Les Reines du monde - Par nos premiers écrivains

Les Reines du monde - Par nos premiers écrivains

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Français
418 pages

Description

Ce doux visage où l’amour a laissé sa trace en passant, ces yeux petillants d’esprit, de malice et de bonne humeur, vous représentent une des femmes les plus charmantes du règne de Louis XV, à l’heure où le premier soin de la femme était de plaire, où sa première ambition était d’aimer.

Cette aimable et poétique marquise de Boufflers, de la maison de Beauvau-Craon (origine exquise), tenait à toutes les élégances, et principalement aux élégances de l’esprit.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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Date de parution 13 décembre 2016
Nombre de lectures 2
EAN13 9782346133956
Licence : Tous droits réservés
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

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Collectif
Les Reines du monde
Par nos premiers écrivains
AVANT-PROPOS
CELLES-LÀ sont reines qui portent la couronne ; et celles-là sont reines qui règnent du droit de leur esprit, de leur beauté, de leur je unesse. On les appelle à bon droitles Reines du monde !ssent l’histoire et leElles en sont la gloire et le charme. Elles rempli poëme : elles sont l’honneur des beaux-arts ; elles représentent la force et le respect du foyer domestique. Eh ! quel plus digue sujet de notre étude et de nos louanges ! Les plus grands philosophes et les plus grands poèt es, à commencer par Sophocle et Platon, ont célébré ces grâces, ces attraits, ce do ux parler, ce doux regard. Une femme, la première, notre mère, est l’héroïne du po ëme de Milton. Les premières femmes que nous ayons aimées sont les femmes de la Bible, enchantements et déjà consolations du monde naissant. Nos secondes amours appartiennent aux filles d’Homère, et, dans nos jeunes cœurs, la belle Hélèn e a bientôt pris la place de la tendre Rachel. Ces filles d’Homère ont un si grand charme ! Elles tiennent d’une main savante et charmante la quenouille et la lyre. Aspa sie est restée un des personnages les plus considérables de la cité de Minerve. A la beauté de Phryné Praxitèle empruntait sa Vénus.Enchantement, c’est le nom de Corinthe inabordable. Il fallait tant d’esprit, de gaieté, de jeunesse et tant d’amo ur pour aller à Corinthe ! Un seul voyage était permis, même aux plus braves, aux plus célèbres, aux plus heureux. Rome arrive à son tour, et voici l’enlèvement des S abines :
Nous sommes tous les fils d’un attentat immense !
Nous trouvons dans cette histoire illustre : Lucrèc e, Virginie, la mère éplorée de Coriolan, Porcia la fille de Caton, Julie la femme de Pompée, et jusqu’à Flora la courtisane, qui fit la république héritière de ses grands biens. Étrange histoire ; et n’oublions pas que les dames romaines, au milieu de ces licences, conservèrent leur courage et leur vertu jusqu’à la fin de ces règnes affreux, qui firent même de la vertu des femmes une proscription, un arrêt de mort. Le christianisme, enfin, délivra la femme esclave ; il la fit libre, il la fit parfaite ; et l’Angleterre, et la France, et l’Allemagne, et la B avière ont eu des femmes chrétiennes pour leurs premiers apôtres. En Hongrie, en Bohême, en Lithuanie, en Pologne, en Russie on n’entendit que des voix claires et douces , qui disaient en leurs cantiques les premières promesses de l’Évangile ; et le jour du m artyre elles étaient les premières à témoigner de la vérité nouvelle. Honneur à la chevalerie ! Elle a donné l’auréole au x beautés du monde féodal. L’Espagne des chevaliers est tout un poëme à la lou ange éternelle de cesdames de beautémoureuses.: naïveté, loyauté, franchise, autant de devises a er Saluons, chez nous, François I , le roi de la Renaissance. Il disait si bien : « U ne cour sans femmes est un printemps sans roses. » Ah ! ces Valois, quelles amours ! François Il amène en France une héroïne, une martyr e appelée Marie Stuart. L’infortunée, elle paya de sa tête sa rivalité avec leroi Élisabeth.