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Les Eunuques d'aujourd'hui et ceux de jadis

De
306 pages

LE mot eunuque vient du Grec.

Ses racines sont εύνή et ἔχω (lit je garde).

On désignait aussi, dans l’ancienne Grèce, par analogie, sous le nom de Eύνουχίας (eunouchias), les fruits sans noyaux et par conséquent inféconds ; tels que certains raisins sans pépins (soultanina de Smyrne), certaines hespéridies (oranges de Jaffa, les bananes, par exemple, etc.).

Dans l’antiquité, les eunuques étaient des esclaves émasculés, chargés de la garde des femmes des Asiatiques.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Démétrius Alexandre Zambaco Pacha
Les Eunuques d'aujourd'hui et ceux de jadis
AVANT-PROPOS
νειδοςερϒιη. (L’inaction est une honte.) SI je ne me berce pas d’illusions, ce petit travail vient à son heure. Je dirai même que, telle est son opportunité dans l es circonstances présentes, il pourra venir en aide aux efforts déployés par les h ommes au pouvoir et les députés clairvoyants et patriotes de la Chambre ottomane, p our aborder de front et résoudre définitivement deux de leurs problèmes sociaux les plus essentiels, bien qu’ardus, pour effacer deux stigmates encombrants qui fournis sent des armes puissantes aux détracteurs du nouveau régime qui se débat, avec le s plus louables efforts dans un dédale de questions plus ou moins vitales, à l’ordre du jour. Nous voulons parler del’eunuchismede et l’esclavage,Les faits que nous relatons ici sont, comme on dit, vécus. Ils se sont passés s ous nos yeux. En outre, les appréciations de personnes compétente s, amis de la Turquie et de la vérité, contrastent avec les coups d’encensoir mala droits ou flatteurs, et réclament l’attention des gouvernants qui cumulent les respon sabilités vis-à-vis du pays et devant l’Europe spectatrice vigilante qui attend, a vec sympathie, de grandes choses du régime constitutionnel. La lecture de ce petit livre s’impose à tous ceux q ui collaborent au relèvement de la Turquie. Il est de toute actualité. Il reflète auss i, sur la matière, l’opinion des hommes francs, véridiques, en même temps que sincères amis dont nous sommes. Car nous ne comptons, dans ce beau pays, que des bienveillan ts qui nous ont toujours témoigné de l’estime et de la considération, pendan t les longues années que nous avons passées parmi eux. La Turquie, après une période de gloires militaires et de vastes conquêtes qui ont ébloui l’Europe entière, déclina progressivement po ur tomber dans un état lamentable, stagnant, macérant dans l’ignorance sous un régime arbitraire, tyrannique, perpétrant des crimes et rendant ainsi sa présence bien précai re au centre de l’Europe, au milieu des peuples qui marchent, avec une rapidité vertigi neuse, dans les voies du progrès et de la civilisation, profitant des merveilleuses acq uisitions de la science à marche accélérée. Aussi, ne déplaise, le grand Bismarck prononça-t-il à sa période de splendeur et d’omnipotence cette phrase que l’histoire a inscrit e à sa charge :La présence de la Turquie en Europe constitue un anachronisme.Si le grand démolisseur de frontières et falsificateur de dépêches était encore de ce monde, il se serait, certes, rétracté. Par bonheur, après une somnolence, après une léthar gie séculaire, s’effectua un grand réveil du meilleur augure, dans l’intelligenc e de la jeunesse élevée à l’école des institutions européennes. Le torrent irrésistible du progrès et de la liberté culbuta un régime suranné, désuet, rétrograde, détesté qui maintenait dans l’état le p lus abject les divers peuples, si bien doués, composant l’Empire ottoman. L’histoire nous enseigne qu’après les victoires et les conquêtes dues au succès des armes, les empires, sous menace de déchoir et de di sparaître, doivent entrer, franchement, dans le giron de la civilisation et fo nder l’ère de la liberté, de la justice, de l’égalité, sans distinction de race et de croyan ce entre les conquérants et les conquis, en abolissant tout privilège en faveur des premiers ; faute de quoi les plus
