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Négociant des oléagineux africains

De
172 pages
Au cours des décennies 1840-1880, les huiles végétales alimentent davantage le troc entre la Côte Occidentale de l'Afrique et l'Europe maritime, la France plus particulièrement. Tandis que le fonctionnement du systèmes d'échanges n'évolue pas, l'introduction des cultures de plantation et de rente est une innovation économique en milieu paysan africain.
Serpette et Cie, fondateur de la savonnerie et de l'huilerie nantaises, est aussi armateur et négociant des huiles africaines: trois activités économiques qui se complètent.
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Négociant des oléagineux africains
Serpette et Cie 1844-1886

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Etudes Africaines Collection dirigée par Denis Pryen
Déjà parus Lancine Gon COULIBALY, Côte-d'Ivoire 1975-1993, 2004. André-Hubert ONANA MFEGE, Le Cameroun et ses frontières. Une dynamique géopolitique complexe,. 2004. Michel NKA Y A (coord. par), Le Congo-Brazzaville à l'aube du XXf siècle. Plaidoyer pour l'avenir, 2004. Côme KINATA, La formation du clergé indigène au Congo français,2004. Julien MBAMBI, Expériences féminines à Brazzaville: Fécondité, identités sexuelles et modernité en Afrique subsaharienne, 2004. Maurice JEANJEAN, Sékou Touré. Un totalitarisme africain, 2004 William De GASTON, A tumpani.le tam-tam parlant. Anthropologie de la communication, 2004. Maligui SOUMAH, Guinée de Sékou Touré à Lansana Conté, 2004.

Joseph KAMANDA KIMONA-MBINGA, La stabilité du Congo-Kinshasa. Enjeux et perspectives, 2004. Thierry VIRCOULON, L'Afrique du Sud ou la réinvention d'une nation, 2004. Jean FONKOUE, Cheikh Anta Diop au carrefour des historiographies, 2004. Martin KUENGIENDA, L'Afrique doit-elle avoir peur de la mondialisation ?, 2004. Aurélien Kambale RUKW ATA, Pour une théologie sociale en Afrique. Etude sur les enjeux du discours sociopolitique de
l'Église catholique au Congo-Kinshasa entre 1990 et 1997, 2004.

Victor BISSENGUE, Contribution à l'histoire ancienne des Pygmées, 2004. P. NGOMA-BINDA, Philosophie et pouvoir politique en Afrique. Le théorie inflexionnelle, 2004. G.-B. MASSENGO, L'économie pétrolière du Congo. Les effets pervers de la monoressource économique dans les pays en développement, 2004. Louis SANGARÉ, Les défis de la renaissance africaine au début du XXIème siècle, 2004.

Philippe AMPION

Négociant des oléagineux africains
Serpette et Cie 1844-1886

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L'Hannattan

Hongrie

Kônyvesbolt 1053 Budapest, Kossulh L. tL 14-16

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti 15 10124 Torino

FRANCE

HONGRIE

ITALIE

«:JL'HARMATTAN,

2004

ISBN: 2-7475-7817-8 EAN: 9782747578172

INTRODUCTION

Un vide semble s'installer dans l'histoire économique de Nantes avec la Côte Occidentale de l'Afrique, suite au déclin de la traite des Noirs. Celle-ci, par sa longue durée et d'importants moyens mis en oeuvre, d'énormes quantités de produits humains, «les bois d'ébène», de la présence des bâtiments et autres legs issus du commerce triangulaire, occulte l'autre partie de l'histoire de cette ville avec l'Afrique: le troc de produits débarrassé de la marchandise humaine. La comparaison des deux périodes n'est pas le but visé. Toutefois, l'on se pose la question suivante :«Après la traite des Noirs que sont devenus les rapports de Nantes avec la Côte Occidentale de l'Afrique». L'intérêt de ce propos réside d~s la capacité des Nantais et des Africains de se donner des besoins nouveaux résultant du début de l'ère industrielle qui tend à se substituer au mercantilisme atlantique esclavagiste. Serpette & Cie est l'image même de maisons nantaises rénovatrices d'armements et de l'industrie savonnière dont le développement est lié au trafic des huiles et des graines grasses africaines, de 1844 à 1886. Durant les années 1830-1840, le commerce français recherche les produits d'exportation de la Côte Occidentale de l'Afrique. Le Gouvernement de la Monarchie de juillet, 18301848, est conscient du retard commercial et maritime de la France par rapport à l'Angleterre qui possède la Gambie, la Sierra Leone et qui exerce son influence sur les États du Niger dans le Golfe de Guinée. C'est dans ces conditions qu'une expédition conduite par