« Le roi Élisabeth, la 1 reine Jacques, » disaient les Anglais en leur mauva is latin . Au même instant Henri IV,ce conquérant du sien,servait en poëte, en chevalier les plus belles de son siècle. On a gardé ses lettres, on chante encore ses chansons. Que de belles galanteries sous la régence d’Anne d’Autriche ! Un grand écrivain a passé sa vie à célébrer la duchesse de Longueville. Au seul nom de Louis XIV, vous voyez accourir la Vallière, Montespan, mademoiselle de Fo ntanges, et vous avez, pour célébrer ces reines de Versailles, Quinault, Molière et Racine. Tout le monde a le droit de maudire un peu le siècl e de Louis XV : tout le monde, hormis les femmes. Elles ont régné, elles ont gouve rné ; chacune était reine. Elles ont inspiré les plus doux poëtes ; elles ont fait les p lus grands artistes. Puis les jours étant venus où ce monde imprévoyant, au fond de l’abîme, expiait les imprudences d’un si long règne, soudain voici ces faibles duchesses, ce s tendres marquises qui se lèvent du sein de ces corruptions, pour donner à tous ces hommes pâles d’effroi l’exemple du courage. En ce moment funeste, beaucoup plus qu’ aux temps des adorations, les noms viennent en foule à nos souvenirs : madame de Lamballe, Madame Élisabeth, Charlotte Corday, madame Rolland, et la plus illust re et la plus courageuse entre toutes, la reine de France !... C’est un adage ancien : « Les hommes font les lois, les femmes font les mœurs. » Elles font aussi l’esprit, la renommée et la gloire ; elles sont le courage et la récompense. Elles ont tenu dignement le sceptre, et l’épée et la plume. Elles ont accompli les plus grandes actions. Chacune, en même temps, conserve hardiment le caractère qui lui est propre, avec le caractère de sa nation. Et c’est encore une des supériorités d’une pareille histoire, de n’éveiller aucune jalousie. Aussitôt donc que se rencontre une de ces beautés q ue le monde entier glorifie, on la salue, on l’adore ! Homère est un grand poëte lo rsqu’il nous montre aux derniers jours d’Ilion les grands vieillards se levant de le urs siéges au seul aspect de la fille de Tyndare, cause de tant de ruines et de funérailles pour le peuple troyen. Tel sera le sujet varié, fécond, inépuisable en mil le émotions si différentes, de ce grand livre d’intelligence et de beauté. A Dieu ne plaise, en effet, que nous séparions dans nos louanges l’âme et le corps, le visage et l e talent
Que le beau soit toujours camarade du bon Et dès demain je prendrai femme....
a dit la Fontaine. Choisir ce qu’il y a de beau, de rare et de charman t dans les grâces, dans les vertus, dans les passions, voire dans les faiblesse s de la femme, est tout ce livre. On les choisira dans toutes les nations, chez tous les peuples : à la ville, à la cour, au théâtre, à Versailles, à l’Ermitage, à Sans-Souci, à l’Escurial. Nous les voulons belles, nous les voulons célèbres, entre les écrivains, les artistes, les poëtes, les majestés, les amoureuses. Ce livre est une galerie où chaque image a conquis les honneurs du Louvre, où la Fornarina de Raphaël est à côté de la Vénus du Titien, où la Joconde de Léonard de Vinci fait face à la Marie de Médicis de Rubens. Voyez cependant, en un pareil sujet, quelle admirab le variété.... Saintes et pécheresses, chacune de ces filles d’Adam devient u n sujet de bonnes paroles, d’enseignements utiles, de pieux souvenirs. Ces rei nes d’un jour, dont le nom est immortel, d’Agnès Sorel à madame Tallien, elles ont le charme et le parfum des choses passées. Un rien les fait revivre, un rien l es ramène à la douce lumière, et les vivants, contents de les revoir, n’ont plus de rega rd que pour elles : « Vous voilà, disent-ils, soyez les bienvenues, soyez les bien fê tées. Vous voilà, doux fantômes qui donniez le signal à tant de chefs-d’œuvre, à tant d e nobles actions ; venez à nous, immortelles dont les plus grands poëtes ont chanté les louanges : sceptres, éventails, miroirs, fantaisies, lyres d’or, tout ce qui brille et retentit, au temps présent, dans le lointain des âges. Noms charmants associés aux plus beaux chapitres de l’histoire, on vous attend, on vous salue, on vous écoute.... » J.-G.-D.A.
