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Les combattants musulmans de la guerre d'Algérie

De
270 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1995
Lecture(s) : 856
EAN13 : 9782296310513
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LES COMBATTANTS MUSULMANS DE LA GUERRE D'ALGÉRIE

Collection

"Histoire et perspeetives méditerranéennes

Il

dirigée par Alain Forest et Jean-Paul Chagnollaud
Dans le cadre de cette collection, créée en 1985, les éditions L'Harmattan se proposent de publier un ensemble de travaux concernant le monde méditerranéen des origines à nos jours. Derniers ouvraaes parus :
Paul Sebag, Tunis au XVIIe s. : une cité barbaresque au temps de la

course. Antigone Mouchtouris, La culture populaire en Grèce pendant les années 40-45. Abderrahim Lamchichi, Islam et contestation au Maghreb. Yvelise Bernard, L'Orient au XVIe siècle. Salem Cbaker, Berbères aujourd'hui. Dahbia Abrous, L'honneur face au travail des femmes en Algérie.
Daniel Jemma-Gouzon, Villages de l'Aurès

- archives

de pie"es.

Vincent Lagardère, Le vendredi de Zallâga, 23 octobre 1086. Fouad Benseddik, Syndicalisme et politique au Maroc. Abellah Ben Mlih, Structures politiques du Maroc colonial. Yvette Katan, Oujda, une ville frontière du Maroc. Musulmans, Juifs et Chrétiens en milieu colonial. Alain Quella Villeger, La politique méditérranéenne de la France, un témoin Pierre Loti, 1870-1923. Paul Sebag, Histoire des Juifs de Tunisie, des origines à nos jours,. Jean-Claude Zeltner, Tripoli carrefour de l'Europe et des pays du Tchad. Rachid Tridi, L'Algérie en quelques maux. autopsie d'une anomie. Samya Elmechat, Tunisie, les chemins vers l'indépendance (19451956) Abderrahim Lamchichi, L'islamisme en Algérie Jacques Canteau, Le feu et la pluie de l'Atlas, vie quotidienne d'une famille de colons français Roland Mattera, RetouT en Tunisie après trente ans d'absence.

Maurice FAIVRE

LES COMBATTANTS

MUSULMANS

DE LA GUERRE D'ALGÉRIE
Des soldats sacrifiés

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

DU MêME A lITEUR

LES NATIONS ARMÉES, de la guerre des peuples à la guerre des étoiles, Economica ,1988 LA DÉFENSE EN FRANCE, chroniques de Défense nationale,

1985-1993
UN VILlAGE DE HARKIS, des Babors au pays drouais, L'Harmattan, 1994

@LtHarmanan,

1995

Isbn: 2-7384-3741-9

PRÉFACE

Le général Faivre a, comme officier français, conduit au feu une harka pendant la guerre d'Algérie. Il estime que les hommes qu'il commanda - et les harkis en général - n'ont pas à se voir reprocher d'avoir combattu aux côtés des Français. Il n'est d'homme de bon sens ou d'homme de coeur (quoi qu'il pense de la guerre d'Algérie) qui ne jugera ces convictions non seulement parfaitement respectables, mais même nécessaires, pour qui veut mettre un peu d'apaisement dans une société française en devenir. L'engagement des harkis constitua en effet un acte fondateur par lequel une collectivité que rien ne destinait à s'implanter en France fut amenée à faire ce choix. Mais surtout, le général Faivre a voulu faire oeuvre d'historien. La lecture de son livre qui est d'abord un travail de recherche, fondé sur la consultation de nombreux documents d'archives, et écrit avec une évidente volonté d'honnêteté et de sérénité, s'impose à tous ceux qui veulent progresser dans la connaissance d'un sujet si controversé. TIstrouveront des tableaux destinés à servir de référence en ce qui concerne les effectifs des musulmans algériens engagés dans l'armée française, troupes régulières (engagés et appelés), et supplétifs de toute sorte. Cette utilisation reprend la vieille tradition de l'emploi de contingents indigènes dans l'armée d'Afrique, mais la combine avec le recours aux méthodes de guerre subversive, qui postule le basculement des populations en faveur de l'un ou l'autre camp. Ce recours recélait un lourd potentiel de danger, dès lors que la France abandonnerait le combat Les supplétifs y étaient particulièrement exposés. Or ce fut bien, en dépit des succès militaires (sur lesquels le général Faiyre apporte des éclairages), ce qui arrIva...

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La seconde contribution importante de ce travail est la recherche faite sur le massacre des harkis. De ce point de vue, on doit d'abord condamner, à la suite de l'auteur, l'attitude des chefs de l'Algérie nouvelle, qui ne tinrent pas la parole donnée à Evian d'oublier les actes commis pendant la guerre, générosité qui eOt honoré un Etat naissant. Les massacres organisés commencèrent à partir de l'indépendance. C'est sans doute ce caractère tardif qui explique les lenteurs apportées par le gouvernement français à faciliter les départs sur la métropole. Ceux -ci ne furent cependant pas négligeables, en particulier ceux des familles, qui s'échelonnèrent jusqu'en 1964. Toutefois, l'armée française s'interdit d'intervenir en force pour aller au secours des victimes. Là réside sans doute la principale responsabilité du gouvernement français, qui ne voulait pas recommencer la guerre. Le général Faivre retient un ordre de grandeur maximum de 70.000 victimes. Ce chiffre, calculé à partir de celui de 300.000 morts généralement admis par les historiens pour l'ensemble de l'Algérie, n'est évidemment qu'une estimation qui sera discutée. Notons qu'il est bien en retrait sur celui de 100.000 ou 150.000 morts parfois avancé. "Honte de la France", comme on l'a écrit avec excès (comme si l'Algérie, en ce cas, ne devait pas avoir honte de trahir sa parole) ? Plu~ raisonnablement, il nous semble que les harkis furent les principales victimes de l'échec d'un "parti de la France" qui n'a pas été suffisamment étudié. Très hétérogène, mais formé d'hommes pour qui l'avenir de l'Algérie passait par un maintien de la présence française (mais non sous sa forme coloniale), cette tendance de l'opinion musulmane n'avait jamais pu s'imposer comme une force en Algérie, faute sans doute de véritables institutions démocratiques. Déserté par bien des modérés ralliés au FLN, il avait été condamné à être l'appoint des éléments européens hostiles à l'indépendance. Leur défaite devait être la sienne, mais son sort fut bien pire.

