Ne te Fais Pas de Mauvais Sang...

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209 pages
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Rencontre intime avec un poilu


A 31 ans à peine, Antoine ROUSSET paysan dans le petit village du Crouzet sur la commune de Chaudeyrac en Gévaudan, est happé dans le tourbillon de la grande guerre, laissant derrière lui quatre enfants dont un très jeune fils d’un mois, le beau-père de l’auteur.


Pendant les quatre années du conflit, Antoine échange régulièrement avec son épouse Marie et les autres membres de sa famille.


Dans ce recueil de lettres familiales, François Chabalier nous invite à suivre le parcours de ce jeune homme, sur les champs de bataille. Par les réponses faites par Marie, on y apprend beaucoup sur la vie au village durant ces difficiles années.


Ce recueil raconte une histoire toute simple, écrite par ceux qui l’ont vécue.

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EAN13 9782368324196
Langue Français

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« Bien chère épouse,
Ne te fais pas de
mauvais sang »
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François Chabalier
« Bien chère épouse,
Ne te fais pas de
mauvais sang »
Merci à Claude, Daniel, Antoine, Corinne, Olivier,
Marie - Claude, Nicole qui m’ont aidé et soutenu dans cette entreprise.
Préambule
Chapitre 1 : Automne 1960
Sommaire
ème Chapitre 2 : La famille, le village du Crouzet au début du 20 siècle
Chapitre 3 : le service militaire
La guerre 1914-1918
Chapitre 4 : Année 1914 - La mobilisation
Chapitre 5 : Année 1914 - La longue attente au dépôt de Mende
Chapitre 6 : Année 1914 – la ballade Toulonnaise
Chapitre 7 : Année 1914 - Octobre au dépôt de Privas
Chapitre 8 : Année 1914- Hiver 1914-1915 au front
Chapitre 9 : Année 1915 - Janvier 1915, suite de l’hiver au front
Chapitre 10 : Année 1915 - séjour sanitaire à Carcassonne et Luc sur Orbieu
Chapitre 11 : Année 1915 - Avril à octobre au dépôt de Privas
Chapitre 12 : Année1915 - Retour au front, conducteur de train de combat
Chapitre 13 : Année 1916 - de janvier à avril au front,
conducteur de train de combat
Chapitre 14 : De avril 1916 à la démobilisation
ANNEXE : liste des lettres
Préambule
«Dans une caisse en bois, au fond d’une vieille arm oire de la grange de la maison de la famille ROUSSET au Crouzet de Chaudeyrac, canton de Châteauneuf de Randon en Lozère, terre de mes ancêtres, dormait depuis des l ustres et des lustres de vieux papiers de famille. Cette caisse est restée inviolée pendant des généra tions. Pour ceux de mon âge, il était strictement interdit d’ouvrir cette armoire. En effet, dans ce même meuble, mon père avait stocké des produits entrant dans la fabrication d’explosifs utilisés pour faire sauter de gros rochers de granit gênants au milieu les champs.
Parmi tous ces documents, une liasse de lettres. Un e grande partie de la correspondance d’un poilu pendant la guerre 1914 - 1918, tout au moins les écrits d’un soldat à son épouse. Ce soldat était mon grand-père . Il s’appelait Antoine ROUSSET.
Que de récits poignants nous faisant replonger dans les affres du front. Cent ans plus tard ces documents prennent une valeur inestim able et méritent d’être dévoilés. On y retrouve des situations qui nous paraissent inimaginables de nos jours. J’ai voulu faire honneur à ce grand-père et au-delà à tous ces hommes du pays qui ont combattu pour défendre la France. Ce l ivre est également un hommage à celle qui l’a accompagné pendant les quat re années de la grande guerre et qui a eu sa part de souffrances, de peurs , d’angoisses tout en élevant ses 4 enfants, ma grand-mère Marie. En effet grand-père a été mobilisé en août 1914 alo rs qu’il était père de famille avec quatre enfants à la maison dont un bébé de un mois et qu’il est resté soldat ème sur le front jusqu’à ce qu’arrive le 6 enfant, tante Angèle. La guerre touchait alors à sa fin en 1918 »
Merci du fond du cœur à mon mari d’avoir mené à son terme cette « aventure » avec autant d’enthousiasme et de persévérance.