1Rex fuit Elisabeth, fuit et regina Jacobus.
MADAME DE BOUFFLERS
Ce doux visage où l’amour a laissé sa trace en pass ant, ces yeux petillants d’esprit, de malice et de bonne humeur, vous représentent une des femmes les plus charmantes du règne de Louis XV, à l’heure où le pr emier soin de la femme était de plaire, où sa première ambition était d’aimer. Cette aimable et poétique marquise de Boufflers, de la maison de Beauvau-Craon (origine exquise), tenait à toutes les élégances, e t principalement aux élégances de l’esprit. Elle avait été longtemps la seconde reine à Lunévil le, à la cour du roi Stanislas,le philosophe bienfaisant,cet autre roi René, roi sans royaume, adoré de ses sujets d’un jour, lorsque madame de Boufflers quitta la Lorrain e et revint en France avec sa couronne. Elle est morte en reine de Paris, l’an de grâce 1787. Vivre.... et mourir à la bonne heure, voilà tout le secret. Quand nous disons une reine ! il n’y a pas d’autre expression pour expliquer l’autorité de madame la marquise de Boufflers, dans ce royaume à part qu’on appelait la Lorraine, à cette petite cour de Lunéville où le bon roi Stanislas, le père de la reine de France, attirait à sa cour les plus belles dames , les plus beaux esprits, les savants, les sages qui voulaient vivre en pleine liberté, so us les ombrages de la Malgrange, ou dans le château de Lunéville. En ces lieux de sa prédilection, le roi Stanislas a vait commence par se monter une maison royale, tant il éprouvait, ce noble cœur, le besoin de s’entourer des compagnons de ses anciennes batailles, des amis de sa vie errante. Toutes les grandes charges de la couronne, il les avait libéra lement maintenues pour en décorer les chers compagnons de son exil. Le comte de Béthu ne était grand chambellan, le marquis de Custine grand écuyer, le comte d’Hausson ville grand louvetier, le marquis de Lambertye était capitaine des gardes du corps. C e roi si facile à vivre, heureux de tout, content de peu, n’avait pas moins de cinq cha mbellans ordinaires : les comtes de Croy, Ligneville, Nettancourt, Brassac, le chevalie r de Meuse.... Il y voulut ajouter deux pensionnaires grands officiers : MM. de Berchemy et d’Andelau ; enfin douze chambellans d’honneur parmi lesquels on citait les marquis de Lambertye, de
Choiseul, du Châtelet, de Salles et de Mougey, les comtes de Touneille, d’Hunalstein, et le chevalier du Châtelet ; deux gentilshommes po ur la chambre : MM. Casteja et Vanglas, Massallès et la Roche-Aymon pour la second e table ; et tant et tant de gentilshommes pour la vénerie et pour les bâtiments , pour la musique et le gouvernement de ses pages, avec douze gentilshommes surnuméraires. Madame de Linanges, dame d’honneur de la reine ; les comtesse s de Choiseul et de Raigecourt, premières dames du palais.... Bref, le palais de Ve rsaillesad honores ! De cette réunion de courtisans désintéressés, dont les grands emplois étaient autant de sinécures, et qui remplaçaient par la maj esté des titres la modicité des traitements, madame de Boufflers était la vie et le charme. Elle était si jolie et si piquante, avec tant de bel esprit et de bonne humeu r ! Elle entendait si bien le grand art de plaire à ce gentilhomme un instant couronné, au bon roi Stanislas ! De ses grandeurs passées il n’avait gardé que le so uvenir ! Madame de Boufflers partageait tous les goûts du prince ; il aimait la