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C1est pourtant sur un tableau nuancé, éloigné du misérabilisme trop souvent de rigueur sur cette question, que débouche rouvrage : rinstallation des harkis en France a abouti à créer un groupe dynamique, tout à fait apte à slintégrer à la nation française avec sa sensibilité propre. Il reste à espérer, en cet été de 1995, que nul ne décourage cette intégration.

J. FRÉMEAUX professeur à l'Université de Paris-Sorbonne (Paris IV)

INTRODUCTION
En mai et juin 1994, députés et sénateurs unanimes ont voté une Loi affirmant la reconnaissance de la nation envers "les rapatriés, anciens combattants des forces supplétives en Algérie". A la réhabilitation de ceux que l'on désigne sous le terme générique de harkis (1), il convient d'associer tous les combattants musulmans de l'armée régulière, engagés sous contrat ou conscrits incorporés. L'ouverture des archives de la guerre d'Algérie apporte un éclairage nouveau sur l'évolution politicomilitaire de la guerre, en ce qui concerne l'engagement des musulmans dans le camp français. Cependant les archives des Commandements militaires en Algérie sont incomplètes; il est nécessaire de les confronter aux documents des Etats-majors parisiens (EMA - EMIA ), et des instances gouvernementales (en particulier du Secrétariat d'Etat et du Comité des Affaires algériennes, détenues aux Archives de France, aux Affaires étrangères et au CAOM d'Aix en Provence)*. Cette recherche, destinée initialement à reconstituer l'histoire d'un village de harkis (2), a été élargie ensuite à l'ensemble des Français musulmans. De nombreuses dérogations ont alors permis de corriger les données connues précédemment (3), qui étaient fondées sur les témoignages des acteurs et sur les commentaires politico-médiatiques, dont l'objectivité n'est pas la qualité principale. A l'exception de quelques historiens qui s'efforcent à l'impartialité, les jugements rétrospectifs se partagent entre deux tendances. Selon les uns, les combattants musulmans, réguliers et supplétifs, se sont engagés dans le camp français par patriotisme, et restés fidèles à leur engagement, ont été abandonnés, par le gouvernement et
* Afin de faciliter le travail des chercheurs, les références de ces archi ves sont indiquées entre parenthèses dans le texte.

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l'armée, au couteau des égorgeurs du FLN. Selon les autres, c'est la misère qui les a contraints à prendre les armes et à trahir leurs frères algériens; peu opérationnels, tortionnaires à l'occasion, méprisés par les cadres colonialistes (sic), ils jouaient double jeu, et de ce fait, n'ont pas choisi le rapatriement que leur offraient généreusement les négociateurs d'Evian. Ces explications de type 1 et 2 opposent en fait les nostalgiques de l'Algérie française aux partisans de l'indépendance accordée au FLN (4). A une époque où les opinions se mesurent aux chiffres des sondages, l'évolution numérique des recrutements, des défections, et le volume des pertes, sont un élément d'appréciation du contexte historique. Ils permettent de corriger les excès des propagandistes de tout bord, et de mesurer les effets des directives édictées par le commandement et le gouvernement. L'analyse des chiffres, et les rapports du Commandement, permettent également de montrer que la guerre d'Algérie ne forme pas un bloc, mais que l'on peut y distinguer au moins trois phases: - une phase prudente où le FLN a l'initiative sur le terrain et où le commandement hésite à engager en nombre des combattants musulmans - une phase de confiance où l'armée victorieuse multiplie les recrutements et encourage la participation des musulmans dans la guerre - une phase démobilisatrice où la politique de dégagement inquiète aussi bien les cadres militaires que les combattants musulmans. Dans chacune de ces périodes, l'ordre chronologique a été privilégié, parce qu'il permet de suivre l'adaptation des décisions aux évènements. Des chapitres de synthèse sont ensuite réservés au bilan critique des engagements d'une part, aux responsabilités de l'abandon d'autre part. D'autre part, le lecteur retrouvera dans cet ouvrage des analyses qui ont déjà été publiées dans Un village de harkis, que l'on s'est efforcé de condenser pour éviter des redites. Dans tous les pays où elle a exercé sa souveraineté, la France a engagé dans ses armées, comme soldats de métier, conscrits ou supplétifs, des ressortissants des 10

populations locales. C'est ainsi qu'en 1730 Dupleix avait levé des Cipayes pour le compte de la Compagnie des Indes, qu'en 1757, l'armée de Montcalm comptait quelques centaines d'Indiens, et qu'en 1765 des Laptots, esclaves noirs, avaient été affranchis pour participer à la défense de Gorée. Le précurseur de l'engagement des musulmans dans l'armée est Bonaparte, qui en 1798 lève en Egypte des forces de police, et prend à son service des cavaliers palestiniens, des mameluks et des déserteurs turcs. Transportés avec leurs familles en métropole, ceuxci formeront le Bataillon des chasseurs d'Orient et l'escadron des Mameluks de la Garde. Recrutés par le maréchal de Bourmont dès juillet 1830, quelques cavaliers turcs prennent le nom de gendarmes maures en 1832; ils seront plus tard mis à la suite de la Gendarmerie. S'inspirant sans doute des troupes illyriennes levées en Dalmatie par Napoléon, le maréchal Clauzel crée le 1er octobre 1830 deux bataillons de Zouaves, recrutés parmi des kouloughlis (métis turcoalgériens) et des arabes, tandis que l'ancien Mameluk Yusuf forme deux escadrons de chasseurs algériens. Les difficultés rencontrées imposent d'y remplacer les algériens par des volontaires français. C'est en 1834 que sont organisées les premières unités de spahis, les unes sur le modèle de la cavalerie française, les autres sous la forme irrégulière des supplétifs. En 1835, des auxiliaires sont recrutés dans les compagnies d'infanterie, ce sont les fameux Turcos , héritiers des auxiliaires de l'armée ottomane, qui seront dénommés Tirailleurs en 1841, et dont le modèle sera reproduit au Sénégal en 1857, au Tonkin en 1879 et à Madagascar en 1895. L'on voit ainsi, de 1830 à 1840, se constituer en Algérie quatre types de troupes indigènes, "sorte de nébuleuse, écrit Jacques Frémeaux, ayant pour noyau le service des Affaires indigènes" (dénommé Bureau arabe en 1833): - des unités de spahis et de tirailleurs tendant à se régulariser, - des forces de police locale: gendarmes maures, spahis auxiliaires, khiélas, mokhaznis, - des tribus makhzen, aux ordres de leurs chefs traditionnels, Il

