//img.uscri.be/pth/49e014f238ff88b1a246879a0bfc47c50e4b447e
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 24,75 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Lettres à ses parents d'un poilu de Thizy (décembre 1914-septembre 1919)

De
328 pages
Marcel Beroujon, incorporé en décembre 1914 à 19 ans, vivra la grande Guerre jusqu'en septembre 1919 et en portera le témoignage dans les 1050 lettres envoyées à ses parents. Il dira la froid, la boue, les poux, les rats, les obus qui hachent les corps, la haine des "boches", mais aussi les moments de détente : une séance de cinéma, un gueuleton, les gâteaux d'une pâtisserie avant de remonter au "pastis". Bref, le parcours ordinaire d'un Français ordinaire, comme des millions de Poilus, tout aussi ordinaires.
Voir plus Voir moins

Lettres à ses parents d’un poilu de Thizy
(décembre 1914 - septembre 1919)
Entre déluge d’obus et… orgie de choux à la crème
Marcel Béroujon
Le 19 juin 1916,
Mes bien chers parents,
... Nous venons de passer 7 jours au Mort Homme. Nous y sommes montés
le 11 au soir, et le 14, à 4h de l’après-midi, nous attaquions et nous prenions la
crête du Mort Homme... Jamais je n’ai vu une pareille boucherie… Il a fallu aller
jusqu’au corps à corps à la baïonnette… Chaque nuit, ils contre-attaquaient en
nous envoyant du liquide enfl ammé. Ma brigade a beaucoup souffert. Nous ne Lettres à ses parents
sommes pas redescendus nombreux... Nous avons tous changé car nous n’avons
presque pas mangé. Je suis resté 5 jours sans boire. Jamais je n’avais tant d’un poilu de Thizy souffert. Je suis encore à moitié abruti...
Février 1917-avril 1917 (décembre 1914 - septembre 1919)
... Tous les magasins étaient fermés, sauf les pâtisseries. Aussi, nous nous
sommes rattrapés. À 6 que nous étions, nous avons mangé 48 gâteaux (choux à Entre déluge d’obus et… orgie de choux à la crèmela crème, éclairs, enfi n, un tas de bonnes choses…). Ensuite, nous sommes allés
souper à l’Hôtel Saint-Nicolas....
... Hier, j’ai passé une charmante soirée à Sainte-Menehould. Bien entendu,
nous sommes allés à la pâtisserie. Nous étions avec deux artistes : Francisque
er erCueille, 1 prix de piano du Conservatoire de Paris, et M. Anis, 1 prix de violon
du même conservatoire.
... Ensuite, j’irai avec des camarades à Sainte-Menehould, manger quelques
douzaines de gâteaux. Ensuite, nous rentrerons pour souper, car nous avons
un bon lapin à manger. Alors, vous voyez que pour un dimanche de Pâques, j’ai
beaucoup à faire… Aujourd’hui nous avons mangé l’aïoli, et nous avons bu de
bons petits verres de Chartreuse.
Deux moments de la vie de Marcel Béroujon ...
Marcel Béroujon est né le 14 décembre 1895 à Cours, dans le département du
Rhône. Employé à la manufacture de couvertures de Thizy, il est appelé sous les
drapeaux quelques jours avant ses 19 ans, le 9 décembre 1914. Il n’en reviendra
qu’en septembre 1919. Durant ces années, il écrira 1050 lettres à ses parents.
Le présent recueil n’en contient que les plus signifi catives quant au déroulement
de « sa » guerre. Il décédera en 1945, suite à de graves problèmes respiratoires,
dus sans doute aux gaz absorbés.
Gilles Lafuente, né à Rabat (Maroc), est titulaire d’un doctorat ès lettres et
sciences humaines de l’Université de Provence, portant sur le monde arabe,
et plus particulièrement le Maroc, où il a vécu durant une cinquantaine d’années.
Textes recueillis, classés et commentés Les circonstances lui ont permis d’avoir entre ses mains les lettres que Marcel
Béroujon a écrites à ses parents durant la Grande Guerre. Il poursuit ses par Gilles Lafuente
recherches, et travaille sur les archives diplomatiques du Quai d’Orsay, et les
archives d’outre-mer de Nantes et d’Aix-en-Provence.
Illustration de couverture de Renée Lafuente.
33 €
ISBN : 978-2-343-01841-6
Lettres à ses parents d’un poilu de Thizy
Marcel Béroujon
(décembre 1914-septembre 1919)






Lettres à ses parents
d’un poilu de Thizy
(décembre 1914 – septembre 1919)




















Histoire de la défense
Collection dirigée par Sophie de Lastours

Cette collection se propose d’étudier les différents aspects qui composent
l’histoire de la défense. La guerre, la technologie, la sécurité n’ont cessé de se
transformer, de se construire et même de se détruire les unes par rapport aux
autres. Elles sont en perpétuelle mutation. L’apparition de nouvelles menaces a
toujours conduit les sociétés à tenter de s’adapter avec plus ou moins de succès
et parfois à contre-courant des idées reçues.
Des questions seront soulevées et des réponses données, même si beaucoup
d’interrogations demeurent. L’histoire, la géographie, le droit, la politique, la
doctrine, la diplomatie, l’armement sont tous au cœur de la défense et
interfèrent par de multiples combinaisons.
Ces sujets contribuent à poser les défis et les limites du domaine de la défense à
travers le temps en replaçant les évènements dans leur contexte.
eOn dit par exemple que dans ce XXI siècle naissant, les guerres entre Etats sont
en train de devenir anachroniques au bénéfice de conflits tribaux ou religieux,
mais seules des comparaisons, des études détaillées qui s’étendent sur le long
parcours de l’histoire permettront de le vérifier.


Derniers parus

Sophie de LASTOURS, Fers croisés sur Dumouriez (1729-1823), 2013.
Christophe DARGERE, Je vous écris de mon hôpital... Destins croisés de six
soldats ligériens blessés pendant la Grande Guerre, 2011.
Oriane BARAT-GINIES, L’engagement militaire français en Afghanistan,
2001-2011, 2011.
Emmanuel GOFFI, Les armées françaises face à la morale, 2011.
Arlette ESTIENNE MONDET, J.B.E Estienne, « Le père des chars », 2011.
Michèle RACLOT, 28 mai 1940. Le jour où le Brazza s’est englouti, 2010.
Christophe DARGERE, Si ça vient à durer tout l'été. Lettres de Cyrille Ducruy,
soldat écochois dans la tourmente 14-18, 2010.
Xavier LAVIE, Une garde nationale pour la France, 2010.
Henry OLIVARI, Mission d’un cryptologue français en Russie (1916), 2009.
Souvenirs croisés de la première guerre mondiale : correspondance des frères
Toulouse (1914-1916) et souvenirs de René Tognard (1914-1918), 2008.
Général Maurice SCHMITT, La deuxième bataille d’Alger (2002-2007) : la
bataille judiciaire, 2008.
Dominique CARRIER, « On prend nos cris de détresse pour des éclats de rire »
André Tanquerel, Lettres d’un poilu (1914-1916), 2008.
Marcelin DÉFOURNEAUX, L’Espagne de Franco pendant la Seconde Guerre
mondiale, 2007.

Marcel Béroujon


Textes recueillis, classés et commentés
par Gilles Lafuente






Lettres à ses parents
d’un poilu de Thizy
(décembre 1914 – septembre 1919)
Entre déluge d’obus… et orgie de choux à la crème






PRÉFACE DE CHRISTOPHE DARGÈRE




















































© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-01841-6
EAN : 9782343018416
Voici des crapouillots, des obus, des marmites...
De la neige et des rats, de la boue et des poux,
De bons choux à la crème, un beau brin de muguet,
Des fraises, des cerises, le trè!e du bonheur,
Et puis voici mon cœur
Qui ne bat que pour VOUS

3 Marcel BÉROUJON en 1917 (collection privée)
Tu n'en reviendras pas toi qui courais les "lles
Jeune homme dont j'ai vu bare le cœur à nu
Quand j'ai déchiré ta chemise et toi non plus
Tu n'en reviendras pas vieux joueur de manille
Qu'un obus a coupé par le travers en deux
Pour une fois qu'il avait un jeu du tonnerre
Et toi le tatoué l'ancien Légionnaire
Tu survivras longtemps sans visage sans yeux
Roule au loin roule train des dernières lueurs
Les soldats assoupis que ta danse secoue
Laissent pencher leur front et !échissent le cou
Cela sent le tabac la laine et la sueur
Comment vous regarder sans voir vos destinées
Fiancés de la terre et promis des douleurs
La veilleuse vous fait de la couleur des pleurs
Vous bougez vaguement vos jambes condamnées
Vous étirez vos bras vous retrouvez le jour
Arrêt brusque et quelqu'un crie Au jus là-dedans
Vous baillez Vous avez une bouche et des dents
Et le caporal chante Au pont de Minaucourt
Déjà la pierre pense où votre nom s'inscrit
Déjà vous n'êtes plus qu'un mot d'or sur nos places
Déjà le souvenir de vos amours s'efface
Déjà vous n'êtes plus que pour avoir péri
Louis ARAGON
Les 10 commandements du POILU

Joffre, seul, tu adoreras,
Et respecteras parfaitement

Ta Marraine, tu aimeras,
Et Rosalie également.
A l’Amour tu penseras,
En permission seulement.
Du courage, tu montreras,
Jour et nuit, tout simplement.
Toujours gai, tu seras,
A"n de vivre longuement.
Du pinard, tu en boiras,
Et de la gnôle modérément.
A la bouche, tu auras,
Ta bouffarde constamment.
Persévérant tu seras,
Jusqu’au bout, énergiquement.
Des boches, tu tueras,
Le plus possible naturellement.
En faisant ça, tu obtiendras,
La Victoire, certainement.

