Mali : le procès permanent

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Français
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Aujourd'hui, après deux décennies de multipartisme et de démocratie, et alors que le Mali s'apprête à fêter en grande pompe le cinquantenaire de son indépendance, tout porte à croire que les Maliens sont las, voire déçus par la classe politique, et peu intéressés à la politique et à l'avenir même de la démocratie et du multipartisme. Voici un état des lieux de cette expérience démocratique, de ses hauts et de ses bas, ainsi que des causes du désintérêt et du désenchantement des Maliens.

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Date de parution 01 septembre 2010
Nombre de lectures 104
EAN13 9782296262751
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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MALI: LE PROCÈSPERMANENTÉtudes Africaines
Collection dirigée par Denis Pryen et François Manga Akoa
Dernières parutions
Aly Gilbert IFFONO , Résistanceetsurvie, Un peuplede
Guinée face aux colonisations : les Kissia (Guinée, Libéria,
Sierra Leone), 2010 .
Kiatezua LUBANZADIO LUYALUKA , La religion Kôngo ,
Ses origines égyptiennes et sa convergence avec le
Christianisme, 2010 .
Kiatezua LUBANZADIO LUYALUKA , L'inefficacité de
l'églisefaceà la sorcellerieafricaine, 2010 .
Richard EYASU , Démocratieen Afriquefrancophone : une
pure fiction, 2010 .
Ambroise V. BUKASSA , Congo-Zaïre:éternelrebelle au
consensuspolitique, 2010 .
Arlète TONYE , Pratique juridique des financements
structurés en Afrique, 2010 .
Hugues MOUCKAGA , Les Bapunu du Gabon,communauté
culturelled’Afriquecentrale, 2010 .
Moïse LIDA KOUASSI ,Témoignage sur lacrise ivoirienne,
De la lutte pourla Démocratieà l'épreuvede la rébellion ,
2010 .
Jean Damien MALOBA MAKANGA , Les précipitations au
Gabon:climatologieanalytiqueen Afrique, 2010 .
Jean-Alexis MFOUTOU ,Essaisurla traduction : Faits divers
etlexiquefrançais-munukutuba, 2010 .
Pierre-Marie METANGMO , Peut-on sauverle Cameroun? ,
2010 .
Hygin Didace AMBOULOU , Le Droit des collectivités
locales au Congo, 2010 .Tahirou Bah
MALI: LEPROCÈSPERMANENT© L’Harmattan, 2010
5-7, rue de l’Ecole polytechnique; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN: 978-2-296-12508-7
EAN: 9782296125087ÀMakikoMorel,
À tous les enfants qui ne pourront pas lirecet ouvragedu fait de l’absence d’un
pèreoud’unemère pourleurassurer uneéducation,
À toutes celles et ceux qui souffrent du fait de l’absence d’une mère, d’unmari,
d’unfils pourleurassurer protectionetaffection
À ma mère.QUELQUESREPÈRES
Superficie : 1 241 238 km2
Population : 12 337000 habitants
Densité depopulation : 9,9 hab. /km²
Population urbaine : 32 %
Capitale :Bamak o
Langues : français(langue officielle), une trentaine de langues dont
le bambara, le bozo, le bomu, l’arabe hasanya, le fulfude, le
malinké, le sénoufo, le dogon, le songhaï, etc.
Groupes ethniques : Groupe manding (Bambara, Malinké,
Dioula), Groupe voltaïque (Mossi, Bobo, Minianka, Sénoufo),
Groupe soudanien (Sarakolé, Songhaï, Dogon, Bozo), groupe
nomade (Peulh,Touareg,Maures).
Religion : musulmans (90%),animistes(9%), chrétiens (1%)
Nature de l'État : républiqueparlementaire.
Régime :présidentiel
Président depuis 2002 :AmadouToumaniTouré
Indice de développement humain (IDH) :0,380(173e sur 177)
Espérance devieà lanaissance: 54,5ans
Probabilité de décéderavant 40ans : 30,4%
Population de moins de15ans: 47,7%
Population de 65ans etplus : 3,6%
Indice de fécondité(2005/2010) : 6,52 enfants par femm e
Tauxd’alphabétisationdesadultes(15anset +) : 24%
Tauxnet de scolarisation dans le primaire : 51%
PIBpar habitant : 392 $
Dépenses publiquespour l'éducation: 4,3% duPIB
Dépenses publiquespour la santé: 3,2% duPIB
Dépenses militaires : 2,3% duPIB
Aide publiqueau développement perçue par habitant: 51,1 $
Aide publiqueau développement : 13,0% duPIB
Service de la dette : 1,7% duPIB
Population privéed’accèsà un pointeauaménagé : 50%
Populationvivantavec moins de 2 $/jour(1990/2005) : 72,1%
Populationvivant sous le seuil de pauvreté(1990/2005) : 63,8%Nombre de médecins pour100000 habitants : 8
Population souffrant demalnutrition(2002/2004) : 29%
Taux de mortalité infantil e: 120‰
Taux de mortalité des enfants de moins de 5ans : 218 pour mille
Cas de paludisme pour100000 habitants (2003) : 11925
Internautes(pour1000 habitants) : 4.
