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Les relations franco-polonaises pendant la drôle de guerre

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176 pages
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Ajouté le : 01 janvier 0001
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EAN13 : 9782296157835
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LES RELATIONS FRANCO-POLONAISES PENDANT LA «DRÔLE DE GUERRE ~

Collection «Chemins de la mémoire)

BOURIN-DERRIAU Monique. Villages médiévaux en Bas-Languedoc. Genèse de sociabilité (Xe-XIVesiècle), 1er vol. Du château au village (Xe-XIIesiècle), 338 p. ; 2e vol. La démocratie au village (XIII"-XIve siècle), 470 p., 1987.

COLLECTION «CHEMINS DE LA MÉMOIRE) Yves BEAUVOIS

LES RELATIONS FRANCO-POLONAISES PENDANT LA ~DROLE DE GUERRE»

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique 75005 Paris

En couverture: 22 novembre 1939 : le Gouvernement polonais quitte Paris pour s'installer à Angers. Quelques instants avant le départ, le général Sikorski, Premier ministre, s'entretient avec M. Champetier de Ribes, sous-secrétaire d'État aux Affaires étrangères (Photo: Musée d'histoire contemporaine).

@ L'Harmattan,

1989

ISBN: 2-7384-0156-2

En souvenir de Saska Kçpa

PRÉFACE

L'histoire des relations franco-polonaises est dominée par les mythes. D'un côté comme de l'autre, on veut toujours croire, ou faire croire, en l'indéfectible alliance, en la nécessaire amitié des peuples polonais et français. On cherche à démontrer que depuis le Moyen Age ou le début des Temps modernes, une impérieuse vocation menait la France et la Pologne à s'entendre. Communauté de sentiments entre deux peuples également emportés et généreux, communauté de situations géostratégiques entre deux Etats trop souvent menacés par des voisins dangereux, Allemagne et Russie, communauté spirituelle entre catholiques, artistes, savants. En réalité, les relations franco-polonaises sont marquées par toute l'ambiguïté du rapport entre le fort et le faible; le premier, la France, possède une force plus ou moins suffisante pour imposer ses vues au second, plus ou moins affaibli selon la rigueur des temps, mais toujours placé en une situation seconde. En principe, pendant l'entredeux-guerres les menaces et les contraintes parallèles qui affectaient la France et la Pologne auraient dû mener vers une belle et bonne alliance,. le voisin allemand pouvait être également craint, surtout après 1933, lorsque 7

Hitler voulait remodeler l'Europe, tout comme le voisin soviétique, «l'hydre bolchévique~, danger suprême pour certains en Pologne, menace idéologique pour d'autres en France. La victoire française de 1918 n'était-elle pas à l'origine directe de la renaissance polonaise? Des généraux français n'avaient-ils pas contribué à sauver Varsovie de l'Armée rouge en 1920? L'économie et la monnaie polonaises ne devaient-elles pas leur assurance à l'aide française? Apparences trompeuses, valables pour ceux qui diffusent le stéréotype de la fraternité franco-polonaise. La vérité est plus prosaïque, plus médiocre: les gouvernants des deux Etats, surtout depuis 1934, date du rapprochement entre l'Allemagne hitlérienne et la Pologne dictatoriale des

Colonels, ne se font pas vraiment confiance, même si, parfois, comme en 1936 lors des accords militaires et économiques de Rambouillet, on semble vouloir dominer cette suspicion. Pas de confiance réciproque dans ce couple, malgré le soin mis à sauver la réputation. Vient l'invasion de la Pologne en septembre 1939 et la guerre franco-allemande aussitôt déclarée. Devant le suprême danger, va-t-on enfin se retrouver? C'est le très grand mérite d'Yves Beauvois d'avoir éclairé d'une lumière crue l' histoire franco-polonaise pendant la «drôle de guerre ». Jeune historien, possédant la capacité de bien comprendre l'histoire et la sensibilité polonaises, comme celles des Français, de l'intérieur, pourrais-je dire, ayant su et pu utiliser des sources d'archives inédites ou peu exploitées, Yves Beauvois dissèque ces dramatiques instants de septembre-octobre 1939 où le gouvernement polonais, battu, exilé, abandonné militairement, doit en passer par la volonté française. Cruelle destinée pour ceux-là même qui avaient voulu croire en une possible entente avec l' hitlérisme! Et puis, comme en une tragédie classique, quelques mois plus tard, c'est au tour des membres du gouvernement polonais, en exil à Angers et Paris, d'assister à l'effondrement militaire et moral des homologues français. Les uns après les autres vont connaître et la honte et la dépendance. 8

