Marie-Antoinette

Marie-Antoinette

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31 pages

Description

15mn d'Histoire : une nouvelle collection de textes courts pour apprendre et comprendre l'Histoire en 15 minutes.
Peu de reines de France exercent autant de fascination que Marie-Antoinette.
Enjeu d'une alliance inattendue entre la France et l'Autriche, envoyée en France pour y être l'épouse d'un dauphin peu empressé dans le mariage, Marie-Antoinette connaît ensuite les maladresses et les scandales. Le plus retentissant reste la fameuse affaire du collier. En dépit de ses efforts pour devenir plus française, elle se sent toujours en 1789 comme une étrangère. Et le torrent de la Révolution l'emportera.



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Date de parution 10 avril 2014
Nombre de lectures 14
EAN13 9782262048044
Licence : Tous droits réservés
Langue Français

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couverture

DU MÊME AUTEUR

Aux éditions Perrin

Louis II de Bavière ou le Roi foudroyé, couronné par l’Académie française.

Haussmann, la gloire du Second Empire, prix Historia.

La Princesse Mathilde, prix Napoléon III.

Sissi ou la Fatalité, prix des Ambassadeurs.

Eugénie, la dernière impératrice, Grand Prix de la Fondation Napoléon.

Rodolphe et les secrets de Mayerling.

La Saga des Habsbourg.

La Saga des Windsor.

Albums illustrés de photographies de Jérôme da Cunha

Les Châteaux fous de Louis II de Bavière.

Sur les pas de Sissi.

Tapioca, cet inconnu.

Sur les pas de Mozart, en collaboration avec Frédéric Pfeffer.

A Saint-Pétersbourg sur les pas des tsars.

Collection « Tempus »

Malesherbes.

La Saga des Grimaldi.

Louis II de Bavière.

Sissi, impératrice d’Autriche.

Eugénie, la dernière impératrice.

Rodolphe et les secrets de Mayerling.

Le Roman de Vienne.

Aux éditions Plon

Dictionnaire amoureux des trains.

La Saga des Romanov.

La Véritable Histoire des châteaux de la Loire.

Aux éditions de Fallois

Malesherbes, gentilhomme des Lumières, Grand Prix de la biographie d’histoire de l’Académie française.

Aux éditions Julliard

Sleeping Story, la fabuleuse épopée des wagons-lits.

Aux éditions Denoël

En collaboration avec Jean-Paul Caracalla :

L’Orient-Express, couronné par l’Académie française.

Le Transsibérien.

Le Train bleu et les grands express de la Riviera.

Les Trains des rois et des présidents.

La Tour Eiffel (album du centenaire).

Aux éditions du Rocher

SAS Rainier III de Monaco, 700 ans d’histoire

des Grimaldi.

Inoubliable Grace de Monaco.

Colette et Monaco.

Le Roman de Vienne.

Aux éditions Flammarion

Mémoires d’un palace, photographies de Jérôme da Cunha.

Aux éditions Jean-Pierre Barthélemy/Caisse nationale des monuments historiques et des sites

Le Haut-Koenigsbourg (en collaboration), photographies de Robert César.

Aux éditions Chronique/Dargaud

Chronique de Paris (rédacteur en chef ).

Chronique du XXe siècle (rédacteur en chef ).

Aux éditions Pocket

La Saga des Romanov.

Jean des Cars

Marie-Antoinette

images

Pour Monique, bien sûr,
Et pour Joséphine.

Marie-Antoinette,
 dernière reine
 de France

De l’insouciance à la tragédie

Paris, prison de la Conciergerie, 16 octobre 1793, 4 heures et demie du matin. Lettre de la reine, appelée par dérision « la veuve Capet » depuis l’exécution de Louis XVI neuf mois plus tôt, à sa belle-sœur, Madame Élisabeth : « C’est à vous, ma sœur, que j’écris pour la dernière fois. Je viens d’être condamnée, non pas à une mort honteuse, elle ne l’est que pour les criminels, mais à aller rejoindre votre frère. Comme lui innocente, j’espère montrer la même fermeté que lui dans ses derniers moments. Je suis calme comme on l’est quand la conscience ne reproche rien. J’ai un profond regret d’abandonner mes pauvres enfants. Recevez pour eux deux ici ma bénédiction. Que mon fils n’oublie jamais les derniers mots de son père que je lui répète expressément. Qu’il ne cherche jamais à venger notre mort. Je sais combien cet enfant doit vous avoir fait de la peine. Pardonnez-lui, ma chère sœur, et pensez à l’âge qu’il a et combien il est facile de faire dire à un enfant ce qu’on veut et même ce qu’il ne comprend pas. Je meurs dans la religion catholique apostolique et romaine, dans celle de mes pères, dans celle où j’ai été élevée, ne sachant pas s’il existe encore ici des prêtres de cette religion. Je demande sincèrement pardon à Dieu de toutes les fautes que j’ai pu commettre depuis que j’existe. Je pardonne à tous mes ennemis le mal qu’ils m’ont fait. »

