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Murat

De
332 pages
Issu d'une famille pauvre, Dominique Murat tente sa chance à Marie-Galante où il exploite d'abord une petite caféière. Pendant la Révolution il est président de la République des Douze, qui fit de Marie-Galante l'un des premiers territoires à prononcer l'abolition de l'esclavage, le 19 décembre 1793. Les membres de sa famille ont quitté progressivement les Antilles entre 1835 et 1870. L'auteur suit jusqu'en Toscane cette famille au destin tragique, pendant que l'habitation Murat se fait oublier. Philippe Nucho-Troplent nous la fait redécouvrir et revivre.
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Collection
Récits
Philippe NUCHOTROPLENTMurat
Une famille de Marie-Galante et son habitation
Parce que leur habitation coloniale présente un decorum unique aux Antilles,
les Murat ont fait l’objet des fantasmes les plus imaginatifs. Il fallait partir
en quête de leur vérité.
Issu d’une famille pauvre de scieurs de longs capbretonnais, Dominique
Murat est le premier à tenter sa chance à Marie-Galante où il exploite d’abord
une petite caféière. Pendant la Révolution il est président de la République
des Douze, qui fi t de Marie-Galante l’un des tout premiers territoires à Murat
prononcer l’abolition de l’esclavage, le 19 décembre 1793. Mais ce n’est que
quarante ans après son arrivée sur l’île qu’il achète à crédit l’habitation de
Bellevue avec l’aide de son fi ls, Dominique Emmanuel Murat. Une famille de Marie-Galante et son habitation
eLorsqu’au XIX siècle le domaine se trouve en di culté, la famille, très
unie et très attachée à cette terre, fait tout pour la sauver, en s’accordant
sur un pacte de famille qui place le gendre Alexandre Kayser, républicain et
Deuxième édition revue et augmentéeabolitionniste, comme l’homme fort de l’habitation. Mais en 1870, le
petitfi ls témoigne d’un combat inégal contre des ennemis puissants, pleins de
haine et d’envie, montrant du doigt quelques propriétaires marie-galantais
convoitant le domaine, qui le précipiteront vers la ruine.
Les membres de la famille ont quitté progressivement les Antilles entre 1835
et 1870. L’auteur suit jusqu’en Toscane cette famille au destin tragique qui se
erassemble autour de la Villa Gamberaia jusqu’à l’orée du XX siècle, pendant
que l’habitation Murat se fait oublier. Elle disparait presque du paysage
marie-galantais, jusqu’à ce qu’en 1966 ses ruines soient redécouvertes, et
avec elle, un passé pas si lointain, que Philippe Nucho-Troplent s’attache à
faire revivre dans cet ouvrage précis et documenté.
Philippe NUCHO-TROPLENT, né en 1964, président
de l’association antillo-guyanaise des Alpes du Sud a
notamment publié Vie quotidienne à Marie-Galante aux
éditions L’Harmattan en 2006.
Illustration de couverture : © Élise en son habitation, aquarelle de Rebecca Oliver.
Collection
Récits
ISBN : 978-2-343-06342-3
36 euros
Philippe NUCHOTROPLENT
Murat















Murat
Une famille de Marie-Galante et son habitation

















Rue des Écoles

Le secteur « Rue des Écoles » est dédié à l’édition de travaux personnels, venus de
tous horizons : historique, philosophique, politique, etc. Il accueille également des
œuvres de fiction (romans) et des textes autobiographiques.


Déjà parus

Loozen (Jean-Luc), Campo Grande, 2015.
Alcaraz (Nadia), La rage fut mon pays d’accueil, 2015.
Berkowitz (Nadine), Les vingt vies de Mathilde, 2015.
Cerasi (Claire), Identité, identités, 2015.
Ferrier-Mayen (Andrée), La terrasse, 2015.
Télégat (Constantin), La star et les pantins, 2015.
Philippart (André), Un milieu social face à la pauvreté, 2015.
Ducrocq (François), Théorie du stock froid, 2015.
Jacques-Yahiel (Simone), Ma raison d’être (réédition), 2015.
Albert (Thierry), Quel est votre nom ?, 2015.
Mbuyi Mizeka (Alfred), L’enfant noir d’Afrique centrale, 2015.
Alain Nesme, Léa la Sainte, 2015.





Ces douze derniers titres de la collection sont classés par ordre chronologique en
commençant par le plus récent.
La liste complète des parutions, avec une courte présentation
du contenu des ouvrages, peut être consultée
sur le site www.harmattan.fr
Philippe Nucho-Troplent




