ou des tirailleurs. A-partir de 1841, spahis et makhzen glissent vers les frontières de l'Algérie et vers le Sud, où l'emploi du chameau devient de pratique courante, à l'instar du régiment de dromadaires de Bonaparte. Il faut attendre 1885 pour que soient recrutés les premiers méharistes. En 1894 des spahis et des tirailleurs deviennent sahariens, et en 1902 les compagnies sahariennes voient le jour. Sur leur modèle, le Général Lyautey crée en 1908 les Goums mixtes marocains. En 1912 enfin, la conscription est instituée en Algérie, avec l'approbation des Algériens évolués, et malgré l'opposition des traditionalistes, dont certains manifestent leur refus en s'exilant au Moyen Orient (5). Auxiliaires ou réguliers, ces combattants ont été engagés au 19ème siècle dans toutes les expéditions militaires de la France, en Algérie de 1830 à 1857, en Crimée de 1854 à 1855, en Italie en 1859, en Indochine de 1859 à 1885, au Mexique de 1863 à 1867, en Tunisie en 1881 et à Madagascar de 1894 à 1896. Les Tirailleurs algériens se sont illustrés en Crimée au siège de Sébastopol, puis en Italie à Turbigo et Magenta. 13.900 musulmans sont engagés en 1870 ; trois régiments de Tirailleurs se distinguent dans les batailles de Wissembourg et de Froeschwiller, et un régiment de marche algérien combat dans l'armée de la Loire, puis avec Bourbaki en Franche-Comté en janvier 1871. La documentation du Service historique indique 3.125 Tirailleurs tués et disparus de 1842 à 1898, alors que d'autres sources évaluent à 5.000 les pertes de la guerre de 1870-71 (6). En 1914-1918, 176.000 musulmans d'Algérie, dont 86.500 engagés, sont sous les drapeaux, 112.000 vont au front et 26.000 donnent leur sang pour la défense de la France. Aux cotés des Algériens, 40.000 Tunisiens ont été engagés, 9.800 n'en reviennent pas. En outre, 120.000 travailleurs nord-africains sont employés dans l'industrie en métropole. En 1939-40, 123.000 Algériens sont engagés dans la guerre, parmi lesquels il y aura 2.600 tués et près de 40.000 prisonniers. Les combats de Syrie en 1941 font 12

- des

goums

de levée temporaire,

encadrés par des spahis

950 morts musulmans. En 1942-45, 15 classes, soit 290.000 musulmans avec les militaires sous contrat, constituent l'Armée d'Afrique. Celle-ci engage au combat 233.000 maghrébins dont 134.000 Algériens, 73.000 Marocains et 26.000 Tunisiens. Le rôle de cette armée est primordial dans la bataille de Tunisie, la percée du Garigliano en Italie, la libération de la Provence et de l'Alsace (7). Les pertes de musulmans sont à nouveau très lourdes: 1.500 tués en Tunisie, 4.000 en Italie et en Corse, 3.700 dans les campagnes de France et d'Allemagne (dont 96 à la 2ème DB). Leurs successeurs servent dans les unités régulières de Tirailleurs, Spahis ou Chasseurs d'Afrique, dont certaines étaient implantées en métropole; les habitants des garnisons se souviennent des noubas des Tirailleurs et des capes rouges des Spahis. En 1953, une trentaine de Bataillons nord-africains combattaient en Indochine. Enjanvier 1954, sur 79.000 nord-africains sous contrat, 37.000 se trouvent en Indochine et 35.000 en Afrique du Nord. Au total, 45.000 sont Marocains, 26.000 Algériens et 8.000 Tunisiens. Les pertes de la guerre d'Indochine s'élèvent à plus de 7.000 maghrébins tués et disparus, et 1.350 décédés de maladie ou par accident. De nombreux vétérans de l'Armée d'Afrique exerçaient en Algérie des fonctions administratives ou électives: fonctionnaires, maires, aghas, caïds, conseillers, députés, sénateurs. Cette étude consacrée aux combattants, se contentera d'évoquer leur existence (8). Il faut cependant mentionner une institution prestigieuse, fondée en 1935 par le maréchal Franchet d'Esperey, le Comité des Amitiés africaines, qui s'est donné pour tâche d'aider les anciens militaires d'Afrique du Nord en temps de paix, et en cas de mobilisation ou de guerre, de Il préparer les populations au devoir qui leur )incombe vis-à-vis de la France It.
En 1954, des Comités locaux fonctionnaient au niveau des trois départements d'Algérie; ils géraient plus de cent maisons du soldat, "Dar el Askri ", lieux de réunion où les anciens combattants trouvaient hébergement et aide médico-sociale (IH 1305/1).

