Mémorialistes et témoins rwandais (1994-2013)

Mémorialistes et témoins rwandais (1994-2013)

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Cette bibliographie recense et analyse tous les mémoires et tous les témoignages publiés par des Rwandais, francophones et anglophones, depuis les terribles violences de 1994. Elle dresse un tableau complet de la littérature mémorielle rwandaise contemporaine.

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Ajouté le 01 janvier 2014
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EAN13 9782336333229
Langue Français
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François LAGARDE
Mémorialistes et témoins rwandais (1994-2013)
Bibliographie critique
Mémorialistes Cette bibliographie recense et analyse tous les mémoires et tous les
témoignages publiés par des Rwandais, francophones et anglophones,
depuis les terribles violences de 1994. Elle dresse un tableau complet et témoins rwandais de la littérature mémorielle rwandaise contemporaine.
La guerre, le génocide et l’exode, ces cavaliers de l’Apocalypse
qui ravagèrent le Rwanda et le Zaïre à la fn du siècle dernier, ont été (1994-2013)rapportés par des témoins historiques qui vécurent les événements et
en écrivent selon leur classifcation ethnique et leur socialité.
Deux mémoires antagoniques s’écrivent au fl des récits, celle des Bibliographie critiquemaîtres d’hier, persécutés ethniques des Républiques, victimes du
génocide, vainqueurs de 1994, les Tutsi ; et celle des anciens serfs,
vainqueurs de 1959, vaincus de 1994 et persécutés du Zaïre, les Hutu.
Beaucoup de ces témoignages sont fragiles et peu crédibles.
Vaniteuse, la mémoire imagine beaucoup. Le témoin est manipulé
pas ses témoigneurs et ses réécrivains et une fabrication de son
discours ruine son authenticité, sinon même sa véracité. Mais comme
le juge qui passe les dépositions à l’épreuve du doute raisonnable,
le critique s’efforce de passer ces récits au fl de l’étamine afn d’en
tirer une connaissance sûre, historique. Le témoignage devient alors
une source de savoir.

François Lagarde est Associate Professor of French à
l’Université du Texas à Austin. Il a publié des études sur
ela littérature française du xvii siècle et sur l’immigration
française aux États-Unis.
Illustration de couverture : droits réservés.
ISBN : 978-2-343-02274-1
46 e
Mémorialistes et témoins rwandais (1994-2013)
François LAGARDE
Bibliographie critiqueÉtudes africaines
Collection dirigée par Denis Pryen

Dernières parutions

Gilchrist Anicet NZENGUET IGUEMBA (dir.), Hommages à
Pierre N’Dombi – Université Omar Bongo (Libreville), 2013.
Nathalie CASANOVAS, Une destination pour un autre
tourisme pour l’Afrique de l’Ouest, 2013.
Georgin MBENG NDEMOZOGO, La protection animale au
Gabon, 2013.
Djibril MAMA DEBOUROU, Bi G ra, entre mythe et
réalité : le sens de son combat pour la liberté (1915-1917), La
guerre coloniale au Nord du Dahomey, 2013.
Mahamadou DANDA, Niger, une décentralisation importée.
Une comparaison avec la France, 2013.
Miki KASONGO, Repenser l’école en Afrique entre tradition et
modernité, 2013.
Lucie Zouya MIMBANG, L’Est-Cameroun de 1905 à 1960. De
la « mise en valeur » à la marginalisation, 2013.
Gaspard-Hubert LONSI KOKO, Ma vision pour le Congo-
Kinshasa et la région des Grands Lacs, 2013.
Stéphanie NKOGHE (dir.), Anthropologie de la socialisation,
2013.
Jean-Claude KANMOGNE TAMUEDJON, Histoire de l’art
pharmaceutique latin et de la pharmacie au Cameroun, 2013.
P. NGOMA-BINDA, La pensée politique africaine
contemporaine, 2013.
Stéphane ESSAGA, Droit des hydrocarbures en Afrique, 2013.
Kouamé René ALLOU, La bourgeoisie municipale d’Afrique
romaine, 2013.
Lambert MOSSOA, L’appareil éducatif en Centrafrique, 2013.
Joseph EROUMÉ, Kadhafi, la gloire du vaincu, 2013.
Roger MONDOUÉ et Yves-Abel NGAGNGUEM FEZE (eds),
Identités nationales, postcoloniales ou contemporaines en
Afrique. Réflexion en hommage aux 50 ans de l’Union
africaine, 2013.
Patrice LIBONG BADJAN, Réformes institutionnelles de la
CEMAC. Jeu des acteurs, intérêt des États, 2013.
Albert SANON, Yele pe être homme, Initiations traditionnelles
et éducation corporelle au Burkina Faso, 2013.
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Mémorialistes et témoins rwandais
(1994-2013)








































© L’HARMATTAN, 2013
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris

www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-02274-1
EAN : 9782343022741 François LAGARDE





Mémorialistes et témoins rwandais
(1994-2013)


Bibliographie critique





















L’HARMATTAN



Du même auteur



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eL'Esprit en France au XVII siècle (édit.), Biblio 17, Tübingen: Gunter
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The French in Texas: History, Migration, Culture, (édit.), Austin: The
University of Texas Press, 2003.

Français aux États-Unis (1990-2005): Migration, langue, culture et éco-
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Rwanda: 1990-2011: Une bibliographie, Université Paris 1, Programme
Grands Lacs (https://www.univ-paris1.fr/index.php?id=523222)





















La bibliographie liste les ouvrages dans l’ordre alphabétique des noms
d’auteurs (personnes physiques et morales).
Le numéro de page renvoie au passage consacré à l’ouvrage dans le livre.

L’introduction et les chapitres 1, 2, 3, 6, 9 et 11(§3) sont des essais
récapitulatifs.

Les chapitres 4, 5, 7, 8, 10 et 12 rassemblent les comptes rendus critiques
des ouvrages groupés selon les classifications ethnologiques et sociales des
auteurs: Hutu, Tutsi, Ministres, Officiels, Militaires, “Intellectuels”, Pro-
fessionnels, Emigrés, Dissidents, Rescapés, Prêtres, Femmes, Enfants ou
Anglophones.

Les chapitres 13 et 14 portent sur les Recueils et les Romans.

L’index liste les noms de personne.

La table des matières est en fin de volume.


















BIBLIOGRAPHIE

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17



INTRODUCTION


Comment pouvons-nous savoir ce qui s’est passé lors d’un événement
historique? Soit nous étions présents sur les lieux et nous nous souvenons
plus ou moins bien de ce qui est arrivé, soit nous étions absents, loin dans le
monde et dans le temps, et nous ne pouvons qu’imaginer ce qui a pu arriver.
Ou nous avons fait immédiatement l’expérience de l’événement, ou nous
devrons passer par les médiations pour nous informer, connaître, savoir ce
qu’il en fut.
Présent sur les lieux, à la date de l’événement, le témoin se souvient, il
use de sa mémoire. L’absent ne peut qu’imaginer ce qui s’est passé, il se sert
de son imagination et non de sa mémoire. Le chercheur s’informe, via les
médiations, les témoignages, les archives et les restes du passé qui ont été
conservés, il analyse, il évalue, il garde et laisse et reconstruit son objet
historique. Il se sert principalement de sa raison.
Ces trois facultés que sont la mémoire, l’imagination et la raison mènent
les curieux à des connaissances de l’événement passé qui diffèrent en qualité
et en véracité.
Celui qui a vu et entendu ce qui s’est passé à tel endroit et à telle heure
et en parle d’expérience est typiquement le témoin. A sa mémoire s’ajoute
dans sa déposition ce qu’il a appris depuis l’événement, tout n’est pas
témoignage direct chez lui. Car rapidement se mêle à sa connaissance
directe de l’événement un savoir indirect obtenu auprès d’autres témoins et
des médias. Mais sa connaissance immédiate reste première, capitale.
Celui qui n’a pas du tout assisté à l’événement doit passer par les
médiations pour accéder à une conscience, à un entendement du passé. Il
écoute les témoins, il se penche sur les traces matérielles de l’événement, et
en particulier sur les archives, il inspecte les lieux où s’est déroulée
l’histoire. Il rassemble des données, une masse de bits, de bouts, de
morceaux de l’événement, de la scène ou de l’acte qu’il analyse et classe et
sur lesquels il raisonne. Cet enquêteur, ce social scientist, cet historien n’use
pas de sa mémoire personnelle de l’événement mais de ses capacités
intellectuelles d’observation, d’analyse et de logique pour se représenter le
passé. Qu’il use en partie aussi de son imagination est juste, mais l’effort de
la raison est premier.
Celui qui n’était pas présent et qui n’entend pas faire tout l’ample détail
du raisonneur préférera imaginer le passé. Sur la base d’une connaissance
minimale, un écrivain, un peintre, un cinéaste et aussi bien les récepteurs de
leurs créations imaginent des histoires vraisemblables, réalistes ou pas, qui
ne sont pas des translations exactes de l’événement mais des représentations
artistiques, des symbolisations. Une telle vision imaginaire n’est pas le
souvenir exact de l’histoire vécue, les personnages n’ont pas existé et les actions n’ont pas eu lieu et cependant l’actrice qu’est l’imagination joue,
représente, signifie “bien” la réalité historique. L’imagination invente une
histoire virtuelle, non prouvée, mais ce serait pour mieux dire l’essentiel. La
fiction du bon romancier rendrait plus vivante, plus émouvante l’histoire
ennuyeuse, son mensonge dirait vrai.
L’imagination est la voie commune. Les bouts d’information reçus par
un lecteur, souvent fort éloigné des lieux de l’histoire, se combinent dans
son esprit et inventent, au sens rhétorique d’une inventio, des images,
exactes ou fausses, des idées vraisemblables ou fantaisistes du passé.
Il va de soi que les raisonneurs imaginent et que les témoins raisonnent.
Le discours de l’historien qui assemble les lieux de l’histoire dans le temps
et l’espace est en petite partie imaginé. Une connaissance tirée de l’examen
des faits fonde sa croyance. Le témoin raisonne quand il réfléchit ou opine
sur ce qu’il a appris; le mémorialiste raisonne sur l’histoire autant, sinon
plus, qu’il ne se souvient de son passé. Et l’on sait que la mémoire imagine
beaucoup.

