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Les élites politiques et le peuple dans la France du XIXe siècle

De
179 pages
Le XIXe siècle français est marqué par des régimes politiques plus ou moins autoritaires et par des expériences démocratiques plus ou moins parlementaires. La symbolique de la Révolution française se heurte aux restaurations monarchiques et impériales. Les élites prennent conscience, progressivement, de la montée de la "question sociale" liée au prolétariat en cours de constitution. Le paysage social reste largement agraire. Ouvriers, pauvres, mendiants et vagabonds assaillent par leur présence les imaginaires bourgeois et aristocratiques.
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Les élites politiques et le peuple dans la France du XIXe siècle

La Philosophie en commun Collection dirigée par Stéphane Douailler, Jacques Poulain, Patrice Vermeren
Nourrie trop exclusivement par la vie solitaire de la pensée, l'exercice de la réflexion a souvent voué les philosophes à un individualisme forcené, renforcé par le culte de l'écriture. Les querelles engendrées par l'adulation de l'originalité y ont trop aisément supplanté tout débat politique théorique. Notre siècle a découvert l'emacinement de la pensée dans le langage. S'invalidait et tombait du même coup en désuétude cet étrange usage du jugement où le désir de tout soumettre à la critique du vrai y soustrayait royalement ses propres résultats. Condamnées également à l'éclatement, les diverses traditions philosophiques se voyaient contraintes de franchir les frontières de langue et de culture qui les enserraient encore. La crise des fondements scientifiques, la falsification des divers régimes politiques, la neutralisation des sciences humaines et l'explosion technologique ont fait apparaître de leur côté leurs faillites, induisant à reporter leurs espoirs sur la philosophie, autorisant à attendre du partage critique de la vérité jusqu'à la satisfaction des exigences sociales de justice et de liberté. Le débat critique se reconnaissait être une forme de vie. Ce bouleversement en profondeur de la culture a ramené les philosophes à la pratique orale de l'argumentation, faisant surgir des institutions comme l'École de Korcula (Yougoslavie), le Collège de Philosophie (Paris) ou l'Institut de Philosophie (Madrid). L'objectif de cette collection est de rendre accessibles les fruits de ce partage en commun du jugement de vérité. Il est d'affronter et de surmonter ce qui, dans la crise de civilisation que nous vivons tous, dérive de la dénégation et du refoulement de ce partage du jugement. Dernières parutions

Huguette DUFRENOIS, Le rationnel voilé ou comment vivre sans Descartes, 2010. Mercè RIUS, Quatre Essais sur Sartre, 2009. Jorge DAVILA, La rébellion des managers et le pétrole du Venezuela, 2009. Luc LEGUERINEL, Enjeux et limites des théories contemporaines de l'action. De la praxéologie à la pragmatique,2009. Jad HATEM, Schelling. L'angoisse de la vie, 2009.

Patrice

PIERRE

Les élites politiques et le peuple dans la France du XIXe siècle
L'ordre face au désordre

L'HARMATIAN

Illustrations:

DR

@ L'HARMATTAN, 2010 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris

http:f / www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr ISBN: 978-2-296-12141-6 EAN:9782296121416

Dédicace
À Kimhoa, ma compagne

À Pierre- Yves, frère d'armes trop tôt disparu... À Mélanie, ma fille À Etienne, mon frère À Alain Brouillet, l'ami de 25ans

Remerciements
À Patrice Vermeren, professeur à Paris VIII, qui m 'a permis en toute empathie d'être publié dans sa collection de philosophe À Jean Tulard, professeur émérite de La Sorbonne, qui me soutient depuis de nombreuses années À Emmanuel Mougneau qui m'a fourni de judicieuses remarques tant sur le formalisme que sur le fond À Enrique Dei Percio, professeur de philosophie et de sociologie à Buenos Aires, «frère intellectuel» et ami, sans omettre Cecilia À Nicolas Fremder, qui fut l'un des premiers lecteurs de mon manuscrit À Silvia Spanu, pour ses conseils textuels et iconographiques

Sommaire

Jean Tulard
Préface. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..
13

Préliminaires

15

La Restauration (1814-1815 à 1830)
Les sens de la Restauration Louis XVIII Charles X La Monarchie constitutionnelle de Louis XVIII Le règne de Charles X (I824 à 1830) Les courants politiques

19

La monarchie de Juillet (1830-1848)
Louis-Philippe f' Les élites Les penseurs Les partis politiques Les partis antidynastiques Sur l'état d'esprit Le Paris bourgeois et le Paris ouvrier Les classes sociales entre 1815 et 1848 L'aristocratie La notion de notables La classe ouvrière L'ordre Social Analyses éléments sur la société française monarchies

37

sous les deux

11

La Seconde République (1848-1851)

67

La signification de la If République La Constitution de la If République Les élections législatives de mai 1849 La répression de juin 1849 Les mentalités en 1848 Le Coup d'Etat du 2 décembre 1851 Quels étaient les buts poursuivis par le camp napoléonien en décembre 1851 ?

