Les Procès de collaboration

Les Procès de collaboration

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Livres
628 pages

Description

Si l'année 1945 marque la fin de la Seconde Guerre mondiale à travers le monde, la France, elle, se remet alors douloureusement du conflit. Exsangue, ruinée par les années de combat, elle doit désormais oeuvrer à sa reconstruction, mais reste hantée par les ombres du passé. Car si elle fait désormais partie intégrante des vainqueurs aux coté des Alliés, elle doit encore régler le cas épineux de la collaboration vichyssoise, dont bon nombre de ses membres les plus actifs sont encore en vie.A travers la retranscription de leurs audiences, cet ouvrage reconstitue les procès de trois des plus célèbres d'entre ces collaborateurs : Fernand de Brinon, ambassadeur de Vichy auprès de l'occupant nazi puis secrétaire d'État du gouvernement Laval et acteur majeur de la propagande pétainiste ; Joseph Darnand, farouche soutien du maréchal, fondateur de la Milice française et membre honoraire de la SS ; et Jean Luchaire, nommé à la tête de la presse française et partisan de la première heure du IIIe Reich.Ces témoignages d'une période douloureuse de notre histoire éclairent de manière passionnante la manière dont la France a réalisé son "épuration" pour mettre un terme à ses années de division et d'occupation nazie.

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Date de parution 01 janvier 2014
Nombre de lectures 13
EAN13 9782365838054
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

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Extrait de la publicationExtrait de la publicationLES PROCES
DE
COLLABORATION
Extrait de la publicationOuvrage publié avec le soutien du CNL.
© Nouveau Monde éditions, 2013
21, square Saint-Charles – 75012 Paris
ISBN : 978-2-36583-805-4
Extrait de la publicationLes Procès
de coLLaboration
Fernand de brinon
JosePh darnand
Jean Luchaire
Compte-rendu sténographique
nouveau monde éditions
Extrait de la publicationExtrait de la publicationLE PROCES
FERNAND DE BRINON AUDISHes DU 4 MARS 1947
M. LE PRESIDENT. - Accuse, voulez-vous donner vos
nom, prenoms, Age, profession, domicile?
M. DE BRINON. - De Brinon, Fernand-Marie, journa­
liste, 61 ans, n'e a. ,Libourne, en Gironde, Ie 16 aout 1885.
M. LE PRltSIDENT. - Je rappelle a. l'acc.usation et a. la
defense qu'aux termes de l'ordonnance constitutive de la
Haute COUI', celle-cj est maitre§se de la qualification des
faits. .. 10 LES PROCES DE COLLABORATION
ACTE D'ACCUSATION
Parmi toutes Ies personnalites dont Ie nom demeure associe
iL Ia politique de collaboration avec l'Allemagne, l'une des plus
connues est assurement l'incuIpe de Brinon, ex-deJ.egue general
du gouvernement de Vichy dans les territoires occupes.
A la difference de ceux qui, partisans avant la guerre d'un
rapprochement franco-allemand, sont demeures depuis sur' la
reserve, ou de ceux qui, apres Ie desastre de 1940, ont accepte
I'idee de la collaboration, parce qu'ils croyaient y voir une
necessite de sauvegarde nationale, de Brinon a suivi une ligne
de conduite immuable. Avant comme apres Ia defaite, en depit
Extrait de la publicationFERNAND DE BRINON 11
des deceptions, des erreurs, des humiliations, des souffrances.
que valurent au peuple fran!:ais 1a politique de force et d'inti.
rnidation des puissances de l'Axe, il est demeure ce qu'il fut des
1a premiere heure, l'admirateur fervent et Ie propagandiste z61e
de l' Allemagne na tionale..socialiste.
Au lendemain de la guerre de 1914-1918, pendant laquelle i1
avait ete affect6 au service d'etudes et d'information du grand
quartier general, ou il avait pu approcher deja Ie general Pe­
tain, de Brinon entra dans Ie journa:lisme comttne redacteur au
Jcrurnal des llebats, puis ensuite, au journal l'In!ormation. En
sa qualit6 de correspondant de presse, il devint Ie familier de
nombreux parlementaires tt se speeialisa tres vite dans l'etude
des questions franco-allemandes. II accomplit de nombreux et
frequents voyages en Allemagne et acquit une connaissance
profonde de ce pays par des enquetes dans les milieux diri­
geants, en particulier aupres des magnaits de d'industrie lourde:
Hugo Stinnes, Thyssen, Rathenau, et des hommes politiques
de l'Allemagne de Weimar: Luther, Bruning, Stresemann.
