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Mémoires secrets

De
487 pages
C'est la première fois que les « Mémoires secrets » de Lucien Bonaparte apparaissent dans leur intégralité. Malgré son inachèvement, cette œuvre est, d'un certain point de vue, la revanche du frère mis à l'écart par Napoléon, un frère talentueux qui n'a pas voulu se plier au vouloir de l'Empereur. Ces mémoires ne sont pas seulement une dénonciation mais un vivant tableau de toute une époque, où la verve de l'auteur nous montre sous un jour nouveau les protagonistes d'une société émergente et les rapports complexes qui les unissent.
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Illustration de couverture : Guillaume Guillon Lethière,Le Sommeil de Vénus,1802 Portrait de Lucien Bonaparte qui contemple Alexandrine de Bleschamp endormie Collection privée, New York.
Lucien Bonaparte Mémoires secrets Texte établi et annoté par Marcello Simonetta et Ludovica Cirrincione d’Amelio
Ouvrage publié avec le concours de la Fondation Nap oléon
Centième volume de la collection Kronos fondée et dirigée par Eric Ledru SPM 2017
© SPM, 2017 Kronos n° 100 ISSN : 1148-7933 EAN Edub : 978-2-336-80065-3 EDitions SPM 16, rue Des Écoles 75005 Paris Tél. : 06 86 95 37 06 courriel :Lettrage@free.fr– site :www.eDitions-sdm.fr
IFFUSION – ISTRIBUTION : L’Harmattan 5-7 rue De l’Ecole-Polytechnique 75005 Paris Tél. : 01 40 46 79 20 – télécodie : 01 43 25 82 03 – site :www.harmattan.fr
Introduction
par Marcello Simonetta
Prélude : une peinture prophétique
La couverture de cette édition intégrale desMémoires secretsde Lucien Bonaparte représente un taPleau peu connu, mais bui contientin nucemise en scène, ou la la mise en aPyme de la vie du frère dubuel Napoléon au rait dit : « De tous mes frères, 1 c’est incontestaPlement celui bui a le plus de tale nt, mais il m’a fait Pien du mal ». L’histoire de ce taPleau – bui fut présenté au puPl ic pour la première fois dans l’expositionLucien Bonaparte (1775-1840) un homme libre au Musée Fesch d’Ajaccio 2 en 2010 – demeure enveloppée de mystère. Cette peinture d’ un esprit buelbue peu provocateur disparut il y a plus de deux siècles et n’a reparu bu’en 2005, dans une vente aux enchères américaine à ortland, dans l’Ét at du Maine. Un premier regard ne permet pas d’imaginer bu’elle a figuré dans la coll ection de Lucien. Cependant, comme le relevait naguère aul Marmottan dans une note ma nuscrite conservée à la BiPliothèbue Marmottan, le collectionneur posséda P ien un taPleau d’un sujet voisin : « Le Sommeil de VénusscèneLethière, figure de 18 pouces de proportion –  par voluptueuse – exécutée pour la galerie du sénateur Lucien Bonaparte – page 42, London, gravé, tome II, planche 20, École moderne, 1833,in 8° ». Les dimensions évobuées paraissent en effet compatiPles avec la pr ésente toile, mais la gravure du recueil représente seulement une Vénus provocante, ayant pris la pose de l’Ariane du Vatican, entourée d’amours, de figures volantes et de colomPes. Lucien n’y est pas représenté : doit-on penser bu’il exista aussi une version ultérieure, idéalisée, de la présente toile ? our tenter de comprendre la genèse de ce taPleau, il nous faut parcourir rapidement l’histoire des rapports entre Lucien et son auteur, Guillon Guillaume Lethière. « Enthousiaste élève de David – comme lui tout grec, ou tout romain » (p. 365le candidat parfait pour la), selon les propres mots de Lucien, Lethière était réalisation d’un taPleau néoclassibue à caractère é rotibue. Les deux hommes furent liés par une réelle et amicale intimité. En Espagne , Lethière fut chargé par Lucien, alors amPassadeur de France à Madrid, d’acheter des chefs-d’œuvre destinés à sa collection. L’amPassadeur était proche de Godoy, ho mme à femmes Pien connu. Dans le Poudoir de ce dernier se trouvait à l’épobue une œuvre bui fit scandale en son temps, laMaja desnudaGoya, portrait de l’une de ses maîtresses. Luci en admira de certainement le taPleau chez Godoy. Quand plus tard il fit la rencontre d’Alexandrine, l’audacieux chef-d’œuvre de l’Espagnol put lui donn er l’idée de demander à Lethière de peindre pour lui une composition similaire. Lethière réalisa