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NOTES DE L'INTRODUCTION
(1) Le tenne de harki prête à confusion; il est récusé par les anciens moghaznis et GMS ; il prend sous certaines plumes une connotation péjorative. Il a cependant été admis par l'usage et répandu par les medias. De même, l'appellation de Français musulmans ne convient pas pour ceux qui ne pratiquent pas la religion coranique, d'autant plus que le sigle FMR les dévalorise phonétiquement. Mais les sigles RONA (rapatriés d'origine nord africaine) et FSIRAN (Français de souche islamique rapatrié d'Afrique du Nord) ne sont pas plus heureux. Ne pouvant satisfaire tout le monde, on continuera à parler de harkis et de Français musulmans. (2) M. FAIVRE. Un village de harkis, des Babors au pays drouais. L'Harmattan, 1994. (3) La participation des Français-musulmans à la guerre d'Algérie a été commentée par tous les historiens de ce conflit: CR AGERON, DROZ "etLEVER, P. LE GOYET, H. LE MIRE, P.MONTAGNON, B.STORA, P.TRIPIER. En ce qui concerne les supplétifs, par G. PERVILLE dans la revue l'Histoire, M. HAMOUMOU dans la revue Esprit, N. d'ANDOQUE dans Paix et Guerre en Algérie (SPL 1977) S.ABDELHATIF, M. FAIVRE ET M. ROUX dans Hommes et Migrations, AEA MELIANI dans Le drame des harkis. (Perrin 1993), C. BREJET dans Historique des GMS en Algérie.. Sur les troupes indigènes, on dispose des livres du général R. HURÉ et de A. CLAYTON, des études des Colonels CARLES et GARROS, et de Jacques SICARD. Cette recherche s'appuie sur les archives citées ci-après, et sur les témoignages de 5 Hauts fonctionnaires, d'une quarantaine d'officiers et de nombreux harkis. Il n'a pas été possible d'accéder au Fonds privé du général de GAULLE, ni aux archives du SGDN, ni du ministre des Armées. Les données restent donc imprécises pour les années 1954-55. Les propos rapportés par M. Peyrefittte dans "C'était de Gaulle "(Fayard 1994) complètent les infonnations recueillies aux Archives de France, d'Outre-mer et des Affaires étrangères. Elles sont indiquées dans le texte par l'indication de la page du livre, par exemple: (AP 52). Archives nationales. Série F60. Fonds du SOG. Dossiers du Comité des Affaires algériennes. (avec dérogation).

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Archives d'outre-mer. Séries MA 155 à 1391. Rapatriés, migrations, Comité des Affaires algériennes, dossier de la négociation ( avec dérogation) Archives des Affaires étrangères. Affaires algériennes, cartons 33, 38, 40 et 117. Comité des Affaires algériennes (dérogation). Archives de la Gendarmerie. Registres modèle 4 de la Compagnie de Sétif en 1962, et de la Brigade de Kerrata de 1954 à 1962 (dérogation) . SHAT. 130 cartons consultés dont 38 avec dérogation: Archives du Délégué général en Algérie. IH 1094 à 1209. Cabinet du CSFA. IH 1260 et 1268. Etat-major interarmées. 1er Bureau. tH 1271 à 1422. 2ème Bureau. IH 1423 à 1805. 3ème Bureau. tH 1855 à 2029 5ème Bureau. IH 2402 à 2595. Corps d'armée de Constantine: 1H 2932, 2964 , 2982-83, d'Oran: IH 3190-3210, et d'Alger: IH 2708-2789. Journaux des marches et opérations (JMO) de Secteurs et de régiments. Série 7U. 24 JMO consultés. Etat-major de l'Armée (Terre). Cabinet. 2T 93 à 98. 1er Bureau. 6T 775, 6T 792 et 7T 134 à 262. SHM. IVo Région maritime. Alger .VVTO 30. PM / EG. 58 CC / 6. SHAA. IGAA. E 2777 et 2971. DGSE. (dérogation). 242 Bulletins de renseignement du SDECE de mars à décembre 1962.
~

(4) Parmi les auteurs de la première tendance, on peut classer le colonel MELIANI et A. KABERSALI. Pour la deuxième tendance, le général BUIS, Michel ROUX CR AGERON , H. ALLEG et les membres et soutiens du FLN. (5) Ré£. Messali Hadj. Mémoires. (JC Lattès 1982) p. 58 et 110. Xavier Yacono. Histoire de la décolonisation française. Que sais-je? 1994. 128 p. Général DELMAS. Naissance des corps indigènes en Afrique. Revue l'Epaulette.3/92. p. 31. Général SPILLMANN. De l'Empire à l'Hexagone. Perrin 1981, p. 42, 66, 93, 173, 206. J. FRÉMEAUX. L'Afrique à ('ombre des épées. Tome II. SHA T 1995, p. 158, 165, 169, 178. Bonaparte avait l'intention en Egypte de lever 30.000 auxiliaires. Noter que le lieutenant Sève, devenu Soliman Pacha, crée une année égyptienne de 130.000 hommes.

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(6) voir tableau Mobilisations cumulées en annexe. (7) Réf. Général JUIN. Mémoires (Fayard 1959) p. 365. J. FRÉMEAUX, op.cil. B. DOUCERET. Paul Gandoet, général. (Lavauzelle 1987). (8) S'agissant des caïds, accusés de vénalité par certains observateurs, il convient de rappeler que M. VIOLETTE (L'Algérie vivra-t-elle? Alean, 1931), estimait que 75% étaient honnêtes et dévoués à la population. Les administrateurs J. MORIZOT in Les Kabyles (CHEAM 1985) et G. HIRTZ in L'Algérie nomade et ksourienne (P. Tacussel 1989) font l'éloge des bachagas et caïds avec lesquels ils collaboraient.