La littérature mémorielle rwandaise
Soit ces cavaliers de l’Apocalypse que furent la guerre, le génocide et
l’exode qui dévastèrent le Rwanda et le Zaïre de 1990 à 1997. Nous n’étions
pas présents et si nous voulons savoir ce qu’il en a été, nous écouterons et
lirons les témoins; nous consulterons les historiens et les social scientists,
les rapports officiels et les jugements des tribunaux. Nous visiterons les
lieux historiques rwandais et congolais, Mulindi, Kigali, Murambi, Bisesero,
Goma, Walikale, Tingi Tingi, cent autres. Nous plongerons peut-être dans
l’océan des jugements du Tribunal Pénal International pour le Rwanda
(TPIR). Nous lirons des romans historiques et regarderons des documen-
taires et même, horresco referens, des films. Nous apprendrons, nous
raisonnerons et nous imaginerons ce qui s’est passé pendant le génocide et
l’exode, mais nous ne nous en souviendrons pas.
Ces voies de la mémoire, de la raison et de l’imagination ont été très
empruntées par les auteurs rwandais, africains et étrangers qui ont publié
livres et articles sur ce sujet du Rwanda depuis le début des années 1990.
Une bibliographie récente recensait plus de sept mille entrées, tous genres et
toutes disciplines confondus, portant en tout ou en partie sur le Rwanda et
publiées entre 1990 et 2011. Au sein de cette production multigénérique, on
recense environ trois cents mémoires, témoignages et autres écrits du Je,
1dont plus d’un tiers par des Rwandais .
La littérature mémorielle est constituée des récit de vie, des récits
autobiographiques, des témoignages, des souvenirs, des mémoires ou

1 Lagarde, François, Rwanda, 1990-2011: Une bibliographie, Austin, TX: The University
of Texas at Austin, 2012, 356 p. Cf. Université Paris 1, Programme Grands Lacs
https://www.univ-paris1.fr/index.php?id=523222
20 memoirs et de tous les écrits dans lesquels un “Je” ou un “I” écrit sur un
passé qu’il a connu. Ces jécrits, ces écrits d’un je se remémorant le passé,
portent à des degrés divers sur une même histoire nationale et sur autant
d’histoires individuelles qu’il y a d’auteurs.
Les non-Rwandais sont plus nombreux que les Rwandais à avoir
témoigné sur 1994 et après. En presque vingt ans ont été publiés environ
cent cinquante jécrits de témoins étrangers pour environ cent trente jécrits
de témoins rwandais (hors kinyarwanda). Parmi ces auteurs étrangers, et
pour les livres seulement, on compte une douzaine d’anciens membres
2 3d’UNAMIR, dont Dallaire et Marchal , une dizaine d’anciens de Turquoise,
de l’engagé aux officiers, une trentaine d’humanitaires de plusieurs nations
et de ressorts différents (santé, droit, réfugiés, maintien de la paix), dont le
4 5grand Gaillard et le bon Vaiter , une dizaine de résidents qui se trouvaient
au Rwanda le 6 avril et une douzaine de visiteurs qui séjournèrent au pays
du génocide après la guerre. Des journalistes anglo-saxons ont publié une
douzaine de memoirs fondés en tout ou en partie sur ce qu’ils virent de
l’histoire rwandaise moderne et tous sacrifient l’history à la story qui plaît.
Une centaine d’auteurs de nationalité rwandaise ont publié des écrits
mémoriels entre 1994 et 2013. La plupart d’entre eux sont des Rwandais de
la diaspora qui écrivent en français ou en anglais. Leurs jécrits sont ici
classés et analysés. Cette bibliographie rend compte en détail et critique
chacun de leurs ouvrages. L’examen est une gageure: on entend distinguer
entre les informations qui sont crédibles, exactes, sinon vraies et celles qui
sont vagues, erronées, mensongères ou généralement entachées de fausseté.
On lit les témoins et les mémorialistes pour partager leur histoire et plus
encore pour apprendre, pour savoir et tant qu’à faire pour savoir vraiment, et
dès lors il faut passer tout le data par l’étamine. Car s’il existe un devoir de
mémoire ou de savoir, autant se souvenir de ce qui est effectivement arrivé.
Sont ici recensés les auteurs hutu et tutsi, francophones et anglophones,
ayant publié entre 1994 et 2013. Les témoins publiant en kinyarwanda ne
l’ont pas été, faute de compétence linguistique de l’auteur. Les témoignages
enregistrés ou transcrits en kinyarwanda sont probablement nombreux, ne
serait-ce que dans les cahiers des gacaca et les dossiers des tribunaux. Les
témoignages publiés en kinyarwanda sont a priori beaucoup moins
nombreux. L’anthologie de la Littérature rwandaise moderne de Jean Chry-

2 Dallaire, Romeo; Beardsley, Brent, Shake Hands with the Devil: The Failure of Huma-
nity in Rwanda, Toronto: Random House Canada, 2003.
3 Marchal, Luc, Rwanda, la descente aux enfers: témoignage d’un Peacekeeper, décembre
1993-avril 1994, Bruxelles: Éditions Labor, 2001.
4 Gaillard, Philippe, “Rwanda 1994: un témoignage: On peut tuer autant de gens qu’on
veut, on ne peut pas tuer leur mémoire”, Revue Internationale de la Croix Rouge, 136, 2004,
pp. 611-627.
5 Vaiter, Marc, Je n’ai pas pu les sauver tous: témoignage, Paris: Plon, 1995.
21 sostome Nkejabahizi et al., parue en 2011, ne cite que quatre “récits-
témoignages”, tous tutsi et francophones. Aucun témoin kinyarwandophone
6n’y est mentionné .
Une diachronie de la production mémorielle portant sur le Rwanda
depuis le génocide montrerait que le journaliste est venu en premier, puis
l’enquêteur des ONG ou des tribunaux, puis les témoins judiciaires eux-
mêmes. Les témoins-auteurs, les mémorialistes et les romanciers autobio-
graphiques ont beaucoup produit immédiatement après le génocide, puis à
nouveau beaucoup depuis 2004. Cette publication mémorielle se poursuivait
en 2012 sans décroître.
Une telle littérature est accidentelle, provoquée par les événements de
1990, 1994 et 1996 (Zaïre). Ceux qui publient ne pensaient pas, ne savaient
pas écrire de livre avant la catastrophe, aucun n’exerçait la profession
d’écrivain même si pratiquement tous étaient instruits ou en voie de l’être.
Une telle production est par conséquent peu littéraire. Littérature est à
prendre au sens de publication. Et pour plus de cent auteurs, on compte
moins de dix écrivains.
Les témoins et les mémorialistes sont ici classés selon leur état ou leur
socialité lors des événements: ministres, officiels, professionnels, militaires,
intellectuels au sens rwandais du terme, exodés du Zaïre, femmes ou
enfants, “rescapés” pour les survivants du génocide et de la guerre et
“émigrés” pour les Rwandais vivant à l’étranger en 1994, exilés de longue
ou de courte date, et qui firent partie, ou pas, des returnees de l’après-
guerre.

L’examen initial du témoin judiciaire montre combien le témoignage est
coproduit en amont par des témoigneurs qui dirigent le témoin, le mettent en
parole, et en aval par des réécrivains qui corrigent et révisent ses déclara-
tions (ch. 1). Les grands témoigneurs sont les journalistes, les enquêteurs
institutionnels, les prosecutors et les avocats de la défense, les rapporteurs
d’État et les publicistes engagés propageant une histoire biaisée (ch. 2). Les
réécrivains sont les juges, les professional writers, les nègres d’hier devenus
depuis des métis, editors et éditeurs qui ont aidé une majorité de Tutsi et
quelques Hutu à écrire.
Nous n’avons pas identifié de Twa ayant publié mais une distinction est
faite entre auteurs hutu et auteurs tutsi (ch. 3). Les Hutu sont regroupés
selon qu’ils étaient des hommes politiques et des militaires (ch. 4), des civils
(ch. 5), des réfugiés du Zaïre (ch. 6 et 7) ou qu’ils sont anglophones (ch. 8).
Les Tutsi, qui n’écrivent pas comme les Hutu (ch. 9), sont regroupés selon

6 Nkejabahizi, Jean Chrysostome; Kayishema, Jean-Marie Vianney; Rudacogora,
Augustin; et al., Anthologie de la littérature rwandaise moderne, Butare: Editions de l’Uni-
versité Nationale du Rwanda, 2011. L’anthologie cite Vénuste Kayimahe, Annick Kayitesi,
Yolande Mukagasana et Marie-Aimable Umurerwa.
22 qu’ils sont des rescapés (ch. 10), des émigrés (ch. 11), “émigré” signifiant
que le témoin ne vivait pas au Rwanda en 1994, ou des anglophones (ch.
12). Les recueils de témoignages (ch. 13) et les témoignages romanesques
(ch. 14) sont aussi examinés.
Cette distinction entre auteurs hutu et auteurs tutsi n’est nullement
ethniste. Les Rwandais vécurent leur terrible histoire et y survécurent selon
qu’ils appartenaient à un groupe ou à l’autre. Personne, même les “Hutsi”,
plus nombreux chez les romanciers que parmi les témoins, n’a échappé à
7l’identification ethnique . Hutu avec violence ou “modéré”, Tutsi engagé ou
passif, l’appellation ethnique fait qu’on a vécu, de gré ou de force, et qu’on
a pensé et décrit les événements historiques en Hutu ou en Tutsi. Les
témoins rwandais ne sont pas ethnistes, trois ou quatre Hutu et une Tutsi
exceptés. Ils ne parlent pas d’une même voix ethnique non plus, mais les
violences structurelles et guerrières les ont inscrits, les ont irrémédiablement
poussés dans un groupe ou dans l’autre, et ils se souviennent et écrivent en
conséquence.
L’ancien ministre Patrick Habamenshi a ses raisons de vouloir rejeter
les appellations et de se dire, avec réticence, hutsi. Sa mère était de sang
royal mais son grand-père et son père étaient des Hutu et cela fait de lui un
Hutu. Et c’est en Hutu que le FPR de l’après-guerre l’a traité. Le drame de
la bi-ethnicité fut d’avantage un problème intrafamilial qu’individuel, les
8familles mixtes furent persécutées des deux côtés ou s’entretuèrent .
Marie Béatrice Umutesi raconte comment elle fuit les bombardements
de Kigali avec un groupe mixte; Hutu et Tutsi s’entraident, s’abritent
ensemble durant quelques jours, chose qui s’est répétée ailleurs. Puis vient
le moment où l’étiquetage ethnique s’impose, volontairement ou pas; les
fuyards sont séparés par des hommes armés ou se séparent d’eux-mêmes
selon leurs fatales identifications. Umutesi montre aussi qu’on exprime et
qu’on reçoit l’information selon son appellation ethnique. Elle donne des
exemples de personnes qui ne croient pas ce qu’on leur rapporte simplement
parce qu’elles sont Tutsi ou Hutu, nordistes ou sudistes. L’ethnie, l’affi-
liation politique, la région ou la colline d’origine déterminent l’expérience
mais aussi la pensée et le sentiment des gens. Umutesi discute avec une
Tutsi réfugiée avec elle dans une étable:
“Elle réfléchissait en se basant sur les massacres des Tutsi de 1959, de
1963, de 1973, de Kibilira en 1991 et du Bugesera en 1992. Ma réflexion était
influencée par les massacres des Hutu de Byumba, Ruhengeri et Gisenyi depuis

