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Monde arabe : les aléas d'une transition ratée

De
82 pages
La dynamique révolutionnaire qui s'est emparée du monde arabe n'en finit pas de surprendre tant par son ampleur que par sa portée. L'aspiration à la démocratie, au pluralisme et à la justice sociale laissaient croire que la région arabe allait enfin retrouver le sens de l'histoire. Aujourd'hui, l'heure est au pessimisme. Six ans après les révolutions, les pays arabes traversent leurs moments les plus difficiles. Au-delà de toute spéculation sur les évolutions politiques actuelles, le présent essai a pour ambition première d'analyser cette phase critique de l'histoire du monde arabe.
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Dans la même collection :

 

2012

Mounir Corm,Pour une IIIe république libanaise. Étude critique pour une sortie de Taëf

Marc Lavergne(Dir.),Égypte une société en quête d’avenir, an 2 de la révolution,

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2013

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2014

Jordi Tejel Gorgas,La question Kurde : passé et présent

Sébastien Abis,Mobilisations rurales en Méditerranée

Julien Salingue,La Palestine d’Oslo

Jean-François Coustillière et Pierre Vallaud,Géopolitique et Méditerranée, volume 1

Jean-François Coustillière et Pierre Vallaud,Géopolitique et Méditerranée, volume 2

 

2015

May Maalouf Monneau,Le Liban : de l’État inachevé à l’invention d’une nation

Cosimo Lacirignola,Terre et Mer : ressources vitales pour la Méditerranée

Abdennour Benantar et Salim Chena,La sécurité en méditerranée occidentale

Jean-Paul Chagnollaud,Communautés en exil : Arméniens, Kurdes et Chrétiens d’Orient en territoires franciliens

Didier Leroy,Le Hezbollah libanais : de la révolution iranienne à la guerre syrienne

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Xavier Richet et Nadji Safir,Le Maghreb à l’épreuve de la mondialisation

 

2016

Cosimo Lacirignola,Les objectifs de développement durable : opportunités Méditerranéennes

 

 

 

 

 

 

 

© L’Harmattan, 2017

5-7,rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.editions-harmattan.fr

EAN Epub : 978-2-336-79040-4

La bibliothèque de l’Iremmo

 

 

La bibliothèque de l’Iremmo

Collection dirigée par Pierre Blanc et Bruno Péquignot

 

 

Cette collection se propose de publier des textes sur tous les aspects de la vie sociale de la Méditerranée et du Moyen-Orient. Tous les domaines sont concernés, de la politique à la culture et aux arts, de l’analyse des mœurs et des comportements quotidiens à l’économie, de la vie intellectuelle à l’étude des institutions et organisations sociales, sans oublier la dimension historique ou géographique de ces phénomènes.

L’objectif est de créer une sorte d’encyclopédie, au sens historique de ce terme, présentant, de façon claire et rigoureuse, toutes les connaissances produites par la recherche scientifique, mais aussi par les réflexions des acteurs impliqués à tous les niveaux de la société. Chaque ouvrage vise à faire le point sur un sujet traité dans un souci de le rendre accessible au-delà des cercles des spécialistes.

Titre

 

 

 

 

 

 

 

 

Monde arabe :
les aléas d’une transition ratée

 

 

 

 

 

 

Smail Kouttroub

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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DÉDICACES

 

À la mémoire de mes chers défunts : mon père, ma grand-mère, mon grand-père et mon ami Abdel basset. Qu’ils reposent en paix.

 

Je dédie ce livre à ma mère, à ma famille et à tous ceux qui me sont chers.

 

À mon très cher neveu Bachir.

 

● ● ● INTRODUCTION

Alain Touraine

 

Le changement du monde n’est pas seulement création, progrès, il est d’abord et toujours décomposition, crise.

 

En octobre 1999, David Hirst publia un article analysant la situation politique en Égypte. Le correspondant du Guardian au Proche-Orient estima que les tensions ne pourraient durer indéfiniment dans ce pays. Il pressentit que quelque chose allait se passer, beaucoup d’observateurs s’accordent sur ce point. Mais quoi et quand ? C’est toute la question1. Hormis le cas de l’Égypte, ce témoignage reflète parfaitement l’ambiance régnante dans l’ensemble du monde arabe depuis des décennies. En effet, l’impression généralement ressentie de la stabilité était trompeuse.

