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Les Façades du chateau

De
106 pages

Un château est occupé par les descendants d’une noblesse n’ayant plus que l’éclat d’un blason dépassé. Les revenus de la solde d’un officier supérieur et de métayage des terres ne sont pas en mesure de garantir l’entretient de la bâtisse. Le fils unique, Pierre-Henri de La Buse, après une jeunesse tourmentée et des amours indécis, se marie avec une jeune fille de l’ancienne noblesse comme lui. Il devient ensuite député-maire mais la tentation de servir des deniers publics pour la rénovation du château de famille est trop forte. Malgré des réceptions mondaines et les quelques tentatives de camouflage des combines financières, les excès du couple seront difficiles à cacher.


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-90756-1

 

© Edilivre, 2015

Chapitre 1

On ne sait pas depuis combien de temps le château domine la ville, l’époque, plusieurs siècles ; il faudrait pour cela consulter les archives de la ville, avec les transformations qu’il a subies sans que l’on puisse savoir vraiment quand et quoi. Aucune mémoire n’est en mesure de fournir sa vraie histoire. Les on-dit prétendent que tel ou tel roi est venu passer quelques jours, ou que certains grands personnages y ont séjourné. Il est là, il domine la cité du haut de sa petite colline qui se trouve à l’ouest de cette ville provinciale, elle vit dans une quiétude de protégée par la domination des grands de cette province. Il figure sur les catalogues de l’office du tourisme, mais uniquement pour la gloire du passé, fleuron de la ville et classé monument historique.

Ce n’est pas le point le plus haut de la région, car de l’eau ressort, formant une douve entourant la bâtisse avant d’aller arroser le grand parc et rejoindre le lit de la rivière, elle s’écoule dans le bas, en faisant des méandres. Les châtelains ne changent pas depuis des générations, la grande demeure reste la propriété de cette grande famille de la noblesse ayant fait la gloire du pays, les de La Buse. Le château, est de style Renaissance, mais certains éléments de construction démontrent une conception plus ancienne. Les formes d’architecture sont diverses.

La bâtisse est la fierté des habitants, ils se targuent d’avoir des illustres seigneurs depuis plusieurs générations s’étant succédé dans cette enceinte prestigieuse. Faits de guerre militaires, de servitude aux rois, aux empereurs napoléoniens, à la république, ils ont dessiné au fil du temps, l’histoire de la France, en se distinguant dans des faits d’honneur et de civilité. Les seigneurs ont su rester droits dans les conflits sociaux et résister aux assauts financiers. C’est une admiration du dévouement envers la nation.

C’est Édouard de La Buse, maintenant, tête et maître du domaine, il exerce sa carrière d’officier supérieur comme lieutenant-colonel dans l’armée de terre, dont la ville de garnison est assez proche. Son chauffeur vient le prendre tous les matins, pour le ramener en fin de journée.

Le château comprend un corps central, avec deux ailes perpendiculaires, des tourelles – les murs ronds cachent des escaliers intérieurs en colimaçon –, des postes de guet et de défenses, pour rassurer le peuple en jouant son plein rôle de protecteur supérieur. Une des tourelles sert de clocher à une petite chapelle, elle se confond avec les autres ne laissant pas deviner l’existence de ce lieu de prière. Le corps principal est orienté, face au sud-est, contraire aux vents dominants. La douve, si elle paraissait infranchissable, est devenue au fil de l’eau, un agrément de douceur. Le rez-de-chaussée comporte une grande salle à manger pouvant recevoir un grand nombre de convives, une grande cuisine avec des réserves devenues au fil des décennies des chambres froides. Il y a toujours ce souci d’avoir assez de provisions pour résister à une attaque, un combat. Puis des antichambres, fumoirs, petits salons pour des réceptions personnelles et individuelles, et autres dépendances.

Le premier étage, salles de réception des grands jours, celle qui a reçu on ne sait plus quel roi, des salles de jeux, des salons, des boudoirs pour ces dames qui veulent se réunir pour papoter, bureaux pour régler quelques affaires confidentielles, ces pièces qui ne servent qu’au prestige. Le deuxième étage, des chambres qui ont la grandeur d’appartements particuliers avec les dépendances à l’ancienne, dignes de recevoir les grands de ce monde. C’est sous les combles que l’on retrouve les petites chambres réservées au personnel, autant à celui du château qu’à celui qui, autrefois, suivait les invités. Devant, une large allée gravillonnée, qui sépare le parc, fleuron des grands jours de soleil. Entre les deux ailes une cour pavée à l’ancienne, portant les traces des carrosses et voitures d’antan.