Sources: Rapport mondial sur le développement humain PNUD
2007/2008 etÉtat du monde,La découverte 2009.
Résumé de l’histoire récente : Pays d’Afriquede l'Ouest,
indépendant depuis le 22 Septembre 1960, le Mali a connu troi s
régimes.La première république était dirigée parModiboKeïta.Il a
été renversé le 19 novembre 1968 parun coup d'État militaire opéré
par leCMLN (Comité militaire de libération nationale) dirigé par l e
Lieutenant Moussa Traoré. Le CMLN a été dissout en 1978 pour
laisser placeà l’UDPM (Uniondémocratiquedu peuple malien).En
1991,après23ansau pouvoirMoussaTraoréa été renversé par le
CTSP (Comité de transition pour le salut public) dirigé par le
Lieutenant Colonel AmadouToumaniTouré (ATT). En juin 1992,
Alpha Oumar Konaré a été élu Président de la république. Il a ét é
réélu en 1997. En 2002 ATT a remporté l’électionprésidentielle
face à 24 candidats.Ila été réélu en 2002.AVANT-PROPOS
POURQUOI «MALI :LEPROCÈSPERMANENT » ?
Les questionstraitées dans cet ouvrage concernent l’analysede la
situation politique etsociale duMali, près de deux décenniesaprès
la chute de la dictature, et l'instauration de la démocratie.
Le lecteur non-malien, aura probablementquelques difficultés à
comprendre certains éléments de cet ouvrage, ce dont nous nous
excusons par avance. L’ouvrage vou drait en effet, s’adresser
d’abordaux maliens.
En effet, la démocratie et le multipartisme intégralinstaurés en
1991 n’auraient pu être possiblessiles maliens n’étaient descendus
comme un seulhomme dans les rues, parfois au prix de leur vie
pour affronter la répression. Ils ont cru aux promesses que les
acteurs duMouvement démocratique leuravaient fait miroiteravec
malice. Le Mouvement démocratique avait laissé entendre que la
chute du Dictateur suffirait pour que le « bien-être» des malien s
soit assuré. Tous les maux dontsouffrait le Mali (corruption,
népotisme, clientélisme, gabegie, détournement du bien public…)
étaient mis au compte de la dictature. Aujourd’hui, le constat est
amer.Avec lessoi-disant démocrates, le« bien-être» du peuple est
loin d’être un acquis. Les maux d’antan perdurent et
s’institutionnalisent.
Quantaux non-maliensqui pourrontrestersur leur faimparrapport
à certains détails manquants, nous les encourageons à rassasier leur
curiositéen s’informant sur ces dits détails, souvent complexes,
mais passionnants.Ils sont les parties invisibles de ce livre!
La complexité du cadre politique duMali, qui nousamène à parler
du dilemme malien, est très difficile à saisir de l'extérieur.Il faut la
vivre de l’intérieur pour en discernerles différents ressorts. Nous
nous efforcerons de les expliquerau mieux.
9Parailleurs, la situation politique du pays depuis les événements de
1991, échappe souvent à toute analyse. Les hommes politiquesse
sont en effet, ingéniés à brouiller les pistes, favorisant ainsila
diversion et la confusion. C’est pourquoi, lesmaliens ne
parviennent plus à les suivre, de même que les Politiques n e
comprennent plus le peuple malien, de telle sorte que le fossé
devient de plus en plus grandentre l’homme politiqueetlecitoyen.
Pourquoi ?
Les deux camps se renvoient la responsabilité ets’accusent
mutuellement de tous les maux. Pour la population, les hommes
politiquessont des m enteurs qui se soucient d’abord de leurs
propres intérêts au détriment de ceux des maliens. Quant aux
hommespolitiques, ilsvoient la population comme ne s’intéressant
qu’aux futilités:c'est-à-dire aux t-shirts, au thé, ausucre et aux
billets de1.000FCFA…,distribuéslorsdescampagnes.
