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Les royaumes néo-hittites à l'âge du fer

De
366 pages
Ce livre présente l'époque dite néo-hittite et fait une conclusion globale sur l'histoire et la civilisation hittite. L'histoire des Etats "néo-hittite" débute après l'effondrement, vers -1180, du grand royaume de Hatti. Elle a connu plusieurs phases : l'âge d'or, celui des contacts réguliers avec les Assyriens et les rois d'Urartu, d'Israël et de Phrygie ; la période finale et la conquête assyrienne, de la seconde moitié du VIIIe siècle à la fin du VIIe siècle avant JC.
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Les royaumes néo-hittites
à l’âge d u Fer

Les Hittites et leur histoire

















Reproductions de la couverture :
la déesse KUBABA de Vladimir Tchernychev
Archéologie 5 de Jean-Michel Lartigaud


Directeur de publication : Michel Mazoyer
Directeur scientifique : Jorge Pérez Rey


Comité de rédaction

Trésorière : Christine Gaulme
Colloques : Jesús Martínez Dorronsorro
Relations publiques : Annie Tchernychev, Sylvie Garreau
Directrice du Comité de lecture : Annick Touchard

Comité scientifique
Sydney Aufrère, Marielle de Béchillon, Pierre Bordreuil,
Nathalie Bosson, Dominique Briquel, Sylvain Brocquet,
Gérard Capdeville, Jacques Freu, Michel Mazoyer,
Paul Mirault, Dennis Pardee, Eric Pirart, Jean-Michel Renaud,
Nicolas Richer, Bernard Sergent, Claude Sterckx,
Patrick Voisin, Paul Wathelet

Ingénieur informatique
Patrick Habersack (macpaddy@free.fr)


Avec la collaboration artistique de Jean-Michel Lartigaud,
et de Vladimir Tchernychev




Ce volume a été imprimé par


© Association KUBABA, Université de Paris I,
Panthéon – Sorbonne,
12 Place du Panthéon 75231 Paris CEDEX 05


© L'Harmattan, 2012
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-99244-3
EAN : 9782296992443


Collection KUBABA
Série Antiquité



Jacques FREU et Michel MAZOYER


Les royaumes néo-hittites
à l’âge du Fer

Les Hittites et leur histoire























Bibliothèque Kubaba (sélection)
http://kubaba.univ-paris1.fr/

CAHIERS KUBABA
Barbares et civilisés dans l’Antiquité.
Monstres et Monstruosités.
Histoires de monstres à l’époque moderne et contemporaine.

COLLECTION KUBABA
1. Série Antiquité
Dominique BRIQUEL, Le Forum brûle.
Jacques FREU, Histoire politique d’Ugarit.
——, Histoire du Mitanni.
——, Suppiliuliuma et la veuve du pharaon.
Éric PIRART, L’Aphrodite iranienne.
——, L’éloge mazdéen de l’ivresse.
——, L’Aphrodite iranienne.
——, Guerriers d’Iran.
——, Georges Dumézil face aux héros iraniens.
——, La naissance d’Indra
Michel MAZOYER, Télipinu, le dieu du marécage.
Bernard SERGENT, L’Atlantide et la mythologie grecque.
Claude STERKX, Les mutilations des ennemis chez les Celtes
préchrétiens.
——, Mythes et Dieux Celtes
Les Hittites et leur histoire en quatre volumes :
Vol. 1 : Jacques FREU et Michel MAZOYER, en collaboration
avec Isabelle KLOCK-FONTANILLE, Des origines à la fin de
l’Ancien Royaume Hittite.
Vol. 2 : Jacques FREU et Michel MAZOYER, Les débuts du
Nouvel Empire Hittite.
Vol. 3 : Jacques FREU et Michel MAZOYER, L’apogée du
Nouvel Empire Hittite.
Vol. 4 : Jacques FREU et Michel MAZOYER, Le déclin et la
chute du Nouvel Empire Hittite.
Sydney H. AUFRÈRE, Thot Hermès l’Égyptien. De l’infiniment grand
à l’infiniment petit.
Michel MAZOYER (éd.), Homère et l’Anatolie
Richard-Alain Jean et Anne-Marie Loyrette, La mère, l’enfant et le
lait en Egypte ancienne.
Daniel Gricourt et Dominique Hollard, Cernunnos, le dioscure
sauvage.
Michel MAZOYER et Olivier CASABONNE (éd.), Mélanges en
l’honneur du Professeur René Lebrun :
Vol. 1 : Antiquus Oriens.
Vol. 2 : Studia Anatolica et Varia.

















Remerciements

Le volume 5, qui s’intègre dans de la série L’Histoire des
Hittites, est l’aboutissement d’un travail de plusieurs années.
Dans ce tome après avoir présenté l’époque dite néo-hittite,
nous ferons une conclusion globale sur l’histoire et la
civilisation hittite. Nous adressant à différents spécialistes et
chercheurs, nous tentons de mettre en évidence quelques liens
qui unissent cette civilisation aux civilisations périphériques.
Nous remercions les chercheurs et les étudiants qui se sont
associés à ce travail. Nous mentionnerons particulièrement
Valérie Faranton, Jean-Pierre Levet, Louise Marie-L’Homme,
Maria-Grazia Masetti-Rouault, Hugo Naccaro, Hélène
Nutkowitz Jérôme Pace, Dennis Pardee, Raphaël Nicolle, Fred
Woudhuizen.

Nous remercions aussi le Musée des civilisations anatoliennes
d’Ankara de nous avoir donné l’autorisation de reproduire les
illustrations figurant dans cet ouvrage.

















– Partie I –

A la recherche des néo-hittites
Jacques FREU

SOMMAIRE

Jacques FREU
A la recherche des néo-hittites Pages

Introduction 15

Chapitre I
Les Débuts de l’Age du Fer 25
1) La coupe d’argent d’Ankara et la possible survie
du royaume hittite (Tut ḫaliya V ?) 25
2) La possible survie du royaume de Tar ḫuntašša :
les Grands Rois Mursili et Hartapu 28
3) Les inscriptions hiéroglyphiques de Mursili
et de Hartapu 31
a) Les inscriptions 31
b) Chronologie et interprétations 33
c) La stèle d’Elbistan 37
d) La dynastie des rois de Tar ḫuntašša (?) 38

Chapitre II
e eLes temps obscurs (XII -X siècles av. J.C). 39
1) Malatya (Melid) et Karkemiš (?) 40
2) Les Hittites et Tiglatphalasar I (1114-1076 av. J.C.) 44
3) Tell Ta’yinat, Alep et les Philistins au pays d’Amuq 47
4) L’extension du monde néo-hittite 52

Chapitre III
Les royaumes hittites avant l’entrée en scène des Assyriens 59
1) Karkemiš : des Grands Rois aux « Country Lords » 59
a) Les Grands Rois 59
b) La maison de Suhi 63
2) Melid 70
3) Gurgum (Marqasi/Mara ş) 73
4) Les autres royaumes 76
a) Le pays d’Unqi (Patin) 76
b) Til Barsip/Masuwari (Tell Ahmar) 77
Chapitre IV
La reprise des incursions assyriennes (883-824 av. J.C.) 83
1) Aššurna ṣirpal II (883-859 av. J.C.)
et les pays hittites 8 3
2) Salmanasar III (858-824 av. J.C.) et les pays hittites 85
e3) Les pays hittites au IX siècle avant notre ère 91
a) Karkemiš 91
b) Le pays de Kummu ḫ2
c) Le royaume de Gurgum 92
d) Le pays de Tabal et Ḫubušna 93
e) La Cilicie ( Ḫilakku et Qu ē) 94
f) Le pays de Patin (Unqi) 95
g) Hamath 97
h) Le cas du pays de Sam’al et des rois Kilamuwa 100