Les dépendances, anciennes écuries, hangars pour les machines agricoles et autres utilisations, ne font pas l’essentiel des bâtisses mais procurent des refuges pour les voitures, des ateliers ou des serres pour les préparations des plants du parc.

Autour du château de nombreux hectares de terre qui autrefois, étaient soignés par des métayers, mais qui maintenant sont loués, à des exploitants agricoles, la république a redistribué les attributions du peuple avec un grand souci de divertissement dans les mêmes fonctions avec des dénominations différentes mais des exploitations humaines similaires. Le rapport de cette location permet d’entretenir un minimum de personnel car une telle bâtisse demande beaucoup de soins et d’attentions. Son épouse Mélaine, fille d’un important agriculteur, rencontrée au hasard d’une manœuvre militaire, a mis du temps pour s’adapter au pays, mais a été très bien accueillie, en mettant au monde un garçon, Pierre-Henri. La descendance est ainsi assurée. Celui-ci a grandi dans ses premières années, entre les douceurs d’une jeune servante et sa mère, qui a des occupations dans certaines associations de la ville, il faut montrer l’existence de la noblesse. Les jupons de la bonne lui servent de nounou, c’est Lucie. Monsieur pense qu’il a toujours un droit de cuissage, vieux principe de la noblesse, faussement aboli, mais en vigueur pour certains, et si Lucie s’occupe du petit garçon, de la cuisine et d’un peu de ménage, elle doit aussi satisfaire monsieur dans des moments intimes, lorsque Madame n’est pas là. Madame s’en est rendu compte depuis longtemps, son bel officier se rend coupable d’adultère, mais quand on est femme du monde, on ne fait pas d’éclats autour de sa vie privée, en montrant une largesse d’esprit. La noblesse n’a pas de problème, pratiquant une très grande discrétion.

– C’est une honte, je me demande ce que tu trouves à cette fille, il faudra que tu m’expliques. Parfois, moi aussi j’ai envie de prendre un amant, uniquement pour qu’il me fasse voir et découvrir autre chose.

– C’est une question d’éducation ; nous sommes des nobles, nous devons éduquer les jeunes filles du pays.

– Il y a longtemps que ces temps sont révolus. Je devrais divorcer, ce serait le spectacle de la ville, les journaux seraient trop heureux de parler de nous, c’est une chose que je ne veux pas.

– C’est un passage, un droit de seigneur, affirmer l’autorité supérieure.

Il y a un grand mystère dans l’emploi du temps de Madame, mais ne sachant rien sur son emploi du temps, les gens la respectent en femme du monde qu’elle représente dans une tenue vestimentaire toujours sans fautes de goût. Ses toilettes procurent des envies, une certaine admiration qui la soustrait à toute critique. Si elle délaisse Édouard, il y est pour quelque chose ; un officier supérieur ne s’abaisse pas devant une bonne. Mais le vice est plus fort que les conséquences qu’il peut apporter à une vie de déboires et de malveillance, de la part de son entourage. Il y a des actions qui ne s’oublient pas sur un claquement de doigts. Il y a des plaies qui ne se referment jamais et qui peuvent empoisonner des vies entières, mais quand elles sont réciproques, elles s’effacent avec le temps.

Suivant les campagnes et les manœuvres militaires, le parc prend des allures différentes, la disponibilité des hommes de troupe, les transformant d’hommes de guerre en jardiniers, c’est de bon augure d’utiliser une main-d’œuvre qui ne représente pas de charge, pas de salaire, mais qui peut accomplir des tâches ingrates et dévalorisantes, pour des ambitions comportant plus de responsabilités.

C’est Lucie qui a la plus grosse charge pour l’épanouissement du petit Pierre-Henri, le conduire à l’école, lui apprendre à se vêtir, à se tenir à table, à être propre, parfois elle joue avec lui pour ne pas trop le charger d’une éducation plus stricte, dans cette noblesse résistante pour garder ses titres et les faux privilèges, qui s’effritent devant les réclamations du peuple. L’enfance de Pierre-Henri se passe d’une façon discrète, mais avec des réactions surprenantes de la part d’un enfant.