Le Second Empire (1852-1870)
La personnalité de Napoléon III Les partis politiques La classe ouvrière sous le Second Empire Le monde des campagnes La bourgeoisie

87

Les débuts de la Ur Républiquejusqu'à (1870-

l'affaire boulangiste
Il 7

1890) . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

La situation politique en 1870-1871 L'expérience Boulanger

Réflexions
finales. . .. . .. . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . .. . .. . . . . .. . .. . . . . .. . . . ..
133

Index thématique non exhaustif Index des personnages historiques non exhaustif Orientation bibliographique

139 149 175

12

PRÉFACE

Au chapitre I du livre III de La France nouvelle, PrévostParadol écrit, en 1869 : « La Révolution a fondé une société, elle cherche encore son gouvernement ». Telle pourrait être la conclusion de la période étudiée par Patrice Pierre qui conduit la France de l'échec d'un sauveur, Napoléon, en 1815, à celui d'un autre sauveur, beaucoup moins prestigieux, le général Boulanger, en 1889. À juste titre, Patrice Pierre donne comme titre à son étude L'ordre face au désordre. Une société s'est dessinée sous Napoléon. Les notables ont supplanté la noblesse, la ploutocratie a remplacé l'aristocratie. C'est le triomphe d'une nouvelle bourgeoisie qui a acheté des biens nationaux et placé son argent dans l'industrie naissante. La France reste peuplée de paysans qui, de révolutionnaires en 1789, sont devenus conservateurs à partir du moment où ils ont eu accès à la propriété. Seuls les ouvriers n'ont pas profité du bouleversement. Au contraire, le libéralisme économique, né de la destruction des corporations et des compagnonnages, aggrave leur condition tout en augmentant leur nombre. Voilà le principal facteur de désordre. Mais il en est un autre tout aussi spectaculaire, c'est l'instabilité politique née de la chute de la monarchie en 1792. Aucun régime ne peut durer. Au Premier Empire succède la Restauration des Bourbons, eux-mêmes renversés au profit du cousin Orléans en 1830. La Monarchie de Juillet est à son tour emportée par l'insurrection de 1848. Mais la République n'aura qu'une brève existence, confisquée par le prince-président Louis-Napoléon Bonaparte qui devient Napoléon III. Le Second Empire ne survit pas à la défaite de 1870. Mais la République proclamée à l'annonce du désastre de Sedan demeure fragile, au moins jusqu'à l'échec de Boulanger. 13

Comment expliquer cette instabilité, cette suite de révolutions qui donne à notre histoire son originalité? Le Français est-il un révolutionnaire né ? La réponse est dans ce beau livre de Patrice Pierre, spécialiste confirmé du XIXe siècle.

Jean TULARD Professeur émérite à la Sorbonne Membre de l'Institut

14

PRELIMINAIRES Le XIXe siècle a vu monter le rêve démocratique du droit de vote pour tous, sans distinctions de fortune mobilière ou immobilière. La démocratie, entendue sous l'angle grécoromain, signifiait la participation du plus grand nombre au jeu politique. Du moins ce fut le discours constant des élites qui oeuvraient, selon elles, pour le bien commun, pour l'intérêt général, pour les masses. Cependant les masses rurales et citadines étaient incultes, puisque l'accès à l'instruction lycéenne était réservée aux fils de la bourgeoisie. Seule, une instruction primaire décrétée en 1833, par François Guizot, semblait élever les consciences populaires, du moins pour l'instruction primaire. Le fil rouge de la démocratie française s'arc-boutait à l'exercice du droit de vote mais sans éducation primaire, sans instruction politique, le Français des campagnes ou des villes, comment pouvait-il le comprendre, le conscientiser? Il n'y avait nulle pression, nulle revendication de la part des masses, pour participer au jeu électoral. La pression provenait de certaines élites, tant républicaines liées, au jacobinisme robespierriste, que des royalistes constitutionnels qui voyaient, là, un bon moyen pour bouter, hors du champ politique, les royalistes traditionnels, les partisans de l'Ancien Régime. Enfin, les partisans de l'action bonapartiste considéraient le vote comme source quasi unique de légitimation, afin de contrer la légitimité des Bourbons. Ce furent donc des groupuscules, des factions, des coteries qui inoculèrent la passion du demos à la société civile du XIXe siècle français. Les masses étaient encastrées dans une question de labeur agricole ou industriel, qui ne leur laissaient guère le temps, la possibilité de réfléchir ni d'imaginer d'autres sens, significations au réel qu'elles subissaient. Les agitations démocratiques étaient réservées aux périmètres urbains, aux salons bourgeois ou aristocratiques ou bien aux cafés, cabarets prolétaires... D'ailleurs, le concept de démocratie était défini par les historiens-politiques de l'époque, mais le peuple lui-même, les petits, n'avaient pas les moyens d'accéder à la lecture du fait de l'analphabétisme généralisé. 15