Chapitre V
L’interlude assyrien (823-745 av. J.C.) 105
1) Les successeurs de Salmanasar III et les Hittites 105
a) Šamši-Adad I (823-811 av. J.C.) 105
b) Adadnirari III (810-783 av. J.C. 105
c) Salmanasar IV (782-773 av. J.C.), Aššurdan III
(772-755), Aššurnirari V (754-745) 106
d) Les interventions des rois d’Urartu en pays hittite 106
e2) Les pays hittites à la fin du IX siècle et dans
ela première partie du VIII siècle avant notre ère 108
a) Karkemiš 108
b) Les royaumes de Tabal, Melid et Kummu ḫ 114
c) Gurgum et les autres pays hittites 117

Chapitre VI
Tiglatphalasar III et les Hittites 119
1) Les campagnes de Tiglatphalasar III en pays hittite 1 19
2) Les pays hittites à l’époque de Tiglatphalasar III 122
a) Les Grands Rois et les petits rois de Tabal 122
b)Tyana (Tu ḫana/Tuwana), Na ḫita, Ḫubišna
et Ištunda 129
c) Melid, Gurgum, Kummu ḫ et Karkemiš 131
d) La Cilicie ( Ḫilakku et Qu ē) 132
12

Chapitre VII
Les pays hittites de Sargon II à Nabonide 13 3
1) Salmanasar V (726-722 av. J.C.) 13 3
2) Sargon II et la politique de conquête
(721-705 av. J.C.) 13 3
3) Sennacherib (704-681) et Esarhaddon (680-669) 1 39
4) Aššurbanipal (668-627 av. J.C.) 14 0
5) Les Hittites et l’empire néo-babylonien 14 1

Chapitre VIII
Les derniers dynastes et la fin des inscriptions
e ehiéroglyphiques (fin du VIII -VII siècle av. J.C. 14 5
1) Le pays de Tabal 14 5
a) Les Grands Rois 14 5
b) Un royaume vassal, Atunna/Tunna 14 7
c) Autres inscriptions tardives de Kululu et
du Tabal 1 4 8
d) Les lames de plomb inscrites de Kululu
(et d’Aššur) 15 0
2) Les autres royaumes et les inscriptions de Çineköy
et de Karatepe 15 7
a) Tyane et le fils de Wasusarma 15 7
b) La Cilicie et l’inscription bilingue de Çineköy 1 5 8
c) L’inscription bilingue de Karatepe 16 1

Chapitre IX
Pouvoir et société dans les royaumes néo-hittites 16 7
1) Grands Rois et tarwanis 16 7
a) Les Grands Rois 16 7
b) Les rois et les titres du REX 17 1
c) Les reines 17 4
d) Le tarwani (IUDEX) 17 4
e) Les fonctions royales 17 6
2) Les dignitaires 18 2
a) Les scribes 18 2
b) Les prêtres 18 4
c) Les cadres militaires 18 5
13
d) Les autres dignitaires 18 6
e) Les eunuques 18 7


3) Population et économie 1 8 8

Conclusion 19 7
14
INTRODUCTION
La fin, dramatique, de l’âge du Bronze Récent a été marquée
par des bouleversements et des destructions qui ont affecté aussi
bien la péninsule balkanique et le monde gréco-mycénien que
l’Anatolie et divers pays du Proche-Orient. Une longue période
de déclin a succédé à une époque brillante caractérisée par le
développement de centres urbains dont les palais, les temples et
les bâtiments administratifs abritaient une population de scribes
capables de maîtriser les écritures mises au point depuis des
siècles ou des millénaires, cunéiformes, hiéroglyphes (égyptiens
1et hittites) ou signes linéaires helladiques .
Des Balkans à la Syrie-Palestine des centaines de cités ont
été pillées, ravagées par des incendies et détruites sans qu’il soit
possible dans la plupart des cas de désigner de façon certaine
les responsables de ces désastres. Les palais de l’Hellade
mycénienne aussi bien que les temples et les palais de
l’Anatolie hittite et de la Syrie ont disparu dans les flammes et,
avec eux, l’usage de l’écriture dans les vieilles capitales et les
centres provinciaux de ces régions. Seuls l’Egypte, l’Assyrie, la
Babylonie et l’Elam, qui ont connu néanmoins un sensible
déclin, ont échappé à la ruine qui a frappé les pays voisins.
L’effondrement, vers 1185/1180 avant notre ère, du grand
royaume de atti qui avait dominé l’Anatolie et la Syrie du
nord à l’âge du Bronze Récent est l’exemple le plus
remarquable des événements qui ont bouleversé le monde
oriental à cette époque. Il a été dû à des causes multiples et ne
peut s’expliquer uniquement par l’attaque d’ennemis que les
scribes du grand pharaon Ramsès III et de son fils ont
caractérisés comme des « Peuples de la Mer », venus des
confins du monde habité, dans les inscriptions et les bas-reliefs
gravés sur les murs du temple de Medinet Habu ainsi que dans

1 Cf. en général W.A.Ward, M.Sharp Joukowsky (éds), The Crisis Years : the
12th Century B.C. From the Danube to the Tigris, Dubuque (Iowa), 1992.
?le texte du Papyrus Harris. Les recherches archéologiques les
plus récentes ont montré que la capitale des rois hittites,
attuša, avait été, semble-t-il, évacuée en bon ordre, selon un
plan établi, et que son probable dernier souverain, le Grand Roi
Šuppiluliyama (II) avait, à l’imitation de l’un de ses
prédécesseurs, Muwatalli II, cherché à s’installer dans une
localité mieux située, plus facile à défendre et à ravitailler, vers
2l’est ou le sud-est probablement de la péninsule anatolienne .
Il est certain que ce repli, à supposer qu’il ait bien eu lieu
dans de bonnes conditions, n’a pas assuré la survie du royaume
hittite. L’idée qu’un supposé fils de Šuppiluliyama (II), un
dénommé *Tut aliya V, ait prolongé la dynastie impériale après
l’évacuation de attuša et ait tenu sa cour pendant quelques
années dans un centre provincial épargné par la tourmente n’est
pas impossible et est même probable mais n’a pour appui qu’un
3seul document dont la compréhension reste incertaine .
Il est difficile de savoir quel dernier refuge aurait abrité le
Grand Roi, sa cour et son administration si, du moins, ils
avaient eu la possibilité de s’y installer et n’avaient pas
succombé, au cours de leur repli, à des ennemis, les Gasgas des
montagnes pontiques, les Muški ou d’autres « barbares », avant
d’avoir pu rétablir un centre de pouvoir dans une province plus
abritée, ou supposée telle, de l’Anatolie orientale.
La destruction à la même époque de la grande majorité,
sinon de la totalité, des sites archéologiques dispersés à travers
toute l’Asie mineure qui avaient été des centres actifs au cours