MURAT
UNE FAMILLE DE MARIE-GALANTE
ET SON HABITATION


































































































































































































































































© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-06342-3
EAN : 97823430063423
A mes filles, Magali et Aurélie,
et à ma petite-fille, Zoé,
qu’elles veillent avec une tendresse attentive
à leurs racines marie-galantaises.
En mémoire de
Denise Parisis, mon amie,
qui m’a transmis sa passion de la vérité
historique et une petite partie de son savoir. L’esclave de l’esclavage est celui qui ne veut pas savoir.
Edouard GlissantLéonard
MURAT
1675-1729
X Marie NAUTOT
Soorts - Capbreton
Dominique Jeanne
MURAT MURAT
1700 -1762 1703 - 1770
X Catherine X2 G.
DUCASSE BLANQUEFORT
Capbreton Capbreton
Dominique Catherine Bertrand
MURAT MURAT SARLAT
1742-1819 1748-1755 1737 - 1811
X1 Anne V Capbreton X Quitaire LUPP Ė
SAIGNES
Capbreton
X2 Françoise
Jean-Pierre
1769-
10
Modeste dit
MURAT
1771-1827
1X Anne-Rose
TANNEUR
2X Marguerite
Cephise Elisabeth Luc Joseph Marie Mathurine Adèle Euphémie
MODESTE MODESTE MODESTE MODESTE Adélaïde MODESTE MODESTE MODESTE
dit Sainsain MODESTE
1800- av. 1852 1809 – 1835
X1 Thomas Grand-Bourg
1804-1825 ? 1810 - 1866 1812-1865 1812-1826 1816-1865 1817 - 1841
MESSOUS
X2 Alphonseq
MURAT MURAT SARLAT
1742-1819 1748-1755 1737 - 1811
X1 Anne V SAIGNES X Quitaire LUPP Ė
Capbreton
X2 Françoise MOREL Capbreton
Capbreton – Marie-Galante
Jean-Pierre
1769-
Modeste dit
MURAT
1771-1827
1X Anne-Rose TANNEUR
2X Marguerite Clotilde
Grand-Bourg
Cephise Elisabeth Luc Joseph Marie Mathurine Adèle Euphémie
MODESTE MODESTE MODESTE MODESTE Adélaïde MODESTE MODESTE MODESTE
dit Sainsain MODESTE
1800- av. 1852 1809 – 1835
X1 Thomas MESSOUS
Grand-Bourg
X2 Alphonse 1804-1825 ? 1810 - 1866 1812-1865 1812-1826 1816-1865 1817 - 1841
MONLUCEAU
Grand-Bourg
D. Emmanuel
MURAT
1783-1839
X Elise DELABALLE
Grand-Bourg
Trois autres enfants
Louise Solaure Catherine Emma Marguerite Anne Lise D. Emmanuel
morts en bas-âge
Adélaïde MURAT MURAT MURAT MURAT MURAT MURAT
dit Dieudonné
1807- 1810-1867 1816-1819 1817-1891 1805-1816--1821
MURAT
1806-1867 X Pierre FAVREAU X Armand.
1824-1863
X D. D’OUTRELEAU
X Jean-Baptiste Sainte-Anne (Gpe) Grand-Bourg Baudesson de
1804-1826 Grand-Bourg
Pointe-à-Pitre (Gpe)
KAISER Florence - Italie Richebourg
e
er Paris
Nemours Paris 6
Pointe-à-Pitre Gosier Paris 1 Lyon
Grand-Bourg
Paris
Isabelle Fernand Albert
Alexandrine Adèle Louise
D’OUTRELEAU BAUDESSON de BAUDESSON de
D’OUTRELEAU
Laure FAVREAU
1833-1912 RICHEBOURG RICHEBOURG
1831
1833-1850 1846-1923 1856-1927
KAYSER
Pointe-à-Pitre Lyon Grand-Bourg
X E. REPONTY Pointe-à-Pitre
Fiesole Fiesole Dinan
Nice
Grand-Bourg Nice
(Italie) (Italie) Fiesole (Italie)
Marseille Fiesole
(Italie) Une légende, une caricature…
Sur l’île de Marie-Galante, la famille Murat est une véritable légende,
propriétaire de la plus prestigieuse et imposante habitation-sucrerie
dont l’architecture luxueuse étonne sur un espace aux habitations
souvent modestes. Pour certains, cette sucrerie est aussi le symbole du
système esclavagiste.
Son histoire restait pourtant quasiment méconnue et, après m’être
penché avec mon épouse sur celle de la petite habitation Thibault, je
me prenais d’intérêt pour Murat. Je m’aperçus rapidement que
l’habitation d’exception que constitue Murat était le produit des heurts
et malheurs d’une famille et de son odyssée.
C’est parce qu’il est d’essence modeste, de culture gasconne et
d’origine cagot que Murat joue le rôle politique qu’il joue dans la
Marie-Galante révolutionnaire ou conflictuelle, c’est pour les mêmes
raisons qu’il développe un hôpital d’habitation et qu’il n’y a pas
d’émeute sur celle-ci au lendemain de l’abolition. C’est bien aussi le
drame de l’amour brisé d’Elise Laballe, épouse d’Emmanuel Murat,
qui est l’essence même du style singulier de cette habitation.
En ce sens, l’histoire de la famille et de son habitation s’interpénètrent
et sont mêlées à jamais. Sauf à y perdre en cohérence, ce texte traitera
donc l’histoire d’une famille autant que celle de son œuvre qui restent
non détachables.
13
Au final, acteurs pendant plus de deux siècles de l’histoire de leur île,
notamment aux moments les plus cruciaux, les Murat apparaitront
pleinement marie-galantais et pourront désormais être reconnus
comme tels.

Pour réaliser ce travail, il a fallu largement moissonner les fonds
d’archives. En effet, les quelques écrits sur l’habitation Murat étaient
très peu documentés et reposaient sur un appareil scientifique très
réduit. On peut regretter cette faiblesse des sources exploitées.
L’analyse repose généralement sur deux actes notariés quand il en
existe environ deux-cents. Tout le reste est purement et simplement
inventé : le passage par Bordeaux, un rôle dans la traite, le métier de
maquignon, l’arrivée depuis la métropole avec une épouse, l’opulence
de sa famille d’alliance Morel, l’engrossement des esclaves et
l’abandon de Modeste, son premier fils métis, la préemption des biens
de la pauvre veuve Dumoulier, l’accès immédiat à la charge de notaire
puis une fortune bâtie sur des malversations dans l’exercice de ce
métier, la rapidité de l’ascension qui est pourtant fort lente et dont il
ne voit que partiellement l’aboutissement, quarante années après son
installation…

Mais l’erreur d’analyse la plus profonde est sans doute d’avoir parfois
considéré l’habitation Murat comme « très significative» du système
marie-galantais alors que l’examen de nombreux documents
d’archives exposé dans « Vie quotidienne à Marie-Galante », a
démontré que la grande majorité des colons propriétaires sont en fait
de gros paysans, souvent endettés, Murat constituant, au contraire, une
des rares exceptions par l’ampleur des signes extérieurs de sa réussite.