peinture, elle était peintre ; il aimait la musique, elle était musicienne ; elle était archite cte aussi ; quand l’argent manquait, elle bâtissait de si beaux palais dans les nuages ! Hospitalière et bienveillante à tous les honnêtes g ens, madame de Boufflers eut l’honneur de recevoir dans le château de Commercy, qui était une espèce de Trianon, le président Hénault, Helvétius le fermier général, M. le président de Montesquieu lui-même, avant qu’il eût publiél’Esprit des lois, mais il était déjà l’auteur desLettres persanesdu et Temple de Gnide ! On n’était pas plus Française et grande dame que madame de Boufflers, ajoutez plus hospitalière, ave c plus de grâce et de générosité. « Elle n’a pas de jupes ! » disait Voltaire, et Vol taire accordait, en si peu de mots, à cette aimable femme un grand éloge, en contraste au x dépenses scandaleuses, aux prodigalités insensées de Cotillon II, de Cotillon III ! Madame de Boufflers était pour le vieux roi une ami e, une conseillère, une gaieté ; elle était le charme et l’à-propos de cette cour, s emblable à l’abbaye de Thélème, où toutes les passions élégantes venaient en aide à to utes les sciences sérieuses, à toutes les heureuses frivolités :
Les livres, les bijoux, les compas, les pompons, Les vers, les diamants, le biribi, l’optique, L’algèbre, les soupers, le latin, les jupons, L’opéra, les procès, le bal et la physique....
Et même, un jour, deux voyageurs frappant aux porte s du château du roi Stanislas et de la comtesse de Boufflers, comme on leur deman dait de montrer patte blanche, ils répondirent : celui-ci qu’il s’appelait Voltair e, et celle-là la marquise du Châtelet. Pensez donc s’ils furent les bienvenus, et si tout de suite ils se trouvèrent les maîtres en cette belle et bonne compagnie ! A Lunéville, il s étaient chez eux, comme au château de Cirey, voisin de Lunéville. « En vérité, écrivait Voltaire à madame la comtesse d’Argental, c’est un château enchanté dont le maître fait les honneurs. » Or, ce s honneurs consistaient à représenter solennellementBrutus, Mérope etZaïre ! Une autre fois, c’étaitle Comte de Boursouffle ; et madame du Châtelet, une rieuse, égayait ces hon nêtes gens des charmantes vivacités deMademoiselle de la Cochonnière !Ah ! les beaux jours qu’ils passaient ainsi les uns et les autres à se sourire, à se complaire, à se contempler, à charmer cet aimable roi dont le sceptre était si lé ger ! Ce roi-là était fait pour aimer l’esprit de Voltair e ; il se sentait véritablement aimé du grand poëte ; il n’avait rien à redouter de ses har diesses ! Et que de fois l’aimable
prince eut la primeur des plus charmants passages d e certain poëme aussi recherché que défendu !... Ou bien la porte étant close, le r oi priait Voltaire de lui lire un de ses contes qu’il tenait en portefeuille. Il les lisait comme on les écoutait, c’est-à-dire à merveille. En toute occasion Voltaire écrivait des vers à la louange du roi son hôte, et de madame de Boufflers :
Le nouveau Trajan des Lorrains Comme roi n’a pas mon hommage, Vos yeux seraient plus souverains ! Mais ce n’est pas ce qui m’engage Je crains les belles et les rois : Ils abusent trop de leurs droits ; Ils exigent trop d’esclavage. Amoureux de ma liberté, Pourquoi donc me vois- je arrêté Dans les chaînes qui m’ont su plaire ? Votre esprit, votre caractère Font sur moi ce que n’ont pu faire Ni la grandeur ni la beauté.