2 J.Seeher, « Die Zerstorung der Stadt attuša », IV IKH, StBoT 45, 2001,
623-634 ; « After the Empire : Observations on the Early Iron Age in
Central Anatolia », in I.Singer (éd.), Luwian and Hittite Studies, Fs. J.
David Hawkins, Tel Aviv 2010, 220-229 ; A.Bemporad, « Considerazioni
sulla Fine dell’Impero Ittita », Kaskal 3, 2006, 69-80 ; S.de Martino,
« Anatolia after the Collapse of the Hittite Empire », in E.Borgna,
P.Cassola Guida (éds), From the Aegean to the Adriatic : Social
Organisations. Modes of Exchange and Interaction in Postpalatial Times
(12th-11th B.C.), Roma 2009, 21-28. J.Freu in J.Freu/ M.Mazoyer, Le
Déclin et la Chute du Nouvel Empire Hittite (Hh4), Paris 2010, 215-270.
3 Z.Simon, « Die ANKARA-Silberschale und das Ende des hethitischen
Reiches », ZA 99, 2009, 247-269.
16
????de l’âge du Bronze Récent, de Troie à Tarse et à Mersin, en
passant par Kaman-Kalehöyük, Maat Höyük (Tapikka),
Ortaköy (Šapinuwa), Alaca Höyük (Arinna ?), Ali ar Höyük
(Ankuwa), Porsuk, Malatya et d’autres cités de la région de
l’Euphrate (Pirot, Korucutepe, Nor untepe, Tepecik, Lidar
Höyük, etc.), montre l’ampleur du désastre qui a frappé le pays
hittite et les pays voisins. La Syrie n’a pas été épargnée et deux
royaumes vassaux du Grand Roi de atti, Ugarit et l’Amurru,
ont été, à côté d’autres, rayés de la carte alors que des
destructions, plus ou moins sévères, affectaient les ports de la
côte syro-phénicienne et le pays de Canaan qui étaient des
4dépendances de l’Egypte .
Malgré les doutes émis sur le rôle des mouvements
5migratoires dans les phénomènes observés il est certain que
leur action n’a pas été négligeable à côté des disettes et de
l’affaiblissement probable, bien que mal documenté, des
structures administratives et sociales des royaumes orientaux à
cette époque.
Le texte le plus probant à cet égard est la mention, par le roi
d’Assyrie, Tiglatphalasar I (1115-1076 av. J.C.), de l’arrivée,
une cinquantaine d’années avant lui, donc vers 1165 av. J.C., de
guerriers Gasgas, Muški, Urumu et « Hittites insoumis » qui
avaient franchi le Taurus et l’Euphrate et s’étaient installés dans

4 K.Bittel, « Die Archäologische Situation in Kleinasien um 1200 vor Chr.
und während der nachfolgen vier Jahrhundert » in S.Deger-Jalkotzy (éd.),
Griechenland, die Ägäis und die Levante während der « Dark Ages von 12
bis 9 Jh.v.Chr. », ÖAW 418, Wien 1983, 25-47 ; J.Yakar, « Dating the
Sequence of the Final Destruction/Abandonment of LBA Settlements :
Towards a Better Understanding of Events that led to the Collapse of the
Hittite Kingdom », Byzas 4, 2006, 33-51 ;
S.de Martino, « Anatolia after the Collapse of the Hittite Empire », op.cit.
(n.2), 2009, 21-28; T.Dothan, M.Dothan, « Invaders of the Sea » in
Peoples of the Sea. The Search for the Philistines, New York 1992, 13-28 ;
S.Gitin, A.Mazar, E.Stern (éds), Mediterranean Peoples in Transition.
Thirteen to Tenth Centuries BCE. Fs Trude Dothan, Jerusalem, 1998;
J.Seeher, op.cit. note 2.
5 R.Drews, The End of the Bronze Age. Changes in Warfare and the
Catastrophe ca. 1200 B.C., Princeton 1993.
17
????le pays de Subaru. Lui-même avait combattu 20000 Muški et
leurs cinq rois qui tenaient les pays d’Alzi (=Alše) et de
Purulumzu et avaient occupé le pays de Katmu u, sur le haut
Tigre. Il avait affronté dans la même région 4000 Gasgas et
6Urumu ainsi que de « Hittites insoumis » . Il y a peu de doute
que ces notations précises prouvent bien que les Gasgas des
montagnes pontiques et les Muški, qui leur étaient sans doute
apparentés (et n’ont rien à voir avec les Phrygiens à cette haute
époque), avaient migré vers le sud-est dans la première moitié
edu XII siècle av. J.C. Ils étaient passés à travers le pays de
atti et étaient sûrement responsables d’une bonne partie des
destructions observées à Bo azköy ( attuša, la capitale hittite)
et ailleurs dans le centre, l’est et le sud-est de l’Asie mineure.
Au nord-ouest de l’Anatolie des populations d’origine
européenne ont commencé à cette époque leur pénétration dans
la péninsule au témoignage des poteries grossières, faites à la
main (Knobbed ware, etc.) retrouvées à Troie VIIb et à
7Gordion . Il s’agissait certainement d’avant-gardes des tribus
phrygiennes (des Bryges) qui s’étendront peu à peu vers le
ecentre de la péninsule, occuperont Bo azköy au début du VIII
siècle av.J.C. et fonderont un puissant royaume que les
Assyriens désigneront comme celui des Muški, preuve qu’une
jonction s’était opérée, tardivement, entre ces derniers et les
Phrygiens proprement dits. D’autres déplacements de
populations ont eu certainement lieu. Des Lukka (Lyciens) ont
sans doute poussé à cette époque vers l’est et « colonisé » la
Lycaonie classique.
A Bo azköy ( attuša) toute vie n’a pas disparu. Des
« squatters » se sont installés dans les ruines des temples et des
palais, dont certains ont été incendiés. Les fouilles menées au

6 K.A.Grayson, The Royal Inscriptions of Mesopotamia/ Assyrian Periods,
vol.2, Assyrian Rulers of the Early First Millenium BC (RIMA) II/1,
A.O.87.II 62-88; II 89-III 6; cf. E.von Schuler, «Die Kaškäer und das
Assyrerreich», in Die Kaškäer, Berlin 1965, 66-70.
7 K.Strobel, « Neues zur Geographie und Geschichte des alten Anatolien. Eine
Einführung mit einem Beitrag zur hethitische Geographie des westlichen
Anatolien », Eothen 16, 2008, 9-61, pp.10-11.
18
???????Büyükkaya, au nord-est du site, ont révélé l’existence de trois
strates archéologiques correspondant aux périodes ancienne et
e emoyenne de l’âge du Fer, entre le XII et le X siècle avant
notre ère. Les céramiques retrouvées là ont été pour les deux
tiers faites à la main, pour un tiers façonnées au tour. Elles ont
des formes simples proches de celles des vases pré-hittites ou
proto-hittites du Bronze ancien et du Bronze moyen de
l’Anatolie centrale. La grande homogénéité de la production
dans tout le domaine hittite à l’âge du Bronze Récent a fait
place à une fragmentation généralisée. Les vases retrouvés au
Büyükkaya sont proches de ceux sortis de terre dans une zone
limitée à la boucle du Kızılırmak (le Maraššantiya hittite) et
8s’étendant vers le nord-est jusqu’à Amasya et Samsun . Ils sont
la preuve de la survie d’un groupe qui mêlait probablement des
éléments paupérisés de l’ancienne population hittite et de
nouveaux venus, Gasgas avant tout et autres.
Des phénomènes comparables ont été observés sur la haute
9vallée de l’Euphrate, à Nor untepe comme à Tille Höyük .
Sur la côte méditerranéenne le site de Kinet Höyük, dans le
Hatay, est passé d’une économie tournée vers la mer à des
travaux purement agricoles, comme si la pêche et les autres
activités maritimes avaient été interdites par un ennemi
quelconque. Il semble difficile dans ce cas ne pas incriminer
l’action des Peuples de la Mer qui étaient de redoutables
10pirates . Une évolution comparable a marqué l’ensemble des