DÉROULEMENT

DE LA GUERRE D'ALGÉRIE

Le déroulement de la guerre, évoqué dans l'Introduction, n'est sans doute pas présent à la mémoire de tous les lecteurs. Il convient donc d'en rappeler ici les prémices et les différentes phases. Alors qu'une partie des élites musulmanes était attachée à la culture française et souhaitait l'assimilation de l'Algérie dans la France, un courant nationaliste était apparu dans les années vingt autour de Messali HADJ (PPA) et avait été rejoint par les Oulémas réformistes. La défaite de 1940, la propagande allemande, l'anticolonialisme anglo-saxon et le panarabisme avaient favorisé la montée du nationalisme. Le PPA avait suscité le soulèvement de mai 1945, qui fut l'acte précurseur de la guerre. A l'intérieur du MTLD (ex-PPA de MESSALI), un Comité révolutionnaire d'unité et d'action (CRUA) décida de préparer l'insurrection à l'annonce de la défaite de Dien Bien Phu, tandis que l'UDMA de Perhat ABBAS préconisait une République algérienne associée à l'Union française. Le reste du MTLD ne prit pas part à l'insurrection et prit le nom de Mouvement national algérien (MNA) en décembre 1954. Les premières phases de la guerre sont résumées ci-après. I. L'engrenage de la violence. En mars 1954, deux membres du CRUA, Mohamed BOUDIAF et Ahmed BEN BELLA se rencontrent à Genève et organisent leurs militants du groupe des 22 dans cinq zones insurrectionnelles. La wilaya 1 (Aurès) est confiée à Mostefa BEN BOULAID, la wilaya 2 (Constantinois) à Rabah BITAT, la wilaya 3 (Kabylie) à Belkacem KRIM, la wilaya 4 (Algérois) à Didouche MOURAD et la wilaya 5 (Oranie) à Larbi BEN M'HIDI. Le 10 octobre sont créés le FLN et l'ALN (Front et Armée de libération nationale), et BOUDIAF constitue la représentation extérieure du FLN avec BEN BELLA, Mohamed KHIDER et Aït AHMED, qui s'installe au Caire où le CRUA est soutenu par les services secrets du colonel NASSER. L'insurrection éclate de façon simultanée le 1er novembre dans toute l'Algérie. Elle fait 8 victimes dans l'Aurès, mais ne cause que des dégats matériels légers en grande Kabylie, dans l'Algérois et l'Oranie. L'ALN, qui compte alors moins de 1.000 combattants (350 dans l'Aurès et 450 en Kabylie) déploie peu à peu ses bandes sur l'est Algérois (mars 1955), le Constantinois (aoOt 1955), l'Oranie et l'ensemble du territoire (1956). La wilaya 6 est ensuite créée dans le sud Algérois. Le FLN, dont les dirigeants ne sont pas d'origine paysanne contrairement aux affirmations de sa propagande, étend son emprise sur la population, à la fois par la persuasion et par la terreur. Dans le bled, il élimine les notables et les anciens combattants, et 17

contraint les fellah à le ravitailler et les jeunes à le rejoindre Le 20 août 1955, Zighout YOUSSEF entraîne une partie de la population, sous la bannière de la guerre sainte, dans le massacre de 70 européens et de 50 musulmans, à Philippeville et à la mine d'El Halia. Ce massacre, et sa répression qui fait 1200 victimes, séparent définitivement les deux communautés. Dans cet engrenage fatidique, la réaction française n'est pas à la mesure d'une menace qui au début semble sous-estimée. Le général CHERRIERE, commandant la 10ème Région militaire d'Alger, ne dispose que de 56.500 hommes, portés à 83.000 en février 1955. Les régiments de Légion et de parachutistes se trouvent encore en Indochine. Dans toute l'Algérie, la priorité est attribuée au quadrillage du terrain; destiné à protéger les personnes et les biens sur une superficie de 2,5 millions de kilomètres carrés, il exige de nombreux effectifs. En août 1955, le gouvernement rappelle 60.000 disponibles, et dans les Aurès, où des autodéfenses ont vu le jour dès novembre 1954, le général PARLANGE institue les Sections administratives spécialisées (SAS), résurgence des Bureaux arabes, destinées à encadrer et aider la population musulmane. Les musulmans sont ainsi engagés dans la guerre aux côtés de l'armée: régiments de tirailleurs, goumiers marocains, groupes d'autodéfense, maghzens chargés de la protection des SAS, Groupes mobiles de protection rurale (GMPR qui deviendront OMS, groupes mobiles de sécurité). Simultanément, on commence à instituer des zones interdites et à regrouper les populations dans des villages de plaine, de façon à priver les rebelles de ravitaillement. Les unités opérationnelles disponibles sont engagées dans les Aurès, mais n'obtiennent que des résultats limités; organisées avec de gros moyens, les opérations de bouclage-ratissage manquent de discrétion et tombent souvent dans le vide. Les colonels DUCOURNAU et "BIGEARD expérimentent des opérations de nomadisation, plus efficaces. Politiquement, le gouverneur SOUSTELLE préconise une politique d'intégration, qui ferait de l'Algérie une province spécifique, avec sa culture et sa religion. Bien qu'il soit favorable au collège unique des électeurs, SOUSTELLE n'est pas partisan d'une Algérie qui serait assimilée à la métropole. Alors que la rébellion a pris l'initiative sur le terrain, elle marque des points sur le plan diplomatique, à la conférence de Bandoung, et à l'ONU qui inscrit la question algérienne à son ordre du jour en septembre 1955. II .Installation dans la guerre. A partir de l'année 1956, la France s'installe dans la guerre. Obtenant des pouvoirs spéciaux, le gouvernement MOLLET veut rétablir à la fois l'ordre et la démocratie, construire une Algérie nouvelle ayant sa personnalité propre, et réformer l'institution 18

communale. De nouveaux disponibles sont rappelés, le service est porté à 27 mois, et en septembre les effectifs militaires atteignent 400.000 soldats. Bientôt 650 avions de combat et 120 hélicoptères appuient les troupes au sol, tandis que la Marine d'Algérie intercepte au large les bateaux transporteurs d'armes. Les premières harkas voient le jour. Cependant les rebelles intensifient leur action. Dans le domaine politique, ils obtiennent le ralliement des Oulemas, de Ferhat ABBAS et des nationalistes modérés, du Parti communiste algérien, et d'un certain nombre d'officiers. Ils prennent le contrôle des ouvriers, des commerçants et des étudiants par le canal des Unions syndicales. Ils réunissent le 20 août 1956 leurs principaux dirigeants au Congrès de la Soummam, qui proclame la primauté du politique sur le militaire, et de l'intérieur sur les organismes extérieurs du Caire et dé Tunis. Il fixe l'objectif de l'indépendance par la lutte année et la diplomatie, et constitue les organes de direction: le CNRA, Conseil national de la révolution algérienne, et le CCE, Comité de coordination et d'exécution. KRIM Belkacem est désigné comme chef d'état-major de l'ALN , et les limites des entités tenitoriales: wilayas, mintakas, nahias et kasmas sont précisées. L'orientation laïque du programme de la Soummam sera critiqué par BEN BELLA; absent au Congrès, il prône l'intégration de l'Islam dans le programme du FLN. En deux ans, de nombreux Algériens ont rejoint le FLN qui compte désormais 7.500 combattants et 15.570 auxiliaires, selon Mohamed HARBI. "Fin 1957, écrit Racine ZAHOUANE, les annes de chasse laissaient la place aux armes de guerre. Un choc psychologique. allait instaurer un moral de fer. Une période s'ouvrait, jusqu'à la fin de 1958, qui verra la suprématie de l'ALN sur le plan militaire, politique et administratif'. L'organisation politico-administrative se met en place dans les villages et les quartiers, dirigée par un Comité des trois (le responsable et ses adjoints politique et administratit), qui s'impose de façon dictatoriale à une "assemblée du peuple", et désigne quelques moussebilines (appelés généralement terroristes) pour assurer l'ordre public et la sécurité des combattants ( moudjahidine, soldats de la guerre sainte, ou djounoud ) Un trésorier collecte les impositions qui vont de 200 F par mois pour l'ouvrier et le fellah à 20.000 F pour les commerçants et les professions libérales. Les sommes d'argent collectées en France et en Algérie permettent d'acquérir des armes dans les pays arabes et communistes, et de les acheminer à J'intérieur à partir des frontières marocaine et tunisienne. Ces deux pays devenus indépendants soutiennent ouvertement la rébellion. Une zone autonome est créée à Alger, où le responsable militaire Yacef SAADI multiplie les attentats terroristes. Ces succès du FLN ne laissent pas inactifs les dirigeants politiques et militaires français. Le 22 octobre 1956, l'avion 19

