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Les Grecs à Grenoble, des pionniers à nos jours

De
152 pages
L'auteur, issu de la communauté grecque, met l'accent sur les liens culturels, politiques et diplomatiques entre la France et les communautés grecques, arrivées par vagues successives pour des raisons souvent tragiques. C'est aujourd'hui pour des raisons économiques et culturelles qu'étudiants, enseignants et chercheurs grecs viennent encore à Grenoble et participent au rayonnement de l'agglomération, sans jamais rien renier de leur pays d'origine, de ses traditions, de ses fêtes et commémorations.
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Les Grecs à Grenoble, des pionniers à nos jours
Deux siècles de liens historiques avec la France

Cet ouvrage a été réalisé, pour le compte des éditions LHarmattan, sous la responsabilité de Pierre CROCE, Chargé de mission sur la politique de publication de lUniversité Pierre-Mendès-France, Grenoble 2

www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr © LHarmattan, 2009 ISBN : EAN :

Alexandre Mavridis

Les Grecs à Grenoble, des pionniers à nos jours
Deux siècles de liens historiques avec la France

L’Harmattan 2009

La Librairie des Humanités
Dirigée par Thierry Ménissier, docteur de l’EHESS, Maître de Conférences de philosophie politique à l’Université Pierre-Mendès-France, Grenoble 2, et Pierre Croce, Chargé de mission sur la politique de publication à l’Université PierreMendès-France, Grenoble 2. La Librairie des Humanités est une collection coéditée par les Éditions L’Harmattan et l’Université Pierre-Mendès-France de Grenoble. Destinée à recevoir, dans ses diverses séries, des textes couvrant tout le champ des sciences sociales et humaines, son caractère universitaire lui fait devoir et privilège de promouvoir des travaux de jeunes auteurs autant que de chercheurs chevronnés. Membres du Conseil scientifique de la collection : Fanny Coulomb, série Économie Jérôme Ferrand, série Droit Thierry Ménissier, série Sciences de l’Homme Alain Spalanzani, série Gestion Jacques Fontanel, série « Côté cours » Jean-William Dereymez, séries « Mémoire des Alpes » et « Sentiers de la Liberté »

Dans la même collection
J. Ferrand, H. Petit (Dir.) – L’Odyssée des Droits de l’homme (2003)
T. I – Fondations et naissances des Droits de l’homme T. II – Mises en œuvre des Droits de l’homme T. III – Enjeux et perspectives des Droits de l’homme

A. Blanc, A. Pessin (Dir.) – L’Art du terrain. Mélanges offerts à Howard Becker, (2003) C. Amourous – Que faire de l’hôpital ? (2004) Y. Chalas (Dir.) – L’Imaginaire aménageur en mutation (2004) J.-L. Chabot, Ch. Tournu (Dir.) – L’héritage religieux et spirituel de l’identité européenne (2004) E. Bogalska Martin – Entre mémoire et oubli. Le destin croisé des héros et des victimes (2004) A. Ferguène (Ed.) – Gouvernance locale et développement territorial (2004) C. Offredi (Dir.) – La dynamique de l’évaluation face au développement durable (2004) L. Dowbor – La mosaïque brisée ou l’économie au-delà des équations (2004) P. Chaix – Le rugby professionnel en France (2004) Y. Polity et alii (Dir.) – L’organisation des connaissances. Approches conceptuelles (2005) J.-L. Chabot, P. Didier, J. Ferrand (Eds) – Le Code civil et les Droits de l’homme (2005) D. Rigaux – Le Christ du dimanche. Histoire d’une image médiévale (2005) C. Martin et al. – Pologne, la longue marche (2005) M. Lequan (Dir.) – Métaphysique et philosophie transcendantale selon Kant (2005)

