter sa détermination à la sauver. C’était déjà bien plus qu’on ne l’avait jamais aimé et au-delà de ses espérances, elle qui n’avait connu que l’esclavage des sorciers. À croire que les poètes disaient vrai lorsqu’ils déclamaient que l’amour était une force que rien ne pouvait arrêter. « Peut-être qu’avec le temps me verra-t-il telle que je suis vraiment et que je n’aurai alors plus besoin de recourir à la magie et à la tromperie », se plut-elle à espérer, en serrant les poings. Cette pensée la réconforta et elle s’abandonna avec griserie au plaisir enivrant de ne faire qu’un avec le vent et la nature.

Plus tard, se laissant gagner par son instinct prédateur, elle se mit en chasse d’un lièvre que la fraîcheur de la nuit avait fait quitter le gîte. Elle fondit sur sa proie comme un faucon et tua l’animal d’un revers de sa main griffue. L’instant d’après, elle se délectait des chairs et du sang chaud du petit mammifère. Sa faim rassasiée, sa nature sauvage assouvie et réfrénée, elle prit le chemin du retour avant que l’aube ne se lève. Silencieuse et féline, elle s’introduisit dans la chambre, la bouche et les mains encore ensanglantées.

– C’est toi mon amour ? Est-ce que tout va bien ?, demanda Kayliegh d’une voix endormie.

– Oui, mon amour. J’avais chaud mais l’air frais m’a fait du bien et tout va bien maintenant. Rendors-toi.

Le Seigneur des mers

Quelques jours plus tard, les rêves de Kayliegh Lynn furent hantés par des visions cauchemardesques. Des scènes d’atrocités commises par la Trinité du Chaos affluèrent dans son esprit alors en proie à une forte fièvre. Ly’rr prenait contact avec son Champion et lui dévoilait des scènes oniriques montrant les Trois et leurs armées s’adonner à des actes de pure cruauté. Ils ne tuaient jamais sans faire auparavant souffrir inutilement leurs victimes, ils violaient et torturaient femmes et enfants par simple plaisir pervers. Des images de prisonniers refusant d’embrasser la gloire de Maar’Kan que l’on crucifiait sur des autels érigés à la gloire du Dieu des Sombres Desseins emplirent son esprit de souffrance et de haine. Au cœur des carnages, Ly’rr lui dévoila les trois visages du Mal. Il entrevit tout d’abord le Prêtre-Assassin de Maar’Kan, Dark’Ken le Noir, fondateur de la Trinité et incarnation des Dieux du Chaos né de la source même du Mal, dont le visage disparaissait derrière un masque de métal poli. La vision dériva vers son chef des armées, le Maître de Guerre Kublaï Khan, qui ne connaissait aucune pitié et tuait autant d’ennemis que la terre pouvait lui en fournir, puis s’attarda sur le Seigneur des Mers, Saar Claw le Rouge, un être sanguinaire à la bestialité infinie, qui n’aimait rien tant qu’avilir et supplicier les faibles. L’image s’attarda sur Saar Claw et la voix de Ly’rr résonna dans la tête de Kayliegh.

– Ces ignobles créatures ont trop longtemps échappé à la justice des hommes, mon Champion. Et cela doit cesser !, tonna le Dieu de la Justice Vengeresse. L’hydre ne peut être vaincue d’un seul coup d’épée si fort soit-il, aussi faut-il trancher ses têtes une à une, continua-t-il plus posément. Saar Claw sera le premier à subir les foudres divines ! Ainsi donc, mon Champion, je te charge de trouver le Sanguinaire et de rendre une justice prompte et implacable.

– Comment le trouverai-je ?, s’enquerra le jeune homme.

– Il rentre de la campagne qui vient de commencer sur les côtes septentrionales des Libres-Royaumes et fait route en ce moment même vers l’Archipel des Vents pour rejoindre Lurkhan où il a établi son repaire.

– Et s’il venait à quitter cet endroit avant que je puisse l’intercepter ?, s’inquiéta Kayliegh.

– Je vais te faire don d’une chaîne à laquelle est suspendue l’Épée de Justice. L’épée te guidera vers celui dont le jugement est proche et inéluctable.

– Comment m’aidera-t-elle ?, s’interrogea le Champion.

– Déchiffre les signes !, expliqua Ly’rr. Suis l’orage et la foudre ! Ils te guideront jusqu’au condamné. Et lorsque tu seras suffisamment proche de ta proie, tu sentiras le crépitement de la foudre sur ta poitrine. Il ira s’amplifiant au fur et à mesure que tu t’en approcheras.