7 Un rare exemple de non-ethnicité se trouve dans le livre de Charles Karemano, Au-delà
des barrières: dans les méandres du drame rwandais, 2003. L’enfant d’une prostituée, et dont
le père est inconnu, y est considéré comme n’ayant pas d’ethnie.
8 Habamenshi, Um’Khonde Patrick, Rwanda, Where Souls Turn to Dust: My Journey from
Exile to Legacy, Bloomington, IN: iUniverse, 2009.
23 1990 et spécialement par les massacres des membres de ma famille en février
1993”.
De son côté, Umutesi pense en Hutu: “Je réfléchissais en intellectuelle
hutu, née après la Révolution. Je n’avais pas, comme mes collègues tutsi,
9trente années d’exclusion politique et de persécution en héritage” .
Nyirubugura a pareillement montré comment la mémoire, le récit et aussi
bien le “moi” d’Umutesi, auteure Tutsi, et ceux de Mukasonga, auteure
10hutu, sont structurés par leurs ethnicités .
Deux témoignages, sous forme d’article, confirment cette différence. Ils
portent sur l’après-guerre immédiat de 1994, l’un écrit par José Kagabo, un
11émigré tutsi de 1973 , l’autre par Monique Mujawamariya, une Hutu res-
12capée d’Avril . Kagabo est allé chercher au Rwanda des informations sur
les morts de sa famille mais il est effaré par la violence extrême. Il ne voit
qu’elle, sans comprendre. Il lui semble qu’elle est refoulée par les Rwandais
et qu’il faut au contraire en parler, témoigner. Ce Tutsi pleure la mort cruelle
des victimes. Dans son témoignage-reportage, Mujawamariya se lamente
aussi sur la mort des siens, tués par des APR déguisés en FAR. Mais
l’avocate des droits de l’homme dénonce plus encore les crimes du FPR, “ce
génocide nouvelle formule”, les maltraitances des Hutu et les violences de
l’après-guerre, ce que ne ferait jamais Kagabo. Les deux témoins n’ont pas
vu et ne disent pas les mêmes choses parce que l’un était de culture tutsi et
l’autre de culture hutu. Le lien familial renforce l’ethnicité des personnes.
Ces enquêteurs sont le fils et la fille de parents qui leur ont transmis une
identification et une histoire ethniques, et leur attention, leurs centres
d’intérêt, leur écoute des témoins, leur ouverture d’esprit et de cœur en sont
inévitablement déterminés.
L’identification ethnique fut inéluctable. Le vécu comme le récit qu’on
en fait ne peuvent pas échapper à l’ethnicisation d’où tout procède et par où

9 Umutesi, Marie Béatrice, Fuir ou mourir au Zaïre: le vécu d’une réfugiée rwandaise,
Paris: L’Harmattan, 2000, pp. 41, 60-1.
10 Nyirubugara, Olivier, Complexities and Dangers of Remembering and Forgetting in
Rwanda, Leiden : Sidestone Press, 2013. Nyirubugara compare Inyenzi, de Scholastique
Mukasonga, et le mémoire de Marie Béatrice Umutesi, Les deux auteures se ressemblent dans
leur existence et cependant, elles rapportent les mêmes événements historiques de façon
opposée au point de produire des “mutually-contradicting accounts of the same past”.“The
sole major difference among the two is their ethnicity, and that was enough for them to trace
different paths from their present position to their point of departure”, pp. 149-150. Il existe
deux histoires rwandaises, selon qu’on est Hutu ou Tutsi, remarque justement Nyirubugara.
11 Kagabo, José, “Après le génocide: notes de voyage”, Les Temps Modernes, 583, 1995,
pp. 102-125.
12 Mujawamariya, Monique, Rapport de visite effectuée au Rwanda du 1/9/94 au 22/9/94,
35 p. [Internet]; cf. Idem, “Report of a Visit to Rwanda: September 1-22, 1994”, Issue: A
Journal of Opinion, 23-2, 1995, pp. 32-38.
24 tout devait finir. Le témoin ne peut pas ne pas être ethnique, national ou
culturel. Le Casque bleu, le reporter, l’humanitaire ou le scholar vivent et
rapportent eux aussi les événements selon leurs différentes identités, et il
n’est pas nationaliste ou ethniste de classer ainsi les témoins.

Le témoin, ses témoigneurs et ses réécrivains
Ce témoin qui se fait auteur est avant toutes choses celui qui était
présent lors des faits. Un témoin direct est toute personne qui rapporte ce
qu’elle a vu, entendu, fait, vécu, ressenti, compris, cru, et alia, lors d’un
événement passé auquel elle a assisté. Cet événement peut être trivial (un
accident de la route) ou historique (la guerre, les camps), il est en général
violent et a priori criminel. Un mal a été accompli, le témoin était présent,
qu’il l’ait perpétré ou en ait été la victime ou qu’il y ait assisté passivement,
en bystander. De tous, c’est lui qui a le plus le droit d’en parler et, a priori,
le plus de chance d’en parler bien, d’en parler véridiquement puisqu’il était
là.
Ce témoin originel devient l’auteur du témoignage, la personne qu’il est
devenu au moment de la remémoration et de l’écriture. Ce témoin au présent
témoigne dans des conditions déterminantes, à la fois personnelles et
sociales. Il veut se représenter sous un jour favorable, ou du moins sous une
persona qui renvoie autant à celui qu’il veut être au présent qu’à celui qu’il
fut dans le passé.
Il est aussi entouré de personnes qui structurent son témoignage. Le
témoin ne témoigne jamais seul. En amont, un témoigneur commande à son
dire. En aval, un réécrivain revoit sa déposition. Le témoin qui, sans passer
par l’oral, écrit seul existe: tel rescapé du Zaïre, tel ancien ministre décide
seul d’écrire seul des récits, relus sans doute par un correcteur qui changera
peu les textes. Mais si l’on prend en compte toutes les publications, les récits
des livres comme les longues citations des recueils, il apparaît que les
témoignages réécrits, edited, sont largement plus nombreux que les témoi-
gnages écrits in extenso par un seul auteur.
De plus, un témoigneur habite, structure toujours l’auteur qui écrit seul;
des questions l’ont poussé à écrire, un prétexte détermine son texte. Un écri-
vain corrige aussi, modifie, transforme ses versions et écrire, c’est toujours
réécrire.
Le témoin n’est pas nécessairement premier dans la chaîne du témoi-
gnage. Le plus souvent un tiers l’incite à témoigner, en général dans un
certain sens. L’enquêteur du TPIR ou de l’ONG, le chercheur qui interroge
ses human subjects, le journaliste qui interviewe des “personnes présentes”,
le procureur ou l’avocat de la défense qui interroge et contre-interroge le
témoin judiciaire, ces prédécesseurs, ces autres du témoin qui provoquent
son témoignage sont ses témoigneurs. Le témoigneur est celui qui invite,
incite ou pousse le témoin à témoigner. A priori, il ne souffle pas au témoin
quoi dire mais il lui indique de quoi parler. Il peut le censurer, lorsque par
25 exemple une nouvelle question vient interrompre le témoin dans sa réponse
à la question précédente. Le témoin s’exprimera de manière différente selon
que son témoigneur lui veut du bien ou pas. Tout l’art du procureur et de
l’avocat qui examinent le témoin consiste à le faire parler dans un certain
sens. Ces témoigneurs veulent qu’il tienne un langage conforme à leurs
versions des faits. Le témoin est mis en parole, comme l’acteur est mis en
scène.
On trouve chez Laub un auditeur tout ouïe et muet de respect qui est le
parfait anti-témoigneur. Il écoute sans interférer, sans diriger, sans con-
fronter le témoin à son savoir à lui, afin de l’entendre sans un mot, sans
13écho . Souâd Belhaddad a senti elle aussi combien il faut écouter sans faire
14de bruit et sans distordre . Mais ce sont des exceptions, le plus souvent un
témoigneur initie et dirige le discours mémoriel.
Le témoin est d’abord oral. Son premier “récit” est en fait un dialogue,
au moins une interview, puisque le témoin parle avec quelqu’un d’autre. Le
récit immédiat, très proche de l’événement, est probablement passionné, la
surprise ou la peur ou le traumatisme qui ont saisi le témoin lors de
l’événement ne l’ont pas encore quitté et son dire peut être désordonné,
fragmenté, mais probablement aussi très mimétique, photographique d’un
concret qui vient d’arriver. Un peu plus tard, ce qu’il pourra raconter à un
enquêteur sera différent. Les faits seront replacés dans leur chronologie,
certains auront été oubliés, d’autres auront été retrouvés au contact d’autres
témoins ou parce que tel souvenir surgit longtemps après. Les récits ou
plutôt les redits du témoin changeront, peu ou prou, à chaque nouveau
souvenir public, chaque fois qu’il sera invité par autrui à redire son histoire.
Un témoignage ne se répète jamais exactement in extenso, il se modifie à
chaque performance. Les premières “impressions” du témoin “ont tout à
craindre du temps, du délai, avec leurs repentirs et leurs palinodies” disait
Norton Cru, sachant combien le récit change à mesure que le temps
15progresse . Avec le temps, la récitation du témoignage engendrera un récit
figé, retenu par cœur et qui, comme le souvenir “carte postale”, arrête le flux
changeant de la mémoire orale.
Le témoignage est ensuite écrit. Le plus souvent, les auteurs hutu
tiennent seuls la plume, les auteurs tutsi écrivent au contraire à plusieurs.
Une petite théorie de mains invisibles font passer le témoignage du stade
oral au stade écrit et à sa publication.