Ces affirmations orientées signent une époque où une attente sociale
forte se faisait jour. De même qu’il fallait passer par la négritude pour
atteindre la créolité, il fallait sans doute passer par des images
fantasmatiques avant d’aborder la complexité pour approcher la vérité.
En 2011 où l’on a fêté les 10 ans de la loi tendant à la reconnaissance
de la traite et de l'esclavage en tant que crime contre l'humanité et qui
a été décrétée Année des Outre Mer, le Comité pour la Mémoire de
l’Esclavage, présidé d’abord par Maryse Condé, écrivain antillais, a
très justement rappelé le rôle essentiel de la recherche pour apaiser
14
les controverses, déconstruire les mythes et les raccourcis
idéologiques et susciter le débat public.
Or, la littérature sur Murat montre que rares sont ceux qui se sont
penchés sur l’archive, préférant copier et recopier indéfiniment, avec
des variantes plus ou moins exotiques.
Parmi les exceptions, le travail de Christian Schnakenbourg sur
l’économie sucrière ou celui de Denise et Henri Parisis, assistés de
Brigitte Genet, dans leur ouvrage « Marie-Galante, terre d’histoire
sucrière », publié en 2007 dans le cadre d’un inventaire du patrimoine
étayé, procèdent à une analyse scientifique remarquable qui approche
la complexité et la vérité du système colonial et des relations
humaines à Marie-Galante. Car, bien entendu, autant de territoires
sont autant de microsystèmes. C’est une évidence de le dire, si la
Grande-Terre n’est pas la Désirade, Marie-Galante n’est pas non plus
Saint-Domingue.
Reste aujourd’hui à effectuer un examen particulier des documents
relatifs aux Murat pour tracer aussi objectivement que possible leur
cheminement avant de leur appliquer les traits généraux du gascon
reconnus par les chroniqueurs de l’époque ou d’aller exposer un
système colonial uniforme qui n’existe pas.
Il faut cependant bien le dire, l’image du gascon aux îles n’est pas très
bonne. L’eldorado des Aquitains de Jacques de Cauna regorge de
témoignages archivistiques incontestables qui font bien souvent du
gascon s’installant dans les colonies d’Amérique un homme
entreprenant, volontaire, courageux, à la force de travail exceptionnel,
vif et plein de feu mais aussi peu scrupuleux, à la faconde outrancière,
impie, à la morale douteuse et qui s’appuie souvent sur la ruse pour
prospérer.
Cet ouvrage a pour ambition de retracer Murat en vérité et d’ouvrir
une série de questionnements en vue de faire avancer les travaux
immenses qui restent à conduire pour entrer dans la complexité et
apaiser les controverses.
15
En pensant à la condition de ces travailleurs noirs ayant contribué au
développement de l’île, je songe aussi aux miens qui ont connus le
servage en Piémont et le coup de grisou dans la dure exploitation des
mines. Et le plus terrible, c’est de penser que, parmi ces esclaves, il y
avait des hommes de génie. Il y avait des Aimé Césaire, des Félix
Eboué, des Gaston Monnerville… . Et que ce régime insoutenable ne
leur pas permis d’éclore et d’offrir leurs véritables richesses au
monde. Et aussi, que parmi les planteurs blancs, il y avait des âmes
sensibles, des hommes de culture et d’écriture, des Jules Ballet, des
Docteur Lherminier, des Abbé Casimir Dugoujon, des Schœlcher… Et
au milieu, quelques métis aussi : Louis Delgrès, Toussaint Louverture,
le Chevalier de Saint-Georges…

Le comportement des Murat, à travers les relations avec leur branche
métisse, l’épisode de la République des Douze, le développement de
l’hôpital d’habitation, leur rôle de médiateur pendant les évènements
de 1829, la pyramide des âges au sein de leur habitation, le testament
de 1839-40, démontre qu’ils ont souvent fait exception dans ce
contexte inique d’exploitation de l’homme par l’homme. Les Murat
n’ont été ni des saints, ni les monstres qu’on a inventé. Des hommes
dans leur temps dont la famille a tenté de créer du beau dans un
système qui générait l’insoutenable et l’enfer. Un système qui devait,
grâce à la conjugaison des œuvres des hommes de bonne volonté de
toutes les couleurs, être englouti à jamais.

En travaillant sur cette histoire, sans aucun a priori, je n’ai eu d’autre
ambition que d’être l’un d’eux et dire mon attachement profond à
Marie-Galante.