8 H.Genz, « Die Eisenzeit in Zentralanatolien im Lichte der keramischen
Funde von Büyükkaya in Bo azköy/ attuša », Tuba-Ar 3, 2000, 35-54 ;
Büyükkaya. I. Die Keramik der Eisenzeit, Mainz 2004 ; St. de Martino,
op.cit. (n.2), 2009, pp.22-24 ; J.Seeher, « After the Empire ...», Fs
J.D.Hawkins, 2010, 220-229.
9 K.Bartl, « Some Remarks on Early Iron Age in Eastern Anatolia »,
Anatolica 21, 1995, 205-211, carte p.212 ; G.D.Summers, Tille Höyük 4,
The Late Bronze and the Iron Age Transition, Br.Inst.Arch.Ankara,
Monographs No 15, 1993.
10 M.H.Gates, « Dating the Hittite Levels at Kinet Höyük : A Revised
Chronology », Byzas 4, 2006, 293-309 ; S.Ikram, « A Preliminary Study of
Zooarcheological Changes between the Bronze and Iron Ages at Kinet
Höyük, Hatay », in B.Fisher, H.Genz, E.Jean, K.Köro lu (éds), Identifying
19
????sites de la Cilicie dans lesquels les trouvailles de céramiques de
11l’Helladique Récent IIIC1 se sont multipliées .
Il est certain qu’avant même que soient parachevés les
derniers épisodes de l’histoire du royaume hittite un certain
affaiblissement du pouvoir central avait favorisé, après
l’usurpation de attušili III (c.1265 av. J.C.), l’ambition des
représentants des deux branches de la famille impériale
installées à Tar untašša et à Karkemiš, en principe vassaux du
Grand Roi de atti mais qui n’avaient pas hésité à prétendre
eux-mêmes au titre suprême. Il est cependant assuré, malgré les
conclusions qu’on a voulu tirer du texte du Südburg, que des
relations pacifiques ont perduré jusqu’au bout entre les trois
grands centres du pouvoir hittite au témoignage des textes
d’Ugarit, d’Emar et de attuša.
La survie, probable dans le cas de Tar untašša, dont le site
reste à découvrir, et quasiment certaine dans celui de Karkemiš,
de lignées royales ayant des liens avec l’ancienne dynastie
montre que l’histoire du royaume hittite, si elle a subi un coup
ed’arrêt brutal dans la seconde décennie du XII siècle avant
notre ère, n’a pas été complètement brisée et qu’une transition a
existé entre le grand empire de l’âge du Bronze et les royaumes
dits « néo-hittites » ou « néo-louvites » présents au sud-est de
l’Asie mineure et en Syrie du nord au cours de l’âge du Fer. Ces
royaumes, Tabal, Tuwana, Melid, Karkemiš, Gurgum, Qu ,
ilakku, Patin, Hamath, etc., émiettés mais formant une chaîne
continue de la Cappadoce méridionale à la Syrie du nord nous
sont connus par deux sources principales :
1) les inscriptions hiéroglyphiques en langue (néo)-louvite,
12des rois ou des dignitaires de ces états .

Changes : The Transition from Bronze to Iron Ages in Anatolia and its
Neighbouring Regions, Istanbul 2003, 283-293.
11 E.Jean, « From Bronze Age to Iron Age in Cilicia : The Pottery and its
Stratigraphic Context », in Identifying Changes, 2003, 79-93.
12 P.Meriggi, Manuale di Eteo Geroglifico (MEG) Roma 1966/1967/ 1975 ;
A.M. Jasink, Gli Stati Neo-Ittiti Analisi delle fonte scritte e sintesi storica,
StMed 10, 1995 ; J.D.Hawkins, Corpus of Hieroglyphic Luwian
Inscriptions, I/2 Inscriptions of the Iron Age/ Assyrian Periods (toujours
abrégé CHLI), Berlin/New York, 2000 ; F.C.Woudhuizen, Selected
20
???????2) les annales des rois assyriens contemporains qui ont
entretenu des rapports, souvent hostiles, avec eux.
Les rois d’Aššur ont fini par soumettre et annexer
l’ensemble du domaine néo-hittite, ce qui a entraîné la
disparition de l’écriture hiéroglyphique et des structures
étatiques qu’avaient instaurées les maîtres de ces petits
royaumes.
Sur l’Euphrate et en Syrie les « Hittites », comme les
nomment les scribes assyriens et la Bible, ont été rapidement
confrontés à la poussée de populations araméennes, de langue
sémitique occidentale, qui ont utilisé l’alphabet phénicien pour
transcrire leur idiome. On sait que la langue araméenne,
devenue « langue officielle » de la partie occidentale de
l’empire perse, se répandra largement et finira par éteindre
l’usage des dialectes néo-louvites et, dans une large mesure, de
13l’hébreu .
Avant la fin du grand royaume hittite l’afflux de populations
louvites avait répandu l’usage de leur langue indo-européenne,
parente du nésite (hittite proprement dit), dans les régions
14centrales du atti . Après la disparition de l’empire hittite
l’usage du nésite qui était le fait de l’administration et n’était
sans doute plus parlé que par un cercle restreint de dignitaires et
de citadins, a disparu alors que le louvite trouvait son moyen
d’expression habituel dans les hiéroglyphes « hittites » dont les
dernières grandes inscriptions impériales (Yalburt, Emirgazi,
Südburg, etc.) montrent qu’ils étaient dès lors susceptibles de
traduire de longs discours et n’étaient plus restreints, comme ils
l’avaient été longtemps, à la gravure des sceaux ou à la

Luwian Hieroglyphic Texts (SLHT) 1-2, Insbr.Beitr.z.Kultur, 120/124,
Innsbruck 2004/2005.
13 A.Dupont-Sommer, Les Araméens, Paris 1949.
14 I.Yakubovich, Sociolinguistics of the Luvian Language, Chicago, 2008;
« Hittite-Luvian Bilingualism and the Development of Anato-lian
Hieroglyphs », Acta Linguistica Petropolitana. Colloquia Classica et
Indogermanica IV, Saint-Petersburg, 2008, 9-36.
21
?transcription de noms propres et de titres sur les bas-reliefs ou
15les inscriptions rupestres .
Il est cependant étonnant que l’usage des cunéiformes
semble avoir totalement disparu en pays hittite à l’âge du Fer
alors que de nombreux textes louvites avaient été transcrits dans
cette écriture à l’époque impériale. Il semble difficile de
conclure à une disparition totale de celle-ci dans le domaine
néo-hittite tant que de nouvelles fouilles n’auront pas été
lancées, à Karkemiš en particulier, d’autant plus que son usage
est resté exclusif ou très prédominant pendant des siècles en
Mésopotamie, aussi bien en Assyrie qu’en Babylonie.
L’histoire des états « néo-hittites » a connu plusieurs phases
qu’on peut résumer ainsi :
1) une période de formation, peu documentée, a été le
prolongement de l’époque antérieure. Elle a été surtout marquée
par la probable survie du royaume de Tar untašša et aussi par
celle de la branche cadette de la famille des Grands Rois qui
erégnait à Karkemiš depuis le dernier quart du XIV siècle av.
J.C.
2) un « âge obscur », lui aussi peu documenté, de la fin du
e eXII au milieu du X siècle avant notre ère. Une seule incursion
assyrienne est signalée au cours de cette période.
3) l’âge d’or des royaumes néo-hittites qui a laissé un bon
nombre de bas-reliefs, de statues monumentales (dont ne
subsistent en général que des fragments) et d’inscriptions
hiéroglyphiques. Il a été celui des contacts réguliers, souvent
hostiles, avec les Assyriens et, secondairement, avec les rois
e ed’Urartu, d’Israel et de Phrygie (IX -VIII siècles av. J.C.)
4) la période finale et la conquête assyrienne, de la seconde
e emoitié du VIII siècle à la fin du VII siècle av. J.C. qui a vu la
disparition des états « hittites » sous les coups des rois d’Aššur
alors que les Araméens étaient devenus le groupe dominant
dans la plupart des principautés néo-hittites. La chute de
Karkemiš, qui restait le grand centre de ce monde politique et