puissants empires sont fatalement condamnés à s’écr ouler, sous les dissensions intimes, dans les secousses convulsives intérieures , quasi volcaniques, par des déchirements sanglants qui aboutissent, tôt ou tard , à des dislocations préjudiciables à tous les éléments constitutifs de l’État. L’exemple que vient de donner la puissante Allemagn e en obtempérant aux légitimes réclamations des Alsaciens-Lorrains et oc troyant l’autonomie, consacre cette nécessité politique de pacification, qui consiste à céder devant l’opportunité. C’est là un acte de grand sens politique, à méditer. Sans m’écarter outre mesure de mon sujet, je dirai que la nouvelle devise de la Constitution ottomane doit être réalisée, sincèreme nt appliquée, au plus vite. Car les paroles ne comptent que lorsqu’elles sont traduites en faits. Et le célèbre moraliste Labruyère a dit quelque part :l’homme est né menteur.rien ne prévaut contre les Et faits. Tous les amis de la Turquie font crédit aux belles promesses du gouvernement actuel qui doit y faire honneur sans défaillance, s ans rémission, sans atermoiments qui équivaudraient à un envoi aux calendes grecques . Certes la Chambre est sollicitée par de nombreuses et importantes questions. Mais celles del’eunuchisme et del’esclavagele cèdent en rien à toutes les autres, en ne fait d’importance ; je dirai même qu’elles priment toutes les autres, parce qu’elles touchent à l’essence de la Constitution. L’eunuchisme et l’esclavage sont deux traits vénéne ux fichés dans les flancs du vieux régime, qui survivent et que l’on doit arrach er, incontinent, coûte que coûte, même par les moyens les plus violents, au risque de se discréditer devant l’univers incrédule, tant que ces deux insultes à la civilisa tion figureront à côté du programme du régime constitutionnel. En effet, l’eunuchisme et l’esclavage sont absolume nt inconciliables avec les mots sublimes, liberté, égalité, fraternité, justice. Ac ta non verba. Le grand Padichah réformateur, le sagace sultan Mah moud, ayant compris que ce sont là de grands obstacles au progrès réel, décrét a, il y a près d’un siècle, leur abolition, par un firman bien explicite ; en même t emps qu’il prononça cette phrase empreinte de sagesse et de prévoyance, si l’on tien t surtout compte de l’époque : tous mes sujets sont égaux, sans la moindre différence e ntre eux, si ce n’est lorsque, de par leurs croyances religieuses respectives, ils se rendent à la mosquée, à l’église ou à la synagogue. Ce magnanime sultan a donc été le précurseur du rég ime constitutionnel. Son fils, qui lui succéda au pouvoir, le sultan Abd ul Médjid, émit également un iradé similaire, lors de son avènement au trône. Midhat pacha fit figurer la même abolition de ces c rimes de lèse-humanité (esclavage et eunuchisme) dans la rédaction de la p remière constitution ottomane. Mais le sultan Abdul Hamid biffa cette clause, et tout resta en l’état. Tous ces documents sont insérés dans ce travail. Le lecteur en prendra connaissance un peu plus loin . Maintenant nous le demandons en toute conscience, e st-il possible d’admettre, logiquement, la proclamation libératrice d’une cons titution avec la survivance de la vente d’êtres humains, comme des bêtes de somme et celle d’individusmutilés et privés ainsi brutalement du merveilleux don de la c réation de se reproduire conformément aux lois de la nature ? Et cela dans le but égoïste, inqualifiable, de fabr iquer des négatifs à l’usage d’une fraction qui s’en sert comme de gardeurs de la vertu féminine ?
Est-ce que les mots sublimes et pompeux de liberté, égalité, fraternité, justice, ne s’évanouissent pas ridiculement devant ces faits pa tents, scandaleux ? Est-ce que nous ne devons rien dire de la dignité, de l’honneur de la femme — mère, épouse, sœur — si froissée, si blessé e dans sa dignité par cette méfiance injurieuse qui rime avec les cottes de séc urité à cadenas et à clés des croisés, appareils dont les spécimens sont déposés au musée de Cluny et dont, après l’écoulement de cinq siècles, l’ignoble époux, le p harmacien Parat, en forgea un qu’il appliqua, pendant huit ans, à sa femelle enchaînée, littéralement, pour prévenir sa vulnérabilité sexuelle, pour sauvegarder son honneu r ? Au fait, cet acte scandaleux qui mit en émoi tout l e monde, n’est ni plus révoltant, ni moins repréhensible que la garde montée par les ase xués, recéleurs des énormes clés des gynécées. La presse turque, par ses organes les plus accrédit és, les plus patriotiques, réclama avec instance, à plusieurs reprises, depuis l’octro i de la constitution, l’abolition de l’esclavage et de l’institution encore florissante des émasculés. On verra, plus loin, les articles véhéments que nou s empruntons aux journaux turcs publiés par de bons musulmans, en même temps que pa triotes éclairés (Yéni-gazetta, Tanine, le Terdjuman, paraissant en Crimée, feuille musulmane très importante). Ce qui est de la plus haute importance, c’est que l ’ingénieux prophète et tous les livres qui font loi religieuse, condamnent de la ma nière la plus formelle la conduite actuelle des croyants qui emploient ces