L. Bensahel, P. Marchand (Eds) – Les régions de Russie à l’épreuve des théories et pratiques économiques (2005) H. Leroux – De la phénoménologie à la sociologie de la connaissance (2006) O. Forlin – Les intellectuels français et l’Italie 1945-1955 (2006) G. Orcel – La rue « choisie » (2006) T. Ménissier (Dir.) – L’idée d’empire dans la pensée politique, historique, juridique et philoso-phique (2006) S. Plana – Le prosélytisme religieux à l’épreuve du droit privé (2006) M. Kauffmann – Gouvernance économique mondiale et conflits armés (2006) C. Abattu, B. Lamotte (Dir.) – Diversité et inégalités : quelles pratiques de formation ? (2006) G. Cauquil (Dir.) – Évaluer les politiques sociales (2006) A. A. Taïrou – Analyse et décisions financières (2006) S. Hernandez – Le monde du conte, Contribution à une sociologie de l’oralité (2006) I. Vezeanu – L’identité personnelle à travers le temps (2006) S. Gal et alii (Eds) – Figures de la médiation sociale (2006) J.-L. Chabot – Introduction aux sciences sociales (2006) H. Jacot, A. Fouquet (Eds) – Le citoyen, l’élu, l’expert.Pour une démarche pluraliste d’évalua-tion des politiques publiques (2007) J. Lapèze et alii – Éléments d’analyse sur le développement territorial (2007) M. Bensaïd et alii – Économie des organisations. Tendances actuelles (2007) A. Rochas – La Handchar. Histoire d’une division de Waffen-SS bosniaque (2007) P. Tillard – Le pain des temps maudits, suivi de Mauthausen (témoignage) (2007) Défense de la France – Les Témoins qui se firent égorger (2007) V. Garcia – L’Anarchisme aujourd’hui (2007) D. J. Grange – Du Môle au Maquis des Glières.Vie et mort d’un jeune Résistant savoyard Paul Lespine (1926-1944) (2007) C. Dutheil-Pessin, Y. Neyrat (Eds) – Hommages à Alain Pessin « Un sociologue en liberté » (2007) P. Saltel – Une odieuse passion. Analyse philosophique de la haine (2007) M.-C. Monnoyer, P. Ternaux (Eds) – Mondialisation des services, innovation et dynamiques territoriales (2007) M. Le Berre, A. Spalanzani (Eds) – Regards sur la recherche en Gestion (2007) J.-L. Guichet (Ed) – Usages politiques de l’animalité (2008) M. Fontanel – Sportif de haut niveau, manager en devenir (2008) V. Plauchu, A.A. Taïrou – Méthodologie du diagnostic d’entreprise (2008) J.-W. Dereymez (Dir) – Le refuge et le piège : les Juifs dans les Alpes, 1938-1945 (2008) Ph. Hanus, G. Vergnon (Dir) – Vercors, Résistance en résonances (2008) A. Gauchet – Observance thérapeutique et VIH (2008) M. Fontanel – Sportif de haut niveau, manager en devenir (2008) N. Didry – Les enjeux de l’événement sportif (2008) D. Zaït, A. Spalanzani – La recherche en management et en économie (2009) M. Kauffmann – Méthodes statistiques appliquées aux relations internationales (2009) P. Chaix (Dir) – Regards sur l’économie et le management du sport (2009)

Sommaire
Avant-propos . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11 Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13

Un passé douloureux
Chapitre 1 Les trois guerres fondatrices de la Grèce contemporaine . . . . . . 1. La guerre d’indépendance . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2. La guerre « balkanique » . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3. La guerre « européenne » . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
19 20 35 39

Première partie

Chapitre 2 La guerre interne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51 1. Un traumatisme profond . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 51 2. Des dissensions politiques transposées dans l’organisation de la communauté grecque de Grenoble . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 52

Des premières vagues d’installation à l’intégration
Chapitre 3 Des conditions du départ à l’installation définitive (des années 1920 à 1956) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1. Les massacres et le départ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2. La construction de l’église Saint Georges et la vie religieuse . . . . . . . . . . 3. Situation statistique et démographique de la présence grecque de 1926 à 1956. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
60 61 70 76

Deuxième partie

Chapitre 4 L’intégration des Grecs de Grenoble (des années 1930 aux années 1960) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1. La conquête du territoire grenoblois . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2. Le réseau de la communauté grecque se tisse lentement . . . . . . . . . . . . . 3. L’activité socioprofessionnelle des Grecs . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

83 87 89 93

La communauté grecque de nos jours
Chapitre 5 L’activité culturelle grecque à Grenoble (des années 1960 à nos jours) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1. Les manifestations culturelles (fêtes et commémorations) . . . . . . . . . . . . 2. De la mémoire du génocide arménien à celui des Grecs . . . . . . . . . . . . . 3. Peut-on parler de Grecs aujourd’hui ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Chapitre 6 Une influence connue et reconnue . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1. L’exposition de 1993 au Musée dauphinois . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2. Le consulat, un organisme officiel de poids . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3. Les projets d’avenir : la diffusion de la langue grecque . . . . . . . . . . . . . . 4. Les « nouveaux Grecs » : les étudiants . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
104 104 107 112

Troisième partie

115 116 121 125 128

Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 135 Chronologie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 141 Bibliographies et sources. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 143

