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Notes de voyage à Chypre

De
100 pages
Ce livre consacré à Chypre est né d'un voyage, d'une quête de comprendre l'histoire et la culture de cette terre toute méditerranéenne et grecque. Il se veut l'inventaire d'un voyageur du XVIIIème siècle, imprégné de culture et d'érudition, en plein XXIème siècle. Il est aussi la réponse à une blessure, le martyr des chypriotes grecs au cours d'un été 1974, de même que la tentative de panser les blessures de deux peuples animés de haine et de désirs de mort.
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Histoire et I>erspcctivcs ~Iéditcrranéenncs

Philippe

Cardella

Notes

de voyage

à

Chypre Opuscule

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRA~CE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

du même auteur

aux éditions Cosmophonies

Paradis Perdus 1979-1989

Recueil de poésie

1.

Le Christ Solaire

Présent dans les églises chypriotes et généralement dans l'iconographie chrétienne, plus particulièrement au-dessus de l'autel, le Christ Pantokrator (créateur tout puissant) est une évocation du mythe de la puissance solaire du Christ. L'image du Christ a été associée au culte solaire des religions du monde antique auxquelles le christianisme a succédées et à celui du sang, source et régénérescence de vie. Chez les Grecs, l'un des attributs de Zeus était le disque solaire Plusieurs divinités égyptiennes portaient sur leur tête un disque solaire également. Rappelons que les Aztèques pratiquaient des sacrifices humains sur des autels-pyramides (figure de l'Ascension céleste) en l'honneur du soleil dont la déperdition d'énergie était une menace permanente envers l'Homme, et qui pouvait sombrer dans les ténèbres. Les Aztèques offraient du sang humain pour permettre la revitalisation du Dieu solaire. Les hommes de l'antiquité ont cru que l'énergie du soleil était attachée à une activité du sang. Le rituel du tabernacle (chez les Romains, tabernaculum,pavillon ou tente, voir aussi fête des tabernacles), c'est l'enseignement ésotérique du Christianisme. Le tabernacle chrétien a succédé au tabernacle juif qui contenait l'arche d'alliance, et où se trouve enfermé ou détenu symboliquement le sang du Christ. C'est l'évocation de la mort du Christ, son sacrifice, son sang, la Lumière, la régénérescence de l'Humanité communiant par le mystère du sang humain répandu à la surface de la terre. Le Christ est considéré comme un Etre de lumière, force régénératrice, depuis sa Transfiguration, apothéose et triomphe du Deus Solis Invectis. L'apothéose existait également chez les Romains puisque l'empereur pouvait connaître l'apothéose ou déification en devenant un Dieu vivant. Pour les multiples raisons invoquées, les premiers Chrétiens et les Pères

de l'Eglise ont nommé le Christ Krieo, oint d'huile, matière par excellence ignifuge dans l'Antiquité. Les mystères orphiques (Philosophie attribuée à Orphée) associaient la croix et la crucifixion symbolique d'un Homme oint d'huile. Le Christianisme s'est développé dans des milieux juifs de Palestine, hellénisés depuis les conquêtes d'Alexandre Le Grand et les premiers chrétiens sont des juifs convertis. Il nous apparaît important de considérer les Grecs comme les plus proches par la pensée du Christianisme originel. Le Nouveau Testament a été écrit par des Juifs, parfois des rabbins comme Paul de Tarse, en grec démotique (grec du 1er siècle après J.C.), soixante ans après les évènements. Seuls les Evangiles de Matthieu et de Luc furent rédigés en araméen (dialecte de l'hébreu ancien, et sans doute parlé par le Christ). Les auteurs des évangiles sont les rapporteurs de faits survenus au moment de la courte existence du Christ et des conflits théologiques qui l'ont opposé à des courants crypto-juifs comme les Esseniens, les Saducéens ou les Pharisiens, ces derniers étaient souvent cités dans les Evangiles. Mais ils sont aussi des témoins précieux de conflits théologiques à la fm du 1er siècle après J.C., notamment l'instauration du baptême comme acte de conversion au christianisme. Il est reporté que Jésus était un adepte de Jean le Baptiste. Si nous considérons que le Christ est mort en 30 après J.C., il s'est écoulé environ soixante ans avant que les évangiles soient rédigés. Les lettres de Paul de Tarse témoignent des conflits au sein de la nouvelle religion. En effet, il existe un courant au sein de cette Eglise primitive qui veut faire du christianisme, un épigone du judéo-christianisme. Paul de Tarse est favorable à la conversion des païens lesquels ignorent tout du judaïsme, et donc d'un enseignement chrétien épuré. D'où le fait que Paul de Tarse soit opposé à la circoncision des nouveaux chrétiens. Pour simplifier l'argumentation, disons que le génie de Paul de Tarse a été de comprendre que l'avenir du christianisme était dans la