Texte envoyé par Marcel, à ses parents, le 1er AVRIL 1916


10
PRÉFACE
Entretenir la flamme du souvenir, à l’heure où l’on voit poindre le centenaire de la
Grande Guerre, amène de multiples questions. Certains considèrent la transmission
de la mémoire relative à cet abominable conflit comme un travail, un devoir, voire
une œuvre que les générations détentrices du savoir et de l’expérience sont chargées
d’accomplir envers les plus jeunes. La lutte contre l’oubli et le respect pour ceux qui
ont donné leur sang à la mère patrie sont les fonctions élémentaires de l’acte de
transmettre. Mais il y aussi une dimension moraliste à ce désir : nulle civilisation ne
doit oublier son passé pour avancer sereinement, et ne pas reproduire les atrocités
qu’elle a été capable de commettre à un moment de son histoire, nous dit, dans les
grandes lignes, Primo Levi. Les témoignages de soldats sont des documents toujours
précieux qu’ils proviennent d’hommes du rang, de gradés, de ceux qui, dans le civil,
étaient ouvriers, agriculteurs, médecins ou encore banquiers. Ils nous relient avec le
monde des tranchées en nous racontant chaque fois sous un angle différent des pages
inédites de la première guerre mondiale, qui corroborent et complètent les précéden-
tes, constituant le puzzle de notre passé, dont le paradoxe est qu’il continue d’évo-
luer. Ainsi, chaque nouvelle contribution est une pierre à l’édifice du mur de la con-
naissance de notre histoire contemporaine.
C’est en ce sens qu’il convient d’abord de saluer la démarche de Gilles Lafuente.
Son travail, remarquable de patience et de rigueur, s’avère d’une très grande qualité.
La décision de consigner, transcrire et commenter les écrits d’un ancêtre de sa belle-
famille, Marcel Béroujon, est une entreprise courageuse, ambitieuse et humaniste.
Mais qui est donc ce jeune homme ?
Que nous livre-t-il de lui, de ses proches, de sa guerre, de la guerre ? Provincial ori-
ginaire du département du Rhône et plus précisément de la région industrielle du
Haut-Beaujolais, Marcel est un jeune garçon âgé de dix-huit ans lorsque la guerre
éclate. Garçon sans histoire, travailleur honnête, fils de bonne éducation, respec-
tueux de ses parents, c’est tout « naturellement » que, en mai 1915, une fois la pé-
riode d’instruction achevée, il est plongé de plein fouet dans la tourmente de la
Grande Guerre. Plein de l’optimisme et de la fougue inconsciente propres à sa jeu-
nesse, il est à cet instant « heureux d’aller voir ces sales boches » (12 mai 1915). Il
va hélas très vite déchanter, seulement quelques jours plus tard, lorsqu’il aura été
suffisamment confronté à la réalité de la guerre pour comprendre toute son atrocité.
C’est ainsi que, le 20 mai 1915, il commence « à avoir le cafard ».
Jeune homme pudique et fidèle, Marcel est plutôt avare en complaintes relatives à
son sort et en critiques à l’encontre de ses supérieurs. Ce n’est que lorsque l’horreur
du front atteint son paroxysme qu’il livre des éléments sur sa condition : « Jamais de
ma vie je n’ai tant souffert » (15 août 1915), « J’ai resté cinq jours sans boire »
11(19 juin 1916). Les fêtes de fin d’année, qui constituent des périodes chargées de
symboles, de moments où l’on fait le point, où l’on envisage l’avenir, demeurent des
épreuves difficiles à passer. Noël : évocations de souvenirs d’enfance, célébration
chrétienne, repas de famille… Les questionnements existentiels et les révélations
universalistes plongent le soldat loin des siens dans une profonde neurasthénie :
« Jamais je n’ai autant souffert. Je ne suis qu’une loque de boue. » (31 décembre
1916), « Quand je pense, qu’en ce moment, je devrais être auprès de vous, et de me
voir ici dans l’eau jusqu’au ventre, c’est terrible… Il y avait déjà longtemps que je
n’avais pas pleuré, et bien hier, je souffrais tellement que j’ai pleuré comme un gos-
se… » (2 janvier 1917).
Si ces quelques phrases évoquent une grande tristesse, Marcel Béroujon était doté
d’une grande force morale qui lui permettait de surmonter les moments difficiles et
de se ressaisir rapidement : « J’ai de nouveau retrouvé mon sourire et je fais mon
possible pour oublier ces mauvais moments » (7 juillet 1915). Sa capacité à mainte-
nir le cap coûte que coûte, en affichant une grande détermination l’accompagnera
tout au long du conflit : « Puisqu’il faut aller jusqu’au bout, nous irons ! » (16 dé-
cembre 1916). Cette conviction est sans doute animée par la haine farouche des Al-
lemands, qu’il appelle « cochons » durant toute sa correspondance. Cette aversion
aussi prononcée pour les soldats d’Outre-Rhin peut paraître étonnante, parfois même
choquante : « Aussi, on les a descendus à bout portant ces cochons de boches. Toutes
les autres sections en ont fait (note : des prisonniers), mais nous, nous avons tout
tué ! » (18 juillet 1916). Ces faits d’armes, au demeurant peu glorieux et contraires
aux conventions internationales, contrastent avec la personnalité du jeune homme un
peu fleur bleue qui glisse le fruit de ses cueillettes dans les enveloppes destinées à
ses parents, que ce soient des myosotis (26 juillet 1915), ou des trèfles à quatre
feuilles (11 octobre 1916). Cette nouvelle concrétisation paradoxale, celle de la fleur
au fusil, montre à quel point les esprits de ces garçons sont ballottés. Preuve en est
aussi, la tendresse dont il fait preuve à l’égard de ses proches : « Votre fils vous em-
brasse aussi fort qu’il vous aime » (25 décembre 1915).
Certes, le témoignage du jeune homme apporte peu d’éléments historiques de pre-
mier ordre. Effectivement, la teneur de ses écrits ne présente pas toujours un intérêt
considérable. C’est justement parce que les courriers du jeune rhodanien n’évitent
pas la platitude et la banalité qu’ils sont empreints d’une véracité scrupuleuse. Mar-
cel Béroujon incarne, au final, le soldat parfaitement ordinaire. Il nous fournit des
descriptions rigoureuses de la vie quotidienne dans les tranchées et nous livre, en
guise d’exploration, l’analyse de la structure psychique d’un gosse âgé de la ving-
taine, qui donnera à la patrie cinq des meilleures années de sa vie. De curieuses ré-
flexions laissent planer des doutes lorsqu’il s’agit d’envisager son retour à la vie
civile : « Il me semble qu’après la guerre, je ne pourrai vivre sans ces boyaux. Aussi,
dans le jardin, j’en creuserai. » (13 octobre 1915).
Dans cet ouvrage, on trouvera donc les lettres qu’un soldat écrit régulièrement à ses
parents. Si cette correspondance est d’une grande richesse, c’est aussi parce que la
trajectoire militaire de Marcel Béroujon est variée et qu’il relate différents pans du
parcours d’un poilu : une période d’instruction, les combats, notamment au Mort-
Homme, la vie dans un dépôt divisionnaire, une campagne en Italie, la période
d’après-guerre jusqu’à la démobilisation. Les nombreuses annotations proposées
permettront de guider le lecteur et l’aideront à mieux situer la guerre du jeune
homme dans la globalité du conflit.
12Je souhaite vivement que cette entreprise conduite pour la mémoire collective, qui
s’avère pleine d’humanité, de sérieux et d’abnégation, trouve un large public. La
guerre de Marcel et le travail titanesque de Gilles, qui sont maintenant liés à tout
jamais, le méritent amplement.
1Christophe Dargère .
Ecoche, 8 mai 2013.