Pierre-Henri grandit dans cette ambiance feutrée et parfois un peu froide de la part de ses parents par les soupçons qui planent sur sa conduite, mais que Lucie remet sur le droit chemin avec un peu de tendresse, chose rare dans la haute société où les sentiments n’ont pas le privilège sur l’apparence du rôle social que doit garder le rang de la noblesse, même parfois non reconnu par la démocratie. L’éducation artistique de l’enfant, en plus de l’école, est de haut standing : opéra, théâtre classique, grands concerts des compositeurs musicaux de la grande époque royale. On doit avoir les goûts des plus appréciés, très raffinés. Pour Pierre-Henri, il serait plus rock, plus contestataire dans ses choix culturels. Les grands classiques ne le passionnent pas, le contraire s’impose. Papa est très à cheval sur les études de sa progéniture, et pour Pierre-Henri, c’est un supplice que de montrer ses devoirs à son père. Les sports ont une entrée de mise en jeu ; il faut gagner, être le plus fort.

– Il faut que tu travailles mieux que cela à l’école, tu me fais honte, tu n’as pas vraiment l’accent de notre renommée que nous espérons de toi.

– Mais, papa, je fais ce que je peux, ce n’est pas de ma faute, les professeurs vont trop vite.

Pour sa mère Mélaine, ce n’est pas la même chose, pour chaque mauvaise note, elle convoque un professeur particulier pour permettre à son fils une meilleure compréhension des leçons dispensées.

Lucie tente de corriger les erreurs avant, mais elle n’a malheureusement pas l’éducation voulue, ses études sont loin, pour faire de son protégé, l’idole de sa classe. Avec le temps, Pierre-Henri a donné un surnom d’amour à Lucie ; lui seul a le droit de l’appeler ainsi : « Mam ».

– Pierre-Henri, fais-moi plaisir, apprends mieux tes leçons, ton père te réprimande et cela me fait de la peine. J’aimerais tant te voir heureux, lorsque ta mère t’interroge, tu ne sais pas toujours lui répondre, et cela me chagrine, mais lorsque ton père te traite d’homme de troupe, de fantassin ignorant, j’ai envie de pleurer.

– Mais Mam, moi ça ne m’intéresse pas, j’ai envie de jouer, je n’ai pas le droit de jouer avec les autres garçons, avec les autres enfants. Je m’ennuie bien souvent ici.

– Tu ne peux pas faire un petit effort pour me faire plaisir ?

– Mam, il n’y a que toi qui es gentille avec moi, même à table. On me reproche ma tenue : « Les poings sur la table, la tête bien haute, tu tiens mal ta fourchette, mets bien ta serviette », j’en ai assez.

– Le jour où tu seras grand, tu pourras faire ce que tu veux, mais pour le moment, écoute ce que l’on te demande de faire.

Envers ses camarades, il est belliqueux, il veut s’imposer, c’est lui, « Je commande, je dirige », et comme chez tous les enfants, cela se termine parfois à coups de poing. Il veut être le chef de la bande, celui à qui on obéit, celui que l’on écoute. C’est ainsi que grandit Pierre-Henri avec une certaine dureté, comme l’exige cette classe de la grande société.

Au début, Lucie considérait les exigences d’Édouard comme une corvée, mais les contacts avec le bel officier sont devenus un plaisir. Maintenant, c’est elle qui parfois le cherche. L’autorité de cet homme lui donne un sentiment de protection. Maintenant, c’est elle qui le provoque, le cherche ; dans ce château, les endroits de rencontre sont nombreux. Doucement l’amour s’est installé, a pris une place de jouissance qui a enflammé les esprits. Malgré une grande discrétion, Mélaine est au courant des relations du couple, elle demande de la discrétion pour ne pas avoir à en parler à ses amies en ville. Parfois c’est la soupe à la grimace, lorsque les contacts deviennent trop incisifs. Elle ne veut pas perdre la face vis-à-vis de la société.

Entre les caprices et les petites colères, il était difficile de déterminer sa sagesse, car ses états d’humeur se différenciaient les uns des autres et évoluaient suivant des réactions étonnantes. Partagé entre sa mère et sa nounou, Pierre-Henri apprend très vite à jouer sur les deux tableaux, pour se faire câliner ou pour se faire pardonner les petites bêtises qui sont faites par les enfants de son âge. Les bons points et les prix d’honneur n’ont pas décoré les grandes galeries du château, malgré les corrections de Mélaine et les reproches de son père, Édouard...