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conversion des païens, notamment des Grecs et non pas son maintien dans la sphère de pensée du judaïsme. Ainsi, progressivement, les éléments juifs ont été expurgés de la nouvelle religion et la pensée religieuse grecque a été adaptée au chris tianisme. A partir de la constatation du fait que la Figure du Christ a été associée aux mystères orphiques et à la puissance des Divinités solaires, furent considérés comme apocryphes, les livres qui s'écartaient de cette vision immuable de l'HommeDieu. Les gnostiques, les nestoriens, les simoniaques ont été déclarés par plusieurs conciles oecuméniques comme étrangers au credo chrétien. La Fête de la Nativité, moment crucial où la Lumière semble être perdue à jamais dans les Ténèbres au solstice d'hiver, et la Pâque, réminiscences de fêtes juives, de célébration de la mort et de la vie, mais aussi de la Renaissance défmitive du monde calculée sur le temps lunaire, sont autant d'indices en faveur de cette vision de la matière première générative de la vie. Le Christ, lumière perpétuelle, permet indéf111iment de régénérer la vie sur terre. Il n'est plus question de sacrifices humains comme ceux pratiqués par les Etrusques, les Romains ou les Carthaginois puisque l'Homme-Dieu a été donné en sacrifice une fois pour toute pour racheter l'Humanité. Le Christianisme est une révolution complète des modes de pensée de l'Antiquité sur les notions aussi abstraites que l'usure du monde par la déperdition d'énergie, la nécessité de sacrifices annuels et donc cycliques pour apaiser la colère des Dieux. Mais il est abusif de dire que le Christianisme a été le fossoyeur du monde antique car l'esclavage a été aboli seulement au Vlème siècle après J.C. et que les combats de gladiateurs ont existé jusqu'à la fin du Vlème siècle. Dans le monde antique, il n'était pas important que toute l'humanité fut chrétienne.

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Dans les mentalités de l'Antiquité orientale, les Dieux des ténèbres et de la Lumière se livraient un combat éternel. Les Etrusques, une des grandes civilisations de l'Italie antique, pensaient qu'il était possible de combattre les forces démoniaques en offrant des holocaustes sous forme de sacrifices propitiatoires. Les combats de gladiateurs étaient des fêtes funèbres de conjuration du mal. Désormais dans le Panthéon monothéiste du Christianisme, seuls les Anges du Bien et du Mal se livrent à un combat sans fm au-dessus de la terre dans les cieux.. Cette lutte entre anges était présente dans la religion juive et adoptée du mazdéisme, religion de l'ancien Iran. Mais en aucune façon le Mal est une menace pour l'humanité puisque le Christ a vaincu les forces du Mal. Le monothéisme a gagné sur le polythéisme par un effet conjugué de l'essor économique, développement des cités et de l'industrie. Cependant les rapports sociaux entre les classes sociales devenaient plus clairs mais aussi plus compliqués par l'effet conjugué des relations conflictuelles d'intérêt. Les guerres serviles qui ont fait trembler le pouvoir de Rome à plusieurs reprises sont le témoignage d'un durcissement des conflits sociaux dans le monde antique. Le Panthéon divisait les individus et les cités. Le monothéisme au contraire cimentait les groupes et les cités. Il simplifiait et accélérait les échanges. Les trois grandes religions de l'Unicité divine ont vaincu le polythéisme par la persévérance de leur combat idéologique. Le judaïsme, initiateur de ce mouvement, est resté une religion isolée de par l'absence de tout prosélytisme actif. Au fur et à mesure que cette pensée religieuse se formait, il était nécessaire de la réactualiser et de redéfmir les dogmes du monothéisme d'où l'abondante littérature chrétienne « canonique» et son collatéral, la « dogmatique ». La pensée religieuse grecque a été progressivement absorbée dans la religion chrétienne. Mais les cultes païens n'ont pas totalement disparu puisqu'il faut attendre un édit de l'empereur byzantin Théodose 1er pour voir

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disparaître déftnitivement les cultes de l'Egypte pharaonique au IVème siècle après J.C.