13 Laub, Dori, “Bearing Witness or the Vicissitudes of Listening”, in Shoshana Felman;
Dori Laub (eds.), Testimony: Crises of Witnessing in Literature, Psychoanalysis, and History,
London: Routledge, 1992, pp. 57-74.
14 Mujawayo, Esther; Belhaddad, Souâd, SurVivantes: Rwanda dix ans après le génocide,
La Tour d’Aigues: Édition de l’Aube, 2005.
15 Cru, John Norton, Du témoignage, Paris: Gallimard, 1930, p. 25.
26 En voici les étapes, toutes très “reconstructrices”, dirait la science de la
mémoire:
1) Un témoin répond en kinyarwanda aux questions d’un journaliste,
d’un enquêteur ou d’un curieux, notre témoigneur. L’enquêté répond à
l’enquêteur du TPIR, d’African Rights, de Médecins Sans Frontières ou de
la Croix-Rouge; l’informateur parle au social scientist; le témoin judiciaire
répond aux questions du procureur ou de l’avocat. La suite des questions et
des réponses peut se faire via un interprète, ce qui informe et recite
différemment la parole du témoin.
2) L’enregistrement est transcrit par écrit en kinyarwanda. Fujii a bien
vu que tout un “meta-data” est perdu au moment de la transcription, les
16rumeurs, les inventions, les dénégations, les vagues et les silences .
L’élimination de l’oralité du témoignage provoque une légère perte de sens.
3) La transcription en kinyarwanda est traduite en français ou en anglais.
Or on sait combien la traduction reforme. On comparera par exemple la
traduction française et la traduction anglaise des enregistrements audio-
visuels du Kigali Memorial Center pour voir combien deux traductions d’un
même original peuvent différer, au risque que l’une des deux en devienne un
faux témoignage. Souvent au TPIR, le traduttore a pu se faire, contre son
17gré, traditore.
4) Cette traduction est corrigée, revue, edited par un écrivain profes-
sionnel, non rwandais, blanc la plupart du temps. La retouche peut être
légère et utile. Ou la réécriture peut au contraire être importante et générer

16 Fujii, Lee Ann, “Shades of Truth and Lies: Interpreting Testimonies of War and
Violence”, Journal of Peace Research, 47-2, 2010, pp. 231-241.
17 Le jugement du procès Akayesu s’étend sur les problèmes de traduction rencontrées lors
des enquêtes et des interrogatoires à l’audience. “La plupart des dépositions de témoins à
l’audience ont été faites en kinyarwanda, interprétées d’abord en français puis relayées en
anglais.” “Cette procédure comportait des risques évidents d’erreurs dans l’interprétation en
anglais de paroles prononcées au départ en kinyarwanda.” Parmi les trois versions, kinyar-
wandaise, anglaise ou française, le tribunal préfère “le procès-verbal français” (TPIR,
Jugement Akayesu, § 145). Un traducteur du TPIR explique que si le témoin parle très vite,
“il y a des informations de valeur probante, que ce soit pour l’accusation, que ce soit pour la
défense, que nous n’arrivons pas à interpréter”. Il donne un exemple: “A la question en
kinyarwanda “Est-ce que vous avez entendu ce qu’on a dit ? Est-ce que vous avez vu ce que
les Interahamwe ont fait ?”, le témoin va répondre: “Ntabwo nabyumvise” qui veut dire ”Je
n’ai pas littéralement”. L’interprète traduit “Je n’ai pas entendu ce qui s’est passé” alors que
le témoin veut dire: “J’ai été bouleversé, ça a été tellement fait vite que je n’ai pas réalisé ce
qui s’est passé”. Mais moi, en interprétant, je donne un contresens qui va désavantager soit le
procureur soit la défense.” Cf. Alphonse Mpatswenumugabo, TPIR, Modèle ou contre-modèle
pour la justice internationale: le point de vue des acteurs, Genève, 9-11 juillet 2009; Session
3, Contribution 28; Université Paris 1: Programme Grands Lacs, http://genevaconference-
tpir.univ-paris1.fr/?lang=en
27 un récit changé, différent du témoignage premier. Les éditeurs des recueils
(Hatzfeld, Bürher), certains réécrivains professionnels (Patrick May, chez
les francophones; Steve Erwin, chez les anglophones) réécrivent plus que les
autres. Le témoignaire de Régine Waintrater, celui qui écoute, recueille le
témoignage, celui qui co-élabore le récit, est un accompagnant, un écoutant,
18un passeur . Il a peu à voir avec le réécrivain, sauf dans les rares cas ou les
co-auteurs fusionnent. Le témoignaire est un professionnel de la santé
mentale, le réécrivain est un professionnel de l’édition.
5) Les mots du texte public se changent enfin en autant d’entendements,
en autant d’imaginations qu’il y a de lecteurs et de critiques.

Genres mémoriels
Le témoignage judiciaire et le témoignage public, ou livresque,
diffèrent. Le témoignage judiciaire, celui du TPIR en l’occurrence, est un
genre en soi qui suit des règles. Questionné par ses témoigneurs, le témoin
fait en principe l’objet d’un examen poussé, la vraisemblance de son récit
doit résister à l’épreuve du doute raisonnable. Entre ce qu’il répond aux
questions de l’enquêteur et des parties et les citations ou les résumés de
citations que le juge lui attribue dans le jugement final, une réécriture
importante de l’histoire de l’acte criminel a lieu.
Le témoin judiciaire est paradigmatique parce qu’il incarne exactement
notre témoin présent sur les lieux historiques et qui dépose sur un acte
maléfique. Il l’est aussi parce que son récit passe par l’épreuve du doute
raisonnable. Ce n’est qu’à ce prix que le témoignage, revu et corrigé,
acquiert une valeur. La parole qui n’est pas pesée reste suspendue dans le
vide, elle avorte si elle n’est pas examinée par un juge ou une instance, si le
témoignage n’est pas autorisé, co-signé, par lui. Le témoignage reçu, celui
qui prouve, est la déclaration du témoin corrigée, réécrite par un juge
signataire. Le juge, en son âme et conscience, performe, au sens d’Austin,
que le témoignage cité est vrai et c’est ainsi qu’il prend toute sa force.
Or ce procès n’a jamais lieu pour les témoignages publics.
Le témoignage livresque est publié hors de tout tribunal, sur la place
publique de l’édition. Il n’est pas contre-interrogé, il n’est pas jugé avant
d’être rendu public. La critique littéraire et les comptes rendus sont à cent
lieux d’être une critique objective, les reviewers et les “littéraires” n’étant
pas assez historiens pour juger objectivement. Le témoin dépose pendant
deux ou trois cents pages, le lecteur l’écoute et puis la dialogie s’arrête, au
témoignage succède un autre témoignage. Bien plus, le témoignage public
est écrit, rhétoriquement parlant, pour être lu avec aisance et même captatio.
Il ne faut pas que le lecteur mette en doute la crédibilité du témoin et son

18 Waintrater, Régine, Sortir du génocide: témoigner pour réapprendre à vivre, Paris:
Payot, 2003.
28 esprit critique doit être émoussé. Le témoignage public, livresque ou
scénique, perd en poids, en valeur, à ne pas être examiné.

Le je tripartite de l’autobiographie, qui renvoie à l’auteur, au narrateur et
au protagoniste, est un dénominateur commun de ces jécrits mémoriaux,
l’autre dénominateur étant le même référent que sont les événements histo-
riques modernes, depuis la Révolution de 1959 jusqu’au vingt-et-unième
siècle. Le sujet est “je”, l’objet direct est “Rwanda”, entre les deux de mul-
tiples verbes.
Ecrits d’un je individuel, à chaque fois différent, ces jécrits appar-
tiennent à des genres. On se souvient que Cru distinguait parmi les écrits tes-
timoniaux de la Grande Guerre entre le journal privé, jugé être le genre le
meilleur, les lettres, les souvenirs, les réflexions, qui “comprennent des
pensées, méditations, études psychologiques, ainsi que la philosophie et la
19critique de la guerre”, et enfin les romans autobiographiques . L’appel-
lation générique de témoignage n’existait pas encore, il fallut attendre la
Deuxième Guerre mondiale.
Pour les témoins rwandais de la guerre, du génocide et de l’exode, pas
de journaux, pas de lettres, peu de réflexions, beaucoup de souvenirs, par
contre, et une petite poignée de romans autobiographiques. Les “souvenirs”
étaient pour Cru ce que sont aujourd’hui les témoignages, les récits de vie et
les récits autobiographiques. Cru dit d’eux qu’“ils constituent une classe très
abondante où les œuvres médiocres sont nombreuses”, ce qui reste vrai
20aujourd’hui pour les récits rwandais . Il distinguait entre les souvenirs écrits
de mémoire et ceux, plus nombreux selon lui, réécrits à partir de notes prises
ou de journaux tenus dans les tranchées mêmes. Pour le Rwanda, on peut
dire que tous les souvenirs sont écrits de mémoire. Seuls quelques rares
auteurs, dont Yolande Mukagasana et Marie Béatrice Umutesi, rapportent
qu’ils prirent des notes ou qu’ils se mirent à écrire pendant les événements.
Mais les notes prises sur le vif des soldats de 1914 ont été remplacées
aujourd’hui par les notes de lecture des auteurs. Leurs souvenirs sont
toujours informés par les médiations auxquelles ils ont eu accès.
Des genres sont identifiables, selon les proportions que prennent “je” et
“Rwanda” dans le récit et selon les formats de publication.

Les mémoires
Les mémoires sont écrits par des acteurs historiques qui jouèrent un rôle
dans l’histoire nationale ou locale. Ils livrent des informations sur leurs
destins personnels, autobiographiques, sans pour autant entrer dans leur
intimité comme peut le faire un témoin. Ils livrent des informations sur des
épisodes de l’histoire rwandaise; ils étaient ministres, officiers, directeurs,

19 Cru, Du témoignage, p. 24.
20 Ibid, p. 24.
29 ils ont pris connaissance d’un Rwanda groupal, national, historique qu’ils
évoquent. Le mémorialiste rapporte un peu de son histoire et davantage sur
le Rwanda national. On compte une douzaine de mémorialistes hutu pour
trois mémorialistes tutsi.

Les récits de vie, les récits autobiographiques et les témoignages
Tout calcul ne peut être qu’approximatif, compte tenu des genres
hybrides, mais les récits de vie rwandais sont environ trois fois plus
nombreux que les mémoires. L’histoire de “Je” en fait le sujet principal,
l’Histoire est proche mais elle n’est pas l’essentiel et peut ne pas être
mentionnée du tout. Beaucoup de rescapés du génocide et de l’exode ne
mentionnent jamais la guerre, par exemple.
Il semble que récit de vie et récit autobiographique soient assez syno-
nymes, génériquement parlant. Une différence serait que le récit porte sur
une tranche de vie quand l’autobiographie porte sur une plus longue durée.
De même, ce qu’on appelle aujourd’hui un témoignage diffère-t-il beaucoup
du récit de vie? Le plus souvent il porte sur un événement dramatique et
criminel et est écrit sur un ton de protestation et d’accusation, quand le récit
de vie peut porter sur des faits non violents, non extrêmes, et s’écrire sur de
tout autres tons.
Les styles de l’autobiographie, du récit et du témoignage diffèrent, mais
à chaque fois, il s’agit d’un je écrivant sur sa vie passée. Les voix changent,
l’enfant, le soldat, l’étudiant, la paysanne ou le ministre ne s’expriment pas
de la même manière.
21Observe-t-on dans ces jécrits un pacte autobiographique au sens où
l’auteur dira toute la vérité, même la laide, quitte à se ridiculiser ou à
montrer ses défauts, espérant en échange obtenir du lecteur une même
“vérité”? Non, les mémorialistes et les témoins ne sont pas tous vantards, la
plupart ne sont pas consciemment menteurs, mais peu s’étendent sur leurs
défauts ou leurs faiblesses et beaucoup témoignent au contraire à surcharge.
Le témoin affirme qu’il dit vrai, et on peut souvent le croire, mais il ne dit
jamais tout. Le témoignage rwandais est un récit de vie, sinon de survie, il
est peu un “récit de soi”, le moi de l’introspection et du narcissisme
occidental fait peu son sujet.