15 J.Freu, « Les Hittites : Un Peuple à Deux Ecritures », in R.Viers (éd.),
Langues et Ecritures de la Méditerranée, Paris/Nice 2006, 105-158,
pp.134-136.
22
?culturel, en 717 av. J.C., a été le début de la fin pour l’ensemble
16des petits états qui s’étaient constitués dans la région .
Les populations parlant des dialectes louvites de l’Anatolie
occidentale, les Lyciens (du pays de Lukka à l’âge du Bronze)
en particulier, ont adopté l’alphabet gréco-phrygien. Il en a été
de même pour les Cariens et, surtout, les Lydiens dont la langue
était aussi proche du nésite (hittite) que du louvite. Tous ces
peuples ont, jusqu’à la conquête perse et après, tourné leurs
regards vers le monde égéen et la Grèce. Ils ont développé des
civilisations très différentes de celle des louvites orientaux, les
seuls qui avaient gardé des liens étroits, de la Cappadoce
méridionale à la Syrie du nord, avec le monde hittite de l’âge du
Bronze, qui faisaient usage de l’écriture hiéroglyphique mise au
point à cette haute époque et dont plusieurs inscriptions
impériales prouvent que son usage était devenu courant pour
écrire des textes ayant des thèmes divers, guerriers et religieux
en particulier, et de longueur notable. La difficulté est de
comprendre comment s’est faite la transmission de ces
techniques scripturaires délicates au cours des âges obscurs de
cette histoire au début de l’âge du Fer.

16 Cf. pour l’ensemble J.D.Hawkins, « The Neo-Hittite States in Syria and
Anatolia », CAH III/1, 1982, ch.9, 372-441 ; A.M.Jasink, Gli Stati Neo-
Ittiti, StMed 10, 1995 ; F.Giusfredi, Sources for a Socio-Economic History
of the Neo-Hittite States, TdH 28, 2010.
23CHAPITRE I
LES DEBUTS DE L’AGE DU FER
1) La coupe d’argent d’Ankara et la possible survie de la
dynastie impériale (Tut aliya V ?)
Un bol d’argent conservé au Musée des Civilisations
Anatoliennes d’Ankara a été gravé de deux inscriptions
1hiéroglyphiques qui ont été publiées par J.D.Hawkins . Le texte,
révisé, de la première se présente ainsi :
§1 zi/a-wa/i-ti CAELUM-pi *a-sa-ma-i(a)
REGIO.HATTI VIR *273 i(a)-sa -zi/a-tá REX 2 5
ma-zi/a-kar-hu-ha REX PRAE-na
§2 tara/i-zi/a-wa/i (REGIO) REL+ra/i MONS
[tu] LABARNA-
+la hu-la-i(a)-tá
§3 *a-wa/i-na *A-pa-ti-i(a) ANNUS- (a)-zi/a-tá
Cette coupe Asamaya, le Hittite, l’a offerte au roi
Mazi/a-Karhuha quand [Tuthaliya], le labarna, a
vaincu le pays de Tara/i-wa/i-zi/a. En cette année
il l’a faite.
La lecture et la signification de ce texte ont été très
discutées. Sa date et l’identification du pays conquis par le
Grand Roi ne sont pas évidentes et des solutions diverses ont
été proposées pour résoudre le problème. Il faut d’abord
remarquer que le nom du labarna (le Grand Roi hittite) en
question est cassé. Seul subsiste l’idéogramme désignant un

1 J.D.Hawkins, «A Hieroglyphic Luwian Inscription on a Silver Bowl in the
Museum of Anatolian Civilizations, Ankara », Anadolu Medeni-yetleri
Müzesi 1996, Ankara 1997, 7-24 ; « A Hieroglyphic Luwian Inscription
on a Silver Bowl », Studia Troica 15, 2005, 193-204 ; F.C.Woudhuizen,
SLHT 1, 2004, 21 ; LHMI, 2004, 121-124.
?relief montagneux ou un pic qui était utilisé pour caractériser
les noms de ces entités géographiques et aussi ceux des
personnes, rois en général, qui avaient repris ces oronymes
divinisés comme noms personnels. Plusieurs Grands Rois
hittites ont été dans ce cas, les trois Arnuwanda et les quatre
MONS Tut aliya. Mais la restauration « [tu(thaliya)] » est ici
2quasiment certaine .
La seconde inscription (Ankara 2), au revers du bol, portait
la signature (mutilée) du scribe de second rang qui l’avait
rédigée.
Pour J.D.Hawkins il fallait rapprocher le texte inscrit sur le
bol d’argent des événements guerriers rapportés par les annales
du roi Tut aliya I/II (en fait Tut aliya II, CTH 142) et de la
conquête du pays d’Aššuwa dont le dernier objectif avait été la
cité de Taruiša, identifiée par lui à la Troie homérique. Les
caractéristiques de l’inscription du bol d’Ankara présentaient
pourtant des traits d’écriture et de « style » qui en faisaient un
bel exemple des inscriptions de la fin de l’empire ayant un
3grand nombre de termes louvites écrits phonétiquement . Il est
donc certain que la date qui lui était attribuée par J.D.Hawkins
doit être révisée. Le nom de Maza-Karhuha était celui d’un
vassal vraisemblablement syrien. Karhuha était en effet une
divinité de premier rang à Karkemiš mais aucun des
descendants de Šuppiluliuma ayant régné sur cette cité n’a porté
ce nom.
Dans l’article consacré au bilinguisme hittito-louvite et au
développement des hiéroglyphes anatoliens Ilya Yakubovich a
rejeté l’idée que l’inscription puisse être attribuée à un
e esouverain régnant au XV siècle ou au début du XIV siècle
avant notre ère qu’il désigne comme Tut aliya I (en fait
Tut aliya II, le conquérant de Taruiša). Pour lui l’inscription est
récente et est implicitement attribuée à Tut aliya IV bien que la

2 J.Freu, « Les montagnes dans l’historiographie et la géographie hittites »,
RANT 3, 2006, 219-243, pp.239-242 (Les Rois-Montagnes).
3 I.Yakubovich, op.cit. n.14, 2008, 14-16; C.Mora, « Three Metal Bowls »,
VITA. Fs. Belkis/Ali Dinçol, Istanbul 2007, 515-520.
26
??????conquête du pays de Wiluša et de Taruiša/Tarwiza soit laissée à
4Tut aliya I/II .
Un article récent de Zsolt Simon a repris la question et fait
revivre l’hypothèse, qui avait déjà été avancée, de l’existence
d’un nouveau et dernier Grand Roi, un *Tut aliya V, ayant
occupé le trône après l’évacuation de attuša par son probable
père, le Grand Roi Šuppiluliyama (II) ou par lui-même. La
coupe d’argent, dont la provenance est inconnue, serait un
témoin de la persistance d’une autorité royale installée
probablement dans une nouvelle résidence d’une province
5orientale de l’Anatolie .
Pour cet auteur le nom de lieu Tarwiza ne peut être identifié,
comme le supposait Hawkins, à celui de Taruiša, la cité
conquise par Tut aliya II dans l’Ouest lointain. Tarwiza serait
6plutôt à rechercher dans la partie orientale de l’Asie mineure .
C.Mora a rapproché les deux noms de Mazi-Karhuha et
dd’Asamaya des patronymes, Aš-mi-ya et Mazi- U,présents à
Emar et celui de Tarwiza du nom des mystérieux« TAR-WI ou
TAR-PI » signalés comme des bandes de pillards et de
7redoutables ennemis dans les textes d’Emar. La taille
imposante du vase permet de penser qu’il s’agissait bien d’un
présent fait à un roi vassal.
Un dernier article publié en 2010 concernant ce document
énigmatique rend plus difficile le choix d’une solution. Selon
S.P.B.Durnford le texte gravé, de date postimpériale,
témoignerait de la réminiscence d’événements anciens, la
conquête des pays d’Aššuwa et de Troie par Tut aliya II. Le bol
serait un objet précieux conservé comme une relique, ce qui est
peu vraisemblable. La traduction proposée du texte est la
suivante :
This bowl A-sa-ma-i(a), man of Hatti/Hattusa,
? ?
forged during the reign of Ma-zi/a-Karhuha.