Deja a cette epoque, comme beaucoup -de pacifistes fran!:ais,
il se montrait un partisan convaincu du rapprochement franco­
allemand. II denoncait les dangers d'une politique de force et
condamnait la politique du President Poincare.
Par la suite, il suivit les debats de Geneve et lea conferences
internationales relatives aux questions des reparations et Ie
desarmement et publia des enquetes dans les colonnes de i'In­
formation, ou il tenait regulierement la rubrique de politique
etrangere.
En 1932, il fit la connaissance en France, chez des amis
communs, de Ribbentrop, alors representant en vins de Cham­
pagne, mais dont l'influence grandissait au sein du parti na­
tional-socialiste comme conseiller intime d'Hitler en matiere de
politique etrangere. Par RiblJentrop, il eut ses ent;rees dans ce
parti, peu connu des milieux fran!:ais, et entra en relations
avec ses principaux dirigeants.
n etait a Berlin en 1933 lors de la prise du pouvoir par
Hitler et il fut t6moin du delire populaire qui sa °manifesta a
cette occasion et qui exer!:a sur lui une forte impression.
En novembre 1988, par l'intermediaire de Ribbentrop, il eut
avec Hitler une entrevue, dont il fit un compte rendu sensa­
Matin, ainsi que dans une serie tionnel dans les colonnes du
d'articles parus dans l'Information. II obtinlt ainsi un gros
8ucces journalistique et devint un homme a la mode, par cette
Extrait de la publicationf2 LES PROc:fl1S DE COLLABORATION
prise de contaet direct avec Ie dicta!eur allemand, que les mi­
lieux traditionnels redoutaient et n'approchaient guere.
La serie d'articles enthousiastes qu'il publia a cetta occa­
sion, et qui renferment l'echo de la resonance profonde que la
dOCltrina nationale-socialiste rencontra dans ~es masses alle­
mandes, denote qu'il fut entierement subjugue par Hitler et
qu'il vit dans son regime une formule d'avenir de valeur uni­
verselle, susceptible d'apporter une solution aux problemes du
monde moderne, dans l'ordre politique, economique et social. Sa
conclusion est un acte de foi dans la sincerite d'Hitler et de ses
intentions pacifiques.
II rassembla toutes ses obsel'vations sur l'Allemagne de 1919
a 1933 dans un livre : Fmnce-Allemagne, paru en 1934, at dans
lequel iJ proclamait Ia necessiue d'un effort de comprehension
mutuelle, si l'on vouIait eviter qu'a chaque generation la jeu­
nesse des deux pays ne s'affronte sur les champs de batailile.
A cette epoque, de Brinon, recherche dans les salons at les
couloirs du Parlement, avait une existence mondaine brillaIllte
et menailt un train de vie elegant et dispendieux.
Entre 1935et 1937, il vit Hitler cinq fois et recuei:Ilit ses
declarations sur les problemes du moment. II accomplissait C'eS
voyages a titre prive, comme correspondant de presse, mais,
selou ses dires, aurait agi chaque fois en accord avec les presi­
dents du conseil de l"epoque, qui auraient utilise ses services en
quaJiUi d'informateur officieux. Au cours de ses multiples depla­
cements, il etendit Ie cercle de ses relations allemandes et pene­
tra dans l'intimitEj de la plupart des dirigeants du pam naUo­
nru-socialiste.
Les artieles qu'il publia en diverses occasions ou les puis­
sances de l' Axe manifesterent Jeurs intentions ambitieuses,
denotent sa comprehension et mema son admiration pour les
methodes totalitaires. Alors que la politique etrangere de la
Franca reposait exclusivement sur Ie respect des traiUis, la
securiUi collective et Ia Societe! des Nations, de Brinon faisait
sienna Ia these des conversations directes et des pactes bila.
Uiraux qu'Hitler et Mussolini cherchaient a imposer dans les
negociations internationales. II affectait de ne voir aucun
indice inquietant dans Ie depart de l'AUemagne de la Societe
des Nations et proc1amait au contraire que l'avenement d'HitIer
constituait une occasion unique d'asseoir la reconciliation
franco-aHemande sur des bases soli des et durables.