Les rapports et les recueils
Les rapports qui citent longuement leurs témoins, celui d’African
Rights, Death, Despair and Defiance ou les rapports Mucyo et Mutsinzi,
forment des sortes de recueils. Une kyrielle de témoins de toutes natures s’y
expriment en long et en large. Les recueils font un genre à part. Les courts
témoignages, des épitomes, y sont très édités et intégrés dans une com-

21 Cf. Lejeune, Philippe, Le Pacte autobiographique, Paris: Seuil, 1975.
30 position. Les témoins des recueils sont très réécrits par le témoin indirect
qu’est l’editor, l’assembleur du recueil.

Les témoignages romanesques
Une fiction peut avoir “une visée témoignante”, disait Cru, tout comme
un témoignage peut comporter des traits de fiction. Des romanciers non
Rwandais de Fest’Africa ont enchâssé dans leurs montages des témoignages
rwandais lus ou entendus. Surtout, des romans peuvent être des autobio-
graphies voilées. Mais les romans autobiographiques rwandais sont peu
nombreux et peu réussis.

Des problèmes et un pari
La mémoire testimoniale est la mémoire épisodique. Notre mémoire
déclarative est faite d’une mémoire sémantique et d’une mémoire épiso-
dique. La mémoire sémantique se souvient des définitions, des connais-
sances générales qui n’ont pas besoin d’avoir été vécues personnellement,
individuellement, pour être apprises. La mémoire épisodique se souvient des
épisodes d’un passé individuel, personnel, vécu. Elle se souvient des temps
et des lieux de l’épisode, de ses circonstances et des émotions éprouvées hic
et nunc. La mémoire épisodique est la mémoire autobiographique. Elle est
faite de courtes “tranches de vie”, elle n’est pas un flux continu mais arrive
par épisodes, par fragments. Le lien qui unit ces bouts de mémoire est
surajouté par le récit, il est imaginaire.
Le savoir de la mémoire sémantique serait factuel, avéré, et son
assemblage constituerait l’histoire objective. Le souvenir ajouterait à ce
factuel une émotion reliant le passé au présent et fonderait ainsi le
témoignage subjectif. Comme en linguistique, la mémoire serait constituée
d’une langue, la mémoire sémantique, et d’une parole, la mémoire
épisodique. Pour cent mémoires épisodiques, autant de paroles différentes
en effet.
Le témoignage épisodique est une source capitale, et parfois unique, de
connaissance. Mais il faut pour cela que les témoins soient fiables et leurs
témoignages véridiques. Or ni le témoin, ni son témoignage, ne le sont
jamais absolument. L’exacte observation des faits ainsi qu’une bonne réten-
tion mémorielle ne sont pas toujours garanties. Le futur mémorialiste qui
traverse une période de sa vie ou de la vie nationale sans encombres
enregistre probablement mieux l’histoire qui arrive que ne saurait le faire le
futur témoin qui s’enfuit ou se cache, terrorisé. L’enregistrement des faits,
surtout au moment des violences et du traumatisme, est nécessairement
imparfait. Esther Mujawayo voit bien l’angle mort, dans son témoignage.
Elle se cachait, elle entendait plus qu’elle ne voyait, elle n’a pas vu ses
parents être tués et ceux qui l’ont vu mentent ou se taisent. Annick Kayitesi
est consciente que la mémoire du chaos et le récit qu’on en fait sont des
31 reconstructions. “Aujourd’hui il est facile de reconstituer ce qui s’est passé
22mais, à l’époque, nous n’y comprenions pas grand-chose” .
La remémoration risque de l’être aussi. On oublie, on refoule, on
mélange, on déforme ses souvenirs. Ricoeur a montré combien la mémoire
peut être empêchée par la résistance des blessures et des traumatismes
passés et qu’elle peut être manipulée, façonnée et déformée par les idéolo-
gies et les remémorations forcées. La mémoire est alors obligée ou imposée,
23c’est une mémoire instrumentalisée . Le témoigneur et le réécrivain sont
ces instruments.
La mémoire se sert de l’imagination pour combler ses manques. Elle est
recomposée, une partie de son récit est inventé ou imaginaire. Joseph
Sebarenzi raconte (“I recount”) les conversations qu’il a eues mais il doit les
recréer car le passage du temps fait qu’il en a oublié le mot à mot. Ses
conversations avec Paul Kagame, Pasteur Bizimungu et d’autres “have been
recreated to the best of my recollection, but should not be taken as
24verbatim” . Le verbatim est perdu, l’auteur doit imaginer les dialogues.
On sait aussi combien la mémoire peut être vaniteuse et témoigner à
surcharge, qu’elle peut être intéressée, biaisée ou mensongère.
On sait au moins depuis Cru et Wardi quel problème pose la
25littérarisation du témoignage par son auteur ou son réécrivain . Une litté-
ralité du témoignage se perd quand la littérarité informe le discours, quand
une mise en écriture romanesque ou idéologique déforme et reforme le dit
originel.
Lorsque le témoignage devient public, explique Ricœur, il subit une
mise en forme, il devient narration. Or les contraintes narratives de l’écriture
“exercent une action ambiguë au regard de l’intention de vérité de la
représentation du passé: en même temps qu’elles conduisent au plus près de
l’événement, lui donnent lisibilité et visibilité, elles tendent à faire écran entre
la visée de réalité et la représentation en forme narrative, les jeux d’intrigue
opposant leur opacité à la transparence apparente d’un récit bien conduit,
26pertinent, convaincant et plaisant” .
Un tel “récit bien conduit, pertinent, convaincant et plaisant” est-il
encore le souvenir exact?

22 Kayitesi, Annick, Nous existons encore, Michel Lafon, 2004, p. 97.
23 Ricœur, Paul, La mémoire, l’histoire, l’oubli, Paris: Seuil, 2000.
24 Sebarenzi, Joseph, God Sleeps in Rwanda, New York: Atria Books, 2009, p. xi.
25 Cru, John Norton, Témoins, Essai d’analyse et de critique des souvenirs de combattants
édités en français de 1915 à 1928, Nancy: Presses universitaires de Nancy, 1993 (Ed. Les
Etincelles, 1929); Wardi, Charlotte, Le Génocide dans la fiction romanesque, Paris: PUF,
1986.
26 Ricoeur, Paul, “Entre la mémoire et l’histoire”, Transit, 22, 2002, pp. 21-30.
32 Cru critiquait avec raison les ouvrages dans lesquels “l’intention
27littéraire a le tort de primer sur l’intention testimoniale” . Comment l’auto-
biographie peut-elle être à la fois un discours véridique et une œuvre d’art,
28
se demandait Lejeune ? On dit que l’artifice est nécessaire au discours de
vérité s’il veut être reçu et toucher. Il est vrai que certains témoignages bruts
sont trop confus, trop mal écrits, pour être lisibles et qu’une révision leur
serait favorable. Le danger est de trop réécrire et ce faisant de trahir le
témoignage. Ce que dit le témoin publié n’est plus ce qu’il disait à l’oral.
Cru rangeait ses quelque 250 témoins en six classes, selon son échelle
de la vérité; leur crédibilité pouvait être nulle, faible, médiocre, assez bonne,
bonne ou excellente. Le bon témoin, pour ce fidèle de l’Art poétique, est
sobre, minutieux, daté, il n’omet rien et s’en tient au certain; il doit “raconter
simplement, clairement, sans phrases”, “sans réticences comme sans exagé-
29ration” . Le témoignage est comme une confession, il demande sincérité. Le
bon témoin ne rapporte pas l’Histoire mais seulement son histoire. C’est un
écrivain réaliste, il n’est pas lyrique ou fantastique ou dramatique, il ne
calibre pas ses scènes à des fins esthétiques ou pathétiques ou idéologiques.
En principe, il ne connaît pas la fin d’une histoire qui devrait s’écrire dans
l’esprit du journal de bord. Il n’exagère pas, “les faits réels furent assez
extraordinaires et assez nombreux pour ne demander aucun ornement, aucun
30addition”, ce qui est vrai aussi pour le Rwanda . Le bon témoin n’est pas
accusateur, ce que le TPIR a cru également. Mais en réalité, l’idéal “récit
honnête, retenu, modéré” est étouffé par “le tumulte des vantardises héroï-
31ques ou des dénonciations sensationnelles” . Trop de témoins rwandais en
feront la preuve.

Cru et Wardi, tous deux témoins rescapés des événements dont ils
étudiaient les représentations, étaient à même de mieux juger de la véracité
ou de l’authenticité des témoignages. Le lecteur occidental n’a pas cette
facilité, concernant le Rwanda. Les témoignages publics ne sont pas garantis
et les historiens préfèrent les délaisser. Le lecteur-juge n’a souvent que son
intuition, avec la corroboration des témoins, les rapports officiels et
quelques études d’experts. C’est peu et il est probable qu’il se trompe
souvent. Il faut cependant tirer une connaissance de tous ces témoignages,
leur fonction est de transmettre la mémoire du passé.
Seule l’épreuve du doute raisonnable, ou seules, en France, la lumière
de l’âme et la voix de la conscience permettent de garantir la part de vérité

27 Cru, Témoins, p. 249.
28 “Le paradoxe de l’autobiographie, son essentiel double jeu, est de prétendre être à la
fois discours véridique et œuvre d’art”, Philippe Lejeune, Moi aussi, Paris: Seuil, 1986, p. 26.
29 Cru, Témoins, pp. 340 et 131.
30 Ibid., p. 306
31 Ibid., pp. 112-3.
33 du témoignage. Et d’en faire un morceau, une part de l’Histoire. Le projet de
Cru reste actuel, il faut tenter une critique systématique des écrits mémoriels
rwandais en espérant pouvoir séparer les vérités des affabulations et des
erreurs.
Le problème est conséquent et cette solution que serait l’examen
critique naïve. Où est-il, le chercheur capable d’examiner parfaitement,
intégralement, tous ces témoignages tant leurs formes en sont grossières et
leurs matières complexes ? Et puis le lecteur raisonneur n’applique pas
vraiment la règle de la preuve, il retient aussi le vraisemblable, sinon même
le possible. Mais une connaissance tendant à l’objectivité peut toutefois être
tirée des mémoires et des témoignages. C’est le pari traditionnel que font
toujours les examinateurs, grands amateurs de caveats: tout ce flou, ce
subjectif, cet invérifiable des témoignages n’empêche pas radicalement qu’il
y ait aussi de l’historique, du réel ou du vrai, comme on voudra l’appeler,
dans la littérature mémorielle rwandaise.






34


1


LE TÉMOIGNAGE JUDICIAIRE



Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR), Jugements et
sentences; International Criminal Tribunal for Rwanda (ICTR),
Judgments and Sentences, Arusha, TZ, 1994-présent.