transportant du Maroc à Tunis BEN BELLA, BOUDIAF, AIT AHMED et KHIDER est intercepté. Les 5 et 7 novembre, les forces franco-britanniques occupent Alexandrie et Suez, mais doivent rembarquer sous la pression des Américains et des Soviétiques. De janvier à septembre 1957, la lOème DP du général MASSU remporte la bataille d'Alger où l'organisation terroriste est détruite. A partir de février 1957, sont édifiées la ligne PEDRON sur la frontière marocaine et la ligne MORICE face à la Tunisie. Ces b8ITages, achevés le 15 septembre, isolent les katibas de l'intérieur, qui au nombre de 128 en 1958 tiennent solidement le massif de Colla - El Milia - Djidjelli, le Djurdjura et l'Ouarsenis. Leur ravitaillement en armes et munitions est interrompu. Les unités de l'ALN aux frontières se renforcent, en 1960 leur effectif de 23.000 hommes est selon M.HARBI organisé en 23 bataillons, 5 compagnies lourdes et 4 groupes de mortiers de 106. De Tunisie, elles essaient de franchir le banage en force, mais immédiatement repérées, elles sont contraintes au combat contre les régiments d'élite français et perdent dans la bataille des frontières 4.000 tués et 600 prisonniers en 4 mois. Le FLN intensifie sa lutte contre le MNA De 1954 à 1957, les deux mouvements qui aspirent tous deux à l'hégémonie du pouvoir, s'accusent mutuellement de trahison, s'opposent par les armes en Kabylie et à Alger d'abord, puis à Paris. Le massacre du village pro-MNA de Melouza (28 mai 1957) entraîne en novembre le ralliement du général BELLOUNIS qui tient la région de Djelfa. A la fin de 1957, le FLN l'emporte en métropole, et les cadres du MNA sont pratiquement décimés en 1958. A cette lutte sans merci entre les deux partis nationalistes s'ajoutent les dissensions internes et les purges causées par les manoeuvres d'intoxication des services français (bleuite), ou par de simples manifestations d'insubordination. Des centres de torture fonctionnent dans les wilayas, en Tunisie, au Maroc et en France, où les supplices infligés vont bien au-delà de la simple "recherche de la vérité", mais servent d'exemple dissuasif et visent à éliminer tout ce qui est religieusement impur, politiquement contraire à la doctrine du FLN, ou opposé à la hiérarchie politique du moment. Le nombre des victimes des purges est évalué à 15.000 par le 2ème Bureau français. L'offensive politique française est conduite par le Résident Robert LACOSTE qui propose en novembre 1957 une loi-cadre reconnaissant la personnalité algérienne et établissant le collège unique à l'intérieur de cinq territoires d'Algérie associés à la France.

" I. DE L'ENGAGEMENT A LA DÉMOBILISA TION

LES RECRUTEMENTS CONTRARIÉS, de 1955 à 1957 Au moment où débute le conflit algérien, trois régiments de tirailleurs, à trois bataillons chacun, et un régiment de Spahis stationnent en Algérie, 6 compagnies méharistes ou portées et 4 Groupes sahariens d'Annexe dans les Territoires du Sud. 21.000 musulmans servent en Afrique du Nord, dont 1.200 cadres, officiers et sousofficiers, et 9.000 appelés. Ils sont renforcés en 1955 par des formations revenant d'Extrême-Orient et de Tunisie, tandis que d'autres sont transférées de métropole et des FF A : régiments de Tirailleurs algériens et marocains, régiments de Spahis et Tabors marocains. A la fin de l'année, 37.000 musulmans servent dans 31 bataillons de l'armée régulière, parmi lesquels plus de 5.000 Marocains
(7T 134 et 250).

L'engagement des nord-africains rencontre alors de sérieuses difficultés. A l'approche des indépendances marocaine et tunisienne, une partie des ressortissants de ces deux pays refuse de continuer à servir en Algérie, et un petit nombre (33 avec armes) déserte en janvier-février 1956 (7T 204). Ils sont donc rapatriés en 1956, la plupart restant dans l'armée française: 9.000 au Maroc, 4.000 en Tunisie, 9.000 Marocains et 4.000 Tunisiens en métropole et dans les Forces françaises en Allemagne (FFA). 6 RTM sont implantés en Europe et 5 au Maroc (7T 253-261-262). La courbe des militaires maghrébins, reproduite en annexe, illustre cette fidélité des Marocains à l'armée française (9). Des désertions massives se produisent dans certains régiments de tirailleurs algériens. Le 8 mars 1956 à la ferme Degoul, près de Villars, une compagnie du 3/3ème RT A se mutine, tue ses cadres et ses tirailleurs fidèles, rejoint les rebelles avant d'être à son tour détruite par le 3ème RPIMA de Bigeard. Les 3ème et 22ème RTA sont transférés en métropole, deux bataillons sont dissous. 21