Marie-Claude, petite fille du poilu
Chapitre 1
Automne 1960
Le vieil homme est assis au bout de la grande table dans la pièce principale de la maison, bien calé dans une chaise au paillage incertain.
C’est une habitude, à la fin de chacun des repas qu’il prend souvent tout seul sur son coin de table, en marge de la petite société familiale, il reste là de longs moments parfois des heures, alors que la tablée s’est dispersée pour vaquer à ses occupations. En effet, depuis longtemps, il prend ses repas en solitaire, le plus souvent avant les autres, soit sur la grande table, soit sur une sorte de tablette située entre les deux armoires du fond de la pièce.
Pourquoi, comment, cette situation s’est-t-elle donc mise en place ? Personne n’en a gardé la mémoire. Petit à petit, le scénario des repas s’est installé et a perduré et est maintenant considéré comme normal par tous. Il ne viendrait à personne l’idée de demander au grand-père de manger avec tous les autres membres de la famille.
Il garde toujours devant lui une bouteille et un verre avec son fond de vin rouge et commence à se rouler une cigarette avec ses gestes maintes fois répétés quasi mécaniques, avec lenteur et précision encore qu’il tremble un peu et il disperse toujours un peu de tabac sur la table et par terre. Il apporte toujours une attention particulière à vérifier que ses cigarettes n’ont pas été truquées par quelque petit farceur parmi ses petits enfants ou neveux. Une fois, ceux-ci, deux petits enfants, Claude et Daniel venus de Draveil en banlieue parisienne et qui connaissaient la cachette où il rangeait son tabac, soit dans une petite armoire au dessus de la cheminée, lui avaient remplacé le tabac roulé dans ses cigarettes par de la laine de mouton. Il avait pesté contre le goût peu agréable de ce nouveau tabac et avait tonné « pouors de drôles » contre les coupables qu’il avait très vite identifiés.
Toute la famille s’est dispersée.
Son fils ROUSSET qui fait tourner la propriété est parti à l’étable, ou à la grange, avant d’aller aux champs ou nourrir ou soigner quelque bête, tout cela après avoir fait un petit somme d’un quart d’heure dans son lit situé dans l’alcôve jouxtant la grande pièce.
Marie, sa belle fille, « la bru » de la maison, s’affaire aux tâches ménagères et finit la vaisselle dans la petite patouille qui jouxte la grande pièce. Les petits enfants se sont sauvés dés que l’ordre de dispersion leur a été octroyé par l’autorité paternelle sans demander « leur reste ». Les garçons, les plus grands, savent qu’ils ne doivent pas trop s’éloigner car ils vont devoir aider leur père dans les nombreuses tâches manuelles qui jalonnent les saisons dans les fermes et gare à eux s’ils ne sont pas prêts lorsque le «paternel» les appellera pour partir. Les plus petites sortent en courant pour rejoindre des camarades qui se retrouvent toujours près de la fontaine qui est le point de ralliement de tous les enfants.
Seule son épouse Marie, est restée dans la grande pièce, assise dans un fauteuil, prés de la petite fenêtre pour profiter de la lumière naturelle qui compense sa vue qui a beaucoup
baissé, tricote une écharpe ou plutôt des chaussettes pour un de ces petits enfants. Elle a arrêté depuis quelques temps de repriser car sa vue ne le lui permet plus cette activité qui demande une bonne acuité visuelle. Plus tard dans l’après midi, c’est elle qui préparera le repas du soir sur le fourneau qui fait à la fois office de point de chauffage et de cuisinière.
Personne ne parle, seuls les bruits des casseroles dans la patouille et le tic-tac de la vieille pendule qui trône au dessus de la cheminée viennent meubler le silence ambiant. Le gros chat qui ronronne vient compléter cette symphonie de bruits familiers. Quelques bruits extérieurs viennent rappeler que le village vit, s’agite : des chiens qui aboient et se répondent sans vouloir s'arrêter, des cris stridents d’enfants qui doivent s’amuser en s’arrosant à la fontaine, ROUSSET qui parle depuis la cour avec son voisin de la maison située au-dessus en haussant le ton pour se faire entendre et puis appelle ses petits aides à venir rapidement pour partir labourer au champ des Palhères et commencer à équiper et préparer le joug pour atteler les bœufs sans tarder.