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Bouet-Willaumez et Broquant, en 1837-1839, (1), va explorer à partir du Sénégal les côtes sud de l'Afrique Occidentale et toutes les richesses susceptibles d'être trafiquées. A cette époque, la France ne soupçonne pas dans les oléagineux une ressource qui deviendra vers 1870, l'essentiel de son commerce avec la Côte d'Afrique et le produit de base à l'essor de ses huileries et savonnenes; Le développement de l'économie industrielle est en train de bousculer les mentalités des Nantais. La navigation et le commerce ne sont plus l'apanage d'anciens négriers censés mieux connaître les côtes africaines. Les armateurs de la nouvelle génération comme Serpette & Cie, apportent des changements quantitatifs et qualitatifs aussi bien dans la structure sociale des armements que dans la nature des produits africains qu'ils chargent. L'avènement des navires à vapeur vers 1880 est un élément nouveau dans l'histoire de la navigation maritime et qui se caractérise à Nantes par la présence remarquée du pavillon étranger dans le transport du fret. Du côté des Africains, la suppression de la traite des Noirs relève de l'initiative européenne. Les chefs africains qui ont fourni la marchandise humaine aux négriers marins pendant plus de trois siècles n'ont pas été consultés, parce qu'ils ne sont pas organisateurs et régulateurs du commerce atlantique. Néanmoins, depuis les années 1830, les cités du delta du Niger, les royaumes comme celui du Dahomey, les potentats des Rivières du Sud, s'emploient à l'exploitation commerciale d'huile de palme. La Sénégambie se spécialise dans la production de graines d'arachide, notamment à partir des années 1840. C'est le début de l'introduction des cultures de rente dans l'économie africaine. La tendance est donc au renforcement du commerce des huiles et des graines grasses dont Serpette est le principal négociant de Nantes durant la période 1844 - 1886. La fin de cette période sonne le glas des échanges entre partenaires et débouche sur la prise de possession coloniale européenne du continent africain dont l'Acte de Berlin (1885) sert de repère. L'intérêt précis de ce sujet ne permet pas de s'étendre sur des questions d'ordre colonial. Afm d'appréhender l'évolution des prix, frets, taxes douanières et salaires ouvriers, nous sommes amenés quelquefois, à prendre en considération les dates antérieures ou postérieures à celle-ci.