1- Sociologue et enseignant. Auteurs de plusieurs ouvrages, dont deux sur la Grande Guerre
13 INTRODUCTION
Marcel BÉROUJON est né le 14 décembre 1895 à Cours, dans le Département du
Rhône.
Ses parents, Pierre Marie Constant BÉROUJON (cardeur) et Marie-Louise BER-
NACHON (ourleuse), y étaient nés eux aussi. Leurs métiers s’inscrivent dans le
cadre industriel de cette petite ville et de son environnement, dont toute l’activité
tourne autour du textile, et il était assez logique que leur fils unique fût à son tour
employé dans une entreprise de la région, cette « Manu », terme qui revient comme
un leitmotiv dans sa correspondance. Cette manufacture était située à Thizy, et le
père de Marcel en était sous-directeur.
Cours doit sa renommée à la fabrication de « La Couverture » qui fut le fleuron de
nombreuses usines de la région. Cette industrie vit le jour vers 1825, quand un petit
patron local pensa utiliser des déchets textiles dans le but de fabriquer une trame
assez solide pour être tissée. Ces derniers étaient nettoyés dans des carderies instal-
lées sur la rivière Trambouze, l’eau servant à actionner les machines. Une fois pro-
pres, ils étaient tissés à domicile par des femmes. Le produit fini est une couverture
de qualité médiocre. En 1850 des progrès techniques amenèrent un changement to-
tal. C’est avant tout l’invention du métier à tisser mécanique, de plus en plus utilisé,
et dont le fonctionnement fut considérablement amélioré par l’introduction de la
machine à vapeur. Les usines ne furent plus liées à la présence d’une rivière, mais
purent s’installer dans des endroits plus vastes permettant le regroupement des mé-
tiers dans des usines.
La ville de Cours connut la prospérité entre 1850 et 1891, puisqu’elle fournit pres-
que la moitié de la production française de couvertures. Cette grande activité fut
aussi due à la perte des industries textiles d’Alsace-Lorraine, et il ne faut donc pas
s’étonner devant l’installation de nouvelles usines. C’est ainsi qu’en 1881 fut cons-
truite dans la périphérie de Thizy la « Manufacture de Couvertures et Molletons »,
près de la commune de Marnand, par un négociant, Louis-Etienne Naton Demon-
ceaux. C’était la seule entreprise de couvertures de Thizy qui se rattachait au grand
centre de Cours-la-Ville. L’usine était dirigée par la famille Boizet, nom que nous
retrouverons dans la correspondance de Marcel Béroujon. La mise en place de ces
manufactures pouvant regrouper 100 à 200 ouvriers, voire plus pour certaines d’en-
tre elles, apporta une réelle richesse à la région, mais il en résulta aussi les problè-
mes inhérents à ce genre d’établissement, essentiellement des grèves, dont la corres-
pondance de Marcel fait état. En fait, c’était son père qui lui écrivait ce qui se pas-
sait, et chaque fois, notre « poilu » reprenait l’annonce du problème vécu à la « ma-
nu » pour le commenter et demander quelles en seraient les suites. Il est difficile de
déterminer à quelle date Marcel et ses parents quitteront Cours pour s’installer à
Thizy, 8 rue de Bazin.
Une certitude. En 1914, Pierre Béroujon est sous-directeur de cette « Manufacture
de Couvertures et Molletons » puisque c’est sous ce titre que s’adresse à lui un de
1ses employés . Nous n’avons aucune précision sur la scolarité du jeune Marcel Bé-
1 - Lettre du 8 novembre 1914
15roujon avant son entrée dans la vie active, c’est-à-dire à la « Manu ». Sans doute
a-t-il fait ses études à Cours et peut-être ensuite à Thizy. Jusqu’où ? Dans quel éta-
blissement ? Autant de questions sans réponses. Il ne semble pas être allé bien loin,
et son « cursus » a dû s’arrêter vers les 14-15 ans, puisqu’en 1911 - il a donc 16 ans -
il est employé aux tissages Chamrion à Thizy. Il est fort probable qu’à l’instar de la
plupart des jeunes de son âge, il a suivi les cours de l’Enseignement Primaire sanc-
tionné par le Certificat d’Études, puis est entré à l’usine. C’est en 1882 que la scola-
1rité devint obligatoire jusqu’à 13 ans .
Il aura fallu de tristes circonstances pour que sa petite-fille, Christine Berger, ayant
décidé de vendre la maison de ses parents décédés, trouve, dans un placard, un cof-
fret en bois peint de fleurs aux couleurs fanées. Une fois ouvert, ce fut la découverte
de ce millier de lettres, 1050 exactement, entassées, sans ordre, écrites par Marcel
Béroujon à ses parents durant la première guerre mondiale, de décembre 1914 à sep-
tembre 1919. Ce coffret me fut confié, car Christine, petite cousine de ma femme,
jugea, peut-être à tort, que j’étais assez compétent, étant titulaire d’un doctorat en
Histoire, pour reprendre, une par une, ces lettres, et les transcrire afin qu’elles puis-
sent être lues par les membres de sa famille. Le premier travail consista donc à clas-
ser ces lettres par années, par mois et par jour, puis à les recopier, une par une…
Il suffit de les lire pour se rendre compte qu’elles attestent d’un maniement aisé de
la langue française, d’une très belle écriture, avec « pleins et déliés », et des majus-
cules que n’aurait pas reniées un calligraphe. Certes, la syntaxe laisse parfois à dési-
rer, le jeune Marcel semblant brouillé avec l'emploi du verbe être. Certaines lettres
pâtissent des conditions dans lesquelles elles ont été écrites, dans la tranchée, sur un
genou, très rapidement, avant l’arrivée du vaguemestre pour qu’elles puissent partir
le jour même… Toutefois, elles demeurent parfaitement lisibles et point n’est besoin
d’avoir recours aux lunettes de Champollion pour en déterminer le sens.
Mais Marcel Béroujon n'est pas un phraseur, ni un littéraire. Il ne raconte pas. Il
« dit » les choses qu’il vit, simplement, telles qu’il les voit, et les ressent, sans fiori-
tures. Il exprime ses sentiments directement, avec ses mots, très simples, parfois
issus du patois local. Il dit, au jour le jour, ses joies, ses peines, et il ne faut pas ou-
blier, et ce, dans TOUTE cette correspondance, qu’il écrit à ses parents, à ses pro-
ches, qu’il aime profondément et dont il est aimé. Il n’est donc pas question pour lui
de les affoler, mais, bien au contraire, il se doit de les rassurer sur sa santé. Le moin-
dre petit mot, insignifiant en apparence, est là pour dire à ses parents : « Je suis vi-
vant, et je vous aime ». Et pour cela, point n’est besoin de tremper sa plume dans
l’encre d’un écrivain, ce qu’il n’est pas. Les phrases sont souvent très courtes, et ce
qui frappe, c’est sa faculté de passer, sans la moindre logique évidente, de la descrip-
tion des marmites et des obus qui tombent en « pagaille », au futur voyage de sa
mère à Bourbon Lancy pour prendre les eaux, ou à la partie de pêche à laquelle il
aurait aimé participer.
Il ressort de cette lecture que pour lui, l’essentiel n’est peut-être pas les souffrances
qu’il endure, mais la vie de « là-bas », de Thizy, et des gens qui y vivent. Bref, le
Paradis Perdu, qu’il rêve de retrouver… avec ses parents, sa marraine, sa cousine,
ses amis, et la Manu.
1 - L’école Jeanne d’Arc de Thizy. Une école qui compte. Écomusée du Haut-Beaujolais. p.66.
Texte de Mme Anne BARRE.
16Puisqu’il s’agit avant tout de rassurer ses parents - comme beaucoup d’autres soldats
plongés dans la même horreur - et ce, quelles que soient les circonstances, il utilise
des phrases stéréotypées qui se répètent de lettre en lettre. Toutes commencent par
« Mes bien chers parents », et immédiatement suivent les mots : « J’espère que ma
lettre vous trouvera en parfaite santé. Quant à moi, pour le moment, je me porte à
merveille », pour finir par « Dans l’espoir que ma lettre vous trouvera en parfaite
santé, je vous quitte pour aujourd’hui, mes bien chers parents, en vous embrassant
bien fort. Bons baisers à Marraine et à Antoinette. Marcel ».
Quel que soit le temps, que ce soit la neige, la boue, le froid, les bombardements, il
« va très bien ». Ce qui signifie « Je suis vivant, ne vous en faites pas ! »
Ce qui n’exclut en rien que durant ce conflit qui va durer pour lui de décembre 1914
jusqu’à septembre 1919, quand bien même il irait « bien », il fait état de sa fatigue,
de ses pieds gelés qui le font souffrir, de la faim, de la soif, des poux qui le dévorent
et des rats qui, le cas échéant, l’empêcheront de « crever de faim » ! Mais tout ceci
ne doit pas exclure ses moments de détente avec ses « copains », à l'arrière, quand
ils font un bon « gueuleton », avec qui il « s’amuse » sans préciser de quels amuse-
ments il s’agit, de ses « orgies » de… choux à la crème ! Sans oublier, en Italie, les
soirées durant lesquelles il danse avec de jeunes italiennes qu’il trouve très agréa-