4 I.Yakubovich, Acta Linguistica Petropolitana IV/1, 2008, 14-16.
5 Z.Simon, « Die ANKARA-Silberschale und das Ende des hethitischen
Reiches », ZA 99, 2009, 247-269.
6 Z.Simon, ibid., 250-251.
7 C.Mora, VITA, Fs Dinçol, 2007, 518-519.
27
?????
The land of Tara/i-wa/i-zi/a when Tudhaliya
labarna smote, it in that year he made
ce qui est moins acceptable que la version proposée par
Z.Simon et suppose que les faits et gestes d’un ancien Grand
8Roi aient été commémorés après des siècles d’oubli ! .
On peut conclure sur deux points :
1) L’inscription est récente et ne peut appartenir au Grand
Roi Tut aliya II (c.1420-1390 av. J.C.). Si la lecture est assurée
seules deux solutions sont possibles : soit le vase d’argent a été
offert, par l’intermédiaire du dénommé Asamaya « le hittite »,
au vassal Masa-Karhuha, de la part de Tut aliya IV, ce qui est
l’une des options envisagées par C.Mora, soit il a été offert au
même prince par le fils supposé du roi Šuppiluliyama (II), un
Grand Roi Tut aliya V, installé ailleurs qu’à attuša.
2) Une attribution à un roi Tut aliya V est donc acceptable
mais le texte de Ramsès III qui signale la disparition du
royaume hittite montre que la survie de ce dernier n’a pas été
longue après l’abandon de la vieille capitale, attuša. Si on
admet que l’inscription du pharaon date les événements
catastrophiques qui ont amené la disparition de la puissance
hittite de 1180 avant J.C. environ il faut laisser un certain laps
de temps à la survie (hypothétique) du pouvoir impérial du
Grand Roi de atti dans une capitale autre que attuša. De
toute façon la durée du très probable règne de Tut aliya V a dû
être brève.
2) La possible survie du royaume de Tar untašša : les
Grands Rois Mursili et Hartapu
Le Grand Roi Muwatalli II avait, vers 1280 av. J.C., quitté la
vieille capitale du royaume, attuša, pour venir s’installer plus

8 S.P.B.Durnford, « How old was the Ankara Silver Bowl when its
inscriptions were added ? », AnSt 60, 2010, 51-70 ;
28
???????????9au sud, à Tar untašša, dont le site reste inconnu . Son fils et
successeur, Muršili III/Ur i-Tešub était rentré à attuša mais
avait été renversé après quelques années de règne par son oncle,
attušili III (c.1265 av. J.C.). Ce dernier avait, peu de temps
après, installé à Tar untašša un autre fils de Muwatalli, sans
10doute jeune, Ulmi-Tešub/Kurunta qui avait conclu avec le
11Grand Roi divers accords puis un traité solennel qu’il avait
renouvelé avec le fils de attušili, le Grand Roi Tut aliya IV,
peu après l’avènement de ce dernier (c.1240 av. J.C.). Dans le
texte de cet accord, gravé sur une tablette de bronze et publié
par H.Otten, le roi de atti a repris, et parfois modifié au profit
de son cousin, Kurunta, les frontières du « pays de Tar untašša
et de la rivière ulaya » que son père avait définies, tout en
octroyant de nouveaux avantages à son vassal dont le rang, égal
à celui du roi de Karkemiš, le plaçait immédiatement après le
12Grand Roi, son épouse et l’héritier du trône, le tu kanti .
On a supposé, par une interprétation forcée du texte
hiéroglyphique du Südburg (à Bo azköy) dû à Šuppiluliyama
(II), qu’un conflit avait éclaté entre ce dernier et un successeur
13de Kurunta . Il est vrai que Kurunta s’est proclamé « Grand
Roi, Héros » sur une inscription rupestre gravée à la frontière de
son apanage, à Hatip, 18km au sud de Konya (Ikkuwaniya
14hittite). Mais les déductions tirées de l’inscription du Südburg

9 J.Freu, « Des Grands Rois de Tar untašša aux Grands Rois de Tabal »,
RANT 2, 2005, 399-418.
10 L’identité des deux personnages est quasiment certaine ; cf. H.G.Güterbock,
JNES 24, 1965, n.12 p.27 ; O.R.Gurney, AnSt 23,
1993, 136ss ; G.F. del Monte, EVO 14/15, 1991/1992, 123-128, etc.
11 CTH 106 (traité attušili-Ulmi-Tešub) ; cf. Th. van den Hout, StBoT 38,
1995, passim.
12 H.Otten, Die Bronzetafel aus Bo azköy : ein Staatsvertrag Tut alijas IV,
StBoT, Beiheft 1, Wiesbaden 1988.
13 J.D.Hawkins, The Hieroglyphic Inscription of the Sacred Pool Complex at
attuša (Südburg), StBoT, Beiheft 3, Wiesbaden 1995.
14 J.D.Hawkins, ibid. ; contra F.C.Woudhuizen, JIES 22, 1994, 53-79, pp.72-
74 et passim ; LHMI 2004, 76-90 ; M. Craig Melchert, « Tar untašša in the
Südburg Hieroglyphic Inscription » in A.Yener (éd.), Recent Developments
29
??????????????????se sont révélées douteuses et la riche documentation découverte
à Ras Shamra (l’antique Ugarit) prouve sans conteste que les
relations sont restées pacifiques entre les rois de atti et de
Tar untašša jusqu’à la fin de l’empire et la destruction d’Ugarit.
Le royaume hittite déclinant a été dirigé par une triarchie mais
le Grand Roi de atti est resté le primus inter pares incontesté
au côté et au-dessus des rois de Karkemiš et de Tar untašša. Le
vassal qui régnait dans cette dernière cité, un descendant de
Kurunta probablement, a peut-être été chassé de sa capitale par
les bandes guerrières qui ont balayé le sud de l’Asie mineure et
eChypre au début du XII siècle avant notre ère et dont les
15mouvements sont bien documentés par les textes d’Ugarit . On
peut supposer que les inscriptions hiéroglyphiques découvertes
au Kızılda et au Karada ainsi qu’à Burunkaya, dans le vilayet
d’Aksaray, qui ont été l’œuvre des Grands Rois Mursili et
Hartapu, ont été gravées, après la chute de l’empire hittite, par
les héritiers des rois de Tar untašša.
L’étude des frontières tracées par attušili III et Tut aliya
IV à l’intention de leur parent montre que les inscriptions du
Kızılda et du Karada se trouvaient à l’intérieur de celles-ci,
dans la partie orientale de l’apanage d’Ulmi-Tešub/Kurunta
alors que celle de Burunkaya, située très au nord-est, était
extérieure au pays de Tar untašša. Il faut admettre qu’il y a eu
un déplacement vers l’est et le nord-est du domaine qui avait été
attribué à ce dernier. Le fait est encore plus évident si on joint à
ces textes celui de la stèle d’Elbistan. On peut admettre en
conclusion que la survie de la dynastie des rois de Tar untašša
est une hypothèse raisonnable, pas une certitude.