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A partir de la documentation essentiellement écrite, nous proposons cet ouvrage sur la Maison Serpette & Cie, 1844 - 1886 : un autre regard sur le commerce maritime de Nantes avec la Côte Occidentale de l'Arnque. Comme le sujet concerne une maison de Nantes qui n'a de comptoirs qu'en Sierra Leone, on s'avise les difficultés d'ordre méthodologique, car la tentation de généraliser les analyses est grande. Par exemple, lorsqu'on examine les conséquences économiques et sociales du commerce entre la Maison Serpette & Cie et la Côte d'Afrique, les résultats sont plus précis à Nantes qu'en Sierra Leone. En effet les Africains sont intéressés par l'ensemble du commerce atlantique, la place de Nantes ne constitue qu'une infime partie de celui-ci. L'originalité de ce travail, nous l'estimons, relève de la spécificité de la documentation. Celle-ci est dispersée; mais elle nous a permis de combler en partie notre ignorance de la Côte Occidentale de l'Afrique et des sites historiques de Nantes dans le cadre du troc autorisé. Aux Archives Départementales de la Loire Atlantique, la série 120j, Fonds Marine permet d'identifier les armements au départ et au retour de Nantes, Paimboeuf, SaintNazaire. Ces deux derniers étant des avant ports de Nantes. Des navires au long cours, au cabotage, à la pêche, sont inscrits dans des registres épais, semi-imprimés et manuscrits, selon un modèle stéréotypé. Ce sont les Rôles d'Armement (bureau et bord), les Rôles de Désarmements. Il faut extraire de l'ensemble tous les navires qui se rendent à la Côte Occidentale de l'Afrique par point de relâche, par exemple, le Sénégal, la Gambie, la Sierra Leone, le Gabon, le Cap-de-Bonne Espérance... La série 120j est l'une des plus complètes et des mieux conservées de la période 1844-1886. Mais classés par quartier maritime, ces registres exigent un dépouillement prudent. Souvent, un même navire peut faire l'objet d'un double enregistrement à la fois à Nantes et à Saint-Nazaire, surtout pendant la période d'avant 1870. Un autre écueil à éviter à partir de 1873 jusqu'à 1886, les bâtiments étant rarement inscrits à Nantes, tout se passe comme si ce port avait cessé toute activité du commerce et de la navigation sur la Côte arncaine. Point du tout. En réalité, la décennie 1870 est celle au cours de. laquelle les échanges avec la Côte d'Arnque ont atteint leur sommet. La série 6jj, fonds de la Chambre de Commerce de Nantes, renferme des correspondances, des rapports statistiques sur la situation industrielle et commerciale de Nantes. On y puise des informations relatives aux produits importés

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d'Afrique, aux mouvements des navires, aux produits manufacturés et commercialisés. La 6] est prolongée par la Revue Annuelle des Comptes Rendus des Travaux de la Chambre de Commerce (C.R.T.). Ce document a le mérite de fournir des tableaux statistiques des importations d'oléagineux à Nantes, et des marchandises de Nantes à destination de l'Afrique. La série M regroupe entre autres, les sous - séries, Statistiques Générales, Commerce, Industrie, Banques et Assurances, Foires et Marchés, Expositions, Poids et Mesures, Mercuriales. Le Fonds de la Préfecture P, renferme plusieurs sous - séries dont la 8P255 : Bulletins Trimestriels et Semestriels de la Douane. Le Fonds Q comporte lQ : Enregistrement des Actes Sous - Seing Privés, qui permet de découvrir les créations de Maisons et Compagnies d'Armements et de Commerce. Il en est de même des Actes du Tribunal, 21U qui offre la possibilité de consulter quelques faillites des armateurs qui se sont intéressés à faire du commerce avec les Africains. L'apport des journaux économiques est considérable et précieux: rapports des capitaines à l'issue de leurs voyages, quantités et cotations des produits d'Afrique... Malheureusement les informations deviennent rares après 1849. On ne saurait ignorer les Étrennes de Nantes pour recueillir des renseignements sur les négociants, les industriels, l'usage de la place de Nantes: tares et taxes, assurances maritimes... Le recours aux Archives Municipales de Nantes vise la consultation du Fonds historique: séries F2, F4, F5 et le Fonds Privé de la Maison Dobrée, relatif au commerce, à l'industrie et à la navigation. Il complète les Fonds l20J, 6JJ, U. L'hebdomadaire, prix courant légal authentique de Nantes, rédigé en chambre syndicale par les agents de change et courtiers de commerce, est mieux conservé ici qu'aux Archives Départementales et permet de suivre l'évolution des cours de produits, des taux de fret, des droits de douane. Les Archives du Ministère des Affaires Étrangères, section Archives Diplomatiques de Nantes, font ressortir des rapports et correspondances du Consulat français à Freetown Sierra Leone; malgré leur caractère général, ces rapports permettent d'extraire des informations sur quelques Maisons d'Armement français en service en Sierra Leone, comme Serpette & Cie. Elles permettent de consulter «Sierra Leone, Freetown », cartons 2,3,4, 5,6,7,et «les livres de correspondance générale », dont la série débute de 1881 à