Pour écrire sa dernière lettre, la condamnée n’a eu que quelques instants. À 5 heures, un tambour bat le rappel. À 7 heures, des soldats sont en place sur tout le parcours qui la conduira de la Conciergerie, par la rue Saint-Honoré, vers l’ancienne place Louis-XV devenue place de la Révolution. À 7 heures et demie, un prêtre jureur s’approche de Marie-Antoinette ; elle refuse son ministère, l’ecclésiastique ayant vendu son âme à la Révolution. Le bourreau Sanson coupe les cheveux de la reine à ras au-dessous de son bonnet. Son visage, creusé, est pâle, les pommettes et les yeux sont rougis par la fatigue ; ses mains sont liées dans le dos. Gravissant les quelques marches qui mènent à la cour du Mai proche de la Sainte-Chapelle, elle monte dans la charrette qui va la conduire au supplice. Le roi avait eu droit à un carrosse. Sur son passage, depuis une fenêtre, le peintre David esquisse, au crayon, l’ultime et saisissant portrait de la reine. Depuis quatre ans, les épreuves et les drames l’ont vieillie. Elle n’a pas 38 ans. Un peu avant midi et quart, elle monte à l’échafaud.

Une archiduchesse d’Autriche très morale, mais peu instruite

Elle était née le jour des Morts, le 2 novembre 1755, à Vienne. Quinzième et avant-dernier enfant de l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche et de son mari François de Habsbourg-Lorraine, Maria Antonia Josepha Johanna grandit au milieu de ses frères et sœurs, dans l’atmosphère d’une cour familiale qui, l’été, vit au château de Schönbrunn, réaménagé sur ordre de Marie-Thérèse. C’est dans un de ses salons que la jeune archiduchesse avait vu et entendu Mozart démontrer son génie musical précoce et sauter sur les genoux de sa mère, aussi débordante de bonne humeur que le jeune prodige.

Maria Antonia n’a pas 10 ans quand disparaît son père, que l’on appelait l’empereur, même si en réalité le pouvoir était exercé par l’impératrice. Celle-ci décide de partager la dignité impériale, plus symbolique que réelle, avec son fils Joseph. À 24 ans, le frère aîné d’Antonia assure principalement, avec sa mère, la direction des affaires de l’Autriche, menacée par la Prusse et son roi très militaire, Frédéric II.

Un an plus tard, la quatrième fille de Marie-Thérèse est, sans en être consciente, l’enjeu de l’alliance inattendue entre les Bourbons et les Habsbourg, dont l’artisan est le chancelier Kaunitz. Celui-ci vise à contrer l’entente anglo-prussienne dans la guerre de Sept Ans. L’impératrice est une marieuse dans la tradition des Habsbourg, plus adroits dans les alliances matrimoniales que dans les conflits armés. Ses enfants, garçons et filles, sont, en somme, interchangeables. Des pions sur l’échiquier européen. L’essentiel étant de les répartir habilement et qu’ils ceignent une couronne.

Afin de garantir la paix avec la France, signée le 1er mai 1756, Marie-Thérèse envisage de marier Antonia au dauphin Louis, petit-fils de Louis XV. En charge des Affaires étrangères, le ministre Choiseul s’accorde avec Vienne pour organiser cette union au nom de la raison d’État. C’est alors que Marie-Thérèse se rend compte que sa fille, d’une solide santé et d’une parfaite élévation morale, n’a reçu qu’une instruction négligée, gravement insuffisante pour paraître à la cour de Versailles et y épouser l’héritier du trône. Sous l’autorité bienveillante de la comtesse de Lerchenfeld, Maria Antonia est supposée rattraper de grands retards. Alors qu’à la cour des Habsbourg on pratique couramment trois langues, c’est à peine si l’archiduchesse sait lire et écrire en allemand, son français est pitoyable et son italien incompréhensible. Maria Antonia a du mal à former ses lettres et à retenir l’orthographe. Elle a 11 ans. Gluck, le maître de chapelle de la Cour, l’initie – sans succès ! – au clavecin et son ami Noverre, un Français danseur et chorégraphe qui a ébloui Londres, obtient de meilleurs résultats en apprenant à la jeune fille les principales figures de la danse qui sont prisées à Versailles. À cet emploi du temps d’où la futilité est exclue s’ajoutent des leçons de chant et de diction plutôt laborieuses. Mais ce n’est pas tout : voici, dépêché de France, l’abbé de Vermond, un précepteur subtil arrivé en novembre 1768, qui doit s’assurer que la future dauphine est instruite dans la vraie religion et retiendra ce qu’il lui faut savoir de l’histoire de France, de sa monarchie et des usages de Versailles, beaucoup plus rigides que ceux de Vienne. De plus, la cour de France subit l’influence de favorites, créatures ignorées par la maison d’Autriche. Cette éducation tardive est sévère et sans doute mal assimilée, car personne n’avait enseigné à l’archiduchesse la notion de l’effort. À Mercy-Argenteau, l’ambassadeur de l’impératrice auprès de Versailles, l’abbé de Vermond écrit de son élève qu’« elle avait plus d’esprit qu’on ne lui en avait cru pendant longtemps. Malheureusement, cet esprit n’avait été accoutumé à aucune contention jusqu’à 12 ans. Un peu de paresse et beaucoup de légèreté m’ont rendu son instruction plus difficile. J’ai commencé pendant six semaines par le principe des belles-lettres. Elle m’entendait bien lorsque je lui présentais des idées éclaircies ; son jugement était toujours juste, mais je ne pouvais l’accoutumer à approfondir un objet, quoique je sentisse qu’elle en était capable. J’ai cru voir qu’on ne pouvait appliquer son esprit qu’en l’amusant1 ».