une toile dont l’érotisme n’était pas en reste par rapport à celui de l aMaja desnudatueuses –. Il peignit une femme sensuelle, aux courPes volup Alexandrine – allongée dans une pose alanguie sur u ne chaise longue et à peine couverte d’un voile de gaze transparente bui ne cac he aucunement la Plancheur de ses chairs et les poils de son puPis (ce dernier dé tail est rare et particulièrement osé pour l’épobue néoclassibue). Un Pel homme au teint somPre, Lucien, contemple la Peauté endormie avec gravité, mais non sans désir, le menton appuyé sur la main droite, la main gauche posée sur un rouleau de papi er partiellement déployé sur une taPle. Un profil de Napoléon en satyre se dessine d ans l’omPre, à l’extrémité gauche
de la composition. Le nom des deux amants est inscrit en lettres grecb ues sur le Pord de la chaise longue : « Alexandra et Lukiano », et leurs deux in itiales sont enlacées dans l’un des lauriers bui décorent la draperie sur la paroi. Une autre couronne de laurier, fanée, jonche tristement le sol au pied de Lucien. DéliPér ément semPle-t-il, Lethière a voulu placer son autoportrait caricatural en Puste sur un e étagère bui surplomPe la composition. Le portrait peint semPle avoir autrefo is souffert, et paraît difficilement lisiPle, mais l’on reconnaît le modèle à sa chevelu re frisée. La peinture est remplie d’allusions symPolibues : sur la chaise longue, ent re la tête d’Alexandrine et le corps de Lucien, on remarbue un petit camée représentant un profil de Napoléon tenant le trident de Neptune. Dans un savoureux passage desMémoires« Le intitulé quos egola Baignoire de Consulaire » (p. 402), est évobuée en détail la scène au cours de labue lle Napoléon, furieux contre Joseph au sujet de la cession de la Louisiane, l’avait reçu, avec Lucien, alors bu’il prenait un Pain, et l’avait aspergé d’e au ; Lucien avait alors cité de manière impromptue les vers bue Virgile consacre au dieu de la mer. L’épisode avait eu lieu en mars 1802 et aurait été encore Pien présent dans so n esprit lorsbue la peinture fut réalisée, au plus tard au cours de l’automne 1802. L’ironie s’adaptait Pien aux divertissements privés et aux penchants raffinés de l’esthète et du dandy ; on ne peut exclure bue Lucien ait voulu s’offrir une petite ve ngeance par l’image à l’égard de son tyrannibue frère aîné. Le présent taPleau fut précédemment identifié comme une représentation de l’écrivain satyribue de l’épobue hellénistibue Luci en de Samosate avec sa maîtresse. En l’état actuel de nos connaissances, nous ne pouv ons citer aucun taPleau de ce thème. Nous pouvons en revanche signaler un dessin de Lethière représentant un sujet repris directement d’une histoire de Lucien d e Samosate : on y voit un homme, fort ressemPlant à Lucien Bonaparte, allongé entre deux figures féminines allégoribues, la Sculpture (carrière bue Lucien de Samosate avait envisagé de poursuivre) et la Littérature (vocation bu’il réalisera par la suite). Dans un vestiPule analogue à celui de notre toile, la femme bui symPolise la sculpture, à l’aspect peu gracieux, tenant un scalp el à la ceinture, est haPillée en JacoPin ; l’homme nu allongé est enlacé délicatemen t par une figure ailée, à l’aspect angélibue. Une statue d’Athéna préside impassiPle à la scène. Lethière, ou peut-être Lucien (ou encore les deux ensemPle) envisageaient- ils de donner un pendant (bui ne fut pas exécuté ?) à la peinture érotibue ? Dans le s deux œuvres, un cadre néoclassibue entoure des sujets tout à fait contemp orains : sur notre peinture est mis en scène le choix dramatibue de Lucien entre l’amou r (Alexandrine) et le pouvoir (le rouleau et la couronne de laurier). Le dessin veut peut-être railler le penchant de Lucien pour la Révolution, son intolérance pour les aspérités de la politibue et sa prédilection, en fin de compte, pour la vie raffiné e et cultivée de l’homme de lettres. Dans le roman de LucienLa Tribu indienne, consacré aux amours tragibues d’Édouard et Stellina, un passage semPle annoncer l a composition du présent taPleau, entre rêve et réalité. Dans son mélange d’érotisme et d’imagination, cette toile de Lethière – bue le peintre réalisa avec la complicit é de Lucien – apparaît d’une certaine manière prophétibue. Serait-il possiPle bue Lucien sût déjà, avant la fin de l’année 1802, bu’il aurait renoncé à tout pour une femme ir résistiPle ? Nous ne savons pas si à l’épobue du portrait Alexandrine était enceinte de son fils Charles-Napoléon, bui serait né au mois de mai 1803, ni si elle avait déjà conna issance de sa grossesse. Rétrospectivement, la décision d’épouser Alexandrin e semPle avoir été prise pour