16
Le bêtisier de Murat
« L’homme est un de ces colons sans pitié qui jetait au fond d’un puits tout rebelle.
Il réalise ses rêves de grandeur en construisant une demeure à l’image des bâtisses
bordelaises comportant pas moins de sept chambres avec salles de bain. » Dans une
île « sans eau », jeter les gens dans le puits, c’est se priver d’une belle ressource…
Quant aux sept salles de bains, l’historienne ne dit pas si elles étaient avec ou sans
jacuzzi. (Site de Claire Manicot, WK Pharma Porphyre)
« Et puis il y a le maître, Dominique Murat, vieillard entouré de ses enfants, de ses
chiens et de ses esclaves, piteux despote au soir de sa vie. […] Notaire roué, il
profite de la Révolution et de la confiscation des biens nationaux pour s'établir
d'abord dans le café. En 1807, à l'époque de l'occupation anglaise, il s'approprie un
large domaine sucrier et ses 108 serviteurs… » (Benoit Hopquin, Le Monde, 16 août
2006)
« L'habitation Murat, dont l'histoire était inconnue des Marie-Galantais, cachait
quelques jolies ruines. On nommait ce lieu Château Murat. Recouvert d'épines et
d'oubli, il s'effaça, malheureusement, de la mémoire collective. Une vaste enquête de
recherche fut lancée par les Archives Nationales dans les années 60 pour connaître
l'histoire de cette habitation et rechercher la trace de cette famille d'aristocrates.
Ces recherches mettent à jour un certain Monsieur Dominique Murat, né à
Capbreton, petite commune des Landes nichée au cœur des Basses-Pyrénées. Il y
exerçait la profession de notaire. Très au fait du trafic d'êtres humains qui
transitaient notamment par le port de Bordeaux, dans de tristes bateaux négriers,
Monsieur Dominique Murat, qui traite les ventes, les successions, les transactions
portuaires, s'engage dans cette filière esclavagiste pour bénéficier des avantages
financiers et d'un titre de noblesse. Monsieur Murat et son épouse, en 1770,
décident de tenter leur chance aux Antilles. » (Site internet « La Galette »)
« Murat était si riche que le sol de son habitation était recouvert de pièces d’or » et,
comme ça ne suffisait pas, on ajoutait qu’elles étaient posées très serrées sur la
tranche. (Légende communément rapportée par les anciens)
17 Un grand-père scieur de long
La famille Meuret, Muret, ou Murat – l’orthographe est très variable
e eet incertaine à la jonction des 17 et 18 siècles – est en fait originaire
du Massif central dans son acception la plus large. On la trouve
notamment en Marche - une petite province du Limousin située
essentiellement dans le département de la Creuse auquel il faut ajouter
l’arrondissement de Bellac.
Pendant plusieurs siècles, les Marchois, Limousins des hauts-plateaux,
notamment de Millevaches, ainsi que du haut Périgord vert se sont
largement livrés au métier de scieur de long. L’hiver, ils se rendaient
en nombre non négligeable dans les communaux des Landes de
Gascogne pour exercer leur spécialité. Parmi ces scieurs de long
itinérants, certains firent souche, cessant de remonter dans leur région
1d’origine selon les saisons . Il y eut aussi quelques passagers
candidats à l’émigration vers les Caraïbes, le continent américain ou
l’Afrique. Bayonne et Bordeaux étaient des ports de départ vers ces
destinations. Les listes de passagers en témoignent : dès 1750 et
jusqu’en 1800, pas moins de 300 migrants du grand Massif central
2embarqueront pour ces destinations .
1 e A. D Landes – E dépôt 65 G.G 15 à 17 - Les registres paroissiaux du 18 siècle de la paroisse de
Capbreton conservent la trace du mariage de plusieurs individus originaires du diocèse de Limoges,
notamment de Poussanges (Creuse) le 9 juillet 1748, de Saint-Etienne-aux-Clos (Corrèze) en 1759,
Monestier (Corrèze) le 17 nov. 1762, Saint-Frégeon-le-Majeur (aujourd’hui Saint Ferjoux – Corrèze) le
er1 sept. 1762, Sornac (Corrèze) le 20 février 1746, Saint-Sétiers (Corrèze) en 1763,
Saint-Pardoux-leVieux (Corrèze) le 10 février 1777, paroisses situées autour d’Ussel. Pierre Bonhomme du Diocèse de
erPérigueux, vigneron, se marie avec Jeanne Guicheney le 1 février 1780.
2 Les études rhodaniennes - Volume 10- n° 10-3 – 1934 - Types d’émigration limousines – p. 215-242.
19
Léonard Murat, le grand-père du migrant pour les Antilles, est né vers
1675. Ni son acte de mariage, ni son acte de décès ne nous sont
connus ce qui rend impossible d’être affirmatif sur ses origines.
Après examen de différentes pistes, l’une d’elle paraît plus plausible.


Parent avec le Prince Murat ?


On ne peut a priori pas totalement l’exclure puisqu’on ignore le lieu
de naissance de Léonard Murat. Aussi bien à Marie-Galante qu’à
Settignano, en Toscane, on fait de nos Murat antillais des parents du
ercélèbre Joachim Murat (1767-1815), Prince et vaillant maréchal du 1
eEmpire, roi de Naples. Ce personnage mythique était le 11 et dernier
enfant d’un couple d’aubergistes originaires de La
BastideLafortunière (Lot), située au cœur des Causses du Quercy. Il est le fils
erde Pierre Murat dit Jordy (1721-1799), 1 consul de la commune,
petitfils de Guillaume Murat (1692-1754), arrière-petit-fils de Pierre Murat,
3travailleur, né en 1634. Le nom Jordy ou Georgi ou Jordiou , qui
signifie issu de Georges (Murat), s’ajoute pour distinguer l’une des
trois branches présentes dans le secteur.

La comtesse Rasponi, fille de Joachim Murat, évoque les plus bas
rangs de la société pour qualifier les origines de son père. Lui-même
ne les renia jamais même si la famille connaît des fortunes diverses et
n’est pas de si basse extraction que cela. A l’exception des aînés, les
membres d’une même famille peuvent connaître des situations très
diverses. C’est ainsi que les deux autres branches comptent à la fois
des procureurs et des notaires ainsi que des travailleurs et cultivateurs.
A noter, la présence d’une branche exerçant sur plusieurs générations
la charge de notaire à Lunegarde (hameau de La Bastide-Murat),
donnant aussi des cultivateurs, marchands, travailleurs, tisserands, un
apothicaire, laboureur, hoste, tailleur ...


