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Les Prussiens en France pendant la campagne de 1870-71 - Anecdotes, épisodes

De
212 pages

Depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours, les Allemands n’ont rêvé que meurtre, pillage, dévastation. Ils sont restés les mêmes au physique comme au moral ; ils sont toujours les Teutons du temps de Marius.

M. de Bismark n’a-t-il pas prononcé cette fameuse et abominable maxime : « La force prime le droit. » Maxime que, plusieurs siècles auparavant, les Rhingraves, les Burgraves et une foule de Barons pillards mettaient en pratique.

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E. Lebrun
Les Prussiens en France pendant la campagne de 1870-71
Anecdotes, épisodes
La terrible guerre de 1870-71 laissera de longs et douloureux souvenirs dans le cœur de tous les Français. L’histoire n’offre peut-être pas d’exemple de parei ls désastres, qui sont le résultat de l’incurie, de l’ignorance et de l’imprévoyance d’un Gouvernement qui a marché, de gaîté de cœur, vers une perte certaine et évidente pour tous. Mais, ces causes, trop réelles de notre ruine et de nos humiliations, ne sont pas les e seules ; il faut bien reconnaître, en effet, que le s doctrines philosophiques du XVIII siècle ont préparé notre décadence. Il n’est que trop vrai que les traditions de probité et d’honneur ne sont plus, aux yeux de notre Société moderne, le plus bel apanage de la famille. Poussé par des instincts matériels, l’homme n’a plu s qu’un but, auquel il tend de toutes les forces de son intelligence : une fortune rapidement faite ou accrue, n’importe par quels moyens, destinée, soit à un fil s unique, soit à des héritiers peu nombreux. Aussi, pour tout esprit sérieux, cette guerre, si d ésastreuse pour la France, est une guerre d’expiation. Il suffit, pour ne pouvoir en d outer, d’examiner, d’une part, les causes qui l’ont amenée, et de l’autre, les résulta ts qui en sont les conséquences. Les hommes supérieurs en tout genre, en politique, en science, en éloquence, ne répareront jamais nos ruines, si l’on ne revient pa s aux vérités fondamentales : le respect dû à Dieu, aux autres et à soi-même. Sans la religion, qui est l’élément social supérieu r, sans le respect de l’autorité, on cherchera vainement à faire quelque chose de stable . Instruite par une longue et cruelle expérience, esp érons que la patrie de Bayard et de Duguesclin, retournant enfin aux vrais principes , reprendra son rang dans le monde, et reparaîtra, grande et forte, comme aux be aux jours de son histoire. Pour ne pas perdre le fruit des nombreuses lectures auxquelles je me suis livré, au sujet des agissements de nos implacables ennemis, s ur la partie du territoire français envahie par eux, j’ai noté tout ce qui m’a paru int éressant, en y ajoutant quelques réflexions. De cette manière, je suis parvenu à me procurer un nombre assez respectable de faits. Ce modeste ouvrage est tout s implement un recueil d’anecdotes et d’épisodes variés. Le savoir entre pour fort peu de chose dans la tâch e que je me suis imposée, tâche qui ne demande qu’un peu de travail, de discernemen t et beaucoup de patience. Ce n’est donc point une œuvre scientifique, encore moi ns politique ; c’est un labeur que je voudrais pouvoir rendre utile par le simple exposé des faits, en inspirant l’amour de la France et du devoir. Ce que je raconte est puisé aux meilleures sources et d’une authenticité irrécusable. Pour éviter l’ennui,qui naquit un jour de l’uniformité, j’ai cherché à rompre la monotonie par la variété. La boue et le sang inspir ent vite le dégoût, aussi je laisse de temps à autre les Prussiens de côté, pour citer des traits de courage, de dévouement et d’héroïsme, qui élèvent l’âme et le cœur. On m’accusera peut-être d’un peu de vivacité dans l ’expression, quand je raconte les brigandages des Prussiens ou leurs insultes à l a France. Je trouverai mon excuse à ce reproche dans la réponse à cette question, que j’adresse à tout Français, à tout cœur honnête : Un fils peut-il rester froid et indi fférent lorsqu’on vole et qu’on insulte sa mère ?... E. LEBRUN.
LES PRUSSIENS EN FRANCE ANECDOTES, ÉPISODES
CAMPAGNE DE 1870-71
Je suis Français, mon Pays avant tout.
Atrocités Prussiennes
(Vieille chanson.)
Depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours , les Allemands n’ont rêvé que meurtre, pillage, dévastation. Ils sont restés les mêmes au physique comme au moral ; ils sont toujours les Teutons du temps de Marius. M. de Bismark n’a-t-il pas prononcé cette fameuse e t abominable maxime : « La force prime le droit. » Maxime que, plusieurs siècl es auparavant, les Rhingraves, les Burgraves et une foule de Barons pillards mettaient en pratique. Aujourd’hui, comme autrefois, ils commettent les vo ls les plus honteux, sans pudeur et sans remords. Ils ne l’ont que trop prouvé dans la dernière guerre. Cependant, on admet assez généralement qu’ils ont d e l’ordre, de la discipline, une certaine civilisation ; soit ; il faut être juste, même envers nos ennemis, nous les appellerons alors des brigands civilisés. En citant leurs faits et gestes, je dois prévenir q ue je reste toujours un peu au-dessous de la vérité, pour ne pas être taxé d’exagé ration. N’est-ce pas une vraie guerre de Sauvages et de Bar bares que les Prussiens nous ont faite, surtout dans la Beauce et le Gâtinais. D es exactions de toutes sortes, des infamies horribles ont été commises. Ils n’observen t plus aucune loi militaire ; ils pillent, brûlent, volent à discrétion, racontent de s témoins oculaires. Chez un jardinier d’Eaubonne, près Enghien, arriven t des Prussiens, au nombre de 30 à 40, qui firent disparaître toutes ses provisio ns. Deux jours après, d’autres soldats prussiens arrivent. Qu’avez-vous ? demandent-ils au jardinier. — Rien absolument, vos camarades sont venus il y a deux jours, ils m’o nt tout pris. — Ah ! vous n’avez rien pour nous. Et sur cette belle réponse, ils ont tout brisé, tout cassé, les pendules, les glaces, les meubles, tout ce qui leur tombait sous la main. A Villiers-sur-Morin (arrondissement de Meaux), il y avait un garde-moulin, nommé Aubry. Ce meunier, au service de M. Degall, était u n ancien soldat du 73e de ligne. Il avait une femme et un enfant de onze mois. Les Prus siens font invasion chez lui. — De la farine, demandent-ils. Ils étaient 10 ou 12. Aubry monte au grenier ; il ne pouvait songer à résister. Il descend bientôt un sa c sur l’épaule. Que voit-il ? Un soldat prussien, le sabre nu à la main, menaçant sa femme qui ne le servait pas avec assez d’empressement à son gré ; son enfant de onze mois est là dans un coin ; il pleure, on dirait qu’il comprend déjà qu’on maltraite sa mère. Furieux, Aubry bondit pour protéger sa femme ; un coup de revolver l’étend raide mort.... Les Prussiens ont commis, du côté de Houdan (Seine- et-Oise), de telles atrocités, que même un rédacteur d’un journal anglais se senti rait pris de dégoût et d’indignation en les racontant. A Aulnay, ils se sont présentés chez M. Larnaude, f abricant de papiers, se sont emparés de sa personne et de son fils, âgé de 15 an s, qu’ils voulaient fusiller, prenant le costume de collégien, dont il était vêtu, pour c elui de la mobile. On a eu toutes les
peines du monde à leur faire comprendre que l’unifo rme du fils de M. Larnaude n’était pas un uniforme militaire ; mais ils ont gardé le p ère et ont poussé la cruauté jusqu’à l’atteler à une des pièces de canon qui bombardaien t son village. M. Croizet, maire d’Aulnay, fait prisonnier, dut su bir le même supplice, et assister ainsi à l’incendie de 75 maisons. Au village de Mezières, sous prétexte que le Maire, dans l’impossibilité où il se trouvait de se défendre, avait confié les armes de la commune aux francs-tireurs, afin de n’être point obligé de les rendre à l’ennemi, il ont également procédé à un bombardement sans pitié ; contraignant, le pistolet sous la gorge, ce pauvre Maire à mettre le feu à sa maison. 80 habitations sur 160 o nt été la proie des flammes. Une famille tout entière, le père, la mère et quatre en fants sont morts par asphyxie pendant l’incendie. Le pays n’est plus qu’un monceau de rui nes fumantes. A Mantes-la-Ville, mêmes férocités. Enfin, après tant de crimes inutiles, ils s’apprêta ient à fusiller les Maires d’Aulnay et de Mezières, qui furent sauvés par l’intervention d e M. le Curé de Mezières, qui avait pour hôte le Colonel du détachement prussien. Après 16 heures de captivité, on se décida à reconduire ces pauvres gens chez eux, en l es promenant de village en village, comme des malfaiteurs, en passant par Bain ville, Arnonville et Jumeauville. Cette troupe de bandits était composée de hussards prussiens et holsteinnois. Ces forbans ne comprennent pas que le cultivateur défen d son champ ; le paysan, sa chaumière ; la mère, son enfant. A Ilhausernn, petit village du département du Haut- Rhin, arrondissement de Colmar, dont la population n’est que de 100 habitants, les Prussiens, au nombre de 300, sont arrivés à dix heures et demie du soir ; ils ont dem andé que les gardes nationaux leur rendissent leurs armes. Un père de famille de huit enfants, le nommé Husser, s’y est refusé, ainsi que deux autres habitants. Ces bandit s les ont égorgés tous trois. Les enfants se sont sauvés en appelant au secours. Le f rère de M. Husser est arrivé avec ses voisins, et aidé de la population révoltée, ils ont tué trente Prussiens avec des couteaux, des fourches et des haches, n’ayant pas d ’autres armes. Ils ont fait en outre six prisonniers, pris dix chevaux. et mis les Pruss iens en déroute. Le reste de la bande a lâchement fui devant cet acte d’énergie.