La vie se déroule comme ça, immuable, depuis des années dans la famille ROUSSET implantée depuis des lustres et des lustres au village du Crouzet sur la commune de Chaudeyrac, au canton de Châteauneuf de Randon.
Mais à quoi pense donc le vieil homme, quelles idées ressasse-t-il, que marmonne-t-il ? Certains jours, il est intarissable. Dans son monologue quelques brides reviennent en boucle : il répète que si l'on mettait bout à bout toutes les bêtes qu'il avait achetées ou vendues dans les foires cela ferait une chaîne s’étendant du village Crouzet jusqu’à Langogne. Ou bien au retour de foire quand par les chemins la nuit avec son troupeau il croyait apercevoir des bandits alors qu'il ne s'agissait que de genévriers. C'est suffisant pour donner des frissons à ses petits enfants qui parfois restent près de lui à l’écouter et qui ont en mémoire les histoires horribles qui se colportent sur « l'auberge de Peyrebeille » toute proche.
Généralement personne ne comprend rien à ses réflexions qui se prolongent parfois de longues heures : Peut-être pense t’il à la dernière foire de Châteauneuf de Randon où il est allé vendre quelques agneaux et acheter une génisse. Il adore ces ambiances de foires, ces interminables palabres pour faire le juste prix d’une bête tout cela dans un patois local sentant bon sa montagne, ces discussions prolongées autour d’un « canon » de rouge limé dans les nombreux bistrots de la place Du Guesclin, ces accords appelés « patches » confirmés à grands frappes dans les mains, ces retrouvailles avec tous ces gens du pays, ce sentiment de faire partie d’une communauté de vie, d’être dans le monde, d’être libre de ses idées et de ses mouvements. Ou bien au contraire pense t’il plus tristement en cachette à toutes ces années de sa jeunesse passées dans la boue, la peur, la promiscuité, le danger et l’abrutissement dans les tranchées avec ce troupeau innombrable de jeunes hommes jetés comme de vulgaires bouts de bois dans le fournaise de la folie des hommes, à ces hivers si loin de sa famille à penser à sa jeune épouse et ses tout petits enfants, enrôlé malgré lui avec toute une génération du pays dans cette grande guerre qui a enflammé tout le nord de notre beau pays la France . Mais de tout cela, il reste muet et il ne parlera jamais à personne. Comme beaucoup il s’en ressent un peu honteux ou, pire, avec un sentiment de culpabilité.
La grosse horloge sonne les trois heures. Il finit par se lever lentement de sa chaise et sans un mot, passe devant son épouse qui ne sait que penser de tout cela mais qui est prête à tout lui pardonner car elle le comprend que trop bien pour avoir vécu de son côté mais toutefois ensemble le même drame. Il prend sa grande cape marron sous le bras et son grand chapeau. Il se servait souvent de ce chapeau comme d’un récipient pour boire aux sources en recueillant l’eau et en profitait pour faire boire ses petits enfants en leur disant que cela coupait la fraicheur du breuvage; Il appelle son chien « spécial à moutons » et renvoie sèchement les autres qui veulent également l’accompagner , descend au « Topaire », petit bâtiment situé à
proximité de la maison familiale, fait sortir le troupeau de fêdes de la bergerie et les conduit à leur rythme au pâturage en remontant la rue du village vers le pâturage du « plo ». Parfois il prend son vieux fusil.
Garder les brebis, voila son occupation habituelle. Une activité qui satisfait tout le monde et lui convient parfaitement pour de multiples raisons et qu’il apprécie car cela lui permet de trouver une occupation qui l’éloigne du bruit, lui permet de s’isoler et certainement de poursuivre ses songes.
Marie GRAVIL et Antoine ROUSSET gardant les moutons