3 Vanel, Jean - La famille Murat - voir Bibliographie.
20
« L’auberge » Murat à La Bastide-Murat - photo Ph.N.
Aucun Léonard n’est identifié dans la branche directe du prince qui
pourrait en faire un cousin ou un oncle issu de germain. Il est vrai que
les branches ne peuvent être étudiées de manière exhaustive. Des
registres paroissiaux ont existé pour la période allant de 1627 à 1644,
aujourd’hui disparu. Les registres disponibles ne remontent pas
audelà de 1716. Aucun acte ne couvre donc les années 1670-1680 si ce
n’est quelques mentions dans les registres paroissiaux de Soulomès
citant quelques Murat de La Bastide-Lafortunière ou La Devèze. On
n’y trouve aucun Léonard non plus malgré le travail très fouillé de
Jean Vanel qui note également la défaillance du notariat avant le
emilieu du 18 siècle.
eA la fin du 17 siècle, le Quercy connaît une belle extension
économique et un accroissement de population et ne connaît pas de
tradition migrante notable si ce n’est les mouvements de navigation
entre Lot-et-Garonne. L’exploitation agricole dense, y compris sur des
parcelles malaisées, rocailleuses et arides, à laquelle s’ajoute un
élevage ovin, ne favorise pas le développement forestier. Un scieur de
long n’aurait guère trouvé sa place dans ce paysage ouvert, certes
parsemé de quelques beaux petits chênes noueux et torturés.
21
Un doute peut cependant subsister compte tenu de la diversité des
situations dans la famille du prince et faute de documents exhaustifs.
En tout état de cause, le lien ne pourrait faire de Léonard et Joachim
que des parents extrêmement lointains. Il est très peu probable.


Une autre piste plus crédible en Périgord


erUn Léonard Murat est né le 1 janvier 1675 à Quinsac en Périgord
vert dans la vallée de la Dronne, pays de moulins et de forges. Baptisé
le 10 du mois, Léonard est le fils de Jehan Murat, laboureur au
hameau de Labarde, et de Hélys Blanc du hameau de La Genèbre. Le
4parrain est autre Léonard Murat et la marraine Luque Bertrand . En ce
edernier quart du 17 siècle, le village de Quinsac compte environ
900 âmes. Sur le plan économique, l’exploitation forestière s’épuise
en raison des énormes besoins en charbon de bois générés par la
présence de nombreuses forges. C’est également le pays des
feuillardiers, métier qui consiste en la coupe de jeunes châtaigniers
destinés à la construction de tonneaux cerclés. Ces tonneaux sont
essentiellement réalisés pour la production viticole mais également
5pour l’écoulement des produits salés par les ports atlantiques.

eDès le début du 18 siècle, le patronyme Murat disparaît des registres
paroissiaux et se trouve une dernière fois sur les rôles de capitation de
1692. Seul le toponyme Murat reste attaché au secteur sur la commune
voisine du Villars, montrant l’ancienneté de l’implantation. Quinsac
connaît ensuite les soubresauts de la conspiration de Cellamare dans
laquelle son seigneur est impliqué. Il doit quitter sa terre pour
l’Espagne et son château est rasé avant d’être gracié en 1719.

Ce territoire, marqué par la tradition du bois, la migration saisonnière,
une orientation vers le littoral atlantique auxquelles s’ajoute le départ

4 Travaux de M François Reix à Quinsac, Cercle généalogique de Dordogne. Trois paroisses concentrent
les Murat : Saint Pancrace, Quinsac et Villars où se trouve un village au toponyme de Murat. La famille
disparait des trois communes à partir de 1806. Entre 1692 et 1789, la population de Quinsac oscille entre
195 et 200 feux, Saint-Pancrace 75 à 95 feux, Villars, de 300 à 390 feux. Jehan Murat paie redevance au
seigneur, Armand d’Aydie – A.D Dordogne – Q910.
5 Echange avec la directrice de la maison du châtaignier à Châlus (Dordogne)
22
des Murat de son aire, remplit plusieurs indices concordants pour en
faire un lieu possible d’origine de Léonard Murat.
Léonard Murat se fixe dans les Landes vers 1695
Si l’on tient compte de l’âge moyen au mariage et des temps moyens
entre la sédentarisation des migrants et leur mariage, Léonard Murat
est sans doute installé dans le secteur de Capbreton depuis 1695
environ.
6Le couple Léonard Murat et Marie Nautot se forme dans les Landes,
aux environ de Capbreton vers 1699, sans doute à Sorts ou Angresse.
Malheureusement, la collection des registres paroissiaux de ces
communes est très lacunaire.
Marie Nautot est veuve depuis peu de Jean Duvignau et mère de
Françoise qui nait le 6 janvier 1696 à Sorts, postérieurement au décès
7de son père.
8Le 7 février 1701, Léonard Murat, habitant du Bournés , est témoin au
mariage de Gabriel Bolet et Anne Nauto à Sorts.
Le 20 octobre 1702 à Capbreton, « Marie Delafon, sage femme
ordinaire de ce lieu nous a présenté un enfant pour être baptisé, né la
9nuit passée et dont Bertrane Nautot dite Mourrille , fille non mariée
est accouchée chez Léonard Murat , son beau-frère, et ladite Lafon
nous a déclaré par ordre de ladite Nautot qu’elle a été engrossée des
œuvres de Bertrand Dudès dit Le tailleur de Hossegor, reconnu pour
père, et lequel enfant nous avons baptisé, parrain Léonard Lacoste,
scieur de long, et marraine Marie Nautot, sœur de l’accouchée, les
6 Ce nom, Nauto ou Nautot est présent à la fois en Creuse et dans les Landes.
7 A. D Landes – E dépôt 304 – ES 1213-1218 - Le 6 janvier 1696 a été baptisée une fille légitime de feu
Jean Duvignau et d’Anne Nauto conjoints qui a été appelée Françoise. Parrain François Donzet, marraine
Françoise Lartigue, en présence de Jean Duvignau et de ? qui n’ont signé de ne le savoir.
8 Le Bournés est un quartier de Capbreton.
9 Le décès de Bertrane ne s’accompagne pas de la formule relative à « la communion de l’Eglise » ou
« munis des saints sacrements » : Le 11 décembre 1714 est décédée et enterrée le 12 dans le cimetière
Bertrane Nautot par moi..
23
deux habitants de ce lieu, fait en présence de […] et Léonard Murat
10qui n’ont su signé … »

Le prénom de Léonard est un marqueur particulièrement efficace des
provinces de Marche, de Limousin et du haut Périgord vert où plus
d’un tiers des garçons se prénomment ainsi, quand ils ne s’appellent
pas Léger ou Martial.