in Hittite Archaeology and History in Memory of H.G.Güterbock, Winona
Lake 2002, 137-143.
15 M.C.Astour, « New Evidence on the Last Days of Ugarit », AJA 69, 1965,
253-258 ; J.Freu in J.Freu/M.Mazoyer, Hh 4, 2010, 242-263.
30
?????????????3) Les inscriptions hiéroglyphiques de Mursili et de
Hartapu
a) Les inscriptions
Découvertes en 1905, les inscriptions hiéroglyphiques du
Grand Roi Hartapu et de son père, le Grand Roi Mursili, étaient
gravées sur les pentes rocheuses des monts Kızılda (le mont
rouge) et Karada (le mont noir), deux pitons volcaniques situés
16à 25km au nord de Karaman .
Le relief du roi Hartapu, assis sur son trône et tenant le
sceptre, avec, placés devant sa figure, les hiéroglyphes lui
donnant son nom et son titre, est gravé au Kızılda (Kızılda 1).
Le signe hiéroglyphique L 18 (MAGNUS.REX) est répété
avant et après le nom de Ha+r-tá-pu-s, ce qui donne à
17l’ensemble l’aspect d’un véritable cartouche .
Kızılda 2 souligne que Hartapu est aimé du dieu de l’Orage
alors que Kızılda 3 précise qu’il est le fils du Grand Roi
18Mursili (URBS+li) et qu’il a bâti « cette cité » , sans doute
celle dont les ruines ont été repérées à proximité mais sûrement
pas Tar untašša comme le proposait S.Alp.
Kızılda 4 est, historiquement, le texte le plus important :
2
Le Soleil (SOL ), Grand Roi, Hartapu, Héros,
bien aimé du dieu de l’Orage (et) de tous les
dieux qui lui furent favorables, a conquis le pays

16 S.Alp, « Eine neue hieroglyphenhethitische Inschrift der Gruppe Kızılda -
Karada aus der Nahe von Aksaray und die früher publizierten Inschriften
derselben Gruppe », in K.Bittel et al. (éds), Anatolian Studies, Fs
H.G.Güterbock, Leiden/Istanbul 1974, 17-27, pl.I-X ;
K.Bittel, « Hartapus and Kızılda », in J.V.Canby et al. (éds), Ancient
Anatolia. Aspects of Change and Cultural Development, Fs. M.J.Mellink,
1986, 103-111 ; J.D.Hawkins, CHLI, 433-442 ; F.C.Woudhuizen, « On the
Dating of Luwian Great Kings », Talanta 24-25, 1992/1993, 167- 219,
pp.204-210 ; LHMI, 2004, 158-166 ; A.M.Jasink, « Il ‘gran re’ Hartapus »,
StMed 10, 1995, 14-18.
17 K.Bittel, op.cit., 1986, fig.1 p.103 ; J.D.Hawkins, CHLI, 437.
18 CHLI, 438-440.
31
???????????de Masa pour toujours. Le Grand Roi, tawana, a
conquis tous les pays par (la grâce) du dieu de
l’Orage du ciel.
P.Meriggi avait cru lire le nom du « pays de Muški » au §2c
de l’inscription, ce qui semblait une première mention, insolite
à cette date, des Phrygiens ou impliquait une date basse pour
19l’ensemble des textes hiéroglyphique de la région . La bonne
lecture, fournie par M.Poetto, renvoie au pays de Maša bien
connu des textes de l’époque impériale, ce qui est compatible
avec une datation haute des inscriptions des deux Grands
20Rois .
Karada 1 reprend les mêmes expressions sans préciser le
nom du ou des pays conquis par le Grand Roi alors que
Karada 2 se contente de reproduire le nom de Hartapu, avec
son titre répété deux fois et encadrant son patronyme, comme à
21Kızılda 1 .
Enfin Hartapu a fait graver son nom à Burunkaya, à 130km
au nord des deux sites précédents, dans le vilayet d’Aksaray,
précisant là aussi qu’il était le fils de Mursili, Grand Roi, Héros,
et qu’il avait frappé des pays dont les noms ont disparu si, du
22moins, la formule n’avait pas une valeur générale .
Le père de Hartapu, le Grand Roi Mursili, avait lui-même
laissé son empreinte à Kızılda 5 mais il ne reste de
l’inscription que « URBS [+li] MAGNUS.REX HEROS... ».
Elle est néanmoins très importante car elle démontre que ce
Mursili a régné dans cette région et fait graver le texte en
23question dont ne subsiste que son nom mutilé et son titre .

19 P.Meriggi, « Una prima attestazione epicorica dei Moschi in Phrygia »,
Athenaeum 42, 1964, 52-59 ; F.C.Woudhuizen, LHMI,161-162.
20 M.Poetto, « Traces of Geography in Hieroglyphic Luwian Documents of
the Late Empire Period (Bo azköy-Südburg and Kızılda IV : The Case of
MAŠA », III ICH, Ankara 1998, 469-479.
21 J.D.Hawkins, CHLI, 438 et 440.
22 S.Alp, « Eine neue hieroglyphenhethitische Inschrift », Anatolian Studies,
Fs H.G.Güterbock, 1974, 17-27 ; CHLI 437-438 et 442.
23 J.D.Hawkins, CHLI, 438 et 440 ; A.M.Jasink, StMed 10, 1995, 18.
32
??????b) Chronologie et interprétations
Le caractère archaïque des inscriptions de Mursili et de son
fils Hartapu les rapproche, par leur ductus, des textes
hiéroglyphiques de la fin de l’époque impériale, en particulier
de ceux de Yalburt et du Südburg. J.D.Hawkins et, en général,
les spécialistes de l’épigraphie, ont donc admis que ces textes
reflétaient la situation de la région à la fin de l’empire ou
eappartenaient à la période qui lui avait succédé, au XII ou au
eXI siècle avant notre ère. Il était tentant, dans ces conditions,
d’admettre que le père de Hartapu, Mursili, se confondait avec
le Grand Roi Muršili III/Ur i-Tešub, le fils de Muwatalli II,
renversé par son oncle, attušili III, vers 1265 av. J.C. et qui
24avait fini par trouver refuge à la cour de Ramsès II . On sait
que l’inscription du Grand Roi Šuppiluliyama (II) au Südburg a
été interprétée par son éditeur, J.D.Hawkins, comme le récit des
conquêtes qu’il avait réalisées, en particulier de celle du pays de
25Tar untašša . I.Singer préférait y voir une action menée contre
26les Peuples de la Mer qui avaient envahi la région . Il semble
certain que ce texte ne parle pas de la conquête du pays de
27Tar untašša par ce Grand Roi . Tar untašša et son prince ont
suivi le destin commun et ont été balayés par des ennemis à la
même époque que attuša et Ugarit, cité avec laquelle leurs
marchands, en compagnie de ceux du roi hittite, ont continué à