Voter ne serait plus basé sur les programmes politiques, mais plutôt
sur ce qui est donnéen guise de cadeau par les différents candidats.
Cela se résumerait donc à la politique du ventre pour les citoyens
d’une part et de l’autre, pour les hommes politiques,à la politique
de la charité bienordonnée, celle qui commence par soi-même!
La crise de confiance entre les deux camps est patente, et le fossé
s’est particulièrement creuséet agrandi depuis 2002, tant les
aspirations nées des événements de mars 1991 étaient grandes.
Elles ont fini parse transformer en désillusion, désenchantement,
voireen désespoir. Le sentiment général des maliens est celui
d’avoir été trahis parla classe politique. Les promesses de 1991
n’ont pas été tenues. Ce qui explique les comportements, et les
ressentiments d’aujourd’hui, au pointqu’en considérant la
dégradation des conditions sociales et économiques, certains en
viennent même à regretter le Dictateurd’antan.
LePrésident de la république,ATT lui-même,a reconnu devant le s
Assises nationales des jeunes, et lors de sa dernière sortie télévisée
1 01annuelle, intituléeBaro(causerie) que «rien ne serait plus facile et
que lavie serait de plus en plus difficile » .
Nous ne cherchons pas ici, à incriminer les hommes politiques, ni à
blanchir la population. Ils’agitpournous, d’analyser et dire les
chose s tellesqu’ellessont, sans fard, laissant le jugement à tous,
filles, fils etsympathisants du Mali. La situation actuelle du pays
interpelle tous, et la responsabilité commune est engagée. Ce sont
lesPolitiques qui détiennent le pouvoir, soit.Mais il ne faut jamai s
oublierque le dernier motrevientau peuple souverain.Et personne
ne luttera à sa place.
Pendantque les dirigeants alternent etse succèdent, le peuple
malien lui, reste et demeure. La confusion qui règne sur les
positions politiques, sociales, économiques et culturelles du pay s
mérited’êtrecombattue.Ilya nécessitéd’une politiquedéterminée,
claire etassumée.
Les partis politiques doivent jouer leur rôle de partis, dont
l’objectif doit être la conquête etl’exercice du pouvoir, afin de
traduire dans les faits leursprogrammes, et projets de société.
Quant aux organisations de la société civile, elles se doivent
d’assurerun réel contre-pouvoir indépendant des partis, l'éducation
populaire et alternative des citoyens, afin que ceux-ci soient
capables de comprendre les enjeux politiques, sociaux et
économiques du pay s.C’estcela même qui permettra la sauvegarde
de la démocratie, et obligeraau respect et à la crédibilité.Au lieu de
cela, ces organisations de la société civile, sont de façon croissante,
plus politiques que les partis. Ellessont dans une logique d e
montage desprojets, de lobbying, de recherche des financements...
Elles sont également plus soucieuses de préserver leursrapport s
d'amitié avec les partenairestechniques et financiers, qu'avec les
populations qu’ellesprétendent défendre. Ellesse substituent à
1Débat télévisé, réalisé unefois paranpar lePrésident de la république.Ila pour
objectifpour lePrésident,de s'expliquer sur la situation générale du pays.Il est fait
en languenationale, le bamanankan(bambara).
11l'État en réalisant çà et là, la construction d’écoles et de Centres d e
santé pour les populations. Elles vont plus loin souvent en
construisant desponts et barrages.Certainess’adonnent au folklore
en pavantquelquesruelles àBamako pour s'attirer,on ne saitquell e
sympathie!La presse doit être libre et impartiale, rapporter la vraie
information au peuple. Les syndicats doivent également défendre
lestravailleurs, sans se laisser caporaliser par le régime et le
patronat. La justice doit demeurer indépendante, autonome,
impartiale et juste. Tous les hommes doivent être égaux devant la
justice. L’État doitêtre un État de droit.La démocratie est un bien
commun de l'humanité, chacun doit yavoir non seulementsa place
mais surtout,la possibilitéde s’assumer en tant qu'individu, groupe
ou collectif, dans le respectstrict de son prochain.Pour cela il sera
nécessaire de clarifier les différentes positions politiques, faute d e
quoila confusion qui en résulterait pourrait entraînerune crise de
confiance, la peurde l’autre, la suspicion etautres conséquences.