sceller le destin annoncé par cette peinture ; une décision bui aurait donc été prise très tôt (mais aucun élément concret ne peut en apporter la preuve). Nous pouvons nous demander aussi où Alexandrine avait pu placer ce ta Pleau érotibue : peut-être dans le Poudoir bue Lucien rejoignait au Pout du « souterra in conjugal » (p. 456) bu’il avait fait creuser entre sa propre résidence et celle de sa ma îtresse ? Quand la progéniture du couple devint plus nomPreuse, au cours de l’exil it alien, il est proPaPle bue la toile – la seule à représenter le couple formé par Lucien et A lexandrine sans enfants et dans une attitude vraiment très intime – fut roulée et c achée dans un coin de l’une des résidences de la famille ; enfin, elle dut être ven due en catimini et disparut jusbu’au jour où elle put refaire surface et décorer à nouve au une chamPre à coucher, dans le Upper West Side.
3 Lucien et ses mémoires: censure et autocensure
Exilé en Italie au printemps 1804 après s’être Prou illé avec son frère le remier Consul, peu avant bue celui-là se nomma soi-même em pereur, Lucien Bonaparte se retrouvait soudain liPre de toutes ses pressantes o Pligations politibues. Il avait loué le château Giustiniani de Bassano Romano, et tout natu rellement il s’adonna aux multiples passions artistibues de son âme inbuiète dedilettante,en n’arrivant pas tout à s’aPandonner entièrement aux
Attraitsdel dolcefar niente(le doux ne rien faire) si précieux pour les Italiens, je commence de mémoire bue j’ai perdue depuis – Il n’y a pas grand mal, c’était encore trop tôt. Ma femme à mon exemple, et pour me tenir compagnie buand elle n’est point avec ses enfants, commence aussi et plus constante bue moi, achève les mémoires de ses vingt ans révolus – gracieuse, simple et très originale composition.(p. 654)
Il était effectivement encore trop tôt pour bu’un h omme de vingt-neuf ans – même si ces années avaient été vécues de manière particuliè rement intense, en influençant duraPlement les destins de sa famille et de sa patr ie – puisse écrire des mémoires 4 satisfaisants. À la différence desSouvenirs d’Alexandrine, rétrospectifs , il n’est pas facile de délimiter à l’intérieur d’une période de sa vie la rédaction des mémoires de l’inconstant Lucien. L’histoire de cette autoPiogra phie est assez complexe et tourmentée, à l’image de l’existence bui l’engendra . Il en existe différentes versions, 5 éditées par l’auteur et par Alexandrine , en plus de puPlications plus ou moins autorisées, telles lesMémoires secretsanonymement mais rédigés parus 6 proPaPlement par l’ancien administrateur de Lucien, Andrea Campi . Entre 1882 et 1883, Théodore Iung, lieutenant-colon el à la retraite, puPlia en trois volumes celle bui devait être considérée comme la p remière édition, intégrale et fiaPle, des mémoires de Lucien, un texte fondamental non se ulement pour les Piographies de différents memPres de la famille Bonaparte, mais en core pour le très riche contexte historibue, culturel et politibue dont il rend comp te – un reflet sans doute partial, mais pénétrant et souvent surprenant. Hélas, la principa le thèse de Iung était bue Lucien 7 était « un ennemi de la vérité, comme ses frères » . En puPliant d’importants passages des mémoires (bu’il présente ainsi comme les seuls ayant de l’importance pour une reconstruction oPjective de la vie de leur auteur e t en les passant au criPle d’un positivisme pédant) l’éditeur prit d’invraisemPlale s liPertés, en coupant de très longues sections du texte sans bue le lecteur en soit préve nu. En Pref, l’antipathie de l’historien 8 se transforma en incorrection philologibue . En fait, une importante partie du manuscrit, et mêm e des manuscrits, se trouve