En 2012, alors que le Tribunal Pénal International pour le Rwanda
s’apprête en principe à conclure tous ses procès en première instance, plus
de 3200 témoins ont été entendus à Arusha depuis le début des audiences en
11997 . C’est en grande partie sur la base des déclarations et des interro-
gatoires de ces témoins, dûment examinés, qu’un accusé est déclaré innocent
ou coupable. Au TPIR comme dans les gacaca, les preuves matérielles sont
peu nombreuses, quand elles ne sont pas inexistantes, et les seuls témoi-
gnages peuvent décider des cas.
Le témoin judiciaire est le témoin par excellence. Il est interrogé parce
qu’il était présent sur les lieux lors de “la scène”, comme le disent parfois
les avocats, et qu’il a vu ou entendu l’accusé commettre un acte que le droit
condamne. Les témoins livresques s’alignent en partie sur ce paradigme: ils
étaient là et c’est pour témoigner et condamner la violence criminelle qu’ils
publient.
Il est utile d’observer quels principes et quelles pratiques conditionnent
la production du témoignage judiciaire. On observe que le témoin est
structuré, qu’il ne parle et n’agit pas seul. Un enquêteur, un procureur, un
avocat de la défense, un juge déterminent et formatent son dire. Le
témoignage est coproduit. Par conséquent, il est réécrit, il passe par des états
et des versions avant d’être rendu public; ce sont les juges qui, in fine,
2
“convert mutable speech into immutable text” . La déclaration initiale du
témoin est critiquée, revue et corrigée par les parties avant d’être reçue, ou
pas, dans le jugement final. Le témoignage oral est l’embryon, qui peut
avorter, du témoignage écrit reçu à la fin du procès par la cour.
Un témoignage reste sans valeur s’il n’est pas passé par l’épreuve du
doute raisonnable. Or, cette épreuve n’a jamais lieu dans le cas des témoi-
gnages livresques, ce qui les rend problématiques. De plus, les témoignages
ne se valent pas. Un témoignage peut être meilleur qu’un autre, plus infor-
matif, plus persuasif, plus crédible enfin. Les chambres, toutes objectives

1 Agence Hirondelle, Arusha, 3 janvier 2012.
2 Eltringham, Nigel, “‘We are not a Truth Commission”: Fragmented Narratives and the
Historical Record at the ICTR”, Journal of Genocide Research, 11-1, 2009, p. 55. qu’elles veuillent être, sont sensibles aux qualités et aux défauts du témoin
et de son dire. Elles savent comment la mémoire fonctionne et combien
l’erreur est humaine et sont à même de décider de la valeur du témoignage.
Le critique devrait s’inspirer de l’examen logique du témoignage, de sa
qualification et de son jugement par la cour. Tout lecteur devrait se faire
juge, au tribunal de la lecture publique.

Les témoins, l’enquêteur, le procureur, la défense et en dernier recours
les juges disent chacun à leur tour comment ils conçoivent ce qu’a fait
l’accusé. Voici ce qui s’est passé, déclare chaque acteur du procès, dans la
contradiction avec sa partie adverse. La cour a le dernier mot, elle livre dans
ses jugements en première instance ou en appel une version définitive de
l’histoire, après l’examen approfondi des hypothèses.
Ce texte en train de s’écrire est d’un bout à l’autre absolument informé,
dicté par le prétexte ou le métatexte que forment le droit du génocide, le
droit humanitaire et le droit de la guerre, dans le cas du TPIR. Dès la
première ligne de l’analyse et jusqu’au dernier mot du jugement en appel, il
va s’agir d’établir qu’un crime tel que la loi le définit a priori a été commis
par un suspect, qui devient un accusé puis un coupable et un condamné à
mesure que se fait la démonstration. Tout sera recherché, analysé, pensé et
énoncé dans cette perspective juridique. Tout va se dire et s’écrire confor-
3mément au Statut et au Règlement du Tribunal .
Les metteurs en texte que sont les enquêteurs, le procureur, la défense et
les juges savent d’avance ce qu’ils doivent dire et faire dire (ou ne pas dire
dans le cas de la défense) puisque leur but est de prouver (ou son contraire
pour la défense) que l’acte pour lequel l’accusé est jugé est exactement celui
que définit la loi. Le métatexte définit la quête de l’enquêteur: il cherche un
réel, des gens tels que l’entend le droit. C’est un juriste qui part à la
recherche d’un possible coupable. Guichoua le dit de façon dramatique en
soupçonnant le TPIR d’avoir choisi de poursuivre certains suspects en
particulier: “ce n’est jamais le crime qui fait le criminel, c’est celui qui le
dénonce, c’est celui qui instruit le dossier et c’est celui qui veut bien le
4juger” .
Au commencement du témoignage est donc le droit. Dès lors, les
interrogateurs des témoins et de l’accusé vont chercher à leur faire décrire
des actes qui tombent, ou pas, sous le coup de la loi. Non pas qu’ils veuillent
nécessairement les faire mentir ou qu’ils veuillent inventer un référent
prouvant leur version des faits, mais ce que les témoins vont dire sera
toujours entendu selon la langue du droit. Le but est d’écrire un récit qui

3 TPIR, Règlement de procédure et de preuve, 1995.
4 Guichaoua, André, TPIR, Modèle ou contre modèle pour la justice pénale internationale,
Session 2, contribution 25:
http://genevaconference-tpir.univ-paris1.fr/article80,80.html?lang=en
36 s’inscrive parfaitement dans ses termes. L’acte ou le fait, une fois prouvé,
sera condamnable s’il répond à sa définition juridique. Une langue cherche
sa parole, un texte cherche son acteur, le droit cherche et trouve son cas.
Cette préséance de la loi s’observe à chaque étape de l’enquête, de la procé-
dure et de la rédaction du jugement.
Le témoignage est réécrit avant de se fixer. Une déclaration est discutée,
corrigée, confirmée ou au contraire effacée à mesure que les dépositions, les
moyens de preuve et les arguments sont reçus. Tout le travail accompli par
les témoigneurs que sont les enquêteurs, les avocats et les juges sur les
dépositions des témoins a pour objet d’écrire et de publier le texte final,
arrêté, qui dira le fait vrai (verdict vient de vere dictum) et le droit applicable
en l’espèce. Il est le fin mot de l’histoire, nonobstant quelque opinion dis-
sidente de la minorité.
Le témoin d’Arusha ne s’exprime pas spontanément, il est interrogé, il
est contre-interrogé, un juge prend et rejette tout, une ou des parties de sa
déposition. Le témoin est mis en parole et en texte par ses témoigneurs et ses
réécrivains.
Le déroulement d’un procès montre cette prise en charge du témoin par
l’appareil. Il est d’abord interrogé par un enquêteur, puis il témoigne en cour
où il est examiné par un procureur qui lui est favorable, s’il témoigne à
charge, et par un avocat de la défense qui lui est défavorable. A chaque fois,
ce non-témoin qui n’était pas présent, souvent un occidental, veut faire dire
quelque chose de précis au témoin. L’enquêteur veut que le témoin s’expri-
me selon le droit, le procureur qu’il s’exprime selon son acte d’accusation et
l’avocat, qui veut faire mentir le témoin à charge, selon un contre-récit.
Durant la phase préliminaire du procès, une analyse des documents
portant sur l’événement est suivie d’enquêtes de terrain qui engendreront un
acte d’accusation. Lors du procès, l’acte d’accusation, qui fait office de table
des matières, sera développé, explicité, attaqué ou défendu à mesure que
sont déposées les pièces et que les témoins à charge et à décharge défilent à
la barre. La pièce s’achèvera avec l’acte du jugement, lorsque la cour tran-
che entre les parties, déclarant l’accusé coupable, ou pas, de tel ou tel chef.
Un redoublement de ce dernier acte est possible lorsqu’un second jugement
est prononcé en appel.

L’enquête
Pour commencer, des analystes de bureau rassemblent des informations
générales sur ce qui s’est passé dans les rapports des NGO et des insti-
tutions, dans les médias et auprès des acteurs. Puis les enquêteurs de terrain
collectent des témoignages et des preuves matérielles dans le but précis de
construire des dossiers d’instruction pour le procureur. Laurent Walpen,
directeur des enquêtes auprès du TPIR, explique que
“l’unité d’analyse produira des rapports d’analyse opérationnels qui seront
plus focalisés sur un cas, un auteur ou un groupe de personnes (enchaînement
37 des faits, rôles spécifiques, relations entre auteurs, etc.). Les rapports d’analyse
permettent au procureur en charge du dossier et au directeur des enquêtes de
5fixer les lignes de la stratégie à mettre en place pour consolider le cas” .
L’analyste transmet une première version des faits au bureau du procu-
reur et à ses enquêteurs.
Les enquêteurs, guidés par les analystes, recueillent ensuite des dépo-
sitions auprès des témoins. Tels furent les “observateurs” d’une “unité
spéciale d’investigations”, essentiellement des experts européens et amé-
ricains, qui conduisirent des entretiens avec des rescapés, des observateurs
militaires (UNAMIR), des soldats de l’APR, du personnel des organisations
non gouvernementales et des membres du clergé, pour le compte du
“rapporteur spécial” que fut René Degni-Ségui. Ce rapporteur était “chargé
d’enquêter sur place sur la situation des droits de l’homme au Rwanda et de
recueillir, auprès des gouvernements, des particuliers et des organismes, tous
renseignements dignes de foi sur la situation des droits de l’homme dans le
6pays” . Il était chargé de faire une enquête dite “horizontale” “sur la situ-
ation des droits de l’homme au Rwanda, y compris les causes profondes et
les responsabilités”, et une enquête dite “verticale” sur ceux qui commettent
ou autorisent “les violations des droits de l’homme et du droit international
humanitaire”. L’enquête horizontale est générale, elle est du ressort des
analystes, quand l’enquête verticale est approfondie et porte “sur certains
cas déterminés” dont s’occupèrent les enquêteurs.
Certaines déclarations des témoins passent alors dans le rapport officiel.
Dans son troisième rapport, Degni-Ségui cite un milicien de Kibungo, un
“catholique de la paroisse de Kabgayi”, le préfet de Cyangungu ou “le
lieutenant qui dirigeait l’attaque de l’évêché de Kibungo le 15 avril 1994”,
tous interrogés par ses enquêteurs (§9). Ils recueillent aussi des preuves
matérielles, des documents administratifs, des armes et des instruments
ayant servi aux massacres, des cassettes audio contenant des incitations au
génocide.
Dès le départ, l’information doit être “recueillie, enregistrée et analysée
de façon telle qu’elle puisse être utilisable, en cas de procès, par une
7juridiction nationale ou, le cas échéant, internationale” . L’evidence requise
par le procureur est celle qui permettra de poursuivre les suspects et d’ob-