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1886 pour la période qui nous concerne. n ne suffit pas de consulter dans les dépôts nantais où les merveilles abondent. Les Archives publiques françaises de la Marine et du Ministère des Affaires Étrangères à Paris et, surtout celle de l'ancien Ministère des Colonies, section d'Outre Mer ont fourni une partie de la matière du travail. Les notes sont glanées à partir des renseignements généraux. Les généralités se. trouvent également dans les revues où les récits des marins sont abondants sur le commerce, la navigation, les moeurs des habitants de la côte de l'Amque. n s'agit de la Revue Maritime et Coloniale, Annales Maritimes et Coloniales, Revue Française d'Histoire d'Outre Mer. Très intéressantes sont les sources anglaises du Foreign Office ou de «The house of Commons» (La Chambre des Communes, Parlement Britannique). A partir des rapports des consuls britanniques, notamment dans «Trade Reports from Her Majesty' s Consuls on the manufactures, commerce... of their consular District», l'on puise des informations substantielles sur le commerce et la navigation à Nantes, à Sierra Leone et en Gambie. n importe d'ajouter une importante correspondance commerciale dont la matière est composée en grande partie des extraits du «Blue Book», revue anglaise d'économie, de commerce et de la marine marchande notamment à partir des années 1880 en ce qui concerne la Maison Serpette & Cie. Nombreux sont des auteurs qui ont produit des ouvrages et des articles sur les échanges entre la Côte d'Amque et les pays d'Europe et d'Amérique. Nous n'allons pas les citer tous, car la bibliographie élaborée à cet effet est à la portée de nos lecteurs. Certains ouvrages qui traitent ou évoquent les mouvements des navires nantais sur la Côte Occidentale de l'Afrique, et ceux des Anglo-saxons pendant la période retenue méritent d'être indiqués. L'ouvrage de référence est «La Politique et le Commerce français dans le Golfe de Guinée de 1838 à 1871» de Bernard Schnapper, paru en 1961. Ce livre est très utile. Mais l'auteur analyse le commerce de la France dans une optique générale. « Le Commerce et la Traite des Noirs aux côtes occidentales d'Amque, 1848 », source imprimée d'Émile Bouet-Willaumez, a le mérite de montrer la diversité des produits de troc le long du littoral africain. n fut édité à Genève, en 1978. Elikia Mbokolo, auteur de «Noirs et Blancs en Afrique Equatoriale (vers 1820-1870)>>,ouvrage paru en 1981, fait état des rapports entre Blancs et Gabonais au début de l'ère coloniale française dans cette partie de l'Afrique. Des

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questions commerciales et maritimes sont abordées de temps en temps, les noms de certains marins nantais sont évoqués. On n'oublie pas le livre de François Renault et de Serge Daget, «Les Traites Négrières en Afrique», édité en 1985, bien qu'il traite de la traite des Noirs cet ouvrage soulève des aspects propres au commerce. En 1987, Serge Daget a soutenu une thèse de doctorat d'État, «Les Croisières Françaises de la Répression de la Traite des Noirs sur les Côtes de l'Afrique, 1817-1850», dans laquelle il existe des renseignements relatifs aux mouvements des navires nantais pour le commerce autorisé. Mais comme l'indique son intitulé, la thèse de Daget est consacrée à la répression de la traite des Noirs et non au commerce licite. Le commerce et la navigation sur les côtes sous influence anglaise sont relatés entre autres, par U.J Johnson Asiegbu, 1969 dans «Slavery and the Politcs of Liberation, 1787-1861». J. Peterson, dans «Province of Freedom, 1787-1870»,en 1969. L'avènement de l'huile de palme et l'utilisation de la main-d'oeuvre servile dans la production et la distribution de cette denrée chez les lfiks du delta du Niger, sont décrits en 1978 par A.H Latham, dans son ouvrage «Old Calabar 1600-1851». Nous n'allons pas oublier le Centre de Recherche sur l'histoire du monde atlantique, à l'Université de Nantes, qui édicte «Enquêtes et Documents» dans lequel se trouvent des articles sur la marine marchande de Nantes à destination de l'Afrique, de la Réunion, des Antilles... La méthode employée par les auteurs est aussi utile que les renseignements qui y sont contenus. Citons Leland Barrows dans «Général Faidherbe, The Maurel & Prom Compagny in Sénégal», paru en 1974, sur les négociants bordelais Maurel et Prom. L'article de Catherine Vidrovitch, «De la Traite des Esclaves à l'exploitation de l'huile de palme », dans Meillassoux (éd.) «l'Évolution du Commerce en Afrique de l'Ouest, en 1991», montre la capacité des Africains de s'accommoder au nouveau mode de commerce en voie d'implantation alors que la traite des Noirs est en déclin (2). Les informations recueillies auprès des Africains par la méthode de la tradition orale font ressortir la dimension sociale et culturelle des échanges. Faute d'avoir parcouru toute la Côte de l'Afrique, nous avons interrogé un nombre restreint de personnes. La matière reçue exige un examen critique, parce qu'au-delà de