Voilà certainement une admirable louange, et quand il loue avec tant d’esprit les belles ou les rois, on se méfie un peu de Voltaire. Eh bien, cette fois la louange était tout à fait méritée ; il n’y avait rien de plus cha rmant que cette digne fille du prince de Craon, à trente ans qu’elle pouvait avoir, en l’an de grâce 1748. Une taille charmante, une figure pleine d’agrément et de vivacité printan ière. — Elle écoutait à merveille ! Elle savait rire et sourire, et tout comprendre ! U n charme, une grâce, un enchantement, un style animé de toutes les gentille sses de ces belles éloquentes, échos d’un monde évanoui ! Elle parlait peu, lisait beaucoup ; si sa causerie était semblable à un livre décousu, c’est qu’elle en avai t déchiré les pages inutiles. Ah ! qu’elle était bien nonchalante et plaisante à la fois !... On l’appelait à la cour de Lorraine : « La dame de Volupté ! » Elle acceptait volontiers ce doux titre, à telles enseignes qu’elle se fit à elle-même, et contente e t nonchalante, l’épitaphe que voici :
Ci-gît dans une paix profonde Cette dame de Volupté Qui, pour plus grande sûreté, Fit son paradis dans ce monde.
« Ah ! marquise, y pensez-vous ? disait le bon prin ce ; eh quoi, déjà votrede profundis ?A quoi la marquisevraiment vous êtes faite pour mieux que cela. »  et enfant répondait par ce joli quatrain :
De plaire un jour sans aimer j’eus l’envie ; Je ne cherchais qu’un simple amusement ; L’amusement devint un sentiment, Le sentiment le bonheur de ma vie.
MADAME LA MARQUISE DE BOUFFLERS.
Notez bien que ces belles choses-là s’improvisaient , le soir, entre une causerie étincelante, un petit concert et d’élégantes chanso ns. Ajoutons tout bas que l’Amour était de la partie. On écrirait d’heureuses pages, si l’on voulait faire l’histoire de ce château de Commercy, le Trianon de Lunéville. Madam e du Châtelet habitait le rez-de-chaussée ; au second étage habitait Voltaire ; e ntre les deux, madame de Boufflers et le roi Stanislas. Un joli capitaine appelé Saint -Lambert, poëte et bel esprit, dans le bel âge des amours, était logé, en grand secret, ch ez le curé du village, non loin de l’Orangerie. Or, sitôt que le roi s’était retiré da ns ses appartements, une lumière avertissait le jeune exempt des gardes. Guidé par la douce clarté, M. de Saint-Lambert ne s e faisait guère attendre, et.... l’ingrat ! par oisiveté, sans doute, il s’arrêtait volontiers à mi-chemin de madame de Boufflers. Il était aux pieds divins de madame du C hâtelet !... il se jetait dans les bras charmants de madame de Boufflers ! Il jurait ses gr ands dieux, à celle-ci, à celle-là, qu’il était fidèle, incapable de trahison « Par res pect pour le roi ! disait-il à madame du Châtelet. — Par admiration pour Voltaire ! » disait-il à madame de Boufflers. Et Voltaire et le roi ne s’inquiétaient guère de ce galant port eur d’épée.... « Ah ! le bon billet pour Voltaire ! disait le roi. — Le bon billet pour le roi ! » disait Voltaire. Que vous dirai-je ? il n’y eut jamais dans le plus pacifique et le plus amoureux château du monde une plus agréable et plus amusante comédie !... Ils se trompaient.... on les trompait avec tant de bonhomi e ! Et le jour, funeste entre tous les jours de sa vie, en apprenant la mort soudaine de madame du Châtelet, de quel deuil fut rempli l’hôte célèbre du château de Commercy. « Elle est morte, elle est morte ! disait Voltaire à son rival trop heureux ; elle est morte, et c’est vous qui l’avez tuée ! » Il pleurait, il s e lamentait ; il réclamait, comme étant sa propriété, le médaillon que portait sur son cœur sa chère maîtresse. « Il