Léonard Muret ou Murat est illettré et exerce la profession de scieur
de long. Il apparaît pour la première fois sur le rôle de la taille et de la
capitation de l’élection des Lannes, communauté de Capbreton, à
partir de 1704 mais il s’est établi à Capbreton quelques années plus
tôt. Sa contribution, minime, est fixée à 2 livres, elle passe à 3 livres
l’année suivante et à 4 livres en 1712 où il exerce désormais la
profession de rescieur, procédé qui consiste en une seconde
transformation du bois. Ce mot de rescieur peut être également une
11francisation du terme gascon ressaire .


A.D Landes - Rôle de capitation – Capbreton – 1705 –Photo Ph.N

A partir de 1715, Capbreton connaît une période difficile. De
nombreux locataires et propriétaires abandonnent leurs maisons faute
de pouvoir payer les impôts et prélèvements exceptionnels qui se
multiplient. En juin 1716, les habitants du terroir le plus pauvre et le
plus désert du royaume adressent une supplique à l’intendant de Dax
pour dénoncer la répartition qu’ils estiment injuste entre les charges
du hameau de Labenne, pourvu de richesses agricoles et la pauvreté

10 Attention, cet acte est en rajout en fin d’année 1702.
11 e Répertoires des notaires de Capbreton : A.D Landes - M Lacroix (1721-1785), Me Veyres
(1738E1760), Me Dutey (1721-1734) 3 5 article 57-1. Léonard Murat n’apparait que deux fois pour des actes
mineurs dans les répertoires de Lacroix mais lesdits actes n’existent plus. Il s’agit d’une quittance octroyé
à Jean Balanqué, tuteur, n°68 du 30 novembre 1726 et d’une autre quittance à Bernard Lavigne n°63 du
14 juillet 1727.
24
des Capbretonnais. Les pétitionnaires attestent que la paroisse de
Labenne vaut dix fois plus que le bourg de Capbreton qui est plus de
la moitié désert, qui ne contient que des masures où la plus belle
maison ne donne point 10 livres de loyer. Et où il n’y a enfin que de
pauvres gens de mer, sans pré, vigne, ni champ au lieu que la paroisse
de Labenne est composée de bons laboureurs qui travaillent tous leurs
propres terres, n’y ayant que deux seuls métayers. L’argumentaire
précise qu’il est de notoriété publique que les habitants de Capbreton
sont tous, à l’exception de quatre ou cinq, des mariniers et gens hors
d’état de faire valoir les pignadars par eux-mêmes, ce sont ceux de
12Labenne qui en profitent …
A cette époque, Capbreton perd également ses fonctions
commerciales, les foires et marchés de Tosse prennent de l’importance
à son détriment. Capbreton n’a cependant pas les moyens de tenir un
procès. L’affaire est définitivement abandonnée en 1734. En 1769, le
marché de Tosse est alors devenu considérable. S’y ajoute la
décadence de la vigne gagnée par diverses maladies.
A.D Landes - Rôle de la taille – Capbreton-Labenne – 1715 - Photo Ph N
C’est dans ce contexte de crise, où les biens sont dévalorisés, que
13Léonard Murat achète une maison avec four dite de Hardotes , en
1715.
S’il peut s’agir d’un four à pain (horn-èyra) ou à gemme
(horngemèr), compte tenu de son activité, il est probable qu’il s’agisse d’un
four à goudron situé à la lisière de la forêt et destiné à transformer les
12 A.D. Landes - Rapport à Monsieur le Baron de La Luque, commissaire du Roi, subdélégué de
Monseigneur l’Intendant de Dax – juillet 1716.
13 S’agissant du toponyme aujourd’hui disparu, notons qu’en 1678, une Marie Dudes est enterrée dans
l’église de Capbreton : elle porte le surnom de Hardote. En Gascogne comme en Pays basque, la coutume
voulait que l’on soit souvent appelé du nom de sa maison, elle-même héritée d’un ancien propriétaire.
25
résidus du bois afin d’en produire une substance résinique très
recherchée pour calfater les navires et les cordages. Les Landes s’en
14font une spécialité et Capbreton compte jusqu’à 6 fours en 1696 .
C’est un bâti en pierre le plus souvent couvert de mottes vives
ralentissant la combustion. A cette époque, Bayonne a le quasi
monopole de l’exportation des goudrons. Ils sont acheminés par
15charrettes depuis Labenne et Capbreton .




eCapbreton et son église vigie – eau forte - 18 siècle – Collection privée



En observant la carte de De Clerville présentant les fours à goudron
établis dans le secteur en 1677, on note la présence d’une telle
structure aux alentours du Pas de Maâ et de Birepoulet, non loin de ce
no man’s land situé sur la langue de l’ancien Adour, terre

14 Bulletin n° 478 de la Société de Borda-Dax - Article de Serge Barrau - « Les fours à goudron du pays
de Born » dits hournots.
15 Dictionnaire universel et raisonné de marine - Alexandre André Victor Sarrazin de Montferrier,
Alexandre Barginet - Société de Savants et Marins – 1841 – notamment p 315.
26
marécageuse dite des gahets de la Punte où vivaient les plus
16déshérités .
17
Détail d’une carte d’Aquitaine situant Capbreton - 1765
Entre juillet 1727 et la fin 1730, Léonard, 54 ans environ, disparaît,
peut être dans l’épidémie de picote – la variole - qui touche le secteur
en 1728, et sa veuve prend le relais dans les rôles des impôts pour une
16 Bulletin n° 466 de la Société de Borda-Dax – Article de Marie-Claire Duviella sur les cagots de
Capbreton Labenne ou « les Gahets de la Punte » - 2002.
17 Michel, Claude-Sidoine - Extrait de la carte intitulée « l'Indicateur fidèle du voyageur françois » -
1765.
27
somme extrêmement modique. Léonard n’a jamais possédé aucune
terre cultivable, ni aucun cheptel. En 1739, c’est le fils qui acquitte
l’impôt ; on ne parle plus alors que de « la place de la maison du four
de hardote ». La modicité de l’impôt – 20 sols – porte sur le fonds, la
maison ayant été détruite. Comment la maison aurait-elle pu
disparaitre autrement que par un incendie ? On ignore ce que devient
18Marie Nautot, sa veuve, qui a quitté Capbreton.