Dévouement sublime
Le 18 septembre, les Prussiens ont fusillé quinze p risonniers civils. Un trait de dévouement sublime de la part d’un Fran çais fait une heureuse diversion à toutes ces horreurs prussiennes : M. Delignières, de la Fraliro, et M. Carbonneau, de Bitry, voyageaient ensemble sur la route de Culfroi d (route de Soissons), lorsqu’ils sont rencontrés par des uhlans qui, les prenant pou r des espions français, les font prisonniers au château de Mainville (route de Resso ns-le-Long), où se trouve le Colonel. Ce dernier ordonne de fusiller immédiateme nt, sans autre forme de procès, les deux prisonniers. Sur ces entrefaites, arrive M . Gaudy, propriétaire du château de Mainville ; il déclare au Colonel connaître parfait ement les prisonniers. Ce ne sont pas des espions, il en répond sur son honneur, et au be soin, sur sa tête. Le Colonel ne veut rien entendre, il réitère l’ordre de les fusil ler sur-le-champ. L’ordre allait être exécuté, lorsque M. Gaudy renouvelle ses sollicitat ions et ses instances. Tout est inutile l’officier prussien est inflexible et l’ord re de fusiller est renouvelé pour la troisième fois. Alors M. Gaudy, qui ne peut plus co ntenir les sentiments pénibles qui l’oppressent, fait un nouvel effort ; il ne demande plus, il prie, il supplie de laisser la vie
sauve aux deux prisonniers, mais il n’est pas écout é, ses prières sont repoussées avec dédain ; alors il essaie une nouvelle tentativ e, mais c’est la dernière, c’est l’unique et suprême salut qu’il voit pour ces deux malheureux : il est seul, sans enfants ; MM. Delignières et Carbonneau ont leurs f amilles et leurs enfants ; il offre sa vie en échange de ces Messieurs. Cet acte de sublim e dévouement rompt la glace, le Colonel se laisse enfin toucher ; nos deux Français sont sauvés. La conduite de M. Gaudy est au-dessus de tout comme ntaire et de tout éloge ; nous la livrons à l’admiration du public, et nous pouvon s bien affirmer qu’elle passera aux générations futures de MM. Delignières et Carbonnea u.