Apres l'occupation de Ia rive gauche du Rhin, Ie Reich, qui
poursuivait ses efforts en vue de rassurer notre pays sur see
Extrait de la publicationFERNAND DE BRINON is'
intentions, chercha a etablir des rapports culturels entre Ia
France et l'Allemagne. C'est ainsi qu'a l'o'ccasiond'un voyage
a Paris du chef des sports allemands, prit corps 1'id~ d'une
association France-Allemagne en deux comites, fonCitionnant
l'un a Paris, l'autre a Berlin.
En novembre 1933, de Brinon fonda a Paris, avec Ie depute
Scapini Ie Comite France-Allemagne, dont il devint Ie vice-pre­
sident, mais en fait Ie principal artisan at ~'animateur. Ce
Comite, - auquel adhererent de nombreuses personnaIites, ve­
nues des divers points de l'horizon politique et des Associations
d'Anciens Combattants, que seduisait· l'idee d'un rapprochement
qui semblait d'autant plus desirable que les menaces de conflit
se precisaient davantage - connut rapidement un vif succes.
Quelques mois apres, fut fonde a Berlin Ie Comit~ AH«:mtagne­
France. Mais, a Ia difference de ce qui se passait a Paris, ou
les adhesions etaient independantes du pouvoir politique, les
pariicipantsallemands etaient tous des dignitaires ou des fonc­
tionnaires du parti national-sociadiste. Parmi eux, figurait Otto
Abetz, confident de Ribbentrop, avec Jequel de Brinon lia
d'etroits rapports personnels d'amitie.
~ fait, iI apparait bien que, du caM allemand, Ie Comire
France-Allemagne fut essentieHement une reuvre de propagande,
destinee a presenter aux elites francaises Ie nationaI-sociaIisme
BOUS ses aspects les plus seduisants et Ies plus pacifiques. II
s'agissait de convaincre Ie public francais et peut-etre meme une
fraction de l'opinion allemande de Ill, volonte de paix du Reich.
De 1935 a 1939, Ie Comite France-Allemagne connut une
intense activite et de Brinon se depensa a l'occasion de mul­
tiples receptions, qui eurent lieu, tant en France qu'en Alle­
magne, lors de manifestations sportives ou artistiques. Des
voyages furent organises en AUemagne et servirent de pre­
textes a des rencontrE!;S entre de nombreuses per.sonnali<bEis des
deux pays appartenant au monde des Iettres, de Ia politique ou
des arts.
Au printemps de 1939, apres Ie coup de force sur ~a Tche­
coslovaquie, des parlementaires et des journaIistes francais,
jugeant dangereuse l'a~ivite de de Brinon, denoncerent en lui
un agent de l'AIlemag'he. II fut en particulier violemment atta­
que par de KerilIis, Louis Marin et Ybarnegaray qui, derriere
lui, voulaient atteindre Ia politique timoree at hesitante du Quai
d'Orsay. Cependant, quelque suspect qu'ait pu apparaitre des
cette epoque Ie roJe de l'inculpe, il est de fait qu'aucune mesure
officielle ne fu1t prise a son encontre.
Extrait de la publicationi4 LES PROCES DE COLLABORATION
L'alarme rtoutefois etait donnee, De nombreux adherents se
retirerent et Ie Comite France-Allemagne, sans etre officielle­
ment dissous, fut mis en sommeil. De Brinon ne cessa pas pour
autant ses relations avec Abetz et il Ie vit encore a plusieurs
reprises jusqu'au mois de juillet 1939.
L'inculpe appartenait egalement au c Club du Grand Pavois »,
fonda en 1936 par des personna.lites d'extreme-droite desireuses
de travailler au rapprochement franco-allemand par une action
independante mais parallels it celIe du Comite France-Alle­
magna. Dans ce groupement s'etaient glisses un certain nombre
d'Allemands connus comme des agents de la propaganda hitle­
rienne.
Si I'instruction n'etablit pas la preuve que pendant les annees
qui ont precede la guerre, de Brinon ait ete le complice conscie;nt
do l'eeuvre de demoralisation poursuivie en France par Ies
agents du IIr' Reich, il n'en est pas moins certain que, soit par
complaisance coupable, soit par manque de sens critique et de
discernement, il a fait Ie jeu des services du docteur Gcebbels
et de la Wilhelmstrasse) qui cherchaient a abriter Ies visees bel­
Iiqueuses du Reich sous un voile epais d'apparences pacifiques.