18 e A. D Landes – 3 E 5 – 57 -1 - Répertoire de M Bernard Lacroix, notaire à Saint-Vincent de Tyrosse et
Capbreton – Acte n° 68 du 30 novembre 1726 : quittance octroyée à Jean Balanqué, tuteur, par Léonard
Murat. Acte n° 63 du 14 juillet 1727 : quittance octroyé à Bertrand Lavigne par Léonard Murat. Ces deux
actes n’ont pas été retrouvés mais prouvent que Léonard Murat est encore vivant. On observera, par
ailleurs, qu’un Léonard Murat est parrain de Léonard Camberton, fils de Joseph, natif de la paroisse de
Sornac, diocèse de Limoges et de Jeanne Constantin, né le 2 février 1748 à Capbreton. A.D. Landes -
Registres paroissiaux. Op. cit. Enfin, dans CC 6 – Taille de Capbreton, on n’évoque plus que la Veuve
Léonard Murat à compter de 1730. Il est donc décédé entre 1727 et 1730. On ne retrouve pas non plus
trace du décès de Marie Nautot à Capbreton ou Labenne. En tout état de cause, elle décède avant 1737.

28
Le petit peuple des gens de mer
Matelot attaché au port de Bayonne
Les descendants de Léonard Murat empruntent le chemin classique
des enfants d’immigrés qui se sont peu à peu sédentarisés dans le
Maremne et la côte sud-landaise. Ils vont devenir matelots et intégrer
le bourg de Capbreton quasi exclusivement peuplé par les marins.
Léonard Murat a eu deux enfants : Dominique et Jeanne.
19Dominique Meuret ou Murat, naît le 3 octobre 1700 à Capbreton .
Il se marie le 13 septembre 1735 à Capbreton avec Catherine Ducasse
ou Ducassou (1711-1781) qui était devenue rapidement veuve de Jean
Lesvignes (1697-1733), un marin qui décède à Nantes sur un navire
commandé par le Capitaine Etienne Duler. Jean Lesvignes est inhumé
au cimetière de la paroisse de Chantenay de Nantes et n’avait que
35 ans. Le couple Lesvignes-Ducassou, marié en février 1731, n’a pas
eu le temps d’avoir d’enfant. Dominique Murat exerce la profession
de marinier - entendre marin - et a pour témoins Lacroix, procureur
fiscal de Capbreton, ainsi que deux autres mariniers de vieilles
familles locales : Martin Castets et Jean Cassentet.
A partir de 1737, sa carrière de marin nous est connue avec
20précision . Dominique Murat passe en moyenne cinq à huit mois en
19 A.D Landes – G.G 13 - Son parrain est Dominique Lacroix, maître chirurgien, et la marraine Jeanne
Darnaudet.
29
mer chaque année. Sa carrière comprend plusieurs étapes. D’abord,
une longue période en qualité de matelot dans la marine marchande,
de 1738 à 1744. Les trois premières années, il navigue sur des
bâtiments bayonnais à destination de la péninsule ibérique : Cadix,
Lisbonne, La Corogne, Carthagène dans le Levant. Une seconde
période est davantage tournée vers des destinations de la façade
atlantique française : La Rochelle, Nantes, Le Havre, Lorient,
Boulogne. Pendant cette période sa solde s’établit entre 20 et 30 livres
par mois avec une exception en 1741 où il obtient 50 livres pour aller
à La Rochelle avec le Capitaine Duler.

Comme tous les marins, il est astreint à des périodes de réquisition au
service du roi pendant lesquelles il sert au bénéfice du port de
Rochefort ou dans le cadre de l’entretien de celui de Bayonne. Dans le
premier cas la solde tombe à 12 livres et dans le second qui dure tout
de même quatre mois, il doit se contenter de la demi-solde. Par
ailleurs, il ne sort pas en mer au cours de l’année de naissance de son
fils Dominique et déserte lorsque sa femme est enceinte de sa fille.


Sur les navires corsaires du Roy


A partir de 1744, Dominique Murat se lance dans la course enchainant
les contrats jusqu’en 1748. D’abord matelot, il est ensuite
contremaitre de prise en 1747, puis contremaitre de calle en 1748,
appartenant ainsi aux officiers mariniers, corps de maitrise entre les
21officiers et les matelots. Le 26 janvier 1748, il embarque sur La
22Victoire avec le capitaine Saubat Balanqué ; retour le 29 mars. La