Aprèsune réflexion personnelle et collective avec toutes celles et
ceux qui nous ont accompagné dans l’écriture de cespages, nous
avons décidé d’intituler ce présent ouvrage «Mali: le procès
permanent ».Pourquoi ?
- D’abord parce qu’ily a un procès permanent dans la marche de
l'histoiredeshommes. Tant que l'humanité verrade l’injustice en
son sein, le procès, même symbolique, aura droit de cité dans la
réflexion collective. Il est donc permanent. Il représente une
dynamique indissociable du militantisme politique tel que nous le
concevons.
S’ily a procès, même symbolique à faire, il doit commencer par
celui de la gouvernance denotrepays.Il est nécessairepour tous les
maliens, qui ont cru aux promesses qui accompagnaient
l’avènement de la démocratie et dont le résultat est aujourd’hui
désillusion et désenchantement. Aussi, reconstruire sur des bases
saines etredonner espoir en la politique passe impérativement par
une introspection de ces deux décennies de démocratie.
1 2-Au-delà, nous entendons par procès permanent,celui que se livre
tout homme qui se révolte contre les méfaits du systèmeactuel.Le
capitalisme, la courseeffrénée au profit ontun écho
particulièrement cruel dans notre pays et en Afrique en général.
L’injustice du capitalisme ne peut que frapper violemment, tant la
misère qu’il provoque est grande de ce côté-ci du globe. Pourtant
mondialisation et capitalisme ont fait leur entrée. Mais d’autres
aussi sont passés par cettemême porte!
Des multinationales néocolonialistes et «des prédateurs des
richesses d'autrui», selon Sékou Diarra de Helvétas Mali, pillent
lesrichesses nationalesavec la complicité de notre élite dirigeante,
compradore et corrompue. L’aide au développement est certe s
apparue, mais il faut en comprendre lesrouages pour se rendre
compte à quel point elle est perverseet néfaste. La corruption des
élites nationales mine le chemin vers un réel développement. En
outre, tantque cet argentsera conditionné par la mainmise
économique des multinationales étrangères,comment pouvoir
changer les choses en profondeur ? Quelle peut être dans ce s
conditions notre margede manœuvre ?
Le communisme, qui, jadis prétendait défendre les peuples en quête
de liberté, les masses laborieuses, lestravailleurs, les ouvriers, les
paysans, n’a-t-il pas été utilisé comme moyen d’autoritarisme et de
dictature ? Ce quia causé sa perte. De même, le capitalisme, dont
l’échec est patent, ne justifie t-il passa sale besogne par les mêmes
procédés?
À les croire, seul com p te l’intérêt de l’humanité. Mais force est de
constaterque les moyens, et les chemins qu'ils se donnent ou se
sont donnés jadis, sont loind’êtreconformes à l’intérêt commun,et
au bien-être de l’humanité. La réalité est que les peuples ne voient
guère leurs conditions de vie changersignificativement. Au
contraire, elles se dégradent et l'environnement,avec.
Le monde est en mouvement perpétuel, infini et permanent. Après
les grands empires (Romain, Perse,du Mali,du Ghana…), les
grandsroyaumes (Bambara de Ségou, Zoulou d'Afrique du Sud,
1 3PREMIÈREPARTIE
LAGRANDEDÉSILLUSION
1991,LEVENTDELADÉMOCRATIEAUMALI
À la fin de l’année 1990, le peuple malien découvrait deux grandes
formationsassociatives :
- L’ADEMA-Association (Alliance pour la démocratie au
Mali),créée par les intellectuels progressistes, les
professeurs, les enseignants, les anciens militants du PMT
(Parti malien du travail) et certains petits cadres en disgrâce
sous la dictature ;
- Le CNID-Association (Congrèsnational d’initiative
démocratique) créé par les jeunes avocats, les jeunes
magistrats, les jeunes intellectuels, les étudiants et les
artistesprogressistes.
Ces deux organ isations politiques,avec l’AMDH (Association
Mali enne des Droits de l’Homme), la Centrale syndicale (Union
Nationale des Travailleurs du Mali), l’AEEM (Association des
Élèves et Étudiants du Mali) et plusieurs petites associations, s e
sontregroupées plus tard au sein d’une alliance nommée
«Mouvement démocratique » (MD), pour faire front commun face
à la dictature.
Le MD rassemblait des hommes etfemmes d’horizons politiques
divers: opposants pourchassés par la dictature, mécontents du parti
unique, petits fonctionnaires enmanque de promotion, socialistes
déchus de 1968, étudiants réprimés en 1981, etsyndicalistes en
rupture de banc !