Face à l’immobilisme régnant, l’indifférence et l’attentisme marquaient les attitudes des grandes démocraties. Il a fallu attendre les tragiques événements du 11 septembre 2001 pour pouvoir constater un vif regain d’intérêt pour la région arabe. Au-delà des campagnes militaires menées en Afghanistan et en Irak, certains spécialistes reconnus du monde arabe commençaient à s’interroger sur les racines de l’autoritarisme, la place et le rôle de la religion, l’avenir de l’alliance avec les despotes de la région, etc. Les travaux sur le monde arabo-musulman se multipliaient dans les cercles académiques. S’inspirant de cette forte production intellectuelle, les Américains et les Européens, soucieux de faire face à l’islamisme radical, initièrent certains projets de réforme. En raison d’un contexte particulièrement contraignant, ces initiatives s’essoufflaient l’une après l’autre. Faute d’alternatives, les Occidentaux allaient miser sur les autocrates au grand dam des démocrates de la région. Ce choix s’avérait lourd de conséquences. En effet, l’ajournement des réformes ne faisait qu’entretenir les frustrations. À quelques exceptions près, les régimes arabes disposant de moyens matériels et symboliques pour s’imposer, ne manifestaient aucune réelle volonté de réforme. Économiquement, les taux relativement élevés de croissance réalisés ne profitent qu’à un petit segment de la société. Le chômage de masse et la précarité sont devenus insoutenables et les classes moyennes ont été prises en tenaille. Face à un tel désarroi, l’opposition traditionnelle, dont la marge de manœuvre est réduite à néant, perd progressivement le monopole de l’expression politique de la contestation. Le ressentiment vis-à-vis de ces systèmes politiques à bout de souffle favorisait l’émergence des « forces souterraines2 ». Dotés d’une grande capacité de mobilisation, ces acteurs anti-système allaient surprendre le monde entier tant par l’ampleur de leur mouvement que par la portée des revendications. En effet, ces révolutions arabes, a-idéologique en apparence, menées au départ par de puissants mouvements sociaux pacifiques, ont pris de court les spécialistes les plus avertis du Monde Arabe. À l’intérieur des sociétés arabes, cette dynamique amorcée en 2010 mettait à l’épreuve la légitimité des régimes en place.

Au-delà de son geste fatal, Bouzizi est le symbole même de ces laissés-pour-compte. La tragédie de ce jeune traduit le désespoir d’une génération, subissant les conséquences d’une piètre gestion des affaires publiques et des années d’austérité imposées aux peuples de la région. À la différence des contestations sociales antérieures, plusieurs segments de la société, soucieux d’en finir avec l’autoritarisme, allaient s’associer énergiquement aux soulèvements. La fracture sociale latente se transforma alors en opportunité politique. Partout, le peuple réclame le changement. La crise de légitimité des régimes, le retrait de l’armée (Tunisie, Égypte), la médiatisation des révoltes, l’effet domino de la révolution tunisienne et les hésitations des grandes puissances favorisaient la chute de certains régimes.

Au début des soulèvements, les régimes politiques de la région ne réagissaient pas de la même manière. Le Maroc et la Jordanie initièrent une nouvelle dynamique politique. Au Machrek, les monarchies du Golfe optèrent pour une redistribution de la rente pétrolière suivie d’un ajournement des réformes politiques. Dans les pays ayant emprunté la trajectoire révolutionnaire (Égypte, Libye, Tunisie, Syrie, Yémen), la situation paraît plus complexe.

Hormis l’effet de surprise qu’elle a provoqué, cette dynamique de changement suscitait beaucoup de controverses dans le monde arabe et ailleurs. Ces révolutions pourraient-elles agir comme un moteur de la modernité politique ? Les forces contestataires et les nouveaux acteurs politiques sont-ils une source de démocratisation ? Les révoltes constituent-elles un moment de rupture ? Quels sont les véritables enjeux de pouvoir dans ces pays en transition ? Ces révolutions sont-elles comparables ?

Au-delà de ces interrogations, l’optimisme de certains milieux académiques et politiques laissait croire que le monde arabe allait enfin retrouver le sens de l’histoire. Dans la majorité des pays, les révolutions étaient pacifiques et les revendications libérales des jeunes meneurs rassuraient les plus sceptiques parmi les observateurs étrangers.

Au début du processus, l’aspiration des masses à la démocratie, au pluralisme et à la justice sociale inscrivait ces révolutions dans une dynamique universelle, et semblaient contredire le mythe culturaliste de l’exception arabe avancé par certains orientalistes. Ultérieurement, l’optimisme consécutif aux premières élections libres (Tunisie, Égypte, Libye, Yémen) cédait progressivement la place aux scénarios les plus pessimistes. La tenue d’élections engendra une victoire des islamistes. Certains analystes évoquaient déjà un « Automne islamiste ». Cette percée électorale des partis d’obédience islamiste suscitait des réactions diverses et une thèse inverse se fait jour : et si les révolutions arabes, s’interroge Jean-Pierre Chevènement, n’avaient été qu’une ruse de l’histoire, ayant seulement servi de fourrier à l’islamisme politique, comme on le voit en Égypte, cœur du monde arabe, avec la victoire des Frères musulmans ? L’homme politique français parle de deux temps dans la révolution arabe : celui de leur éclosion et celui du processus électoral qui va révéler le pays réel, en Tunisie et en Égypte3. Le scepticisme est de mise. Sophie Bessis se demande si tous les soulèvements qualifiés de « révolutions arabes » peuvent revendiquer le nom d’une révolution4 ? Parler de révolution paraît exagéré dans le sens où les anciens rapports de domination politique et économique n’ont pas été encore beaucoup modifiés5.