bles. Et puis, même dans des circonstances souvent dramatiques, il est capable de
goûter à ces « petits riens » quand ils se présentent. Ces brins de cresson dont il ap-
précie l’acidité, ces myrtilles qu’il ramasse dans un bois, au repos, avant de remon-
ter au « pastis » ou ces cerises qu’il « maraude ».
Toutefois, si l’on pense trouver dans ces lettres une description circonstanciée de
l’horreur de ce que fut cette guerre, on ne peut qu’être déçu. RIEN sur les combats,
sur les engagements au corps à corps, sur les empoignades, sur les détails macabres
susceptibles de fixer l’attention. RIEN sur l’organisation de la tranchée, aucune des-
cription de son environnement immédiat, si ce n’est la mention des intempéries qui
sont la cause de ses souffrances. Ces « manques » s’expliquent peut-être par la vo-
lonté de ne pas affoler ses parents, de ne pas les choquer, dans tous les sens du
terme, de ne pas coucher noir sur blanc une réalité cauchemardesque. Et puis, cette
« réalité » qu’il vit, est-il possible de l’écrire ? N’appartient-elle pas à l’indicible, les
mots étant impuissants - pour lui - à rendre l’horreur du vécu ?
1Dans l’une de ses lettres il répond à ses parents, qui, justement, devaient lui poser
des questions plus précises concernant la « guerre » : « Vous trouvez que je ne vous
parle pas de la guerre ! Que voulez-vous ? Maintenant elle me dégoûte. Ici on cause
beaucoup, mais jamais de ça ».
Et l’on n’écrit jamais sur « Çà ! »
Et ce « jamais de çà… » renvoie à tous ces hommes ayant connu l’enfer de la guerre,
et qui, de retour, n’en parlaient « jamais », que ce soit les poilus de 14-18 (mon
grand-père), ceux qui avaient vécu la débâcle de 40, ou participé à la campagne
d’Italie (mon père) sans oublier les « appelés » de la guerre d’Algérie dont le mu-
tisme est quasi total. J’en ai connu un certain nombre… À ce tabou de la guerre qui
peut expliquer le silence de beaucoup d’anciens combattants, on pourrait ajouter la
pudeur naturelle du jeune homme, élevé dans un milieu très conventionnel, ainsi
qu’une peur de la censure. C’est aussi une frustration que de n’entendre qu’une seule
1 - 14 avril 1916
17voix de cette partition qui en comporte deux, car les lettres envoyées par ses parents
ont disparu. Il est évident qu’il n’a pu les garder dans les tranchées, mais il semble-
rait que ses parents avaient un double de celles qu’ils lui envoyaient. Je n’ai pu les
retrouver. Peu importe, puisque l’essentiel est que lui, les ait tenues entre ses mains,
et qu’il ait pu ainsi poursuivre cette conversation journalière et familière, oxygène
vital pour sa survie mentale, cordon ombilical, non encore coupé, qui le nourrit et
qui chasse le « cafard ». « Moi, quand je n’ai pas de lettres, rien ne va plus ! »
écrit-il à sa mère, alors qu’il n’est pas encore monté au « pastis » ! Une autre fois :
« voilà 3 jours que nous ne recevons pas de lettres. J’espère que ce soir nous les au-
rons, sans cela rien ne va plus », et un peu plus tard « voici 3 jours que je ne reçois
pas de lettre, aussi j’ai le cafard ! » Et ce ne sont que quelques exemples parmi de
nombreux autres. Dans le quotidien répétitif et froid de la tranchée, il semble, par
moments, perdre ses repères et il demande à ses parents de numéroter les lettres, et
de lui envoyer un calendrier. Il n’oublie aucun des anniversaires de tous ceux qu’il
aime, et tous ces « petits riens » l’aident à supporter ce qu’il vit.
Dans ces lettres que ses parents lui envoient, c’est toute la vie quotidienne des
Thizerots, des gens qu’ils rencontrent, et qu’il connaît, des problèmes posés par la
guerre et certaines pénuries qui affectent le bon fonctionnement de la « Manu », des
ouvriers en grève et qui défilent, drapeau rouge en tête brandi par une femme ! Ce
sont aussi des nouvelles de tous ceux qu’il a connus : la mort de l’un, le mariage de
l’autre à l’occasion d’une « perme », une partie de belote ou de manille à la maison,
un séjour de sa mère et de sa marraine dans une ville d’eau. C’est une vie familière
qui défile devant ses yeux, dans ce bourg du Haut Beaujolais, où il vivra après la
guerre, jusqu’à sa mort.
Le moment de cette lecture et d’écriture : « Voici mon seul plaisir : écrire à mes
1chers parents . » devait abolir le présent de cette tranchée boueuse et glacée, mo-
mentanément renvoyée à des années lumières, pour le plonger dans l’intemporalité
d’un passé extrêmement vivant, havre d’un bonheur, fait d’amour et d’affection,
dans un cadre peut-être idéalisé, mais lui aussi très présent dans sa mémoire.
La réalité brutale du quotidien des tranchées reprenait rapidement ses droits, à l’ins-
tar des millions de poilus plongés dans les mêmes souffrances. Il la relate avec les
mots de tous les jours, les plus simples, sans la moindre emphase, au « ras des pâ-
querettes ». Aucune envolée lyrique, aucun pathos, la réalité brute et douloureuse
dans son horreur, dans la boue, le froid, sous la pluie du ciel ou celle de l’artillerie
allemande, avec une température si basse, que sa capote mouillée, gèle sur lui, telle
une capote « glaciaire ». Il dit aussi ses espoirs de paix, alimentés par les bruits, les
discussions et les nouvelles, parfois fausses, réitérés tout au long de ses lettres, mais
aussi ses réactions épidermiques face à cette guerre qui perdure, la stupidité de l’en-
2cadrement militaire, les « embusqués » , et, bien sûr - la nuance n’est pas de mise -
les « boches », ces « sales boches », ces « salauds de boches », cette « sale race… »,
certes « moins pire que les poux », mais qu’il « faut écraser », à qui il est nécessaire
de « foutre une bonne raclée » ou « percer avec la fourchette ».
Toutefois, lucidité oblige, ces « boches » seront « durs à déménager de France. Ja-
mais nous ne pourrons y arriver. Il faut voir comment ils sont retranchés et comment
1 - 15 juin 1915
2 - Voir texte en annexe
18ils se retranchent… » Sans oublier, thème récurrent, l’évidente et meurtrière supério-
rité de leur artillerie.
Malgré tout, « faire face » est un « devoir », alors que les conditions climatiques
transforment la vie dans la tranchée en enfer. Les marches d’accès aux premières
lignes empruntent souvent des sentiers détrempés, boueux, où les poilus « patau-
gent », et Marcel de demander à ses parents de lui envoyer des chaussettes car les
siennes « pourrissent complètement » à force d’être mouillées. C’est ainsi qu’il leur
écrit le 15 août 1915 : « Jamais de ma vie je n’ai autant souffert… Nous avions de
l’eau et de la boue plus haut que les genoux. Et il nous a fallu rester comme cela
deux jours et deux nuits. En plus de tout ceci les obus sifflaient et tu devais te cou-
cher dans la boue. Non, jamais je n’ai été si malheureux… ». Et l’on comprend son
bonheur d’être « relevé » un soir, après être : « restés deux jours dans l’eau et la
boue parfois jusqu’au ventre ». Fort heureusement, depuis : « J’ai appris à na-
ger… ». L’humour ne perd pas ses droits : « Aujourd’hui, il neige et il pleut. Nous
autres, poilus, nous sommes pistonnés : nous recevons obus, crapouillots, balles,
grenades à fusils sur le dos, et pour ne pas perdre l’équilibre nous avons de la boue
jusqu’aux mollets… ! ». Quelques jours plus tard la situation empire, et l’humour
n’est plus de mise : « Dans certains endroits on a de la boue jusqu’aux cuisses ».
Moment très dur à vivre pour lui que cette fin décembre 1916, alors qu’il est prêt à
partir en « perme », et qu’une alerte l’envoie au « pastis ». Il écrit : « J’étais propre
comme un sou, et maintenant je suis dans la boue jusqu’au ventre », et deux jours
plus tard, le 2 janvier 1917 : « me voici dans l’eau ventre. C’est terrible.
Cette fois-ci mes pieds ne tiennent plus debout. Je marche sur les genoux. Les bo-
ches peuvent nous attaquer, nous sommes bons comme la romaine. Nous ne tenons
plus debout et le reste du régiment y passerait… Il y avait longtemps que je n’avais
pas pleuré, et bien hier, je souffrais tellement que j’ai pleuré comme un gosse… ».
On pourrait peut-être croire que, dans une telle détresse, Marcel soit amené à exagé-
1rer ses conditions de vie. Il n’en est rien - hélas pour lui ! - et les JMO corroborent
ce qu’il écrit à ses parents : « 31 décembre 1916 : La pluie incessante a transformé
tranchées et boyaux en vrais ruisseaux de boue et à la contre-attaque il a été constaté
des enlisements ». Réalité horrible que celle de ces hommes mourant étouffés et
noyés dans des trous pleins de boue… Trois semaines après, le 21 janvier 1917, son
régiment était dissous, non sans que des rumeurs ne fassent état de raisons discipli-
naires… Bruits, ragots… ?