II semble etrange en tous cas qu'un homme aussi repandu dans
lea spheres dirigeantes allemandes, connaissant aussi bien la
psychologie germanique, 'admis dans I'intimite des membres les
plus influents du parti national-socialiste, ait pu croire serieu­
sement a la volonte de paix du Reich et la proclamer publique­
ment, alors que l'Allemagne pietinait les trultes et qu'il appa­
raissait aux yeux des moins avertis qu'elle s'engageait delibe­
rement dans un chemin qui ne pouvait conduire qu'a la guerre.
Des l'ouverture des hostilites, de Brlnon se refugia dans .sa
propriete d'Orriule (Basses-pyrenees), ou il se tint sur Ia
reserve jusqu'au desastre national de juin 1940 au lendemain
duquel il ne devait pas tarder a manifester de nouveau ses
tendances germanophiles. .
Mais a ce moment, le voile s 7etait dechire et bien des ilJu­
sions s'etaient dissipees. La Reich bitlerien avait jete Ie masque.
11 montrait son vrai visage et ne dissimulait plus sa mons­
trueuse ambition de domination universelle ni sa voIonte d'as­
servissement de 'la France, aux trois quarts occupee et divisee
en cloisons etanches par d'infranchissables frontieres inte­
rieures.
Extrait de la publicationFERNAND DE BRINON 15
II y avait la une situation nouvelle qui imposait aux Francais
desireux malgre tout de poursuivre une politique de rapproche­
ment avec I'AlJemagne une tres grande circonspection et une
.vigilance sans def'aut. Le Reich, en effet, demeurait en guerre
avec la Grande-Bretagne, alliee de .la France, et il etait a
craindre que les efforts deployes par les Francais soucieux de
menager les interets nationaux en cas de vic toire allemande, ou
de paix de compromis, ne fussent exploites par l'ennemi en vue
de la poursuite de son effort de guerre,
C'etait la l'equivoque dangereuse de la politique de collabora­
tion, qui devait conduire insensiblement certains Francais a la
trahison et au crime.
Des juillet 1940, de Brinon fut charge par Laval, vice-pre­
sident du Conseil, et sous Ia seule autorite de ce dernier, de se
rendre a Paris pour y prendre contact avec les autorites alle­
mandes. L'ordre de mission qui lui fut delivre Ie 1er aout 1940
dispose: c M. F. de Brinon est charge sous mon autorite .d'etu­
dier toutes les questions interessant Ia reprise des relations
avec l'Allemagne, :.
Un second ordrede mission, plus explicite, qui lui fut delivre
Ie 25 novembre 1940, precise : c M. I'Ambassadeur de Brinon,
Delegue permanent du Vice-President du Conseil, est particu­
Iierement charge, dans les termes de son ordre de mission du
1er aout 1940, de I'etude de toutes les questions concernant Ia
reprise des relations avec I'Allemagne et de toutes les nego­
ciations relatives aux dites questions... ~
Entre temps, suivant decret du 3 novembre 1940, de Brinon
recut rang et prerogatives d'ambassadeur.
II etait done I'envoye extraordinaire et Ie representant per­
sonnel de Laval, charge d'engager avec les autorites allemandes
des negociations politiques tendant a la reprise des relations
normales entre les deux pays, distinctes de celles qui resultaient
de l'etat de guerre et qui s'exercaient par I'intermediaire de Ia
Commission d'Armistice et de Ia Delegation generale du Gou­
vernement dans les territoires occupes,
Des son arr'ivee a Paris, ou il s'installa successivement au
ministere du Travail, au ministere des P.T.T. et enfin "a I'Hotel
Matignon, de Brinon eut une serie d'entretiens avec les chefs
de I'occupation militaire en France, et avec Abetz, revenu a
Paris avec le titre de delegue du ministere des Affaires etran­
geres aupres du commandement superieur de la Wehrmacht. Au
cours de ces entretiens, il sonda ses interlocuteurs et leur fit
LEg PROCF.S DE COLLABORATION 2
Extrait de la publicationLES PROCES DE COLLABORATIUN
part des dispositions conciliantes de Laval, et de son desir
d'une rencontre avec un des principaux personnajies du Reich.
l! fraya amsi Ie chemin de Laval, qui vint a son tour s'entre­
tenir avec les representants de la Wehrmacht et contribua par
son action et son credit aupres du clan Abetz-Ribbentrop, a tis­
ser .e roseau d'intrigues et d'influences qui devaient aboutir
a l'entreVltE dE' Montoire.
lJe BrlllOI) se tlouve donc a l'origine premiere de la politique
de collaboration, qu'il appelait de ses vwux et au succes de
laquelle il devait par la suite depenser tous ses efforts.