Après avoir salué la « libération » du monde arabe et la « transition » démocratique, les médias occidentaux se ravisent et hésitent quant à la qualification des événements : révolte, révolution, soulèvement, rébellion, insurrection ? Le flottement dans le vocabulaire est à la mesure du doute qui s’empare des acteurs et des observateurs6. Aujourd’hui, on assiste à une dynamique politique à plusieurs vitesses. En Tunisie, l’ingénierie démocratique semble bien marcher tandis que dans les autres pays, la crise politique (Égypte) et le chaos s’éternisent. Cela engendre tant de frustrations et avorte les espoirs d’une population avide de changement.

Six ans après la révolution du Jasmin, le bilan est mitigé. Si l’attribution du prix Nobel de la paix au quartet menant le dialogue national en Tunisie traduit bien la maturité d’un modèle de transition, l’auto-proclamation de l’État islamique en Irak et au Levant et la multiplication des guerres civiles jettent le doute sur la portée réelle de cette dynamique de changement. Face aux évolutions actuelles, toute tentative d’inventaire serait vaine. Néanmoins, on ne peut pas faire l’économie d’une réflexion sur les enjeux sous-jacents d’une telle mutation. Les transformations auxquelles nous assistons laissent perplexe. La fâcheuse propension à réduire la scène politique arabe à un champ de bataille entre islamistes et sécularistes/modernistes est aussi simpliste que les approches analysant la violence rampante à l’aune de la seule variable confessionnelle. Aussi, la guerre menée contre l’État islamique masque des enjeux de puissance d’une importance capitale pour les pays de la région. Dans une zone qui concentre des intérêts stratégiques de première importance, les grandes puissances suivent de près les mutations qui s’accélèrent. Surpris par l’ampleur et la célérité des événements, les grands de ce monde semblent avoir fait preuve d’une faible capacité d’anticipation dans une région supposée vitale pour leurs intérêts. Aussi, la gestion et l’accompagnement de ce Printemps arabe ont mis à rude épreuve les diplomaties des grandes capitales. Les déterminants historiques, les représentations, les profils stratégiques et les intérêts économiques conditionnent largement les attitudes des grandes puissances. Quelles implications auront ces mutations sur les relations du Monde arabe avec le reste du monde ? Se dirige-t-on vers de nouveaux équilibres de puissance ? Face à un environnement complexe, les grandes puissances seront devant des choix cruciaux tant sur le plan régional qu’international. Le présent travail constitue un regard sur un processus historique qui continue de surprendre et d’inquiéter.


1  David HIRST, « Un capitalisme à l’indonésienne, l’Égypte aux pieds d’argile », Le Monde Diplomatique, octobre 1999, p.15.

2  Sadri KHIARI, Tunisie, coercition, consentement, résistance, le délitement de la cité, Paris, Karthala, 2003.

3  Jean Pierre CHEVENEMENT, « Les changements politiques dans le monde arabe », Bulletin de l’académie des sciences morales et politiques, n° 4 (Novembre 2012/ Février 2013).

4  Sophie BESSIS, « De quoi les révoltes arabes sont-elles le nom », Revue internationale et stratégique, 2011/3- n 83 p 57-65.

5  Stéphane VALTER, « Stratégie d’État et aspirations sociales au Moyen Orient », Maghreb-Machrek, n° 207-Printemps 2011, 9-31.

6  Mathieu GUIDERE, Le choc des révolutions, Paris, Editions Autrement, 2011, p.13.

● ● CHAPITRE I

AUX ORIGINES DE L’AUTORITARISME
ARABE : HISTOIRE, CULTURE POLITIQUE
ET ALEAS GEOPOLITIQUES

Dire que l’autoritarisme structure le champ politique arabe est une lapalissade. Les raisons d’une telle malédiction sont à chercher dans une histoire mouvementée marquée par le reflux de la dynamique réformiste. Le projet colonial tout comme l’idéologie nationaliste allait étouffer les minces espoirs du renouveau du monde arabe. Hormis ce facteur historique, la culture politique dominante est tout aussi déterminante dans la compréhension de l’autoritarisme arabe. Loin du simplisme du dogme orientaliste, véhiculant l’idée d’un monde arabe réfractaire au changement, l’endurance des régimes autoritaires n’auraient été possible sans l’aval d’élites façonnées par une certaine idée du pouvoir politique.

Les vagues successives de démocratisation ne semblaient pas inspirer les leaders de la région arabe. Généralement hermétiques au changement, ces derniers ont su tirer profit du contexte très particulier de la guerre froide pour se maintenir au pouvoir. Au lendemain de l’effondrement du mur de Berlin, ils ont réussi, moyennant quelques concessions de pure forme, à s’adapter aux mutations induites par la fin de l’ère bipolaire.

Les pesanteurs de l’histoire