Cruautés
Le Sous-Préfet de Pithiviers, M. Ferdinand La Bicère, fut emmené prisonnier et traité fort durement, parce qu’il est entré dans une salle occupée par des officiers prussiens e n gardant son chapeau sur la tête ; on voulait le forcer à saluer les envahisseurs de son pays. A Neuville (Loiret), les Prussiens ont percé un vie illard de 63 ans, M. Duneau, de deux coups de lance et achevé ensuite de deux coups de revolver, et ont emmené avec eux le fils de leur victime, âgé de 35 ans, on ignore ce qu’il est devenu. A Mareau-aux-Bois, pendant deux heures qu’ils y res tèrent, impossible de raconter les atrocités commises par eux, au nombre de 60 env iron : vols, pillages, brigandages de toutes sortes, 34 vaches, 4 porcs, 1 veau, du vi n, du pain, de la viande, des liqueurs, des vêtements d’enfants, bas, caleçons, d ouillettes, ustensiles de ménage : ils en remplissent 8 voitures. Ils brisaient les portes, cassaient les vitres, enf onçaient les meubles, frappaient ceux qui faisaient quelque résistance, entre autres un vieillard de 80 ans, qu’ils laissèrent deux jours sans manger. Chillans, Santea u, les fermes d’Ecremies et de Laus ont eu le même sort que Mareau. Voici les procédés mis en usage par nos ennemis, à Saint-Dizier : ils ont jugé et exécuté le 8 octobre 1871, le cordonnier Georges, a ccusé d’avoir tiré des coups de fusil. Les chefs ont demandé 500,000 fr., comme ame ndes, pour les hommes tués ; ils emmenèrent à Bar-le-Duc, la carabine au poing, cinq conseillers, MM. Hourdan, Lescure, Joubert, Dépensier et Lescuyer-Viry ; ils réunissent les 120 personnes les plus imposées de la ville, exigent les 500,000 fr. en donnant un délai de deux heures. A dix heures, le délai était expiré et le pillage a llait commencer ; on obtint un sursis jusqu’à onze heures et demie ; on leur offrait 150, 000 fr., ce n’était pas assez ; ils finissent par accepter cette somme, argent comptant prêté par les notables, et organisent le pillage pour compléter ce qui restait Un bataillon était sur la place, les issues étaient coupées, la circulation était imposs ible, de plus, des patrouilles parcouraient les rues. L’après-midi, le pillage est fait par les Bavarois : on vide les boutiques des orfèvres, des horlogers, des marchand s d’étoffes ; on prend l’argenterie chez les notables ; à six heures du soir, le pillag e cesse. A Rully, près Senlis, une débitante de vins, Mme Ch ampagne, veut empêcher un soldat prussien de boire à même un litre de cognac ; ce soldat, qui était ivre, arme son pistolet et tire à bout portant sur Mme Champagne, qui expire dans la nuit. Cet acte de brutalité a été commis par un maréchal- des-logis du corps des cuirassiers blancs. On disait que ces cuirassiers é taient des hommes d’élite, se faisant remarquer surtout par leur discipline ; on doit pen ser ce que devaient être ceux qui ne faisaient pas partie des corps d’élite. Les cuirass iers ont logé deux jours au quartier
des Carmes : non-seulement ils ont tout brisé, mais ils ont fait toutes leurs ordures dans les chambres mêmes. Jamais on n’avait vu de ta bleau plus dégoûtant.
* * *
Courage héroïque d’un enfant
A côté de ces infamies, on est heureux de rencontre r des preuves de loyauté et de courage. Ainsi, un jeune enfant fut pris et torturé par les Allemands pour lui faire avouer où les francs-tireurs étaient cachés ; ce fu t en vain. Ne pouvant rien obtenir de lui, ces barbares lui ont coupé les oreilles, et l’ ont accablé de coups de plat de sabre. Il a été trouvé en cet état par quelques éclaireurs français, qui l’ont mis en lieu sûr pour être soigné.
Réponse énergique
Le major-général prussien, M. Schmitt, envoie à Cha rtres un habitant d’Ablis, prisonnier sur parole, afin d’avertir les Autorités françaises que, si les hussards bavarois, pris par les francs-tireurs, ne sont pas immédiatement relâchés, les Prussiens fusilleraient quatorze habitants d’Ablis, . pris sans armes dans le village. A une pareille demande, une seule réponse était possi ble, la voici : Si les Prussiens fusillent les quatorze habitants d’Ablis, nous fusi llerons les soixante-dix hussards bavarois, nous y gagnerons. Cette réponse énergique sauva les uns et les autres.
Evasion d’un officier français
Un officier français, prisonnier sur parole, fut tr ès-étonné de voir une sentinelle placée à sa porte ; cet acte de défiance le blessa. Je suis prisonnier sur parole, dit-il avec fierté, j’ai engagé mon honneur, c’est là une garantie qui doit vous suffire. Malgré cette protestation, la sentinelle fut maintenue. Al ors l’officier déclara nettement qu’il retirait sa parole, et se regardait comme dégagé de toute obligation morale. On lui offrit de retirer la sentinelle en échange d’une déclarati on écrite, portant qu’il ne s’évadarait pas. Il s’y refusa avec. énergie : « Non-seulement, dit-il, je ne signerai rien, mais je vous avertis que désormais je ne négligerai aucun m oyen de recouvrer ma liberté. » Peu de jours après, en effet, grâce à un déguisemen t ingénieux que lui avaient préparé des habitants du village, il put s’échapper à la tombée de la nuit, et une voiture, cachée à quelque distance, lui permit de s ’éloigner assez rapidement. Il fut arrêté cependant par des éclaireurs ennemis qui cou raient au loin les chemins ; mais il se fit passer pour un paysan, allant avec sa carrio le chercher sa femme et sa famille, et il put enfin gagner le territoire du Luxembourg, où il arriva le 2 octobre.