A la fin du mois de decembre 1940, il fut nomme Delegue
General du Gouvernement Fran~ais dans les territoires occupes,
ell remplacement du general de Ia Laurencie.
Entendu en cours d'instruction, ce dernier a exprime sa con­
viction que de Brinon etait a l'origine de sa disgrace, et que
pendant tout Ie temps qu'il demeura en fonctions, ses efforts en
vue de resister aux pressions de l'occupant furent sournoise­
ment contrecarres par les manwuvres perfides de l'incuJpe.
D'apres de Brinon, ce seraient au contraire les Allemands
qui auraient exige Ie depart du general de la Laurencie, sous
Ie pretexte qu'au lendemain de la crise du 13 decembre, il aurait
dissuade Ie marechal Petain de venir a Paris. .
Dans leur forme definitive, les attributions de l'inculpe ont
ete definies par une instruction de mission du 11 aout 1941.
Comme DeJegue General du Gouvernement Fran~ais dans les
territoires occupes, place sous l'autorite du Vice-President du
Conseil, il representait Ie gouvernement fran~ais aupres du
General commandant les forces militaires allemandes en France.
II transmettait au gouvernement fran~ais les decisions ou de­
mandes de renseignements emanant des autorites d'occupation
et en sens inverse celles qui leur etaient destinees.
i II avait la charge des negociations relatives a la zone occupee
a l'exclusion de celles dont la portee depassait les relations avec
les autorites d'occupation et qui devaient etre menees par des
membres du gouvernement ou par des delegues speciaux.
Par decret du 27 septembre 1942, de Brinon fut encore nomme
Secretaire d'Etat aupres du Chef du Gouvernement, ce qui lui
donnait acees au Conseil des Ministres.
II n'est pas sans interet de noter que par suite de ses 'fonc­
tions multiples, dues sans aueun doute a ses tendances germa­
nonhiles et a :a faveur marqu§e dont iI jouissait aupres des
Allemands, de Brinon cumulait des avantages materiels consi­
derables, puisqu'en ses qualites de Secretaire d'Etat, Ambas-FERNAND DE BRINON 17
sadeur et Delegue du Gouvernement, il avait un traitement fixe
de 510.000 francs par an, auquel s'ajoutaient des indem­
nites speciales prelevees sur les fonds secrets de l'ordre de
100.000 francs par mois.
Sa fidelite a la cause du rapprochement franco-allemand
devenue celie de l'ennemi, lui valait enfin sa recompense et lui
procurait honneurs et profits, ce qui lui permettait de satisfaire
ses penchants pour une existence brill ante et luxueuse.
Dans cet ordre d'idees, il n'est pas inutile d'indiquer que plus
tard, en mai 1944, lorsqu'il fut arrete par les Americains, de
Brinon etait en cOUlpagnie de sa femme, et cette derniere fut
alors trouvee en possession d'une somme de plus de quatre mil­
lions en billets de banque, restes de la splendeur passee du
menage et provenant sans Ie moindre doute, ainsi qu'il res sort
de l'expertise comptable figurant au dossier, des gains person­
nels de l'inculpe.
L'expert a pu etablir· que pendant la periode de 1941 a 1944,
de Brinon, dont la situation personnelle comme celIe de sa
femme, etait modeste, a dispose a des titres divers, compte non
tenu des depenses afferentes a son train de vie officiel et prive,
de sommes atteignant 7.041.830 francs (p. 168) alors que pen­
dant Ie meme temps ses revenus apparents n'ont pas depasse
5.730.370 francs (p. 164).
L'ecart est considerable si .l'on tient compte de l'-importance
du train de vie de l'incuJpe (non compris dans les depenses ci­
dessus), qui n'a donc pu etre assure dans sa totalite que par
des moyens ignores.
II y a la un point qui ouvre la voie aux hypotheses les plus
fftcheuses et sur lequel I'inculp·e n'a presente en cours d'ins­
truction que des explications sans reelle portee, puisque IEljl men­
sualites que lui auraient versees selon lui la Banque Rothschild
et la Banque Lazard, sont afferentes a la periode d'avant­
guerre et qu'au surplus elIes n'apparaissent pas dans les ecri­
tures examinees par l'expert.