Il s'agit donc d'une histoire cruelle. Sans animosité mais sans faiblesse, ce jeune historien observe les hommes englués dans des difficultés extraordinaires; il sait les faire revivre, il vit lui-même avec eux, car peut-on rester indifférent lorsqu'on participe aux deux cultures, aux deux histoires, celles d'une Europe qui se déchire, s'humilie, se haït? «La vérité n'est pas toujours bonne à dire:. pense-t-on souvent. Pourtant l'histoire est là pour vous rappeler à la mesure et à la compréhension. La noire période de la «drôle de guerre ~ doit servir à nous éclairer sur les réalités de l'Europe d'aujourd'hui, afin d'espérer en une Europe de demain, où la France et la Pologne pourraient vraiment se retrouver. René GIRAULT

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REMERCIEMENTS

Je tiens à remercier pour les conseils qu'ils m'ont prodigués et pour les renseignements qu'ils m'ont fournis mon père Daniel Beauvois, professeur à l'université de Lille III, M. René Girault, professeur à l'université de Paris I, S.E. Léon Noël, ambassadeur de France, décédé récemment, M. Henry Rollet, historien de la Pologne et M. Tadeusz Wyrwa, directeur de recherche au CNRS.

N.-B. : Les lecteurs polonais voudront bien excuser l'absence des signes diacritiques en usage dans l'orthographe des mots polonais. 11

Introduction

On montre aujourd'hui, à l'hôtel Régina, à Paris, quelques meubles abandonnés jadis par le Gouvernement polonais en exil. C'est tout ce qui reste de visible dans notre capitale du séjour qu'y firent, du 30 septembre 1939 à juin 1940, des alliés pour la liberté et la souveraineté desquels nous étions entrés en guerre contre l'Allemagne. Des plaques commémoratives à l'hôtel du Danube, rue Jacob, ou dans la ville d'Angers, attestent aussi de ce passage dont les traces les plus concrètes et les plus dérisoirement tragiques sont les tombes des cimetières de Dieuze et de Lagarde, en Moselle, où reposent des soldats polonais inutilement sacrifiés. Pas plus qu'il n'a marqué le paysage, cet épisode n'a inspiré les artistes. Ni la littérature ni le cinéma n'y ont trouvé une source de création. Tant il est vrai que l'esprit de la « drôle de guerre» se prête peu à l'exploitation esthétique et que les rapports franco-polonais de cette période semblent peu propices à l'exaltation. L'extrême discrétion dont les responsables français ont fait preuve dans leurs mémoires n'aide guère à entretenir 13

le souvenir. Cette discrétion prend même parfois la forme de l'ellipse. Les ouvrages dans lesquels Léon Noël, ambassadeur de France auprès du Gouvernement polonais à partir de 1935, a consigné son expérience ne franchissant jamais le seuil du mois d'octobre 1939, alors qu'il n'a quitté ses fonctions qu'en juin 1940. De la même façon Anatole de Monzie, ministre des Travaux publics, grand admirateur du maréchal Pilsudski, qui eut d'importants contacts avec l'exécutif polonais en exil, ne les mentionne à aucun moment dans Ci-devant. De tels silences intriguent d'autant plus que les ambassadeurs de Pologne à Paris et à Londres, J. Lukasiewicz et E. Raczynski, ne se sont pas tus: leurs mémoires disent clairement que les relations franco-polonaises de cette époque ne furent pas toujours empreintes de la sérénité ni de l'efficacité qui eussent dû prévaloir entre deux alliés. Les historiens se sont, jusqu'à présent, peu intéressés à l'exil en France de ce Gouvernement polonais. Quelques pages dans l'excellent livre de M. Henry Rollet, La Pologne au XXe siècle, un chapitre dans celui de M. Tadeusz Wyrwa, La résistance polonaise et la politique en Europe, et quelques articles, consacrés, le plus souvent, au seul aspect militaire de la question, tels sont les modestes résultats de la recherche. L'historiographie polonaise est à peine plus avancée. Nous mentionnerons un certain nombre d'études publiées dans les années soixante, quoique leur champ d'investigation se réduise essentiellement au domaine militaire. La réhabilitation du général Sikorski en Pologne «populaire» n'est qu'un phénomène très récent. Ce n'est qu'en 1981, dans le vent de libéralisation qui a soufflé sur la Pologne au moment de Solidarnosc, qu'-a été publiée, vite suivie de plusieurs autres, la biographie qu'O. Terlecki lui a consacrée. Elle a, bien sûr, les inconvénients du genre, mais présente l'immense avantage de s'attarder assez longuement sur les problèmes que le général rencontra en France. Ainsi réintroduit dans l'historiographie officielle, Sikorski a même fait l'objet dans son pays d'une série philatélique! 14