5 Walpen, Laurent, “La conduite des enquêtes, un défi majeur pour la justice pénale
internationale”, Justice internationale et scolaire: points de repère, juillet 2004, pp. 35-44
6 United Nations, Commission on Human Rights, Report on the Situation of Human Rights
in Rwanda Submitted by Mr. René Degni-Ségui, Special Rapporteur of the Commission on
Human Rights, 11 November 1994, New York: UNCHR, p. 2 [E/CN.4/1995/70].
7 Nations Unies, Conseil de sécurité, Questions relatives aux droits de l’homme : situations
relatives aux droits de l’homme et rapports des rapporteurs et représentants spéciaux; La
situation des droits de l’homme au Rwanda; Note du Secrétaire général, 13 octobre 1994
[A/49/508, S/1994/1157].
38 tenir leur condamnation. Ce n’est pas un historien ou un politologue ou un
sociologue ou un journaliste qui mène l’enquête, c’est un représentant du
Tribunal. Le droit fait parler l’enquêteur qui fait parler le témoin.
L’enquêteur est le premier de la chaîne à interroger le témoin et à
rédiger son rapport dans la perspective de ce que la loi demande. L’enquête
est téléologique, la fin non seulement justifie mais informe, détermine les
moyens que sont les questions. On sait ce qu’il faut trouver, tel ou tel acte
criminel, au moment où commence l’enquête. La réponse est connue, même
si elle n’est pas garantie, et la question est posée en conséquence. Avant
même qu’il ne parle, le témoin est structuré par le sens, par l’intention de
l’enquête.
L’enquêteur suit des guidelines et peut utiliser un formulaire lors de son
interrogatoire. Si les interrogatoires des suspects sont enregistrés (RPP,
Article 43), l’interrogatoire du témoin non suspect ne l’est pas et l’enquêteur
prend des notes. Il suit un même format, coche les mêmes cases sur son
formulaire, pose les mêmes questions, en principe dans le même ordre, à
chaque témoin. Les enquêteurs d’African Rights procèdent de manière
semblable, on le devine au déroulement standardisé de leurs témoignages
“composites”. L’entretien terminé, l’enquêteur rédige un “interview report”
dans lequel il “reconstruit” l’entretien puis évalue la crédibilité du témoin.
Le Training Manual for Human Rights Monitoring est explicite:
Ҥ 46. Reconstructing the interview. After the interview is completed, the
interviewer should immediately prepare complete notes on the interview based
on the sketchy notes taken during the interview and the outline which was
prepared in advance – particularly if notes were not taken during the interview.
The information should provide the detail which is necessary to determine what
happened, when it happened, where it happened, who was involved, how it
8happened, and why it happened” .
L’enquêteur réécrit la déposition du témoin selon sa mémoire et ses
notes, et toujours selon les attentes du procureur. L’entretien reconstruit ne
transcrit pas textuellement l’entretien oral. Le Training Manual recom-
mande par exemple à l’enquêteur de “communicate the material recalled
into a logical presentation”, p. 120. “In writing the interview report, it is
important for the HRO [Human Rights Officer] to structure the story in such
a way as to best communicate what happened. For example, the facts should
ordinarily be presented in chronological order”, ibid. Le rapport d’enquête
reformate substantiellement le témoignage. Les réécrivains des témoignages
d’African Rights ou du Kigali Memorial Center font de même.
Un Manual on Developed Practices met en garde contre une défor-
mation possible des déclarations du témoin: “The statement should be in the
witness’ own words; the use of paraphrasing should be avoided whenever

8 Office of the High Commissioner for Human Rights, Training Manual on Human Rights
Monitoring, New York-Geneva: United Nations, 2004, 34 p.
39 9possible” . Mais des témoins auxquels on reprochera en cour d’avoir déclaré
quelque chose de différent à l’enquêteur se récuseront en niant avoir dit ce
qu’on leur attribue. L’enquêteur en principe fait relire (ou relit si le témoin
est illettré) la déposition écrite avant que ce dernier ne la signe:
“If the witness/victim agrees with the information written on this ques-
tionnaire, the interviewer may ask if the witness/victim wishes to sign the
document or place his/her thumb print below: This form is an accurate account
of my statement. Date: (Signature or thumb print)”, p. 122.
Mais on imagine qu’entre la déclaration, sa traduction et sa transcription
en anglais ou en français, puis sa retraduction en kinyarwanda, des modifi-
cations bénignes ou graves peuvent avoir lieu. L’honnête Sibomana refusa
de signer sa déclaration après avoir été interrogé par les enquêteurs du TPIR
10parce qu’il n’y reconnaissait pas ce qu’il leur avait dit.
En cour, les contradictions entre la déclaration orale et sa transcription
deviennent apparentes. Citons le jugement Akayesu, §137:
“Dans nombre de cas, la Défense a relevé des incohérences et des
contradictions entre les déclarations faites par les témoins avant le procès et
leur déposition à l’audience. La Chambre note que les déclarations en question
avaient été établies à la suite d’entretiens entre les enquêteurs du Bureau du
procureur et les témoins. Ces entretiens s’étaient tenus pour la plupart en
kinyarwanda et la Chambre n’a pas eu accès aux transcriptions originales des
procès-verbaux y relatifs, mais seulement à leurs traductions. De ce fait, elle
n’a pas été en mesure d’apprécier la nature et la forme des questions adressées
aux témoins, ni la fidélité de l’interprétation à l’époque.”
La Chambre n’est pas rigide, elle excuse bien des erreurs vénielles. Elle
tient compte du laps de temps qui s’est écoulé entre les déclarations et les
témoignages à l’audience, et “des difficultés que l’on éprouve à se souvenir
de détails précis plusieurs années après les événements, des problèmes de
traduction et du fait que plusieurs témoins étaient illettrés et avaient déclaré
n’avoir pas lu le texte de leurs déclarations écrites”, ibid.
Pour la Chambre, la déclaration transcrite par l’enquêteur ne peut plus
être vérifiée et sa valeur probante est “sensiblement moindre que celle des
témoignages directs faits sous serment devant la Chambre et dont la véracité
a été soumise à l’épreuve du contre-interrogatoire”, ibid. Un témoin présent
et qu’on peut contre-interroger est bien préférable à un témoin “écrit”.

9 International Criminal Tribunal for Yugoslavia (ICTY), Manual on Developed Practices,
Turin: UNICRI, 2009, § 66.
10 Jean Kambanda, certes peu crédible, rapporte que la déclaration qu’il devait faire lors de
sa première comparution fut entièrement réécrite par le Bureau du procureur. “Dans la décla-
ration du procureur que je devais considérer comme étant mienne, n’apparaissait plus que ma
responsabilité, réelle ou supposée, et celle du Gouvernement Intérimaire que je dirigeais. Le
Bureau du Procureur avait gommé toute référence à la responsabilité du gouvernement de
Paul Kagame dans le génocide et les massacres”, Rwanda face à l’apocalypse de 1994,
Fernelmont: EMO, 2012, p. 331.
40
Le procès
L’acte d’accusation est un texte préliminaire qui informe tout l’examen
des preuves. Comme une clé musicale, l’acte d’accusation délimite et
organise la partition tout entière. On sait que les parties n’auront pas le droit
de s’écarter de ce scénario de base, à moins que le procureur ne modifie son
acte. Il est la table des matières du texte que le procureur entend écrire et
souhaite voir signer par la cour. Il n’en donne encore qu’“un exposé concis”
(“a concise statement of the facts”) qu’il va développer, amplifier,
11“substantiate” dit bien l’anglais, et chercher à prouver au fil des audiences .
En annexe, en quelque sorte, à l’acte d’accusation, une “copie des décla-
rations de tous les témoins que le Procureur entend appeler à la barre” et les
preuves documentaires, s’il y en a, sont communiquées à la défense (Art.
66). Ces déclarations sont les “interview reports” des enquêteurs. A cela
s’ajoute “une liste des témoins que le Procureur ou la Défense entendent
citer comportant […] un résumé des faits au sujet desquels chaque témoin
déposera [et] les points de l’acte d’accusation sur lesquels chaque témoin
sera entendu” (Art. 75 bis et 75 ter). Trois versions concourent donc, à cette
étape, les interview reports, l’acte d’accusation et son résumé.
Le suspect, devenu l’accusé, plaide alors coupable ou non coupable des
chefs d’accusation, c’est-à-dire qu’il accepte, fait sien, cosigne, ou au con-
traire rejette comme faux l’“exposé concis” du Procureur.
Lors d’une conférence préalable, les deux parties détaillent leurs
versions respectives des faits et des qualifications. Ils y exposent les points
de fait et de droit “non litigieux” qu’ils ne contestent pas. Ils s’accordent par
exemple sur certains points d’histoire, sur le fait que le Rwanda était en
1994 divisé en onze préfectures et qu’“à l’époque des faits survenus au
Rwanda entre le 1er janvier et le 31 décembre 1994, les Hutus, les Tutsis et
les Twas étaient respectivement identifiés comme formant des groupes
12ethniques ou raciaux spécifiques” ; ou encore que le 6 avril 1994, l’avion
du président a été abattu. Cette base du texte acquis, définitivement écrite et
co-signée, tout le reste va être disputé, chaque partie cherchant à prouver et
à faire accepter par la cour, qui a le dernier mot, sa version particulière.
L’interrogatoire du témoin par la “partie attaquante” et la “partie
défenderesse” est précédé de ces trois premières versions, en quelque sorte,
que sont les “interview reports”, l’”exposé concis” général et le “résumé des
faits” individuel. Le témoin dépose au tribunal alors que son témoignage
existe déjà en version longue (l’interview report de l’enquêteur) et en
version courte (le “résumé des faits”).


11 TPIR, Réglement de Procédure et de preuve, article 47C.
12 Judgement of 27 January 2000, The Prosecutor v. Alfred Musema, Case No. ICTR-96-
13-A, § 305
41 Le témoin est très encadré, pressé de toutes parts. “At the ICTR, the
average witness encounters somewhere in the range of thirty tribunal
13employees in the course of being a witness” . La préparation au témoignage
consiste, officiellement, en une révision de la déclaration du témoin avec un
représentant du bureau du Procureur et en une visite de la salle d’audience.
En réalité, chaque partie prépare attentivement l’interrogatoire de ses
témoins, ne serait-ce que parce que leurs témoignages ne doivent porter que
sur les faits allégués dans l’acte d’accusation. Il est probable que les
témoigneurs leur expliquent ce qu’ils devraient et ne devraient pas dire.
Recommander la clarté et la brièveté est légitime, suggérer qu’on dise ceci
et taise cela ne l’est plus si le témoignage s’en trouve faussé. “A good and
effective orientation session with respect to the proceedings and the
courtroom experience will ultimately affect the evidence the witnesses are
14able to give on the stand” . Tous ces préliminaires, toutes ces préparations
pèsent certainement sur la véracité du témoignage.
A Arusha, le témoin ne jure pas à proprement parler mais s’engage à
dire vrai: “Je déclare solennellement que je dirai la vérité, toute la vérité et
rien que la vérité”. Cette déclaration n’engage pas autant que le serment juré
et l’erreur involontaire comme le mensonge volontaire sont légion. Des
personnes sont intéressées à témoigner à charge ou à décharge, espérant
quelque bien moral ou matériel en retour. On sait que des témoins venus de
Kigali ont reçu des instructions avant de déposer en cour. Il s’agissait
d’accorder leurs déclarations pour mieux charger un accusé que Kigali
voulait à tout prix voir condamné, par exemple. Des personnes condamnées
par des gacaca ont témoigné à Arusha dans l’espoir d’obtenir une réduction
de leurs peines. Les avocats de la défense ont dénoncé de véritables
“syndicats de délateurs”.
Ces cas extrêmes illustrent de façon caricaturale cette pression que font
peser les témoigneurs sur les témoins. “On sait très bien que les contacts
préalables qui peuvent s’établir avec les témoins influent sur le contenu du
témoignage”, rappelle Damien Vandermeersch, juge d’instruction dans “les
15
affaires Rwanda” en Belgique . La personne interrogée ne témoignera pas
de la même manière selon qu’on lui demande de témoigner à charge ou à
décharge, si elle se sent menacée ou si elle est pauvre et espère un secours
de l’enquêteur.