Comme Delegue General du Gouvernement Franl(ais dans les
territoires o'ccupes, de Brinon etait l'intermediaire designe entre
Ie Gouvernement de Vichy et les Allemands pour toutes les
questions interessant l'administration de la zone occupee et les
rapports avec les autorites d'occupation. Les services de la De­
legation qui ne comprenaient a l'origine qu'un personnel res­
treint durent etre renforces par la suite, au fur et a mesure
que la prolongation de la guerre, la proliferation des services
allemands et Ie developpement croissant de leur ingerence dans
Extrait de la publication18 LES PROCES DE COLLABORATION
las affaires franllaises, multiplierent les points de contact entre
les auto rites occupantes et la population franllaise.
Aussi la Delegation ne tarda-t-elle pas a devenir une admi­
nistration importante comprenant, outre ses propres services
administratifs et de liaison, des representants des principaux
ministeres dont les sieges respectifs demeuraient a Vichy aupres
du Chef de l'Etat, mais dont les echelons avances avaient He
detaches a Paris, jouissant d'une certaine autonomie mais sou­
mis au controle du Delegue General pour to utes les questions
relevant de ses attributions.
De par ses fonctions, de Brinon etait en contact journalier
avec les autorites d'occupation, qui avaient detache aupres de
lui un officier de liaison. II transmettait au Gouvernement de
Vichy leurs exigences et leurs suggestions, et comme cette inge­
rence s'etendait aux domaines les plus divers : politique gene­
rale, administration, presse, requisitions, lois raciales, repres­
sion des attentats contre l'armee allemande, Iutte contre Ie
« gaullisme » ou Ie communisme, etc ... , on peut dire qu'il n'est
pas un evenement important touchant l'orientation de la poli­
tique de Vichy et !'incidence des exigences allemandes sur cette
politique auquel il n'ait ete mele de pres ou de loin.
II suffit pour s'en convaincre de se reporter aux notes steno­
graphiees prises a l'epoque par sa secretaire, et retrouvees dans
ses bagages, ainsi qu'aux nombreux rapports qu'i\ adressa au
Marechal Petain ou a la Vice-Presidence du Conseil sur les
sujets les plus divers.
On retiendra a titre d'exemple qu'il eut a transmettre les
injonctions de l'armee d'occupation concernant la repression des
attentats, en particulier lors de la crise du mois d'aout 1941, et
de la creation des sections speciales des CoUl's d'Appel. II n'ap­
parait pas d'aiUeurs qu'il ait joue un role actif a cette occasion,
ou qu'il ait eu une part de responsabilite propre dans la crea­
tion et Ie fonctionnement de ces juridictions d'exception.
Co fut lui qui, au lendemain de Ia tentative anglaise de
debarquement a Dieppe en aoiit 1942, as sura la transmisslon du
telegramme par lequel Ie Marechal Petain et Laval felicitaient
Ie haut commandement allemand du succes remporte par la
Wehrmacht dont la defense avait permis « un nettoyage rapide
du sol franllais >.
On trouve encore sa signature, parmi des centaines d'autres
documents, au bas d'une circulaire adressee au Prefet de Police
Ie 30 mai 1942 et prescrivant aux autorites de police d'assurer
Extrait de la publicationFERN AND DE BRINON ill
l'execution de l'Ordonnance allemande du 28 mai 1943 imposant
aux Juifs Ie port de l'etoile jaune.
Ces exemples pourraient etre multiplies a l'infini, mais Ila ne
presentent a la verite qu'un interet assez secondaire, car les
documents verses au dossier attestent a chaque instant, ce role
de presence et de transmission sans qu'il soit possible d'etablir
dans chaque cas la part de responsabilite personnelle pouvant
incomber a l'incuJpe, son role de DeIegue General se confondant
pratiquement avec sa qualite de membre d'un gouvernement
qu'il servait aussi bien comme informateur et comme conseiller
que comme representant officiel.
On doit cependant mentionnel' que d'apres certains temoi­
gnages recueillis en cours d'instruction, l'inculpe aurait traite
diverses affaires relevant de sa competence avec une complai­
sance marquee pour les Allemands.