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trois générations, la mémoire collective s'estompe. L'intitulé du sujet suggère le plan de l'ouvrage. Le premier chapitre présente Serpette qui se fait armateur et qui parvient à surmonter de nombreuses difficultés propres à toute création d'entreprise telle la savonnerie nantaise. Au deuxième chapitre, Serpette se joint aux négociants de Nantes et se spécialise dans l'importation des oléagineux africains. Ce chapitre fournit également des renseignements sur la répartition du marché africain des huiles et graines grasses entre Français et Anglais. Le troisième chapitre fait état des exportations de marchandises nantaises vers la Côte d' Aftique, ainsi que des estimations en valeurs des oléagineux exotiques. Les produits issus de la transformation industrielle des oléagineux et leurs marchés sont indiqués dans le chapitre quatre; Les conséquences économiques et sociales des activités de la maison Serpette, davantage analysées dans le cadre général des échanges entre l'Europe et l'Afrique, font l'objet du cinquième chapitre. Conclusion générale: Continuité du système d'échanges.

NOTES DE L'INTRODUCTION:
(1) BOUET-WILLAUMEZ, (E), Commerce et Traite des Noirs aux Côtes Occidentales d'Afrique, 1848, Genève, Slatkine Reprints, 1878. (2) COQUERY VIDROVITCH (c), «de la Traite des Esclaves à l'Exportation de l'huile de palme», dans MEILLASSOUX (éd.), l'Évolution du Commerce en Afrique de l'Ouest, Oxford p, 1971, pp. 107-125.

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La Côte Occidentale de l'Afrique: Les Rivières du Sud

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Entre 1850 et 1886, plus de 75 % du commerce nantais avec la Côte occidentale de l'Afiique touchent à ces parages et Sierra Leone.

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CHAPITRE

1

L'ARMATEUR

SERPETTE

&CIE

Serpette & Cie est l'une des principales maisons d'armements nantais de la deuxième moitié du dix-neuvième siècle. Elle arme des bâtiments marchands à voile à destination des possessions anglaises de la Côte Occidentale de l'Afrique, notamment la Gambie et la Sierra Leone, escales privilégiées. 1
La Maison Serpette.

Fondée en 1844, la savonnerie nantaise importe des oléagineux de la Côte Occidentale de l'Afrique particulièrement. La maison Serpette détentrice de cette usine va importer de 1861 à 1886 des quantités d'arachides, d'huile de palme et palmistes, de noix de coco, de graines de sésame dont une partie vient de l'Inde. Le tout sans interruption pendant une période de plus de 26 ans au cours de laquelle la société va se doter d'une flotte marchande de 8 bâtiments de 3324 tonneaux destinés uniquement au transport des oléagineu~ africains. L'exemple est rare dans l'histoire du commerce licite entre la Côte d'Afrique et cette ville.