L’insolence punie
L’insolence des Prussiens a reçu quelquefois le châ timent qu’elle méritait. Voici un fait qu’on est heureux de rencontrer et dont un hab itant de Clermont a été témoin : Quarante uhlans se présentent à la mairie de Fontai nebleau, demandant à parler au Maire. Ce fonctionnaire se présente à eux. Les clef s de la ville, lui dit le chef d’un ton brusque. — Les clefs, nous n’en avons pas, nous som mes ville ouverte. — Alors,
indiquez-moi où nous devons aller loger, et prépare z sans retard les logements et les rations à un corps de trente mille hommes que nous précédons de quelques heures. — C’est bien, dit le Maire, en faisant un s igne d’intelligence aux Membres du Conseil Municipal qui l’assistaient dans cette péri lleuse circonstance, c’est bien, Messieurs, on va vous conduire au château, dont les écuries sont vides et où vous trouverez tout le confortable que vous pourrez dési rer. Les uhlans vont au château, descendent de cheval, prennent possession des écuri es, et ils étaient en train de panser leurs bêtes affamées, lorsque tout-à-coup le s portes se ferment à un signal donné, et voilà nos gens prisonniers. Cris, juremen ts, et, Dieu sait, si les Allemands ont un vocabulaire riche en ce genre d’imprécations ; malédictions, reproches de trahison, etc.... vont leur train ; mais tout cela n’ouvrit pas les portes barricadées solidement. Au bout de quelques instants, le Maire s’avance, et de son air le plus aimable : Messieurs, dit-il, vous n’avez pas eu la prétention, à vous quarante, de prendre une ville de vingt mille âmes. Vous dites p récéder une armée de trente mille hommes ; c’est bien. Lorsque cette armée viendra, n ous verrons ce que nous aurons à faire ; en attendant, vous êtes prisonniers. Voulez -vous vous rendre ? on va vous donner des vivres ; sinon, vous voudrez bien vous s errer la ceinture d’un cran, ou bien on va vous présenter des brosses pour vous friction ner l’abdomen, absolument comme vous avez fait aux malheureux habitants de la Lorraine et de la Champagne que vous avez réduits à la misère. — Nous ne nous r endrons jamais, s’écrient les uhlans. — A votre aise, répondit le Maire ; quand v ous aurez faim, vous nous appellerez, il y a de bons restaurants à Fontainebl eau ; et nous ne sommes pas des Prussiens pour vous brûler vifs, comme vous avez fa it des citoyens de Bazeilles. Au revoir, Messieurs. Nous vous demandons vingt-quatre heures pour nous r endre, dit alors le chef des uhlans, car il n’est pas possible que, d’ici là, no us ne soyons pas délivrés par les nôtres. — Rien de plus facile, riposte le Maire, to ujours de plus en plus aimable, soit, dans vingt-quatre heures, nous reviendrons savoir l ’état de votre appétit ; en attendant, vous pouvez partager le foin de vos bête s. Sur cette dernière remarque, évidemment de mauvais goût, mais bien permise envers des Prussiens et surtout des uhlans, M. le M aire et ses Adjoints retournent à la mairie attendre la réponse de leurs prisonniers. Cette réponse ne se fit pas attendre ; deux heures après, les quarante éclaireurs ennemis se rendaient à discrétion. Ils ont été immé diatement dirigés sur Nevers. La personne qui a donné ces détails les a vus, a ca usé avec eux et a entendu de leur propre bouche le récit que nous venons de faire.
Impudence des Prussiens
Les Prussiens ont de singulières exigences, ainsi i ls ont eu l’impudence d’adresser une note au ministère de la guerre pour réclamer le s prisonniers faits par les francs-tireurs de Paris, et qui avaient été conduits à Tou rs, en se fondant sur ce que les francs-tireurs ne sont pas reconnus par l’armée pru ssienne comme troupes régulières, et ne sauraient, par conséquent, faire des prisonni ers dans les formes voulues par les lois de la guerre. Ils agissent avec un sans gêne v raiment prodigieux.
Leur rapacité
A Orléans, après avoir occupé le faubourg Bannier, ils se sont livrés au pillage
suivant leur habitude. On voyait de malheureux habi tants, dont la maison avait été incendiée, emportant tout ce qu’ils avaient pu réun ir en hâte. Les boutiques ont été pillées, notamment une mercière dont le magasin a é té dévalisé complètement. Dieu sait dans combien de villes de pareilles. scèn es se sont renouvelées. La rapacité des Barbares du Nord est incroyable.
* * *