Il reste alors en Algérie 17 bataillons de tirailleurs et 6 régiments de Spahis. Le 2/7ème RT A perd sa 6ème compagnie. Ces déboires sont liés au développement de la rébellion, qui renforce notablement ses moyens et multiplie ses exactions, qui passent de 525 à 2.540 par mois. Au moment du Congrès de la Soummam en aoOt 1956, elle dispose selon M. Harbi de 7.500 djounoud armés, et de 15.570 moussebelines. Elle s'impose à la population du bled par la propagande, l'élimination des notables pro-français et le prestige de ses combattants. Le taux de désertion passe de 0,75 à 1,25 pour 1.000 (10). Le Commandement français réagit en portant la proportion des européens à 40%, puis 50%, et en réduisant à 10% le pourcentage des appelés musulmans dans les bataillons de tirailleurs. De nouveaux Bataillons sont créés sur cette base. La plus grande sévérité est demandée aux Bureaux de recrutement, qui sur une ressource annuelle de 80 à 90.000 jeunes n'en incorporent que 8.100 en 1955 et 13.700 en 1956. Alors que 50% ne répondent pas aux convocations et sont considérés comme insoumis, 70% des présents à l'appel sont dispensés ou exemptés de service (11). L'effectif des appelés FSNA (Français de souche nord-africaine) tombe de 17.000 à 6.000, cadres inclus, au moment où le FLN possède l'initiative des
opérations (7T 134- IH 1387-1390-1392).

Pour faire face aux exactions du FLN contre les personnes et les biens, le Commandement a réalisé un quadrillage du terrain, qui absorbe la plus grande part des effectifs européens. Ceux-ci passent de 200.000 à 400.000 de janvier à septembre 1956. Le retour des "rappelés" en métropole, et la perspective de prochaines classes creuses, font apparaître de nouveaux besoins (7T250). C'est d'abord pour des considérations militaires qu'il est décidé d'avoir recours de façon massive au contingent de souche nord africaine. La Décision ministérielle du 18 décembre 1956 prévoit d'augmenter les incorporations bimestrielles de 3.500 à 5.000, pour pallier le déficit des appelés européens (7T 250). Les FSNA seront instruits dans les CI de métropole avant d'être ventilés dans les régiments d'Algérie. Trois bataillons de pionniers sont créés dans un 22

but de formation professionnelle en juillet 1956; y seront affectés les éléments suspects d'avoir des sympathies pour le FLN (6T 775 /2). Le 23 mai 1957, le général Salan demande que le déficit des appelés soit comblé par le recours aux FSNA, et que ceux-ci soient affectés hors de leur région d'origine en Algérie (7T249/7). La présence des FSNA appelés au sein de l'armée obéit également, et de plus en plus, à des impératifs politiques. Il s'agit d'associer la population musulmane à la lutte contre la rébellion. IILa jeunesse algérienne est particulièrement concernée, et le service militaire représente un cadre quasi idéal de prise en main des jeunes hommes. Pour améliorer la conscription, les autorités militaires se dotent de moyens supplémentaires. C'est en 1957 la création des centres de rassemblement chargés d'opérer la sélection 'des conscrits musulmans" (12).L'objectif recherché est de réaliser l'amalgame avec les jeunes Français, grâce à l'apprentissage du français et à l'adoption de programmes d'instruction identiques. (DMdu 13-2-1957).En août 1957, une directive prescrit de traiter les FSNA avec justice et impartialité et d'éviter des attitudes discriminantes (2T93). Il reste que cet amalgame est contesté par certains chefs de corps qui craignent la contamination de leur formation par des éléments indésirables (lH 1375). Cette inquiètude est évoquée dans une directive de juin 1957 avant que ne soient prises des mesures de sécurité militaire systématiques. Les rapports sur le moral traduisent l'évolution de l'état d'esprit des officiers. Alors qu'en 1954, le général Spillmann à Constantine se loue du comportement des jeunes tirailleurs qui donnent toute satisfaction dans les Aurès et sur la frontière, en 1955 et 1956 son successeur le général Noiret note que les tirailleurs, pris entre deux feux, troublés par la répression, émotifs et influençables, sont sensibles à la propagande du FLN, surtout quand leurs familles sont soumises à des représailles. A Batna, le Commandant du 1/7ème RT A est moins pessimiste: " Quoique certains aient été contactés par les rebelles au cours des permissions, voire rançonnés ou capturés, malgré aussi les exactions dont sont victimes leurs familles de la part des Hors la Loi et parfois des troupes de maintien de ['ordre, leur état 23

d'esprit reste bon,. ils honorent avec fidélité le contrat en cours, font preuve d'allant au combat, mais ne rengagent pas" (IH 2473/1). A la fin de 1957, le général Salan note que les engagés servent avec fidélité, mais sont attentistes, et que les appelés sont désormais admis par les Chefs de corps (tH 2415/1). Ce n'est pas l'avis du Commandant du 2/6ème RI à Lodi, qui observe que deux semaines après leur affectation ils" contestent les désignations de service et font bloc pour obtenir les meilleures parts et les meilleures places" . Ils manifestent toutefois leur intérêt pour les armes américaines et pour les missions de combat individuelles (lH 2417/1). Au 8ème Spahis, le colonel de Pontbriand estime qu'ils sont bien adaptés et dignes de confiance; ils sont sensibles à la façon dont ils sont commandés et aux changements de chef. Leur souci principal est la sécurité de leur famille. Au 3/2ème RI, la répartition de 10 à 15 par compagnie permet un amalgame complet et heureux; les appelés musulmans, bien que timides et renfermés, ne sont pas dépaysés. A Constantine, le général Loth note également qu'ils se livrent peu, et à Sétif, le général Gandoët met des restrictions à }' emploi des unités nord africaines; il s'inquiète de la méfiance des sous-officiers européens envers les tirailleurs musulmans
(IH 2438 et 2439/1).

En dépit de certaines opinions réservées, la grande majorité des rapports sur le moral montre que la confiance réciproque progresse, en même temps que la situation militaire sur le terrain s'améliore. En 1957, le général Salan obtient le retour en Algérie de 4 bataillons de tirailleurs, et les incorporations dépassent 16.000 jeunes (7T 135).Rétrospectivement, une fiche de l'EMA souligne le 9 mai 1960 (7T 249/2)que les années 1956-57, critiques pour l'engagement des musulmans, ont été suivies d'un renversement de la situation en mai 1958. TÉMOIGNAGE
Lieutenant au 6ème BCA en 1954, Bernard BaYER rapporte qu'un matin, aux abords d'un village du Djurdjura, où sa section faisait halte, des hommes vinrent leur apporter, d'eux-mêmes, café au lait et pain frais. "lls n'avaient pas encore été pris en main et terrorisés par leurs libérateurs", écrit-il. Au rab, op.cit, p.86.