Dans de telles conditions de vie, les soins d’hygiène et de propreté, même les plus
élémentaires, ne pouvaient être respectés, et il était dans la logique de la nature de
voir apparaître l’un des cauchemars des « poilus » : les POUX… Marcel n’y
échappe pas, tout comme des millions de ses compagnons de misère. Cette vermine
ne respecte pas la hiérarchie militaire car : « même les officiers en ont… ! », alors, à
plus forte raison, les gars de la biffe… Les poux « l’embêtent », et il en tue 106 en
deux jours ! Et cette « vermine est inévitable », et pour cause : « Voici 27 jours que
je n’ai pas quitté mes souliers et que je ne me suis pas changé. Nous sommes tou-
jours dévorés par les poux et nous avons toujours également de la pluie et de la boue
1 - Journal de marche des opérations. Ces journaux ont été mis en ligne par le site WEB : SGA
-Mémoire des hommes, pour permettre au public de suivre le parcours des régiments, jour par
jour.
19en pagaille ». Aussi, combien est apprécié ce colis contenant - entre autres - des
vêtements : « Merci pour votre colis… La chemise m’a bien fait plaisir car la
mienne était pleine de poux ». Et ils sont tellement présents et nombreux qu’il envi-
sage d’en envoyer à ses parents pour qu’ils puissent juger sur pièces de la véracité
de ce qu’il dit : « Comme je vous l’avais annoncé je vous envoie aujourd’hui un
colis de poux. Je n’ai pas mis des gros, car j’aurais eu peur que la lettre n’arrive
point, il aurait pu se faire qu’ils l’emportent ailleurs, et vous verrez ils ne sont pas
petits, et bien, nous en tuons une cinquantaine par jour… Par moments nous ne tou-
chons pas terre. Ils nous portent… »
La pluie, la boue, les poux, il ne manquait que les… RATS… Eux aussi omnipré-
sents, surtout la nuit : « Avec un clair de lune épatant, pour nous distraire, on fait la
chasse aux rats, car il y en a des milliers. Nous sommes très contents d’en avoir au-
tant, car comme ça, on sait qu’on ne crèvera pas de faim… ». Ils sont : « énormes
ces cochons, et aussi embêtants que les boches ».
En dehors de la relation de ces conditions très dures de la vie dans les tranchées,
Marcel Béroujon ne fait jamais état de la guerre par elle-même. Seul, et UNIQUE
exemple de l’engagement physique, face aux Allemands, lors d’une attaque au Mort
Homme : « Mon chef de section, adjudant-chef de la classe 14 va être décoré de la
médaille militaire et de la croix de guerre avec palmes. Je vous assure que c’est un
poilu qui n’a pas froid aux yeux. Avec lui, au Mort Homme nous n’avons fait aucun
prisonnier car il n’en voulait pas. Aussi on les a descendus à bout portant ces co-
chons de boches. Toutes les autres sections en ont fait, mais nous, nous avons tout
tué ! » Vrai ? Faux ? Fanfaronnade ? Et un autre détail, qui lui aussi corrobore ce
que l’on sait des « adjuvants » utilisés pour « aider » les poilus : « Quand mon sac a
été écrabouillé il était à 4 m de moi, un obus a tapé en plein dessus. Moi, j’ai été
enterré, et c’est tout ! Sur le moment je n’étais guère à mon aise, mais on m’a fait
boire la moitié d’un quart de gnôle, et je suis de nouveaux retourné à mon poste… ».
Très rares aussi les considérations sur ses supérieurs. Il faut qu’il soit excédé pour
faire état de sa rogne. Il rouspète, bien sûr, comme tous, contre ces exercices aux-
quels ils sont astreints, en revenant du « pastis » alors qu’ils aspirent au repos, et
qu’on les fait « barder ». Au bout de deux ou trois années de guerre, il est évident
que marcher au pas, ou pratiquer le « droite-gauche », ne semblent pas nécessaires
aux poilus, et c’est tellement vrai que dans plusieurs lettres, Marcel souhaite remon-
ter aux tranchées plutôt que de rester au « repos » qui n’a de repos que le nom, car
« là-bas », il aura plus de temps pour écrire : « Je n’ai pas le temps de vous écrire. Je
le ferai aux tranchées ! »
1Et c’est là d’ailleurs, en seconde ou troisième ligne qu’il fera ses « bagues », alors
que la mort est omniprésente. Une certaine amertume l’habite aussi, lorsqu’il cons-
tate que de nouveaux venus, qui ne sont jamais montés au « pastis » vont les com-
mander, alors que ce ne sont que des « croûtes » qui ont gagné leurs galons dans les
1 - Les tranchées étaient souvent creusées parallèlement, à une certaine distance les unes des
autres et reliées entre elles par des «boyaux». La tranchée de 1° ligne était celle de la con-
frontation directe avec l’ennemi. Les deux autres plus en retrait, permettaient aux soldats de
se « reposer », mais ils étaient souvent sollicités pour aider ceux de la 1° ligne. C’est lors de
ces moments relativement cléments que furent « fabriqués » bagues et autres objets, souvent à
partir de douilles d’obus.
20« dépôts ». Et de même pour une éventuelle « citation », il n’est pas évident d’en
obtenir : « quand ça barde beaucoup, ceux qui devraient nous citer ne peuvent le
faire car ils ne nous voient pas… Les pauvres ont la frousse alors ils se planquent…
Heureusement que je m’en fiche… »
C’est faux ! Il ne s’en « fiche pas » ! Mais il n’est pas question d’en référer à un
quelconque gradé car, dit-il, du haut de son expérience de plus de quatre années de
guerre : « On ne peut raisonner avec des gens qui ont des barrettes sur les manches.
Ils ne savent vous dire qu’une chose “Taisez-vous ! où je vous boucle…” ». Et il
obéit… râle, mais s’en moque car dans quinze jours il sera démobilisé…
Toutefois, malgré la dureté de la guerre, il vit des moments de détente, notamment
lorsqu’il est au repos, et qu’il peut, enfin, dormir dans un bon « plumard », avant de
retrouver ses copains pour un « gueuleton », ce qui lui était assez facile, étant privi-
légié dans la mesure où ses parents lui envoyaient de l’argent tous les quinze jours.
Il ne manque jamais de les remercier de l'envoi de cette quinzaine, et même, après
avoir « arrosé » ses galons de sergent, il leur demande un petit « rab » car il n’a plus
« un sou ».
C’est sur ces moments de repos et donc de récupération que nous voudrions attirer
l’attention.
Il est hors de question de minimiser l’horreur et la violence de cette guerre dont des
centaines d’ouvrages ont montré l’ampleur, et ce, dans leur plus grande vérité, pas
plus que de tenter de déterminer les raisons qui ont pu permettre à tous ces hommes
de « tenir » face à ce massacre. Elles sont nombreuses et variées. Mais, à la lecture
de ce millier de lettres, un fait s’impose.
Sans les jours, les semaines, voire les mois, durant lesquels les « poilus » ont été au
repos, il est impossible de concevoir la continuité de leurs efforts, leur endurance et
le maintien de leur moral. Marcel Béroujon en fait état lorsqu’il redescend du « pas-
tis », et, pour lui, il est évident que « se refaire l’estomac » est primordial. Déjà, en
1915, il écrit à ses parents le 20 octobre : « Le village où nous sommes est épatant. Il
y a 1 000 habitants. Il y a un petit restaurant où, dès hier soir, je me suis envoyé un
bon petit souper pour 35 sous : pommes de terre frites, omelette, rôti et salade, et
même un bon jus. Je vais me rattraper pendant les huit jours que nous resterons ici et
nous passerons 8 jours épatants, ce qui n’est pas dommage, car il y a 5 mois que je
n’avais pas été dans un patelin où l’on puisse manger comme l’on veut », et il réitère
son propos le lendemain : « Ce soir je vais un bon lapin avec les camarades,
et je vous assure que nous profitons de ces huit jours pour nous refaire l’estomac ».
Il continue à le « refaire », lorsqu’il a la chance d’être nommé dans un dépôt, à l’abri
edu champ de bataille. En effet, après la dissolution du 312 RI, en janvier 1917, il se
trouvera parmi le tiers du régiment qui fut envoyé dans un dépôt divisionnaire, tan-
dis que les deux autres tiers redevenaient des Bataillons de marche. Avec ses « ca-
marades », durant quatre mois, il va vivre dans le camp de la « Grange au Bois », à
3 km de Sainte Menehould, et il participera à des stages (fusil-mitrailleur et élève-
aspirant) qu’il essaiera de faire « durer », pour éviter de remonter en première ligne.
Il est conscient de sa bonne étoile lorsqu’il écrit le 23 janvier : « J’ai eu rudement de
la chance, car me voici à l’abri pour un ou deux mois ». Il y restera le double, et par
deux fois, il ne sera pas de ceux qui repartent au « pastis ». De plus, loin des marmi-
tes, obus et autres crapouillots, il évitera aussi le « rata » du camp, pour prendre pen-
sion chez une dame qui : « ne me laisserait pas partir sans boire mon lait chaud ».
21Mais il y a beaucoup mieux. Lorsqu’il « file » à Sainte-Menehould, avec ses cama-
rades, ils découvrent une pâtisserie qui demeurera dans leur mémoire, en ce diman-