24 Hypothèse (avec un ?) d’I.Singer, « Great Kings of Tar untašša », SMEA
38, 1996, 63-71 ; « New Evidence on the End of the Hittite Empire », in
D.Oren, The Sea Peoples and their World : A Reassessment, Philadelphia
2000, 21-33, pp.26-27 et 31, reprise par T.Bryce, « The secession of
Tar untašša », Fs Ko ak, DBH 25, 2007, 119-129.
25 J.D.Hawkins, The Hieroglyphic Inscription of the Sacred Pool Complex at
Hattusa (Südburg), StBoT Beiheft 3, 1995.
26 I.Singer, SMEA 38, 1996, 63-71.
27 Cf. H.Craig Melchert, « Tar untašša in the SÜDBURG Hieroglyphic
Inscription » in A.Yener et al., Papers in Memory of H.G.Güterbock,
Winona Lake 2002, 137-143 ; F.C.Woudhuizen, « The Late Hittite Empire
in the Light of Recently Discovered Luwian Hieroglyphic Texts », JIES
22, 1994, 60-74 ; LHMI, 2004, 77-90 ; J.Freu in J.Freu/ M.Mazoyer, Hh 4,
2010, 201-209.
33
??????????trafiquer jusqu’à la fin. On a cependant proposé parfois de voir
en Hartapu, fils supposé de Muršili III (Ur i-Tešup),
l’adversaire du Grand Roi, laissé dans l’anonymat au Südburg.
L’extension de son apanage jusqu’à Burunkaya aurait provoqué
la « contre-offensive » de son suzerain. Le titre de ‘VIR’
qu’A.M.Jasink lit sur les inscriptions du Kızılda -Karada
serait pour elle l’équivalent du titre de CAPUT.VIR présent au
Südburg et aurait été utilisé dans cette dernière inscription pour
désigner Hartapu et non son adversaire supposé, le Grand Roi
28Šuppiluliyama (II) .
Les critiques apportées à la traduction proposée de ce texte
29difficile permettent de rejeter ces interprétations .
Il est encore plus invraisemblable de supposer, comme le
soutient D.Sürenhagen, dans un article récent, que Hartapu soit
le fils de Muršili II ( mort vers 1295 ou 1290 av. J.C.) sous
prétexte que l’on peut lire au Ramesseum le nom d’un
dignitaire de Muwatalli tombé lors de la bataille de Qadeš
(1274 av.J.C.), Qrb3tws3, qu’il considère comme l’équivalent
30de Hartapu ! .
La présence du cartouche d’un Grand Roi Mursili, gravé
selon toute apparence sur son ordre, au Kızılda , exclut en effet
toute attribution de cette inscription au roi Muršili III/Ur i-
Tešub qui a parcouru de nombreuses contrées avant de se
réfugier en Egypte au témoignage de la correspondance égypto-
hittite. Tut aliya IV a cherché à « indemniser » ses fils (en
Syrie). Il s’agissait, dans le cas de l’exilé, des pérégrinations
d’un homme traqué et il est impossible de supposer qu’il ait pu
s’installer dans une province du atti et y fonder une dynastie.
Toute notre documentation et, en particulier, les textes
découverts à Ugarit, prouvent sans conteste que le royaume
hittite est resté jusqu’à la crise finale un état unissant un

28 A.M.Jasink, « Šuppiluliuma and Hartapu: Two ‘Great Kings’ in
Conflict ? », StBoT 45, 2001, 235-240.
29 Cf. n.43.
30 D.Sürenhagen, « Hartapus – Ein Sohn Mursilis II ? », SMEA 50, 2008, 729-
737, Tabelle 1 p.737 ; contra J.Freu in J.Freu/M.Mazoyer, Hh 4, 2010,
207 ; Z.Simon, ZA 99, 2009, n.30 p.263.
34
???????« domaine royal » et des pays vassaux rassemblés sous
l’autorité d’un même suzerain. Deux messages très tardifs
retrouvés à Ras Shamra (Ugarit) prouvent que Šuppiluliyama
(II) gardait, peu avant la crise finale, le contrôle des routes
terrestres et maritimes en direction de la Syrie et du pays de
Lukka et n’avait pas à redouter l’opposition d’un rival installé
31vers le Kızılda plutôt qu’à Tar untašša .
Mais le problème archéologique posé par les inscriptions de
Mursili et de son fils Hartapu rend difficile toute solution quant
à leur date et à leur signification. Le relief rupestre représentant
le roi Hartapu tenant un sceptre de la main gauche et un large
bol à la main droite montre en effet un personnage à d’allure
« assyrianisante », à la coiffure et à la barbe soigneusement
tressées, en robe longue et assis sur un trône élevé. Son aspect
eest proche de celui de princes comme Kilamuwa de Sam’al (IX
siècle av. J.C.), Warpalawa de Tuwana ou le dieu de ce dernier
32représenté sur le relief d’Ivriz . Le bol qu’il tient à la main
ressemble en tout point aux bols ourartéens datés des rois
e eMenua et Sarduri II (de la fin du IX siècle au milieu du VIII
siècle av. J.C.). E.Akurgal en avait même conclu que la stèle et,
peut-être, les inscriptions formaient un ensemble monumental
33néo-hittite à classer parmi les plus récents . Il est donc
impossible de suivre H.Gonnet et d’attribuer une date haute à la
fois au bas relief et aux textes de Mursili et de Hartapusa
34(lecture qu’elle préconise) au Kızılda et au Karada .

31 RS 942530//RS 942523 ; cf. S.Lackenbacher, F.Malbran-Labat, « Ugarit et
les Hittites dans les Archives de la Maison d’Urtenu », SMEA 47, 2005,
230-240 ; I.Singer, « Ships Bound for Lukka : A New Interpretation of the
Companion Letters RS 94.2530 and RS 94.2523 », AoF 33, 2006, 242-262.
32 K.Bittel, Fs M.Mellink, 1986, 105-106.
33 E.Akurgal, Späthethitische Bildkunst, Ankara 1949, p.3, n.18 et p.13.
34 H.Gonnet, « Nouvelles données archéologiques relatives aux inscriptions
hiéroglyphiques de Hartapusa au Kızılda » in R.Doncel/ R.Lebrun (éds),
Anatolie et Religion de l’Anatolie Ancienne, Homo Religiosus 6, Louvain-
la-Neuve, 1984, 119-125 ; contra K.Bittel, Fs M.Mellink, 1986, n.15
p.110 ; cf. F.C.Woudhuizen qui admet une date entre la fin du XIIème
siècle et le Xème siècle av. J.C. pour les inscriptions et le bas-relief,
Talanta 24/25, 1992/1993, 206-207.
35
?????J.D.Hawkins a donc proposé, avec d’autres, de séparer, en ce
qui concerne la chronologie, les inscriptions, de date
contemporaine ou de peu postérieure à la phase finale du
royaume hittite et le relief, œuvre tardive d’artistes néo-hittites
35influencés par l’art rupestre assyrien .
Pour concilier ces données on est contraint de supposer
qu’un monarque néo-hittite tardif a ordonné la réalisation de la
stèle et a fait graver les hiéroglyphes nommant le personnage
représenté à l’imitation des exemplaires de son cartouche qu’il
avait sous les yeux. On peut admettre que ce souverain ait voulu
se rattacher à un personnage ancien qu’il considérait peut-être
comme un ancêtre. S’agissait-il de l’un des rois de Tabal qui
36avait repris le titre de Grand Roi ?
Le ductus des signes utilisés et la mention du pays de Maša
dans l’une des inscriptions rendent très vraisemblable une
datation haute des textes hiéroglyphiques (mais pas de la stèle)
de Hartapu et de son père. Les données abondantes fournies par
les tablettes mises au jour à Bo azköy et à Ras Shamra (Ugarit)
permettent de réfuter l’idée que ces personnages puissent être
des contemporains des derniers Grands Rois hittites. Le nom de
Hartapu est étranger à l’onomastique impériale mais celui de
son père, Mursili, encourage à voir dans ces deux Grands Rois
les héritiers du premier roi de Tar untašša qui avait lui-même
pris ce titre et qui était le petit-fils de Muršili II. Mais il faut
considérer qu’ils ont sans doute été les instigateurs d’une brève
renaissance ayant suivi la période de troubles et de migrations
qui avait marqué la fin du grand empire. Hartapu (ou son père)
a étendu sa domination vers le nord-est (Burunkaya) et a
combattu les gens du Maša, preuve que des groupes venant de
l’ouest ou du nord-ouest avaient émigré, sous la poussée de
tribus originaires d’Europe très probablement, jusqu’au centre
ede l’Asie mineure. Une datation vers le milieu du XII siècle av.
J.C. semble raisonnable en ce qui concerne ces deux souverains,
héritiers probables des rois de Tar untašša. L’existence de

35 J.D.Hawkins, « Les Inscriptions of the Kızılda and the Karada in the
Light of the Yalburt Inscription », Fs S.Alp, 1992, 259-275.
36 J.Freu, RANT 2, 2005, 404-406.
36
?????