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2. Polythéisme à Chypre

Les multiples religions polythéistes de l'Antiquité du cercle méditerranéen ont perdu de leur influence et de leur force en raison du caractère indiscipliné et versatile de leurs Divinités, des agrégats de croyances qui s'étaient stratifiés sur de longues périodes, sans doute à la f111du Néolithique et de l'Age du Bronze. Les Romains avaient adopté au cours de l'Empire, une multitude de cultes orientaux qui ne dénonçaient pas le culte impérial. Ainsi, Isis, déesse égyptienne, connut lors de l'apogée de l'Empire, un succès inestimable. La découverte de l'Ecriture, au début un moyen mnémotechnique et comptable, allait contribuer grandement à la cristallisation et à la perdurance de ces croyances hétérogènes en un corps polythéiste. Dans le monde méditerranéen, les Cités vénéraient parfois une ou deux divinités. La création d'empires maritimes allait entraîner la concrétion de ces divinités et créer le Panthéon polythéiste. Il est inutile de voir la création de l'esprit humain comme élément de facto translucide et ad hoc, capable de fiXer dans sa totalité, un discours proto-rationnel, le phénomène religieux. L'Homme n'appréhende et ne conçoit les Idées que dans l'extension du temps. Au néolithique, les statuettes votives lithiques sont d'une grâce toute humaine. Elles préfigurent avec des moyens techniques modestes la quête de l'Homme pour la perfection de sa propre représentation. Toutes les générations d'artistes n'ont eu qu'un seul but: représenter le perfectible, l'inimitable dessein de la nature, attribué à tort à une quelconque divinité, l'Homme. Mais c'est au chalcolithique (kalkeos, époque de l'airain), nom poétique de l'industrie du bronze que l'Homme préfigure dans des statuettes en terra cotta que le pouvoir des

hommes est inséparable de la vie et que son effigie, son simulacre par des objets votifs, doit le suivre dans la mort. Ainsi, une tombe royale du chalcolithique comptait pas moins de trois cents statuettes qui représentaient l'armée royale. A Chypre, A l'époque mycénienne, après la défaite des Grecs au cours de la guerre de Troie, guerre mythique parce que non datable, les familles des rois défunts enterrent dans les soubassements des cités funéraires, des effigies des rois défunts qui ne sont jamais revenus ainsi que tout le nécessaire pour voyager dans le monde des ténèbres: des chevaux attelés et caparaçonnés et parfois des servantes. Au chalcolithique, les morts sont ensevelis à même le sol, au-dessous de la maison. Ainsi les ancêtres continuaient de protéger leur future descendance. Dans toutes les sociétés humaines, les morts ont toujours eu une action bienfaisante. A la [111du chalcolitique, pour des raisons économiques et spirituelles, l'homme chypriote a séparé les morts des vivants en les plaçant dans un espace identifiable. A ce moment-là, l'homme a-t-il compris le dessein tragique de l'existence humaine? Son inséparable union avec la mort? Il ne séparait pas le mort de la famille par crainte des manifestations malfaisantes du défunt mais tout simplement pour honorer les disparus. Les morts gagnaient en importance dans la spiritualité des vivants. L'homme sortait de cet état létal continu et contigu à la vie où la mort n'avait pas de sens. Désormais, elle prenait une coloration et un relief particuliers. Elle était infaillible et touj ours victorieuse. Elle était le terme ultime de l' exis tence. Aucun peuple méditerranéen, aussi loin que notre connaissance de ces peuples puisse remonter, n'a connu une religion du soleil. Sauf cas d'espèce les Egyptiens. Mais la prédominance du Dieu Ra sur les autres divinités n'a pas survécu à son auteur-promoteur de cette révolution religieuse, le pharaon Aménophis IV qui régna sous le titre d'Akhenaton et

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