Remerciements

Je tiens à exprimer toute ma gratitude à ceux qui m’ont permis de réaliser ce livre. J’exprime ma très profonde reconnaissance à monsieur Clis, Ambassadeur de Grèce à Paris (en poste en 2001) pour son aimable concours, à monsieur Hadjimanolis, consul de Grèce à Grenoble, pour sa précieuse contribution, en particulier ses démarches auprès du ministère grec des Affaires étrangères et des différentes institutions nationales grecques, ainsi que pour son précieux témoignage relatif au rôle du consulat grecque à Grenoble. Je tiens à remercier également le très regretté monsieur Pissas, pour son appréciable participation à l’histoire du tissu associatif des Grecs de Grenoble. Je remercie également madame Huss, attachée de conservation, pour la consultation des archives du Musée dauphinois, madame Vanneuville, responsable de l’exposition de 1993, pour son témoignage ainsi que l’ensemble du personnel du Musée dauphinois, des Archives départementales de Grenoble, pour leur gentillesse et leur disponibilité. Je tiens enfin à remercier tous les particuliers, dont madame Rossi, attachée culturelle auprès du consulat de Grèce à Grenoble, dont les témoignages ont contribué à enrichir mes recherches. Grenoble, le 24 février 2008

Avant-propos
Le présent ouvrage a pour but d’aborder un aspect méconnu de l’histoire commune de la France et de la Grèce. En effet, la France voit la Grèce à travers le prisme de la culture, terre des arts et des lettres, ce pays a marqué notre propre culture par l’Antiquité, et une histoire riche en innovations politiques. Il nous a entre autre, apporté la démocratie, ce qui représente un apport fondamental, faisant un lien parfait avec la philosophie qui continue encore de nous influencer. Cependant, cette vision de l’histoire, est quelque peu faussée. Si l’on sait rendre hommage au leg antique, nous négligeons une partie importante d’une période plus contemporaine. C’est au cours de cette période que la France a en quelque sorte payé sa dette culturelle à la Grèce en lui apportant l’idéal révolutionnaire, qui lui a permis d’accéder à l’indépendance. L’onde de choc révolutionnaire a été multiple, à la fois littéraire, militaire, culturel voire économique. Ceci a renforcé les liens, déjà étroits, entre la France et la Grèce. Le premier conflit mondial en a été la preuve éclatante, ce qui explique le choix de la France pour de nombreux Grecs expatriés, fuyant un passé douloureux. Cette tragédie est un sujet d’actualité et de polémique. La reconnaissance du génocide arménien, reconnu par la France répond, pour partie, aux attentes de Grecs pour la reconnaissance de leur propre génocide en Asie mineure au lendemain de la Première Guerre mondiale. Ce douloureux événement a été cependant à l’origine d’un premier apport migratoire, de l’arrivée des « pionniers » en France et plus particulièrement à Grenoble. Les liens entre la France et la Grèce ont sans doute joué pour améliorer une intégration déjà exceptionnelle. En

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Avant-propos

effet, les Grecs installés ont su s’adapter avec une extrême rapidité, en quelques années seulement ! Ils ont réalisé l’exploit de s’intégrer parfaitement à leur pays d’accueil, tout en conservant leur identité, mieux même, ils ont su faire partager leurs traditions avec les Français qui les ont accueillis si généreusement. Cette intégration ne s’est pas faite sans effort, et surtout par une volonté, par une ambition professionnelle qui répondait justement aux besoins de la France, après le désastre économique du premier conflit mondial. Les entreprises françaises ne s’y sont pas trompées en allant chercher une main-d’œuvre disponible, motivée et qualifiée directement en Grèce. Cela montre déjà les liens entre la France et la Grèce au travers de différents domaines, comme la culture ou l’économie. Ce livre présente donc une page importante pour nos deux pays, une histoire complémentaire et riche, une histoire singulière aussi, méconnue et discrète.

Introduction
La région grenobloise, par sa situation géographique, est un carrefour d’échange d’idées et de populations. Lorsque les Grecs décident de s’établir durablement, ils se regroupent en communautés plus ou moins homogènes, et se dotent d’une organisation particulière afin de conserver leurs coutumes, leur identité. Certaines parviennent à réaliser un singulier paradoxe : préserver leur identité culturelle avec passion, sans se marginaliser : cet effort de conservation permet contre toute attente une bonne intégration, voire une assimilation extrêmement rapide. C’est le cas de la présence grecque à Grenoble, et des communes proches, suite à l’exposition de 1993 au Musée dauphinois qui retrace le parcours des Grecs de Grenoble des années 1920 à nos jours. Ce vaste sujet nécessite une présentation préliminaire sur le rôle de la France en Grèce depuis près de deux siècles. Ceci permettra de bien comprendre l’importance de l’image de la France en Grèce et l’attrait de la France pour les Grecs. C’est le plus souvent cette vision de la France, parfois idéalisée, qui a conduit un certain nombre d’expatriés à choisir la France comme terre d’accueil pour des raisons politiques et historiques et plus particulièrement Grenoble et ses environs pour des raisons économiques. Il existe peu de recherches sur ce sujet, mis à part quelques rares études ponctuelles, sans lien les unes aux autres, il était donc nécessaire de réaliser un ouvrage de synthèse pour d’une part, faire le point sur l’émigration grecque et son installation en Isère et d’autre part, pour ouvrir la voie à des travaux ultérieurs qui pourront compléter la question et l’étendre à d’autres régions que l’Isère. Il est nécessaire de suivre une logique historique, suivant les différentes phases d’installation des Grecs et leur intégration progres-