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a

La fondation et le développement de la Société Serpette

On a peu de renseignements sur les origines de Serpette, fondateur de la savonnerie et de l'huilerie de Nantes. Les quelques informations qu'on a de lui se trouvent dans les notes fragmentaires des «Expositions Industrielles et Décorations» (I). Serpette est né à Louvencourt (Somme) en 1822. Son père est un ancien officier de la Marine, conseiller général de la Somme de 1833 à 1846, maire de 1814 à 1846. Ainsi, par ses origines Serpette est issu d'une famille aisée. En 1844, Serpette et Duflos, tous les deux originaires d'Amiens, s'installent à Nantes où ils établissent la savonnerie, au 13 rue de l'Entrepôt, sous la raison sociale, Duflos et Serpette. Les fondateurs visent à fabriquer du savon à base d'huile de palme et de coco; un savon qui se fabrique à Rouen, mais qui est à peine connu en Bretagne. Les difficultés commencent. Le savon de 1844 est unicolore) et n'attire pas les habitants de la contrée, qui ne connaissent qu'un seul savon, le savon marbré de Marseille. La fabrique de Nantes sera marquée par une série de difficultés par lesquelles il faut avoir passé pour être à même de se rendre compte de ce que coûte de peine toute création nouvelle. Duflos abandonne son associé et retourne à Amiens. Serpette ne renonce pas au projet. Mais il lui faut répondre aux exigences des consommateurs. Il n'existe qu'une solution, c'est de se rendre à Marseille afin d'étudier une fabrication dont il a à peine l'idée. Les premières études à Marseille démontrent qu'une telle entreprise ne s'improvise pas. Il faut tout créer: fabriques de l'huile, des graines et de soude. Car ces industries complémentaires qui existent à Marseille sont toutes absentes à Nantes. Il ne suffit pas de posséder des usines, il faut ensuite créer des relations afin d'avoir des matières premières pour leur fonctionnement. Un autre genre de difficulté surgit. Le manque d'empressement chez les armateurs d'importer des huiles et graines oléagineuses, a surpris Serpette qui espérait qu'une fois l'usine achevée, les négociants de Nantes, motivés, importeraient des quantités de matières premières dont la fabrique a besoin. Déception. Alors, Serpette se fait armateur. Ce qui le conduit à nouer des relations avec des pays outre-mer, source d'approvisionnement des matières premières. Il lie par l'entremise des maisons de