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TIRAILLEURS NORD-AFRICAINS ET TABORS, ENTRE 1953 ET 1965 (a) En novembrel953, un RTA (7°), onze BTA, deux BTf, un RTM (5°), neuf BTM, cinq Tabors marocains sont engagés en Indochine, soit 33 bataillons de marche nord-africains (b). Trois bataillons algériens et un marocain sont faits prisonniers à Dien Bien Phu ( endoctrinés par le Vietminh, une partie de leurs personnels ne furent pas libérés). Toutes ces unités sont rapatriées en AFN au cours de l'annéel955 . Le 7ème RTM est implanté à Wetzlar. En novembrel954.. 3 RTA sont stationnés en Algérie (1er Blida, 2° Oran et 3° Constantine). Ils sont renforcés en 1955 par les unités venant: et 3° RTA, go et 10° Tabor. - venant de Tunisie: 17° BTA et 3° Tabor. - venant de métropole: 19° BTA. - venant des FFA : 7° RTM. Sont créés en Algérie: le 9° BT A et 4 groupes de compagnies nomades (GCNA I à 4). Soit au total 31 bataillons en Algérie.

- d'Indochine:

7°, 210 et 22° RT A, bataillons de marche des 1er, 2°

En 1956.. les Tabors regagnent le Maroc. Trois RTM et deux RTf sont dissous entre 1955 et 1956. Quatre RTM sont ramenés en métropole (1 ° à Bourg St Maurice, 2° à Mutzig, 5° à Dijon, 9° à Niort) et 3 aux FFA (4° à Donauechingen, 6° à Villingen, 7° à Wetzlar). Le 13° RTA stationne aux FFA depuis 1953. A la suite de désertions au sein de plusieurs régiments algériens, le 3° RT A est transféré en Corse et à Mende (15° BTA). Le 22° RT A est implanté à Verdun. Les 19° et 35° BTA (I4°DBIP) sont dissous. Un 29° BTA est créé à Tiaret. Il reste 17 BT en Aleérie. En 1957, reviennent en Algérie: le 11° BTA de Corse, le 15° BTA de Mende et 2 bataillons du 22° RTA de Verdun. Le 7° RTM est dissous à Wetzlar. En novembre 1958, les RTA et BTA deviennent RT et BT. En 1960. le 6° RT est créé à Tlemcen. A cette époque, 9 RT à 2 ou 3 bataillons, soit 21 BT, sont stationnés dans les zones suivantes d'Oranie, d'Algérois et du Constantinois: 1° RT (BT I en ZNA, BT 5 et 17 en ZSA, BT 9 en ZOA),

-

- 2° RT (BT 2 et 14)en ZSO,

- 3° RT (BT Il et 15) en zoe (le 3° BT reste en Corse),

-4° RT (deux bataillons)

en ZSA,

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- 6° RT (deux bataillons) en ZEO, - 7° RT (trois bataillons) en ZSC, - 21 ° RT (deux bataillons) en ZNO,

En 1960-61, les Corps d'armée créent des Centres d'instruction: CI/19° RT (CAC), CY23° RT et CU35° RT (CAO), CY25° RT (CAA). Le 5° RT est créé avec les 5° et 17° BT. En 1962, la plupart des unités sont dissoutes à Sissonne , sauf les 7°, 13° et 22° RT et le la BT dissous en 1964. Les RTM restant sont dissous entre 1960 et 1965. Marque de fidélité au drapeau français, de Marocains dont le pays est indépendant depuis 1956 ! (a) Sources: Jacques SICARD et Général HURÉ. (b) Les Zouaves, en majorité européens, ne sont pas mentionnés dans cette fiche.

- 220 RT (deux bataillons) en ZNC, - 19° RT (BT 29 et 11210RT) en ZED.

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LES UNITÉS DE SPAHIS EN ALGÉRIE de 1954 à 1962.(a) En 1954, quatre régiments de Spahis servent en Indochine: le 8° RSA, les 2°, 5° et 6° RSM. En Algérie stationnent le 1° RSA (un escadron par région) , des escadrons d'escorte: 5° ESA, 6° .ESA et des escadrons montés: 9° ESA à Batna, Il ° ESA à Khenchela. En 1955, venant d'Indochine, le 8° RSA est affecté en zone est Constantinois, et le 6° RSM en zone ouest. Le 10° GESA monté est créé à Sebdou et le 12° ESA monté à Tiaret. Les escadrons montés sont à base de musulmans, alors que les régiments blindés sont européanisés à 80%. En 1956, le 5° RSA est créé avec les 5° et 6° ESA, les 9° et Il ° ESA fonnent le 9° GESA monté à Khenchela, les 100 et 12° ESA fonnent le 100 GESA monté en ZSO. Le 2° RSA est transféré de Pinnasens en zone sud oranaise. En 1958, les RSA et RSM deviennent RS. Venant du Maroc, le 1° RSM devient 21 ° RS en ZNC, le 2° RSM devient 22° RS en Algérie, le 3° GESC et le lOème GESA forment le 23° RS (monté) en ZSO. En 1959, le 9° GESA est intégré au 9° RS en ZED. En 1960, huit régiments de Spahis stationnent en Algérie: - en ZSO, les 2° et 23° RS - en ZOC, le 6° RS - en ZEO, le 9° RS - en ZNC, le 21° RS - en ZOA, le 5° RS - en ZEC, les 1° et 8° RS. Le 2° RS est transféré aux FFA où il retrouve le 3° RS et le 24° RS. Le 7° ESA monté reste à Senlis. A partir de 1962, les régiments sont dissous: - en 1962, les 2° RS, 5° RS, 6° RS, 8° RS, 9° RS, 210 RS, 23° RS et le 7° ESA. - en 1963, les 22° et 24° RS. - en 1964, les lORS et 3° RS. (a) Sources: Jacques SICARD et Général HURÉ.

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