che du 5 février 1917 : « à 6 que nous étions nous avons mangé 48 gâteaux (choux à
la crème, éclairs, enfin un tas de bonnes choses…). Ensuite nous sommes allés sou-
per à l’Hôtel Saint Nicolas, et nous avons repris tranquillement le chemin de la
Grange au Bois à 8 h 30, après avoir passé une très belle journée. » Et le 3 mars,
puis les 19, 24 et 25 du même mois, ils y retournent, pour s’empiffrer de ces choux à
la crème, alors que Marcel, avant la guerre, « ne les aimait pas ! ». Le 26, rebelote,
mais cette fois-ci, cerise sur le gâteau (bien que choux à la crème et éclairs au cho-
colat n’en aient pas), la bande de camarades n’est plus la même, car deux « artistes »
en font partie… ! : « Hier, j’ai passé une charmante soirée à Sainte-Menehould. Bien
entendu, nous sommes allés à la pâtisserie. Nous étions avec deux artistes : Francis-
que Cueille, 1er prix de piano du conservatoire de Paris, et M. Anis, 1er prix de vio-
lon du même conservatoire. Aussi, toute la soirée, ils nous ont charmés avec leur
musique, car à la pâtisserie où nous allons, il y a un bon piano. » Sacrée pâtisserie
que celle où l’on peut déguster un gâteau en écoutant une sonate pour violon et pia-
no, ce qui doit les changer des miaulements des crapouillots et du fracas des bom-
bes. Et cela continue, le 2 avril : « Nous avons soupé et dîné admirablement bien, et
les gâteaux étaient rudement bons… » puis le 7, et le dimanche de Pâques : « j’irai
avec des camarades à Sainte Menehould, manger quelques douzaines de gâteaux.
Ensuite, nous rentrerons pour souper, car nous avons un bon lapin à manger. Alors,
vous voyez que pour un dimanche de Pâques, j’ai beaucoup à faire… Aujourd’hui
nous avons mangé l’aïoli, et nous avons bu de bons petits verres de Chartreuse. En-
fin nous en profitons un peu pendant que nous sommes ici. » Marcel avait la chance
de recevoir de l’argent de la part de ses parents, mais aussi des membres de sa fa-
mille, et c’est ainsi qu’il écrit à sa marraine, le 26 mars : « Je te remercie beaucoup
de l’argent que tu m’as envoyé. Ça m’a permis de manger une douzaine de gâteaux
en plus… ».
Il n’est pas question d’émettre la moindre élucubration sur une éventuelle interpréta-
tion psychanalytique de ce goût particulier pour les gâteaux (douceur, tendresse,
moelleux…), qui, il est vrai, ne sont en rien destinés à calmer une faim biologique.
La gourmandise, certes, mais surtout les privations de tous ordres dont étaient vic-
times ces jeunes « poilus » (Marcel a 20 ans) pourraient expliquer cette orgie d’onc-
tuosité et de velouté. Mais le conditionnel s’impose…
En dehors des « jouissances » gastronomiques de cette période bénie des dieux,
Marcel est d’un mutisme absolu sur d’éventuelles « cuites », et encore plus absolu
sur le « repos du guerrier ». Là encore, tout fantasme est interdit. Il faut dire qu’il
faisait partie, comme la majorité de ses camarades, d’une famille chrétienne et prati-
quante, qu’il allait à la messe, et que le non-dit et les tabous étaient de mise.
Il sera donc tranquille du 23 janvier 1917, jusqu’au 29 mai de la même année, c’est-
à-dire près de 4 mois… Durant ce temps il ne donne aucun détail de ses occupations,
si ce n’est son inscription à un stage de fusil-mitrailleur, espérant par là même aller à
Saint-Maixent, et rester encore plus longtemps loin du « pastis ». Mais il doit quitter
le calme de ce dépôt pour remonter en première ligne, avant que son régiment ne
221soit envoyé en Italie aider les troupes italiennes après le désastre de Caporetto . Là
aussi, s’il y eut des moments difficiles, dans l’ensemble sa « campagne » italienne
sera calme et même agréable.
2Toutefois, avant de se rendre en Vénétie , Marcel Béroujon monte au « pastis » le
30 mai 1917, puis est au repos du 23 septembre jusqu’au 25 octobre. Durant un
mois, il est au camp de Mailly où « c’est la belle vie » écrit-il le 15 octobre.
Il arrive en Italie le 31 octobre, et monte au « pastis ». Durant cinq mois, il fera état
des crapouillots et des marmites qui lui tombent « sur la gueule », mais il est évident
que ce n’est pas cet aspect militaire qui prédomine dans ses lettres. Par contre,
« gueuletons » et « soirées dansantes » sont nombreux, car du 27 février au 25 mars
1918, soit près d’un mois, il est au repos… Il ne semble pas s’être ennuyé durant son
séjour Italien : « Quelle chance d’être ici… ! », écrit-il le 13 mars, et le 29, de retour
au « pastis » en France : « Je vous assure que je regretterai l’Italie… », et quelques
jours auparavant, le 23 mars : « Jamais je n’avais tant dansé que depuis que je suis
en Italie… ».
Une fois de plus, il n’est pas question d’ignorer les millions d’hommes et de femmes
que cette boucherie a précipités dans la mort et les souffrances, mais on ne peut pas-
ser sous silence, puisqu’il en fait état, que ce sont ces pauses, ces périodes nécessai-
res pour se refaire, voire se ressourcer, ainsi que les « permes », qui lui permettront,
à lui, et aux autres, de retourner au « pastis ». N’oublions pas, non plus, les jours de
« repos », qui suivent une montée en première ligne.
Un simple exemple : le jeudi 20 mai 1915, il part avec son bataillon au repos pour 6
jours, à 20 km en arrière du front, avant d’y remonter le 27. Mais, le 4 juin, c’est
pour un repos de 10 jours qu’il quitte le « pastis ». Il y remonte le 16 juin, pour en
revenir le 21, au camp de Martincourt, où il se promènera en barque avec d’autres
poilus. En août de la même année, sur les 31 jours du mois, il en passera 14 au re-
pos, et en septembre c’est durant 16 jours qu’il sera au repos. Bien sûr, nous savons
parfaitement ce qu’il en était de ce « repos », durant lequel la vie dans le camp
n’était en rien celle d’une villégiature, à tel point qu’à de nombreuses reprises, Mar-
cel Béroujon dit regretter la première ligne. Le 5 août il écrit : « Nous arrivons de
l’exercice… Nous bardons rudement, nous préférerions être en première ligne. Toute
la matinée nous avons fait de l'école de compagnie… ». Mais, bien que râler contre
les contraintes du quotidien fût normal de la part de soldats chevronnés, pour qui
l’« exercice » n’avait aucun sens, il n’en demeurait pas moins que, cette corvée ter-
minée, loin du front, une certaine normalité s’installait.
Le retour en France sur l’Oise sera plus dur, mais les derniers mois de 1917, et sur-
tout les premiers de 1918, s’ils sont encore marqués par des montées au « pastis »,
1 - Les forces italiennes et autrichiennes s’affrontaient sans résultat depuis deux ans et demi
sur le front d’Isonzo au nord-ouest de Trieste. À l'automne 1917 les Allemands décident de
soutenir leurs alliés autrichiens sur le front italien et envoient 7 divisions. Le 14 octobre 1917,
lors de la bataille de Caporetto, les soldats italiens reculent devant l'offensive austro-alle-
mande. Plus de 600 000 soldats italiens, fatigués et démoralisés, désertent ou se rendent.
L’Italie vit sous la menace d’une défaite militaire totale. La défaite italienne de Caporetto
incita la France et le Royaume-Uni à envoyer des renforts et à mettre en place le Conseil su-
prême de guerre pour coordonner les efforts de guerre des Alliés.
2 - Région comprenant Venise, Padoue, Vicenze, Trévise, Vérone qui auraient été occupées si
la ligne de défense n’avait pas été fixée sur la Piave.
23deviennent plus calmes, indice de plus en plus net que les offensives allemandes
faiblissent.
Un détail, entre autres, est que, si Marcel dit se rendre à la messe (deux fois), à au-
cun moment il ne fait état d’une quelconque angoisse devant la mort, ni d’un éven-
tuel recours à la prière, persuadé qu’il passera entre les gouttes… Il a eu peur, c’est
évident, mais il semble qu’il y avait en lui, cette certitude, irrationnelle, sans doute
incompréhensible compte tenu du carnage que fut cette guerre, mais ancrée profon-
dément, qu’il ferait partie de ceux qui reviendraient. Ce qui sera son cas, et sans la
moindre blessure, encore que l’on puisse se demander s’il n’a pas été victime d’un
« dégât collatéral », car, si l’on en croit la mémoire de la « famille », et le témoi-
1gnage oral très précis d’une parente , sa mort, en 1945, à 50 ans, serait une consé-
quence de l’absorption de « gaz » sur le champ de bataille.
C’est durant une « perme » qu’il apprend la nouvelle de l’armistice. Cessation des
combats, certes, mais pas encore fin de la guerre, et Marcel retrouve son régiment. À
partir de cet instant, les lettres se font plus rares, plus courtes, et d’un intérêt moin-
dre.
Il sera démobilisé à Lyon, le 10 septembre 1919, après cinq années passées sous
l’uniforme…