Le sieur Danjou, doyen honoraire de la Faculte des Sciences
de Strasbourg, rapporta que l'Universit6 de cette ville. repliee
pendant la guerre a Clermont-Ferrand, fut en butte a de mul­
tiples reclamations des Allemands qui exigeaient la remise des
!ivres, collections et du materiel scientifique evacue en 1940.
A Vichy, Ie General KreItz, Directeur des Services de I'Armis­
tice, opposait des formules dilatoires qui permettaient de dis­
cuter et de resister. De guerre lasse, l' Allemand Kraft, charge
par son gouvernement de cette recuperation, s'adressa par
requete ecrite a de Brinon qui s'empressa de traiter l'affaire
avec l' Amiral Darlan a l'entiere satisfaction des Allemands. II
restitua a Kraft sa requete revetue d'une annotation de Dar­
Ian : c RegIer au plus vite cette affaire dans Ie ,sens de la pre­
sente lettre :.' en y joignant une lettre de transmission lui
exprimant sa satisfaction d'avoir pu lui etre agreable.
C'etait evidemment une fa<:on assez desinvolte de regler une
delicate affaire de gouvernement qui blessa au vif les repre­
sentants de la pensee fran<:aise en Alsace.
On constate d'autre part que de Brinon accordait avec une
extreme facilite des laissez-passer pour la zone non occupee a
des ressortissants des puissances de l'Axe dans des conditions
contraires aux prescriptions edictees en la matiere par Ie Gou­
vernement de Vichy. Plusieurs rappels a l'ordre severes qui lui
furent adresses a ce sujet par l'Amiral Darlan figurent au
dossier.
Le General Doyen rapporte par aHleurs qu'en sa qualite de
President de Ia Delegation Fran<:aise d'Armistice, il fut saisi
au printemps de 1941 d'une affaire concernant la condamnation
Extrait de la publication20 LES PROCES DE COLLABORATION
a mort par un tribunal allemand de cinq personnes de la region
de Dole pour franchissement de Ia ligne de demarcation, et qu'a
cette occasion, il eut a deplorer les negligences et les retards
apportes par de Brinon dans l'ac'complissement des demarches
qui s'imposaient aupres des autorites d'occupation.
A cette epoque, Ie General Doyen avait envoye au ministre
de la Guerre un rapport signalant en termes severes l'inertie
de de Brinon et attribuant it ce dernier l'entiere responsabiIite
des suites de I'affaire en cas d'execution des condamnes.
Ce grief touche d'ailleurs de pres a la question des otages et
des con damnations par les tribunaux allemands, qui fut pendant
toute la duree de l'oc'cupation une des principales preoccupa­
tions de la Delegation generale du Gouvernement francais dans
les territoires occupes,
Or, il importe d'observer a ce sujet qU'en regard du cas isole
vise par Ie General Doyen, de nombreuses personnes ont mani­
feste en cours d'instruction ,leur reconnaissance a I'inculpe pour
avoir arrache a la mort par ses interventions aupres du com­
mandement militaire en France, des parents ou amis condam­
nes a la peine capitale par les tribunaux allemands. C'etait la
une des fonctions essentielles de la Delegation ou un service
special avait ete constitue pour instruire les recours en grace
et exercer les representations necessaires aupres des autoritks
competentes, dans la mesure d'aiUeurs assez limitee, ou les ser­
vices francais etaient informes des arrestations et des condam­
nations.
Ce point doit etl'e inscrit a l'actif d'un homme qui s'est laisse
aller par ailleurs a tant d'egarements, et on doit reconnaitre au
vu des documents figurant au dossier qu'i} a use de son credit
aupres des Allemands pour sauveI' des vies fran!;aises. et que
dans bien des cas il y a reussi.
II est juste egalement de. reconnaitl'(' qu'a l'occasion de repre­
sailles exel'cees contre les habitants de plusieurs communes de
la Drome en decembre 1943, il a eleve aupres des Allemands
une energique protestation contre Ie systeme inique des otages
et des sanctions collectives, procede classique employe tradition­
nellement par I'armee allemande pour assurer sa protection, et
dont elle a largement abuse encore pendant la derniere guerre.
D'une facon generale, on peut donc admettre que dans Ie
cadre de ses fonctions exclusivement administratives, qui
n'etaient pas sans comportel' des taches delicates, puisqu'elles
avaient pour objet d'harmoniser des rapports difficiles. par
nature, compliques Ie plus souvent parIes exigences
inadmisExtrait de la publication