malheureuxfrères castrésque les plus hautes personnalités attachent à leur service. Les citatio ns insérées dans ce travail démontrent l’abus effectué, sans aucun scrupule, de cette affreuse routine, par l’élite de la société, pour satisfaire ses instincts de jal ousie, et ses égoïstes caprices. On prétexte, il est vrai, que l’esclavage et l’eunu chisme ont bel et bien régné parmi e bien des états même chrétiens, jusqu’au milieu du X VIII siècle, que les eunuques ont figuré dans les palais des empereurs de Byzance, vo ire même au Vatican jusque dans la chapelle Sixtine ! Nous essayerons donc l’apologie de la Turquie renai ssante, avec toute impartialité, en ayant recours à l’histoire. La France a maintenu l’esclavage dans ses colonies jusqu’à 1848. Bien que la convention en proclamât l’abolition en 1793, il fut maintenu sous la restauration qui se borna à adoucir le sort des malheureux esclaves si maltraités par les plus fervents chrétiens ! Ce n’est que la seconde république qui en opéra la libération effective, leur affranchissement réel. Les Anglais ont eu l’honneur de se déclarer les pre miers contre la traite des noirs et rendirent à la liberté tous ceux qui se trouvaient dans leurs colonies, il n’y a pas très longtemps. Ce fut en 1833. La Roumanie n’a affranchi ses serfs qu’en 1855. Ce n’est qu’en 1863 que le noble et magnanime czar Alexandre II accorda la liberté à 44 millions d’esclaves dont la moitié appartenait à la couronne. On sait comment il fut récompensé de ce grand geste ! Le Brésil, état très catholique, très religieux, co nserva l’esclavage avec une dureté atroce jusqu’à la fin du règne de Don Pédro II qui fut détrôné, pour ce grand acte humanitaire, en 1889. Et l’histoire de toutes les républiques américaines latines est révoltante pour la tyrannie, les tortures, les cruautés commises sur l es malheureux esclavesnoirs que l’on faisait travailler sans pitié dans les plantat ions de café et de cannes de sucre,
comme des NÈGRES, que l’on traquait comme des bêtes fauves par des molosses dressés à la chasse de l’homme, qui mettaient en la mbeaux leur chair, lorsque dans leur profond désespoir ils se sauvaient dans les bo is ! Jamais l’islamisme ne commit de tels actes de sauva ge barbarie. Et les États-Unis, ce grand refuge de tout être per sécuté et avide de liberté, n’a-t-il pas eu à souffrir de tous les malheurs de la guerre civile, précisément à cause du désaccord survenu entre le Nord et le Sud au sujet de la libération des esclaves ? Est-ce que cette guerre fraticide de Sécession n’a pas éclaté parce que le président Lincoln avait proclamé l’abolition de l’esclavage, en 1860, que le Sud ne voulut pas accepter ? Et voyez donc, à l’heure actuelle, comment on conti nue à traiter les anciens esclaves,les frères de couleur,aux omnibus, chassés de la société des refusés blancs, lynchés brutalement par la populace blanche pour la moindre peccadille ! Et il s’agit d’une république égalitaire, fraternelle où la liberté brille et émane de 46 étoiles étincelantes. On y brûle les noirs émancipés, après les avoir enduits de pétrole ! Et les autorités contemplent ! Est-ce que jamais en Turquie, dans ce pays si retar dataire, on a commis de telles horreurs ? La Turquie n’est donc pas aussi arriérée, aussi en retard qu’on veut bien le dire. Puisque les pays les plus civilisés n’ont aboli l’e sclavage que tout dernièrement, et cela avec d’énormes difficultés et après de fortes secousses que l’on veut éviter. Et les corvées effectuées de notre temps, peut-on a jouter, sous la direction du Grand Français (Lesseps), i émerveillapour creuser le canal de Suez, œuvre qu l’Europe civilisée, n’ont-elles pas été aussi cruel les que celles imposées par les Pharaons pour l’érection des Pyramides ? Ces miséra bles Fellahs n’étaient-ils pas des esclaves geignant sous le courbache, offerts en hol ocauste, brutalement enlevés à leurs familles, au milieu de la rue, sans rime ni r aison, sans salaire, sans repos, avec une mortalité quotidienne de plusieurs milliers... ? ? et cela pour enrichir les actionnaires ! Quelle différence y a-t-il entre ces corvéables et les esclaves ? N’étaient-ils pas les victimes d’une horrible géhen ne ? Cependant Renan a dit quelque part que, pour obteni r une goutte de quintessence odorante, on doit massacrer tout un champ de roses ! C’est ainsi qu’a procédé, de tout temps, l’humanité. Et pour ce qui concerne les eunuques, institution s i condamnable, est-ce que les plus grands peuples, les empereurs les plus chrétie ns ne s’en servaient-ils pas pendant des siècles ? Et les papes