Parcours de Marcel BEROUJON
Ce sont les 1050 lettres envoyées par Marcel Béroujon à ses parents qui nous per-
mettent de le suivre, nous pourrions dire, pas à pas. Au risque de nous répéter, nous
voudrions insister sur le fait que, à AUCUN moment, les détails que nous donne ce
jeune « poilu » ne sont contredits par le texte des JMO. Il n’invente rien, mais dit ce
qu’il vit, et c’est la raison pour laquelle nous avons repris toutes ces lettres pour dé-
terminer les « moments » de « repos », durant lesquels il n’était plus en première
ligne. Avec les permissions, on comprend peut-être un peu mieux comment ces
hommes ont pu tenir.
eMarcel Béroujon est affecté au 40 Régiment d’Infanterie (40°RI) à Nîmes, le 9 dé-
cembre 1914, 6 jours avant d’avoir 19 ans.
Cette affectation lui convient, ne serait-ce que pour des raisons climatiques, mais
très rapidement la vie militaire perd de son auréole, et bien que la défense de la Pa-
trie soit un devoir, une paix rapide serait la bienvenue. Car, au régiment, « Ça bar-
de ! », les exercices se succèdent sans interruption, et très vite, un des « leitmotivs »
de cette correspondance apparaît : la famille lui manque et seules les lettres lui ap-
portent cette bouffée d’air nécessaire à sa vie, pour ne pas dire, plus tard, à sa sur-
vie… Il découvre le « bourrage de crâne », omniprésent tant dans les propos des
officiers que sur les murs des chambrées, mais très vite aussi il comprend que, dans
ce « métier militaire », une règle d’or s’impose : « il ne faut pas chercher à com-
prendre ». De Nîmes il passe à Alès (orthographiée à l’époque Alais), et il constate,
en avril 1915, que dans cette jolie petite ville, très animée, « on ne s’aperçoit pas de
1 -Mme Odette BÉROUJON, encore de ce monde.
24la guerre ».
eLe 25 avril 1915, un bataillon de 1000 hommes est créé à Toulon. C’est le 9 Ba-
e e taillon du 112 RI. Marcel Béroujon est affecté à la 34 Cie.
Le 7 mai, ce bataillon est embarqué à destination d’Is-sur-Tille, au nord de Dijon,
puis « cantonne » à 13 km des Allemands, dans le petit village de Pierrefitte. La Cie
de Marcel est affectée à des travaux sur la 3e ligne de défense.
À partir de ce moment, on peut considérer que Marcel est vraiment dans la « guer-
re », et qu’il ne cessera, comme des millions de poilus, de « monter » en 1re ligne
e eavant de redescendre en 2 ligne, puis en 3 , avant de « remonter », pratiquement aux
mêmes endroits, et ce durant des mois, sans le moindre changement notable. C’est la
guerre des « tranchées », front immobile, malgré les patrouilles « rampées à travers
des morts que l’on n’a pas pu enterrer, et qui sont là depuis plusieurs mois », malgré
les attaques très dures, sous un déluge de feu et qu’il résume en quelques mots : « ils
sont au même endroit, et nous aussi ».
e e eLe 14 juin 1915 il passe en renfort au 312 Régiment Infanterie/1 bataillon/3 Cie/
1SP 112.
C’est l’enfer des tranchées avec des bombardements d’une telle intensité, qu’il re-
vient des 1res lignes, le 7 septembre 1915 : « complètement abrutis, nous étions
comme fous », content de cette relève : « ce n’est pas trop tôt, car nous ne nous
sommes pas changés depuis 40 jours ». Dans un tel contexte, il ne voit aucune issue
au conflit, ce qu’il confie à son père : « Mais que veux-tu que nous fassions sur no-
tre front, absolument rien, faire massacrer inutilement des hommes pour prendre une
tranchée… ! Je suis mieux placé que toi pour voir ça, maintenant dans beaucoup de
secteurs on fait prendre les tranchées par des poilus de 44 à 45 ans, alors nous nous
contenterons de maintenir nos positions et c’est tout ». « Maintenir nos positions ».
Ces trois mots semblent résumer cette guerre, dans « l’eau jusqu’aux genoux », avec
une « capote gelée », et des copains de misère qui « pleuraient parce qu’ils avaient
trop froid… ». Cette année 1915 se termine par cette phrase un peu désabusée, le 14
décembre : « Et dire que j’ai 20 ans aujourd’hui… ».
Durant cette année 1915, Marcel fut au « repos » durant une centaine de jours.
Au début de 1916, on peut dire qu’il n’est plus un bleu, mais le pire reste à venir. De
relève en relève, c'est le même quotidien, dans la boue des tranchées, avec désor-
mais comme seule perspective - la paix semblant de plus en plus lointaine - le mo-
ment où il partira en « perme », et où, alors, il pourra se coucher dans son lit, lui qui
ne s’est : « pas déshabillé pour se coucher depuis 13 mois… ». Mais les retours de
« perme » sont cafardeux, ce d’autant que le « pastis » est aussi amer à avaler, sur-
tout lorsque l’on est commandé par des « croûtes », toujours « bouffés par les poux
et assaillis par les rats », quand ce n’est pas « notre artillerie » qui est la cause de
morts et de blessés.
Le 9 mai, son capitaine lui annonce qu’ils iraient sans doute à Verdun, car il fallait
que : « tous les régiments passent un peu dans la fournaise ». Le 27, un Bataillon est
ajouté au régiment, et le 29, ils doivent être prêts à embarquer, non sans avoir été
avertis qu’il ne fallait pas craindre de « garnir les musettes ». Il revient du Mort
Homme le 19 juin, et dit son cauchemar à ses parents. Il récupère en dormant, et
ajoute une heure à sa montre… L’heure d’été ne datant pas de Valéry Giscard d’Es-
1 - SP : Secteur Postal
25taing. Dès 1916 les économies d’énergie étaient à l’ordre du jour…
Le 2 juillet, Marcel Béroujon est décoré de la Croix de Guerre. Le 4 août il remonte
au Mort Homme dans une « chaleur épouvantable » et une « odeur… ». Les mois
qui vont suivre seront très durs à vivre dans les tranchées car le froid et les intempé-
ries s’installent. Les pieds sont gelés, de même que la boule de pain, et les bombar-
dements sont incessants… Il en résulte un découragement de nombreux poilus de-
vant une situation éprouvante dont ils ne voient pas l’issue. Tranchées nivelées, boue
qui colle, ciel en feu, ce que résume Marcel : « il y a de quoi devenir fada ». Fort
heureusement, une « perme » doit lui permettre de retrouver le réconfort de sa fa-
mille, et il s’y prépare lorsque, quelques heures avant son départ, l'ordre de monter
au « pastis » tombe sur le régiment. C’est la douche froide. Les conditions sont si
dures qu’il avoue « pleurer comme un gosse, tellement il souffre », et il « marche sur
les genoux ». Fort heureusement, il a pu « récupérer » durant 136 jours, avec, en
prime, trois semaines sans monter en première ligne, du 29 septembre au 19 octobre.
Enfin, il part en « perme ». Il en revient le 19 janvier 1917, mais son régiment est
dissous.
eLes 2/3 passent à la 154 Division d’Infanterie, et l’autre tiers, dont il fait partie,
e epasse au Petit Dépôt Divisionnaire du 341 RI de la 65 DI. À la date du 20 janvier
e e1917, il passe au 341 RI, Régiment de la 65 Division d’Infanterie.
À la fin des JMO, une lettre du colonel commandant le Régiment dissous demande
que le retour du drapeau s’effectue avec honneur pour faire taire les bruits selon
lesquels cette dissolution serait due à des motifs disciplinaires.
Nous sommes en 1917, année des mutineries. Mais en janvier, aucun mouvement
séditieux ne fut signalé, et rien ne transparaît dans les rapports des JMO. La de-
mande du Colonel reste une énigme. Marcel Béroujon restera dans ce dépôt divi-
sionnaire durant quatre mois durant lesquels il ne donne aucun détail sur ses activi-
tés, si ce n’est qu’il est dans un bureau. Il s’en échappe et va « s’amuser » à Sainte-
Menehould avec ses copains. Rien, aucune précision sur ces « amusements », qui ne
regardent que lui… mais les propriétaires d’une pâtisserie de Sainte Menehould ont
dû se souvenir de lui.
Il part en « perme » en mai, et à son retour le 25 il apprend qu’il doit « remonter au
pastis ». De mai à septembre, là encore, aucun détail sur la guerre. L’essentiel de sa
correspondance porte sur sa famille, ses copains, et ses démêlés sentimentaux avec
une personne nommée « Mimi ». Elle habite Toulon, et c’est la sœur d’un jeune sol-
dat ami de Marcel, qui mourra des suites de ses blessures. Il part de nouveau en
« perme », et à son retour il se trouve loin du front, dans un bureau, du 26 septembre
au 29 octobre, au camp de Mailly.
Le 29 octobre, c’est le départ pour l’Italie. Après un accueil triomphal, le front sur la
Piave n’est pas de tout repos, et les bombardements sont intenses, mais cela ne dure
pas. Durant cette année 1917, Marcel Béroujon est resté 202 jours sans monter au
« pastis ».
1918 commence par une « perme » de 20 jours, puis il cantonne dans des endroits
assez calmes qui lui donnent tout le loisir de se promener, et de danser… On com-
prend qu’il regrette l’Italie lorsqu’il retourne en France le 30 mars, pour se retrouver
dans l’Oise le 4 avril. Il est à noter qu’en deux mois de « guerre » du 1er février au
e30 mars, le JMO de la 65 division signale : « Etat des pertes : Néant… »
26Il retrouve la guerre le 4 avril, avec l’exode de vieillards, de femmes et d’enfants qui
fuient. Très vite c’est la fatigue due à la boue, les « marmites » qui pleuvent, et les
gaz asphyxiants. Le 21avril il fait état d’un régiment de sa division qui a été « pres-
que anéanti », et d’une utilisation intensive des gaz. Il souhaite vivement d'être « re-
levé de cet enfer ». Il ne le sera que le 3 mai au soir, mais il y remontera le 12, et il
écrit à ses parents une phrase déjà employée à deux ou trois reprises : « Jamais je
n’avais autant souffert ». À nouveau en « perme » pour 20 jours, et au retour, le
« maudit cafard travaille ». Il remonte en ligne le 7 juin, mais « c’est calme ». Le 20
1juin il a entre les mains un journal envoyé par ballons « La Gazette des Ardennes » .
Il ne fait aucun commentaire, si ce n’est qu’il y a trouvé le nom de prisonniers fran-
çais.
Juillet et Août sont calmes, et Marcel constate que les « boches » s’ils continuent à
bombarder, n’attaquent plus. Il va même jusqu’à écrire : « devant nous nous avons
un régiment d’aveugles. » Serait-ce l’indice d’une lassitude de l’ennemi et donc
d’un arrêt des combats ? Le 13 août, il est enfin nommé sergent, et le même jour son
erégiment est dissous. Sa Cie passe à la 19 Division d’Infanterie, Division bretonne,
eau 1er Bat du 71 RI.
Secteur toujours calme, et le 7 septembre il part à Belfort pour un cours de fusil-mi-
trailleur. Le voici : « pour quinze jours à l’abri », avec un « bon plumard », et quel-
ques « gueuletons » en perspective, mais il constate l’existence de cette fameuse
« grippe espagnole » qui tue une dizaine de personnes par jour. Son stage terminé il
retrouve son régiment et sa Cie.
Le 8 octobre il écrit « Alors les boches demandent l’armistice… ! » ce qui laisse
supposer que c’est son père qui lui a transmis cette nouvelle, mais il ne fait aucune
autre allusion dans les lettres qui suivent. Le 17 octobre son Bataillon se prépare en
vue d’un embarquement prochain en chemin de fer. Le 30 octobre, le Général
eFayolle passe en revue les trois régiments de la 19 DI, près de Rethondes. Début
novembre Marcel participe à une série d’exercices avec des chars d’assaut. Il part en
« perme » le 9 novembre. L’armistice a été signé le 11 novembre.
Les canons se sont tus, mais ce n’est pas encore la paix, et Marcel rejoint sa division
qui doit se rendre en Alsace. Il part le 1er décembre. La marche est très lente, avec
de nombreux arrêts, surtout après être arrivés en Alsace. Les défilés et les bals se
succèdent. Il compte atteindre Strasbourg le 28. Permission en février 1919.
Il cantonne à Haguenau du 24 mai, au 29 août, puis va à Saint-Brieuc le 1er septem-
bre, qu’il quittera le 12 pour aller se faire démobiliser à Lyon.
À son retour à Thizy, Marcel Béroujon renoue avec son travail dans le textile, mais
il retrouve aussi une jeune femme, qu’il connaissait bien, Jeanne Marie Escoffier. Il
va l’épouser le 12 février 1920, soit 4 mois après son retour…
Précisons que cette personne avait une sœur jumelle, Clémence, qui épousa Félix
Béroujon, cousin de Marcel. Une lettre de Marcel à ses parents précise : « Félix m’a
écrit au sujet de son mariage qui est fixé au 26 avril 1919 ». Il ne m’a pas été possi-
ble d’obtenir des détails sur le mariage de Marcel et de Rinette, ce d’autant que, une
lettre de Marcel à sa cousine Antoinette, le 16 septembre 1919, fait état de ses réti-
1 - Journal de propagande allemand publié en français deux fois par semaine par l'autorité
allemande en zone occupée. Le succès de La Gazette fut très important car elle publiait la
liste des prisonniers français détenus en Allemagne.
27cences : « Ma chère Antoinette,
Me voici arrivé à destination. Lundi matin à 8h j’étais à la maison. Hier je me suis
empressé d’aller me faire démobiliser. À ma rentrée le soir à la gare, mes parents
ainsi que Mme Buffin, Mélina et Lysot m’ont précipité Rinette dans les bras. La
veille que Lysot reparte, grande bombe chez Mme Buffin (ma Charmante Cousi-
ne !). Ce soir je vais à Pont-Trambouze, où je trouverai Rinette. En perspective une
agréable soirée à passer. Me voici dans de beaux draps, enfin je vais essayer d’en
sortir. Immédiatement je vais poser mes conditions à Rinette, je te tiendrai au cou-
rant. Tu parles si Lysot est bien vu à la maison Buffin… Je vais lui en dire deux
mots. Que la vie est bête tout de même… Je me plaignais de la vie militaire, mais
alors, de la vie civile que dois-je en dire ? La discrétion la plus complète à ce sujet-
là… » Il n’en demeure pas moins que leur mariage eut lieu.
Marcel et Marie s’étaient écrit, mais rien, absolument rien, dans leurs lettres ou car-
tes postales ne laissent supposer le moindre sentiment amoureux.
Il est vrai qu’une certaine pudeur était de règle dans ce milieu de la petite bourgeoi-
sie chrétienne. Sur une carte, datée du 2 août 1919, Marie Escoffier qui signe « Ri-
nette » le remercie de « votre longue et bien charmante lettre… car elle m’a fait,
très, très plaisir… », et le 3 septembre, c’est lui qui lui écrit de Saint Brieuc : « ce
soir je vous écrirai bien longuement, car j’ai reçu en même temps, vos trois char-
mantes lettres qui m’ont causé beaucoup de joie… Je vous embrasse bien bien
fort… ».
Et nous n’avons rien d’autre…
Ultime texte de cette correspondance retrouvée. Une carte postale datée de Verdun,
le 5 mars 1920, et qu’il envoie à ses parents pour leur dire qu’ils rentrent à Thizy. Il
semble donc que Marcel ait voulu montrer à sa jeune femme les endroits où il avait
tant souffert. Pour un voyage de noces, Santa Lucia ou Vérone eussent été plus
« romantiques »
Au terme de la lecture de ce millier de lettres, ce qui reste gravé dans notre mémoire,
c’est le parcours d’un jeune homme d’une vingtaine d’années, jeté dans une tragédie
dont il n’était qu’un pion et qu’il était loin de comprendre, mais qui, grâce à cette
faculté d’adaptation propre à la jeunesse, sut faire « face », comme il l’écrivait à ses
parents. À l’instar de ces millions de jeunes « poilus » qui, comme lui, passèrent
dans la « fournaise », il incarne ce Français de la « base » qui accepta la guerre et
son horreur car c'était son « devoir », sans illusion, sans panache particulier, sans
prétention, mais avec une abnégation qui force le respect et l’admiration, sans ex-
clure pour autant une certaine « rouspétance ».
Il fallait y « aller ». Et ils y allèrent.
En ce sens, il fut un « poilu » exemplaire.
Exemplaire, aussi, dans la justesse et la véracité des événements relatés, à l’instar de
tous ceux qui, comme lui, écrivirent à leur famille ce qu’ils vivaient au jour le jour,
loin de toute prétention littéraire. On peut regretter qu’il n’ait pas donné plus de dé-
tails sur la « guerre », de ses drames, et des angoisses vécues. Il ne nous appartient
pas de refaire l’histoire, mais il est évident que, dans sa simplicité et son authentici-
té, Marcel BÉROUJON pourrait être perçu comme l’image humaine, terriblement
humaine, de ce que l’on appela : LE poilu.
Peut-être, aussi, faut-il ne pas oublier qu’une grande Dame s’était penchée sur son
berceau, Dame Chance, qui lui permit de revenir parmi les siens, sans blessure appa-
28rente, et qu’il reprit une vie que l’on pourrait qualifier, tout simplement, de normale.
Ce qui ne fut pas le cas de tous, hélas, car 196 noms sont gravés dans le marbre du
monument aux morts de Thizy.