14

Introduction

sive. Tout d’abord, il convient de rappeler les principales lignes de la tumultueuse histoire contemporaine grecque afin de bien comprendre la participation de la France dans l’indépendance hellénique et la constitution de l’État grec. Celui-ci doit sa création par un certain nombre de juristes et de théoriciens formés en France, tous empreints de l’idéal révolutionnaire et du triptyque Liberté, Egalité, Fraternité, qui répondait parfaitement aux aspirations des Grecs de l’époque. La Grèce a toujours été un enjeu géostratégique majeur de la région des Balkans, et a suscité la convoitise de nombreuses puissances européennes qui ne sont intervenues militairement ou politiquement, que dans l’optique de constituer un État grec sous la dépendance de « grands protecteurs ». Cela offrait surtout un grand débouché sur la Méditerranée et à travers elle le Proche-Orient au Sud-Est, l’Afrique du Nord au SudOuest, l’Occident au Nord-Ouest et la Russie au Nord-Est à travers le Bosphore. Cette situation exceptionnelle plaçait naturellement la Grèce au carrefour des intérêts internationaux, et l’engageait bien malgré elle dans les grands conflits qui ont secoué l’Europe durant près de deux siècles. La guerre d’indépendance a non seulement diffusé l’idéal révolutionnaire français dans les Balkans, mais a permis en outre de faire reculer un Empire ottoman toujours considéré comme une menace potentielle pour l’Europe occidentale, malgré sa reconnaissance officielle par les grandes puissances. Les conséquences de cette indépendance ont largement dépassé l’affranchissement de la seule Grèce : elles ont abouti au démantèlement de l’Empire austro-hongrois et ouvert la voie aux revendications de chaque peuple des Balkans. Cet émiettement a redessiné la carte des alliances et créé des rapprochements entre les peuples selon leurs cultures et leurs aspirations. Il est intéressant de constater que ces ententes perdurent jusqu’à aujourd’hui, preuve s’il en est de la réalité de l’idée du « bloc balkanique » dans les esprits du moins. Par la suite, le règlement de la victoire a révélé les divisions politiques des peuples des Balkans qui se sont disputé la dépouille de l’Empire ottoman.

Introduction

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L’unité Balkanique n’a pu s’exprimer devant les revendications territoriales : alliances et trahisons ont été le lot de la politique extérieure de chaque pays nouvellement indépendant. Déjà la France a joué un rôle non négligeable en formant l’armée grecque et en équipant l’armée serbe par une artillerie sortie des usines du Creusot. Formée et équipée, une alliance serbo-grecque put apparaître et concrétiser leurs revendications territoriales par la Macédoine pour l’un, l’Épire et les îles de la mer Égée pour l’autre. Le règlement de ce conflit devait naturellement déboucher sur un autre beaucoup plus vaste celui-ci. Le premier conflit mondial a accéléré les rapprochements entre les peuples des Balkans, où chacun a choisi son camp (parfois contraint) mais a pu s’affirmer comme État souverain apportant sa contribution à la victoire, ce qui fut le cas de la Grèce. Malgré tout, les Grecs sont restés divisés entre deux influences, l’une germanique et royaliste, l’autre française et républicaine. Une guerre civile en a été la triste conséquence, à l’occasion de laquelle la France a pu s’imposer comme grand interlocuteur et protecteur des institutions républicaines grecques. L’image de la France en est sortie grandie aux yeux des Hellènes qui l’ont naturellement choisie comme terre d’accueil lorsqu’ils ont été contraints de quitter l’Asie mineure pour des raisons politiques, puis la Grèce pour des raisons économiques. Un certain nombre de ces expatriés sont partis pour les États-Unis, d’autres ont choisi de rester en Europe afin de pouvoir revenir en Grèce lorsque leur situation le permettrait. C’est ainsi qu’un certain nombre se sont établis en France et plus particulièrement dans la région grenobloise. La venue des ces « pionniers », répond à un schéma, une organisation originale qui a permis leur rapide assimilation à la société française. Ce modèle d’intégration, que représente la communauté grecque, mérite d’être étudié à travers différentes phases, ayant chacune leur importance, et étant étroitement liées les unes aux autres. Il s’agit donc de traiter la question de la présence grecque sous l’angle de son intégration et de sa progression sociale, de son assimilation à la société française et de sa capacité à conserver son identité culturelle. C’est sans doute ce paradoxe d’une volonté farouche de conserver intactes ses