n’ont-ils pas fait chanter les louange s de Dieu, dans la chapelle Sixtine, par des eunuques mêmesmusulmans,et cela jusque dans ces derniers temps ? Il est vrai que l’institution des esclaves est bien vieille, puisqu’elle date des premiers siècles de l’humanité. Les patriarches en possédaient, ainsi que tous les peuples de l’antiquité, Assyriens, Égyptiens, Perses, Grecs, Romains... et bien des na tions contemporaines, jusqu’à nos jours. Mais c’étaient, en général, des prisonniers de guer re et leurs descendances ; ou bien des sauvages enlevés par des razzias, par des rapts, ce qui ne justifie guère leur achat, ni leur martyr sous les auspices de la chrétienté. Moïse condamnait à mort celui qui vendait illégalem ent un homme. Nulle nation n’a vu ni toléré que le père vendît se s propres enfants ou que le fils aîné, devenu le chef de la famille par la mort de c elui-ci, s’arrogeât le droit de vendre
ses frères. Cela ne s’est répété nulle part depuis Joseph ! acte que toutes les religions condamnent. La religion musulmane n’acceptait comme esclaves, j usqu’à 1830, que les prisonniers de guerre et encore lorsqu’ils professa ient une autre religion que l’islamisme. Tandis que les Circassiens vendus par le père ou par l’aîné de la famille sont des musulmans, orthodoxes, dessounis,nés libres. Il n’y a donc aucune justification pour les vendre et les acheter sur facture paternelle ou fraternelle, approuvée par l’État.Et d’un. Et de deux.Quant à l’institution des eunuques, c’est là un cr ime plus atroce encore que l’on doit effacer, sans retard, de la législati on ottomane que l’on est en train de réformer à l’instar des codes des nations avancées. Il n’y a plus nulle part, en Europe, ni esclaves, n i eunuques, si ce n’est en Turquie. Dans une mémorable conférence faite au Caire par Ro osevelt, tout récemment, le 28 mars 1910, l’ancien président des États-Unis, ho mme d’une haute intelligence, d’une parfaite droiture et d’une sincérité absolue qui déplut aux nationalistes égyptiens, a dit « je ne crois pas qu’une nation pu isse atteindre à la prospérité, si les femmes ne sont pas prêtes à jouer leur rôle avec di gnité et noblesse ». Ce n’est donc pas en choisissant des épouses parmi les vendues, c omme du bétail, sans éducation, sans la moindre instruction, comme des juments, à b elles formes, qu’on arrivera à faire souche de bons citoyens. Ce n’est pas non plus en maintenant l’infériorité d e l’épouse et de la mère, en la dégradant, en l’humiliant, par une éternelle méfian ce blessante, en confiant leur vertu et leur honneur à des gardeurs castrés qui épient l eur conduite, que l’on pourra préparer des mères dignes qui soient à la hauteur d e leurs devoirs et capables de former deshommes,dans toute l’acception du mot. Parcourez l’histoire, vous verrez que les biographi es des grands hommes, dans l’immense majorité des cas, démontrent que leurs su ccès furent dus, en grande partie, à celles qui ont dirigé leurs premiers pas dans la vie, aux principes qu’ils ont sucés avec le lait maternel, dès qu’ils ont balbutié les premières paroles en sortant du berceau, et aux conseils qui les ont guidés tout au moins au début de leurs carrières glorieusement parcourues. L’observateur qui se trouve en face d’une personne plus ou moins haut placée, homme ou femme, comprend de suite si son éducation a été surveillée par une mère soucieuse et distinguée. Celle-ci imprime toujours un cachet de comme il faut, indélébile, aux enfants qu’elle a élevés. Or, on doit préparer des mères qui soient en état d e modeler l’âme tendre des enfants, capables d’inspirer de nobles sentiments à leurs fils pour en faire de bons citoyens, et d’inculquer à leurs filles les devoirs de l’honneur, de la vertu et de la dignité, de les rendre aptes à remplir, à leur tour, le rôle de mères éducatrices. Voilà quelle est la haute mission de la femme dont elle ne pourrait puiser les principes ni dans son état d’esclavage, ni derrière les hauts murs de réclusion, sous la surveillance deschaperons noirs ;mais dans l’émancipation, dans l’instruction et da ns la morale qu’on doit leur enseigner. La femme immolée au caprice exclusif de l’homme don t elle est la chose et le joujou, écrasée par l’ignorance où elle croupit, sé questrée, humiliée, méconnaissant sa dignité, verra, indubitablement, ses meilleures qualités innées étouffées, annulées, faute de culture. Elle n’est plus la compagne de l’ homme, participante à l’éducation des enfants. Mais un être ahuri qui gaspille son te mps à manger, à dormir et à se dorlotter, absorbée par l’unique pensée de plaire.