Dans la société civile était répandu, non le concept de démocratie, mais le moyen, la technique électorale du droit de vote. L'on diffusait le moyen d'exprimer son opinion mais l'idéologie, toute idéologie était absente. Les « intellectuels », puisqu'il fallut attendre Georges Clemenceau pour voir apparaître le substantif, tels Alexis de Tocqueville, François Guizot, P. P. Royer-Collard, Camille Jordan, Armand Carrel, A. Thiers, Benjamin Constant ont utilisé le vocable demos, démocratie pour diffuser, à l'endroit des autres membres de l'élite sociale, des vues idéologiques relatives à la notion de pouvoir royal, à celle de pouvoir parlementaire, aux côtés ou à la place de l'idée monarchique en France. Sinon, l'autre moyen prégnant durant tout le XIXe siècle fut la presse, le droit à l'expression écrite puisque la parole était relativement libre dans les chambres basses: Chambre des Députés, Assemblée Nationale, Corps législatif. L'écrit affranchi de la tutelle du pouvoir politique fut l'obsession des pensées dans les cercles dirigeants ou intellectuels. En droite ligne de la philosophie des Lumières, l'écrit devenait chose sacrée, se muait en nouvelle sacralité aux côtés du verbe et des textes de la religion catholique et romaine. Mais l'écrit contentait encore une fois les élites au pouvoir, ou bien les aspirations des futures élites de l'opposition républicaine, orléaniste ou bonapartiste. Le peuple était par définition, d'emblée, exclu du débat idéel puisque l'instruction, la culture ne lui appartenaient pas, du fait de sa non-diffusion et d'une instruction publique archi-minoritaire. Les masses serviront uniquement de bras armé, de forces d'appoint, de troupes lors des soulèvements ouvriers urbains, de certaines jacqueries, lors des révolutions de 1830, de 1848 ou de 1871. Au corps sociétal, la technique du droit de vote; aux élites sociales la technique des insurrections, la réflexion politique, les programmes idéologiques monarchistes, républicains, bonapartistes, puisque depuis Destutt de Tracy inventa le terme «Idéologie» en 1802, la réflexion sur le pouvoir était la grande passion des écrivains à la fois historiens et politiques comme F. R. de Chateaubriand, Victor Hugo, A. de Lamartine... Nous passerons en revue, entre 1815 et 1830, les courants de pensée politique majeurs qui ont animé la 16

Restauration des rois de France, Louis XVIII et Charles X, la monarchie de Juillet du roi des Français, Louis-Philippe 1er,la lIe République des Montagnards « fraternels », le Second Empire de l'Empereur Napoléon III, empereur à la fois bonapartiste et socialiste. L'étude se clorera sur la présidence du maréchal du Second Empire, Patrice de Mac Mahon, qui tuera symboliquement et pratiquement toute idée de pouvoir exécutif fort pendant 79 ans en France, jusqu'à sa renaissance gaullienne en 1958. 1815 sonne le glas du Premier Empire français; 1879, avec la démission du second Président de la Ille République, sonne le glas de l'omnipotence et omniprésence du chef de l'Etat qui abdique la fonction présidentielle devant la chambre des députés. Ainsi, le vœu robespierriste de 1792-1794 renaît: la chambre basse dominait le champ politique en confondant, en fusionnant pouvoir législatif et pouvoir exécutif, au seul profit d'une assemblée toute-puissante. Les élites sociales ont introduit, auprès des masses, la passion démocratique, l'obsession démocratique... Cet instrument leur a échappé progressivement tout au long du XIXe siècle pour transiter entre

deux pôles: la démocratie comprise par les penseurs

-

hommes d'action politiques comme F. Guizot ou A. de Tocqueville, instrument réservé aux « méritants », aux « compétents» pourvus de biens, de terres, de culture livresque. Puis la démocratie fut appropriée, revendiquée par les courants socialistes, républicains: cet instrument devait être réservé aux masses, au plus grand nombre, aux déshérités, démunis de toutes espèces. Ce fut la conception des Pierre Leroux, Etienne Cabet, Victor Considérant, Louis Blanc, Pierre-Joseph Proudhon, Auguste Blanqui. Ainsi, le concept devenu arme politique a changé de camp: les élites avaient imaginé, à travers leurs penseurs, que le droit de vote allait dissoudre les réactions sociales violentes, les remises en cause de l'ordre social établi par l'action de rue. Le droit de vote, le suffrage universel accordé aux seuls hommes en 1848, ne dispensèrent nullement le corps social, le corps politique des insurrections ouvrières, en particulier celle de la Commune de Paris de 1871. Ainsi le droit de vote, la participation au jeu électoral devinrent le cheval de Troie, manipulé par les chefs républicains ou socialistes, pour 17