– Et pourquoi le Sanguinaire ?, demanda le jeune homme avec justesse.

– Sans la flotte de Saar Claw pour transporter l’armée de Dark’Ken, la Croisade Noire sera ralentie et des innocents seront peut-être épargnés. Mais sois certain que tous subiront les foudres de Ly’rr ! Bientôt le glas sonnera aussi pour le Possédé et son chien de guerre qui devront alors rendre des comptes devant ma Justice !, répondit le Dieu de l’Ordre avec véhémence.

– Très bien, je ferai selon votre volonté Seigneur Ly’rr…, s’entendit répondre Kayliegh avant de replonger dans un sommeil agité, le visage baigné de sueur et l’esprit encore tourmenté par les visions d’atrocités commises par ces engeances du Chaos.

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Kayliegh se réveilla peu de temps après Keilaa. Le soleil était déjà haut dans le ciel azur et le vent printanier pénétrait dans la chambre par les fenêtres grandes ouvertes et apportait une agréable fraîcheur. Le jeune homme porta le regard vers sa poitrine sur laquelle reposait une petite épée aux angles saillants, évoquant un éclair de foudre stylisé. Argentée et brillante, elle avait été forgée dans un métal qui rappelait à Kayliegh l’Adamantine dans laquelle avait été forgée la chaîne magique de Raen’kil. Elle était retenue à son cou par une chaînette façonnée dans le même métal rare. Il émanait de l’objet divin une telle puissance qu’une certaine appréhension envahit le jeune homme lorsqu’il referma la main sur ce dernier et le sentit palpiter et grésiller. Ainsi donc, Ly’rr communiquerait dorénavant avec lui par le biais des songes pour lui confier ses missions et faire régner la Justice Divine sur le plan des Libres-Royaumes par son entremise. C’est investi du pouvoir du Dieu de la Justice Vengeresse que lui, Kayliegh Lynn, exécuterait les sentences irrévocables des Puissances de l’Ordre. Le jeune homme ferma les yeux un instant et les paroles du Seigneur Ly’rr lui revinrent avec clarté. Il prit sa bien-aimée dans ses bras avec tendresse. La voix emprunte d’une grande émotion, il lui rapporta sa conversation avec les Dieux de l’Ordre et l’informa du marché passé avec Ly’rr pour leur permettre d’échapper à l’Enfer de Désespérance où ils auraient croupi pour l’éternité. Il avait échangé ses services contre leur résurrection, lui avoua-t-il, avant de lui détailler quelle était sa première tâche en tant qu’exécuteur des hautes œuvres divines. D’abord déboussolée, la jeune femme l’écouta attentivement en le questionnant à plusieurs reprises. Elle se laissa séduire à son tour par cette fabuleuse opportunité qui s’offrait à eux, consciente elle aussi, de la chance infinie que représentait cette renaissance. Tout comme son amant, la Succube se faisait à l’idée de transformer l’obligation de servir les puissances divines en une occasion unique de faire quelque chose de réellement noble et d’important dans sa vie, de tendre vers une existence plus juste. Ne plus être l’esclave du sorcier maléfique Silar Steniis et le jouet de ses plans perfides lui donnait l’impression de revivre à elle aussi. La liberté vraie n’avait toujours été que pure illusion pour la créature des Ténèbres, alors prendre à son compte cette opportunité d’instaurer la Justice de par le monde ne la troubla guère et lui parut être l’une des meilleures choses que la vie puisse lui apporter. Désormais, un destin grandiose les attendait tous deux et ils mettraient toute l’ardeur nécessaire à la réalisation des tâches qui leur seraient confiées. Avec au bout du chemin, le mince espoir d’avoir participé à une juste cause.