Tout le monde a admiré, dernièrement, devisuStamboul, le fils d’une noble et à sublime mère qui consacra toute sa vie à l’éducatio n de son enfant bien-aimé qu’elle a si divinement formé et guidé jusqu’aux premières ma rches ascendantes vers le trône. Cette œuvre merveilleuse, ce grand homme d’Etat, en même temps que parfait gentilhomme et charmeur, marchant de succès en succ ès, incite à la méditation, sur la 1 part active dévolue à la mère dans l’éducation, dan s le modelage des fils bien doués . Quant à moi, je soutiens que, en général, en voyant le fils on peut juger de la mère. On doit donc profiter des leçons et des exemples fo urnis par les nations qui ont fait leurs preuves dans la préparation des citoyens et d es gouvernants prédestinés à diriger les peuples. Ce sera là mon dernier mot. Voici une anecdote authentique qui ne manque pas de saveur topique. En 1864, vint à Paris, où j’exerçais alors, le géné ral tunisien Khaïrédin, d’origine circasienne, envoyé par son gouvernement pour récla mer quelques millions à M ahm oud Pacha Bénéyade, ancien ministre des Finance s de la Tunisie, réfugié en France et protégé par le gouvernement impérial. Beau, insinuant, quelque peu blagueur, le général e ut grand succès dans les salons parisiens et fournissait aux curieuses indiscrètes des renseignements infinis sur la vie des harems et la polygamie qu’il condamnait et prom ettait de combattre en Orient. Il publia même un livre de profession de foiAK vémul Messalik, pour éclairer et transformer ses conationaux ; livre qui fut traduit en français et provoqua dans la Presse Parisienne des articles fort élogieux avec l e portrait du grand civilisateur. Le sultan Abdul Hamid, informé de la vogue de ce gr and réformateur, le fit venir à Constantinople et le nomma son grand visir (Préside nt du conseil des Ministres). Il ne m’appartient pas de rechercher jusqu’à quel p oint les promesses données et les espérances conçues furent irréalisées. Je me bo rne, comme toujours, au rôle de médecin observateur. Un jour, cette Altesse, étoile du jour, que j’avais connu à Paris, m’appela en r consultation avec mon savant confrère, le D Mahé, médecin de l’Ambassade de France. Khaïrédine Pacha nous expose, par le menu, l’état d e santé d’une de ses plus favorites et nous demande une prescription. Nous ré pondîmes tous deux ébahis, qu’il était impossible de donner des conseils sans avoir examiné la patiente. Mais, mon r médecin ordinaire, le D Dossios, soigne toujours ainsi mon harem, nous dit-il. Ayant absolument refusé d’imiter le confrère, deux eunuques, soutenant par les aisselles un paquet remuant, placé dans un sac ouve rt par le bas, installent dans un fauteuil ce qu’on nous dit être la malade. Il a fal lu, pour en finir, tâter le pouls au travers d’une épaisse enveloppe de soie et se passe r de tous les autres moyens d’exploration. Cependant l’auscultation avec le sté thoscope fit constater de bruyants gargouillements de vastes cavernes. Quelques semain es après, cette trop affectionnée succombait à une tuberculose datant de plusieurs années. Pour parfaire cette historiette, nous dirons que ce grand émancipateur ne permettait à ses houris de quitter ses palais qu’au printemps et en automne pour se rendre de la ville à la campagne et pour retourner : (de Nichant ach à Kouroutchesmé dans le Bosphore). Pour toute éventualité, dans ce parcours de trois q uarts d’heure, la favorite privilégiée était transportée dans un coupé à serru re, avec stores baissés, escortée de plusieurs eunuques. La prisonnière, arrivée à desti nation, attendait le Pacha geôlier, porteur de la clé, qui libérait l’encellulée.