Le MD revendique et promet : «De libérer le Mali du joug
dictatorial, de faire naîtrecette démocratie tant enviée, tantrêvée
et tantattendue et faire respecter les droits del’Hommejusqu’alors
méprisés.Maliens, une fois la dictature tombée, vousaurez le pain,
1 5le sucre, le thé et le riz doux. La vie sera belle, et meilleure. Vous
verrez leMali, notreMali connaîtral’essor,ledéveloppement.
Les femmesserontsoignées, les enfants iront à l’école ventre plein.
On prendra soin de vos maris dans lesusines. Lessalaires seront
augmentés.Le payssera désenclavé, vous aurez de grandesroutes,
des ponts et des barrages ».
À ces appels politiques d’espoir et de changement après vingt-troi s
années de dictature, et de parti unique, beaucoup de maliens
répondirent favorablement, et avec engagement: «À bas la
dictature, la gabegie, le népotisme, le clientélisme ».Le réveil, et le
prix à payerparla suite, n’en furent que plus douloureux. C’est
dans ce contexte que se déroulèrent les événements de mars 1991
qui furent portés par le peuple galvanisé, encouragé par ces
formations d’apparence révolutionnaire.Nombre de morts : 215, un
millier de blessés, un lourd tribut pour permettre à un certai n
Amadou Toumani Touré (ATT), etses compagnons d’armes de
faire tomber le régime du Général MoussaTraoré (GMT), et d e
s’autoproclamerà la têtedu pays.
Trèsrapidement lesacteurs duMD commencent le partage du buti n
de guerre, obtenu au prix de la sueur et du sang du peuple. Les
élèves et étudiants, fer de lance de la démocratie, exigent leur place
au CTSP (Comité de Transition pour le Salut Public). Le CNID,
dirigé parun jeune avocat brillant, s’autoproclame défenseur des
masses et des pauvres, en tenantun discours patriotique.
L’ADEMA, plus maligne, plus opportuniste fait profilbas,etattend
de voir l’orientationdu vent nouveauavantde se positionner.
Quantaux maliens…
Satisfaits des immensessacrifices, ils réclamèrent immédiatement
la tenue des promesse s. «Patientez maliens! Cette période
s’appelle la transition, elle a pour tâche d’élaborer lestextes
fondamentaux du nouveau Mali, d’organiser la Conférence
nationale et les élections générales.Elle durera quatorze mois.Une
courte période au regarddes décennies de dictature! ». C’est du
moins l’argument qu’utilisèrent les acteurs du MD, et de faire
1 6planer la menace d ’un retourdu d ictateurGMT,comme prétexteau
calme.Celapermettait en effet, de faire passer la pilule!
GUERREDEPOSITIONNEMENTETDESUCCESSION
Après lachutede la dictature, les alliés d’hierinitient alors la
guerre de positions et de succession. Ils transforment leur s
associations en partis politiques en gardant les mêmes noms pour
cultiver la confusion, et commencent la constitution du bétail
électoral pour les futures batailles politiciennes.
MeMountagaTall,Président duCNID-Association,
devenuePartiCNID, commence alors à rêver, et pousse le bouchon plus loin e n
s’adjugeant le rôlede porte-parole des aspirations, et des espoirs
nés de la lutteau prix du sang. Illanceavec sesalliés étudiants ce
fameux slogan Kokadjè (transparence)pour faire table rase du
passé, et faire la révolution. Des pseudos révolutionnairesqui s e
prennentpour des nouveauxChe etSankara !
Pour les Adémistes, pasquestion de laisser passer cesslogans des
jeunes gens agités. Eux qui ont participé, voire même cogéré le
pouvoir avec le Dictateur à un moment donné de leur vie!
L’ADEMA-PASJ (Alliance pour la démocratie au Mali-Parti
Africain pour la solidaritéet la justice), donttous les dirigeants
avaient des comptes à rendre, est restée silencieuse, et à l’écart des
débats dits stériles des brebis égarées.
Son objectifétait de prendre le pouvoir et de combler le vide, rien
de plus. Son argument: «Il faut être responsable, et ne pas trop
révolutionner le système sous peine de chaos ».
Au niveau des vrais meneurs (ATT et les militaires) du coup d'État,
c’est la panique à bord. Entourés de jeunes loups, de vieux
révolutionnaires,de syndicalistes en rupture de banc et de quelque s
modérés, tout porte à croire que les militaires sont pressés de
remettre le pouvoir aux acteurs du Mouvement démocratique, eux
qui ont encouragé le peuple etl’ont incité à descendre dans la ru e
pour déstabiliser leDictateur, et faciliterainsi le coup d'État.