13 Best Practices Manual for the Investigation and Prosecution of Sexual Violence Crimes
in Situations of Armed Conflict: Lessons from the International Criminal Tribunal for
Rwanda, New York: United Nations, 2008, § 13.
14 Best Practices Manual, § 66; nous soulignons.
15 Vandermeersch, Damien, in TPIR, Modèle ou contre modèle pour la justice pénale
internationale?, Université Paris I Panthéon Sorbonne, http://genevaconference-tpir.univ-
paris1.fr
42 Beaucoup de témoins craignent de témoigner à charge, des représailles
étant toujours possibles. Le témoin est alors protégé et dépose sous un
pseudonyme, comme dans les livres, derrière un voile ou à huis clos. Légère
réécriture, les détails matériels qui pourraient révéler son identité doivent en
principe être tus à l’audience et seront caviardés dans les transcriptions et les
procès verbaux. Cet anonymat déresponsabilise le témoin et restreint le droit
des parties à le contre-interroger, puisqu’on ne sait pas qui il est. Personne
ne peut plus a priori le contredire, et cette protection est devenue une
stratégie judiciaire. Elle n’est pas à l’avantage du témoignage.
A la barre, le témoin ne fait pas un récit ininterrompu de la scène ou de
l’épisode mais est interrogé, dirigé, “aiguillonné” par le procureur qui veut
lui faire répéter et confirmer ce que disent l’interview report et l’acte d’ac-
cusation. Le conseil veut au contraire que le témoin à charge se contredise et
que le témoin à décharge contredise les allégations du procureur et les
assertions du témoin à charge.
Les deux parties s’affrontent selon un ordre. Le procureur interroge ses
témoins à charge et présente ses preuves matérielles, s’il en a. Lesdits té-
moins peuvent ensuite être contre-interrogés par la défense de même que la
cour peut les interroger à tout instant. Un nouvel interrogatoire par le
procureur est aussi possible. Sur la base de ces témoignages et des pièces à
conviction, un récit s’élabore, scène après scène.
La défense procède ensuite de la même manière et son récit différent, et
contradictoire, s’élabore aussi au fil des interrogatoires. Dans l’affaire
Musema, par exemple, le Procureur soutient que l’accusé a participé à un
certain nombre de “scènes” et commis un certain nombre d’actes qui
16tombent sous le coup de la loi . La défense s’efforce de son côté de montrer
que l’accusé était absent lors des événements allégués par le procureur:
Musema a un alibi. La version des faits que soutiennent l’accusé et ses
défenseurs n’a absolument rien à voir avec celle du procureur. Dans les deux
cas, les témoigneurs font tout pour que leur témoin tienne le discours
demandé. Dit-il alors ce qu’il pense ou ce que lui soufflent ses témoigneurs?
La méthode des questions et des réponses, propre à la common law,
permet a priori d’évaluer la crédibilité morale du témoin ainsi que la
pertinence et la valeur probante de son témoignage. Le Tribunal estime avec
justesse qu’un témoin qui dépose par écrit est moins probant qu’un témoin
oral parce qu’il ne peut pas être contre-examiné. Le contre-interrogatoire est
au cœur de l’examen judiciaire. Les divergences, les incohérences, les
contradictions internes (entre l’écrit et l’oral) ou externes (entre les témoins)
seront estimées négligeables si elles sont sans importance et sans pertinence.
Au contraire, elles sèmeront le doute sur la valeur probante d’un élément de
preuve ou sur la preuve toute entière si elles sont substantielles.

16 ICTR, The Prosecutor v. Alfred Musema, Case No. ICTR-96-13-A
43 Élaboration des deux récits laborieuse, exigeante, sans cesse inter-
rompue, sans cesse contredite, aux règles du jeu contraignantes, chaque
partie cherchant à rendre sa version irréfutable et à effacer la version de
l’autre. La reconstitution des événements se fait chronologiquement et géo-
graphiquement et un fait à la fois: tel jour, en tel lieu, Musema a commis tel
acte, a prononcé telle parole. Dans la tradition du réalisme (il faut prouver
ou infirmer la réalité des faits), l’accusateur ou le défenseur explique, au
moyen des témoignages et des preuves matérielles, qui a dit ou fait quoi, où,
quand, à qui, avec qui et avec quoi, comment et dans quelles circonstances.
On peut aussi vouloir montrer ce que l’accusé n’a pas fait, l’omission
comme la commission pouvant être criminelles.
Les témoins à charge dictent les premiers jets du récit dont le procureur
est l’auteur; les témoins à décharge dictent de leur côté les premiers jets du
récit que la défense veut seul autoriser. Les plaidoiries finales livrent deux
récits différents, et c’est aux juges de choisir.

Le jugement
A priori, les juges ne poussent pas les témoins à parler dans un sens ou
dans l’autre, ils écoutent et pèsent la valeur de leurs témoignages. Mais ils
mettent la main finale au texte qu’ils signent.
Les juges sont libres de recevoir toutes sortes de preuve, mais leur
examen est sévère et minutieux et il semblerait, en l’absence d’un décompte
exact, qu’ils aient rejeté plus de témoignages qu’ils n’en ont accepté. Ils
appliquent des principes plutôt que des règles strictes dans leur appréciation
des preuves. Ils sont attentifs à la matière du sujet mais aussi à la manière du
témoin. L’imprécision, l’hésitation, la confusion, l’ambiguïté, l’incohérence,
l’esquive (un témoin “mal à l’aise et qui se montre évasif”), l’hostilité
déclarée d’un témoin vis-à-vis d’un accusé sont autant de défauts a priori
rédhibitoires. Le témoin “douteux” exige une précaution accrue. Le témoin
qui s’exprime clairement et sans se contredire, qui est sans parti pris
apparent et n’exagère pas sa charge, qui est “équilibré”, intègre et digne de
17
foi, inspire au contraire une plus grande confiance (Musema, § 840) . Il en
sera de même des témoins livresques. Les juges examinent l’énonciateur
autant que l’énoncé. Un témoignage est recevable si ce qu’il rapporte du fait
est prouvé et si la personne qui porte témoignage est crédible. Un dire est
vrai parce que le témoin est véridique et que le référentiel est vérifié. Bien

17 Voir aussi Jugement Gacumbitsi, § 84-86 : “Le témoin TAW s’est gardé d’exagérer son
récit en défaveur de l’Accusé. Il a, par exemple, reconnu que, s’il était certain de la présence
d’armes dans les cartons chargés dans les véhicules communaux le 10 avril 1994, au camp de
Kibungo, cela ne résultait pas d’une constatation personnelle, mais plutôt d’une déduction et
d’une confirmation obtenue d’un tiers par la suite. […] Ni le comportement du témoin à
l’audience, ni le contenu de ses déclarations n’ont donné l’impression qu’il aurait construit
son récit dans le but de nuire à l’Accusé.”
44 plus, un témoignage n’a pas à être absolument sans défauts pour être
recevable, des fautes d’expression ou même de petites erreurs de fait sont
tolérables à condition qu’elles soient mineures et sans effet sur la substance.
On image bien cependant que la frontière entre le véniel et l’irrémissible
n’est pas fixe.
La Chambre apprécie librement la pertinence, la valeur probante et la
fiabilité de tous les éléments de preuve. La corroboration n’est pas obliga-
toire, mais elle est nécessaire dans le cas d’un témoin douteux (un criminel,
par exemple). L’ouï-dire est recevable, s’il est pertinent et surtout corroboré.
L’élément de preuve doit être pertinent (relevant), c’est-à-dire qu’il doit
absolument porter sur l’affaire. Il doit être crédible au-delà de tout doute
raisonnable, quand bien même la fiabilité n’est jamais absolue. Il doit
posséder une valeur probante, c’est-à-dire qu’il doit faire pencher la balance
du jugement du côté de la conviction de l’accusé. Le juge doit être con-
vaincu au delà du doute raisonnable de la culpabilité d’un accusé.
Tous les juges n’apprécient pas pareillement, n’accordent pas un même
prix à un témoignage donné. Juger relève moins d’une science que d’un art.
La preuve en est que des juges peuvent différer dans un même cas d’espèce.
Un élément de preuve jugé douteux entraînera le rejet de toute la preuve par
l’un mais non par l’autre. Les “opinions partiellement dissidentes” des juges
d’Arusha ne manquent pas. Il reste qu’un tel examen judiciaire des témoi-
gnages est exemplaire et qu’on devrait appliquer cet art de discerner le vrai
du faux aux témoignages publics.

On peut penser qu’une fois fait le grand tri du vrai, du douteux et du
faux, la réécriture des témoignages par les juges du terminus a quo du
procès ne modifie pas gravement l’original. Trois exemples tirés de l’affaire
Musema:

Déclaration du témoin Jugement

a) Q. Musema est sur la route, au a) Le témoin se trouvait à 30 mètres
même niveau, à trente mètres et il vous de la route […]. Il a déclaré que lorsqu’il
tire sur la cheville. Est-ce cela la scène? lui a tiré dessus Musema était debout sur
R. [Témoin P] Oui, c’est ce que la route, près du véhicule, tenant son
j’ai expliqué. arme à feu des deux mains. Le témoin a
Q. Une balle vous touche à la déclaré qu’il tournait le dos à Musema
cheville. Vous tombez. Et personne ne quand celui-ci lui a tiré dessus. Dans son
vient vous achever à la machette? Est- esprit, il ne fait pas de doute que c’est
ce cela la scène? Musema qui a tiré, non seulement parce
R. Il est vrai que j’ai eu de la qu’il l’a vu viser, mais aussi parce que
chance car ils ont poursuivi la femme. Musema était la seule personne du groupe
Sinon, ils auraient dû venir m’achever. qui avait un fusil. Le témoin P a déclaré
Q. Comment êtes-vous tombé à qu’après avoir été atteint à la cheville, il
terre? est tombé face au sol et a feint d’être
45