Ils se préparèrent rapidement et s’habillèrent de vêtements pratiques et confortables. Ils descendirent jusqu’au Bazar situé près du port et se mirent en quête de cartes, de matériel, de vivres et de montures pour mener à bien la mission de Kayliegh. Un maquignon réputé leur proposa ses plus beaux chevaux, des pur-sang d’Alhedor. Le jeune homme opta pour un magnifique cheval noir, puissant et fier et sa compagne, pour un alezan brûlé à la robe marron et à la crinière couleur de feu, fougueux et rapide. Ils équipèrent un cheval de bât afin de transporter le matériel de bivouac et la nourriture, puis rejoignirent la Ville-Basse pour s’approvisionner en drogues, principalement en Xirtal et en Lotus Pourpre. Une infime parcelle de la toute-puissance de Ly’rr brûlait dorénavant dans les veines de Kayliegh et jamais le jeune homme ne s’était senti aussi déterminé et sûr de lui qu’à cet instant, mais le secours de ces puissants élixirs pourraient s’avérer utiles le moment venu. Après avoir étudié plusieurs cartes, ils décidèrent de longer la côte occidentale de la Mer d’Opale jusqu’à Ysamir et d’embarquer à bord d’un navire de commerce avec leurs chevaux pour Herrewyn qui lui faisait face au Sud. Puis, ils chevaucheraient en direction de Rialhorn afin de rallier Shaalana. La petite ville installée dans le delta du majestueux fleuve Kalaya faisait office de comptoir commercial. Là, ils devraient louer les services d’un capitaine de bateau qui faisait la liaison entre la Mer d’Opale et l’Océan Austral. Ils navigueraient sur les eaux tumultueuses du Kalaya au cœur du territoire Keshan aux jungles luxuriantes et étouffantes et en remonteraient le cours jusqu’aux gigantesques chutes de Kimbaa » qui alimentaient le fleuve. Ils escomptaient parvenir à Port Venezzia quelques jours plus tard et espéraient pouvoir y faire affréter un navire armé pour la haute mer. Ils quitteraient finalement le continent pour faire cap vers l’Archipel des Vents et le Libre-Etat de Lurkhan, siège de la flotte de Saar Claw. Ils auraient pu emprunter un chemin plus court pour gagner de précieuses journées, en passant au Sud de Lannewyn et en prenant la direction de l’Océan Rugissant à l’Ouest puis en obliquant vers le Sud et Lurkhan. Mais de nombreuses rumeurs rapportaient des affrontements sanglants entre des navires pirates du Sanguinaire et les Galères Royales de L’Lashmyr, la magnifique cité située sur le littoral méridional des Libres-Royaumes, gardienne des côtes australes et splendeur de l’Occident. La discrétion serait sans aucun doute leur meilleure alliée dans l’accomplissement de leur mission et ce détour par les Jungles de Kesha était assurément la décision la plus avisée.

Ils retournèrent à leur chambre pour y prendre leurs effets personnels et profitèrent encore un peu de ce dernier moment de calme avant la tempête. Ils firent l’amour avec passion et restèrent enlacés de longues minutes avant de se décider à quitter Shaalymar. Après quoi, ils se préparèrent pour le voyage en prévision duquel Kayliegh revêtit une chemise de lin blanche, une veste de cuir, un pantalon en daim et des bottes de cavalier. Il ajouta à son paquetage un chapeau à large bord et sa longue cape grise à capuche pour se protéger de la poussière de la route et des rigueurs du climat. Keilaa, quant à elle, opta pour une chemise à jabot blanche et un bustier brun à lacets, une veste de feutre rouge assortie d’un pantalon en daim de la même couleur et des bottes montantes. Pour parfaire sa tenue d’aventurière, elle agrafa la fibule d’une cape gris clair à capuche qu’elle venait de passer sur ses épaules et termina de rassembler leurs affaires. Kayliegh fit ses adieux à l’aubergiste du Griffon Royal en lui précisant de conserver leur chambre et régla d’avance plusieurs semaines de loyer. Les deux jeunes gens prirent un repas léger sur les quais baignés de soleil avant de quitter Shaalymar, la Perle de la Côte d’Opale, en début d’après-midi. Kayliegh avait estimé qu’il leur faudrait huit à dix jours pour gagner Shaalana et l’embouchure du fleuve Kalaya et trois jours de plus pour accoster à Port Venezzia si les conditions étaient favorables. Ils longèrent la côte à bonne allure et laissèrent leurs montures galoper librement, sachant qu’ils seraient à Ysamir sous deux jours et que les chevaux auraient alors tout le loisir de se reposer dans la cale du bateau qui les transporterait à Herrewyn. Leurs pur-sang d’Alhedor étaient magnifiques de grâce et de puissance. Leurs muscles roulaient sous leurs robes luisantes de sueur alors qu’ils filaient au galop, l’écume aux lèvres et les naseaux sifflants sous l’effort. Les deux amants se laissèrent porter par leurs nobles destriers, laissant le vent marin leur fouetter le visage tandis qu’ils contemplaient les reflets irisés du soleil sur la Mer d’Opale. Ils traversèrent une lande rocailleuse à la végétation odoriférante composée de pins, de bruyères et d’ajoncs agités par le vent d’Ouest. Après quelque temps, la route longea une falaise de granit qui se jetait abruptement dans la mer et l’odeur caractéristique du varech portée par des rafales de vent chargées d’embruns leur assaillit les narines. D’en bas leur...