20 Service historique de la Défense de Rochefort - Inscription maritime du département de Bayonne -
oquartier de Bayonne – 13P6 -4 – Folio 138 n° 9 - 1738- 1748. F de l’ancien registre 136-20. Ces
informations sont par ailleurs croisées avec celles contenues dans les rôles d’armement des navires.
21 Dans son acception moderne l’« Officier marinier » est dans la Marine nationale française l'appellation
équivalente à celle de sous-officier dans les autres armes. Les officiers mariniers appartiennent à la
maistrance. Cette définition ne correspond cependant pas complètement à la période de Murat. Le
Glossaire maritime d’Auguste Jal qui fait autorité en la matière précise que l’appellation d’officier
e e marinier daterait de la fin du XVI ou du début du XVII siècle et aurait été donnée à tout homme qui
remplit à bord une fonction et qui n’est ni officier, ni matelot, ni soldat , c’est-à-dire aux maîtres,
contremaîtres et quartiers-maîtres de chacun des services particuliers, comme la manœuvre, la timonerie,
le charpentage, l’artillerie ou même la cuisine.
22 Né en 1702 à Capbreton.
30
23Victoire est un navire construit tout exprès pour la course . Il compte
180 tonneaux, 1 pont, 2 gaillards. Bâti à Rochefort il embarque 24
canons, percé pour 24, ayant 150 fusils, 80 pistolets, 76 sabres, 54
haches d’armes, appartenant à Etienne Duler de Bayonne, armé par
lui. Dominique Murat perçoit 120 livres d’avance. Gabriel
Blanchefort, matelot, son beau-frère, est présent sur le même bateau et
reçoit 100 livres d’avance. L’équipage compte 243 marins. Le
capitaine n’a pas trouvé d’aumônier. Ce corsaire, sous le
commandement de Saubat Balanqué, est particulièrement heureux : il
capture successivement La Charmante Fanny de Londres, armée de 8
canons et 6 pierriers, Le Centurion, de 4 canons, et Le Carteret de
Londres, de 20 canons et de 500 tonneaux, riche prise chargée de
24sucre, tafia et indigo. Ce capitaine, particulièrement audacieux,
semble redouter des anglais. Pour récompense de ses exploits, il sera
25nommé maitre du port de Saint-Domingue.
Ce moment représente l’apogée de la carrière de Dominique Murat
père. Après 1748, il ne semble plus prendre la mer et n’apparait plus
26dans les rôles d’équipage de Bayonne.
Cette activité de course est conjoncturelle, liée à la guerre, dont le
rapport est plus ou moins lucratif en fonction du rang occupé dans
l’équipage. Certes, Bayonne reste tout au long de la guerre de
SeptAns le premier port corsaire français en valeur de prise et les revenus
des capitaines sont conséquents, mais celui des matelots restent
modestes, surtout rapporté au risque d’emprisonnement ou de mort.
L’activité corsaire à Bayonne est une activité de substitution à la
marine de commerce lorsqu’advient un épisode de guerre. D’une
reconversion temporaire, le port de Bayonne fait cependant de la
course une spécialité au point de devenir l’une des places les plus
23 Archives de Bayonne – GG 254 cité par Edouard Ducéré – Les Corsaires – Tome 1 – Edition Harriet –
p.274.
24 Edouard Ducéré – Les Corsaires – Tome 1 – Edition Harriet – p.237-238
25 M.P Masein - Essai historique sur la ville de Bayonne – Guillot Editeur – 1792. Cité par Ducéré, Op.
cit. p. 238
26 A 50 ans, il est placé hors du service de l’Etat comme tout marin. Il est donc logique qu’il ne soit plus
suivi au titre de l’inscription. Toutefois, il n’apparait plus non plus dans les rôles d’armement de 1748 à
1761.
31
27importantes . C’est une activité périlleuse et risquée. Cependant, le
corsaire n’est pas un pirate. Son activité est minutieusement
réglementée, de l’engagement en passant par les procès-verbaux de
prise ou les répartitions de parts. Compte tenu des risques, les
difficultés de recrutement sont importantes mais pour bon nombre de
28gens de mer classés ayant vocation à servir l’Etat, la course peut
apparaitre comme un moindre mal, moins long, moins radical en
matière d’échange avec l’adversaire, plus rémunérateur si la chance
veut bien être au rendez-vous. On parle parfois de gens ramassez,
expression péjorative traduisant l’image d’équipages de bric et de
broc, rassemblés comme le capitaine a pu.

Les quadragénaires sont largement majoritaires et le nombre
d’invalide n’est pas négligeable. Ils reprennent du service pour
compléter des équipages. La plupart ont fondé une famille même si le
mariage a lieu à un âge situé au-dessus de la moyenne des autres
professions, vers 30-35 ans le plus souvent. Parfois, les capitaines
corsaires doivent se contenter de vieillards de plus de 50 ans.

La vie à bord est d’un inconfort total et les bateaux corsaires
généralement surchargés. L’entassement y est en effet de règle car
l’activité nécessite énormément de mains d’œuvre diversifiées. Rode
sur le bateau le risque permanent de mort en mer, au combat ou dans
les prisons de l’ennemi. Les gagne-petit font de la course côtière. Les
navires corsaires les plus gros sillonnent l’Atlantique de la Biscaye à
29l’Irlande et des côtes françaises jusqu’aux Antilles ou sur le grand
30banc de Terre-Neuve. Les prises de denrées coloniales ont une
grande valeur. Pour tenir face à ces conditions difficiles, on use et
abuse souvent de l’alcool. Les épidémies sont fréquentes et le

27 On dénombre 54 navires corsaires et 139 armements en course pendant la guerre de succession
d’Autriche. Le port de Bayonne atteint son apogée pendant la guerre de Sept-Ans : 79 navires, 163
armements et plus de 400 prises. 12 navires par an y sont construits en moyenne chaque année au cours
de cette guerre. Certains sont conçus exclusivement pour la course.
28 Inscrit au registre de l’Amirauté et soumis à des périodes de corvées ou au service du Roi. Ce régime
crée des contraintes mais assure aussi une protection : pension d’invalide, pension à la veuve, aide à
l’orphelin. Colbert, en instituant ce régime dans l’objectif de bâtir une grande marine royale, avait
déclarée « Je serais votre père nourricier ». D. Murat père et fils, Marc et Bertrand Sarlat sont classés.
Gabriel Blanchefort ne l’est pas.
29 Ce que l’on surnomme « les mers étroites » est particulièrement prisé : Manche et mer du nord, canal
Saint-Georges, entre Pays de Galle et mer d’Irlande.
30 Le rayon d’action des corsaires de Bayonne est étendue notamment lorsque les traités garantissant une
zone de neutralité dans la partie frontalière du pays basque sont en vigueur.
32