1 7Les militaires pouvaient-ils faire autrement s’ils avaient un
minimum de sens de responsabilité ? Certainement non! Ce coup
d'État est en fait le leur! En 1992, après quatorze mois de
transition, l’ADEMA-PASJ remporte l’élection présidentielle. Les
responsables arrivent, telle une tornade, en force et en courant,
affamés etassoiffés depouvoir.
LeCNID, irresponsable,accepte le faitaccompli, le couteausous la
gorge. Depuis ce jour-là, de concession en concession, Me
Mountaga Tall finit par abandonnerson rêve, etse vider de son
contenu pour vivre dans cette nouvelle réalité. L’AEEM
(Association des élèves et étudiants duMali), mélancolique, part se
consolerdans l’alcoolendevenant un ratdebar,eten se prostituant
au derniervenu de laviepolitique!
Les maliens, boucs émissaires de l'avènement de la démocratie, sont
alors meurtris, humiliés, trompés, manipulés. Ils se contentent de la
«liberté d’expression», de cette pseudo-démocratie faite de votes
etd’élections truquées.On oublie vite le riz, le pain, le sucre, le lait,
et le thé!On regarde de travers lesrêves, les espoirs, les illusions.
On se souvient de temps en temps de ces grands moments qui ont
2fait vibrer l’existence du malien. On prend beaucoup de thé , avec
de la menthe si possible. Les plus faibles, mélancoliques et
désespérés, préfèrent l'alcool. On fume, on boit et on discute en
souvenir des beaux moments !
AOKETLAMAINMISEDEL’ADEMA-PASJ
Avec l’arrivée au pouvoir en juin 1992 d’Alpha Oumar Konaré
(AOK),ancienMinistre de la jeunesse duDictateur dans lesannée s
70, la nouvelle élite ne perd pas de temps. Elle foule au pied les
aspirations de mars1991.
2
Ilyaplus deux millions departies de théàBamakopar jour, selonSékou
Diarra.95% de cesparties de thé sont faitespar des jeunes.
1 8Les droits d'auteur de la démocratie au Mali se limitent à la
célébration du passé par degrands discours qui sonnent creux, de s
dépôts de gerbes sur la tombe du soldat inconnu et non du martyr
inconnu à laPlace des martyrs, devant l'ambassade deFrance, le 26
mars de chaqueannée.
Pour sa démocratie etsa bonne gouvernance, leMali est félicité par
les partenairestechniques et financiers.Il est citéen exemple par la
communauté internationale. De l’intérieur, le constat est moins
idyllique.Tous les cinqans, les électionssont organisées.Onprend
à témoin la communauté internationale. Destouristes déguisés e n
observateurs débarquent à Bamako. Quelquestours de 4x4,
quelques pages de rapports dressés dans les hôtels climatisé s
suffisent. «Les élections ont été libres ettransparentes »affirment
les observateurs. La curieuse communauté internationale s’en
réjouit, féliciteets’en félicite !
Chers bailleurs, chers partenairestechniques et financiers,« Iln’y a
plus rien qui nous reste. Avec sa mauvaise gestion, le Dictateur
avait fermé la machine, mais rassurez-vous, chers bailleurs, leMali
regorge d’agneaux ». On invite les loups (bailleurs-partenaires)
pour admirer les agneaux (les maliens). C’est la coopération, le
développement, le Co-développement, le partenariat bilatéral et
multilatéral entre bailleurs-loups et maliens-agneaux. Que le dîner
soit servi !
Les maliensterrifiés,crient auprès de nos meneurs à l’abattoir.
Non !… ce sont des «partenaires-investisseurs, ils investissent
pour votre bien» !Nous rassurent nosvaillants et braves dirigeants.
«Ils vont vous fairedesroutes, des ponts, des puits. Ils vous
assurent le développement, vous construisent des écoles, un village,
une école. Les Centres de santé seront également mis en valeur à
travers le pays. ».Votre procès nefaitque commencer, ne vous
inquiétez pas! Cartrop c’est trop,vousaurez un procès permanent
certainement équitable !L’histoire nous ledira.
«L'Afrique n’est pas prête pour la démocratie » disait-on avec
mépris de l’autre côté de l’hexagone. N’est ce pas Monsieur le
19