AVERTISSEMENT
Tout comme de nombreux autres poilus formés à la même école de la République,
Marcel Béroujon utilise des formules que l’on pourrait dire stéréotypées, si elles
n’étaient pas aussi l’expression de l’amour, de l’affection et de la tendresse dont il
témoigne à l'égard de ses parents et des autres membres de sa famille.
TOUTES ses lettres - et il y en a 1050, mais je n’en ai gardé que 667 - commencent
par la même phrase dans laquelle il remercie ses « bien chers parents » de, ou des
lettres reçues, auxquelles il « s’empresse » de répondre, en faisant état de sa « bonne
santé », et en espérant qu’il en est de même pour eux.
Ainsi le 11 janvier1915 :
« Bien chers parents,
Je m’empresse de faire réponse à votre charmante lettre du 9 ainsi qu’à celle du 8
écrite par Mademoiselle Antoinette. C’est toujours avec un très grand plaisir que je
reçois de vos charmantes nouvelles. J’espère que ma lettre vous trouvera tous en
parfaite santé. »
Une autre lettre commence par :
« Je suis en possession de votre charmante lettre du 31 mars, qui m’a bien fait plai-
sir. Je suis heureux d’apprendre que vous êtes en parfaite santé. Moi, pour le mo-
ment, je me porte à merveille ». De même, il termine en les « embrassant bien fort »,
et en leur demandant de transmettre « mille bonnes choses » aux autres membres de
sa famille, dont, essentiellement : « Marraine et Antoinette ».
C’est ainsi que le 6 janvier 1915, il conclut par :
« Dans l’espoir que ma lettre vous trouvera en parfaite santé, je termine mes bien
chers parents en vous priant de recevoir mes meilleures amitiés et mes plus doux
baisers. Mille bonnes choses à Marraine ainsi qu’à ma charmante cousine Chi-
pette… Marcel. »
Pour éviter cet aspect répétitif, et ne pas alourdir le texte, je ne les ai pas recopiées
lorsqu’elles n’apportent rien de particulier pour la compréhension de ce que Marcel
écrit, et surtout, lorsque, dans des moments dramatiques, elles font penser à un au-
tomatisme d’écriture. Ces lettres commenceront donc par des points de suspension.
Rares, pour ne pas dire rarissimes, sont les lettres qui ne répondent pas à ce schéma,
et nous les avons conservées. Nous n’avons rien changé à la correspondance de
l’année 1914, et ce n’est que lorsque Marcel se trouvera vraiment au combat
(mai 1915) que nous avons procédé à la suppression des formules de politesse par
lesquelles commencent et se terminent les papiers envoyés à ses parents. Ceci dit,
dans le présent ouvrage, nous avons, volontairement, supprimé un grand nombre de
lettres que nous avons jugées sans le moindre intérêt pour le « parcours de soldat »
de Marcel Béroujon, bien qu’elles soient très éloquentes sur l’affection, la tendresse
29et l’amour qu’il portait à tous les siens. Qui plus est, il ne nous a pas été possible de
déterminer quelles étaient toutes les personnes dont Marcel fait état dans certaines
lettres, car il ne donne que leurs prénoms. Nous avons donc jugé préférable de ne
pas recopier ces petits textes qui auraient risqué de lasser le lecteur, voire de l’irriter,
car incompréhensibles.
Un dernier détail. Sur certaines lettres, Marcel Béroujon mentionne la date complète
avec l’année, sur d’autres seuls le jour est mentionné. Pour permettre au lecteur de
se retrouver plus facilement dans cette correspondance, j’ai ajouté, entre parenthè-
ses, l’année. De plus, durant le mois de décembre, certaines lettres ne sont pas de
Marcel, mais de son père. Il faut préciser que Pierre Béroujon, le père de Marcel fut
mobilisé lui aussi, mais dans une unité territoriale. Il fut rapidement démobilisé et
rejoignit son foyer et la « Manu ».

30


Marcel en 1914
(Collection privée)
1914