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Londres et de Liverpool des relations avec la Côte Occidentale de l'Afrique. Plus tard, il fonde trois comptoirs en Sierra Leone (2). Les succès ne se font plus attendre. En 1864, les produits de la savonnerie nantaise sont remarqués à l'exposition universelle de Paris, et ils obtiennent la même récompense que ceux de Marseille. Louis Raybaud, dans son compte-rendu de l'exposition reconnaît la bonne qualité du savon de Nantes (3). En 1860, à l'exposition nationale de Nantes, la savonnerie obtient une médaille d'or pour la supériorité de ses produits (4). Le Il avril 1862, sous signature privée, il se crée, sous la raison sociale Serpette, Lourmand, Larray & Cie, la société pour la fabrication de savon et de l'exploitation des industries qui s'y rattachent, spécialement pour continuer les opérations de la Maison Serpette et Lourmand, dans laquelle les deux sont intéressés à divers titres, au capital de 551 457,5 francs répartis entre les associés soussignés (5). M. Henri Serpette, négociant demeurant à Nantes 268 000 M Henri Lourmand, négociant demeurant à Nantes 128294,20 M. Eugène Larray, négociant demeurant à Nantes 5 163,32 M Édouard Lorois, négociant demeurant à Nantes 100000 M. Alfred Cheze, négociant demeurant à Nantes 50 000 A l'article 3, Serpette, Lourmand, Larray, sont associés commanditaires. Serpette apporte à la société, outre les deux cent soixante-huit mille francs, en espèces, les immeubles fixés d'un commun accord à la somme de trente-deux mille francs. Messieurs. Lourmand et Larray ont la faculté d'augmenter leu apport social, trois cent mille. francs pour Lourmand, et cent mille francs pour Larray. L'acte sous-seing privé ayant conduit à la création de cette société, fIXe la durée de celle-ci à quinze années qui commencent le premier janvier 1862 et fmiront le 31 décembre 1876. Il est constaté que l'existence de cette société a largement dépassé cette échéance(6). On remarque que les associés sont tous des Nantais. On aurait pensé, à l'effet des relations qui lient la société aux colonies anglaises de la Côte Occidentale de l'Afrique, que les maisons anglaises en feraient partie. Ce qui n'apparaît nulle part dans l~acte de création. Les dix-huit articles du contrat qui crée la S~êiété Serpette, Lourmand, Larray & Cie, renferment des . . dispositîons qui garantissent les droits et les devoirs des associés et de leurs héritiers. (Cf. Annexe n01). La société acquiert une dimension nationale telle qu'en 1872, elle s'associe aux autres grands importateurs et fabricants de savon et de l'huile des ports français de l'Atlantique, pour envoyer
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une pétition à la Commission des Tarifs afin que celle-ci renonce à l'établissement d'un droit de douane à l'importation des graines oléagineuses et de lui substituer un droit de consommation sur les huiles fabriquées dans toute la France (7). Le 22 janvier 1872, la Chambre de Commerce de Nantes transmet au Ministère de l'Agriculture et du Commerce une pétition des négociants français établis à Sierra Leone, demandant le rétablissement du consulat français à ce lieu, plutôt que de le maintenir à Sainte Marie de Bathurst, en Gambie, parce que la maison Serpette qui a des intérêts à Sierra Leone, appuie cette requête. Le 12 février 1872, le Ministère du Commerce répond favorablement à la Chambre de Commerce de Nantes en ces termes: «J'ai l'honneur de vous informer que la pétition des négociants français résidant à Sierra Leone a reçu une solution favorable» (8). Vers 1885, la Société s'est agrandie avec l'admission d'un nouvel associé, E. Langlois. Quoique, dans la nuit du 9 au 10 février 1887, l'incendie anéantisse l'huilerie annexée à la savonnerie, l'avenir de cette maison n'est pas compromis (9). Le progrès accompli par la société Serpette a forcé l'admiration du Journal de l'Exposition de Nantes qui écrit ce qui suit: «La Maison Serpette, Lorois, E. Langlois & Cie, occupe dans notre région une situation de premier ordre. Cette situation lui est bien due car c'est à elle que nous devons la création à Nantes de l'industrie de la savonnerie, une industrie qui prend chaque année un nouveau développement pour le plus grand bénéfice de notre place» (10). Une société performante dont les produits jouissent d'une faveur toujours croissante, aussi, dans toutes les expositions auxquelles elle prend part, les récompenses qu'elle obtient sont les plus flatteuses: ce sont une médaille d'argent à Angers en 1864, à Saint Porieux en1865, à Albert (Somme) en 1878, hors concours à Bordeaux en 1882, des diplômes d'honneur à Niort en 1884 et aux trois expositions universelles de Paris: une médaille de bronze en 1855 puis une médaille d'argent en 1867 et une médaille d'or en 1878. En 1868, Serpette, fondateur de la Maison est décoré de l'ordre de la légion d'honneur. Les récompenses honorifiques obtenues sont à la dimension de sa flotte marchande et des quantités de matières premières importées.

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b

Les Armements.

La Maison Serpette débute ses armements probablement vers les années cinquante (11). Mais l'inscription maritime de Nantes indique le 10 juin 1960, date du départ du trois-mâts Phénix, le premier navire qu'elle arme pour effectuer le voyage de la Côte d'Afrique, sous le commandement du capitaine Desten. Il s'est donc écoulé dix-sept ans entre 1844, date de la création de la savonnerie et 1860, celle de l'envoi du premier navire armé par Serpette & Cie. Ils sont des innovateurs parce que différents des autres armateurs individualisés, les Serpette ont fondé une société sous la raison sociale, Serpette, Lourmand, Larray & Cie et qui a mission de remplir trois activités économiques: armements, importations des oléagineux, fabrication des savons et des huiles. Avec eux, on ne se pose pas la question de reconversion au commerce licite: ils sont l'exemple de concentration d'armements nantais pour la Côte Occidentale de l'Afrique destinés au transport des oléagineux uniquement.

TABLEAU 1 ARMEMENTS DE SERPETTE C.O.A * 1861 - 1886. ET COMPAGNIE POUR LA

IDENTIFICATION

DES NAVIRES

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