Comment expliquer cette pauvreté historiographique? Faut-il incriminer le manque d'archives? On sait que l'ambassade de France à Varsovie fut détruite et l'on connaît le sort réservé, le 16 mai 1940, aux dossiers du Quai d'Orsay. Si on ajoute à ces disparitions la crémation de bon nombre de documents ordonnée par le Gouvernement polonais avant l'embarquement pour l'Angleterre, et l'évacuation, en avril 1941, dans les conditions qu'on imagine, des archives polonaises, transférées de Londres à Perth, en Ecosse, on est évidemment porté au pessimisme. Cependant, malgré le caractère fragmentaire et incomplet des papiers qui ont subsisté, il est possible, c'est ce que nous avons tenté, d'en réaliser la synthèse afin de faire jaillir une image cohérente de l'éparpillement. Le dépouillement des papiers conservés aux Archives Nationales, au ministère des Affaires étrangères il s'agit en l'occurrence de dossiers constitués à partir de documents collectés dans les ambassades de France, de Londres, Rome et Bucarest au ministère des Finances et à la Préfecture de Police, comme la lecture des périodiques à la Bibliothèque polonaise de Paris, permettent déjà d'avoir une vision assez précise des relations franco-polonaises pendant la «drôle de guerre ». Notre travail au Polish Institute and Sikorski Museum de Londres, et sur les pièces de l'Ossolineum de Wroc1aw, en Pologne, a permis de l'affiner et d'y jeter une lumière convergente. L'alibi de la pénurie d'archives ainsi écarté, reste notre question de départ: pourquoi cette étude n'a-t-elle pas été menée plus tôt? L'oubli dans lequel est tombé le Gouvernement polonais en France surprend d'autant plus qu'encore aujourd'hui, et même peut-être aujourd'hui plus qu'hier, l'amitié franco-polonaise et les liens indéfectibles qui unissent les deux peuples sont devenus des lieux communs du discours politique. Mais si justement le rappel de cette période les contredisait, si l'accueil qui fut fait au Gouvernement polonais n'avait pas été aussi chaleureux et «amical» que la presse le prétendit, si l'aide que lui consentirent les autorités françaises s'était accompagnée

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de contreparties parfois pesantes, si les militaires des deux pays n'avaient pas perçu de la même façon le rôle de l'Armée polonaise reconstituée en France, si l'évacuation outre-Manche de l'Armée et du Gouvernement polonais, au mois de juin 1940, avait été marquée par un comportement peu honorable des autorités françaises, on comprendrait mieux que cette tranche des relations franco-polonaises ait quasiment été effacée de la mémoire collective.. Ces hypothèses, que nous examinerons successivement, remettent bien évidemment en cause ce que, par anticipation, nous pouvons déjà appeler le mythe de l'amitié franco-polonaise. Il .n'est pas de fortes et belles amitiés sans orage, dira-t-on, les couples les plus solides peuvent être secoués par des malentendus passagers, et peut-être les rapports qu'entretinrent les deux pays, de septembre 1939 à ju~ 1940, peuvent-ils être réduits à un épiphénomène. Pour vérifier l'éventuel caractère accidentel de ce passage orageux, il est indispensable de commencer notre recherche par une étude des relations franco-polonaises dans l'entre-deux-guerres. Une telle mise en perspective permettra de montrer que, par bien des aspects, la situation de 1939-1940 n'est qu'un aboutissement.

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CHAPITRE

PREMIER

LES VICISSITUDES DE L'ALLIANCE FRANCO-POLONAISE JUSQU'EN 1938