Les Larmes des gouttes d'eau

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196 pages
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Après avoir quitté le domicile familial, Joseph, jeune dandy aux idéaux révolutionnaires, monte avec un groupuscule d’anarchistes un mouvement d’opposition contre une troisième République qui tâtonne dangereusement. Milieu bourgeois à la sensibilité dite "d’extrême gauche", opposants virulents aux liberticides, le temps vient aux Marx, Proudhon, Babeuf… et Joseph compte sur ce vivier d’éléments subversifs pour inciter la plèbe à la transgression, dans une époque de communards, enfin mûre pour l’engagement démocratique? Dans un style raffiné, dégageant toute la richesse d’un français qui entremêle les langages, l’élégant roman de Pierre Cadene traite avec sagacité d’une époque –l’après révolte de la Commune– remplie des atermoiements d’une République hésitante et d’un personnage –Joseph–, au cheminement initiatique: de son engagement politique à la découverte d’un père, d’une société et d’une direction grâce à laquelle il va mener sa vie. Une abondance d’interprétations possibles pour cette œuvre romantique, qui sait parfaitement où elle va…

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Date de parution 01 janvier 2009
Nombre de visites sur la page 27
EAN13 9782748350302
Langue Français

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Les Larmes des gouttes d’eau
Du même auteur
La Confusion des temps, Éditions Bénévent, 2005.
Pierre Cadene Les Larmes des gouttes d’eau
Publibook
Retrouvez notre catalogue sur le site des Éditions Publibook : http://www.publibook.com Ce texte publié par les Éditions Publibook est protégé par les lois et traités internationaux relatifs aux droits d’auteur. Son impression sur papier est strictement réservée à l’acquéreur et limitée à son usage personnel. Toute autre reproduction ou copie, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon et serait passible des sanctions prévues par les textes susvisés et notamment le Code français de la propriété intellectuelle et les conventions internationales en vigueur sur la protection des droits d’auteur. Éditions Publibook 14, rue des Volontaires 75015 PARIS – France Tél. : + 33 (0) 1 53 69 65 55 IDDN. FR.010.0114318.000.R.P.2009.030.40000 Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication aux Éditions Publibook en 2009
« À mes femmes aimées sans qui rien ne serait... » Joséphine, Madeleine, Natza, Marie-Claire, Et à toi, Solange, Ma mère, Mère souffrance, Mère Amour, J’ai, avec la complicité des mots gravé dans mes récits ta présence. Saint Thomas a dit : « Heureux qui a connu l’épreuve, il est entré dans la Vie. »
I La porte de la chambre claqua avec une telle violence que le balancier de la pendulette trônant sur le manteau en marbre de la cheminée en fut gravement perturbé. Même le temps semblait affecté par la soudaine et brutale colère de Joseph. Agité, le feu aux tempes, le jeune homme pa-raissait vouloir occuper tout l’espace de l’immense pièce. Aucun son ne sortait de ses mâchoires serrées. Il retenait cris et vociférations, les traduisant par des gestes incontrô-lés. Sans avoir rien brisé des objets précieux qui garnissaient meubles et murs, il s’immobilisa devant le grand miroir au cadre doré comme saisi, happé par sa pro-pre image. Il resta interdit quelques instants devant cet étranger, cet autre lui qu’il détestait. Tu as encore perdu ! Que fais-tu de tes meilleures an-nées ? Regarde-toi ! Où sont tes ambitions ? La vaste glace enregistrait froidement les débordements de son vis-à-vis. Elle se contentait de mimer une gestuelle déjà bien connue. La légère buée donnant à la scène un caractère éthéré commençait à s’estomper en même temps que le flux sanguin se régularisait. Le souffle reprenait un rythme plus régulier. Les traits du garçon se déconges-tionnaient. Il prit appui sur le marbre noir et froid de la cheminée et baissa la tête en murmurant : Je dois… Le miroir complice ne vit pas un reste de rage perler aux cils de Joseph. Des pas précipités dans le couloir an-nonçaient l’imminence d’une intrusion dans la chambre. Les légers coups frappés à la porte signalaient la présence toute fragile de Mme de la Valadière. Joseph se redressa,
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rajusta ses effets avant de lancer d’une voix totalement maîtrisée : — Entrez ! Il vit tout d’abord un visage marqué par l’angoisse au-quel il s’empressa d’adresser un sourire. Entrez donc ma tante. Le reste de la personne jaillit dans l’immensité du lieu pour n’en occuper qu’une bien faible partie. Tante Made-leine était aussi menue que vive, aussi altière que discrète. Elle avait revêtu un ample peignoir de jaconas gris souris serré à la taille par un ruban de gaze blanche laissant échapper au col et aux manches la blancheur d’une chemi-sette en batiste de cambrai festonnée de valenciennes écrues. La douceur de la mise compensait bien mal une usure affirmée. L’heure si matinale pouvait excuser une faute de goût chez une dame de qualité. Elle devait lever les yeux bien haut et presque hausser la voix pour lancer sur un ton exaspéré et fataliste à la fois : — Que vous arrive-t-il Joseph ? J’ai entendu claquer votre porte comme aux plus mauvais jours. Auriez-vous quelques nouveaux soucis ? — Veuillez m’excuser ma tante, mais vous savez le mal que j’éprouve à réprimer certaines pulsions. Je regrette de vous créer tant de désagrément. — Mon enfant, votre impulsivité n’est pas nouvelle. Toutefois, ces derniers mois vous semblez particulière-ment éprouvé. Quelle peut-être la cause de vos tourments ? Joseph s’efforçant de présenter un visage impassible avait serré les poings comme pour retenir des vérités héri-tées d’un passé trop lourd. Il souffrait. Chacune de ses fibres, son pouls, sa respiration, la moiteur de ses paumes délivraient autant de messages à sa mère adoptive qui dé-chiffrait parfaitement son âme. — Mon cher enfant vous êtes aussi transparent que vos yeux sont sombres. A l’heure des matines votre lit n’est
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